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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 09:34

                                                              Carte de la Campagne de Tunisie

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2f/Tunisia30Janto10Apr1943.jpg

Voici la suite de l'article remarquable de Roland Aloni que je remercie et je me permets  de le publier pour faire connaitre l'Histoire peu connue de la Tunisie pendant cette période de la lutte contre les forces de l'Axe.

*Roland Aloni, M.A d'histoire né à Tunis.  r_aloni@bezeqint.net

    **Cet article a été écrit à l'occasion du cinquantenaire de la libération de Tunis par les Alliés, le 7 mai 1943

    Malgré la surprise, la riposte des Forces de l'Axe au débarquement Allié au Maroc et en Algérie fut foudroyante, tant du point de vue de la rapidité d'exécution plus que du point de vue des moyens employés: le 10 novembre 1942, moins de 48 heures après le débarquement allié, les premiers avions allemands atterrissaient à Tunis. D'après les rapports militaires 100 avions allemands atterrirent à El-Aouyna le 9 novembre 1942. Les Allemands débarquèrent quotidiennement 750 hommes par air et transportèrent par mer quelques 1900 hommes une grande quantité d'armes, de munitions et de matériel (4).

  Les Forces françaises, y compris la Défense Contre Avions ne réagirent pas et permirent aux avions Allemands d'atterrir et de débarquer personnel et matériel sans empêchement (les unités de D.C.A se retirèrent et s'installèrent aux approches du terrain d'EL-AOUYNA pour "protéger les forces de l'Axe").(5). 

 Le 11 novembre, des vedettes rapides Allemandes débarquent à Tunis et à Bizerte. Le 12 novembre, le 190 aime. Bataillon de reconnaissance  blindée, deux compagnies du 5 aime. Régiment Parachutiste et une compagnie du 104 aime Régiment de Panzer Grenadier   arrivent à Tunis (Ces unités  furent retirées des renforts destinés à Rommel). Les troupes allemandes en Tunisie furent placées sous le commandement du Général Nehring. (6).

 Des l'arrivée des premières troupes allemandes,  arrivèrent les premiers éléments de S.S. sous les ordres du Colonel Rauff, de sinistre mémoire (Le Colonel Rauff a été à l'origine de l'idée d'assassiner les Juifs par empoisonnement par  le gaz, dans des camions fermés, dont le pot d'échappement a été retourné vers l'intérieur du camion).(7).

    Le dilemme qui se posa aux Autorités Militaires était de savoir qui était l'ennemi contre lequel il fallait défendre le Territoire: était-ce l'Allemand qui violait le 8 novembre la Ligne de Démarcation et envahissait la Zone Libre ou les Forces Alliées qui débarquaient en divers points sur les cotes du Maroc et d'Algérie?

 Les journées suivantes (particulièrement les 9 et 10 novembre 1942), durant lesquelles les ordres et contre-ordres se suivirent, furent décisives: la confusion des chefs de l'Armée Française en Tunisie, a joué un role primordial sur le sort de la Tunisie et de sa population. Le 11 novembre (invasion de la zone libre par les Allemands), le Général Barré reçoit l'ordre du Général Juin, commandant en chef des forces françaises en Afrique du Nord, de repousser par la force toute tentative d'intervention des forces de l'Axe en A.F.N.(8). Par contre, l'Amirauté Française ordonnait, le mème jour, au Commandant Maritime de Bizerte, de laisser passer sans se mêler à elles, les forces italo-allemandes débarquant en Tunisie(9). Comme on peut le voir, la confusion était comble.

Le Général Barré décida de se replier sur la position de couverture, vers l'Ouest, pour y permettre la concentration des forces Françaises(10).

 Débarquées le 8 Novembre, les Forces Alliées firent des efforts considérables pour gagner la course vers l'Est, et couvrirent la distance de presque cinq cents kilomètres qui séparent Alger de la région de Tunis, en moins de deux semaines   (du 8 au 20 Novembre). La retraite des troupes du Général Barré et leur concentration sur la ligne de défense citée plus bas, déterminera un front plus ou moins stable durant l'hiver 1942-1943. La campagne de Tunisie était ainsi commencée.

