(Ce titre, vous en trouverez l'explication au long de ce texte ).
Cette moderne Etoile de David en trois dimensions est une oeuvre qui m'a été offerte par l'Artiste Philippe Guey, un de mes
contemporains du Lycée Gautier d'Alger .
La forme pyramidale irrésistiblement me rappelle qu'il y a 4000 ans mes ancetres se libéraient de l'esclavage en Egypte pour une traversée longue et semée de pogroms, de guerres, et d'essais
d'annihilation totale jusqu'à la fondation définitive d'un foyer juif en 1947 sur les terres hébraiques .

Si j'ai choisi ce tableau pour illustrer ce texte , c'est que non seulement nous sommes à l'époque de Pessah, la Paque Juive en cette année 5769, mais aussi parce que
j'ai découvert (un peu tard certes), le livre d'Albert Cohen :"O vous frères humains" . Ce livre a été traduit en hébreu, mais je l'ai lu d'un trait dans sa langue originale qu'aimait tant cet
écrivain Prix Nobel de Littérature , si amoureux de la langue du pays où on y trouve dans son Histoire le meilleur et le pire .
Mais avant d'en parler je voudrai vous conter, pour vous et pour moi aussi, deux anecdotes de jeunesse, futiles pour d'autres, mais qui m'ont marqué tout au long de ma vie .
A l'Ecole Clauzel, j'ai passé mon enfance scolaire dans les soucis des études primaires avec des intituteurs sévères mais remarquables pour leur enseignement laique. Ma classe de cours moyen était
une mosaique algéroise. J'y appris à lire à coups de règle la Carte Muette de la France et à réciter des noms sonnant joliment comme le Mont Gerbier-des-Joncs. Clovis et Charlemagne n'eurent plus
de secrets pour nous....
Les Brakchi, Baranco Llobel Santacreux et Brutinnel étaient mélés aux Alezra Lévy et Cohen dans les jeux aux noyaux d'abricots ou dans l'échange des bandes dessinnées et vignettes de coureurs
cyclistes. Alors, à la sonnerie de la récréation, telle la vanne d'un barrage qui ouvre les eaux à la liberté, nous sortions en criant dans la cour, et c'était alors une course éperdue que nos
instituteurs avaient de la peine à maitriser . Si j'étais petit et malingre, mon copain Brakchi(1) l'était lui encore plus, bien que très souple pour monter sur le rebord du mur pour s'échapper
avant que je ne l'attrape à "tu l'as" . Un jour où nous nous battions en nous débraillant l'un et l'autre sans raison, et qu'il se sentit perdant, il me jeta à la figure un "sale juif" qui
m'empourpra de colère et plus encore si celà était possible après la chaleur de la course.. La sonnerie nous remit en rangs . La fois d'après fut une réflexion bien plus préméditée et virulente de la vieille espagnole en noir, qui tenait le petit magasin en face de l'école où je
m'approvisionnais en rouleaux de réglisse brillant enroulé en spirales sur son bonbon d'anis, ou bien suivant la saison des fetes, en amorces pour mon pistolet Solido,ou en pierre à feu pour faire
de bruyantes étincelles en la jetant sur le trottoir . Elle vendait aussi des pistolets à ressort qui percutaient un bouchon lesté de poudre en faisant un bruit énorme de bombarde. Mais
surtout je louchais toujours sur la panoplie d'un fusil de chasse à canon double qui pouvait ainsi projeter deux fleches en meme temps . Au déjeuner ce fut l'occasion pour la première fois de poser
la question qu'est-ce qu'un juif ?. La réponse qui est aussi longue qu'une vie, j'allais l'enrichir au fur et à mesure que je grandissais .
Une autre fois, j'étais déjà proche de ma Bar-Mitzwa, nous nous étions donnés rendez-vous au Parc de Galland,une longue marche pour moi qui grimpais depuis Mustapha rejoindre deux amis de classe :
Maire, le fils du Docteur était un brillant élève, de stature carrée avec de grandes dents blanches que découvrait son sourire . Brément, avec ses yeux gris et ses lèvres minces était avec moi plus
réservé. Ils habitaient à proximité du Parc, dans ce quartier magnifique qui abritait la riche bourgeoisie algéroise. Après les parties de billes avec de savants tirs à effets où je
perdis mes agathes car j'étais mauvais à ce jeu faute d'expérience, nous avons commencé à nous poursuivre à tour de role autour du Kiosque et de fil en aiguille à nous chamailler pour prouver notre
force. Brément qui soudain tomba, au lieu de se rendre comme nous le demandions dans ce cas me traita de sale juif en se libérant . J'en fus morfondu . Et ils m'abandonnèrent dans ma
solitude, ayant perdu ce que je croyais etre des amis .
