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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 10:12

Tous mes voeux aux lecteurs et lectrices pour l'annee nouvelle. Qu'elle vous apporte sante et bonheur.

Avec toutes mes amities ensoleillees.

Georges L.

15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 13:20
 

 
" L'heure, c'est l'heure, avant l'heure, c'est pas l'heure ; après l'heure, c'est plus l'heure. " ( Jules Jouy ).

Depuis l'âge de raison, je suis un obsédé de l'heure.
A l'École communale déjà, je m'y présentais presque toujours une demi-heure avant que la concierge ne vienne faire grincer le portail. Certes c'était aussi pour jouer avec mes petits camarades et échanger des bandes-dessinées, mais surtout par peur d'être en...retard et de trouver la porte de fer refermée sur la liberté par l'inflexible Gardienne ! Plus tard je reçu un bracelet-montre dont je vérifiais souvent le cadran en le comparant à l'heure affichée dans les vitrines sur mon passage..
.Et que dire des examens ? La montre posée devant-moi, m'empêchait de me concentrer sur ma copie et accélérait le "posez vos porte-plume" fatidique !... Quant à mon service militaire, la peur de ne pas être prêt, rasé  et harnaché à l'appel très matinal, découpait mon sommeil en fines lamelles pour consulter mon bracelet..Beaucoup plus tard, vivant à l'heure de Paris, je continuais à me réveiller plus tôt que nécessaire, pour ne pas rater le transport du personnel qui m'éloignait de cent km de la Capitale.  Pendant l'Exil, ce sont les tintements d'un proche clocher auquel je m'étais d'ailleurs agréablement habitué, qui me rappelait que le temps ne fuit pas silencieusement. Mon bracelet de cuir, brûlé par le soleil s'étant coupé, ce fut une bonne occasion pour moi de me libérer une fois pour toutes de cette contrainte temporelle et de mes réflexes incontrôlés qui me faisaient regarder l'heure sans nécessité....Pourtant, à l'époque de mon sérieux premier-rendez-vous à Tel-Aviv, je ne pus résister de venir deux heures à l'avance à la hauteur de la "Librairie du Foyer", (quelle prédestination !), pour attendre ma future fiancée, qui elle, avec une nonchalance israélienne, arriva deux heures après l'heure fixée pour notre rencontre...Ce qui sur l'échelle du temps s'équilibrait enfin ! Et ainsi j'avais prouvé au moins par ma patience mon sincère attachement !

    La Librairie du Foyer

libairie du foyer

Mais il faut le dire, grâce aussi à la devanture de cette Librairie française où étaient exposés les derniers  Prix Littéraires parisiens....
Pas plus-tard, qui hier, j'étais assis sur un des bancs de pierre sur cette même place, qui offrent aux promeneurs le repos musical des jets d'eaux  s'égrenants en mille perles de la fontaine du sculpteur Yaacov Agam. Faisant semblant de lire mon journal déployé pour ne pas attirer les regards des promeneurs, j'aime observer les allées  et venues de tous ces passants, à qui les pigeons gloutons ne cèdent le pas qu'à la dernière seconde pour s'envoler et revenir en planant picoter les mies de pain que les enfants leurs distribuent.

Je souris en pensant qu'il y a cinquante ans passés moi aussi j'arpentais cet endroit en tant que touriste avec des amis depuis longtemps perdus de vue. Avec un peu de chance, il ne serait pas impossible de les croiser ici !
Soudain, une jeune personne vins s'asseoir près de moi, alors que d'autres bancs étaient libres !. Elle n'avait pas l'air  assuré d'une citadine, mais plus tôt empruntée avec son anorak par cette belle journée de Printemps. Elle me sourit timidement de toutes ses dents barrées par une brillante prothèse dentaire, et me questionna sur l'architecte de cette fontaine.
Car elle-même était étudiante d'une École des Beaux-Arts.   -Connaissez-vous la région de Benyamina(1) en Galilée ?. Et bien j'habite dans un village collectif proche de cette localité !.
Je suis d'un naturel peu bavard et n'alimentais pas la conversation qui etait entrecoupee de longs silences.... Soudain elle me demanda si dans ce quartier la location d'une petite chambre était coûteuse ? Un peu sur mes gardes, je lui répondis qu'en effet, ce quartier était très cher. Et après un hochement de tête :
- Connaissez-vous un endroit où l'on sert un plat chaud ? Je lui indiquais de ma main la direction d'un de ces mini-restaurants qui offrent au passant affamé de quoi calmer sa faim avec une "pita"(2) fourrée de croquettes de pois-chiche ....

Pitta et Humus

- Merci mon bon monsieur ! me dit-elle en se levant, et elle disparut.
J'aurai voulu l'avertir de ne pas se brûler les ailes aux Lumières de la Ville, et de ne pas engager un dialogue avec n'importe quel étranger, mais déjà elle était loin. Merci gentille inconnue de m'avoir rajeuni sans le savoir...
 Voici un jeune homme "Punk", à la chevelure de Porc-épic,  avec des chaînes accrochées à sa ceinture cloutée qui brinquebalent en cadence. Il croise une soldate qui porte en bandoulière outre son fusil automatique, ses achats dans un sac peu militaire à l'emblème de chez Castro !  Une descendante altière de la Reine de Saba, à la peau cuivrée et aux fines attaches traverse la Place. En Éthiopie trouva refuge une des douze tribus dispersées  depuis la destruction de J
érusalem par Titus, il y a trois mille ans. Il y a vingt ans encore, la famille patriarcale croupissait dans la plus grande misère physique, mais jamais n'avait oubli
é d'obéir aux Dix Commandements en attendant le miracle: les avions cargos de Tsahal qui atterrirent en secret dans le désert pour les sauver de l'oppression. Contraste quotidien, une jeune élégante aux talons pointus, le blond chignon tressé à la Slave descend les escaliers comme dans une parade de Music-Hall. Un kiboutznik, le sac au dos et en sandales, découvre la Ville-Blanche...Là, sous mes yeux, défile ainsi l'Histoire d'Israel : suivent leur mère dont la jupe frôle le sol, à la queue-le-leu comme des canetons, les enfants bouclés d'une famille orthodoxe. A la vue de leurs petites Kippot brodées, je me souvins de mes treize ans à Alger.
Ainsi, le jour où je devais aller â l'autre bout de la Ville pour apprendre des rudiments d'hébreu et me préparer à l'examen de ma Bar-Mitswa, je passais sous l'Horloge de l'Hôtel des Postes qui pour moi était la référence de l'heure !

                          La Grande Poste d'Alger dans les années 50
alger, Horloge de la Grande Poste
Et puis en continuant mon chemin, arrivais devant les Galeries de France. Je résistais à l'appel du rayon de jouets et continuais mon chemin sans perdre de temps...

Les Galeries de France
Cette carte postale est  ancienne, mais rien n'avait changé jusqu'à ce que que ce Grand Magasin soit peinturluré après 1962
.
(Les nouveaux occupants ont recouvert de couleur les si belles boiseries intérieures).
Galeries-de-France-Alger
 Les grandes aiguilles sur son faux minaret de stuc me réconfortaient en me permettant de ralentir ma course et bifurquer sur l'étroite Rue des Tanneurs, descendre trois marches qui me conduisaient à une petit restaurant fleurant bon le "Barbouche".
 
  Un Barbouche appétissant
Barbouche

  Mon Maître était un Rabbin humble, nourrisseur du corps et de l'esprit et surtout très patient envers ce petit garçon qui ânonnait des prières sans toutes les comprendre, le livre saint ouvert sur la toile cirée
â carreaux verts...
En plus des langues scolaires (anglais,allemand et latin), je découvris les difficultés de l'hébreu. (Jusqu'alors nous lisions en français la Haggadah de Pâques et je balbutiais quelques prières sans rien y comprendre !) .  
 
Alphonse Levy (Marmoutier 1843-Alger 1918)
Rabbin enseignant un enfant
alphonse-levy-rabbin-enseignant-un-enfant
 