 Churchill, dans ses Mémoires de Guerre, retient le fait  de la confusion dans les rangs du Commandement Français: "Le Général Barré, déconcerté, emmena finalement vers l'Ouest le gros de la garnison française et se plaça lui-même sous les ordres du Général Giraud. Mais à Bizerte, quatre destroyers et six sous-marins se rendirent aux Forces de l'Axe" (11).

 Un fait est irréfutable: toute la région côtière de la Tunisie, jusqu'aux approches de la Dorsale Orientale, a été abandonnée aux Allemands et aux Italiens sans aucune résistance sérieuse, à part quelques essais d'actions retardatrices, destinées à couvrir la retraite des troupes françaises. L'Aviation Française de Tunisie se replia le 8 novembre à Djédeida (12) et de là à Biskra, dans le Sud-Ouest(13), alors que dans son instruction personnelle secrète (I.P.S.) du 22 août 1942, le Général Barré avait fixé à l'Aviation une mission d'action retardatrice(14).

 

Les seules considérations qui influencèrent la décision de l'Etat Major des forces Françaises d'Afrique du Nord, de ne pas défendre  le littoral de la Tunisie furent uniquement  militaires et ne tinrent aucun compte de la population  civile qui fut ainsi abandonnée, sans défense, aux forces Allemandes.

    Le Maréchal Juin, Commandant les Forces Françaises d'Afrique du Nord, mentionne, dans ses Mémoires, le fait que le Général Barré, Commandant Supérieur des Troupes  de Tunisie   (C.S.T.T), ne fit pas acte de résistance et, en fait, se replia sans avoir causé les moindres pertes ou les moindres retards aux forces de l'Axe.(15).

     Les Forces Françaises se replièrent vers l'Ouest, et se formèrent en deux dispositifs de défense. Le 19 novembre 1942, dix jours après le débarquement des premières forces de l'Axe, le plan de défense du Général Barré était de former une ligne de défense basée sur la Dorsale Orientale, en vue de défendre les voies qui menaient vers l'Algérie. Le dispositif se présentait comme suit: -Au Nord-Ouest, concentration sur Medjez-el-Bab, Téboursouk, Béja, Souk-el-Arba, Le Kef. Au Sud-Ouest, concentration sur El-Méridj, Tébessa et Gafsa. La  zone de Bizerte, formait une zone autonome qui dépendait du Commandant de la Marine. (16).

 La rapidité de la riposte des Forces de l'Axe, aidée par la confusion des Forces Françaises, qui permirent un débarquement de tout repos aux Forces Allemandes, annoncera pour la population   juive de Tunisie le début d'une période de peur et souffrances.

  Les hésitations des chefs Français en Tunisie privèrent les Alliés d'un succès complet (17). Le 10 novembre 1942, les Forces Françaises de Tunisie comptaient la valeur d'une division, manquant de matériel mais étant en mesure d'opposer une résistance au débarquement Allemand. Fin novembre 1942, les forces de l'Axe en Tunisie comptaient 15000 combattants, 100  chars, 60 pièces de campagne et 30 canons anti-chars.(18).

   Une question se pose, au sujet d'une prise de position plus rapide du Commandement Supérieur des Forces Françaises en Tunisie:    Que serait-il arrivé si les Forces Françaises avaient réagi et défendu l'approche des aérodromes, empêchant ou, au moins, essayant d'empêcher les Allemands d'occuper sans résistance la Régence, quitte à se replier en  combattant, retardant par-là le débarquement ? L'alerte était donnée, les forces étaient en place, et il suffisait de donner l'ordre de résister.  Le temps ne  manqua pas, les possibilités matérielles non plus, comme le prouve la quantité de matériel qui fut évacué vers l'Algérie: 280  Fusils-Mitrailleurs, 6 canons Anti-Chars de 47, 3 canons Anti-Chars de 20, 3 mitrailleuses Anti-Aériennes de 20, 800 véhicules, 75000 litres d'essence, 147 locomotives, 2500   wagons, 2650 tonnes de charbon, 4600 tonnes de matériel de chemin de fer. (19).

