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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 22:00

La Rampe Frédéric Chassériau montait  des aménagements du port jusqu'à rejoindre par une bretelle qui enjambait les voies de chemins de fer et se terminait proche du carrefour de l'Agha au Boulevard Baudin. Sur certains plans, le nom de l'architecte figure aussi sur le prolongement de la rampe(mais à l'opposé) au nom de l'Ingénieur Poirel qui est l'entrée royale à Alger en provenance  de la Route Moutonnière .
Mon père garait sa récalcitrante Citroen au garage Veuve et Pérez, et l'accompagnant je passais souvent sur ce pont et après l'École de Commerce, c'était l'entrée de ce long bâtiment. Avant que ne fut construit le haut immeuble de bureaux des C.F.A, hélas juste en face de mon cinquième étage de la rue Sadi-Carnot, je pouvais suivre des yeux  mon père allant le matin ou revenant le soir du garage. Mais ce large pont ,une voie cruciale pour arriver dans le centre économique d'Alger, passait juste au dessus des voies ferrées; celles des trains de marchandises et de voyageurs. De là je pouvais admirer de près les locomotives à vapeur fumantes de vapeur blanche et de coté se dévoilaient à mes yeux émerveillés les manettes et les robinets en cuivre de la cabine d'une énorme Garratt*.
Cette carte postale exceptionnelle extraite du site Es'mma (merci !) nous montre la sortie de la rampe Poirel avec le tournant de la Rampe Chassériau. Les traces de pneus sont des témoins du traffic à cet endroit stratégique: par là arrivaient du mole Billard les services de Pompiers, les z'autorités en provenance de Maison-Blanche, mais aussi s'organisaient les régiments descendant des camions pour entrer en un ordre martial et coloré lors des défilés vers le Blvd Baudin .

A l'école Clauzel, j'avais un camarade de classe nommé Curci. Son père, au numéro un de la rampe Chassériau tenait un magasin d'articles de pêche. J'admirais dans la vitrine les cannes en vrai bambou jaune verni, strié de filets verts. Je m'y fournissais quelquefois de bobine de fil en nylon, non pas pour pêcher, mais pour mes jeux terrestres. L'un d'eux me laissa un mauvais souvenir. Un Dimanche à la foret de St Ferdinand, sur un chemin de terre, j'eus l'étrange idée de tendre ce fil entre deux arbres. Une auto s'en approcha et au bruit de la cassure le chauffeur sortit en colère, cherchant le petit terroriste en herbe...qui s'était caché derrière un arbre..
Ces jours-ci j'ai retrouvé sur un site qui vend de vieilles choses (une sorte  d'antiquaire de la vie), les clichés de ces moulinets avec la décalcomanie au nom de Curci. Quelle émotion de me retrouver après soixante ans devant ce témoin de ma jeunesse !.   
Cette classe républicaine de Cours Elémentaire 2ième année est sous vos yeux grâce au site Es'mma. (L'instituteur Di-Cresenzo prévoyant avait même noté les absents, dont moi!).
En y lisant quelques lignes à ce sujet, s'est manifesté un camarade de classe de CE-2, Alain Labbé avec qui j'ai eu le plaisir d'échanger de lointains souvenirs embués .
http://pagesperso-orange.fr/esmmaix/Photos-classes/cce245.htm

La  Pêche aux Souvenirs



                                              Un beau moulinet

       ( Simple d'apparence, sa mécanique est délicate pour dérouler le fil au lancer et remonter rapidement l'hameçon )




L'Algérie et les Chassériau .
(Extrait de Wikipédia)

"Le Baron Charles-Frédéric Chassériau (1802-1896) était le fils de Frédéric Chassériau, général et Baron du Premier Empire mort à Waterloo. Appartenant à une famille créole, il était cousin germain du peintre Théodore Chasseriau.

Charles-Frédéric se fit donc définitivement architecte :

Il eut à surveiller pour ses débuts la construction de la Cour des Comptes que devait décorer vingt ans plus tard, son neveu Théodore. C’est lui qui acheva le petit Arc de triomphe blanc, autour duquel il y a aujourd'hui un carrousel d'automobiles, au seuil de la route qui conduit à Aix.

Mais c’est à Alger qu’il laissera le meilleur de son œuvre. Il fut le concepteur des rampes d’accès et des boulevards des fronts de mer d’Alger, (réplique de la Rue de Rivoli à Paris).

Il effectua les grands travaux du port, le boulevard de l’Impératrice Eugénie, et fut l’auteur du théâtre municipal d’Alger achevé en 1853 en collaboration avec Sorlin et Poussard. C’est lui encore qui procéda à l’aménagement des abords et des contreforts du port réalisés entre 1860 et 1865.

Frédéric Chassériau a publié en 1858 l’Étude pour l’avant-projet d’une Cité Napoléon-Ville visant à établir sur la plage de Mustapha à Alger une ville résolument moderne : “ Pour nous, il nous faut de l’air, du soleil, des boulevards plantés d’arbres et des rues à galeries couvertes »…

Arthur Chasseriau (1850-1934):

Grand amateur d'art, le baron Arthur Chassériau était le fils de l'architecte en chef de la ville d'Alger, Charles-Fredéric Chasseriau cousin germain du peintre Théodore Chasseriau.

