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19 avril 2007 4 19 /04 /avril /2007 20:08



                    Le Vase d'Alger.

Tout à gauche, après le petit hall d'entrée, un recoin bizarre, création de l'architecte dans l'agencement de l'appartement, qui aurait bien pu recevoir une belle commode avec sa vitrine pour des chinoiseries  fragiles. Mais notre appartement était comme une Symphonie Inachevée, ce qui ne fut pas installé dans les années 30 ne le fut évidement pas non plus dans les années 40. La famille avait d'autres soucis, et lorsqu' elle commenca à relever la tête d'autres arrivèrent dans les années 50 et ainsi en 62, nous laissâmes un appartement incomplet et je m'en excuse rétrospectivement  auprès des nouveaux occupants....Mais pourtant ne pensez pas que cette encoignure fut négligée.
Comme la Nature a horreur du vide,mon père, un humaniste cultivé, qui adorait aussi les travaux manuels, avait  incrusté dans cet espace un coffre de menuisier qui s'y logea à merveille. Gràce à ce coffre rempli d'outils, pour moi et mon frère un vrai trésor, j'appris, avant la preuve par neuf, les noms de tous ces instruments à travailler le bois, de la gouge à la varlope, du vilbrequin à la rape, en passant par la pierre à aiguiser.
Maman, qui ne pouvait souffrir cette caisse de couleur grise comme un camouflage de la Marine de Guerre, l'avait recouverte d'une jolie dentelle pour le masquer. Et au milieu, trônait un haut vase à la base bombée  en pête de verre de couleur verte où s'enroulaient à plat des feuilles jaunes, que je trouvais très laid , jusqu'à ce que j'apprenne, plus tard, de ma mère que "c'était un Gallé, de l'époque Art Déco". Un vase hérité de la rue Jules Ferry. Comme il restait un peu de place libre à la base de ce renfoncement, papa, un dimanche, sacrifiant sa sieste (et celle des voisins) y construisit sur les côtés des étagères très peu profondes, exactement à la mesure des centaines  de livrets des collections  Larousse et Hatier, qui étaient empilés autre part. Voilà, le décor est bati et je peux commencer ce court souvenir !

      D'abord, après l'arrivée des Américains en 1942, leur armada devint le point de mire jaloux des allemands, qui commencèrent à bombarder la ville. Maman décréta qu'en cas d'alerte, et de difficultés pour descendre à l'abri, nous devions nous asseoir sur le coffre, protégés par ce mur plus épais qui nous séparait des voisins. Une assurance toute morale. Du centre de documentation que les Alliés avaient ouvert rue Michelet, nous ramenions des revues superbes en papier glacé, (alors que nous coupions encore en quatre et huit les journaux pour...), avec des photos de guerre en couleurs de la marine et de l'aviation alliés. A la seule vue de ces images, nous étions sûrs de l'issue victorieuse  de la guerre . D'ailleurs une des revues se nommait comme par hasard.."Victory".
Mais un petit carnet, avec des photos en noir et blanc de format carte postale, nous passionnait spécialement. C'était une série sous-titrée de clichés de la vie des sous-mariniers, les uns aux manettes de plongée, d'autres chargeant les torpilles dans leurs tubes, ou contrôlant les multiples robinets et manomètres qui tapissaient la coque, tandis qu'attendant leur quart, quelques marins se blotissaient dans des lits suspendus à la paroi. Mais la photo la plus excitante était celle du commandant qui regardait dans son périscope coulissant, ses deux mains serrant les poignées qu'il repliait pour rentrer le schnorkel, avant la plongée pour l'attaque. Immédiatement imbibés de cette vie sous-marinière, nous l'avions traduite au cinquième étage de la rue Sadi-Carnot, en nous asseyant à califourchon sur le coffre gris-marine, le vase de Gallé devenant le cylindre d'un périscope idéal et les Essais de Montaigne des manettes que nous sortions et poussions au fur à mesure des maneuvres de plongée. Remplir les ballasts ! C'étaient 3 tomes de la Guerre des Gaules qui sortaient. Aux torpilles ! c'était Guerre et  Paix qui était enfoncée d'un coup sec ! Ainsi, nous naviguions en profondeur...sans oublier de refaire surface pour le goûter. Et , notre bonheur étant de jouer à la guerre,  jamais  nous ne nous ennuyions, dans notre bataille navale imaginaire en tournicotant ce vase assez lourd que nous avions réussi à ne pas  briser..., seules les couvertures fragiles des petits livrets souffrirent de cette frénésie , écorchés  par nos  mains rapides à exécuter les ordres. Avec la mer calmée, le ciel vidé de ses ronronnements angoissants, la paix descendit sur la ville, et vint un temps où je cherchais fébrilement sur ces étagères les livrets de Caesar, dans l'espoir d'y trouver une aide efficace pour  ma version latine. Puisque Monsieur Dumontet, notre prof de latin, nous traitait maintes fois de "Trou du c.."je n'avais plus d'hésitation à copier cette traduction. J'avoue que maintenant je suis prisonnier de la fin de ce texte. J'aurai voulu raconter au lecteur comment ce vase a été brisé, peut-être à cause  d'une explosion, mais bien qu'elles furent nombreuses, la plus forte due au bateau qui explosa dans le port en 1943 et souffla les vitres  du quartier , mais ce ne fut pas le cas. Le verre. épais comme un hublot. résista à tous les évenements, y compris l'énorme boum qui secoua le Maurétania très proche. Le vase ne devint pas prise de guerre, il traversa la mer,jusqu'au coeur de la nouvelle France. Il est revenu sur la terre de Clovis. Mais je l'ai laissé là-bas, ici c'est vraiment trop dangereux pour lui.J e l'avais trouvé laid, mais c'est maintenant un de mes plus beaux souvenirs d'enfance. Si vous voulez voir ses frères et soeurs, plus souriants à l'oeil les uns que les autres, allez sur le site illustré consacré à  Emile Gallé :    
http://servat.rene.free.fr/galle.htm

n.b.:Un submersible est un engin naviguant très résistant, mais compressible. Une amusante expérience a été faite dans un sous-marin moderne qui peut atteindre une grande profondeur: un fil tendu à l'intérieur de la coque, à sa section circulaire maximale, prend soudain du ventre lorsque le sous-marin plonge et que sa coque se déforme sous la pression de l'eau.( Bien que théoriquement la pression soit également répartie en chaque point).


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Published by georges - dans souvenirs
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commentaires

XaviÚre Deangeli 21/04/2007 18:39

           Georges,j'avais aussi un exemplaire de la production Gallé sur la cheminée de la salle à manger et je le détestais autant que vous!!!Votre tapis volant ,dans son voyage imaginaire m'apporte bien plus que ne le ferait un retour réel à Alger.Merci pour tous ces souvenirs que vous voulez bien partager.Amicalement.Xavière
               

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