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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 11:05
Non vous ne trouverez pas ici un sujet traitant des merveilles du  placage sur bois mais quelques peintures non moins magnifiques d' Albert Marquet l' illustrateur sur la toile des paysages d'Alger et de sa rade,par tous les temps .
Ne croyez pas qu'il soit facile de trouver les reproductions de certains tableaux sur internet . La plus-part sont protégées par la griffe des éditeurs qui apparait comme un furoncle sur le tableau . Après tout, ils n'y sont pour rien dans ces créations ! Je suis donc allé de longues heures,assis devant mon écran, pour retrouver dans les musées de France et de l'étranger les tableaux d'Albert Marquet  peints lors de son passage à Alger qu'il choisit,lui et sa femme, pour y trouver refuge pendant la période de l'occupation de la France qu'il avait fuie . Il aurait pu comme beaucoup d'autres y vivre sans être inquiéter, comme Picasso qui recevait les visiteurs nazis, mais son patriotisme ne lui permettait pas sans doute d'y  respirer librement .Marquet ne voulut pas rester dans son appartement du Quai St-Michel à peindre de son balcon cette Seine qu'il adorait mais teintée de "Vert-de-Gris" (Feldgrau). Il ne pouvait mieux  remercier la Capitale de la France en Guerre qu'en l'immortalisant  en peignant à l'huile et l'aquarelle et en dessinant à la plume ou au crayon, sur de la toile ou  un support en bois, ou même sur une simple feuille de papier ,les paysages changeants d'Alger.


                                     L'Escadre dans le Port d'Alger (1943)


                                       Les "Liberty Ships" dans notre  port :
              


Mais ,j'ai retrouvé ce tableau à l'huile sur le catalogue de la ventes aux enchères de l'hôtel  Drouot . J'en extrais la présentation ci-dessous  :

"... La palme des enchères revenait à 90 000 euros à une toile d'Albert Marquet montrant L'Arrière-Port de l'Agha à Alger (108 297 euros frais compris.Albert Marquet (1875-1947),L'Arrière-Port de l'Agha,huile sur toile.65 x 81 cm. Cette huile sur toile d'Albert Marquet montrant L'Arrière-Port de l'Agha de la capitale algéroise frôlait, à 90 000 euros, son estimation basse. Elle a été achetée directement à l'artiste à Alger par Gaston Chebat en 1944. On la retrouve, toujours à Alger, dans la collection Lucien Garcia*. En avril 1989, elle était présentée à Paris à Drouot-Montaigne, mais ne trouvait pas preneur. La superficie du port de cette ville est passée de3 hectares en 1830 à 200 hectares dans les années 1960. L'arrière-port d'Agha constitue un refuge privilégié pour les navires, le port lui-même étant soumis à de forts courants marins et à des ressacs qui peuvent le rendre dangereux. Il a été créé dans l'entre-deux guerres grâce à l'extension de la jetée est. Les gigantesques travaux entrepris, nécessitant le mouillage de blocs de béton pesant jusqu'à450 tonnes, ne furent pas menés sans peine. Ainsi, le 3 février 1934, pas moins de 300 mètres de la jetée furent emportés en pleine journée par une tempête, tuant au passage 6 ouvriers travaillant pour les entreprises Schneider. Le port d'Alger constitue un des sujets de prédilection d'Albert Marquet, qui occupait un atelier tout près de la pension Venot, sa première résidence algéroise. C'est en janvier 1920 qu'il débarque dans la cité, accueilli par le collectionneur Louis Meley. L'artiste y rencontre celle qui deviendra sa femme, Marcelle Martinet. Précisons que sa découverte de l'art musulman s'était produite en 1910, lors d'une exposition à Munich, qu'il visita en compagnie d'Henri Matisse. Selon ses propres termes, il en ressortit « ébloui et très impressionné », et fut amené à faire la navette pendant près de 25 années entre la France et l'Algérie, )."
*J'ai vu sur internet que Lucien Garcia,était alors Assureur Maritime ,rue Michelet à Alger ,et amoureux de la mer, possédait  un bateau de plaisance dans la Darse de l'Amirauté .

                                          L'Arrière port de l'Agha, un jour nuageux:

Il faut regarder longtemps ce tableau ,vous êtes assis, donc vous avez le temps de vous imprégner des lumières et de vous imaginer regarder avec les yeux de Marquet ce paysage que l'artiste a peint tant de fois, mais toujours d'une manière différente suivant les saisons et  sa sensibilité à l'air du temps pendant  ses années algéroises.