Mon bon Maître heureusement se levait de temps à autre pour surveiller ses marmites qui mijotaient et m'accordait ainsi quelques minutes de repos car les lettres noires dansaient devant mes yeux sans que je puisse les assembler convenablement...Mes progrès étaient lents et augmentaient ma terreur à la perspective de l'examen...Une après-midi, après une lecture passable, il se leva et me déclara reçu et bon pour monter en Chaire, à la date prévue. Mais il réapparut bientôt en tenant d'une main un Coq par les pattes et de l'autre un rasoir tranchant . Il voulut sanctifier mon saut dans le monde des adultes par un saint sacrifice qui devait alimenter aussi son menu du lendemain . Je restais pétrifié sur ma chaise, le coq la gorge tranchée en une fraction de seconde s'échappa dans le restaurant et ne fut repris que lorsque le sacrificateur eut réussit à le capturer sous un seau qui étouffa ce spectacle pénible . Je me souvins alors de la phrase mnémotechnique de non Instituteur : "on ne meurt qu'une seule fois, on se nourrit plusieurs fois"....
C'est à la petite synagogue de la rue Scipion que je lus ma Paracha, mon sermon de respecter et mes parents et ma religion. Je me souviens des lustres de Venise, des plaques de marbre des donateurs, et des brocards qui furent arrachés par les sauvages après 1962.  Mes Parents émus et les fidèles drap
és dans leur  châle de prière m'entendirent lire sans trop hésiter les passages des Rouleaux sacrés que déroulait pour moi le célèbre Rabbin Kamoun. Du haut du balcon en boiseries de Cèdre ajourées, les femmes  éparpillaient dragées et sucreries aux enfants.  Ce fut un matin inoubliable, sans photos  à l'intérieur du Temple, pour préserver le spirituel de la cérémonie, mais seulement une chaude réunion familiale dans le petit appartement de la Rue Sadi-Carnot. J'ai sauvé un cadeau précieux qui m'a accompagné dans l'exode en France et jusqu'en Israel: une carte de visite avec les voeux du Grand Rabbin d'Alger Maurice Einsenbeth.
Je sortis de ma rêvasserie et j'attendais la fin de l'après-midi, quand la morsure du soleil se fait moins cruelle, pour admirer la danse du feu et des eaux de cette fontaine tournante se réveillant... en fin de journée à dix-neuf heures. Alors que les mères s'affairaient à rentrer à la maison en poussant les landaus où déjà des bébés s'étaient endormis ivres d'une heureuse fatigue, je vis se rapprocher un couple étrange. Lui, maigre et aux cheveux blanchis portant sur l'épaule un étui à violon, et elle, au visage émacié, une guitare. Ils se débarrassèrent de leurs instruments, déplièrent un trépied, et se passèrent l'un à l'autre une bouteille d'eau minérale. Je pensais que ce couple digne n'était là que pour se reposer, car la placette se vidait de ses promeneurs qui hâtaient le pas. Il n'en était rien. Lui ajusta son veston et sa cravate, elle, déplia son écharpe et commença à vérifier les accords de son instrument en ajustant ses clefs. Il  posa sur le sol, grande ouverte sa boite à violon, invitation aux oboles. Ils ne se pressaient pas, sans aucun doute ignorants qu'à sept heures précises du soir, la Fontaine musicale allait ouvrir le concert quotidien amplifié par des hauts-parleurs cachés dans le feuillage des ficus. J'étais affligé de voir leur préparation condamnée à avorter dans les minutes qui allaient suivre car personne ne les entendrait. Je n'osais pas prévenir ces ignorants de l'horaire municipal, qu'allait se déchaîner une partition qui couvrirait leurs notes. Vite je préparais dans ma main ma pièce, prêt à  me lever et aller la déposer dans l'écrin rouge aux premières notes de ce duo, dans la crainte que cette Fontaine inconsciente ne commence à couvrir la musique de ces deux artistes qui ne vivaient sans doute que de leur talent ambulant. Angoissé que j'étais à la pensée de leur déception, je ne pus résister aux premiers trémolos du Violon et des griffures de la Guitare à me lever et déposer cette obole qui me brûlait la main et à m'enfuir.
Le violoniste s'inclina poliment pour me remercier de ce bon début qui s'avéra vite sans suite: J'étais à peine au bout de la rue, que les vibrations des hauts parleurs déchaînés, me rattrapèrent, comme une double exécution  sans pitié. Les pigeons surpris s'envolèrent, le dîner de mes deux amis d'un soir, aussi.
De toutes les façons c'était pour moi l'heure incontournable des informations télévisées. Attention, l'heure va être avancée,je dois mettre mon réveil à l'heure....
Pour terminer cette ronde des heures, je me promets cette fois ne pas être en avance au rendez-vous de..ma Dernière Heure !

Notes:
(1) Ce village pittoresque  nommé ainsi en la mémoire du philanthrope Baron Benjamin de Rothschild, a été fondé par des pionniers qui y plantèrent des vignes au vin célèbre. Plus récemment, ce lieu rappelle l'anecdote d'un Député  qui habitait dans cette localité que le train dépassait sans s'arrêter. Cet homme jovial et haut en couleur avait coutume de tirer la sonnette d'alarme pour obliger le conducteur à ralentir son convoi et ainsi lui permettre de sauter  du train pour aller chez lui en fin de semaine...
(2) Pita au Homous, n'oubliez pas de l'assaisonner avec de la sauce piquante. Bon appétit...
(3) "Les Beaux Jours de Benyamina"

Benyamina, où je suis une fois passé était à l'origine un village de vignerons. Cette localité a été chantée par Hava Alberstein. La mélodie mélancolique, est aussi celle de nous tous, où que nous soyons :

 

"J'ai envie de retourner à mes plus beaux jours

  Les journées aux pieds nus de Binyamina

 Oui je me souviens, tout s'écoulait lentement,

 Le soleil n'était pas si pressé

 Les gens se disaient bonjour, un ami était un ami "...

 

Écoutons cette belle interprétation:



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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 17:20

 

 

Hier c'était en Israel le jour du Souvenir à la fois de la Destruction du Peuple Juif par les Nazis et leurs alliés de l'Axe, mais aussi de la Commémoration du Soulèvement Héroïque des persécutés dans les Ghettos comme celui de Varsovie et aussi de divers Camps de Concentration.
Femmes, enfants, vieillards, bébés, malades, furent les faciles victimes désignées par les sadiques hitlériens qui planifièrent la machine à assassiner. S'étaient mobilisés pour cette tache infâme, la Magistrature allemande, les Armées allemandes, les Polices allemandes, mais aussi presque tout le Peuple Germanique, et même le Pape Pie-XII si subitement silencieux et qui à la fin de la Guerre, distribua des Passeports de complaisance aux criminels pour aider leur fuite en Amérique Latine.
Hier j'ai vu sur TV5, l'enregistrement authentique filmé en 1947 du Tribunal de Nuremberg.
Très peu des monstres allemands présents furent condamnés à la pendaison. La plus-part à des peines prison sans rapport avec leur terrible participation aux crimes et même deux ou trois furent graciés...
Étaient absents sur les bancs de l'infamie, tous ces citoyens allemands qui encore quelques temps au paravant non seulement applaudissaient Hitler et ses sbires, mais encore participèrent personnellement à la Chasse aux Juifs  dans les Villes et les Campagnes où les malheureux essayaient en vain de se cacher.
Il en fut de même en Pologne, en Hongrie, en Bulgarie, en Hollande, à Salonique, bref dans toute l'Europe vert-de-gris. La France de Pétain publia au Journal Officiel avec empressement les Lois Raciales. La Gendarmerie, la Police, obéirent avec zèle aux ordres de Vichy et soixante quinze mille juifs furent envoyés aux Camps de la Mort dans les wagons à bestiaux affrétés à la SNCF pour ces horribles transports. Il n'y a pas eu de Tribunal(1) pour poursuivre tous les milliers d'assassins, collaborateurs et dénonciateurs... Il fallait "Rassembler le Peuple de France !....
Les "Justes", hélas trop peu nombreux, qui prirent des risques énormes pour cacher des enfants juifs sont maintenant à l'Honneur au Centre du Souvenir de Yad-Vashem à Jérusalem, capitale éternelle de l'Etat Hébreu.

J'ai sous les yeux la photo de ma dernière petite-fille qui fait ses premiers pas hésitants au milieu d'un cercle de pigeons qui picotent des miettes de pain.

Mika Place Bialik

Je la regarde attendri, et j'essaye de chasser un cauchemar éveillé:
une horde qui débarque  d'un camion et saute à terre, cravache en main en hurlant "Juden Raus" ! . Je m'effraye de moi-même, et me ressaisi en voyant dans le ciel une formation d'avions à l'Etoile de David qui répète pour le proche Anniversaire de l'Indépendance d'Israel.
Cette Indépendance acquise par le sang des Rescapés de la Shoah, est actuellement comme une épine dans la gorge de nos ennemis voisins ou lointains  qui ne peuvent digérer notre existence. Ils espèrent exploiter la lâcheté de ceux qui alimentent et laissent tourbillonner les centrifugeuses de Téhéran. 
Israel vit sous la menace de destruction nucléaire.
Israel doit faire face, depuis des années, à un concert de délégitimisation et d'accusations de la part de pays onusiens hypocrites qui ne rougissent pas de se regarder dans le Miroir de l'Histoire et feraient mieux de nettoyer leurs écuries..

J'habite près d'une École Primaire. A chaque sortie en  recréation, montent à moi les cris de joie des petits enfants. Jamais nous permettrons plus à d'autres pays de décider de leur sort.
Je pense aux enfants Syriens qui agonisent, leurs poumons brûlés par le Chlore que leur déversent avec des caisses d'explosifs les avions de Bashar Hafez al-Assad, Président de la Syrie. A l'ONU, on cherche encore et encore des preuves comme si les petits cadavres n'existaient pas....Cela me rappelle les années 30.
  

(1) A consulter en ce qui concerne la France:
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 17:03

Le  coffret aux promesses...Coffret I.A.I

Une promenade au Marché aux Puces de Vanves recèle toujours des surprises pour les curieux. Moi je cherchais une boite à musique et en me penchant sur le trottoir où était étalée de la vaisselle dépareillée, un coffret, sans doute pour y cacher des colifichets attira mon regard.
En le prenant dans mes mains je découvris au toucher sa décoration de cuivre en relief et surprise pour moi, des motifs aéronautiques à  l'emblème des Usines d'Aviation Israéliennes, (I.A.I). Un objet bien rare dans tout ce bric à brac. Sans doute avait-il eu un passé plus glorieux du vivant de son possesseur.
En soulevant son couvercle, apparut une perle blanche enfilée sur un fil ténu, qui reposait sur une vignette dont je recopie le texte:

 Chère Madame,

Pour débuter ce nouveau millénaire sous les meilleurs cieux, toute l'équipe Dr Ricaud a voulu vous réserver un cadeau surprise. Découvrez à l'intérieur de ce coffret 3 bracelets en perle de verre porteurs chacun d'un voeux.
-Le premier blanc nacre signifie le Bonheur. Il vous prédit une année riante, rieuse ensoleillée de mille éclats de rire partages.
-Le deuxième, gris perle évoque la Beauté, une année éclatante placée sous le signe de la féminité, du charme et de la séduction.
- Le troisième, gris anthracite, représente la Prospérité présage de bonne fortune. Il est garant d'une année pleine de succès et de rêves réalisés.
En vous offrant ce cadeau inspiré des traditions de l'Orient, nous vous souhaitons à l'aube du troisième millénaire, Bonheur, Beauté et Prospérité.
Amicalement.
Toute l'équipe du Dr Pierre RICAUD.

