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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 18:47

Cette photo est celle que Sylvette Leblanc avait choisi en préface de son Blog.


Un jour elle me conseilla de lire un livre sur l'Algérie," L'Escalier de Béni-Saf" de l'écrivain Henriette GEORGES.
Elle avait trouvé ce bijou littéraire en chinant,toujours curieuse, lors d'une de ses escapades .Ce livre n'existe presque  plus sur les rayons d'occasion. (Il a été édité en1988 et fut rapidement épuisé ). Sylvette l'avait lu avec enthousiasme et parce qu'il était introuvable eu la gentillesse de l'envoyer en Israel,de l'autre coté de la méditerranée qui nous réunit et ne nous sépare pas de nos amis et amies. Tout de suite elle engagea une correspondance avec Madame Henriette GEORGES et Sylvette m' envoya un jour ce livre .

"S.L." comme elle signait ses messages ,était à juste titre fière de l'appréciation d'émotions communes avec ce  grand écrivain qui fait revivre dans son livre la joie simple des communautés diverses dans la vie quotidienne de Béni-Saf. Ce livre,et bien il circule maintenant,certainement comme  l'aurait  souhaiter Sylvette,dans les mains de ses amis fidèles .





J'avais alors recopié la page 340 dont voici  les premières lignes de Madame Henriette GEORGES :

"C'était la-bas une autre vie, accordée au soleil,à la mer et au quotidien.
Fabuleusement riche de tout ce qui ne s'achete pas,nous vivions les bras nus et les gestes libres.
C'était hier la corde douce des espadrilles,le sable brùlant et les carrelages frais .
Aujourd'hui les parquets cirés et la pluie tetue et grise .
Mes rythmes intenses et profonds ont été imprimés là-bas et mon corps s'en souvient .
Il n'a que faire de la raison .Les versets de ma vie sont inscrits d'une encre indélébile dans la terre assoiffée,les pierres,le ciel bleu et la mer.
Vivre ici ou ailleurs c'est pour moi traduire une langue étrangère..."

Henriette GEORGES a semé à tout vent en Algérie son amour de la langue francaise :

Dans le beau site de Mohamed Seghiouer sur Béni-Saf,je lis ses souvenirs d'écolier:
"J'
ai aussi usé mes genouilléres dans la cour de l'école de garçons " Paul Langevin " de la Plage du Puits,sous la direction de monsieur Martiquet et de mon institutrice madame Georges Henriette ( auteur du livre " l' Escalier de Béni-Saf".)Je n'ai jamais pu la rencontrer pour au moins la remercier de m'avoir inculqué les bases de l'enseignement et de m'avoir fait aimé la lecture, suivie bien plus tard, par mon autre professeur, Monsieur Orth, qui m'a aidé à faire de la lecture, une grande passion..."

  Alors cette dame déjà agée écrivit la lettre suivante à Sylvette dans une rare réponse a son admiratrice :




Orléans,Février 2004

Chère amie de là-bas,

Enfin ce petit mot, après tout ce temps un peu difficile pour vous
dire combien j'ai été sensible à votre lettre à laquelle je me propose
de répondre plus longuement .Merci de tout ce qu'elle offre de souvenirs,
de communauté,de pensées,d'interets et , de regard sur les choses .
Je l'ai lue et relue avec beaucoup de plaisir .
Soyez assurée de mes fidèles pensées.
Merci de cette longue lettre ,
Bien amicalement .
Henriette Georges .

Pendant ce temps Sylvette écrivait les dernières pages de son livre
qu'elle réussit à éditer pour notre plus grande joie,hélas peu après
remplacée par l'immense tristesse de sa disparition à la  fin d'un combat
inégal et sans pitie de ces dernieres années .