 Il est permis de supposer qu'une résistance Française, mème provisoire aurait permis aux Forces Alliées une progression plus rapide vers la Tunisie et, qui sait, aurait évité à la population l'occupation avec toutes ses souffrances et ses brimades.

  

ANNEXE 1

                                                

PRiNCIPALES DATES A RETENIR

1942

9  MAI .IPS  du Général Juin concernant la défense de la TUNISIE.     

23  OCTOBRE-4 NOVEMBRE - victoire Britannique d'El-Alamein.

6  NOVEMBRE. Détection d'importants convois alliés à Gibraltar.

7  NOVEMBRE. Offre Allemande d'aider la France a combattre les  Forces Alliées.

7 NOVEMBRE. Mise en alerte des troupes de Tunisie à l'execption de la garnison du KEF.

8 NOVEMBRE. Le Conseil des Ministres de Vichy accepte l'offre  Allemande d'aide aérienne à partir de Sicile et d'Italie. Nous n'avons pas de preuves que cette  decision  ait été portée à temps à la connaissance du Commandant Supérieur des Troupes Françaises de  Tunisie (voir le télégramme du C.S.T.T à Vichy, daté du 9 Novembre à 14 h. de Tunis).

8  NOVEMBRE. Débarquement des forces alliées au Maroc et en  Algérie.

8 NOVEMBRE. Atterrissages à EL AOUYNA et à BIZERTE.

8  NOVEMBRE. Accoste de vedettes rapides Allemandes a Bizerte et à La Goulette.

8-11  NOVEMBRE. Phase d'hésitations du Commandement Francais en Tunisie.

2-18  NOVEMBRE. Concentration des Troupes de Tunisie. Retrait vers l'Ouest des Forces Françaises en vue de défendre  la Dorsale Orientale.

11  NOVEMBRE. L'Armée Allemande envahit la Zone Libre.

19  NOVEMBRE. Combat de Medjez-El-Bab.

23 NOVEMBRE. Arrestation du Président de la Communauté Juive de Tunisie.

25 NOV-10 DECEMBRE. Tentative Britannique vers Tunis (à partir de Tabarka et de Souk El Arba). Tentative qui échoua.

8  DECEMBRE. Lévée de Travaiilleurs Juifs.

9 DECEMBRE. Rafle de Juifs pour les camps de travailleurs au front. Répartition des travailleurs comme suit: 750 dans la région de Massicault Ford-Frendj,Ksar-Tyr et Bridja, 500 à Zaghouan, 250 à Sainte Marie du Zit à la disposition de l'armée  Italienne; 150 ont été envoyés à Katch-Baya dans la région de Mateur.

10 DECEMBRE.1000 Travailleurs dirigés sur Mateur. La moitié est dirigée sur Bizerte.

12 DECEMBRE. Premier travailleur Juif tue par les Allemands.

17  DECEMBRE.650 travailleurs, dont 500 a l'aéroport d'El Aouyna, 100 au Port et 50 au dépot de munitions du Belvedere. 

19 DECEMBRE 1942-17 JANVIER 1943. Echec de l'offensive du C.S.T.T sur Pont Du-Fahs.

21 DECEMBRE.Départ de 350 hommes sur Bizerte.

22  DECEMBRE.Amende de 20 millions de francs imposée a la communauté Juive.

24 DECEMBRE.134 hommes pour Cheylus, 556 pour Ksar-Tyr.

28 DECEMBRE.166 hommes pour Bizerte.

1943

 Début JANVIER. Bombardement de Bizerte et du port de Tunis par les Alliés. Plusieurs travailleurs blessés.

18 JANVIER-23 FEVRIER 1943. Offensive Allemande tendant à conquérir la Dorsale Tunisienne et à couvrir les arrières des troupes Allemandes d'Afrique.

21-28  MARS 1943. Combat sur la Ligne Mareth-Victoire Alliéee. Retraite des Italiens vers le Nord.