En rentrant de la visite, je m'aperçus que manquaient les bracelets de la Beauté et de la Prospérité.
Mais la perle du Bonheur de blanc nacré valait bien la Beauté fugitive et  la Prospérité hasardeuse réunies.
J'étais devenu en quelques pas un philosophe... d'occasion.
Et puis j'ai remarqué que ce Dr n'avait pas prévu, (drôle d'oubli professionnel !) un collier au nom de la Santé, sans doute un domaine où rien n'est moins prévisible...

Paris, sera toujours Paris..Laissez aller vos pas dans ces petites rues aux nombreuses Galeries d'Art, moderne et ancien qui affluent vers la Seine.
Là j'ai eu la chance de saisir en noir et blanc cet instantané....
                                               Face a fesse
                                        
Paris, bien-sur
C'est une effrontée qui me narguait en me dépassant....J'avais en fait butté sur la vitrine en coin d'un photographe tant cette photo était vivante. J'aurai du prendre mon temps pour en faire une autre pose, mais je devais rattraper mon guide, plus rapide que moi...

                                   Voyage en Perse

Par le Chevalier Chardin Jean. "Voyages en Perses et autres lieux de l'Orient. (Amsterdam, 1711).
"Édition la plus estimée et en grande partie originale de la description de la Perse au XVII ème siècle, conservée dans son vélin armorié de l'époque".

Voyage en Perse.
Il me vient à penser que le mot Persécution a peut-être pour racine ...la Perse. Mais aucun dictionnaire (hélas!) n'abonde en mon sens..

                                        Librairie ancienne
Paris, Librairie ancienne

Ce livre épais de l'an 1770, est toujours d'une actualité brûlante, jugez-en :
Le Tronne : "De l'Administration Provinciale et de la Réforme des Impôts".
Nos Députés n'auraient que la Seine à traverser pour y trouver des solutions à des problèmes plus que tri-centenaires...
  
                                             Coin-coin...
Coin Coin

Galerie Jeanne Bucher. Des oies bavardes, grandeur nature, derrière la vitrine.
 
                                           A toute vapeur..

Puces de Vanves a toute vapeur
Ce jouet magnifique, j'en avais eu un semblable, mais à simple effet. La chaudière* est chauffée avec des pastilles d'alcool solidifié. Une soupape de sécurité veille à ne pas excéder la pression de la vapeur.
Voir l'article (sans les escarbilles !) avec ses nombreuses animations sur le fonctionnement des machines à vapeur, merveilleuses technologies de nos locomotives d'alors. Il en demeure des exemplaires en fonctionnement grâce aux amoureux du Rail...
 

                            Ce Renard, il doit dater de Jean de La Fontaine ! 

Au Puces de Vanves, un gardien

  Gardien du l'éventaire, un peu miteux, il veille sur l'étal en absence de son maître..

                                     En avant la musique!

Puces de Vanves en musique

Toujours le même musicien depuis des années mais sa barbe est maintenant hirsute. Image du temps présent, son piano est monté sur des roulettes, au cas une "pèlerine" ne le fasse déguerpir...

                                         Sublime Avenir !

Avenir


Dans la Rue des Plantes, tout n'est pas tourné dans le passé, et il faut penser aussi à l'Avenir sous toutes ses formes...
Mon autobus s'étant arrêté à un feu rouge, pour patienter j'ai eu deux minutes pour me décider..
On y fait tout : inhumation, exhumation, incinération bref un vrai jardinage...
Heureusement le feu est trépassé au vert...

                                           La Boulangerie

Tbleau Parisien
Épreuve d'Artiste. J'aime cette lithographie colorée d'un marché en hiver. Tableau au style naïf mais si vivant. Il est de Nathalie Chabrier (1932-), peintre de nombreuses scènes parisiennes.

                             Vitrine a l'angle du Quais Malaquais.

Vitrine sur les Quais

Je n'ai pu lire la signature de l'auteur de ce  visage énigmatique et richement coloré, daté peut-être des Années Folles ?.

                                             La Mode en 2014

Modes

                                              Navire a l'ancre

Cet immeuble en pierre de taille est comme un navire pétrifié qui fend le quartier de sa proue.
Un-Navire-en-pierre-copie-1.JPG


                                 Toits de Paris à Montparnasse

Sous les toits de Paris

Sous les toits, des combles superposées pour ne rien perdre du faible volume habitable (!) sous le faîte. Poétiques aux yeux du promeneur, mais certainement un refuge spartiate pour la bohème estudiantine ou des rapins affamés..
                                     
                                            Galerie Bailly

Galerie Bailly

"Espace événementiel de prestige artistique", Quai Voltaire.
Architecture somptueuse de cette cour intérieure. Intimidé par ce luxe, je n'ai pas osé pénétrer dans ce Temple des Arts Plastiques....

                                             La Samaritaine

La Samaritaine

En réaménagèrent. Que pouvait alors trouver ici un acheteur éventuel ? Presque tout, à en juger par ces riches inscriptions des départements. Au temps des publicités électroniques, cela nous parait si démodé, mais espérons que les nouveaux travaux respecterons cette façade historique.

                                           Embarras de Paris.

Ventilation.JPG
Je suis passé par là, après un accident.
La vitre arrière a été brisée par un motocycliste qui n'avait pas freiné à temps et a percuté de son casque la lucarne arrière...ajoutant ainsi une ventilation originale à ce modèle...

Quant à moi, je finis indemne cette nouvelle escapade, enrichi de beaux souvenirs de la Capitale. Parisien un jour, parisien pour toujours...


Notes:
*Machine à vapeur, explications et animations:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_%C3%A0_vapeur

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 09:39

 

 


Paul Fenasse (1899-1976)
-Hauteurs d'Alger-
Paul Fenasse (1899-1976)

Le Dimanche, nous avions coutume de monter à El-Biar pour rendre visite à "tante Paulette", la soeur cadette de mon père. Fine artiste, elle avait peint dans sa jeunesse des aquarelles délicates de "Capucines" qui ornaient notre salon. Hélas, avec l'âge ses mains s'étaient déformées car elle souffrait de rhumatisme et déjà se déplaçait difficilement.
Mais c'était aussi une occasion pour notre famille de nous évader de l'humidité d'Alger, toute bâtie en amphithéâtre face à la mer, et de me faire respirer l'air pur de la campagne. Nous partions du Carrefour de l'Agha, le centre le plus bas d'Alger pour aller à pieds, gravir ces rues et raccourcis pentus qui au sortir de la Ville étaient embaumés d'arbustes de Jasmin, avec des talus de Fenouil à l'odeur d'anis. Pour mes petites jambes ce n'était pas si facile, mais encouragé par mes parents, et distrait par la cueillette de jaunes "vinaigrettes" que je m'amusais à sucer, et avec la découverte d'un Papillon-Roi sur les bords du chemin et autres fragiles merveilles de la Nature, je progressais, enchanté. Dans les escaliers qui coupaient le Boulevard Gallieni taillé dans la  roche crayeuse, m'attendait l'ombre d'une murette moussue et sa haie de baies rouges et noires. Des
Mûres que je disputais à des abeilles gourmandes et d'autres  insectes qui voletaient enivrés du suc de ce paradis naturel. Ainsi, lentement apparaissaient couvertes de grappes de Glycines bleutées, des villas aux fenêtres protégées de croisillons de fer torsadé, de l'époque ottomane.

                                                         Eugène-Alexis Girardet (1853-1907)
                                                                           -Villa Mauresque-

Eugene-Alexis Girardet-1853-1907
 
A travers les grilles du porche, nous pouvions admirer ces résidences de corsaires qui décorèrent leurs patios de faïences hollandaises, butin pris aux Galions par les écumeurs des mers.
La villa de ma tante était simple et toute blanche, mais pour moi c'était un Palais. Au bout de notre promenade, la grande récompense à mon effort était d'entrevoir :
          
 Tout au fond du chemin Bucknall,
 Un portail de fer, peint en vert,
 Et un chien-loup, qui aboie, cela est bien normal.
 C'est Puck, mon ami d'enfance.
 Avec ses oreilles pointues et sa robe grise et blanche,
 Il ressemble tellement à notre chien de faïence,
 Assis sur l'étagère du salon, à côté du bougeoir,
 Entre le pot à tabac, et le coupe-papier d'ivoire,
 Que quelques fois je pense,
 Que lui aussi aboie, mais en silence.
 
 J'aime me promener avec Puck, sur le chemin fleuri,
 Et je ris tout haut,
 Quand il lève la patte sur les pissenlits,
 Sur les bornes, les poteaux,
 Et même les chardons en dents de scie.
 Car il ne sait pas, comme moi, lire le nom des rues,
 Et dans cette foison d'odeurs campagnardes et de crottins de cheval,
 Il saura ainsi retrouver son pays natal.
 Lorsque je caressais sa tête toute chaude,
 Il me tendait la patte en guise d'amitié.
 Et en voulant l'embrasser,
 Ses oreilles me chatouillaient le bout du nez.
 
 Retournés, tous les deux, au salon de velours bleu,
 Au milieux de tous ces parents sérieux,
 Qui buvaient du thé, et parlaient de sujets fastidieux,
 Je m'allongeais sur le tapis en sa compagnie,
 Sous la table ancienne, aux grands pieds arrondis,
 Et sans craindre ses canines pointues,
 Je partageais mon
Kouglof aux raisins secs, qu'il prenait de ma main nue.

 Un soir, mon père me prit à part,
 Et me dit doucement que le chien était malade,
 De cette maladie qui, à coup sûr, nous sépare,
 Et que dimanche prochain, nous n'irons pas en balade.
 Je retenais mes larmes, et fis semblant d'être distrait,
 Car je sentais que mon père avait les yeux mouillés.
 Je passais une nuit agitée, dans mes draps entortillé,
 Pensant que ceux qu'on aime, ne pouvaient s'en aller.
 
