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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 09:21


Simon Mondzain (1890-1979)- Quai du Port d'Alger.




L'Enfant du Jour.


Lorsque le matin parait,
C'est pour moi comme l'enfant du Poète.
Je l'ai attendu toute la nuit, accoudé à ma fenêtre
Ce papillon poudré qui sort de sa chrysalide.
Une  lumière dorée monte de par derrière les montagnes,
Éteint les sémaphores et les guirlandes marchandes
Et sort chaque cube encore gris de sa torpeur,
Escalade la ville, l'enveloppe d'un manteau pastel.
En silence chaque toit se peint en rose,
Les terrasses prennent la couleur aveuglante de l'été.
La mer étalée se mélange au ciel bleuté,
Des quais montent les premières fumées,
Émergent les grues et leurs croisillons d'acier.
Les chalutiers lentement contournent la jetée,
Les palmiers des squares enfin se détachent
Et le feuillage sombre vire au vert bouteille.
Alger s'éveille dans sa palette de couleurs
Que l'artiste divin, la nuit, en cachette a choisi pour elle.

Ma ville est du genre féminin,
Ce n'est pas un hasard,
Qu'elle soit aussi Alger La-Blanche,
Car elle est coquette même dans sa misère,
Quand les murs chaulés avant les fêtes
Abritent au détour d'une ruelle aux marches inégales,
Une fontaine  ornée de faïences très anciennes,
Entre deux piliers torsadés
Sur un fond de marbre, rouillé par le filet
Qui coule depuis la naissance d'Alger.
A l'ombre de la voute, le porteur d'eau
Remplit ses outres et les chargent sur son âne,
Qui va à petits pas, apporter la vie
Jusqu'au plus étroit des logis .

Je n'ai plus qu'à baisser mes persiennes
Pour garder la fraîcheur de cette nuitée
Comme un bouclier contre les dards enflammés
De cette boule de feu qui lèche les pierres,
Et transforme notre ville en brasier.
J'ai écrit ces verbes au présent,
Comme un dément,
Comme si j'étais encore un habitant :
Depuis presque cinquante ans je refais le même rêve,
Qui me transporte par dessus la mer, là où je suis né,
Face au port,
Maître après Dieu sur ma dunette au Bougainvillier  
D'où je vois, chaque matin, le soleil écarter le voile de la Cité
Pour mieux l'embrasser .


G.L.



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Le Peintre Simon Mondzain , Polonais de naissance,Français d'adoption, et amoureux d'Alger, fit partie de l'Ecole de Paris .

La petite fille de l'artiste, Raya Baudinet en a écrit la biographie dans:

http://www.exporevue.com/artistes/fr/mondzain/mondzain_biofr.html
 
"Né aux alentours de 1888 à Chelm près de Lublin, en Pologne orientale sous administration russe, Simon Mondzain qui s'appelle encore Szamaj Mondszajn est issu d'une famille juive pieuse. Il se trouve jeune dans l'obligation de fuir son milieu pour accomplir une vocation de peintre qui apparaît aux yeux de sa famille comme un acte profane. À partir de 1905, après avoir quitté son village, il vit d'expédients jusqu'à ce qu'il entre à l'École des Arts et Métiers de Varsovie.

En 1908, une bourse, lui permet de poursuivre ses études à l'Académie Impériale des Beaux-Arts de Cracovie. Il étudie sous la direction de Józef Pankiewicz, peintre d'influence impressionniste, fréquente le milieu intellectuel polonais, et fait à l'Académie la connaissance de Kisling et du peintre polonais Zawado. Il émigre définitivement à Paris en 1912. Il rencontre André Derain qui devient son maître et exerce sur lui une forte influence. Peintre du Montparnasse des années vingt, il côtoie Picasso, Modigliani, Othon Friesz mais aussi Apollinaire.

Cependant, rétif aux avant garde de l'époque, il ne s'inscrit dans aucun courant, seuls les peintres de l'École de Paris peuvent le compter parmi eux. Il écrit dans ses carnets en 1920 : "Je suis resté méfiant envers le monde, j'ai toujours peur d'être renversé, c'est pour cela que dans chaque effort de mon art est souligné avec une force égale, soit un objet, soit un être humain. Il faut que chaque forme, chaque ligne, soit enfermée dans une forme nette, que rien ne la puisse renverser. Les figures doivent être formées d'une construction musculaire solide et où elles sont placés, elles ne peuvent être ailleurs : C'est là et non pas là. La certitude dans la forme est la seule vérité."

Engagé durant la Première Guerre mondiale dans la légion étrangère sous le drapeau polonais, il dessine sa vie de soldat dans les tranchées de Verdun. Évacué en 1917, il peint plusieurs toiles marquantes dont L'Homme à la lettre qu'il présente lors de sa première participation au Salon d'automne en 1919 et Pro Patria un pastel.

Il expose ensuite au Fine Art Club de Chicago en 1920, toiles et dessins, dont une première version du Grand Arlequin. Si la galerie Druet et la galerie Paul Guillaume l'exposent dès 1922, il est surtout présent dans les salons parisiens notamment aux Indépendants de 1920 à 1946. À partir de 1950, il se fait plus rare. Son mariage avec Simone Lemaire, médecin à Alger, l'amène à partir de 1933 à partager désormais sa vie entre Paris et l'Algérie, où il devient un intime d'Albert Marquet. En 1962, après l'Indépendance de l'Algérie, il s'installe définitivement à Paris jusqu'à sa mort en 1979, année où le Musée Granet d'Aix en Provence lui consacre une exposition, qui sera suivie d'une importante rétrospective en forme d'hommage en 1983.