16  MARS-20 AVRIL 1943. Offensive générale Alliée.

20  AVRIL-13 MAI 1943. Phase finale de l' offensive Alliée,  capitulation des troupes de l'Axe.

7 MAI 1943. Libération de Tunis par les forces Alliées.

MI-MAI 1943. Fin de la campagne de Tunisie.

 

ANNEXE  2

NOTES

 1. Juin, Marechal, Mémoires,I, Alger, Tunis, Rome Librairie Arthème Fayard (Paris, 1959), pp 49,50.

2. Les Forces Françaises Dans la Lutte Contre les Forces de l'Axe en Afrique, la Campagne de Tunisie 1942-1943. Ministère de la Défense, Etat Major de l'Armée de Terre, Chateau de Vincennes, 1985, p 69.

3. Warlimont, Walter, Inside Hitler's Headquarter 1939-1945, Weidenfeld and Nicholson (London, 1964), p 238.

4. Major-general I.S.O Playfair and Brigadier C.J.C Molony, the Mediterranean and Middle East Volume IV, The Destruction of the Axis Forces in Africa, London 1966, Her Majesty's Stationnery Office, p 172.

5. Les Forces Françaises, op. cit. p 104.

6. Playfair, op.cit. p 172.

7. ENCYCLOPEDIA OF THE HOLOCAUST, Rauf p 1121, Eliron Associates, (TEL AVIV 1990).

8. Les Forces Françaises, op.cit. p. 90.

9. id. p. 92.

10. ibid. p. 101.

11. Churchill, Winston, Mémoires sur la deuxiéme Guerre Mondiale,IV, Le Tournant du Destin, Librairie Plon  (Paris, 1951), p.223. 

12. Les Forces Françaises, op.cit. p 78.

13. ibid. p 112.

14. ibid. p 397.

15. Juin, op. cit. pp.111,118.

16. Les Forces Françaises, op. cit. p. 68.

17. Churchill, op. cit. p 227.

18. Playfair, op. cit.

19. Les Forces Françaises, op. cit. p 112.

ANNEXE 3

BIBLIOGRAPHIE


1.  Les Forces Françaises Dans La Lutte Contre L'Axe En Afrique, LA CAMPAGNE DE TUNISIE 1942-1943. Ministère de la Défense, Etat Major de l'Armée de Terre, Chateau de Vincennes, 1985.

2.  THE MEDITERRANEEAN AND MIDDLE EAST VOLUME IV, The Destruction of the Axis Forces in Africa. BY MAJOR-GENERAL I.S.O PLAYFAIR and BRIGADIER C.J.C. MOLONY . LONDON,1966, HER MAJESTY'S  STATIONNERY OFFICE.

  .W. CHURCHILL, MEMOIRES SUR LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE, IV-LE  TOURNANT DU DESTIN, LIBRAIRIE PLON.( PARIS, 1951 ).

4. ROBERT BORGEL, ETOILE JAUNE ET CROIX GAMMEE                (ARTYPO 1944,TUNIS).                            

5.  PAUL GUEZ, SIX MOIS SOUS LA BOTTE,(TUNIS, 1944).

6. JUIN,Maréchal, MEMOIRES,I, ALGER,TUNIS,ROME  Librairie Artheme Fayard. (Paris, 1959).

7.  WARLIMONT, WALTER, INSIDE HITLER'S HEADQUARTER 1939-45,

Weidenfeld and Nicholson (London, 1964).

