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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 11:01





         Le long du littoral sud d'Israel, le promeneur peut parfois passer à côté d'un arbre monumental , le "Ficus Sycomorus" et s'abriter du soleil ardent à l'ombre généreuse de son feuillage vert sombre . En été, le sol est parsemé de baies roses , molles comme de très petites figues qui s'écrasent facilement sous les pas et font la joie des oiseaux.
La nuit par contre, bien cachées des rayons du soleil dans les cavités du tronc ou dans les ramures, les chauves-souris s'ébattent au clair de lune et s'enivrent de cette pulpe sucrée.
Mais il n'est pas nécessaire d'aller si loin : restons en ville .




Habituez vous d'abord à cette semi-obscurité du cliché dûe à la végétation généreuse.
 Cet arbre est plus tordu que le tronc de l'Olivier : ses branches très noueuses  n'ont pas de direction bien précises, les racines, elles, continuent à fleur de terre leur travail de sape. Et ceux que nous cotoyons aujourd'hui sont au moins tri-centenaires. Lorsque au centre de Tel-Aviv fut construit le Musée d'Art Moderne, les architectes bâtirent un patio autour de ces rares arbres vénérables et permirent à leurs branches de progresser vers le soleil entre des poutres de béton décoratives .





L'un d'eux est si âgé que, dans son tronc, s'est formée une grande niche fermée maintenant par une petite porte en ogive et qui me rappelle inévitablement le Conte d'Andersen de notre enfance enchantée: "Le Briquet". Alors moi aussi je bats mon briquet, une fois, deux fois et voici sous vos yeux le récit fabuleux que j'adorai lire , surtout le soir au lit pour meubler mes rêves ...N'hésitez pas à retomber en enfance !

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Briquet_(Andersen-Soldi)


Idéalement placé pour laisser vagabonder les pensées du promeneur, m'invite à m'asseoir, un banc providentiel sous la ramure touffue du "Shikma"*.
En me laissant guider par le sentier, j'ai rencontré un jardinier et son aide occupés à installer des bancs nouveaux. Et il me demanda mon avis quant à leurs places la plus favorable :à l'ombre ? mais au risque d'être souillés par les baies trop mûres et les Chauves-souris !
Au soleil ? mais les rayons brûlent une grande partie de l'année! Dans un coin reculé ? mais cela appelle les mauvais garcons, les drogués et les clochards! Je voulus lui répondre que peu importe pour les amoureux (qui se fichent pas mal du regard oblique..) l'emplacement des bancs publiques. Alors je l'ai laissé à ses hésitations. Je suis sûr qu'à l'heure qu'il est , il les changent encore de place !





La petite porte  mystérieuse, toute noire , que l'on distingue à peine sur le tronc cache-t-elle un gnome ? il parait qu'ils se nourissent aussi de baies !.
Dans la zone sableuse proche d'Ashkelon là où fut construite l'usine où j'ai fait mes premiers courts-circuits (!), les architectes avisés ont conservé pieusement quelques arbres qui ont dû voir passer des générations de caravanes . Lorsque à la pause, nous nomadisions nous aussi dans le parc en passant  à l'ombre de ces géants, j'étonnais toujours mes camarades en cueillant et dégustant ces fruits divins dont ils ignoraient l'existence  pourtant providentielle pour les Anciens.
Et voici les fruits dans leurs différentes périodes de croissance :





Cette photo ci-dessus est extraite du site du Jardin Botannique de Jérusalem.
Remarquez que les figues  poussent sur le tronc, et non pas sur les branches!! Déjà dans les temps anciens l'habitant avait coûtume d'inciser le fruit pour en augmenter considérablement  (après trois jours seulement) son taux de sucre et le rendre comestible et facile à digérer.
IDans le Talmud de Babylone, il est écrit :" Il existe trois sortes de Vierges:
La femme vierge, la terre vierge.et le Sycomore."
Mais si vous voulez vraiment en savoir plus sur cet abre, un site très savant s'offre au lecteur curieux :

http://www.tela-botanica.org/page:figuier_sycomore

En fait ce long texte est à lire en entier si l'on veut découvrir le mystère de sa vie, ses origines, sa biologie, son rôle historique, ses zones géographiques, sa culture et l'apport de la main de l'homme pour améliorer sa maturation sucrée.
Et aussi comment nous est parvenu ce nom de Sycomore :
des versions diverses accompagnent l'Histoire Ancienne,
Biblique,Grecque,et Egyptienne:
*"Pour Michael Zohary, "sycomore" est la seule traduction correcte de l'hébreu "shiqmim" ou "shiqmoth", mot qui apparaît sept fois dans la Bible et toujours au pluriel".

Au Jardin d'Essai d'Alger, il existe certes une splendide Allée des "Ficus-Macroppylla" mais qui n'ont rien de commun sinon le nom vulgaire avec le "Ficus-Sycomorus".
Vous pouvez aller saluer ces nobles vieillards sur le site "Mare Nostrum" de Marguerite . Pour leur botanique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Figuier_de_la_baie_de_Moreton

Le Sycomore d'Europe a été souvent un symbole romantique dans la littérature, comme dans ce poeme de Leconte de l'Isle:

Sous l'épais Sycomore

Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles,
Dans le jardin fleuri, tiède et silencieux,
Pour goûter la saveur de tes lèvres vermeilles
Un papillon d'azur vers toi descend des cieux.

C'est l'heure où le soleil blanchit les vastes cieux
Et fend l'écorce d'or des grenades vermeilles.
Le divin vagabond de l'air silencieux
Se pose sur ta bouche, ô vierge, et tu sommeilles !