"Peintre fauve à ses débuts, Albert Marquet a une vision picturale résolument moderne : "le triomphe du gris" dans la perception de la lumière, la concision, le dédain des impressions inutiles... Du haut d'une fenêtre, le regard innovant de ce vieil ami de Matisse plonge sur Alger. Il revisite la Place du gouvernement où le panorama de La Baie d'Alger, peints plus de 300 fois. De nombreux artistes, spectateurs du même paysage à Alger s'en inspirent. Certains rencontrés en Algérie sont devenus les amis du peintre et se laisseront influencer par sa manière."
( Evene ) .

Et voici une photo prise dans les années 50 ,d'un point peu éloigné du site de Matisse :d'un étage élevé du dos d'un immeuble dont la façade donnait sur le Boulevard Baudin . J'ai déjà commenté cette photo dans le blog " Machine Arrière " et j'y reviens pour la comparer au tableau d'Albert Marquet . Ce cliché, je l'avais pris avec un tout petit appareil :un fidèle "Elgy Lumière", entièrement manuel, mais dont le "piqué " laisse un peu (beaucoup) à désirer . Peu importe, je n'ai rien oublié du moindre des détails de ce paysage qui s'est inscrit en moi comme une litho gravée sur la pierre à l'acide . Ma regrettée tante, Suzanne Lévy (née Meyer), une fine Orientaliste amateur, réalisa du même endroit où j'ai pris cette photo ( son balconnet) et juste  quelques mois avant, un très beau tableau à l'huile de ce paysage . Ce tableau, collection privée, orne l'appartement de sa fille à Lyon .  Je souhaite un jour y voyager pour pouvoir comparer son chef-d'oeuvre à celui de Marquet .
C'est le coeur du Port: la célèbre grue à vapeur "Atlas" décharge un lourd wagon suspendu sous son palan . Sur cette voie ferrée se croisaient  les trains de voyageurs ou de marchandises venant de l'Agha ou de la gare Centrale .


J'en arrive même à  percevoir donc  ces tableaux d'Albert Marquet du Port d'Alger, comme un cadeau personnel . Ensoleillé ou embrumé,à la mesure de l'humeur du peintre qui y excellait  ce paysage d'enfance a accompagné mes joies ou tristesses quand j'étais accoudé à ma fenêtre .

                                              Le Port d'Alger en 1939

Cette jetée en zig-zag est comme l'ultime signature d'Alger . Celle qui a mis un point final à notre passé .



Fin de l'été 1953, j'ai eu l'occasion et la joie d'accompagner mon père en Kabylie, à la recherche  de propriétaires de  Caroubiers pour en acheter la récolte . Nous voyagions dans une grosse Hotchkiss qui datait  de juste avant la guerre .(la 2ième mondiale !) . Une vraie aventure, car les vitesses sautaient toutes seules, et il fallait tout la science paternelle pour la conduire . Tandis que j'attendais  peu rassuré dans la voiture,comme dans un blindé,mon père sous une tente entouré des habitants en burnous, examinait les échantillons de ce fruit  qui sauvage est peu comestible,mais qui greffé donne un fruit oblong à la chair  épaisse et chocolatée,très utile  dans l'industrie alimentaire . Mon père s'exprimait en arabe, une langue qu'il n'avait apprise dans sa jeunesse à son Lycée Louis-le-Grand à Paris ,mais forte utile pour les transactions dans la montagne et parler à hauteur d'homme avec ces campagnards très futés . Je revis souvent ces visages burinés des Kabyles à Hussein-Dey, livrant leur marchandise odorante dans des sacs de jute à l'usine de concassage . J'appris alors ce qu'était une` "tare" lorsque le contre-maitre pesait au pont-bascule leur camion,avant et après le déchargement ,ce qui évitait toute discussion sur le poids de la marchandise livrée.
Un  soir, nous dûmes coucher à Bougie dans un hôtel qui avait une vue superbe sur le port .  Bougie, par temps gris,une aubaine que Marquet n'a pas manqué d'immortaliser .

                                            Le Port de Bougie par temps gris (1925) .