8._ENCYCLOPEDIA OF THE HOLOCAUST, Eliron Associates (TEL AVIV,1990)

La Bataille de Tunisie et Kasserine:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kasserine

La Campagne de Tunisie,site du SGA:
http://www.defense.gouv.fr/sga/content/download/46022/457697/file/n34
-la_campagne_de_tunisie_dec.1942-mai_1943_mc34.pdf


  Mon père Ingénieur E.S.E faisait partie du Génie jusqu'en 1940.En 1942 fut crée un  tout nouveau bataillon de Transmission équipé de matériel moderne américain,et c'est là qu'il fit la Campagne de Tunisie . J'ai le souvenir
 ( hélas vague) de l'avoir entendu citer les noms de Passy,Pélabon,Guérin ,Merlin et De Monsabert. . Il parla un jour
de la violente contre-attaque des allemands à Kasserine qui menaça Tébessa à tel point qu'il dut se résoudre à couper le cablage électrique de sa station de Transmission pour l'évacuer  et éviter ainsi de la laisser tomber aux mains de l'ennemi .
J'ai retrouve les noms de ses chefs dans internet . 
Chez nous,dans un placard se trouvait une petite armoire à tiroirs . Comme je furetais partout,j'avais rapidement découvert des objets bizarres qui me revélèrent plus tard etre des lampes de radio inutilisables pour émetteur-récepteur datant  de cette époque .  Mon père m'expliqua alors que  son service fabriquait pour etre parachutés en France  des postes minuscules destinés à la Résistance .




  * "
Après le débarquement en Normandie, PASSY est parachuté en Bretagne, et le B.C.R.A. d’Alger est alors dirigée par l’ingénieur du Génie Maritime André PELABON (X1926)."

* Sur le Général de Montsabert,que l'on retrouvera dans sa glorieuse Campagne d'Italie:
http://infaf.free.fr/GU/ind_3DIA.htm

* "Le commandant du Bataillon est le Chef de Bataillon GUERIN Jean et son adjoint le Capitaine BOUCLEY Émile.

La caserne Lemercier à Hussein Dey est considérée comme étant le berceau du 45e Bataillon de Transmissions puisque c'est dans ses murs que s'est formé le bataillon des Sapeurs Télégraphistes. Devant l'importance grandissante des Transmissions, le 45e Bataillon de Transmissions s'installera dans le Bordj de Maison-Carrée. L'appellation des hommes de troupe reste pendant les premiers temps « Sapeurs Télégraphistes »."

Le Régiment de Transmission.

"1er juin 1942 : la subdivision « Sapeur Télégraphistes » du Génie devient l'Arme des Transmissions, par décret ministériel n° 3600/EMA/1 du 4 mai 1942, les transmissions deviennent une arme distincte du génie, au sein de l'armée d'armistice.
Moins de six mois après la création de l'Arme des Transmissions, le débarquement allié en Afrique du Nord entraîne l'invasion de la zone libre par l'armée allemande, et la fin de l'armée d'armistice. Néanmoins, le général Merlin prend à Alger la destinée de l'arme en main. Les transmetteurs reprennent le combat dans les campagnes de Tunisie, d'Italie, de France et d'Allemagne. Afin de privilégier l'engagement des hommes au combat, le général Merlin ouvre l'accès des transmissions aux femmes pour occuper des postes de centralistes téléphoniques et télégraphiques, et d'exploitants radio. Naît ainsi le corps féminin des transmissions. Ces spécialistes seront communément appelées « les Merlinettes ». Certaines participeront aux campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne.


Femmes sous l'uniforme
Les témoignages

 

De Tunis à l'Italie : 
le parcours d'une "Merlinette"

Par Paulette Vuillaume



D'une manière générale, il est rare que la parole soit donnée aux femmes pour parler d'une épopée, et notamment en ce qui concerne celle de notre Armée d'Afrique au cours de la seconde guerre mondiale. Et pourtant, combien d'entre elles participèrent à part entière à l'action, et notamment dans les services, et combien d'entre elles payèrent de leur vie le fait de remplir leur mission jusqu'au sacrifice ? On parle souvent de l'action des femmes dans la résistance et si peu de leur rôle au sein de l'armée combattante. 

Renée Cassin, lauréate de l'Académie française et des Arts et Lettres de France, dans un article paru dans L'Homme Nouveau du 19 juin 1994, écrivit : "Aucun ouvrage ne relate l'histoire du Corps Féminin des Transmissions, fondé en 1943 par le général Merlin en Afrique du Nord. Ce furent pourtant nos premières femmes soldats car, jusque là, l'engagement des femmes était interdit par la loi dans l'armée française. Elles furent en vérité non pas des civiles auxiliaires mais des soldats très souvent en première ligne, d'authentiques militaires". 

