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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 06:43
Daniel Kannengiesser (suite).

BUREL : A poings fermés et à livre ouvert.

 

 

            Je vous livre à présent deux anecdotes relatives à l’excellent professeur de dessin que fut Monsieur Burel. Toutes deux sont indépendantes l’une de l’autre (si ce n’est par l’association d’idée que propose le titre) mais symptomatiques de la façon dont le grand pédagogue qu’il a été enseignait cet art.

 

            Je commence par les poings fermés.

(Non,ce ne sera pas un pugilat,mais un match pour interpréter d'une manière originale le sujet à dessiner !)

 

A poings fermés.

 

            « Messieurs, retroussez une manche de vos pull-overs, déboutonnez la manche de votre chemise, remontez le tout jusqu’en haut du poignet. Fermez le poing pas trop serré, posez le sur le pupitre et dessinez le »

 

            C’est à peu près en ces termes que s’adressa Burel à sa classe . Et tous les élèves d’obtempérer avec certainement une joie non dissimulée de dessiner du « vivant » qui nous changeait complètement des masques hideux, des boîtes d’allumettes ou des feuilles mortes ! Mais l’entreprise s’avéra nettement plus ardue qu’imaginée au départ. Nous sommes certes droitiers (ou gauchers, ne soyons pas racistes !) mais c’est en ces occasions là où nous devons nous servir uniquement d’une seule main (l’autre étant inutilisée ou inutilisable) que nous nous apercevons avoir bien besoin de nos deux mains. Et, en particulier, pour dessiner de l’une et tenir de l’autre la feuille de dessin qui avait la fâcheuse tendance à se débiner sous les coups de crayon HB ou de gomme. Il en résulta de curieuses contorsions des élèves pour coincer ce sacré « Canson » soit sous la main « modèle », soit sous l’avant-bras. Dans les deux cas, main modèle et main dessinatrice ne manquaient jamais de se gêner mutuellement, l’une afin de disposer de suffisamment d’espace pour jouer efficacement son rôle de cale, l’autre afin de bénéficier du maximum de place pour pouvoir tracer ou rectifier à son aise. Et c’était sans  compter sur l’œil du dessinateur qui devait pouvoir embrasser le modèle avec un champ de vision assez large !

 

            Un « modus vivendi » a finalement été mis au point par expériences successives et les élèves finirent par être plus ou moins satisfaits du compromis trouvé, le plus adapté à leurs capacités physiques et à leurs besoins de souplesse vertébrale !

 

            Burel, qui, comme à l’accoutumée, se baladait entre les rangs en ayant toujours l’œil exercé de l’artiste, paraissait s’amuser de nos petits ennuis de positionnement, ce qui ne l’empêchait en aucune façon de nous prodiguer ses conseils ou de nous prêter assistance avec tout le sérieux que nous lui connaissions.

 

            Après plusieurs séances, voici à présent mon dessin quasiment terminé, mais fort de mon expérience antérieure, je ne m’en vantais point et laissais mon Canson sur le pupitre sans rien dire. Voyant que je demeurais les mains inertes, Burel s’approcha. Quelle ne fut pas ma surprise en l’entendant complimenter mon travail. Je commençais à me rengorger et à en soupirer d’aise lorsque je perçus soudainement de nouvelles paroles plus restrictives s’échapper de ses lèvres : « Et pourtant… ». ça y est me dis-je c’est la gaffe ! Il s’en suivit un petit dialogue, audible par toute la classe, dont je me souviendrai longtemps non pas des termes exacts mais de son contexte général (la preuve !)

            Burel poursuivait donc d’un faux air détaché ses « pourtant…, pourtant… »

-         Pourtant ! Qu’avez-vous dessiné là ? me demanda le professeur

-         Mais… c’est ma main ! Fis-je, surpris d’une telle question.

-         Bien ! Et vous pensez que si on exposait votre œuvre telle que vous l’avez reproduite, les spectateurs iront s’arrêter à la vue de ce banal dessin ?

-         Euh !… Non, m’sieur (mais pourquoi pas ? me disais-je « in petto ») !

-         Alors ! Donnez du caractère à votre dessin ! Votre poing est bien dessiné mais il lui manque ce petit quelque chose qui fait qu’on le remarque : un défaut, un ongle rongé, une tache par exemple ?

-         Ben non m’sieur ! rien du tout !

Mais je me souvins brusquement de mes cicatrices : deux cicatrices en croix sur la première phalange du pouce, une cicatrice sur la première phalange de l’index et une cicatrice sur le dessus du poignet. Pauvre main gauche ! Combien elle avait eu à souffrir de mes coups de scie maladroits ayant entamé mon poignet gauche et des incartades d’une hélice en folie sur mes pauvres doigts imprudents lorsque je fabriquais mes sous-marins en bois de manche à balai, trois ou quatre ans auparavant ! A l’heure où j’écris ces lignes, les cicatrices sont encore visibles ! Je me décidai à les montrer à Burel.