En 1996, le musée Bourdelle présente certains de ses dessins et tableaux pour Paris et les artistes polonais 1900-1918, exposition qui sera reprise en Pologne. Or c'est seulement en 1999, à l'initiative de l'historienne d'art polonaise Elzbieta Grabska, qu'il retrouve véritablement Paris, l'Institut Polonais lui consacrant une rétrospective qui voyagera à la galerie d'art contemporain Zachęta de Varsovie, et au musée de Silésie de Katowice.

Sans particularisme identitaire, pas plus peintre polonais qu'algérois, Mondzain a su résoudre les contradictions d'une identité contrastée, polonaise, russe autant que française, tantôt mystique et gothique, tantôt réaliste et moderne, puis un temps orientaliste. Peu prolixe en propos et en expositions, il fût d'abord un peintre de paysages et de lumières, d'abord en Provence, puis en témoin contemplatif de l'Algérie des années coloniales entre 1925 et 1962, peignant le port et les ruelles d'Alger. Les années 2004 et 2005 marque son retour posthume sur la scène artistique française puisqu'on a pu voir un important accrochage au Centre Rachi à Paris, et également ses dessins de guerre et quelques unes de ses toiles lors de l'exposition : Juifs dans la Grande Guerre, 1914-1918 au Musée d'art et d'histoire du judaïsme. "


Raya Baudinet, critique d'art et petite-fille de Mondzain.
 

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Published by Lévy Georges - dans poésies
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commentaires

Quichottine 04/09/2010 11:09



Certains rêves nous hantent bien longtemps...


Ils sont tristes parfois, et pleins de souvenirs. Mais ce sont ceux qui disent le mieux ce que nous sommes.


Merci pour ce poème et ce tableau, Georges.



Georges 06/09/2010 08:36



Merci de m'avoir lu Quichottine et surtout d'avoir partagé avec moi ce tableau.Je rends grâce à Internet. Non seulement il défie les frontières et réduit à zéro les distances (une lapalissade),
mais encore est devenu plus utile qu'une pharmacie car nos vrais médicaments, nous les trouvons en échangeant nos souvenirs sur la blogosphère ! Quand j'évoque Alger, j'y chausse mes sandalettes,
quand Paris m'assaille, j'y retourne en pensées m'y perdre, quand mes premières années israéliennes reviennent avec un sourire, je me revois travailler dans les vergers d'un Kibboutz. Trois
tiroirs merveilleux où je puise de temps à autres des souvenirs froissés...



sonja 13/09/2009 04:01

BonjourMe revoilà partie sur vos traces. Et là, tout de suite, après la lecture de votre merveilleuse poésie je ne peux m'empêcher de jeter une première apréciation. Vous aves une très belle plume pour exprimer les sentiments et les voyages dans les souvenirs. J'ai l'impression en parcourant ces mots bien accrochés de me retrouver quelque part dans Alger. Et plus exactement à Hussein-Dey où durant quelques années, dès mon réveil matinal, je me rendais tout de suite sur le balcon de la maison. Juste pour prendre la température de la ville. Un premier regard sur la marche de la journée où les habitants du quartier, si matinaux commençaient à vaquer à leurs occupations. L'air du grand large et le parfum de la mer montaient jusqu'à moi. Un pur plaisir ! Il n'y avait pas de bougainvilliers par chez moi, mais une rue bruyante et pleine de vie grouillante. D'autres souvenirs, mais qui se rejoignent car il n'y a qu'en Algérie que j'ai pu éprouver certains sentiments. Rien à voir avec tout ce que j'ai pu cueillir par la suite ailleurs...Je ne connais pas ce peintre polonais. Son engagement dans la légion étrangère me fait penser que mon père lui aussi était dans la dite légion. Sept années sous l'habit et le casque des légionnaire. En Algérie entre autre, à Sidi Bel Abbès, dès années qu'il m'a raconté et qu'il n'a pu oublier. Car il aurait voulu oublier. Il parlait de la guerre avec dégout et tristesse. Une époque de violence qui a balayé bien des hommes...Votre passage chez moi m'a fait sourire. Notamment la conclusion du commentaire Pensées amicales

Clo 21/08/2009 20:30

J' aime l'Alger que vous racontez. Une ville atemporelle que vous avez fixée par ce poème; une ville éternelle immortalisée, une ville dont vous êtes toujours le résident priviligié par l' amour que vous lui portez.Bonne soirée :)

JACQUELINE 26/07/2009 19:30

Je savais bien qu'avec vous meme la description de l'oeuvre d'un peintre serait autre chose...Votre poésie ajoute du charme à notre nostalgie!Bien à vous!

Yvette 25/07/2009 15:18

Quand je vois la photo de gendarme, je revois mon père. Sauf qu'il était nettement plus grand que ma mère et qu'il avait avec lui 4 enfants,  2 garçons, 2 filles dont moi la plus jeune de la troupe. J'aimais quand il avait le tenue vert-olive de là-bas, elle était si belle et il la portait si bien!Amitiés et à bientôt    Yvette

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