Le Rocher Rouge est la traduction de l'hébreu " Hazeéla Aadom", une chanson composée pour chanter les exploits malheureux ou heureux de jeunes israéliens attirés par les Légendes sur les ruines de la fabuleuse Cité Nabatéenne de Pétra, en Jordanie alors interdite aux randonneurs israéliens ensorcelés par leur curiosité. Ce fut depuis 1930 le but d'expéditions secrètes de ces jeunes téméraires qui avaient pour devise que rien ne vaut pour mieux connaître le pays que de le parcourir pédestrement, en long et en large, en bravant l'inévitable insécurité.
J'ai traduit pour les lecteurs francophones une partie de ce texte extrait du remarquable site :
http://www.202.org.il/Pages/moreshet/petra/roman.php
... L'idée d'aller à Pétra (1) a captivé les jeunes Israéliens au début des années 1950. Svora'i et deux de ses camarades Palmah, Gila Ben-Akiva et Aviva Rabinovitch, ont
également attrapé le virus. Un jour, dans la salle à manger du kibboutz Ein Harod, Svora'i entendit dire que l'un des membres du kibboutz avait fait une excursion de Bethléem à Ein Gedi. Son nom
était Meir Har-Zion (2). Elle comprit immédiatement qu'il pouvait l'aider à réaliser son rêve et lui demanda de l'accompagner à Pétra avec lui. Il a rapidement accepté. Deux semaines plus
tard ils partirent....
Le triangle du Désert du Néguev, et la vallée de l'Arava, entre l'Egypte et la Jordanie.
Pétra est à l'Est.

"Nous avions seulement une boussole et une carte à petite échelle, mais qui était certainement suffisante pour trouver notre chemin à Pétra," rappelle Har-Zion . Cette nuit-là, ils
ont traversé la frontière vers la Jordanie, et se sont dirigés vers les montagnes d'Edom sur la côte orientale de l'Arava. Ils se reposèrent dans les contreforts des montagnes et vérifièrent la
carte à
la lueur d'une allumette, mais ne purent pas trouver le sentier qui était sur le document. Ils ont lentement fait leur chemin en progressant dans l'un des ravins. "Le ravin se
terminait à un mur de pierres. Nous avons essayé de trouver notre position en utilisant la boussole et les étoiles, et rapidement réalisé que nous avions perdu nos repères."
La seule façon de continuer fut d'attaquer ce pan rocheux. Après une heure et demie d'escalade, ils atteignirent le sommet et dans un creux de pierrailles ils décidèrent de
s'arrêter. Épuisés, ils se sont rapidement endormis.
Ils se sont réveillés dans l'après-midi. En utilisant la boussole, ils ont pensé à la direction d'une piste à suivre pour l'après-midi et la
nuit. La région est apparue totalement déserte, mais ils ont décidé qu'il serait plus sûr de continuer dans la pénombre. Ils partirent à 17 heures et trouvèrent un chemin menant au sommet
de la montagne. En avançant ils arrivèrent vers le bas dans une rivière, pour découvrir une succession de trois chutes d'eau, et un bassin naturel «Nous étions sûrs que Pétra (3)
était au bout du lacet", se souvient Svora'i.
Ils décidèrent d'attendre jusqu'à tard dans la nuit pour continuer. A 01h30, ils ont commencé à marcher de nouveau. Le chemin qu'ils ont suivi conduisit encore à un amas
de rochers, qu'ils escaladèrent en atteignant le sommet en plein jour. Alors qu'ils descendaient de la montagne, un troupeau de chèvres s'approcha d'eux. Ils se cachèrent dans les replis de
rochers, en attendant nerveusement que passe un troupeau suivit d'un deuxième..
Enfin, la vallée de Pétra s'offrit à leurs yeux. "Nous sommes entrés dans Pétra, en plein jour», explique Har-Zion.
«Nous étions arrivés à l'endroit où les monuments énormes ont été creusées dans les falaises, passant au dessus de nous comme
d'étranges et incroyables géants."
Surpris par le cri d'un bébé, ils se cachèrent dans une grotte, en attendant qu'il fasse presque nuit pour continuer à explorer. Ils se dirigèrent vers le Nord pendant plusieurs
kilomètres, en évitant le poste de garde, jusqu'à trouver un chemin menant à l'ouest. Soudain, ils entendirent des voix et rapidement se jetèrent à plat-ventre, à la vue de deux Bédouins armés et de leur âne au dos lourdement chargé.
Dans l'obscurité, ils ont poursuivi leur chemin sur une pente raide vers le haut d'une falaise. Et la se sont arrêtés pour dormir. A la lumière du jour, ils découvrirent un petit
ruisseau en dessous d'eux, serpentant à travers les roches colorées. Précautionneusement descendant de la falaise, ils ont suivi la rivière à l'ouest. Après avoir rencontré une autre bédouin, ils
ont décidé de se cacher et attendre le soir pour continuer. Dans la soirée, ils se hâtèrent pour atteindre la vallée de l'Arava, et continuèrent leur route pendant encore d'autres
cinq heures. Quand ils tombérent sur une pancarte, "État d'Israel, Ministère de l'Agriculture," ils réalisèrent qu'ils étaient de retour au pays..
Quatre mois après leur retour, en Septembre 1953, le Groupe de la Faculté d'Agriculture a organisé une autre randonnée. Arik Megger, Miriam Monderer, Eitan Mintz, Ya'acov Kleifeld, et
Gila Ben-Akiva prirent le chemin de Pétra.
"Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé pour eux», dit Svora'i. "Un serpent apparemment mordit Eitan ils ont décidèrent de rebrousser chemin. Lorsque son état a
empiré, ils choisirent de se livrer à la police jordanienne de Bir Madhkur. Mais la police a
alors tiré et les a tué alors qu'ils s'approchaient, et leurs corps ont été retournés à Israël les jours suivants ».
En avril 1956, Dror Levi et Dimitri Berman ont tenté leur chance. Jordaniens les ont découvert et ouvrirent le feu avec des résultats mortels. Levi a été tué et Berman, quoique blessé, a réussi à
rentrer en Israël.
Ce printemps, un mémorial pour les randonneurs a été érigé dans l'Arava. Mais leur mort renforça l'attrait pour Pétra. Quelques mois plus tard, en Mars 1957, Menahem Ben David, Ram
Pragai, Kalman Shelef Shlafsky, et Dan Gilad se mirent en marche pour Pétra. Tous les quatre ont été assassinés par l'armée
jordanienne. Cette dernière tragédie a conduit à une loi israélienne promulguant l'interdiction de cette randonnée sur la frontière.
Les Bédouins dans l'Arava ont été recrutés par les Jordaniens qui leur ont enseigné à suivre les Israéliens qui tentent une randonnée à Pétra. En Novembre 1987, ils ont tué Amiram Hai et Mordechai Tuvi. Mais en 1960, Kushi Rimon et Victor Friedman sont venus avec
l'idée d'aller à Pétra et retourner en Israël en toute sécurité: dans une jeep et déguisés en personnel de l'ONU.
«En tout, 12 randonneurs non armés ont été mortellement atteints sur le chemin de Pétra. Raconte Svora'i : «Quand l'accord de paix avec la Jordanie a été signé, les touristes
Israéliens ont pu visiter la Jordanie et Pétra a été - et est toujours -. la principale attraction pour les Israéliens"
Après la signature de l'accord de paix, à la mémoire des randonneurs audacieux qui ont été tués
en Septembre 1953 a été organisé un voyage spécial .. Au poste de police près de l'endroit où ils ont été assassinés, une cérémonie a eu lieu et un mémorial fut érigé, ainsi clôturant cette époque. Svoar'i rappelle: "On se sentait comme si nos amis étaient avec nous, enfin réalisant pleinement leur
rêve»....
(Fin de citation).
Je dois ajouter que j'ai particulièrement apprécié la lecture de ces exploits (hélas tragiquement terminés), car je fus dans ma trentaine un adepte de ces excursions solitaires, uniquement dans le
Néguev, dans le Désert de Judée, loin des voies de communications, mais sans jamais avoir
cherché à provoquer le sort dans une marche aventureuse. Il faut avoir fait ces randonnées à pieds dans le silence cristallin de ces paysages magnifiques, dénudés et presque vierges, en n'entendant que
les palpitations de son coeur, pour apprécier le courage de ces randonneurs pionniers. Le silence du randonneur aux pas feutrés permet de découvrir
à un détour et le temps d'un éclair, la faune furtive qui peuple
cette région comme la Gazelle, le Bouquetin, le Lynx dit de Syrie aux oreilles pointues, les charmantes marmottes
au regard étonné, l'inévitable Chacal, l'Hyène et diverses espèces de Lézards, et autres beautés de la Nature que survolent les Aigles toujours en chasse. Mais attention de ne pas soulever
les pierres par inadvertance, vous mettriez presque à
coup sur à nu un nid de scorpions bien dardés , ou un serpent peu engageant.
J'ai essayé de traduire cette chanson célèbre chantée par Arik Lavi (1927-2004), qui conte l'attrait des jeunes israéliens méprisants le danger, de la génération des années 50, ensorcelés par cette région qui fut interdite
jusqu'en 1984, date de la signature du Traité de Paix Israélo-Jordanien.
Au delà des montagnes et du désert
Les légendes racontent qu'il y a un
endroit
Dont personne n'est revenu vivant
Et qui se nomme le Rocher Rouge.
Tout trois ont pris la route au coucher du soleil,
Face aux brûlures rouges des montagnes ,
Avec un vieux rêve, une carte et une gourde
d'eau
En chemin vers le Rocher Rouge.
Oh, le Rocher, rouge, rouge !
Le premier est allé en éclaireur, levant son
visage,
Vers le ciel étoilé,
Mais ce que ses yeux ont vu
Ne fut que de la roche rouge
Oh, le Rocher rouge-rouge
!
Bien sur,
Ils campèrent quelques fois
Entre les pierres,
L'un dit, comme sortant d'un rêve:
Je vois - son visage est blanc.
Ses compagnons répondirent: la Roche Rouge
!.
Oh, le Rocher rouge, rouge !
Le soleil de nouveau leur cognait la
tête
Et ils respiraient la chaude poudre du
désert
Et soudain, comme pétrifiés,
Ils ne dirent mot
Ils ont vu le Rocher Rouge.
Oh, le Rocher rouge rouge !.
La rafale a été courte.
Nous voila arrivés au Rocher Rouge !
Dans ce Commando, il était de règle pour prouver son courage et son savoir-faire en pays ennemi, de traverser la frontière jordanienne déguisé, de rentrer dans un Bureau de Poste pour se faire oblitérer une enveloppe à l'adresse locale et revenir en sécurité avec cette preuve de mission accomplie, grace à la parfaite connaissance du dialecte et des usages.
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Society_&_Culture/paratroop.html
(3) L'Histoire Juive à l'Est du Jourdain:






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