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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 13:12








        

                                             La Chambre d'Auberge


   


       J'ai en commun avec Amos Oz*, l'amour d'une ville.
Amos Oz habite avec sa famille la ville d'Arad, située dans le Néguev, à cinquante kilomètres de Beer-Shéva, la capitale de ce désert.
A 600m d'altitude dans la solitude de Judée, le climat est très rude: chaleur brûlante mais siccité remarquable  de 20 % en été, et froid glacial et venteux en hiver, où les chutes de neige de quelques centimètres ne sont pas rares.

     A mon arrivée en Israel, j'ai vite découvert et aimé cette ville pionnière qui sortait de terre. A l'époque, elle était habitée presque uniquement d'ouvriers qui travaillaient, à moins de 300 m au dessous du niveau de la mer, (le point le plus bas du globe) ,aux usines de potasse de la Mer Morte.
  Chaque fin de semaine, les ruines de Massada étaient mon excursion éloignée, mais préférée. A 20 km plus au nord, le site archéologique  de l'Arad biblique, excavations auxquelles j'ai participé en été 1967. ( En tant que manoeuvre spécialisé dans la pelle et la pioche...). En ville, j'avais photographié ces beaux enfants, ces premiers habitants jouant dans le sable. Et aussi le défilé des écoliers pour la fête de l'Indépendance et la maison du peuple...avec le drapeau rouge des travailleurs et le drapeau national. C'était la maison de la culture, une des premières constructions. Je reviendrai sur ces souvenirs dans un autre épisode.

Le dessin au stylo, représente ma chambre , à la seule auberge de l'époque, au ras de terre. Simplicité spartiate d'un lit dur et étroit. Vue sur un olivier. Silence total. Evidement pas de climatiseur, mais un chauffage infra-rouge accroché au mur, pour les froidures de l'hiver. Le matin très tôt, sac au dos rempli de gourdes d'eau, je partais seul en traversant le désert de rocailles, rejoindre le plateau de Massada et les ruines de la ville fortifiée à 4 heures de marche. Comme un ermite, pour me purifier dans cette région qui a été le refuge de  juifs chassés de Jérusalem brulée par les Romains en 70 après    J.C.
A Massada finalement assiégée, ils se sont entretués* plutôt que de tomber vivants aux mains de l'ennemi, et devenir esclaves comme ceux que nous rappellent le  bas-relief de l'Arc de "Triomphe"  élevé à  Rome par Titus à son retour de sa campagne sanglante.

*Une décision contestée aujourd'hui, mais un peu tardivement,
puisque contraire à la religion pour laquelle la vie est sacrée !.

Au bas du plateau, les ossements retouvés ont été enterrés avec les honneurs militaires.
Que me poussait-il à faire chaque fin de semaine cette marche presque mystique, sur les pas de l'Histoire ? La beauté du paysage vierge, l'air cristallin, l'exercice physique ou tout à la fois.
Mais là , je dois ouvrir une parenthèse.
En 1970 s'ouvrit à Moscou le "Procés de Léningrad".Voici ce dont il s'agissait alors  :