Au Lycée nous avions un fameux Prof de philosophie. J'aimais les cours de Choski. Je faisais des dissertations de vingt pages avec plaisir . La plume courrait toute seule . Seulement moi j'étais
souvent inscrit au cahier des absences, cherchant de l'air à la fenetre de ma chambre comme un poisson sorti de l'eau qui étouffe.
En général c'était en fin de semaine, le Samedi comme une horloge, que la crise m'immobilisait . Lundi matin, mon camarade Malaterre (celui qui écrivait à l'encre verte !) me dit que Choski, à
l'appel avait ricanné en associant mon nom avec le Samedi, qui est chez les Israélites le Jour du Repos . Je rayais donc Choski de la liste de mes préférés. Mes dissertatations se firent plus
minces et surtout illisibles .
Ageron le fameux Prof d'Histoire et Géographie continuait à me tenir en haleine par ses cours brillants. Hélas il défendit la cause du F.L.N et un de plus s'éloignait de moi .Il me reste
cependant les souvenirs merveilleux des heures de Francais illuminées par les Doumerc et Chiapporée à Gautier .
A Paris, rapatrié, exilé, désemparé, les nerfs encore à fleur de peau, j'allais à la découverte de visages et paysages nouveaux . Un Dimanche, alors que je me promenais en humant l'air frais et sec
du matin parisien, une auto se colla contre le trottoir et m'injuria d'un " Sans Joie" tonitruant en repartant à toute vitesse . Comme le pauvre enfant de Marseille,mais adulte j'avais donc été
visé par mon physique à mon grand étonnement car il était bien loin d'une caricature. En fait je dois remercier ces voyous qui m'ont renforcé dans mon idée de monter en Israel puisque
depuis la France d'aujourd'hui est devenue le berceau du gangstérisme anti-juif que ce soit celui des intellectuels ou de la plèbe facilement intoxiquée de propagande. La République qui nous
appelle quand elle a besoin de chair a canons, patine dans des condamnations virtuelles de crimes concrets comme celui d'Ilan Halimi (2) . Les attaques contre les cimetières et les vivants sont
devenues chose commune. La rue, l'école ne sont plus surs pour le Peuple du Livre qui pourtant a donné au long des siècles le parfait exemple d'intégration et de patriotisme et qui a
traduit son amour pour la France en lettres de sang .
Mais je n'ai pas d'illusion : "Sans Joie " est une insulte qui semble ancrée pour l'éternité dans le vocabulaire francais .
Sur Albert Cohen l'immortel
Né sur l'île grecque de Corfou en 1895, Abraham Albert Cohen appartient à l'importante communauté juive (séfarade) de l'île. Son grand-père préside la communauté juive. Le nom de Cohen le fait descendant d'Aaron.
Issu d'une famille de fabricants de savon, les parents d'Albert décident d'émigrer à Marseille après un pogrom, alors qu'Albert n'a que 5 ans. Ils y fondent un commerce d'œufs et d'huile d'olive. Il évoquera cette période dans Le livre de ma mère. Albert Cohen commence son éducation dans un établissement privé catholique. C'est le
16 aout 1905 qu'il se fait traiter de "sale juif" dans la rue par un camelot de la Canebière, événement qu'il racontera dans Ô vous, frères humains. Le jeune garçon court à la gare Saint-Charles. Il s'enferme dans les toilettes, faute de pouvoir s'enfuir. Sur le mur, il
écrit : "Vive les Français !" En 1904, il entre au lycée Thiers, et en 1909, il se lie d'amitié avec
un autre élève, Marcel Pagnol. En 1913 il obtient son baccalauréat avec la mention « assez bien ».
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Ce livre déjà ancien (1972, 213 pages, Edition Gallimard) est très célèbre, mais je ne l'ai découvert que ces derniers temps . Ce
fut pour moi un grand choc .