Qui mieux que le sergent-major Paulette Vuillaume, engagée volontaire en 1943 et Merlinette du C.E.F.I., peut en parler ? Laissons-lui la parole, dans un extrait de son ouvrage : Elles ont répondu "Oui" au général de Gaulle, où à travers de son histoire personnelle et des récits collectés auprès de ses sœurs de guerre, elle raconte leur odyssée. Ce témoignage a été publié dans le Bulletin de l'Association Nationale du Souvenir de l'Armée d'Afrique, n° 34, Janvier 2004.


Lors du débarquement du 8 novembre 1942, les effectifs français sont limités. Il devient nécessaire d'envisager l'incorporation de femmes volontaires dans les services auxiliaires de l'armée. 

De grandes affiches vont être placardées dans les rues du Maroc et de l'Algérie, puis à Tunis après la libération de l'occupation allemande. Ces affiches représentaient une jeune fille blonde et une jeune fille brune, militaire, avec la légende : "Jeunes filles, engagez-vous, votre place dans les bureaux permettra à un homme de prendre les armes pour reformer notre armée". 

L'afflux de ces volontaires fut considérable. Triées et choisies avec le plus grand soin, aussi bien pour leurs compétences que pour leurs qualités morales, les femmes du corps expéditionnaire français, depuis le premier jour jusqu'à la fin de la campagne d'Italie ont fait preuve d'une tenue magnifique. 

Poussées par la même flamme que les hommes, par le même idéal patriotique, augmenté d'être en terre étrangère, loin de la France occupée, ces Françaises se sont engagées volontaires pour la durée de la guerre. Certaines n'avaient pas 18 ans mais la classe 45 était la première admise au recrutement. Nous allions vivre confondues dans le meilleur esprit de camaraderie, appartenant à toutes les classes de la société, jeunes filles du peuple ou portant les plus grands noms de l'armorial. 

Officiers et soldats du C.E.F., moqueurs et sceptiques au début de la campagne, se sont bientôt inclinés avec respect devant ces camarades "au féminin".

Rien ne nous obligeait à quitter notre famille. Nous aurions pu rester tranquillement à regarder de loin les événements se dérouler. Les combattants hommes mobilisés en Afrique et rejoints par tous ceux qui avaient répondu à l'appel du général de Gaulle feraient leur devoir. Mais voilà, pour la première fois dans l'histoire, la patrie faisait appel à ses filles. Pouvait-on rester insensible ? La Lorraine que j'étais ne pouvait répondre que "présente". 

En accord avec le général de Gaulle, le général Merlin avait créé à Alger, dès février 1943, le corps féminin des transmissions. 

Le surnom de "Merlinettes" était lancé. Ces jeunes filles, engagées volontaires pour la durée de la guerre, allaient faire partie du corps expéditionnaire français en Italie en qualité de simples soldats. 

Les jeunes femmes déjà incorporées, qui venaient du Maroc ou d'Algérie, après une visite médicale très sérieuse et des testes d'aptitude préalables à la formation d'opératrices des transmissions, faisaient leur instruction à Hydra (Alger). 

Engagées sitôt la libération de Tunis par les Alliés en mai 1943, nous étions internes au lycée Armand Fallières, à Tunis, sous le commandement du capitaine Delorme (père blanc de Carthage), aumônier général de toutes les troupes d'Afrique du Nord, particulièrement sévère sur la bonne moralité de ses "ouailles". "Vous oubliez votre condition féminine, vous devenez des soldats", dira-t-il dès le début. La mutation dans la peau d'un garçon ne se fera pas sans mal, l'égalité des sexes n'avait pas encore vu le jour. Finis la coquetterie, le maquillage, etc. 

Déclarées "bonnes pour le service", nous étions strictement soldats de deuxième classe, classe 45, incorporées au 44e bataillon de transmissions de Tunis, Paulette Vuillaume, matricule 23 (mineure).

