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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 10:50


Ce matin j'ai pris mon autobus, le 63, dont l'arrêt est proche de chez-moi . Son avantage principal outre que son long trajet touristique se tortille vers le coeur de Tel-Aviv, est qu'il arrive à ma station presque vide étant proche de sa gare de départ. Alors je peux choisir le siège solitaire que je préfère, derrière la cabine du chauffeur près de la grande fenêtre, sans être compressé par un passager encombré de paquets,ou simplement de dimension extra-large ...Mais ma tranquillité égoïste est toujours de courte durée. Aux arrêts suivants, montent des soldates et des soldats  avec leurs paquetages au complet, le fusil en bandoulière pour prendre le train à la Gare Centrale . Ils se cognent aux passagers qui délicatement repoussent  un canon qui vient les frôler ou une paire de chaussures montantes attachées au sac à dos qui dérangent leur coiffure. Ce sont tous nos enfants, blonds comme des slaves, bronzés comme des méditerranéens, ou noirs comme des éthiopiens qui vont rejoindre leurs bases en fin de permission . Comme j'avais le dos tourné au sens de la course, d'abord pour éviter le soleil dans les yeux et aussi être à l'abri  des coups de freins impétueux,  je ne vis pas le passager qui se tenait debout juste derrière moi. Et soudain la jeune femme qui me faisait face se leva pour lui céder sa place. S'assit un peu cassé, un homme âgé et maigre avec un hochement de tête en guise de remerciement. Cheveux blancs et joues creuses. Mais surtout une grande tristesse se lisait sur son visage. Une étrange fatigue secrète due non seulement à la chaleur ou aux années. Je suis toujours gêné d'avoir un passager en face de moi et cherche chaque fois un point d'intérêt dans la rue par de là la vitre pour ne pas le dévisager. Mais cette fois je restais pétrifié .De sa chemise à manches courtes courte je vis sur son avant-bras gauche, tordu comme une vieille branche le tatouage vert de l'infamie . Par curiosité maladive je voulus en relever les chiffres. Mais il cacha son matricule en croisant  son bras sur ses genoux. Il ne semblait pas très vieux puisque il était monté seul et même avait attendu patiemment de s'asseoir. J'essayais de faire le compte des années passées, disons que s'il avait du être arrêté en 1942 et puisque que nous sommes en 2008, il y a  66 ans , il avait du être déporté à l'âge de 15ans, un âge d'homme pour les nazis, bon pour le bagne et les travaux forcés dans le froid et la famine. Il avait donc  réussi à survivre à  l'enfer mais tout semblait figé dans ce visage qui tranchait des figures éveillées de la jeunesse et des voyageurs occupés à bavarder sur leurs portables comme s'ils étaient seuls dans l'autobus .
J'aurai voulu lui adresser quelques mots en yiddish,mais d'abord j'ignore cette langue de mes ancêtres, et surtout j'avais la gorge nouée d'émotion et au premier mot aurai stupidement fondu en larmes. Si au moins j'avais pu retenir son numéro, j'aurai pu savoir dans quel camp il avait souffert pour qu'il ne soit pas oublié. L'oubli c'est là le danger qui ouvre en grand la porte à nos ennemis. Il était là devant moi, le regard vide, les mains vides, entouré  de passagers affairés et pressés qui ne l'avaient pas remarqué. Des écoliers révisaient debout leurs leçons et se bousculaient en riant à chaque tournant .Une ménagère essaya de se frayer un chemin vers la sortie avec son panier à roulettes, une seconde chauffeur siou-plait !
Chauffeur,Chauffeur la porte ! enchaînèrent en choeur  les collégiens en chantés de l'occasion pour chahuter. Et lui, détaché de ce monde, semblait être ailleurs, invisible fantôme flottant au milieu de cette jeunesse bruyante  et gaie ..
Arrivé au centre de la ville,l'autobus se vida un peu de ses voyageurs. Avant de se lever il chercha des yeux la sonnette en passager discipliné, bien que l'autobus s'arrêtât automatiquement à chaque arrêt vue la presse du matin. Il se tourna avec difficulté sur son siège, actionna la sonnette inutilement. J'ai essayé de le suivre du regard, mais arrivé sur le trottoir, il a hésité, tourné sur lui-même et il a disparu dans la cohue comme une ombre du passé. Mais de tous les passagers je devinais où ses pas le guidaient. Dans le quartier,une rue étroite et ombragée d'arbres aussi vieux que la ville. Ils cachent presque l'entrée d'un rez-de-chaussée, une adresse pour les déportés qui peuvent là se retrouver et parler du passé, confier leurs cauchemars et se faire écouter avec respect, car ses petits-enfants jamais ne sauront la vérité de la bouche de ce grand-père usé, qui d'avance refuse d'attrister leurs jeunes années, d'horreurs que meme les grands ont du mal à imaginer .
 Depuis longtemps je n'avais vu dans la rue des rescapés. J'en connais bien pourtant un, qui devait être très jeune en 1940  lorsqu'il avait été caché dans une campagne pendant ces 5 années je ne sais où . Il avait perdu toute sa famille,sauf son grand-père qui vint avec lui en Israel .Ce polonais de mon âge,un ami plus qu'une relation de travail, n'a ,jamais voulu évoquer cette époque, non pas parce que ses souvenirs d'alors devaient être si vagues, mais parce que ce sujet est pour lui sacré et intouchable. Jamais il n'a voulu voyager en Allemagne. Par contre il aimait raconter ses souvenirs de guerre de la Campagne de Kippour, quand il était le sans-filiste dans l'auto-mitrailleuse du Général responsable du front Sud.  Le fils d'assassinés à Auchwitz était cette fois maître de son destin dans le désert .
La dernière rescapée que j'avais croisée dans mon quartier,il y a déjà quelques années passées, escortée par une jeune fille, était assise dans  sa chaise roulante, une petite vieille au visage encore lisse,avec un châle transparent pour se protéger du soleil ,son bras crispé sur  l'accoudoir m'avait laissé  découvrir son  numéro tatoué .
C'est toujours pour moi un choc que de voir les derniers témoins de ce grand massacre ordonné,planifié,et exécuté avec zèle par ce qui était considéré  comme être la fine fleur de la civilisation européenne .
J'ai tant lu sur cette période et me suis si imprégné de son mécanisme  que lorsque  je vois la présentation d'un grand concert à Bayreuth ou Berlin, se dressent devant mes yeux des squelettes accompagnant au violon la pendaison de leurs frères et soeurs juifs devant un parterre d'officiers nazis,quelque part à Auschwitz, Treblinka, vous savez,ces camps dont les alliés refusèrent de bombarder les voies de chemins de fer pour économiser des munitions... 

