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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 09:02




                       Fait divers en été...

Autant l'hiver est humide et glacial, autant l'été d'Alger est étouffant, c'est une banalité.
Même au cinquième étage, l'air est immobile.
On ne sait plus s'il vaut mieux se réfugier du feu en fermant les fenêtres ou, au contraire, les ouvrir en grand pour profiter d'un souffle éventuel. En attendant il y a une solution simple qui consiste à arroser le carrelage. L'évaporation rapide des gouttes d'eau rafraichit un peu les pièces. Cet expédient extrème rappelle celui du  Capitaine d'un voilier en détresse qui jetterait ses tonneaux d'huile sur les vagues pour les calmer. Notre détresse à nous est ce brasier immobile et moi le moussaillon de cette mer brulante des Sargasses, je me suis porté volontaire avec joie et, pieds-nus, je répands avec trop d'enthousiasme l'eau du seau qui gicle aussi sur les murs.

Je patauge dans les flaques, je fais du ski nautique sur les carreaux et viens me  raccrocher à temps à la rambarde de la fenêtre de la salle à manger.
J'y m'accoude, toujours enchanté par ce paysage que je découvre un peu plus chaque jour. Là bas sur les quais, des ouvriers refont un toit de tuiles. La bâtisse de Cerutti, sans pudeur, montre sa charpente nue. Les fumées des grues à vapeur montent droit dans le ciel. La mer est plate et aveuglante. Pas un seul nuage pour délimiter ce ciel trop bleu. Le bois du chambranle de la fenêtre est chaud et me réchauffe agréablement la poitrine. Je suis né  lézard.
En bas dans la rue, les trottoirs sont déserts. Qui s'aventure à deux heures de l'après-midi dans cette rue sans ombre, si non pour  une affaire urgente!
Même le tram passe vide et ne s'arrête pas à l'arrêt des Deux-Moulins. Pourtant voici que s'avance, sortant de la rue Bourlon, un arabe en chéchia emmitouflé dans son burnous, marchant lentement . Il rajuste son peplum de coton sur les épaules. Il devait certainement sortir de la Gare de l'Agha, car ses pas  sont  hésitants. Mais il finit par s'y retrouver et allonge sa course. Du fond de la rue Sadi-Carnot, au coude du Champ de Maneuvres, arrive en silence une citroen toute noire, elle rase le trottoir alors que la rue est vide de trafic et m'intrigue.
Arrivée à la hauteur du passant isolé, j'entends un coup de feu et la voie s'échapper. Sur le trottoir l'arabe recroquevillé se tient la jambe , sans une plainte, ses babouches éparpillées, son baton de côté. Il est seul dans la rue, personne ne semble avoir rien vu et entendu, il s'étend maintenant au coin du mur. Après un moment de stupéfaction qui m'a un peu paralysé les sens, je me saisis du téléphone. Sur le cadran, en plus de notre numéro, le  348-68, celui des pompiers. Je les préviens de ce que je viens de voir et leur demande d'envoyer une ambulance, et vite retourne à mon poste. La caserne des soldats du feu de l'été est située sur le mole Billard, éloignée mais juste dans l'axe de ma fenêtre. Presque tout de suite j'entends, venant du fond du port, la corne des pompiers. Cette fois ils ne viennent pas éteindre un palmier en feu du Boulevard Victor-Hugo. L'ambulance rouge et crème monte déjà la rampe Poirel et tourne au carrefour de l'Agha. Elle est là sous ma fenêtre. Des hommes, casqués d'argent, sortent avec des gestes bien huilés une civière, la charge d'un pauvre paysan avec son baton et son ballot, referment la porte arrière, et filent vers l'Hôpital de Mustapha. Les babouches restent dans le caniveau.J e suis un peu déçu parceque  la scène n'a pas duré plus de temps que le coup de pistolet. Un fait divers en été , insignifiant sans doute car il qui n'a même pas paru dans les journaux du lendemain. Il est vrai que leurs manchettes étaient remplies de photos atroces, de voitures explosées en plein centre de la ville et de listes de Francais innocents.

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Published by georges - dans souvenirs
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