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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 09:34

J'ai sous mes yeux un précieux document : une revue intitulée "Radio44", numéro-6,première année,semaine du 3 au 9 Décembre 1944.
Rédaction-Administration,27 Rue de la ,Michaudière-Paris . Le papier journal a jauni et est devenu fragile .Il faut le toucher avec le respect qu'on a pour les anciens . Paris avait été libérée le 25 Aout ,Marseille à la meme date , mais je pense que dans le feu de la libération de Marseille , Fernand-Denis Pistor n'a pas eu la joie de l'apprendre . Deux mois plus tard ses amis Peronnet et Guignebert  et Lataillade lui rendent le dernier hommage dans ce jeune  Journal . En couverture une photo : "Deux petites alsaciennes regardent Strasbourg libérée du haut de l'immortelle Cathédrale ".Le symbole de la libération complète de la France de l'envahisseur .
Et sur la première page intérieure :"Hommage à Fernand Pistor " ,par Paul Peronnet
..
 
"....ton silence,aujourd'hui,Fernand dans ta modeste tombe  du cimetière de Marseille,
melée à celle des autres victimes des combats pour la libération,dans ta tombe récement visitée et fleurie par notre frère Pierre Jarry,ton silence,lui aussi,ce soir,j'en suis sur est riche et fraternel..."
" Heureusement ils étaient nombreux ceux là,tes camarades du Lycee de Pau,ceux du pionicat,tous les potaches du Lycee d'Alger,tes "babouins' qui t'aimaient autant que tu les aimais toi-meme,et que ton exemple et ton souvenir marquent pour toute leur vie,tous les amis d'Afrique du Nord,tous ceux de la radio,tous les Francais qui t'ont entendu pendant un an et demi,au micro de Radio-France, crier ton espoir de retrouver une France pure et neuve,et parler de ceux qui,sur le champ de bataille,donnaient tout pour cet espoir là, nous tous  'l'Equipe ' et ses prolongements,et ceux qui t'ont précédé dans la mort : Jean Lalande,Robert Albrand...."








Le Débarquement du 15 Aout 1944...

"Ici Jean Pontaq qui vous parle de France.14 Aout minuit:nous avons tous les yeux fixés sur nos montres.
Quelqu'un crie:"Cà y est,le commando français a débarqué au Cap de la Greve !" D'heure en heure,d'autres commandos vont bondir sur la cote. Les corolles des parachutistes vont fleurir dans le ciel nocturne. L'alerte va sonner, les bombes vont descendre en sifflant, dans un secteur brusquement précisé . La D.C.A. va s'allumer comme un feu d'artifice et la guerre des hommes va commencer,à la mitraillette,à la grenade,au couteau,dans le creux des rochers,autour des casemates et des batteries cotierès. Jusqu'au coup de tonerre final du débarquement, à 6 heure du matin,où vont se démasquer sur la mer ,des bateaux à l'infini,les uns crachant de toutes leurs pièces avec de brusques flammes rouges,les autres portant des hommes,jetant des hommes sans arret sur les plages de l'assaut."
"Il est minuit,nous sommes cinq dans la cabine,trois américains et deux francais,
absoluments nus,et transpirant commes ces argiles poreuses où l'on met l'eau à rafraichir sur la Cote d'Azur.Devant-nous au fond de la nuit,il y a Saint-Tropez  et Sainte-Maxime.Il y a cette chose folle et presque impensable :la France..."
"Et tout à coup le haut- parleur du bord annonce que nous allons descendre !
Un L.C.I. s'est approché de notre gros bateau ;nous sautons pele-mele avec nos paquetages et fonçons vers la cote .Nous voyons s'approcher de nous de vrais maisons,de vrais arbres,. C'est chez-nous, la France et c'est encore mille fois plus beau que nous n'éspérions .La Nartelle,Saint-Francois,Sainte-Maxime..les filles qui rient tout le long de la route sont prodigieusement belles.Je n'ai jamais vu de filles aussi belles...Et ce pays,c'est le plus beau du monde..."

LCI(L) 196 and a DUKW during the Invasion of Sicily 1943 (World War II)
LCI(L) 196 and a DUKW during the Invasion of Sicily 1943 (World War II)
L.C.I.: Landing Craft Infantry


Et un article de Jean Guignebert :.
" Nous tacherons d'etre dignes de lui,,,"



                                             Epilogue ?