Carte postale (1910) des Célèbres Ficus du Jardin d'Essai.
Leurs branchioles se penchant sur le sol ont la particularité
de pousser comme des racines créant ainsi une vraie jungle de lianes .
( Un épisode de Tarzan avait meme y était tourné m'avait précisé Sylvette ! )



Octobre 1954
Jardin d'Essai

Voila plus de trois mois que nous avons quitté le Hamma, ce quartier d'Alger où je suis née
pour venir habiter sur les hauteurs de Maison-Carrée,dans la banlieue est . Que de changements,
du coup,dans ma vie !
Ce qui me manque avant-tout,mon terrain de jeu privilégié,le Jardin d'Essai !
Un jardin unique au monde,à deux pas de chez nous- si grand qu'on aurait pu s'y perdre - ses arbres gigantesques,ses parterres fleuris,son zoo aux tortues géantes,centenaires auxquelles nous ne manquions pas de jeter un coup d'oeil intéressé à travers les grilles à chacune de nos visites .
Visiter le Zoo...Depuis toujours ma soeur Geneviève et moi nous en revons . Mais c'était toujours la
meme réponse de maman :" une autre fois,si vous etes bien sages " .Nous restions souvent en arret,réveuses,devant la caisse au dessus de laquelle,sur le mur d'un blanc éclatant,un oiseau déployait en arc de cercle une superbe queue aux plumes bleues et vertes...un paon,faisant la roue,comme dans mon livre de sciences
naturelles .Et puis un jour,ma soeur avait trouvé dans l'allée menant au Zoo,deux billets d'entrée qu'elle avait vite ramassés .Nous étions accourues vers maman,en laissant éclater notre joie triomphante .Lassée de nos demandes répétées,elle avait pousse un soupir résigné. Puis elle avait échangé un regard avec sa complice,
notre tante Fifine et comme nous attendions sa réaction,hésitanté encore,elle nous avait lancé :
" Allez-y,qu'est que vous attendez !" .
Et nous voilà parties pour la visite comme des grandes,quelle fierté !
Ce qu'elle n'avait pas prévu,c'était que nous allions attendrir une bonne àme et que ça marcherait .
Apres elle a eu la peur de sa vie en ne nous voyons pas revenir ! Nous, du haut de nos six et huit ans,avec notre naiveté et nos billets périmés,nous avions entrpris la visite du Zoo, oubliant complétement la famille et le reste du monde ! .


Sylvette a illustré la couverture de son livre : c'est elle qui guette dans le ciel étoiléle
 passage du Spoutnik en pensant à la chienne Laika qui l'habite....



Novembre 57

 Ma fête est passée inaperçue. Il n’y a plus qu’un seul sujet de conversation,

 « Spoutnik » lancé par les Russes qui cette fois-ci emmène un être vivant là-haut,

une petite chienne dressée qui doit répondre aux signaux qu’on lui envoie par un aboiement.

 Bientôt ce sera le tour d’un homme. C’est le début de la conquête de l’espace.

 Un  jour on ira peut-être sur la lune, tout va si vite. Il paraîtrait que ce Spoutnik

envoie des signaux lumineux que l’on peut capter la nuit.

 Alors je guette par la fenêtre de la chambre.

C’est difficile d’imaginer celà et pourtant c’est réel. "



:49:58 +0200
Cher Georges,
 
Je n'ai pas rêvé, je viens de retrouver la lettre de mimi Grezel ...devenue madame Conybeare.
Lettre précieuse car elle n'écrivait plus guère.
Elle n'avait pas pu s'empêcher de me faire des corrections quant à mes envois d'écriture, très scolaires !
J'ai scanné et je vous envoie.
 
J'ai en même temps retrouvé celle de notre Henriette qui, malgré ce qu'elle me promet ne m'a jamais écrit plus long!
 
 
C'est elle, charmante au premier rang à droite.
Dire que dans mon esprit je la voyais très vieille et pas si "sexy" finalement!
Elle s'est mariée à la cinquantaine ou presque avec un écossais charmant, une fois sa mère à laquelle elle s'est consacrée, disparue.
 
A gauche en manteau clair c'est la première directrice.
  
Voilà partie dans mes souvenirs, j'ai oublié un peu mes soucis actuels.
 
