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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 09:36


Oui,vous voici en pélérinage devant le Lycée Emile-Felix Gautier,tel qu'il apparut a travers l'objectif de Jacqueline Simon,cet été 2007.Il a l'air bien triste ce batiment autrefois retentissant de nos rires.
Au fronton,vous chercherez mais en vain le nom de ce Géographe....Par contre le hall d'entrée en blocs de verre,reste intact:c'est là que les prof recevaient les parents d'élèves,et généralement pas pour féliciter leurs enfants....
(Parlerais-tu en connaissance de cause ?).....
Le brave concierge ventripotent aux cheveux déjà blanchis associait son métier de sonneur et de préposé au portail,à celui de vendeur de sandwiches aux récréations.Sortir du Lycée en dehors des heures de cours,(tapez "cao"*),n'était pas  une chose facile avec lui !!

*D'après le Dictionnaire de Jacques Abbonato,"Cao" ou "caoue",signifie l'école buissonnière ,mot originaire de l'italien "manca ora".




La Police pleine de malice y a interdit meme le stationnement..


Jean Brua :un invité de marque qui nous a fait l'honneur de participer à cette Galerie. Pour les jeunes qui n'ont pas connu l'Algérie telle qu'elle fut dans sa splendeur,une lecture essentielle pour leur rappeller ce qu'évoque le nom de Brua père et fils :

http://nice.algerianiste.free.fr/pages/conf3/brua.html#brua


Ci-dessous un envoi hors série de ce Journaliste,qui manie aussi bien la plume que le pinceau.
C'est un ancien de Gautier,et si lui a eu comme prof de dessin Mr Lacroix,il se souvient de ces heures que nous avions passées au chevalet,dans cette meme salle.Hélas,lui si doué pour les croquis,n'a rien conserve de son passé "A4" de lycéen algérois !.Mais il vient de se rattrapper en m'envoyant cette esquisse si vivante que chacun se reverra en cours.
Merci à Jean au nom de tous les garnements que nous fumes.





Je ne peux m'empecher,suite à ce dessin, de citer un extrait de l'écrivain Albert Bensoussan.(Né en Algerie en 1939,Agrégé d'Espagnol,il a enseigné à Alger,puis à la Sorbonne et à l'université de Rennes.Il est aujourd'hui professeur émerite de l'Université de Haute-Bretagne.
Dans "Aldjezar",il a ecrit des souvenirs merveilleux de la ville perdue..

Extrait "d'Aldjezar" :

"Certes on n'était pas en panne pour tourner en dérision nos professeurs:M'sieur S... qui était Géographe devint "Zoulou" tracé sur tous les murs de la ville,comme le facheux Burel notre prof de dessin,qui s'était retrouvé cloué au pilori des facades sous l'appellatif infamant de"Burel-Coulo"...tout cela parcequ'en classe il avait la manie de chevaucher le banc du chevalet derrière l'apprenti barbouilleur en se collant contre lui,pour adopter,disait-il,son point de vue...et dans la classe lubrique,tout le monde d'ahaner..."

Et il ajoute dans l'Algérianiste numéro 30 :

"Dans la salle de dessin,Burel régnait sur les pinceaux,peintre sans gloire,rendons lui hommage,il fut le premier à me montrer Cézanne et à m'expliquer les pommes".


Là je ne suis plus d'accord !! Burel sans gloire ? Lui le Grand Prix Artistique de l'Algérie !!.Vous admirerez dans Cimaise-3
deux de ses oeuvres magistrales.


Dans "Eldjezar" une superbe illustration de Sébastien Pignon
d'ou s'eleve une odeur qui chatouille nos narines :le Vendeur de Brochettes.

 


Retournons rue Hoche: La récréation est terminée,deux par deux,mais nos rangs un peu désordonnés,les classeurs cliquetants nos cartables attendons un signe de Burel pour monter les escaliers et entrer sans cette salle baignée de lumières . En hiver  accrochions aux portes manteaux nos capes et écharpes.Le mur de gauche était tapissé des dernières gouaches et dessins les plus réussis (à son avis!).
Réussis n'étaient pas cependant ceux les plus ressemblants,
mais ceux par exemple dont les ombres s'étaient impregnées
des couleurs du décor.


Les Prof de Gautier:Sur la photo de tous les Enseignants que vous trouverez sur le site d'Alger-Roi,Jacques Burel en est absent.Dommage.Ce n'était pas le genre à vouloir etre immortalisé en strict complet....Un rapin en veste à treillis aurait détonné dans cette galerie trop sérieuse...

