Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 11:43





Sur un bloc du port d'Alger, le pantalon retroussé,
Je rève, respire l'air salé, souris aux mouettes effrontées.
Sort d'un trou, un jeune crabe aux mandibules pincées,
Et à  la vague suivante dans un autre disparaît,
Non sans qu'il ait vu, de ses yeux  exorbités,
Pour la première fois un pied de Français,
Qui n'était ni noir, ni fourchu, mais blanc comme le lait !
Il courut chez sa mère, plus étonné qu'effrayé,
De sa découverte en fit part, mais fut vite rabroué.

  "Mon fils, lui dit-elle, ici tous ont le noir aux pieds,
Ils boivent l'anisette en regardant les pauvres travailler.
Parlent un jargon qui n'est même pas du français,
Roulent en calèche, quand les autres vont à  pieds,
Exportent le blé et les fruits d'un pays affamé .
Et même, ont bâti églises et clochers,
Là ou jadis s'élevaient des mosquées.
Ils vendent même le verre d'eau, au passant assoiffé !
Et aux vendanges, leurs travailleurs en été,
Pour éviter le vol, portent un masque ferré.
Ils riront jaunes, dans quelques années,
Quand la révolution renversera l'ordre du passé !.
C'est du moins ce que j'ai entendu d'un  étranger,
Un journaliste avide de nouvelles pimentées,
Qui l'a écrit dans un journal, à Paris imprimé
Mais qui jamais de sa vie, n'était venu à Alger !."

A ces mots, le jeune crabe, qui connaissait la vérité,
Se jura, à l'occasion, de pincer ce scribouillard éhonté
Pour lui apprendre à mentir et à salir ce Français...

G.L.




 Madani.

 Le vieux Madani est, 
 Depuis que je le connais, 
 Le même homme âgé, 
 Qui ne change pas au fil des années. 
 Sa chéchia un peu de côté, 
 La moustache blanche et effilée, 
 Les petits yeux perdus dans sa figure ridée, 
 Il se lève, lorsque mon grand-père parait, 
 Lui tend une main tremblante. 
 Les deux vieillards sont ensemble. 
 L'un est ouvrier, l'autre Directeur, 
 Mais tous deux ont vécu les mêmes heures. 
 L'un est pauvre, l'autre propriétaire. 
 Dirait-on maintenant, l'un est colon, l'autre prolétaire.  

 Mais jusqu'à ces derniers temps, malgré son âge incertain, 
 Le vieux Madani gagnait son pain quotidien, 
 Et matin et soir, mangeait à sa faim. 

 Quand un mois de juillet, au beau milieu de l'été, 
 L'usine, par l'arrêt d'un préfet, fut fermée. 
 Le vieux Madani reçut une nouvelle citoyenneté, 
 Mais il en est mort, affamé. 
 
 Georges Levy (Alger,1938-1962).


Partager cet article

Repost 0
Published by georges - dans poésies
commenter cet article

commentaires

Mamago 26/09/2009 23:26


Une dure réalité !


Présentation

  • : des souvenirs dans un mouchoir
  • des souvenirs dans un mouchoir
  • : souvenirs d'enfance et d'adolescence
  • Contact

Recherche