*Etaient tatoués à leur arrivée au Camp les prisonniers sélectionnés sur les quais pour exploiter au maximum jusqu'à leur fin ces hommes femmes et enfants dans la chaîne économique du 3ème Reich . L'immatriculation non seulement faisait partie de la déshumanisation des déportés, mais aussi facilitait la comptabilité de l'administration nazie et les appels sans fin  dans le froid glacial. Leurs registres étaient parfaitement entretenus et ont été presque tous retrouvés, témoignages muets de l'enfer .
Les autres déportés "inutilisables" étaient directement conduits vers un bâtiment au bout du quai avec une enseigne de la Croix-Rouge (pour ne pas créer de panique) où ils se déshabillaient et immédiatement en sortaient pour etre poussés dans les chambres à gaz  . La mort n'était pas immédiate, des dizaines de minutes peut-etre, où chacun et chacune essayait de trouver une petite poche d'air en combattant dans l'obscurité. Les plus faibles, les vieillards, les enfants, les bébés étaient piétinés, mais tous périssaient les poumons brûlés. Lorsque les kapos ouvraient les portes, un ruisseau de déjections coulait en dehors .
Certains pensent que Dieu n'existe pas puisque Le Tout Puissant n'a pas arrêté ces atrocités. Mais les hommes eux,les responsables, ont tout fait pour effacer les traces
de ces crimes. Les Camps ont été transformés en bâtisses bien propres, et le sol recouvert de gravillons comme dans un jardin, les arbres où étaient pendus les supplicies ont été sciés, mais restent en témoignage éternel les photographies des monceaux de cadavres enterrés au bulldozer par les alliés dans d'immenses fosses communes  creusées au même endroit .
Six millions  d'accusateurs dans les fosses communes ou partis en fumée en Europe pour un procès  des assassins qui n'a pratiquement pas eu lieu .

Ce sont leurs fantômes qui donne le courage à l'Etat d'Israel de veiller jour et nuit sur ses frontières .

http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/smulevic.html



Dernière minute :(extrait de "Aroutz 7")

"Assez d'être bombardés pendant que Gaza est calme !"

[Mercredi 12/24/2008 15:29]


10 secondes pour ces enfants israéliens  pour trouver un abri avant l'explosion de la fusée de fabrication russe du type Grad .tirée de Gaza.


 


Pour tous les responsables municipaux des localités du Néguev touchées quotidiennement par les roquettes terroristes, la situation ne peut plus durer : "C'est une veritable guerre d'usure!", affirment-ils.
Plus de 60  rockets et obus de mortiers ont semé aujourd'hui la terreur dans les villages et villes du Nord-Ouest d'Israel.


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commentaires

René 31/12/2008 15:50

Mon cher georges,je te souhaite une bonne année  ainsi qu'à ta famille et surtout que l'année 2009 soit enfin l'année de la paix!

Gaby:0059::0010: 27/12/2008 11:51

que dire devant les horreurs des années 40....ces numéros je les ai vus sur le bras de mon parrain échappé au massacre. Mais c'est aujourd'hui que ceux qui ont le pouvoir de changer le cours des événements devraient agir et vite..Bonne fin d'année quand même

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