 C'était le triste apprentissage,
 Que l'homme apprend en bas âge.
 Ainsi, tout en jouant, pendant les soirées,
 Je dévisageais mes parents bien-aimés,
 Dans l'ombre du salon, sous la lumière tamisée,
 En suppliant le Ciel, de ne rien y changer.
 Au fil des saisons et des années.....

 Alger, en famille, Papa en permission.(1940)
A deux ans, mon univers était de journées insouciantes à l'ombre protectrice de mes chers parents.

Alger,1940 Famille René Lévy.Colette,Michel et Georges 00

Notes :
El-Biar: "Les Puits"
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 10:38

 

Nous habitions à Alger, au 20 de la rue Sadi-Carnot au cinquième étage d'un    immeuble faisant face au port de commerce. Excusez-moi de me répéter,mais
de cette situation géographique exceptionnelle pour l'enfant rêveur que j'étais,
j'en ai gardé encore les détails précis. Ce paysage était à lui seul une merveilleuse et permanente "Leçon de Choses"(1). De la fenêtre du bureau de mon père s'offrait à nous un panorama de la vie active de la Ville, avec en premier plan la Gare de l'Agha avec ses locomotives fumantes trainants les wagons de marchandises, et en deuxième plan la rade où s'activaient des grues énormes auprès des navires marchands. Le ciel lui-même nous apportait chaque semaine une attraction attendue, l'amerrissage de l'hydravion(2) d'Air-France. C'est à l'aide  des jumelles paternelles dérobées dans son placard d'Ali-Baba, que mon frère et moi, observions les manoeuvres dans l'eau plate du port de ce multi-moteurs à ailes hautes, mi-avion, mi-bateau mais aussi élégant sur l'eau que dans les airs. Résultat des études aérodynamiques et hydrodynamiques des brillants ingénieurs de chez Lioret et Latécoère...

  L'Hydrobase d'Alger, cliché Pierre Jarrige

Hydrobase d'Alger 
Sur les étagères s'entassaient outre de multiples outils de bricoleur, des lampes de radio, des files électriques colorés, des composants de T.S.F, de fragiles appareils de mesures, une loupe de poche pour observer de près la Nature, un agrandisseur photographique avec ses bacs et ses produits chimiques révélateurs et des pochettes de papier sensible, tous des objets temoins de la passion de mon pere a ses rares heures de ses loisir. Mais aussi dans un coin, deux drapeaux roulés sur leur hampe, que nous accrochions avec une  piété patriotique au balcon du salon, les jours de Fête Nationale quand le Jour de Gloire arrivait..... C'était à l'occasion du 8 Novembre 1942 (débarquement  et prise d'Alger par les Alliés aidés par la Résistance locale de José Aboulker et ses 300 amis israélites),
 puis du 11 Novembre, l'anniversaire de l'armistice de 14/18,  et du 8 Mai 1945 capitulation des Nazis,
                                        Vive la France renaissante !
L'Echo d'Alger, 8 Mai 1945
et bien sur du 14 Juillet 1789, Fête de la Révolution qui fit couler beaucoup de sang bleu et rouge à la fois !
Ces deux drapeaux, aux couleurs un peu passées par la pluie et le soleil, saluaient d'en haut les cavalcades des spahis défilants le sabre au clair, leur burnous blanc flottant en cadence du trot de leur cheval arabe aux fins naseaux.

                         Les Spahis sur le Boulevard Carnot (Photo Jacques Varlot)
55.spahis.-alger.jpg
 
A l'hydrobase, proche de la Centrale Électrique, l'embarquement des passagers se faisait, non pas sur l'hydravion flottant sur l'eau irisée de la darse, mais... à terre ! Imaginez les passagers une fois installés dans la cabine, se sentant osciller au bout du câble de la grue  qui ensuite déposait le grand oiseau sur l'eau étale du bassin de l'Agha. Remarquez les moteurs hauts-perches pour que les giclures n'endommagent pas les helices.

                                         Seulement 12 passagers pour un voyage courageux !

Hydravion port d'Alger

 Un jour que nous nous disputions à qui verrait le premier son hissage au sec sur le plan incliné du quai, les jumelles s'échappèrent de nos mains et vinrent s'écraser sur le macadam. Nous fumes glacés d'effroi à la pensée que nous aurions pu blesser quelqu'un et pire encore ! Heureusement la rue était vide de passants. Nous remontâmes du trottoir que le corps cabossé, des débris de bakélite et des lentilles brisées.....
C'est depuis ce jour que j'ai le vertige quand  je m'approche d'une fenêtre, de peur d'être happé par le vide...
Cet objet, cher à mon père, l'avait accompagné dans ses excursions, à son voyage de noces et ensuite à la Guerre en Tunisie. Il fallait essayer de réparer notre faute. Sans hésiter, le jour même nous cassâmes notre tire-lire, et mon frère courut à un  magasin d'optique rue d'Isly pour chercher un modèle Zeiss semblable....non par peur de la colère paternelle, (jamais il ne nous avait grondé!) mais parce que nous imaginions d'avance sa tristesse à la perte d'un cher souvenir. Nous remîmes des jumelles, un peu semblables mais flambant-neuf dans le vieil étui écaillé dans le placard, (en cachant le nouveau boitier en cuir trop voyant !), sans oser raconter notre accidentel méfait.

                                                Jumelles Zeiss

jumelles ZEISS-copie-1
Un jour qu'il voulut se servir de cet appareil, notre cher père, étonné, ne fut pas dupe de ce changement ! Le binoculaire brillait trop dans son coffret en cuir usagé, et nous dûmes avouer notre manège, soulagés de nous libérer de notre  secret.
Mes parents firent leur voyage de noces en Espagne, alors républicaine, en empruntant l'hydravion d'Air France, ce qui  à cette  époque du tout début des années trente n'était pas un transport très populaire.
J'ai retrouvé dans la Revue "L'Afrique du Nord Illustrée",  le récit d'une traversée en hydravion semblable en 1933, narrée par Gérard Besse(3). Ainsi, outre le plaisir littéraire de cette lecture pittoresque, j'ai pu imaginer le voyage de mes parents et leurs sensations lors de la traversée en admirant les  paysages vus du ciel.