Aussi doux que la soie où, rose, tu sommeilles,
Il t'effleure de son baiser silencieux.
Crains le bleu papillon, l'amant des fleurs vermeilles,
Qui boit toute leur âme et s'en retourne aux cieux.

Tu souris ! Un beau rêve est descendu des cieux,
Qui, dans le bercement de ses ailes vermeilles,
Éveillant le désir encor silencieux,
Te fait un paradis de l'ombre où tu sommeilles.

Le papillon Amour, tandis que tu sommeilles,
Tout brûlant de l'ardeur du jour silencieux,
Va t'éblouir, hélas ! de visions vermeilles
Qui s'évanouiront dans le désert des cieux.

Ëveille, éveille-toi ! L'ardent éclat des cieux
Flétrirait moins ta joue aux nuances vermeilles
Que le désir ton coeur chaste et silencieux
Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles .

Ajoutons que suivant la Bible,la feuille de Sycomore fut le premier cache-sexe d'Adam et Eve......

Revenons aux temps modernes.
Au Théatre Habima sera toujours associé le nom de la grande actrice Hanna Robina dans son role du "Dibouk",créé à Moscou en 1917.


Le Théatre dans les années 60.

http://en.wikipedia.org/wiki/Hanna_Rovina

Mais aussi voir l'adaptation moderne de Maurice Béjart :
http://www.bejart.ch/fr/argus/dibouk.php

C'est donc dans ce petit jardin que j'ai choisi de me promener avec mon modeste 24X36 pour une fois m'y arreter et photographier aussi les grands travaux  de l'ensemble de ce complexe artistique voisin,qui va etre reconstruit . 
Ci-dessous,la facade du théatre telle qu'elle existait encore il y a quelques mois !
(Photo de la Municipalité)

The image ?http://www.telavivcity.com/BusinessPic/Business1277Pic150.JPG? cannot be displayed, because it contains errors.


 
Il y a peu d'années,à la période des attentats en ville, la facade vitrée était masquée par un haut mur de sacs de sable on se serait cru à Londres au temps du Blitz.
Et cette semaine,le batiment est en voie de dispartion sous les coups des marteaux-piqueurs,mais comme un sphinx il renaitra de ses ruines,avec des installations ultra-modernes adaptées aux exigences acoustiques et logistiques.
Là où s'étalait l'esplanade,un immense trou béant y a fait place.Un parking à étages pour mille voitures fera la joie des riverains et  permettra un stationnement aisé aux amateurs d'Art Dramatique venus de loin.
Mais les passants échaudés par les guerres successives ne croient pas à la pancarte et prétendent (à tort) qu'en fait ce sera un énorme bunker...
Voici le théatre,tel un vaisseau géant :





Les palissades sont garnies d'affiches. On y voit les soldats Israéliens revenant des combats de Juillet 2006. Un retour à la réalité d'un autre drame :plus d'un an passé sans absolument aucune nouvelle des trois soldats enlevés par le Hizbola .





Enfin un graffiti optimiste: "Marchons ensemble,Vivons ensemble"




Pour revenir au début de notre promenade, je pourrai chantonner

Nous-n'irons-plus-au- bois,
Les arbres-sont-coupés,
Les bâtisseurs-que-voilà
Les ont-tous-déracinés....

Ces arbres vaincus par le béton, Arik Sinai les glorifient mélancoliquement dans sa version célèbre  :  "Le Jardin des Sycomores" dont j'ai traduit librement les paroles , sous l'image de Youtube .




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Le Jardin de Sycomores .

Jadis Jadis se dressaient ici des Sycomores
Et tout autour un paysage de sable d'or,
La ville Tel-Aviv de ces  jours d'alors
N'était que quelques maisons au bord de mer
Et quelquefois les hommes s'asseyaient
A l'ombre de ces arbres verts,
Au côte à côte avec les filles qui riaient.

Oui, c'est lui, oui c'est lui,
Le jardin des Sycomores
Comme il y en avait alors
Dans le temps qui s'enfuit.

Tel-Aviv s'agrandit de nouveaux quartiers
Et  comme dans tout projet bien ordonné,
Furent ouvertes des rues qui oublièrent les Sycomores
Et couvrirent de poussière blanche leurs feuillages morts.

Tout fut construit en l'espace d'une génération ,
Des magasins et de hautes constructions,
Et seulement si nous jetons un regard en arrière
Nous nous souviendrons des Sycomores verts.

Oui, c'est lui, oui c'est lui,
Le jardin des Sycomores
Comme il y en avait alors
Dans le temps qui s'enfuit.

Aujourd'hui les Sycomores ont presque tous disparu ,
Seul un écriteau nous rappelle qu'il en fut,
Quelques oiseaux qui pépient dans la charmille,
Et un banc installé au coeur de la ville
Attirent quand le soleil descend
Et que montent au ciel les étoiles d'argent,
Un clochard , un promeneur solitaire,
Ou un couple de jeunes, amoureux pour la vie entière.

Oui, c'est lui, oui c'est lui,
Le jardin des Sycomores
Comme il y en avait alors
Dans le temps qui s'enfuit.





                                                          F I N

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Published by georges - dans souvenirs
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commentaires

:0010:GABY 24/10/2007 13:18

Chanson très mélancolique et poignante comme le ressac sur  la plage, infini et inéluctable..

jacqueline 28/09/2007 15:43

excellente promenade dans votre ville d'adoption. Un des intèrets de ce moyen qui nous est donné est de pouvoir échanger ces magnifiques vues qui nous sont quotidiennes mais qui pour les autres sont autant de voyages. Vous devenez un professionnel de la photo mon cher ami... voici quelques pètales d'hortensia
 

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