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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 12:51



        Was ist das ? : Le Vasistas.

Notre salle de bains était un frigidaire en hiver, mais l'eau chaude coulait à volonté, après que nous ayons allumé un chauffe-eau à gaz, accroché au mur. Evidement, il n'était pas question, dans mon enfance, de l'allumer tout seul. C'était pourtant simple, il fallait ouvrir une  petite fenêtre et y introduire une allumette près de la veilleuse, et tourner le robinet de gaz miniature. La flamme bleue alors montait autour du serpentin  de cuivre, qui chauffait sur le champ l'eau courante. C'était un appareil imposant, tout en nickel, qui lui donnait un aspect net et médical. Il ronflait agréablement et la vapeur, qui montait de l'eau chaude de la baignoire, se condensait sur les murs brillants. Tout y était blanc, les sanitaires, l'armoire à pharmacie, la petite table en bois avec le pèse-bébé devenu inutile, mais une grande balance identique à  celle de notre pharmacien trônait dans le coin, avec ses réglages compliqués.
Dans cette salle de bains, parceque les murs laqués nus et lisses résonnaient bien, j'y chantais toujours à plein poumons" Au près de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon !" ou " En entrant dans la Lorraine avec mes sabots"...quand je n'avais pas sur ma figure mes nouvelles  lunettes sous-marine et chaussé mes palmes   que j'essayais en eau-douce !
Cette baignoire  avait un défaut chronique: son tuyau en plomb d'évacuation, caché dans le coffrage se fissurait quelques fois et pour moi c'était l'occasion de voir arriver le plombier, sa sacoche de côté. Un petit homme moustachu à casquette, qui sentait le pétrole de sa lampe à souder et le cuir de sa boite à outils. Dans sa bandoulière, étaient enfilés des joints de caoutchouc, comme un chasseur porte sa cartouchière. Il connaissait l'endroit par coeur, enlevait le coffrage de bois, qui masquait le dessous de la baignoire et, avant de se mettre au  au travail, il n'oubliait jamais de m'écarter gentillement, bien qu'heureux de voir en moi un admirateur. Il lui fallait  vaporiser le pétrole de sa lampe, en agitant rapidement sa petite manette, alors avec son briquet, il allumait une longue flamme jaune terrifiante qu'il racourcissait au bleu pointu en tournant la molette de son carburateur.
A genoux sur le carrelage, d'une main une baguette de plomb, de l'autre sa lampe ronflante, il caressait de la flamme le tuyau défectueux en y faisant couler la baguette, rapidement pour ne pas trop ramollir le tuyau. C'était un artiste car quelques secondes de trop et le conduit en plomb pouvait se percer. Avec un chiffon, il essuyait la soudure pour lui rendre cet aspect brillant du neuf.  Un petit métier d'une grande importance.

Un jour que je jouais dans la baignoire, et regardais le vasistas haut placé, je me mis à réaliser qu'en fait je n'étais séparé du vide  que par ce mur  qui justement à la jointure  de la baignoire s'écaillait toujours, malgré les peintures successives.
Ce fut les nuits une succession de cauchemards où je me voyais au bain suspendu dans le vide, comme dans un tableau de Chagall. Ce genre de vertige vient souvent meubler mes nuits, quand ma journée a été trop tendue avec des impressions de chutes  et glissade vers le néant, alors  que j'étais un bon marcheur et qu'en montagne les  sentiers abrupts des excursions ne m'ont jamais effrayés.
Cette piéce se transformait souvent en salle de l'Inquisition, lorsque bronchiteux,  je devais subir le supplice des ventouses, acquises chez notre pharmacien Monsieur Creange.
Un baton, entouré de coton trempé dans l'alcool, faisait office de brûloir, et plongé un instant dans ce verre épais, en absorbait l'air et vite posée sur mon dos la ventouse se collait et aspirait mon sang comme une pieuvre. Le but était de me décongestionner les poumons, mais comme si ce n'était pas suffisant, pendant le même temps, assis sur ma chaise de torture, mes pieds trempaient dans une bassine d'eau brûlante assaisonnée de moutarde forte. Attaqué par le feu de la médecine par le bas et par le haut, j'en sortais  rouge comme une écrevisse et soulagé  (de la fin heureuse), et aux dires de ma mère,,je respirais bien mieux. Il m'en reste pourtant un souvenir cuisant sous l'omoplate gauche, très utile pour le médecin légiste en cas de mon authentification difficile....