 SAMEDI 8 SEPTEMBRE 1934 Nouvelle série N" 69/. — 29' Année. L'AFRIQUE DU NORD Jules CARBONEL, Directeur . Direction et Administration : 41, rue Mogador, ALGER. — L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTRÉE Le beau voyage par Gérard BESSE. — « Ah ! ces journalistes !! ». Cette exclamation ressemblait pour moi d'une façon surprenante à celle déjà trop souvent entendue en maintes circonstances et qui équivaut, en termes corrects, au titre illustré par un as de l'écran : « le Roi des Resquilleurs. » Et c'est M. de Lamarlière, le sympathique directeur d'« Air France » à Alger, qui m'accueille ainsi. Le sourire accompagnant cette exclamation montre bien d'ailleurs que c'est là une cordiale plaisanterie et qu'il n'y a aucune arrière pensée dans ces paroles. — « L'aviation civile a été souvent attaquée, elle a besoin d'être mieux connue et je pense qu'il est de mon devoir d'insister... — « Mais parfaitement ; vous avez entièrement raison. » C'est ainsi que j'obtiens l'autorisation de m'envoler de la base d'hydravion de l'Agha, à Alger, grâce au bel appareil construit par l'as bien connu dans le monde des ingénieurs : M. Lioret. Le jour à peine teinte de rose et d'or les cimes des monts de Kabylie, sur les flots calmes de la mer des frissons de moire argentée, dorée, puis bleutée, courent vers le large. Le grand oiseau jaune aux ailes effilées, baptisé il y a quelques semaines par Mme Carde, est là qui nous attend, paisible, ne donnant aucune impression de folle randonnée mais, tout au contraire, celle de grande sécurité pour un voyage normal, sans histoire, sans péripétie notable... J'avoue que j'ai été quelque peu déçu par cet aspect trop placide du quadri-moteur F.A.M.U.L. « Ville Dernière vision du port d'Alger. d'Alger ». Je m'étais persuadé que_- j'allais entreprendre un voyage périlleux, plein de risques et d'embûches et, dès que j'approche de l'hydravion, dès que j'y pose les pieds, toutes mes illusions s'envolent et je suis presque honteux à la pensée qu'il ait pu germer en mon cerveau des idées aussi périmées, aussi arriérées. J'ai cependant maintes fois pris mon envol mais j'avais la hantise de ce voyage au dessus de la grande bleue. Maintenant que m'y voici, tout me semble banal, et aucune crainte ne me vient ; ma déception est presque réelle de n'avoir aucune sensation nouvelle. Je profite de cette liberté d'esprit pour regarder autour de moi. Ma hâte a 'té telle de m'installer que je me trouve seul dans mon fauteuil, ayant distancé les autres passagers. — « Tiens ! vous êtes du voyage ? » — « Mais oui, M. le Gouverneur général ; j'en suis. > Et M. Carde prend place dans le fauteuil me faisant face. Voici maintenant un couple jeune (de nouveaux mariés sans doute). Elle est radieuse et Lui fait triste mine. A peine installé,il extirpe de sa poche un beau mouchoir de fil très blanc, un flacon plein de liquide jaunâtre, imbibe le mouchoir du liquide en question et se colle la fine toile sous le nez. C'est à ce moment que je m'aperçois de la pâleur verdâtre qui couvre le visage du nouveau passager. — « Attends que nous soyons partis pour être malade », lui suggère doucement sa jeune épouse. Un grognement sourd est la seule réponse. Cependant, à voir une telle mine défaite, je commence à croire que tout ne doit pas être rose et quelque appréhension me vient. L'avion serait-il, sur un long parcours aussi peu stable que le navire ? Et puis voici que d'autres passagers montent, se placent, rient, parlent, semblent plein d'entrain. La vedette nous remorque ver le large. Le Monsieur au mouchoir hume toujours son liquide jaune tandis que le « Ville d'Alger » est légèrement entraîné en rond par un, puis deux moteurs. Le cheval de bois cesse dès que le troisième, puis le quatrième moteur sont mis en marche. Là encore, je m'attendais à être littéralement assourdi par le vrombissement des moteurs. Rien de tel. A peine si le bruit gêne ceux qui parlent d'abondance et qui ne cessent leur bavardage qu'au moment où une impulsion irrésistible nous entraîne tous. Par le hublot je vois une gerbe irisée s'élever, frapper avec violence le flotteur puis l'extrémité du plan de l'avion. — « Ça y est, nous décollons ! » Je ne puis m'empêcher de murmurer cette phrase lorsque je me sens doucement enlevé vers le ciel tout blanc de soleil en même temps que cesse le jaillissement d'écume éclaboussant mon hublot. Très vite nous prenons de la hauteur. Les jetées du port défilent sous nous, se font petites et là bas, tout là bas, bien bas, une vision de légende, un tableau des mille et une nuits se déploie et, comme en un songe s'estompe, s'évanouit. Alger, la véritable Alger de la légende est là, sous nos yeux éblouis. Personne ne profère une parole. Tous les regards sont rivés à cette toile magnifique, à ce panorama unique dont n'aurait jamais pu rêver le poète le plus génial et pour lequel nulle palette n'a jamais encore pu fournir assez de magiques coloris. Sous les rayons du soleil levant qui la baigne d'une douce teinte rosée, la volupteuse « El Djezaïr » se pâme au flanc de ses coteaux de jade. A ses pieds vient battre doucement le flot bleu qui la berce et l'on a vraiment, de si haut, une vision de l'Orient véritable que l'on ne peut avoir même lorsqu'on a fouillé dans ses recoins les plus secrets (ou les plus suspects) la ville moderne et la casbah trop peu connue. Alger s'évanouit donc rapidement et la côte d'Afrique n'est bientôt plus qu'un mince ruban brun sur lequel se détache une pointe blanche. L'onde et l'azur du ciel se confondent à l'opposé et c'est en vain que l'on cherche la ligne d'horizon. Il n'est plus qu'à essayer de découvrir, quelque part dans l'infini qui nous entoure, un point susceptible de servir de repère. Naturellement le regard se dirige vers le bas et c'est en somme le mouvement instinctif de choque passager. L'eau est parfaitement calme semble-t-il et seule, quelques taches minuscules et d'un gris sale apparaissent parfois à la crête de vagues que l'on devine plutôt qu'on ne voit. Il existe cependant à la surface de l'eau de grandes traînées d'une teinte plus claire, semblables à de larges chemins peu sinueux et fort larges. A de certaines distances, plusieurs de ces voies se croisent puis disparaissent pour reprendre plus loin. Sans doute quelque navire est-il passé par là et a-t-il laissé cette marque de son sillage. Voici cependant, à notre niveau, à peine distinct, un point blanc. « Un avion à tribord ». Effectivement un autre oiseau disparaît à peine aperçu. Quelques légers nuages viennent par intervalles, embuer les hublots et voici que nous montons plus haut. Chacun semble s'en apercevoir et c'est une distraction pour tous. Dans la cabine de pilotage le « radio » Thomasset tourne des boutons, manipule, enchevêtre et démêle des fils, autant de mouvements auxquels nous ne comprenons rien mais qui donnent à chacun une plus forte impression de sécurité. A demi cachée par la tête de mon voisin d'en face, je n'aperçois du pilote Rouchon que la silhouette. Quant au mécano Scenen il doit être fort occupé car, de toute la traversée, je ne l'ai vu qu'au départ et à l'amerrissage à Alcudia. Et pendant que ronronnent les moteurs je songe à la vie toute de dévouement et d'abnégation de ces trois hommes et de leurs camarades. Pilotes, mécanos et radios de ligne ont droit, en effet, à toute notre admiration et il n'est pas exagéré de dire que l'on ignore beaucoup trop ces « as » de nos ailes. Trop souvent l'attention du grand public est accaparée par les exploits de nos valeureux pilotes de raids ; mais, sans peur cela diminuer en quoi que ce soit leur valeur et leur courage, il faut que notre admiration soit au moins autant répartie sur ceux qui, sans publicité, sans grands banquets ni champagnes d'honneur, s'envolent chaque jour à heure fixe par n'importe quel temps ; ils partent parce que c'est leur devoir quotidien... et ils arrivent, parce que ce sont aussi de véritables pilotes, navigateurs, mécanos et radios dont la valeur n'est pas moindre parce qu'ils sont modestes. J'en suis là de mes méditations lorsque se dresse devant moi une silhouette blanche : « Whisky ? Monsieur ? Porto ? » Souriant, le barman Montaudie, le digne compagnon des vrais aviateurs de ligne me tend un plateau chargé de verres et bouteilles. Ayant consulté ma montre j'opte plutôt pour un porto rouge qui, dégusté à près de 1.500 mètres me semble meilleur qu'à terre. Maintenant quelques gros nuages défilent sous nos ailes à une vitesse vertigineuse. C'est une succession ininterrompue de grands trous bleus et de monstrueux dos laineux comme ceux des moutons. L'ombre du « Ville d'Alger » les raye d'une croix noire auréolée d'un double ou triple arc-en-ciel. Cette projection de l'ombre ainsi irisée est de toute beauté. Et puis, le troupeau blanc, qui nous cachait sans doute les sommets de l'Olympe, semble moins dense et seuls quelques petits retardataires, alignés comme pour une parade, défilent enfin sous nous, et c'est à nouveau le bleu infini du ciel et de la mer. A peine cette vision s'est-elle évanouie que tout là bas une minuscule traînée d'ombre se montre, presque à notre hauteur. Qu'est-ce donc ? un nuage encore ? — « La terre ! » Cette exclamation fait se tourner toutes les têtes vers le même point suspect. — « Déjà ? voyons c'est impossible ! » Et chacun de consulter sa montre. Je pense que le monsieur au mouchoir et au flacon de sels doit être radieux. Je me retourne vers lui et quelle n'est pas ma stupéfaction de le voir à demi dressé sur les bras de son fauteuil et scrutant avidement le vide. Sa figure a laissé je ne sais où son teint terreux du départ et je ne puis m'empêcher de lui demander : — « Vous allez donc mieux, Monsieur ? » — « J'en suis quitte pour la peur. Je n'ai nullement été incommodé et mon expérience est concluante: jamais plus de ma vie je ne prendrai le bateau. Seul l'avion a gagné toute ma sympathie ! » G. BESSE.  

Notes :
(1) sur la Leçon de Choses :
 http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=3034

(2) Plusieurs types d'hydravions firent  la ligne Alger-Marseille, avec escale aux Bal
éares, avant d'être détrônés par les avions modernes de l'après-guerre...Voir le site exceptionnel de Pierre Jarrige, sur l'Aviation Commerciale en Algérie, d'où proviennent les photos du port et des hangars que je pouvais discerner de loin :
http://en.calameo.com/read/0003670792759374b12a8

(3) D'après le site "Alger-Roi", Le Journaliste Gérard Besse serait "Mort pour la France", le 5 Juillet 1940. Mais je n'ai rien trouve sur le site "Memoire des Hommes".

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 09:59
 

DansTel-Aviv, la "Ville Blanche" ainsi nommee par l'Unesco*, toutes les rues (ou presque) mènent à la mer. Je préfère sortir tôt lorsque l'air marin n'est pas encore mélangé à la fumée des véhicules. Sur le trottoir, que le balayeur africain du quartier est en train de nettoyer nonchalement, des cartes de visites de toutes les couleurs jonchent le sol. Employés de la voierie, originaires d'Erytrée ou du Darfour, ils ont en commun, outre leur statut de réfugiés illégaux au salaire minimum, un téléphone sans fil collé à leur oreille qui les accompagne dans leur tache de salubrité. Contraste du quotidien ! L'un pollue,l'autre nettoie...J'ai vu une fois le manège d'un cycliste, émule du Larousse, qui en passant rapidement devant les hôtels semait à tout vent d'un large mouvement une brassée de ces vignettes. Ce sont, vous l'avez deviné des adresses et numéros de téléphones de "Dames de Compagnie" légèrement vêtues en toutes saisons !. Ce vieux métier s'est modernisé et a reçu un regain venimeux avec l'apparition du téléphone portable, et les Compagnies sans fil et sans vergogne s'en frottent les mains.

En constatant que ces invitations étaient répandues sur le sol recto-verso sans distinction, j'ai pensé à cette Loi du Hasard qui les avait fait chuter toutes les pattes en l'air !

Le commanditaire intelligent avait donc fait imprimer les deux faces des invitations , ce qui est certes coûteux, mais d'une publicité plus rentable. C'est le phénomène bien connu de la tartine beurrée.

Je cite wikipedia":

La « loi de la tartine beurrée » énonce que la tartine tombe toujours du côté beurré. Cette assertion a trois réponses :

  • " l'une est une boutade : n'accusez pas le sort pour nier vos responsabilités, c'est vous et vous seul qui avez beurré votre tartine du mauvais côté ;
  • la seconde envisage que le côté beurré, surtout s'il s'y trouve également de la confiture, est peut-être tout simplement un peu plus lourd que l'autre ;
  • enfin, et c'est certainement la plus scientifique, cela dépendrait de la hauteur de la table. En effet, les hauteurs de table courantes ne permettent pas à une tartine tombant d'une table d'effectuer une rotation complète afin d’atterrir sur son côté non beurré ".

