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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 16:41
Bonne ou mauvaise lecture, j'en suis le seul responsable. Hélas, je ne peux changer l'Histoire de France.

                  
  Je me suis souvenu de ce poème de Lamartine, qui évoquait sa patrie, et moi, en souriant intérieurement, je pensais que j'avais ces images en triple qui meublent  mes pensées: l'Algérie, la France et Israel.

"Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
Dans son brillant exil mon coeur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami."

Dans le salon de mes parents, j’avais deux places préférées. D’abord, le fauteuil en cuir vert tout craquelé et chaud des rayons de soleil du matin. Je m’y installais en travers, comme un lézard sur sa muraille et y passais quelques heures jusqu’à ce que le soleil au zénith n’entre plus  par la grande porte fenêtre du balcon. Lorsque, l’après-midi, maman se mettait au piano, je me cachais sous ce vaisseau demi-queue, m’allongeais sur le tapis, à côté de la lyre, avec mon livre préféré, Klapp la Cigogne et me laissait bercer par une triste musique  de Chopin .

Quand j’étais sûr d’être seul à la maison, j’ouvrais, non sans  peine avec ses deux grosses boules de verres,  les  battants du buffet du salon. Sur l’étagère inférieure était empilée une collection  d’Illustrations de la guerre de 14-18. Je les connaissais presque tous et  aujourd’hui encore  j'en revois les images. L’une m’avait frappé: la réclame pharmaceutique de  “l’Urodonal”, où était dessinée une grande tenaille mordant des reins. Et une autre réclame de lampe de poche électrique, ”Leclanché”.
 Je suivais aussi les dessins patriotiques d’Henriot, une courte bande humoristique. Ce journal était évidement orné de photos de guerre, mais elles étaient de mauvaise qualité, en noir et blanc,  retouchées, et des gravures des peintures et aquarelles en couleurs, très réalistes, les complétaient. J’y ai appris à reconnaitre non seulement les uniformes et les décorations, mais aussi la vie dans les cagnas, la boue, les terres inondées où flottaient des casques, et toute la vie des tranchées, les photos avant l’assaut, l’ultime coup de gnole, et après le bombardement des obus, des mines, les paysages dévastés, les forêts  squelettiques, partout la mort était là,  mais censurée, pas de ventres béants et d'entrailles, mais que des blessés, des prisonniers allemands hagards.
On ne lisait que des récits de bravoure des Poilus. Et même un grand reportage sur l’équipe de canoniers motorisés, qui avaient abattu un Zeppelin, tombé en flamme. Il fallait consolider le moral de l'arrière.
Mais sur l’étage supérieur du buffet, devant la pile de disques, lourds et fragiles, à côté du gramophone, reposait un grand foureau décoré de lanières de cuir, d’où émergeait le manche d’un poignard. Il était très lourd à dégager de sa gaine, et avec son manche et sa garde décorée, il ressemblait à une croix du Sud qui orne la selle des chameliers. C’était pourtant une dague  de Zouave, qui avait appartenu à mon grand-père. Je ne saurai jamais comment elle était arrivée là, car de mon grand-père maternel, il ne reste que des photos jaunies et un grand diplôme avec son nom sur fond d’Arc de Triomphe où sont incrits sur le fronton ces vers inoubliables de Victor Hugo:

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !

(Les chants du Crépuscule)

Henri Werber chantait alors, avec la France entière, le chant patriotique de “Sambre et Meuse’’.
N'hésitez pas à pousser le volume. Ce chant a été composé pour conduire la troupe au Combat, et faire lever les Morts de leurs tombes.
Que cet air entrainant est loin de la réalité horrible des tranchées. !

http://www.chanson.udenap.org/enregistrements/
weber_henri_regiment_de_sambre_et_meuse_le_1904_extrait.mp3

Van Gogh a peint  un célèbre portrait de  Zouave :
http://www.artquotes.net/masters/vangogh/vangogh_zouave.htm

D'après le fichier de Mémoire des Hommes, Grand-Père est tombé à la côte 304, près du village d'Esnes. Cette place est restée dans l’Histoire de la Guerre de 14-18, comme la plus acharnée, la plus meurtrière, la plus inhumaine s’il en fut, pour défendre Verdun en 1916. Sa citation précise qu’il s’était "porté volontaire dans un poste avancé de la cote 304. ".Lui, dit le Fichier, était "Garcon de Magasin", une autre rubrique précisait "Ne sait pas nager". (Un problème pour ceux qui trempaient dans l'eau des tranchées....).

Mais ces qualités suffirent pour Mourir pour la France et disparaitre dans la boue.
Dessin de la région d'Esnes, cote 304
http://iabem.free.fr/club.html

Le 4iéme régiment de Zouaves, où figure le nom de  Salomon Schebat:(dans le doc:RZ-004 pdf)
http://cecile_meunier.club.fr/historiques/RZ.htm

Le 4ième de Zouave à Douaumont :
Dans son calvaire jusqu'au 5 Juillet 1916 il avait tout subi ainsi que les attaques de  Gaz. Comme ses milliers de camarades d'Algérie.
http://cecile_meunier.club.fr/historiques/jmo/RZ-004-010814-
240914.pdf

Voir aussi la côte 304 et 4ième de Zouaves:
http://www.chtimiste.com/

Merci à tous ces chercheurs-historiens bénévoles qui ont construit les liens cités ci-dessus.