Il commence ainsi :
"Page blanche,ma consolation,mon amie intime lorsque je rentre du méchant dehors qui me saigne chaque jour sans qu'ils s'en doutent je veux ce soir te raconter
et me raconter dans le silence une histoire vraie de mon enfance. Toi fidèle plume d'or que je veux qu'on enterre avec moi, dresse ici un fugace mémorial peu drôle . Oui, un souvenir d'enfance
que je veux raconter à cet homme qui me regarde dans cette glace qui me regarde ."
Âgé de 10 ans et le jour de son anniversaire, il déambule heureux et s'arrête à Marseille devant un camelot qui vante des
détachants-miracles . En voyant ce enfant naïf et ébahi, le camelot l'insulte et le chasse reconnaissant en ce grec un " type juif" .
Ce sera pour l'auteur assommé une journée d'errance dans la grande ville et de désespoir sur ces méchants dont il ne comprend pas la raison, lui qui adore tant la France et les Français, ayant
fuit avec sa famille les pogroms grecs. Il erre jusqu'à la nuit en réflexions amères et décevantes voulant mourir, rencontrant une fille de l'ombre qui lui ordonne de rentrer chez lui , où ses
parents affolés par son absence l'attendent avec le gâteau et les dix bougies roses d'un anniversaire gâché pour toujours.
Je dois dire que chaque page de ce livre, chaque phrase sont ciselées en un français merveilleux qui illustre ce drame que chaque jeune israélite a vécu souvent plus d'une fois dans sa vie et
dans sa propre patrie .
Je suis hélas incapable de décrire tous mes sentiments à ce sujet. Albert Cohen l'a fait magistralement et a érigé ce monument littéraire pour les autres .
Je cite la dernière page à lire et relire lentement :
"En vérité,je vous le dis, par pitié et fraternité de pitié et humble bonté de pitié , ne pas haïr importe plus que l'illusoire amour du prochain, imaginaire amour,
mensonge a soi-même,amour dilué, esthétique amour tout d'apparat, léger amour à tous donné, et c'est à dire à personne, amour indifférent, angélique cantique, théâtrale déclaration,amour de soi
et quête d'une présomptueuse sainteté, vanité et poursuite du vent, dangereux amour mainteneur d'injustice, d'injustice par ce trompeur amour fardée et justifiée, o affreuse coexistence de
l'amour du prochain et de l'injustice, stérile amour qui au long de deux mille années n'a empêché ni les guerres et leurs tueries, ni les bûchers de l'inquisition, ni les pogromes, ni l'énorme
assassinat allemand, o affreuse coexistence de l'amour du prochain et de la haine ".
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Actualités Francaises
AFP
11/04/2009 | Mise à jour : 14:51
"Des croix gammées tracées à la peinture noire ont été découvertes ce matin sur le wagon et la stèle du Mémorial de la déportation
à Drancy (Seine-Saint-Denis), lieu emblématique de la mémoire des déportés juifs de France, a-t-on appris auprès du ministère de l'Intérieur."
"Une croix gammée haute de 1,50 m a été peinte sur le wagon, une autre de 1 m de haut a été tracée sur la stèle, et une troisième a été tracée sur le mur d'un commerce à 500 m de là", a indiqué
un porte-parole du ministère à l'AFP".
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Le Président
Sammy GHOZLAN
0609677005
DRANCY LE 11/4/09
Le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme
condamne avec la plus grande fermeté l’acte antisémite commis sur le mémorial érigé à l'entrée de la
cité de la Muette de Drancy, en souvenir des juifs qui y ont été internés avant d'être déportés vers le camp d'extermination d'Auschwitz pendant la Seconde guerre mondiale.
Cet acte odieux commis dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 avril 2009,nous scandalise .
Nous demandons à la police de mettre tout en œuvre pour
identifier et interpeller l’auteur de cet acte lâche et ignoble.
La présence de croix gammées taguées sur ce mémorial, et
sur le wagon ,nous heurte et nous blesse au plus haut point car cela constitue une insulte à tous ces milliers d’hommes ,de femmes , de vieillards et d’enfants, innocents, détenus dans ces lieux
avant d’être déportés vers les camps de la mort, parce que juifs.