Il m'est impossible de mettre un point final à l'évocation de cette tranche de vie
de 1943 à 1944, car il y a tant a dire et  à rappeller sur Fernand Denis Pistor.
Edmond Brua,Pierre Ichac.Jean Luc,Paul Peronnet,Louis Lataillade,Jean Guignebert,tous les camarades de l'Equipe de Radio-France en guerre nous ont légue des  souvenirs magnifiques sur leur  ami  . Eux aussi ne sont plus avec nous mais restent immortels à travers leurs écrits qui alors  ont donné à leurs lecteurs et auditeurs le courage d'attendre la Libération .


Ecoutons ensemble cette chanson de la Liberté ,sur l'air grandiose de Nabuco, qui  pourra illustrer  l'épopée de Fernand-Denis Pistor . Ravi à 33 ans à sa carrière de Lettres ,il était resté poete et  humaniste tout au long de ses reportages sur le vif .
Le Lycée Bugeaud  s'est remis de ses dégats ,les élèves ont rempli  de nouveau les corridors de leurs rires,les Professeurs mobilisés ont retrouvé leur estrade , ceux chassés par Vichy ont retrouvé enfin leur citoyenneté,les prisonniers arrivés d'Allemagne étreignent leurs familles,certains après cinq ans .Les résistants et patriotes  algérois sont enfin libérés  du Camp infame  de Bedeau,internés sur l'ordre de Pétain .  Les sinistres listes de déportés commencent à etre publiées .Les horreurs nazies s'étalent en manchette. Dans les cimetières  la terre fraichement creusée est couverte de fleurs  .
La vie reprend à Alger qui n'est plus Capitale de la France en guerre et redevient Alger-la-Blanche:le Port abandonne ses couleurs de camouflage. La vie intellectuelle et artistique bouillonne en ville. Le Jazz entraine la jeunesse à la Maison des Etudiants .
Mais Pistor lui,repose dans le cimetière de St Pierre sur une hauteur de Marseille .
Il a maintenant l'éternité devant lui pour  courir dans les sentiers du bois de Pontaq,
de voler avec ses Goelands , de se vouer à la littérature ,de célébrer les beautés de l'Italie , de former des élèves pour les préparer à une vie où se respectent  toutes les tendances et croyances .
Souffle des deux cotés de la méditerranée un vent de Liberté :

 Quand tu chantes je chante avec toi liberté
Quand tu trembles je prie pour toi liberté Dans la joie ou les larmes je t'aime Souviens-toi de jours de ta misère Mon pays tes bateaux étaient tes galères Quand tu chantes je chante avec toi liberté Quand tu pleures je pleure aussi ta peine Et quand tu es absente j'espère Une idée de révolutionnaire Moi je crois que tu es la seule vérité Qui-es-tu? Religion ou bien réalité La noblesse de notre humanité Je comprends qu'on meure pour te défendre Que l'on passe sa vie à t'attendre Quand tu chantes je chante avec toi liberté Dans la joie ou les larmes je t'aime Les chansons de l'espoir ont ton nom et ta voix La chemin de l'histoire nous conduira vers toi
liberté, liberté......
 (Verdi / Arr. A. Goraguer / P. Delanoë / C. Lemesle) 


http://together-with-nana-mouskouri.blogspot.com/2008/04/je-chante-avec-toi-liberteyoutube.html



Mes remerciements à Marie-Claude Marque qui m'a confié ces documents de famille dont elle a l'exclusivité et qui m'ont permis de rappeller à la jeune génération ce que fut le trajet de Fernand-Denis Pistor, mobilisé comme correspondant de guerre jusqu'à la suprème abnégation de radio-reporter à Radio-France .

Fait à Tel-Aviv,Septembre 2008 .
Georges Lévy .

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commentaires

Jacqueline 04/09/2008 15:46

Pardonnez cher ami le petit commentaire après cette fresque si riche...Nous avons eu le bonheur , avec notre amie...Gaby...d'assister à la représentation de Nabucco à Vérone. Le coeur des Juifs prisonniers de Nabuchodonosor est toujours bissé tant il est beau...on y parle de la Patrie lointaine..elle fut celle de Verdi envahie par les Autrichiens..elle est toujours le reve de quelqu'un et le pretexte pour tuer des hommes..Bien à vous

René 31/08/2008 09:50

Enorme travail de recherche historique!J'ai appris pas mal de choses que j'ignorais!

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