Mais comment oublier le côté particulièrement triste de cette guerre : les Mutinés et Fusillés:
http://ecjs.ac-rouen.fr/travaux_eleves/premiere/mutins-14-18.htm
Un extrait:
Comprendre le problème  : « Les officiers ont trouvé commode de rejeter tout le mal sur les organisations de l'arrière qui ne sont certes pas étrangères au mouvement. Mais le 129ème RI était resté calme et n'avait pas manifesté de sentiments pacifistes. Ceux-ci ne se sont révélés qu'au moment d'aller se casser la figure. » Comment va réagir Pétain et remédier au problème ? Il a 40 ans de vie militaire et est âgé de 59 ans quand la guerre éclate. Malgré ses succès à Verdun, Nivelle lui a été préféré à la tête des armées. Cependant , après la désastreuse offensive du Chemin des Dames et les mutineries, Pétain devient général en chef des armées sur le front Nord-Est. On a vu précédemment que, dans son rapport du 30 mai 1917, tout en incriminant les « agents extérieurs »responsables des mutineries, il comprend assez bien la crise morale qui affecte les poilus.
Il décide de réagir en changeant de stratégie, en usant l'ennemi avec un minimum de pertes et en même temps , discipline, datée du 18 juin, que les mutins sont « des soldats qui, depuis trois ans sont avec nous dans les tranchées. » Cela ne l'empêche pas de se montrer très dur. Fayolle le décrit ainsi dans son Journal : « Pétain, lui, est meilleur, froid, calme, résolu, très dur d'ailleurs. N'hésite pas à casser les médiocres et à faire fusiller les lâcheurs. " ainsi, en janvier 1915 « des 40 soldats d'une unité qui se sont mutinés à une main avec un coup de fusil, Pétain voulait en faire fusiller 25. Aujourd'hui. il recule. Il donne l'ordre de les lier et de les jeter de l'autre côté du parapet des tranchées les plus rapprochées de l'ennemi. Ils y passeront la nuit. » En 1917, Pétain use pleinement de ses pouvoirs discrétionnaires et ordonne l'exécution immédiate de sept condamnés à mort, comme l'y autorise le décret du 8 juin. Il souligne l'importance qu'il attache à la trentaine d'exécutions faites pour « le rétablissement du moral ». Il baptise « cérémonie expiatoire » l'exécution « sans incident » le 3 juin de trois soldats et d'un caporal par un peloton d'hommes requis dans un des régiments qui avaient connu des refus d'obéissance devant l'ennemi. Pour lui, des soldats, même valeureux, même épuisés, même mal commandés, n'ont pas à se permettre des mouvements collectifs de protestation. Pauvres jeunes soldats assassinés par les balles francaises. Honteux le Chef  qui a  permis ces exécutions  “expiatoires”. Pétain aura ainsi acquis assez d’expérience sanguinaire pour en 1942 signer les ordres pour envoyer les enfants juifs et leurs familles innocentes à l’abattoir des Nazis.
Je referme ce bahut avec ses revues patriotiques, range cette dague sur l'étagère: Je reste écoeuré d'un tel massacre et si triste de n'avoir pas connu ce Grand-Père, ainsi que ma Grand-mère qui mourut de chagrin.
Maman se retrouva orpheline à l'âge de quatre ans.
Mais les vignes de France furent particuliement fructueuses,
nourries des cadavres et du sang des soldats. Le Bleuet fleurit partout dans les campagnes.
Maman m'avait dit, lorsque nous arrivâmes à Paris, que c'était peut-être mon Grand-Père qui a été enterré sous la dalle du Soldat-Inconnu.
Les Monuments aux Morts de 14-18 à peine furent construits que déjà un bruit de bottes renaissait à l'Est.
Maintenant, il me vient à l'idée que, peut-.être, Hitler alors s'est incliné sur la tombe d'un juif.

 
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L’étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
 Egorger vos fils et vos compagnes !
Refrain
Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !


Lorsque mes parents chéris décédèrent en France, après le retour d'Algérie, mon frère, pour préserver leurs tombes des profanateurs qui aimaient barbouiller à la croix gamée, les fit transporter et enterrer en Terre d'Israel. Dans la fosse, nous avons versé un sachet de terre d'Algérie, emportée en 1962. Sur le nouveau marbre, nous avons ajouté aussi le nom de Salomon Schebat, "Mort pour la France", ainsi que le nom de son épouse , née Marthe Bloch. C'est désormais au tour de mes enfants de veiller sur eux et sur Israel.

Je ne peux terminer cette courte évocation que  par le chant de la "Hatikva":
 
http://un-echo-israel.net/IMG/mp3/Hebrew_-_Hatikva.mp3

                                                               
                                                                           FIN


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Published by georges - dans souvenirs
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