L'orage a cessé je vais pouvoir sortir.
A tantôt
 
Sylvette


Lettre de Madame Grezel :



Ma chère Sylvette,

J'ai été très heureuse de notre petite conversation qui vous
a rendue très presente ainsi que la rieuse photo jointe à votre
 Pour vos "Essais",notre conversation a été fertile.
Vous excuserez mon retard, j'écris de plus en plus mal et en ai honte.
Vos "Essais" m'ont beaucoup interessée,je crois que nous avons dit "l'essentiel".
Je vais reprendre avec vous quelques une de nos impressions.
"Rencontre hors du Temps" ,essai interéssant et fin.Evitez l'expression
"espace-temps"
qui fait penser à un philosophe naif et orgueuilleux.
Le "temps" serait mieux .

"Pénétration" titre à rejeter,vous contenter de "Vers l'infini" ou "Infini" .
"Hotel du Nord"-essai très valable par la juxtaposition d'une passion naissante
 d'une très jeune fille .Le feu du "réel" et du reve bien rendu,aussi d'ailleurs que
 l'opposition du "réel-reve" et du "réel" à l'écran.

" Fin du Petit Poucet"  : pourquoi ne pas lui donner une sorte de pensée prémonitoire.
Cette beauté ressentie comme liée à l'heureuse fin du drame qui les attend.

11 Mai.

Je reprends cette missive. Longue interruption due à un gros souci de santé .
J'ai bien reçu votre deuxième envoi .J'y répondrai dès que j'irai mieux .
Merci pour les petites photos qui me permettent d'imaginer une gentille Sylvette
dans une atmosphère heureuse.

Vos "essais"  de conteuse sont vibrants de finesse et de légereté .

14 Mai.

Navrée de ne pas avoir pu bavarder avec vous .Ennuis dus à mon aide auditive
nouvelle et pas au point .

Mon mari heureusement m'a donné votre message : nous serons heureux de votre
visite vers la mi-juin .Elle nous permettra une bien meilleure conversation.

Je pense à vous avec affection et vous embrasse de tout coeur .

Signature (illisible).

 

L'original de la lettre  :
 




Entre ses chorales,sa guitare,et la littérature Sylvette fréquentait aussi un Atelier de Peinture
qui l'enchantait .Voici un message qu'elle m'envoya avec ce superbe  tableau définitif qu'elle ne cessait
de retoucher !

Bonsoir Georges,
 
Je redeviens fonctionnelle. J'étais bien embêtée par cette installation qui ne voulait pas se faire.
Wanadoo, de plus, avait justement des problèmes.
Je n'ai pas ouvert votre carte pour l'instant car je ne suis pas sûr de mon anti virus...merci toutefois
 C'est fini (j'espère) et ça m'a montré que j'étais trop accro à l'ordinateur!
 Voici la suite de mon atelier de peinture, c'était mardi et je n'ai pas trouvé le temps de m'y remettre. C'est loin d'être terminé. Personne n'apprécie le nouveau prof, il a l'air très sûr de lui de ceux qui ne savent pas tout... il prend le pinceau des mains pour corriger ce que je n'apprécie pas du tout. J'ai dit aux autres qui râlaient qu'il faut le prendre comme il est et essayer de progresser car quand même il donne quelques bases. Mais je n'en pense pas moins...
J'ai un stock impressionnant de tubes( qui datent mais sont encore très bien)  et il voudrait encore un rouge spécial,vermillon un peu plus orangé il suffit d'y mettre du jaune et  je suis désolée on doit pouvoir se débrouiller avec une classique et là je ne suis pas d'accord. C'est pourtant pas difficile!
 
 
 
 
J'essaie, non sans mal, de mettre sur DVD les films de famille. Malheureusement c'est très long car il y a des coupures sans arrêt dues à la qualité de la cassette VHS.
 Dimanche une sortie prévue à Paris dans le Marais avec deux couples amis et ensuite le spectacle de chevaux Barrabas...super, non????
 Voilà pour les nouvelles
 Ce soir je teste une chorale très haut niveau, je vais juste écouter et si ça me plait j'intègrerai..
Ils doivent chanter le Requiem de Mozart avec l'orchestre du Trocadéro très prochainement après ce seront les chants de Noël.
 A bientôt Georges, avec la fin de ces soucis internautiques mon moral est remonté. Et pui la copie de ces cassettes que je surveille de temps en temps me rappelle des temps heureus...fini ..il y a un temps pour tout.
 