 

Il me revint à l'esprit que lorsque j'étais enfant un de mes tours de cartes préféré était de proposer à mes amis de me faire deviner sur la table lequel des deux paquets devant-moi contenait les "cartes de neuf". Évidement, je désignais toujours avec le même succès le paquet secret, quel que soit son emplacement, car un des paquets était composé de 9 cartes et l'autre de quatre cartes du numéro 9, pique,carreau, trèfle,et coeur... 

Faisant court à mes élucubrations, je me suis retrouvé sur cette promenade ensoleillée au pied de la Colline du Printemps qui longe la mer et me conduit au petit port de plaisance que j'affecte tant, car il me rappelle un peu celui de la Darse de l'Amirauté d'Alger, mais ils n'ont en commun que le balancement mélancolique des mats des voiliers qui tirent sur leur ancre, et l'odeur de sel.


Maurice Bouviolle, (1893-1971) Port d'Alger- Prix Abd-el-Tif 1921.

 

Bouviolle, Port d'Alger


Dans ce Tableau, remarquez sur la colline un Colonne dressée par le Général Bailloud à la gloire de l'Armée d'Afrique. En 1942, les allies rasèrent ce mémorial qui était devenu in point de mire pour les bombardiers allemands qui attaquaient la Ville. Je me souviens de ces maudits fumigènes émis par les défenseurs qui devaient masquer les installations portuaires, et qui me causèrent des crises d'asthme...

       Tableau, commande du Ministere de la Guerre:

Un des canon anti-aerien du type "Bofor", protegeant Alger.

 

Alger canon Bofor

 

Mais le but de ma promenade matinale tel-avivienne (Un seul but, la Victoire !) est la jetée, car au bout de ce promontoire gagné sur la mer et protégé par des blocs, je vois déjà au loin le banc qui m'attends. Quelle chance, il est libre !


Face au phare, à l'extrémité du promontoire, un banc si isolé qu'il difficilement visible !....

 

Mon banc, telaviv marina


Je me retourne et me hâte de vérifier que personne n'est sur mes pas, pour m'y installer, le dos au soleil, le paysage de la passe face à moi, endroit stratégique pour admirer les voiliers qui à ma hauteur hissent leur grande voile pour attaquer la houle du large...


Ce sont des écoliers qui apprennent les rudiments  de la voile.


Ecole de Voile Marina T.A


Là, je peux enfin sortir de son sachet le petit pain au froment complet, garni de fromage blanc salé et à petites bouchées je satisfais ma gourmandise dans un silence liquide. Une fois pourtant, sorti de mes rêves par un frémissement de mon banc, je m'aperçus soudain qu'un inconnu de mon âge s'était installé à coté de moi. Presque tout de suite il a entamé la conversation, bien que je ne lui répondis souvent que par des hochements de tête, un peu ennuyé  de cette intrusion dans mon domaine...La situation "sécuritaire" devint naturellement le sujet du moment:

Un autobus de Tel-Aviv, visé par un attentat ces jours-derniers.

 

Attentat autobus Tel-Aviv
Les explosifs mélangés à des vis étaient cachés dans une marmite. Un passager qui a découvert le paquet suspect sous un siège a alerté à temps le chauffeur et tous les voyageurs ont été évacués. Quelques minutes après, le terroriste qui était descendu l'arrêt précédent a fait sauter l'engin avec l'aide de son téléphone portable...

Chez-nous parler de la pluie et du beau temps est superflu, car même en ce mois de Janvier le ciel est sec, et l'air ensoleillé, jusqu'à l'année prochaine...Depuis une semaine par contre, la Ville d'Ashdod, qui est située seulement à 45 kilomètres de Tel-Aviv, a fermé ses écoles à cause des risques de tirs de fusées qui ces derniers temps pleuviotent en provenance de Gaza ! et rien de plus déplaisant que d'être saisi dehors par "l'alerte rouge" qui paralyse les membres juste au moment où il faut courir à un abri et y pénétrer avant 15 secondes, sursis avant l'explosion...! Des vacances insolites et dangereuses pour ces quelques milliers d'écoliers désoeuvrés. Mais comme par hasard ce sont des informations qui sont soigneusement éclipsées dans les bulletins d'informations européens...

   Qui se ressemble s'assemble !

Dieudonne et Le Pen

 

Triste Europe rongee par la dieudonisation et la frontisation......

Mon voisin d'un jour qui me déroulait son curriculum-vitae, comme une page de l'Histoire israélienne, me raconta qu'il avait été, un temps, le chauffeur du Chef d'Etat-Major Raphael Eytan, légendaire héros, familièrement appelé "Rafoul". (1929-2004). (Il avait en 1956 sauté en parachute avec son commando pour couper la route aux Egyptiens en plein Sinai). C'était le type-même de l'officier qui donnait l'exemple au combat et aimé de ses soldats. Il donna une seconde chance aux jeunes dévoyés et défavorisés en les recrutant dans l'armée pour leur donner un minimum d'éducation, et les former à un métier qui leur assurerait un avenir dans la vie civile. Ce furent les "Enfants de Rafoul".

Eitan était très à cheval sur la tenue vestimentaire des recrues, et malheur à ceux qui n'avaient pas le béret réglementaire sur leur tête....

En dehors des fonctions politiques et militaires, "Rafoul" était un ardent fermier et un  menuisier passionné dans son village collectif de Tel-Adashim. A sa retraite (théorique), il dirigeait les travaux d'une nouvelle jetée pour agrandir le port marchand d'Ashdod.

Sur ce quotidien, apparaît Raphael Eitan, casqué comme ses ouvriers sur le chantier.

Le titre: "Vaincu par les Elements".

rafoul

En plein hiver, il ordonna de cesser le travail aux ouvriers car les lames étaient trop fortes.

 

Tempete a Tel-Aviv


Il vaut mieux ne pas essayer de se mesurer avec la Méditerranée quand elle se fâche. Le jour suivant, il ne put résister à sa passion du travail et voulut aller tout seul voir si les tripodes en béton tenaient bon sous les coups de béliers de la tempête. Il descendit de sa voiture. Une vague énorme bondit par dessus les blocs, écrasa le véhicule et précipita Rafoul dans la mer en furie. Bien qu'athlétique et excellent nageur il se noya, son crane fracturé sur les rochers, sans que personne en fut témoin.....

Ainsi je pus recouper mes lectures avec les souvenirs personnels de cet homme bavard qui brusquement se leva, me serra la main en me souhaitant une bonne journée, heureux d'avoir trouve une oreille attentive...

Je me retrouvais seul sur ce banc, un peu soûlé par ce moulin à paroles, avec mon petit pain entamé que les mouches se disputaient. J'en fit aussi profiter les mouettes, et un chat venu de je ne sais où.


En face de moi, le Nord avec le Liban et la Syrie qui s'étripent mais sont d'accord pour annihiler Israel avec l'aide de l'Iran. C'est de là-bas et d'Irak que sont venues dans notre ciel les fusées balistiques . A la frontière libanaise, les nids de vipères des terroristes du Hizbola.

Derrière-moi, le Sud. Celui du Hamas à Gaza qui nous bombardent de rockets depuis des années.

A ma droite, l'Est. Rien de nouveau. On y enseigne la haine des Juifs et le maniement d'armes aux enfants depuis le plus jeune âge. Les écoliers défilent avec fierté, le ventre cintré d'explosifs. Chez nos voisins, les traités de Paix y sont piétinés l'encre verte encore fraîche.

A ma gauche, l'Ouest. Ceux qui ont un voilier pourront essayer d'atteindre Chypre, en dernier recours. Un nouvel Arche de Noé en somme.

Moi je me réfugierai sur mon banc: tout de bois construit, ce sera un radeau de fortune. Et c'est avec cette constatation positive et encourageante que j'ai terminé ma promenade. Je me suis levé un peu courbaturé par les lattes peu confortables, burinees par le vent et le sel  et aussi mouchetees de la fiente des mouettes..... Aussitôt le chat est venu prendre ma place, toute tiède, sur ce banc public. Il a lissé sa fourrure, fermé les yeux et enroulé sa queue. En route pour le pays des rêves où les humains enfin pacifiques lui apporteront dans des paniers tressés des poissons frais.

 

Notes: * Ce meme Unesco qui a fait interdire ces jours-ci a Paris une exposition "Israel et 3500 ans d'Histoire". Que le rouge de la honte monte au front de ceux qui font de chaque jour un nouveau Munich.


Les photos de la Marina sont de :

Common.Wikimedia.org

www.inisrael.com

Jss.News

Vimeo.


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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 10:10

 

 

 

Il y a un mois passé, que le troubadour national, Arye Einstein s'est éteint. Ce fut en Israel, et en particulier. dans la bulle qu'est Tel-Aviv une consternation. Toute la population s'est accordée avec les critiques musicaux, la bohème et les célébrités politiques  (une fois n'est pas coutume), qu'Arik était et restera la piste sonore de la vie quotidienne de tout un chacun, tant il fut le reflet de la génération des années soixante.
Ses admirateurs vinrent en grand nombre se recueillir sous les fenêtres closes, et allumer des bougies sur le trottoir à l'entrée de son immeuble.
C'est ainsi qu'à mon grand étonnement, j'ai découvert qu'il habitait dans mon quartier, rue "Hovevei Sion", qui se traduit par "Les Amants de Sion". Un nom qui se colle parfaitement à  cet artiste qui a chanté les peines et les petites joies populaires. En fait, ces dernières années il ne sortait guère de son modeste appartement où il continuait à composer avec succès. Mais avant-tout, il était un personnage idéaliste, je peux même dire Don Quichottesque, qu'on retrouve dans sa chanson* pleine d'espoir "Ani Ata", qui se traduit par l'universel "Toi et Moi" et que plus d'une fois nous en avons fredonné son refrain:

Toi et moi, changerons le monde
Toi et moi, et alors se joindront à nous tous les autres
Ils l'ont dit, et bien avant-nous,
N'importe, toi et moi changerons le monde

Toi et moi, nous essaierons, au début
Cela sera dur, peu importe, on s'y fera
Ils l'ont dit, et bien avant-nous,
Peu importe, toi et moi changerons le monde..