Ma chambre était située juste en face de cette salle de bains.Je dormais encore dans un lit cage, avec mes deux amis inséparables: Ric et Rac, deux roquets l'un noir,l 'autre blanc, brodés sur mon coussin...
Couché, la porte de ma chambre grande ouverte, je pouvais voir en face le lavabo à pied, et le grand miroir qui le surplombait. Une nuit, après avoir éteint la lumière, maman laissa la porte de la salle de bains  ouverte.
Inévitablement, je vis dans la semi-obscurité une ombre qui bougeait et qui n'était que la mienne, et me terrorisa car elle s'agitait avec moi ! Alertés par mes pleurs, je finissais souvent la nuit dans le lit de mes parents.
Un matin que je jouais avec mes soldats sur le tapis de la chambre, à la fois le  bruiteur, commentateur et metteur en scène de la bataille, une détonation violente me fit sursauter, la porte de la salle de bain s'ouvrit et vomit  un épais nuage blanc et dans ce brouillard s'esquiva dans sa chambre ma mère entourée seulement de vapeur... Ce chauffe-eau, une bombe à retardement, avait explosé, sans faire d'autre dégat, à cause  d'un thermostat défectueux. Il était tout cabossé, mais moi je gardais le souvenir d'une vision maternelle inconnue.

Lorsque mon grand frère emménagea dans une chambre avec une belle table d'études, à tiroirs multiples, j'héritais de son lit,  qui faisait face à la fenêtre à battants. De là, je voyais les immeubles voisins sur cour, mais aussi le dos d'immeubles donnant sur la rue Clauzel. Les murs étaient faits avec des moellons cimentés et ressemblaiemt à des alvéoles de ruches.Tout en haut, un tuyau de cheminée se terminait par une girouette de fer pour évacuer la fumée dans le sens du vent. La nuit venue, elle ressemblait à un personnage qui tournait a la bise d'hiver, elle grincait  et me remplissait d'effroi  comme un fantôme qui s'agitait derrière les rideaux de tulle.Les nuits de rafales de vent, j'étais hanté par cette vision nocturne et fantastique. Le matin, tout redevenait tranquille et amical avec les bruits du foyer. Mais il fallait abandonner le lit douillet pour me préparer pour l'école.

Je suis assis sur la planche en bois, ma culotte courte tombée sur mes sandalettes et je rêve, comme d'habitude, en regardant par la petite lucarne tout en haut , le tuyau d'évacuation du brûleur de ce chauffe-eau de la salle de bains voisine. Ce tuyau coudé, qui sort du mur, se termine par un petit chapeau en zinc. C'est un endroit parfait pour faire un nid se sont dit les hirondelles, et elles y ont tressé leur palais avec des brindilles. L'air chaud est idéal pour aider à couver les oeufs. Maintenant, c'est  un và et vient continuel pour nourrir les petits becs  toujours affamés , que je peux observer à ma guise, sans les déranger. Ces hirondelles toutes noires ont vraiment une queue.. d'aronde. Mais elles ne reposent jamais , se laissent  choir en piqué et remontent avec une  mouche, sans doute gobée au passage, un dessert pour les oisillons. Un matin silencieux, je ne vis plus le nid et mes petits amis, mais quelques duvets encore accrochés au rebord du tuyau. Papa me dit que, sans doute, la famille avait déménagé, mais moi je sentais  qu'un drame était arrivé et comme j'insistais, il m'expliqua que le nid avait dû s'effondrer sous le poids des oisillons mais qu'ils s'étaient envolés, déjà assez grands pour essayer leurs ailes. Mais moi, j'imaginais leur mort atroce dans le feu du chauffe-eau sans que leurs parents aient pu les sauver. Jamais les hirondelles ne revinrent y batir un nid . Le tuyau de zinc resta seul sur le fond de ciel bleu.
Il avait connu les joies, les caresses des battements d'ailes et les pépiements des jeunes, et maintenant  je l'imagine avec les années rongé par les intempéries, tout  percé par la rouille et  recroquevillé sur lui même, c'était mon enfance abandonnée.

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Published by georges - dans souvenirs
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