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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 07:18
Je n'ai pas trouvé d'autre moyen pour retrouver un ami que j'ai perdu de vue depuis  plus de 30 ans ,que de publier par l'intermédiaire de ce Blog un titre qui peut-etre attirera son attention et ainsi, me et se reconnaitra !

Les Matins .

Les matins d'automne de chez nous qui feraient palir d'envie ceux de la vieille Europe,les petits oiseaux à gorges jaunes sortent de leur torpeur et je ne sais si ce sont les pépiements qui font lever le soleil ou l'inverse mais à cinq heure et quart après l'appel de la première alouette, un sifflement timide  éveille les petites boules de plume,et chacun s'essaie à la lueur pale  que l'on devine derrière les lointaines collines,comme pendant  les accords mélangés de l'orchestre avant le coup de baguette magique du maestro.Alors la lumiere jaillit,mais moins bruyante,pas comme en été,de par dessus les toits rouges,coule doucement à travers les arbres feuillus qui passent des verts sombres aux jaunes rouillés et vient dessiner sur le mur blanc de la chambre les ombres  obliques des persiennes.C'est le coup de gràce de la nuit mystérieuse.Les baguettes fines qui sifflent à travers la pomme de la douche lavent la peau des crasses des mauvais reves et chassent les odeurs de la nuit.
La maisonnée dort encore,le chien à demi-assoupi tourne légèrement sa tete vers moi,et frappe le carrelage de sa longue queue pour me souhaiter la bienvenue au royaume du jour.
Dehors la rue est encore assez silencieuse pour que je puisse entendre au passage  des vagissements d'enfants qui s'éveillent,des bruits de verreries, et le ronronement lointain du camion de nettoiement .Il apparait au fond de la rue accompagné de l'entrechoquement des poubelles et des interjections bruyantes des travailleurs, toujours en retard sur le programme du chauffeur qui malignement pousse son moteur,pressé de finir cette tache pour sans doute en commencer une autre complémentaire. Les trottoirs encore mouillés de rosée aux jointures des petits pavés rectangulaires me rappellent mes années d'enfance lorsque sur le chemin de l'école,je m'efforcais de ne pas marcher sur les lignes dessinées par les dalles de ciment,ou de ne pas déranger une colonie de fourmis affairées autour d'un petit cone de sable fin pointant entre deux pavés fendus.
Je bois l'air frais des espaces ouverts et savoure les odeurs des buissons de jasmin et de l'herbe des jardins fraichement coupée,que le vent léger pousse aux quatre coins du quartier,avant que les fumées des camions n'étouffent pour un jour la respiration de la nature.
Je ne suis pas pressé,et je vais en flanant,m'arretant pour lire les titres des journaux à travers les ficelles des paquetages jetés à meme le trottoir du buraliste en retard .J'aime aussi fureter des yeux dans la vitrine de l'électricien,bondée de tas d'articles nouveaux,de lampes de bureau,d'interrupteurs étanches à la pluie ou temporisés,de gaines colorées,
de néons droits ou en  anneaux,de ventilateurs de tables ou sur pied,des rubans adhésifs et aussi des trousses à outils de toutes les tailles à faire rever les plus maladroits,de prises fonctionnelles et d'ampoules  miniatures garanties cent ans et meme des circuits miracles qui allument les plafonniers en un claquement de main.
Lorsqu'il me reste encore quelques minutes,je fais un détour vers la vitrine de l'Auto-Ecole.Sur une table adossée à la grande glace,bien en vue pour accrocher l'oeil du passant,une grande maquette de voiture,à la peinture un peu écaillée,et pas très moderne certes,suffit cependant à expliquer capot ouvert,et moteur coupé dans sa longueur,comme un écorché du cours de sciences-naturelles,les mystères de la mécanique.Des ampoules s'allument au rythme du moteur à quatre temps,des ressorts font monter et descendre les soupapes coulissantes,les feux d'ailes clignotent,le volant peut faire pivoter les roues avec la crémaillère de la barre des roues  avants,et l'arbre  à joint de Cardan entraine avec le miraculeux différentiel le pont arrière suspendu au chassis par des ressorts à lames peints en rouge .Le pot d'échappement de couleur aluminium,le frein à main,les engrenages en bronze de la boite de vitesse éclatée,le circuit du radiateur à eau,tout est là pour faciliter à la jeunesse le passage de l'examen théorique et pour aussi m'enchanter de bon matin!.....