http://en.wikipedia.org/wiki/Dymshits-Kuznetsov_hijacking_affair

Sylvia Zalmanson, la seule femme, fut envoyée en Sibérie mais bientôt s'organisèrent des manifestations de solidarité en sa faveur.
Un vendredi, je mis donc une Ménorah en cuivre (le Chandelier à sept branches, emblème de l'Etat Hébreu) dans mon sac et décidais de dédier à la prisonnière cette marche en son nom ! 
Il y a deux possibilités pour accéder au plateau de Massada. Un sentier abrupt et dangereux qui débute du côté de la Mer Morte, ( et aujourdhui doublé par un téléphérique !),ou du côté ouest, par la rampe de terre construite par les Romains pendant le siège de Massada. Mais moi je préferais une randonnée loin de la piste pour faire un vaste crochet par un canyon superbe .
Lorsque le promeneur est solitaire et silencieux avec ses semelles de crèpe, la Nature découvre ses secrets. Comme d'énormes lezards étalés et confondus avec le  rocher plat, et les amusants lapins du désert assis sur leurs séants et qui  ne m'attendent pas pour une photo ! .Et aussi des dromadaires à la recherche d'une maigre pitance de ronces, dont jamais n'en vis le propriétaire, le bédouin sachant voir sans être vu. Sauf une seule fois, lorsque dans ma solitude surgit un grand berger, protégé de la chaleur par une ample toge ramassée sur ses épaules. A sa ceinture brillait le manche argenté et brillant d'un large "boussadi" courbe qui dépassait de sa ceinture de laine. C'était la première chose que je vis, sans faire attention au papier qu'il me tendait !!
Ce papier à l'en-tête de l'Etat était l'autorisation pour son troupeau de paitre dans la région, et il m'avait pris pour un gardien des "Eaux et Forêts" bien que là bas il n'y avait ni eau ni forêt !!! Pour ne pas le décevoir, je le remerciais vivement en lui rendant son permis et nous échangeâmes un chaleureux "Choukrane" et il disparut comme il était arrivé.
 A une pause, j'entendis un léger éboulis et je pus admirer une famille de gazelles sauter dans la rocaille à la pente inimaginable pour les humains. Pourtant, une fois de plus trop plongé dans rêves de promeneur solitaire, je perdis mes points d'orientation, et pendant un instant je fus pris de frayeur.  Comme dans les récits d'aventures, j'essayais de reprendre mon sang-froid, mais sans le même succés, et le soleil menaçant au dessus de ma tête j'eus quand même l'idée de gravir une lointaine colline ce qui me permit de revoir au loin le plateau de Massada.
Sans m'en apercevoir, j'avais fais un trop grand détour pour mes jambes et m'arrêter pour me reposer m'aurait fait courir le danger de souffrir d'une crampe , lorsque un muscle se rétracte en se refroidissant.
A partir de ce point, je dois avouer que le paysage me semblait moins intéressant, tout concentré dans mes pas pour ne pas être retrouvé desséché comme cette peau de serpent  sur mon chemin !
Après une descente pénible, je vis soudain devant moi dans un creux de terrain un bosquet, de la verdure autour d'un palmier unique , un semblant d'oasis et derrière lui, plus proche que je ne le pensais, se dressait somptueux dans son ocre jaune le Plateau de Massada.

Je me permis alors de souffler et en  me dégageant de mon sac au dos, vis près de moi une boite de conserve  à l'initiale de Tsahal (צ). Une boite de ration, des dragées vertes délicieuses  qui me rendirent le sourire et les forces!  Evidemment, j'étais sur une piste empruntée par l'armée pour ses exercices. Cette pensée me donna des ailes  pour gravir  la rampe  . La- haut, je rencontrais  l'équipe de travailleurs qui s'occupaient de la maintenance du site et du sentier et ils m'offrirent à la fin de leur journée, une place dans leur camionette pour retourner à Arad.
Aujourd'hui, la ville s'est bien agrandie avec  des industries de haute technologie qui emploient des habitants très qualifiés.


 
     Voici une photo de ce désert de Judée.
En 1970, je me suis photographié avec le retardateur à 14 km de Beer-Sheva, 32 km d'Arad et 66 km de Sodome ( Mer Morte). Un endroit très tranquille ....

Voici un site avec illustrations à l'appui pour décrire ce qui fut la forteresse et le siège de Massada :

http://www.terredisrael.com/Massada5.php

A la prochaine rencontre, je parlerai encore de cette région, du temps où elle était encore sauvage et moi, encore jeune.... et
pas seulement habitée par les chacals et les hyènes...

*Sur l'écrivain Amos Oz :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Amos_Oz



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Published by georges - dans souvenirs
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commentaires

jacqueline 21/07/2007 12:57

Georges..quel bonheur. Je suis une fan d'Amos Oz, je vous vois enfin en photo...et vos descriptions sont fabuleuses. Parlez nous plus souvent de cette terre qui vous a accueilli..faites nous connaitre le pays de nos ancetres...Bonne journée!!

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