Hier j'ai croise sa veuve qui promenait son chien. Le visage caché par de grandes lunettes noires, cette sombre apparition longeait les murs, pour éviter le regard curieux des passants. 
Arik vivait très modestement, comme un vrai artiste désintéressé qui ne songeât pas à faire carrière à l'étranger à tel point que lorsque il fut question de sa tombe, ce sont ses amis qui se cotisèrent pour acquérir une concession dans le plus ancien cimetière "Trumpeldor" de Tel-Aviv où sont enterrées les célébrités depuis la création de la Cité Blanche dans les dunes.

Au bas du 38 de la rue, un sculpteur a déposé sur le trottoir son oeuvre de pierre de basalte, une guitare brisée comme le coeur de notre génération, avec gravé en lettres d'or le refrain de sa chanson "Toi et Moi". Quelques bougies et un bouquet de fleurs des champs pour rappeler au passant que là vécut un poète témoin de son temps, chanteur-compositeur, éloigné de toute tendance politique, amoureux de Sion.

Je crains que ce memorial ne soit deplace car il encombre le trottoir deja trop etroit.

 

Arik Einstein 1939-2013

 

Arik Einstein Dec 2013

 

                                           Sa chanson gravee dans la pierre "Toi et Moi"

 

Ani ve Ata

 

En bas-relief, le portrait d'Arik.

(Je n'ai pas réussi à découvrir le nom de ce talentueux sculpteur)

(Je crains que ce mémorial ne soit déplacé, car le trottoir est déjà trop étroit. De plus nos amis à quatre pattes peuvent le confondre avec un arbre...c'est pour cela que j'ai pris la précaution de photographier cette oeuvre).

 

 

Dans la pierre, Arik Einstein

 

Un vieil enregistrement de "Toi et Moi" (Ani ve Ata) :

https://www.youtube.com/watch?v=ETqJxlBrQbc

 

Voici une autre de ses chansons d'amour très  émouvante:" Il ignorait son nom"...Ma traduction est un peu gauche, mais la musique se suffit à elle-même..écoutez :
https://www.youtube.com/watch?v=-Uz_gDkYnWk



Il marchait un jour sur la route de Beer Sheba,
Le vent de la mer caressait les buissons,
Frôlée par un vieil arbre, elle tourna la tête,
Sa tresse se déroula le long de son épaule.

Le bataillon marchait, il le suivait ,
Vent et soleil embrassant son visage.
Mais lors d'une halte de nuit, il s'est aperçu,
Aperçu qu'il avait  oublié de lui demander son nom.


Il ne connaissait pas son nom
Mais cette tresse
L'accompagnait tout au long de la marche
Et il savait que le jour viendrait

Qu'ils se rencontreraient soudainement
Dans l'aube rose ou dans le soleil d'un après-midi.

L'été suivant  avait  changé  nuances et couleurs,
Un commando est revenu d'une nuit  de Juin
L'ambulance fonçait  sur la route de Beer-Sheba
Et elle attendait, attendait, dans une robe blanche d''infirmière .

Et il a demandé: «Avez-vous ...?". Et elle a répondu: "Rappelez-vous".
Ainsi, ils ont parlé pendant des heures, personne ne sera jamais à quel sujet ,
Et quand il est parti, pour ne pas revenir, et qu'elle a été laissée en arrière, Toute pâle,
Elle se souvint qu'il avait oublié de lui demander son nom.

Il ignorait son nom ...

 

 

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:23
Il y a quelques jours, j'avais reçu de ma prison dorée (mon ex-lieu de travail), l'invitation annuelle envoyée à tous les retraités pour la réunion d'anciens suivie d'un déjeuner d'honneur à la cantine offert par la Direction et le Comité d'entreprise. Ce moment qui a pour but d'échanger des souvenirs et renouer des amitiés est à double tranchant ! Car si j'ai du plaisir à revoir mes amis, mes compagnons de bons et mauvais jour, j'ai toujours un serrement de coeur de voir le masque de certains rongé par la vieillesse. C'est encore un peu comme de voir un film tourné image par image comme un dessin animé, avec des temps de pause entre chaque photo qui à la projection devient une séquence ultra-rapide vers le terminus qui nous attend tous.
Ainsi j'appris la disparition récente de notre Chef de Département. Il était aimé de tous car c'était, indépendamment de ses qualités d'Ingénieur en Chef, un homme au grand coeur. Je me souviens d'une époque où les commandes se faisaient rares, vu les restrictions du budget national omnivore. L'économie du pays étant depuis toujours soumise à deux forces ruineuses opposées, l'une pour assurer au citoyen un revenu minimum, et l'autre pour lui assurer un bouclier stratégique ! L'inflation alors était telle, que nous touchions exceptionnellement des avances sur notre salaire trois fois par mois pour rester la tête hors de l'eau dans cette période terrible !. Mais, bien qu'en haut lieu il était envisagé des "allègements" de personnel, notre Chef s'y opposa fermement, en protégeant ses brebis, ce qui nous permit de passer l'orage sans nous être trop mouillés. Durant cette période d'inactivité latente, il nous suggéra de l'utiliser au mieux pour ouvrir les bouquins de la bibliothèque technique traitant des divers langages rébarbatifs employés dans les ordinateurs car nous prédisait-il, cela allait devenir très tôt indispensable dans tous nos projets à venir. Une prophétie qui rendit au centuple au labo, le temps de stagnation provisoire. Pourtant dans notre équipe, un camarade ne suivit pas son conseil, s'occupant de bricoler, fanatique de la photo, un.... posemètre électronique pour le développement des clichés....L'Ingénieur en Chef avait devant lui un solide alibi pour le congédier définitivement mais il se contenta d'un entretien tête à tête. Notre ami, malingre et de courte taille, avait un passé qui plaidait en sa faveur: toute sa famille avait péri en Pologne dans la déportation, sauf son Grand-Père qui le sauva et vint émigrer en Israel. Y.., très renfermé sur son passé, racontait souvent la même plaisanterie: "Moise, qui dit-on bégayait, commanda à son peuple errant d'aller au Pays de Cana...an. De nos jours, des chercheurs pensent qu'il fut mal compris par ses fidèles désabusés par les difficultés qui eux pensaient aller au Can...ada !".
Il fut un temps où nous tous devions justifier à l'arrivée le matin et à notre départ en fin d'après-midi notre présence à l'aide d'une horloge-pointeuse. Des camarades coquins avaient découvert que l'une d'elle avançait largement sur les autres qui n'étaient pas synchronisées. Cela permettait en étant son client privilégié de faire en fin de mois des heures ...supplémentaires virtuelles ! Évidement avec le temps, le cercle secret de ces vauriens (dont je ne faisais pas parti !) s'agrandit et Mordechaï  finit par dévoiler le pot-aux-roses ! Ce fut un scandale qui méritait un conseil de discipline. Mais, une fois de plus, il ne fit pas suivre les noms de ce personnel peu scrupuleux à la Direction. Mordechaï évoquait souvent le métier d'ébéniste de son frère, qui lui permettait sans d'énorme responsabilité, de gagner largement sa vie sans avoir fait de hautes études comme lui au Technion de Haïfa.!
Mon compagnon de cellule, avait l'habitude, pâtissier amateur hors-classe, de préparer pour sa famille nombre de gâteaux, et le premier jour de la semaine, rapportait à l'usine, des exemplaires de son talent.
Mordechaï, alerté par ce rassemblement inhabituel de convives dans notre bureau, mais aussi par l'odeur alléché, vint prendre de nos nouvelles...Alors mon ami sortit de son tiroir une bouteille de Vodka et en servit un verre à Mordechaï qui, en bon russe d'origine, ne refusait jamais cette excellente occasion d'aseptiser sa gorge...
Un
jour que je faisais une période d'entraînement dans la réserve de l'infanterie, je fus surpris de voir en Officier mon Chef commandant notre peloton dans les exercices de tir et de maniement d'armes qui précèdent toujours les fastidieux jours  de gardes de jour comme de nuit, mais qui ont pourtant eu l'avantage de me faire connaître le pays.
Mordechaï , réserviste de longue date, avait participé nous raconta-t-il un jour, aux combats contre les bandes d'Amin Al-Husseini qui faisaient le blocus de Jérusalem en mitraillant tous les secours humanitaires venant de Tel-Aviv pour ravitailler la Jérusalem affamée.

Sur cette photo, un Jordanien surveille l'éviction de la  population de femmes et enfants juifs chassés de leurs quartiers de Jérusalem, après que la ville ancienne soit tombée entre les mains de l'ennemi en 1948. Pillée et profanée. La soldatesque arracha même les plaques tombales du Cimetière des Oliviers pour leurs latrines. Ce n'est qu'après la Guerre des Six Jours en 1967 que la Ville fut réunifiée.
1948-k -expulsion-des-habitants-juifs-de-jerusalem-occupee-
"« Par le passé, arabes et juifs vivaient pacifiquement en Palestine. Leurs dirigeants construisaient leur futur ensemble. Alors arriva Hadj Amin al-Husseini, l'oncle de Yasser Arafat. Il choisit le fascisme et le jihad. Les dirigeants modérés durent partir, intimidés et assassinés par lui. Ses projets sanglants furent temporairement interrompus par la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il partit pour Allemagne et où il collabora étroitement avec les dirigeants nazis dans des plans d'extermination et de bataille. Accusé de crime de guerre, il échappa aux Alliés pour poursuivre son travail de terreur, travail perpétué par ses proches et ses associés après sa mort.» (In Wikipedia)
.