Ce fut à Alger, en 1850, que naquit Arthur Chassériau. Il commença ses études à Paris au Lycée Louis le Grand, il s'engagea dans les francs-tireurs et sous l'uniforme en 1871, prit part à la répression de l'insurrection et à la campagne de Kabylie ".


Théodore Chassériau ,(1819-1856 ) a peint deux oeuvres particulièrement intéressantes :

Exécuté en 1851, le tableau (32x27cm) une peinture à huile sur toile : "Les deux femmes Juives au Balcon", une de ses meilleurs oeuvres algériennes, est dans la lignée des scènes capturées par l'imagination de Chassériau. La peinture de ses  "Deux Juives de Constantine berçant un enfant" est de la même année et il semble y figurer les mêmes modèles. ..

 

Je cite Monsieur Alain Gouin :

"L’Islam interdisant la représentation de la figure humaine, faire des croquis d’une musulmane pourrait se révéler dangereux. Chassériau prend plutôt des Juifs pour modèles, plus faciles à côtoyer que les Arabes, surtout pour les sujets féminins et intimes. Bien qu’il n’y ait pas de détails explicitement juifs, on peut supposer que les modèles des Juives d’Alger au balcon étaient effectivement juives : en effet, contrairement aux musulmanes, les Juives ne sortaient pas voilées et avaient la possibilité de recevoir des hommes étrangers chez elles, donc éventuellement des artistes."

De plus ces femmes devisent librement à un balcon sans se cacher derrière un écran de bois de cèdre ajouré de moucharabias, à travers lesquels on peut voir sans être vu comme dans les habitations mauresques où toute la vie du foyer est protégée de l'extérieur .

Chassériau a produit un nombre de tableaux et dessins décrivant le Judaïsme Algérien dans ses traditionnels costumes. Sans doute le dessin de femmes juives est un pilier central de son travail après son séjour en Algérie. Les Notes du peintre accompagnant les esquisses faites en Algérie dénotent de son intérêt de capturer l'original habillement féminin. Son mélange de bleu et d'or et d'argent des broderies et spécialement le conique henné avec ses voiles traditionnellement porté par les juives d'Algérie. La "Terrada" est une coiffe où les cheveux sont noués avec une pièce de soie multicolore et attachée avec un ruban rouge qui traîne jusqu'au sol . Dans ce tableau ces deux femmes portent la même coiffe qui la font reconnaître comme juives vis à vis de la population musulmane. Car c'était une coiffe imposée aux dhimmis par les Beys racistes pour les distinguer des autres femmes du pays . (Les hommes eux étaient obligés de vêtir des vêtements sombres, et surtout pas de couleur verte sous peine de mort) .

Le Judaïsme a une longue Histoire en Algérie qui remonte avant la présence Romaine. Les ruines de Synagogue ont été retrouvées à Tipasa sur la cote et sur les Hauts Plateaux  à Sétif.  Des tribus berbères de Kabylie étaient même converties au Judaïsme, du temps de la Reine Juive Kahéna, vaincue par la suite lors de l'invasion Islamiste en 600. La communauté juive fut renforcée par l'expulsion en 1492 des citoyens d'Espagne et Portugal au temps de l'Inquisition. Ils s'établirent dans les villes d'Alger et Oran avec leurs ports propices aux échanges méditerranéens et aussi avec des communautés dans les villes de Blida et de Constantine .

Ces descriptions des coutumes juives ne sont pas sans rappeller l'oeuvre de Delacroix qui inspira sans doute Chassériau .

http://cartelfr.louvre.fr/pub/fr/pdf/24580_mois104.PDF



Fig. 1:, Théodore Chassériau, Deux jeunes juives de Constantine berçant un enfant, 1851, oil on canvas, sold Sotheby's New York, 23 October 1990, Metropolitan Museum of Art, New York
digi ref 364D08101

Fig. 2: Théodore Chassériau, Femmes juives au balcon, 1849, oil on wood, Musée du Louvre, Paris
digi ref 397D08101_COMP


Arthur Chassériau prit à coeur de conserver et rechercher toutes les oeuvres de son parent, ce qui lui valut l'envoi suivant :


LES PAROLES DIAPRÉES ~7
POUR L'EXEMPLAIRE DE
M. LE BARON ARTHUR CHASSÉRïAU
XXIII

"Vous donnez un bien noble exemple
De famille et de parenté,
Vous dont la demeure est un temple
A Celui dont l'art enchanté

Groupe des beautés magnifiques
Dans son clair Tepidario
Et rejoint les fronts poétiques
De ses Deux ~ Chassériau!

Que le dieu des voix cadencées
Nous apprête, dans le futur,
Un héritier de nos pensées,
Pareil à vous, Baron Arthur! "

*Trepidario: une oeuvre peinte de Chassériau .