undefinedMais à force de rever je vais rater mon autobus ! C'est un transport du personnel.Un autobus où les habitués s'asseoient presque toujours à la meme place, à coté du meme voisin,comme à la Synagogue,par un accord tacite et muet que personne ne songerait à troubler ....Moi j'ai choisi un coin à la fenetre,derrière le fauteil orthopédique du chauffeur pour jouir ainsi d'une vue panoramique .Je ne suis pas de ceux qui au bruit caoutchouté de la portière qui se referme vont prolonger leurs reves nocturnes,non,ce n'est que gaspillage.Perché au dessus des grandes roues j'ai un champ de vision qui me permet de voir par dessus les murettes et les haies les détails de balcons de villas anciennes,une belle fenetre en ogive,un oeil de boeuf croisilloné sous le fait d'un vieux toit de tuiles moussues,un superbe bougainvillier aux fleurs jaunes à l'assaut d'une cheminée de brique,ou encore les larges feuilles découpées d'un bananier sauvage à coté d'un robinet de jardin, ou meme,à travers les voiles d'une chambre aux deuxième etage,une belle ombre  furtive.Juste avant d'attaquer l'autoroute l'autobus passe  en filant le long du Grand Parc.
Pendant un cours instant je vois à travers les éclaircies d'arbres épineux le grand étang pointillé de hauts échassiers blancs,des rhinocéros melés à une bande de Zèbres se partagent le foin du matin,des autruches dominatrices se dandinent à pas lents,et tout autour,n'appartenant ni au zoo ni au parc voisin les cigognes libres planent en cercles concentriques ,en compagnie de vol de mouettes qui plongent pour saisir en piqué un poisson dans l'eau verte de la pièce d'eau.Ou s'éloignent à toute volée au sifflement des turbines d'un avion de ligne,allongeant sa descente au dessus de nos tetes . A vrai dire,si je n'étais assis au vu de tous les passagers,je me serai mis au garde à vous pour saluer cette merveille du génie humain.Ces dizaines de tonnes  de métal qui ont traversé les mers et surmonté tous les périls de la nuit, vont se  poser en une idéale tangeante sans secousse,comme la cigogne du parc,les pattes tendues en avant,le corps un peu braqué en arrière,les grandes plumes déployées  pour le freinage aérien final.Certes je sais bien que cette coque peinte aux couleurs élégantes peut revetir certains jours des mouchetages verts et jaunes et que les valises des touristes,les cadeaux et les parfums,les vins et les liqueurs peuvent faire place à des machines à tuer,des bombes soufflantes ou au phosphore pour mieux bruler,ou de celles qui en descendant se fragmentent en dizaines de bombelettes pour étendre le champ de destruction,ou des engins qui au contact du sol répandent en rebondissant des nappes de liquides enflamés,ou des bombes à retardement qui en s'enfoncant dans dans le sol se font oublier pour exploser beaucoup plus tard,à la demande, pout tuer les secouristes ou ceux qui croyaient que le danger était passé.Il y a aussi,et c'est très intelligent celles qui explosent à une certaine hauteur,au ras des tetes et qui font passer à la remise ces anciennes  bombes idiotes,toutes simples,qui, si elles atterissaient par mégarde sur le ventre n'explosaient pas,et devenaient une dépense inutile,une charge pour l'Etat en somme....
Brusquement tout mon corps est jeté en avant par un coup de frein prolongé et je sens que l'autobus part en oblique,en roulant sur son bord comme un bateau ivre,il finit par se stabiliser et regagne la ligne droite comme si de rien n'était,les passagers somnolents n'y ont rien compris, les autres retournent à la lecture de journaux, le chauffeur rit nerveusement et change la station de radio qui commencait à diffuser une musique classique légère et à plus de cent vingt  km/h passe à la hauteur d'un camion citerne avec sa remorque qui danse en chassant les graviers du remblais,pour se retrouver à un tour de roue derrière un camion de déménagement,qui porte sur son dos un tout petit container en méchantes planches et papier bitumé,avec des inscriptions russes,sans doute un piano droit,tout le patrimoine d'une famille qui a troqué le bonheur du régime soviétique pour celui de la Terre Promise. L'halali final débute à quelques km quand les différents autobus convergent comme des affluents vers le meme fleuve en essayant de se dépasser les uns les autres pour arriver les premiers aux portes de l'Usine. 
Moi je suis un rituel secret que seul un oeil averti aurait pu déceler,mais à cette heure matinale je n'ai rien à craindre !
Contre les divers batiments séparés par de belles pelouses vertes, le jardinier a aligné des bacs plantés  de mandariniers nains,de rosiers à grosses fleurs blanches,d'arbustes feuillus et comme si de rien n'était ,honoré et enchanté de cet accueil coloré et amical,j'effleurais au passage de mon bras nu jusqu'à l'égratignure,les branchioles,les piquants et le pointu des feuilles comme pour dans un rite ancestral célébrer l'amourde la Nature,je signais un pacte de sang avec les fleurs.C'était ma manière d'aimer  et remercier ceux qui comme le jardinier avec ses roses,ont fait sortir des sables ces grandes industries  en Eretz Israel qui sont l'orgueuil du pays.
Et toute la journée,à partit d'un fantome de schéma ,soudais,pliais,coupais dénudais,assemblais des composants,connectais des appareils de mesure,comme un chirurgien sur son patient et des heures durant souvent les plus passionantes de ma vie,je modelais mon  circuit, corrigeais,retranchais,modifiais mon oeuvre un peu comme le sculpteur modèle sa glaise .Le soir venu recouvrant ma table  j'allais presque à contre-coeur à la maison sans cesser de penser  à mes erreurs.Après des heures acharnées et angoissé par l'échéance du projet,enfin  naissait le jour où les signaux  des instruments s'accordaient à jouer l'hymne à la joie,glissant avec la grace des patineurs sur l'écran de l'oscilloscope,les sinusoides se synchronisaient avec une précision de microseconde comme en theorie et le signal idéal s'immobilisait sur l'écran phosphorescent à me faire pousser des cris de joie.
Ces soirées où je rentrais chez moi le front haut,heureux comme le boulanger qui a réussi sa fournée de bon pain,ce sont celles de mes milliers de camarades qui font que la haut tournent sans cesse ces antennes qui veillent sur nos enfants.

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commentaires

Monique 13/03/2008 13:28

Ici, il y a des tableaux, quatre ou cinq comme au théâtre, mais aussi bien plus. Cela me conforte dans mon opinion: la littérature contient et dépasse tous les arts. mais je ne suis pas objective, c'est vrai... Un plaisir, de lire ce texte.

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