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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 17:47

  Le Symbole

 Comme ils avaient faim, de savoir et de pain noir,
 Ils ont tué l'instituteur, puis l'ingénieur, le docteur et le facteur,
 Et après, le fermier, le berger, le laitier.
 Et au père des enfants affamés,
 Il lui dit en riant:prend un harki, coupe lui la main,
 Et garde l'autre pour demain.
 Mais, comme il ne restait plus une miette de pain,
 Ils ont loué, à l'année, de la viande fraîche, à l'accent parisien:
 Un instituteur, un ingénieur, un docteur, et un facteur,
 Un fermier, un berger, et un laitier.
 Et pour les remercier, ils ont égorgé le Trappiste,
 Profané le cimetière,
 Et peint tout en vert.
 Comme il n'y avait plus rien à manger,
 Ils ont décidé de s'entretuer.
 Ils ont enterré des vivants,
 Et déterré des morts.
 Enfin, après que le pays se soit vidé de ses entrailles,
 Fatigués de casser du vitrail,
 Ils s'avisèrent qu'il restait, encore debout sur leur sol,
 Un Symbole :

 Trois cavaliers, portant sur leurs épaules,
La civière d'un soldat,

Sans nom,
 Ni religion.
 L'oeuvre de Landowski pour la Patrie.
 A ses enfants, la France reconnaissante.
 Alors ils l'ont aveuglée et noyée
 Sous une lourde chape de béton armé.
 L'obscurité y règne pour l'éternité,
 Et les cris sont étouffés à jamais.
 A moins, qu'un jour, un homme mal famé,
 D'un coup d'éventail au Consul Français,
 Libérera les cavaliers sacrés,
 Pour après tant d'années,
 Les rapatrier dans toute leur beauté.

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Published by georges - dans poésies
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commentaires

Monique 10/08/2007 12:33

Relisez Tapis Volant (3).

Monique 10/08/2007 12:01

Georges, lunettes roses, por favor, s'il vous plaît, please ! \'accord avec Jacqueline, quel malheur aussi que le mensonge, négation bête de ce qui fut.
Pourtant, même noyée dans le béton, la statue demeure, et la fin du poème envisage au futur (lointain) sa remise au jour. Le béton barbouillé de vert ne l'a pas dissoute. L'aurait-il fait, il n'aurait pas détruit la vérité que le sculpteur représenta.
Il y a deux sortes de regards sur ce bloc vert: ceux qui savent ce qu'il cache, et ceux qui l'ignorent.
Ceux qui ont coulé le béton voulaient dire quelque chose, et cacher quelque chose (dont ils reconnaisaient lde fait la présence, dont ils connaissaient le sens).
Le béton vert d'aujourd'hui donne à voir, sans vergogne, la bêtise, l'inanité du mensonge collectif.  Il rend hommage, sans le savoir, à l'intelligence, à la mémoire, à la Vérité. Merci pour ce poème, qui nous met au coeur de l'essentiel.
Qui est déshonoré ? certainement pas la bravoure, le sacrifice, le deuil, ni l\\\'art du sculpteur; mais les commanditaires des tâcherons qui ont tenté, en vain, d\\\'engluer tout cela, et dont l\\\'échec se montre, flagrant, aux yeux de tous.

jacqueline 18/07/2007 11:14

Georges, de mieux en mieux pour vos photos !! et cette poésie est poignante...quel malheur que la betise humaine!

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