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11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 09:37

    


     L'Ecole de Garçons de la rue Clauzel a ses murs mitoyens avec l'Ecole Maternelle des petits et petites élèves de la rue Laplace, dédiée en 1945 au souvenir de l'Aspirante Denise Ferrier*, qui l'avait fréquentée.

       Un jour, en fin de matinée, toutes nos affaires rangées, nous attendions les bras croisés la sonnette qui nous libérait de l'étude, pour sortir en criant comme des moineaux qui s'envolent au coup de fusil. Seulement, cette fois nous les garçons, je n'ai jamais su pourquoi, peut-être à cause de notre empressement, fûmes arrêtés en sortie de classe , alignés en rang le long du mur et la maitresse décida de ne libérer que les filles !
    "Les garcons sont punis, les garcons sont punis" nous narguaient les fillettes en passant devant nous !!!   Je me sentis personnellement atteint  par cette punition collective  incompréhensible et à mon frère qui m'attendait à la sortie comme d'habitude pour me raccompagner, je lui jetais en pleurant à chaudes larmes "La Maitresse est un crétaine" !.
     Ce devait être pourtant une bien bonne femme, mais la justice aussi peut se tromper. J'avais mal débuté dans mes relations avec le corps enseignant. Par contre, je n'appris que plus tard que le féminin de "Crétin" est "Crétine" après que tout le monde ai ri de mon mot à la maison. J'aurai préféré la justice à l'ortographe. Un autre jour, ,je me revois assis sur mon banc, jouant avec de la pâte à modeler, que la maitresse avait distribuée aux uns, et des cubes à d'autres.
      J'étais assis près de l'estrade, comme les plus petits y sont assignés en début d'année. Soudain, peut-être parceque j'étais perdu dans mes rêves, je fus enjoint de me lever, d'aller au piquet, et sous les rires moqueurs de mes petits amis, la maitresse me coiffa d'un bonnet d'âne, dont les oreilles étaient plus longues que le nez de Pinocchio. Le visage tourné contre le mur, je dus supporter cette infamie inexplicable et le châtiment cruel d'être la risée de la classe. Aujourd'hui encore, je plaide non-coupable. Ces humilliations s'oublient moins vite que les vulguaires coups de règle sur les doigts, car la douleur physique est passagère..

* Un tres beau site sur son souvenir:
http://babelouedstory.com/cdhas/24_denise_ferrier/
denise_ferrier_24.html

      En gravant les échelons dans l'éducation sociale, je crois que je fis quelques séjours prolongés à la maison, ma classe de cours élémentaire ayant été réquisitionnée par les Alliés pour quelques mois et transformée en local... alimentaire pour en faire une entrepôt de sacs de sucre. Je me souviens surtout du jute dont étaient cousus ces sacs et qui avaient une odeur très forte qui m'incommodait.
     Madame Naniche, à la chevelure rebelle, aux formes arrondies et déjà âgée, était à la fois notre institutrice et notre grand-mère.
       Je n'y connus pas de punition, car chez elle ce n'était pas à l'ordre du jour.
Je soupconne que les petits diables profitaient de sa trop grande bonté.
Ainsi, en fin de semaine, en lisant son carnet de notes, elle nous distribuait des billets de satisfaction. Des "Bien", des "Très Bien", chacun, qu'il fut bon ou méchant élève dans la semaine, était récompensé. L'Egalité par le bas...Ces vignettes ne passaient pas inapercues: elles étaient frappées à l'effigie du drapeau Américain ou du drapeau Anglais, en plus du tricolore, un cadeau du 8 Novembre 1942. Profitant d'un moment où la maitresse s'était absentée, le plus audacieux* s'en saisit d'une poignée et renversa dans sa hâte la petite boite qui contenait ces trésors. Ce fut une ruée sur les vignettes qui n'eut d'équivalente que celle des réfugiés assoiffés qui reçoivent des containers d'eau tombés du ciel. La sonnette sauva la petite classe du tribunal. Mais moi, ,je ne revins à la maison qu'avec une petite quantité que je jugeais modeste et méritante (..pour toute l'année !).
          En cours moyen, les choses devenaient plus sérieuses. Finies les petites ardoises et leurs craies grises et dures , grinçantes qui ne s'effritaient pas et n'écrivaient presque pas   non plus.
      Finis les petits chiffons pour les effacer, nous étions arrivés à l'âge de l'encre violette, des plumes sergent-major, des buvards et des cahiers à ligne pour y dessiner des majuscules et des minuscules en plein ou délié, des plumiers coulissants, des taille-crayons qui cassaient les mines et de la règle pour souligner la date du jour. Chaque élève, à son tour, devait  remplir les godets de faience logés devant nous dans le bois de notre pupitre, juste au dessus de la rigole où nous posions nos porte-plumes et crayons. La bouteille d'encre violette était très lourde, ventrue comme une bouteille de champagne, et bien que munie d'un bec verseur, il fallait viser avec précaution le trou de la faience. Une affaire de haute responsabilité que nous confiait l'instituteur. Mais nos tabliers, boutonnés de haut en bas, paraient aux erreurs.. Mais surtout il ne s'agissait pas de faire de faux-mouvement sur un camarade de gabarit supérieur...
      Lors de la page d'écriture, notre bon maitre passait dans les rangs, se penchait sur notre cahier, son haleine dans notre cou, et de son encre rouge traçait, en début de marge, la lettre ou le mot à recopier.
      Ses lettres ne dépassaient pas les lignes, sauf pour les majuscules, elles sortaient de sa plume comme celles d'une imprimerie de Gutenberg, sans hésitation, moulées, dessinées avec amour, quarante fois par jour. Et à notre tour de sortir notre langue et d'essayer de l'imiter sans faire de taches. Un matin, comme de coûtume, l'instituteur demanda qu'on lui citat un mot commencant par la lettre "z", après le zébre, les doigts baissèrent, la source enfantine tarie. Devant son insistance à nous faire  fonctionner nos neurones, je brandis un doigt archimédien ,"zéro !!", m'écriais-je, tout fier  d'être le seul à l'avoir trouvé !! Et l'insti de me répondre en riant (une fois n'est pas coutume),"Ah !! tu le connais bien !!", faisant ainsi allusion à mes notes brillantes. J'en restais mortifié.
       Transformé en glaçon dans ce jour printanier.J'avais récolté une moquerie de celui que je respectais le plus. J'en oubliais même que j'avais auparavant eu envie d'aller au petit coin.Trop tard.
         Un jour qu'un grand me demanda, en faisant l'important,  ce que j'aimais le plus à l'école, je lui répondis:"La récréation" ! Il faut reconnaitre pourtant que ces instants de liberté sont de véritables moments d'instruction civique, je vous le raconterai après le goûter.


* Je me souviens parfaitement de l'auteur de ce larcin, que je ne dénoncerai pas, même après soixante ans.



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Published by georges - dans souvenirs
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Monique 12/04/2007 13:48

Ne pas dénoncer un tel voleur ? Vous voilà complice de recel . Même après soixante ans . Et vos lecteurs sont complices de complice ! Dans quelle culpabilité nous embarquez-vous ?
Heureusement, il y a prescription ! Et puis, tout-à-fait entre nous, à qui vous dénoncer ?  A cette question embarrassante je n'ai pu trouver de réponse... Alors je vous la pose, à vous ! (NB : il y a une belle affaire de recel dans La Chute d'A. Camus...)
Amitiés. Monique.

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