Pour forcer le blocus de Jérusalem assiégée (qui manquait même d'eau potable), des convois conduits par de très jeunes juifs, soldats, infirmières et volontaires, essayèrent de passer sous le feu des bandits qui dominaient la route montante et sinueuse. Le scénario était toujours le suivant : un barrage de pierres bloquait les camions qui alors étaient assaillis, mitraillés et incendiés. La route étroite ne permettait pas de faire un demi-tour.
Bandits arabes a Latrun, camion juif de secours pour Jerusa

Les épaves de ces moments héroïques bordent maintenant l'autoroute qui conduit à Jérusalem.
Epave camion israelien detruit en 1948 en forcant le blocu

Très sportif,  (je ne l'ai jamais vu fumer), Mordechaï   qui travaillait jusqu'à la dernière seconde en fin de journée, arrivait toujours en courant pour attraper in-extremis le transport du personnel qui commençait à s'ébranler !. Tout essoufflé par l'effort, il avait l'habitude de dire que ce ramonage nettoyait les poumons...
En tant que Chef de Service, il était très à cheval sur l'ordre et ne tolérait pas qu'en fin de journée, que notre paperasse envahissante ne soit pas rangée dans nos armoires. Un soir que j'étais resté à mon poste après l'horaire habituel pour rattraper mon retard du matin, Mordechaï me téléphona, m'expliquant que voyageant demain en mission pour un symposium à l'étranger, il avait oublié dans son bureau ses cartes de visite et me serait reconnaissant de les lui apporter au plutôt ! Que faire sans ses clefs ? Je lui demandais l'autorisation de forcer son tiroir....Et avec un gros tournevis en guise de levier, je fis sauter la serrure pour récupérer ses précieuses cartes et les lui livrer le soir-même, sans plus loin pousser mon indiscrétion dans les papiers confidentiels qui remplissaient le meuble...! J'étais devenu un  forceur de coffre diplômé !
Pour terminer cette évocation, voici la célèbre chanson du Palmach (Forces combattantes de 1948). Pour ma part, c'est toujours la même émotion qui m'étreint chaque fois que je l'entends. Mordechaï, elle est à toi et pour toi.

http://www.youtube.com/watch?v=D0GqLBlgErU

Note: Merci aux auteurs de ces photos extraites d'internet.

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 09:26
  Dans le dictionnaire figure ainsi la définition du mot "Bahut":
- Buffet bas.
- Lycée ou collège (en Argot).

Bonne ou mauvaise lecture, j'en suis le seul responsable. Hélas, je ne peux changer l'Histoire de France.
 

Vous vous souvenez, avec vos humanités, de ce poème de Lamartine, qui évoquait sa patrie, et moi, j'en souriant amèrement, parce que j'ai ces images en triple qui meublent  mes pensées: l'Algérie d'alors, la France et Israel

"Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
Dans son brillant exil mon coeur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami."

Maintenant je suis au 20 de la Rue Sadi-Carnot
à Alger, au cinqui
ème étage :


toujours le 20 Dans le salon de mes parents, j’avais deux places préférées. D’abord, le fauteuil en cuir vert tout craquelé et tiédi des rayons de soleil du matin. Je m’y installais en travers, comme un lézard sur sa muraille et y passais de longs moments de rêverie jusqu’à ce que le soleil au zénith n’entra plus par la grande porte fenêtre du balcon. Lorsque  parfois l’après-midi, maman se mettait au piano, je me cachais sous ce vaisseau de palissandre, un demi-queue de chez Gaveau,  et m’allongeais sur le tapis, à côté de la lyre du pédalier, avec mon livre préféré, "Klapp la Cigogne" et au gré des  aventures de Jacques le Poucet au dessus de l'Alsace,


Klapp la Cigogne et Jacques le Poucetme laissait bercer par  les tristes accords  d'une Étude de Chopin . (N0-3 en mi-majeur).


http://www.youtube.com/watch?v=5asPbs1-1Wc

Et quelques fois même en compagnie du petit chien en faïence que j'avais dérangé de son repos sur un rayon de la bibliothèque, pour le nourrir de miettes de mon goûter.
Quand j’étais sûr d’être seul à la maison, j’ouvrais, non sans  peine avec ses deux grosses boules de verres,  les  battants du bahut du salon. Sur l’étagère inférieure était empilée une collection  d’Illustrations de la guerre de 14-18. Je les connaissais presque tous et  aujourd’hui encore  j'en revois les images. L’une m’avait frappé: la réclame pharmaceutique de “l’Urodonal”, où était dessinée une grande tenaille mordant des reins. Et une autre réclame de lampe de poche électrique, ”Leclanché” pour s'éclairer dans les...tranchées (?).


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   Je suivais aussi les dessins patriotiques et humoristiques d’Henriot.  Ce journal était évidement abondamment fourni de photos de guerre, mais elles étaient de mauvaise qualité, en noir et blanc,  retouchées, mais des gravures, des peintures et aquarelles en couleurs, très réalistes, les complétaient. J’y ai appris à reconnaître non seulement les uniformes et les décorations, mais aussi la vie dans les cagnas, la boue, les terres inondées où flottaient des casques, et toute la vie des tranchées, l'ancien moustachu et aguerri épaulant la jeune recrue dans les photos d'avant l’assaut, l’ultime coup de gnôle, et après le bombardement des obus, des mines, les paysages dévastés, les forêts  squelettiques, partout la mort était là, mais censurée, pas de ventres béants et d'entrailles, de cranes éclatés, mais que des blessés, bien pansés et des prisonniers allemands hagards.
On n'y lisait que des récits de bravoure des Poilus. Et même un grand reportage sur l’équipe d'un canonniers motorisé, qui avait abattu un Zeppelin, tombé en flamme. Il fallait consolider le moral de l'arrière. Les infirmières en cape, les cheveux cach
és dans un voile immaculé, promenaient les Grands Blessés dans de beaux jardins. Au Tableau d'Honneur de l'Illustration les photos de héros dans une galerie de médaillons.
Mais sur l’étage supérieur du buffet, devant la pile de disques  lourds et fragiles, à côté du gramophone "La Voix de son Maître", reposait un grand fourreau décoré de lanières de cuir, d’où émergeait le manche d’un poignard. Il était très lourd à dégager de sa gaine, et avec son manche et sa garde décorée, il ressemblait à une croix du Sud qui orne la selle des chameliers. C’était pourtant une dague  de Zouave, qui avait appartenu à mon grand-père. Je ne saurai jamais comment elle était arrivée là, car de mon grand-père maternel disparu dans la boue de la Cote 304, il ne reste que des photos jaunies et un grand diplôme avec son nom sur fond de l’Arc de Triomphe où sont inscrits sur le fronton ces vers inoubliables de Victor Hugo:

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !

(Les chants du Crépuscule)

Henri Weber chantait alors, avec la France entière, le chant patriotique de “Sambre et Meuse’’.
http://dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/50_chansons/02_regiment_de_sambre_et_meuse.htm
N'hésitez pas à pousser le volume. Ce chant n'a pas  été composé pour conduire la troupe au Combat, et faire lever les Morts de leurs tombes, mais pour remuer au fond d'eux même le patriotisme des foules qui à l'arrière ne peuvent vraiment imaginer l'horreur de cette Guerre.
Que cet air entraînant est loin de la réalité horrible des tranchées. ! Non je ne souris pas en écoutant cette voix éraillée d'un autre siècle.

 


Je referme ce buffet aux souvenirs sonores, pour ouvrir son synonyme de cinquantes annees plus âgé, le "Bahut". 

Alger en 1958 était devenu subitement ...gaulliste ! Les jeunes s'arrachaient à la sortie des Lycées et Collèges les écussons émaillés de la Croix de Lorraine pour les agrafer fièrement au revers de leur veston.

 

Insigne croix de Lorraine émaillée

 

Ces broches étaient la reproduction de celles que nous avions connues en 1943 quand De Gaulle atterit à Alger, devenue Capitale de la France en Guerre. Dès Novembre 1942  avec l'arrivée   bénie (pas par tous !) des Alliés, la population dite européenne se dépêcha de découdre son insigne fasciste qu'elle abordait depuis 1940 à la boutonnière,


                                                                              La "Francisque"

francisque

et aussi d'effacer les inscriptions badigeonnées  "Travail Famille Patrie" sur les facades, devise du traître Maréchal Pétain.....

Mais nous étions naïvement en 1958 plein d'espoir que les soulèvements musulmans et les attentats cesseraient avec une réconciliation dont De Gaulle était le ferment patriotique. Ainsi entre autres journaux et feuilles de chou, sortit une édition spéciale créé par les étudiants naïfs des classes terminales, intitulée "Le Bahut". "Notre génération sera celle du grand combat, si nous répondons tous présent, ce sera celle de la victoire", ainsi était imprimé le slogan de cette feuille pleine de fougue, mais éphémère comme l'Algérie française condamnée à mort par celui qui devait être son sauveur !.....

 

 

le Bahut

Épilogue:


Pour finir ce sont nous, les habitants français, qui furent après 130 ans de labeur... transbahuter vers l'amère Patrie.


Notes et crédit des illustrations :


Du Temps des Cerises aux Feuilles Mortes:

http://dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/50_chansons/02_regiment_de_sambre_et_meuse.htm


Le 13 Mai 1958:

http://nice.algerianiste.free.fr/pages/bahut.html#page3

 

(Ce texte étant programmé, je ne pourrai répondre rapidement aux éventuels "comme en terre", et m'en excuse d'avance ! ).

 

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