Tous les matins durant quatre mois, nous allions suivre des cours des trois disciplines des transmissions : radio, télétypiste, standardiste.

Nos instructeurs du génie nous formaient avec patience et compétence. Ils nous apprirent même les installations des postes de communication. Nous montions dans les arbres (faute de pylônes) pour tirer les lignes aériennes. Les épissures devaient être parfaites. 

Nous étions de véritables petits sapeurs. Rapidité et dextérité seraient primordiales dans la fonction qui allait être la nôtre : transmettre principalement les messages codés. 

Les après-midi étaient réservés aux exercices physiques... tous les entraînements destinés aux "bleus" nous étaient imposés... l'enseignement militaire nous était dispensé avec vigueur. Nous avons été habillées en civil jusqu'au jour où un tailleur militaire vint prendre nos mesures pour confectionner nos uniformes de "soldats". Il coupait des jupes pour la première fois dans l'armée... Notre première permission chez nos parents en tenue fut aussi celle de l'au revoir. 

"Faites en sorte de faire respecter l'uniforme que vous portez", avait ajouté le Père Delorme.  

Après cinq mois, fin prêtes en technique, théorie et pratique, nous allions quitter Tunis pour Alger, mutées au 45e bataillon de transmissions, en vue de regrouper toutes celles qui partiraient au C.E.F. 

Le rassemblement sous les tentes installées à Hydra, sur les hauteurs d'Alger, nous fit découvrir cet amalgame de tous les services du C.E.F. réunis dans un même esprit, un même idéal. Nous n'allions pas être les combattantes de première ligne, mais nous porterions sur notre cœur le même insigne en cuivre, le coq gaulois qui se dressait sur ses ergots. Nous allions représenter un seul et unique soldat, le soldat de l'Armée Française d'Italie de 1944.

A Hydra, l'entraînement physique sera intensif. Ayant échangé nos tenues françaises pour le paquetage G.I. américain, nos treillis d'hommes nous donnent l'allure de jeunes conscrits, d'autant plus qu'il nous a fallu passer chez le coiffeur pour une coupe obligatoire "à la garçonne". Celles qui avaient de longues tresses durent les sacrifier. 

Une inspection du général Merlin est annoncée... Les femmes officiers l'accompagnent. Elles ont fait l'école des cadres d'Hydra, elles ont plus de 21 ans. Leur gentillesse permettra des rapports bienveillants à notre égard, comme des sœurs aînées. Ce jour là nous apprendrons notre départ imminent pour Oran, afin de rejoindre l'Italie. Nous embarquerons sur un transport de troupes anglais. Dorénavant, nous appartenons à la compagnie 807 des transmissions du C.E.F.I.

Après la campagne d'Italie, ce fut l'épopée de la Première Armée Française et le général d'armée Jean de Lattre de Tassigny pouvait écrire :

"Les volontaires féminines de la Première Armée, quelle que fût leur tâche, obscure ou exaltante, ont fait preuve d'un dévouement souriant, d'un zèle sans défaillance, certaines d'un héroïsme magnifique. Elles peuvent être fières de la part qu'elles ont prise à notre victoire. Que demain sous l'uniforme encore ou de retour dans leurs foyers elles restent intimement fidèles à l'esprit de l'armée "Rhin et Danube". Ainsi continueront-elles à bien servir la France".

 

 

     
  Matériel de Transmission de la 2ième Guerre Mondiale

  BC-375, BC-348

 

 

 Evidement je n'ai que survolé pour le lecteur ce sujet de la Campagne de Tunisie .

Pour respecter l'ordre chronologique j'aurai du parler auparavant des combats glorieux  d'El-Alamein et de la bravoure des Anglais et des soldats de la France Libre dans le désert . Mais j'ai voulu seulement  accompagner les Correspondances de Fernand Pistor,qui dans le prochain article nous écrira longuement  d'Italie .


 

                                                            

 

 

 

                                                  Fin de la Campagne de Tunisie



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