Mon père décida de faire un détour pour gagner Mostaganem et se recueillir sur le caveau des Blum, sa famille maternelle . Comme c'était le début du mois dans le calendrier hébraique ("Rosh-Hodesh"), le gardien voulut respecter l'interdiction mensuelle d'y respecter le silence des Morts et refusa au début de nous laisser entrer .Mais lorsqu'il reçu  la mission rémunérée de veiller spécialement à l'entretien  de la tombe, il nous ouvrit le portail . Le Caveau était entouré d'une petite grille basse ,je me souviens de la pierre grise et surtout de l'intense émotion paternelle . Ce fut notre dernière visite . Depuis je ne peux que lire ce qu'il est advenu en général de nos cimetières . Dans "Alger-Roi" je lis ce commentaire sur le  cimetière israélite de Mostaganem :
"Abandonné ; mur du bas du cimetière en ruines en partie disparu.Le gardien qui a l'air efficace a transformé les allées du Cimetière en "défenses de la ligne Maginot" : barbelés, chicanes aciérées, chausse trappe pour protéger les Tombes encore correctes.."
 

Albert Marquet se maria en Algérie en 1923 à  Marcelle Martinet,( née elle-même en Algérie),et qui prit alors  comme nom de plume celui de "Marty" . Un de ses oeuvres  "Un Sidi ou la vie est belle...". Elle écrivit juste après son mariage un conte  pour enfants : "Moussa le petit noir ". L'histoire d'un enfant de Touggourt qui découvre la  ville d'Alger ;le tout illustré bien-sur par Albert Marquet .



                                              Marcelle Marquet par le peintre :



Marcelle Marquet et son mari furent actifs dans la Résistance algéroise et organisèrent avec Albert Camus et d'autres intellectuels  le Cercle "Combat" .
Dans le remarquable site de mémoire de Denise Boullet vous découvrirez les souvenirs de cette époque  où sont souvent cités les Marquet et les grandes qualités de coeur de Marcelle, avec une lettre autographe émouvante,qu'elle envoya alors  presque paralysée à la fin de sa vie .
http://denisevb.free.fr/guerres/3945/moscatel.htm

Dans le lien ci-dessous,il est question du secret de Marquet ,ou plus tôt de sa jolie femme . Les illustrations osées datées de 1905 sont un tout autre genre de sujets que nous sommes  habitués à voir chez ce peintre au dessin de grand talent .
Choking , s'abstenir ! .
http://adventuresintheprinttrade.blogspot.com/2007/11/secret-art-of-albert-marquet.html

Pour admirer encore de fines aquarelles et dessins de Marquet la plus part d'Algérie
le lien suivant vous comblera :
http//www.wolseleyfinearts.com/catalogues/Albert%20Marquet.pdf

 

Extrait de la présentation du Catalogue de Wildenstein et Jacques Martinet .
"Jean-Claude Martinet,le neveu de Marquet par sa femme est originaire d'Alger ; à 18 ans il s'engage dans les commandos d'Afrique. Installé en France à partir de 1962, il s'occupe de l'atelier de Marquet et entreprend, en compagnie de Guy Wildenstein  le catalogue de son oncle sur lequel il travaille jusqu'à sa mort en 1984. 

Le catalogue d'Albert Marquet est le premier ouvrage consacré à la totalité de l'œuvre peint de l'artiste.
Il comporte trois volumes thématiques dont Marquet et l'Afrique du Nord forme le premier volet. Grand amateur de voyages, le peintre découvre d'abord le Maroc et Tanger au cours de deux explorations en 1911 et en 1913 avant de s'embarquer en 1920 pour Alger qui deviendra sa seconde patrie. La Tunisie l'accueille en 1923, lors de son " voyage de noces ", et l'Égypte en 1928. L'Algérie fait sa conquête et chaque année il retourne à Alger ; ses tableaux reflètent au fur et à mesure du temps qui passe ses préoccupations et ses découvertes.
Grâce à sa femme Marcelle Martinet, délivré de toutes contraintes matérielles, il peut travailler et donner libre cours à son inspiration. En 1941 l'achat de sa " campagne " Djenan Sidi Saïd lui offrira une palette exceptionnelle de motifs et de couleurs qui seront sa source d'inspiration principale pendant les années de guerre. Sept cent quarante et un tableaux constituent l'ensemble des peintures présentées dans ce premier livre ; chaque notice, en plus de sa fiche technique, se compose de trois rubriques Expositions, Bibliographie et Historique, suivies d'un commentaire adapté à chaque œuvre ".
 Albert Marquet et son admirable Marcelle  furent un couple unique dans l'Histoire de l'Art  de notre Algérie qui fut une terre féconde pour tous les artistes .