La France officielle n’est pas antisémite, et nous saluons les déclarations de Mme La Ministre de l’Intérieur, Michele ALLIOT MARIE ,et de monsieur Jean Christophe LAGARDE député Maire de DRANCY qui ont immédiatement condamné cet acte antisémite inqualifiable.
Toutefois, nous craignons qu’ à la faveur des prochaines
élections européennes, les actes antijuifs n’augmentent encore plus, notamment en raison des campagnes engagées par des factions extrémistes de droite comme de gauche, ou antisionistes comme
celles de Zahra France et du pretendu humoriste MBALA MBALA qui vont inciter à la haine d’Israel et pousser immanquablement à l’acte
antijuif.
Pour éviter toutes les dérives, et empêcher de nouveaux
actes antijuifs déjà trop nombreux, en dépit des mesures prises par les pouvoirs publics,nous demandons à la Ministre de l’Intérieur d’interdire ces partis extrémistes
.
Le BNVCA déposera plainte
.
A Ilan Halimi
Danielle Ferra a compose ce poeme en souvenir d'Ilan martyrisé à
l'acide,sa chair découpée au rasoir,comme dans un local de la Gestapo, par une bande de jeunes francais du quartier de Bagneux ,en toute indifférence .
"Je vous envoie ce poème dédié à la mémoire d'Ilan, à l'occasion du procès de ses tortionnaires qui se fera à ma connaissance à huit clos,le 29 Avril 2009, et la
sortie du livre de Ruth Halimi sa maman sur la réalité de ce qu'à enduré son fils ainsi que sa famille."
Danielle
L’Arbre* Assassiné
J’ai rêvé cette nuit d’un Arbre
Merveilleux
Dont le doux feuillage monte jusqu’aux
Cieux
Tels les barreaux d’une immense échelle
Que l’on monte allègrement sans avoir
d’ailes.
J’ai rêvé cette nuit de cet Arbre
Gigantesque
Beau et Immense tel une vision
Dantesque
A coté duquel je ne suis qu’une petite
flamme
Une petite goutte d’eau parmi les millions
d’âmes
J’ai rêvé cette nuit de cette Âme Vivante
Plongeant dans la Terre jusque dans son
Ventre
Puisant sa force de ses puissantes Racines
Et repart d’un bond vers les plus hautes
Cimes
J’ai rêvé cette nuit de cet Arbre de Vie
Qui, même environné de ses ennemis
A gardé sa Force, sa Foie et son Courage
Nous laissant un sourire pour toute image
J’ai rêvé cette nuit de cet Arbre
Assassiné
Par des barbares, redoutables
d’efficacité
Des tueurs de Juifs, tueurs de Liberté
Il s’appelait Ilan, et habitait notre
quartier…..
*Ilan signifie Arbuste en hébreu, il est mort le jour de
"Toubichvat",
La fête des Arbres le 13 Février 2006…
Danielle Ferra le 25 Avril 2006
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Note (1) : Brakchi en fait , j'aurai voulu le retrouver, chose quasi impossible, pour lui dire toute mon amitié . Le hasard et internet ont fait ce miracle sur
Es'mma :
( Brément et Maire , je n'ai pas réussi à les contacter. Je leur souhaite des jours ensoleillés par les souvenirs. A cet age tendre ces enfants ne faisaient que répéter ce qui était
coutume d'entendre ) .
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Lévy Georges (Alger(1938-1962)
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28/02/2006 22:39
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Bonsoir Georges Salessy, bonsoir Phillipe Redon.
Puisque vous etes en contact avec Mustapha Brakchi, faites moi le plaisir de lui communiquer mes meilleures souhaits de santé et que je me souviens de nos poursuites
dans la cour de l'Ecole Clauzel. Rappelez lui, s'il vous plait, l'histoire encore chaude de la nuit qu'il me raconta un matin dans les rangs: un voleur s'était
introduit dans son logis, pour voler le contenu du Coffre à vetements !! Son grand-frère l'avait chassé avant que le larcin soit commis. Dite-lui que je revois aussi
son grand-frère, dans son magasin, versant habilement le précieux lait rationné dans le quart d'aluminim A ces mots, je suis sur qu'il me reconnaitra. Je vous souhaite
à tous, une vieillesse heureuse.
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F I N