Maintenant tous prenions une grande feuille de papier Canson,sortions crayons HB,gomme,pinceaux,chiffon et boite de Pébéo et dans un léger brouhaha nous nous mettions à l'oeuvre de tout notre coeur.En allant chacun remplir un godet d'eau au robinet pour délayer les couleurs.

Dans l'ordre alphabétique,les envois des anciens éléves qui ont eu la gentillesse de répondre à mon appel:

Jacques Camps
-------------------

"J'ai trouvé sur le LO de Es'mma ton message et ton idée de vouloir faire une galerie en l'honneur et à la mémoire de notre cher "Bubu" et je trouve cela super.
J'ai fouillé dans mes cartons et j'ai retrouvé quelques esquisses, jaunies et estompées par le temps.........elles ont été faites ds les années 54- 55 quand je fréquentais la 2ème M, à Gautier.
Des souvenirs de Burel........je revois une silhouette un peu voûtée, avançant à grand pas, le visage  allongé, le cheveu long et même très long (pour notre époque) la chemise kaki, le pantalon de velours et son inséparable veste d'un vert délavé (je me demande si ce n'était pas une  veste militaire).
De ses cours, pas de grand souvenir car j'aimais le dessin et je n'avais pas de problème avec lui.Je sais qu'une fois il avait fait une exposition au sous sol d'une librairie qui se trouvait rue Michelet, à coté du cinéma Empire.J'avais été surpris par sa peinture, je me souviens d'un nu au couleurs vives et d'un autoportrait d'une couleur verte !!! "

Un portrait de couleur verte ? :

Le célèbre dessin de Matisse ,"le portrait a la raie verte" de 1905, illustre bien la vision de Burel:





 
"Les dessins que je t'envoie retrace en gros une année de cours ..........on commençait par dessiner des bustes en platre  " :

Rendre le relief par les ombres !
Toute une technique...




Toujours les statues de la Grèce antique au galbe parfait.




Et au nez aquilin...



 "Puis on se dessinait les uns les autres " :



 Durantet (à gauche) et Leblois*
n.d.l.r.:*Leblois engagé volontaire est mort pour la France en Algérie.





Callus (à gauche) et Perrotet .


"Ce fameux Seguin était un parisien qui ne semble pas avoir "séjourné" longtemps à Gautier."




Séguin de dos.





" Ma première peinture à la gouache ............c'est peut être elle qui m'a donné le goût de peindre par la suite !!! qui sait".
n.d.l.r:remarquez en fond ce petit cheval de bois,je m'en souviens encore,Burel nous l'avait fait dessiner avec une quille à coté.


Jean-Louis Feménias
--------------------------

1959-60: 2e A'C1. Cette année-là a été un peu comme 
la fin de mon enfance.
Je ne résiste pas à l'envie d'envoyer la couverture de
la pochette où j'ai retrouvé toutes ces "oeuvres de
jeunesse".Hasard?
On dit que le hasard est la façon pour Dieu de passer
incognito...
Une semaine avant mes 15 ans, le 24 janvier 1960,
j'étais près d'elle, et pour la première fois de ma vie
je comprenais "pour de vrai" pourquoi en littérature on
disait poétiquement le "miaulement des balles".

1959-1960.

"C'est peut-être cette année-là qu'à ma grande
surprise,je l'ai vu
débarquer chez moi.Un soir papa rentrant de la territoriale en treillis est arrivé à la maison accompagné d'un autre territorial à qui il se proposait  d'offrir l'anisette... C'était Burel! Burel en militaire, c'est rare! Il en a profité pour scruter le petit deux-pièce dans les détails et me dire que j'avais là, entre les bibelots, les cuivres et les santons que ma pauvre mère affectionnait, des tas de sujets de dessin et de peinture sous les
yeux... Et qu'il fallait que je m'y mette!"
 
1959-60: 2e A'C1. Burel, sûr. Ici ce sont les peintures. Je n'ai
jamais eu la sensibilité des couleurs; je préférais le
trait.Je me souviens encore parfaitement de Burel me dire,
au sujet du 6,le terme d'argot professionnel
correspondant à mon platrage de couleurs (voir les
craquelures).Malheureusement le terme lui-même est sorti
de ma mémoire...


1958-59: 3e B3.Le problème est que je ne me souviens plus
si j'avais eu Burel cette année-là, mais je crois que oui.
Avec un peu de bonne volonté, le dessin 5 est
relativement ressemblant (comparer avec les photos de
classe);mais son intérêt est au dos:la griffe du maître!
On salue et on passe!
959-60: 2e A'C1. Burel, sûr. Ici ce sont les dessins,
sujets moins puérils que ceux des peintures
comment pouvait-il faire peindre des nounours à des
salaouètches de 15 ans???).