Mais avant de voir le tableau définitif, voici deux esquisses de ces femme, dessinées dans son livre de croquis avec ses annotations.

                                                           Celle de gauche

                                     
                                                Et celle de droite :
                   

                                                    Pour en faire le Chef-d'Oeuvre




                    Femmes Juives de Constantine berçant un enfant




              Extrait de l'Exposition à Paris du Centre Edmond Fleg* .

"Exposition de photographies ou dessins de femmes juives d'Algérie".

Le costume des femmes d'Algérie est varié et a évolué au cours des siècles, notamment au moment du Décret Crémieux.L'iconographie retrouvée permet d’observer cette évolution en un siècle de 1835 à 1935.




"Le costume de la femme juive d’Algérie était constitué d'une coiffe en forme de cône, la sarmah, d'un benigo ou d'un foulard frangé.Le vêtement se composait d'une chemise fine aux longues manches amples portée sous une grande robe sans manche, appelée la djubba, à laquelle pouvait s'ajouter la ghlila, jaquette décolletée ou farmla (ou frimla) gilet sans manche pour soutenir la poitrine et retenir les manches de la chemise). Une ceinture parachevait le costume. Ce costume pouvait différer selon les villes, c'est la qualité de l’étoffe et des broderies qui indiquait la condition ".

ACCÉDEZ A LA GALERIE 1...

ACCÉDEZ A LA GALERIE 2...


* Sur Edmond Fleg :

( Mon père recevait le Journal "La Terre Retrouvée" où figuraient souvent les articles brillants d'Edmond Fleg et sur les rayons de la bibliothèque paternelle ses livres cotoyaient ceux d'André Neher et bien d'autres amoureux de Sion ).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Fleg


Mais pour moi, la plus jolie des femmes Juives d'Algérie .c'était évidement
ma mère .Ici photographiée au début des années 30 .Je lui trouve même une certaine ressemblance avec les tableaux précédents .



Lorsque je me suis intéressé pour la première fois au Livret de Famille de mes parents, j'appris que maman avait deux prénoms, Colette et aussi Béziza qui m'était absolument inconnu .J'avoue qu'au début, dans mon ignorance j'eu un choc en lisant cette consonance étrange. En fait cet prénom a des racines hébraïque et judéo-arabe. En hébreu Aliza signifie "Le Bonheur", et Ziza et Béziza "La Bien-Aimée" en judéo-arabe, dont l'origine devait-être la branche algérienne de ma mère dont les papiers de famille français remontent jusqu'à1830 au C.A.O.M.
Sur internet j'ai retrouvé de nombreux patronymes "Ziza" en Italie . L'état-civil d'avant la Conquête étaient tenu par les Rabbins: ces registres ont disparu dans la tourmente. Peut-être lors du sac de la Grande-Synagogue et de son quartier lors des émeutes du FLN de Décembre 1960 ? Ou bien sont-ils restés en otages ? .

Voici le portrait de ma fille, en comparant ce cliché à la photo de sa grand-mère maternelle j'y retrouve des traits communs avec la peinture de Chassériau .



Mon père a pris ce cliché de maman en 1933, dans l'appartement du 20 de la Rue Sadi-Carnot à Alger. Colette Béziza Schebat  avait bien mérité de son second prénom . Elle était tout d'amour et de beauté .



Et puis, après le funeste rapatriement la vieillesse a mis les bouchées doubles pour tous les Français d'Algérie. L'arbre transplanté et coupé de ses racines s'étiole. C'est une loi de la nature que mes parents courageusement ont essayé de vaincre de toutes leurs forces. Ils ont quand même eu la joie de tenir dans leurs bras le premier petit-fils né en Israel .



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commentaires

Françoise Bernard Briès 30/09/2009 22:43


Je me suis régalée... et tout ça grâce à Chassériau... votre histoire est magnifique, comme tant d'autres que nous sommes..; nous aussi avions Vinson et Perez comme garage.. et nous habitions
boulevard Baudin en face du Commissariat central... j'ai monté cette rampe Chasériau combien de fois, revenant de la piscine du RUA et retournant à la fac qui n'était pas loin...

Amitiés

FBB 


Fethi 26/07/2009 10:50

Le toile des "Femmes au balcon"est vraiment magnifique!Bonne journée

gaby:0010: 16/05/2009 11:57

avez vous choisi ce nouveau look ou faut-il intervenir ?la réponse sur mon mail svp

Gaby:0059::0010: 29/04/2009 19:13

beaucoup d'émotion à lire les souvenirs de lieux d'antan et surtout vos parents m'ont rappelé les miens ...

René 29/04/2009 11:25

Bonjour georges .Trés beau reportage que tu nous fait là!!Que de souvenirs(garage veuve Perez...Rampe Chassériau....Clauzel!)et en plus j'ai le plaisir de faire connaissance avec ta famille! ta fille semble sortie tout droit d'un de ces tableaux et je trouve aussi qu'elle ressemble à sa grand mère.Je lui souhaite une vie heureuse et sereine dans ton nouveau pays,mais qu'elle n'oublie pas ses racines algéroises.amitiés,René

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