Bonne soirée à vous aussi
 
Sylvette
 

Bonsoir Sylvette pour une nuit éternelle....


Il ne nous reste plus qu'à murmurer  cette comptine, et y déposer ce Coquelicot
sur la Terre de son Jardin

            "J'ai descendu dans mon jardin "

J'ai descendu dans mon jardin (bis)
Pour y cueillir du romarin
Gentil coquelicot, Mesdames

Gentil coquelicot nouveau
J'n'en avais pas cueilli trois brins (bis)
Qu'un rossignol vint sur ma main
Gentil coquelicot, Mesdames
Gentil coquelicot
Il me dit trois mots en latin (bis)
Que les hommes ne valent rien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot
Que les hommes ne valent rien (bis)
Et les garçons encore moins bien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot
Des dames, il ne me dit rien (bis)
Mais des d'moiselles beaucoup de bien
Gentil coquelicot Mesdames
Gentil coquelicot....

 

                 f i n

Non,car ses amis se  souviendrons longtemps de Sylvette .

 

   



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commentaires

Maia 10/09/2013 15:46


Une grande joie aujourd'hui ! J'ai retrouvé cette chère Henriette Georges et elle est bien vivante ! Nous avons longuement échangé et je viens delui envoyer votre adresse mail. Je vous écrit en
privé.


Affectueusement


Maia


 

brahami 12/01/2016 17:05

... qu'elle st encore en vie ...

brahami 12/01/2016 17:04

Madame par hasard je suis tombé sur ce post et je ne vous cacherais pas ma joie quand j'ai appris que Henriette Georges notre mémorialiste qui a rendu à Béni-Saf ce qui appartient à Béni-Saf ... Merci car j'ai ouvert une page en son honneur sur Facebook
https://www.facebook.com/lescalierdebenisaf/

Georges L. 13/09/2013 08:57



J'ai bien lu votre message miraculeux.


Longue vie à Madame Henriette Georges.


Sachez que je serai absent du net pendant deux mois, pour des raisons de changement de do-mi-si-l.


En attendant de revenir sur l'écran, toutes mes amitiés à chaque grain de sable et petit cailloux..


Georges L.



Maia 08/03/2010 08:51


Recherchant le livre d'Henriette Georges le magnifique "Escalier de Beni Saf", je suis tombée sur votre blog et cet hommage rendu à votre amie Sylvette. Je suis à la recherche de ce livre depuis
des années, même Henriette n'en a plus sous le coude. Je l'avais avec une si belle dédicace, mais j'ai eu le tort de le prêter et le livre a disparu... depuis je le recherche... Si par bonheur vous
aviez un 2e exemplaire, je serais heureuse de vous l'acheter. Vous avez mon e-mail (amapolla.32@orange.fr ou mon site http://www.myspace.com/maialonso). Merci pour ce blog qui nous est ouvert !
merci pour Henriette Georges.
Maia


Anne-Marie 03/05/2008 19:50

Merci Georges pour cet hommage à Sylvette. Notre amitié avec Sylvette est récente : elle est née lors de sa visite à Lyon en novembre 2006. Quatre mois après, j'apprenais sa terrible maladie. J'étais bouleversée. Nous n'avons cessé de communiquer par mails ou par téléphone. Dans un de ses derniers messages, elle me disait : "J'ai tellement envie d'un peu de bonheur". Je lui ai envoyé ce petit peu de bonheur avec deux brins de muguet, mais il est arrivé trop tard : Sylvette était partie depuis quelques heures. Un grand merci Georges de me permettre de lire l'ouvrage d'Henriette Georges "l'escalier de Béni-Saf", lecture que m'avait conseillé Sylvette. C'est un livre admirable, un vrai bonheur de lecture. Sylvette était si enthousiaste lorsqu'elle m'en parlait. C'est un livre qu'il faut avoir dans sa bibliothèque, me disait-elle. Je ne desespère pas de le trouver un jour chez un bouquiniste.Oui, nous nous souviendrons longtemps de Sylvette.Amitiés. Anne-Marie.

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