1959-60: 2e A'C1. Burel, sûr. Ici ce sont les peintures. Je n'ai
jamais eu la sensibilité des couleurs; je préférais
le trait. Je me souviens encore parfaitement de Burel me
dire,au sujet du 6,le terme d'argot professionnel
correspondant à mon platrage de couleurs (voir les
craquelures).Malheureusement le terme lui-même est sorti
de ma mémoire...

1957-58: 4e B3, toujours Burel. Je me souviens cette
année-là d'un printemps magnifique.


J'envoie tout ce que j'ai retrouvé, le bon, le moins bon
et le pire.Comme vous l'avez écrit, ce n'est pas un
concours!!
Pour me situer, voici mes dates à Gautier:
1955-56: 6e A4. En dessin j'avais M. De Crescenzo,
je n'envoie donc pas.
1956-57: 5e A4 avec Burel.
Je ne résiste pas à l'envie d'envoyer la couverture de la pochette
où j'ai retrouvé toutes ces "oeuvres de jeunesse.

Hasard?

Cette pochette de feuilles blanches,quel plaisir que
de caresser le papier canson et de s'asseoir devant une
page vierge pour y chercher l'inspiration!! Le premier
coup de crayon est décisif ....



Une belle interprétation de cette cruche;comme une pointe sèche pour gravure sur cuivre !



Remarquez la petite boite ronde "Avec Zan vous vivrez cent ans",c'était la réclame de ces délicieuses pastilles de réglisse à la menthe qui nous raffraichissaient en été.



Une bouteille de Courvoisier (vidée par qui ?) et autres flacons à vapeurs d'alcool à dessiner pour jouer avec la lumière.



Un Isaie à la barbe biblique..(mais à la coiffe moyenageuse !)



1958-59: 3e B3. Le problème est que je ne me souviens plus si j'avais
eu Burel cette année-là, mais je crois que oui. Avec un peu de bonne
volonté, le dessin 5 est relativement ressemblant (comparer avec les
photos de classe); mais son intérêt est au dos: la griffe du maître!
On salue et on passe!
Jean Louis,autoportrait.
Quel souvenir  précieux !




Au dos de cette compostion,Burel a dessiné pour l'exemple une étude de l'oeil....




"Comment pouvait-il nous faire peindre des
nounours à des salaouètches de 15 ans??? "




Le Maitre ne laissait rien passer."loupe" a t-il écrit sur cette gouache pourtant si travaillée !
(Burel n'adressait pas de flatteries superfétatoires !)

1959-60: 2e A'C1. Burel, sûr. Ici ce sont les peintures. Je n'ai
jamais eu la sensibilité des couleurs; je préférais le trait. Je me
souviens encore parfaitement de Burel me dire, le terme d'argot
professionnel correspondant à mon platrage de couleurs
(voir les craquelures). Malheureusement le terme lui-même est sorti
de ma mémoire...
(Burel avait parlé de "Couches géologiques" dans un
interview
)



Une superbe Bécassine au Nounours..




Des personnages plus sérieux drapés dans leur dignité...
L'art de rendre les plis d'un platre blanc au crayon noir...



Merci à tous pour ces beaux témoinages.

                   Fin de Cimaise-2. (à  suivre: Cimaise-3)

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Published by georges - dans souvenirs
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commentaires

Kannengiesser Daniel 25/11/2007 16:30

Bonjour Georges,
Je viens de parcourir l'intégralité de ton blog et te tire le chapeau bien bas !
C'est magique ! Le mot est lâché, mais il me semble judicieux.
Les magnifiques documents de Jacques Camps et Jean-Louis Féménias (que j'ai eu comme condisciple en 6ème et 5ème A4)m'ont fait revivre l'ambiance des cours de Burel ! La cruche, dont il fallait traduire la rotondité par le seul jeu des ombres, la statue d'un pénitent blanc (je croyais que c'était de Cicéron) dont il fallait reproduire le drapé par les seuls coups de crayon, les bustes au regard mort, les bouteilles et leur jeu dans la lumière (mais pour moi, il fallait les peindre, hélas !) etc. Quant au nounours, j'ai dû le peindre lorsque j'ai eu Bénisti-Ramsès comme professeur !
Merci les copains de m'avoir fait revivre cette époque rien qu'avec vos images ! Ecrire, c'est bien. Peindre ou dessiner un souvenir c'est mieux !
Daniel Kannengiesser

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