Note extraite du site:
http://www.invaluable.com/auction-lot/albert-marquet-1-c-tplcml5kfl 

"In 1941 Marcelle and Albert Marquet moved to Djenan Sidi Säid, located in Algeria in the region of Montplaisant and on the outskirts of Beau-Fraisier. They purchased a villa which they called Le jardin du Seigneur heureux as it had a lush and expansive garden as well as being well situated on a mountain with a vast aerial perspective. Marquet spent much of his time on the outskirts of Bab-el-Oued near the ocean which resulted in a creative outburst of paintings, all of which focused on how sunlight and color affect one's perception in a given moment in time.


                 Et cette meme campagne sous la pluie :la route de Montplaisant



Marcelle wrote to George and Adèle Besson describing the villa and garden as being surrounded by acanthus with large leaves which covered the path leading to the terrace. Upon climbing the stairs to the terrace one sees the last district of Djenan Sidi Säid and the ocean, all surrounded by rose trees, cypresses and lush exotic flowers. Their house was well placed and isolated which allowed Marquet to produce a multitude of paintings with varying vantage points of Montplaisant. Each painting focused on varying aerial perspectives in the different seasons at different times of day.
It is clear that all of the paintings Marquet produced in Algeria were between the years 1941 and 1946 as Marcelle Marquet kept a journal while they lived in Algeria until they eventually returned to Paris. The villa was eventually donated to the Algerian government in hopes to foster artistic creativity for young artists; however, it was eventually destroyed and no longer remains intact. "
Honte aux fossoyeurs du passé !!

A lire aussi  ce superbe lien :

http://babelouedstory.com/cdhas/38_39_marquet/marquet.html

 A regret,je mets point un point final à cet article, mais pas à notre passion pour l'oeuvre prolifique de cet artiste.
( 1875-1947 ) .


 F I N


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commentaires

HAYS 27/07/2010 19:26



Peintre, possédant 2 dessins de Marquet et collectionnant catalogues et tous documents sur le peintre et l'oeuvre, je découvre avec le plus grand plaisir vôtre travail, qui apport eun regard
nouveau sur ce "phénomène" que fût Marquet.


Avec de vives félicitations.


Didier Hays



Georges 28/07/2010 08:18



Merci Didier d'avoir ainsi apprécié mes quelques lignes sur Marquet qui ne sont que le fruit de  compilation. Les seules oeuvres que je possède de lui
sont les illustrations d'internet, mais j'y retrouve chaque fois mes impressions d'Alger et les couleurs de mes souvenirs. J'habitais près du port de marchandises et souvent allais m'y promener.
Et comme un oncle avait une vue grandiose du Blvd Carnot sur les quais et leurs paquebots, j'ai été tout jeune imprégné par ces paysages que je retrouve dans les tableaux du Maitre. Et c'est une
consolation pour moi d'admirer ses toiles. Quelques années parisiennes me firent découvrir les quais de la Seine et là aussi Marquet y laissa son empreinte si poétiquement
embrumée.


Quelques heures plus tard, j'ai trouvé votre Carnet ,magnifiquement écrit, et j'en conseille vivement la lecture !


http://didierhayscarnets.blogspot.com/2009/09/carnets-7-1999-2001.html


J'y ai retrouvé deux fois Marquet..


Ce n'est pas fini, il est l'auteur de très belles photographies :


http://www.didierhaysphotographies.com/



Jacqueline 27/10/2008 21:15

Cher amij'ai découvert et je continue à découvrir grace à vous les artistes qui on vu le jour sur notre belle terre!si je me souviens bien j'ai du publier quelque chose de Marquet.Merci Georges!

Monique 21/10/2008 15:31

magnifique Marquet! un commentaire sensible et de connaisseur; un régal pour le lecteur.

René 21/10/2008 12:53

Un grand peintre doublé d'un humaniste. Un couple de patriotes aussi.Beau reportage

Gaby:0059::0010: 21/10/2008 11:28

ça va mieux ? je reviendrai voir... bonne journée

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