-         ça, m’sieur ?

-         C’est une idée. Mais comme la cicatrice sur l’index sera pour vous difficile de la montrer sur le dessin, ajoutez-y une « poupée » !

-         Une poupée ?

-         Mais oui ! un gros pansement avec gaze et sparadrap. Votre main deviendra celle d’un blessé et attirera non seulement les regards mais aussi des interrogations : où, pourquoi et comment ? Vous saisissez ?

 

Et ainsi fut fait. Mon dessin ne fut encore pas épinglé au tableau d’honneur des œuvres primées, mais il n’en demeure pas moins que je pouvais fièrement exhiber à mes parents, et à leur grande surprise, la magnifique reproduction d’une main d’estropié !

 « C’est à toi, ça ? » fut la réaction première de Maman angoissée, toujours pleine d’inquiétude pour ses enfants. Burel avait bien raison : mon dessin suscitait déjà une interrogation !

Je retins cette deuxième leçon. L’essentiel n’était pas de copier servilement un modèle, mais de donner une vie, un intérêt à ce que nous faisions.

Sacré Burel ! J’étais à présent certain qu’il s’amusait gentiment, mais sans malice, en nous voyant travailler avec une ou avec deux mains, et c’était aussi l’opinion de mes camarades. Mais tout son talent avait été de mettre cet amusement au service de sa pédagogie. C’est ainsi qu’il avait réussi à nous faire comprendre que le dessin n’était pas la photographie et que même les nuls en dessin (et c’était mon cas auparavant) avaient une chance dans cet art. Il suffisait d’un peu d’imagination et de fantaisie. Et de la fantaisie, ce n’étaient pas les élèves de Gautier qui en manquaient : ils en avaient plein la tête et plein les… mains !

Puisque Daniel a laissé son dessin en Algérie,voici une main de Maitre de Gustave Moreau que Burel sans doute aurait beacoup appréciée :


 

 
 
 


A livre ouvert

Entrée en atelier de dessin. Sur l’ordre de Monsieur Burel, nous nous assîmes à nos places respectives.

Le prof : - Qu’avez-vous comme cours cet après-midi ? (c’est curieux mais j’ai toujours eu cours de dessin les après-midis)

Nous : - Français et latin, m’sieur.

Le prof : - Ah ! Avez-vous un livre de cours de français ?

Nous (évidemment que nous en avions un !) – Oui m’sieur !

Le prof : - Montrez m’en un.

Le prof prit un des livres de cours qu’on lui présentait et se mit à l’examiner en le feuilletant d’un air intéressé. Nous, nous étions étonnés, ne nous attendant pas à une interro écrite, surtout de la part du professeur de dessin qu’était Burel ! Mais celui-ci ne fut pas long à nous détromper.

- C’est parfait, ce bouquin me plaît. Alors vous allez tous le prendre comme modèle en l’ouvrant à n’importe quelle page, pourvu que l’une d’entre elles soit une gravure en couleurs. Et vous y mettrez à côté du bouquin, ce que vous voulez : un pot à crayons, une trousse d’écolier, un globe terrestre etc.

Nous reconnûmes là la délicatesse de Burel qui ne voulait en aucune façon nous imposer d’amener aux cours un ouvrage supplémentaire dont nous n’aurions plus besoin dans la demi-journée.

Le livre de français était le fameux « Lagarde et Michard » que des générations de collégiens et lycéens ont connu et connaissent encore ! Et le nôtre était une des nouvelles éditions avec papier glacé et photographies en couleurs. Cher peut-être, mais magnifique. Dire que c’est pour cela que nous faisions des progrès en la matière ce serait sûrement aller vite en besogne ! Les professeurs y étaient aussi pour quelque chose (enfin, il fallait l’espérer) En tous les cas il faisait plaisir à voir, sinon à lire, et à dessiner.

Je me souviens avoir choisi une page où se trouvait imprimée la reproduction d’une peinture de Géricault intitulée « Le chasseur à cheval » (je crois que, par erreur, le bouquin l’avait intitulée « Le hussard »), magnifique tableau où la beauté des couleurs qui alliaient toutes les nuances des oranges, des rouges, des fauves et des bruns le disputait à l’harmonie des formes, tant de l’officier fier, fougueux et sabre au clair que de sa monture apeurée, musclée et cabrée. A côté du livre, j’y posais mon étui à lunettes, entrouvert également.

Le dessin ne fut qu’une broutille pour moi qui avais bien retenu les leçons précédentes. Aussi y ajoutai-je en prime quelques feuilles volages qui, tel un épi sournois dans une chevelure, se dressaient, indociles, dans la recherche d’un équilibre en rapport avec les lois de la pesanteur !

Mais ce fut là mon tort ! Burel nous demanda alors de peindre notre œuvre ! Et, précisa-t-il, en faisant attention au jeu des ombres et des lumières qui baignaient nos livres ouverts qu’il s’agissait de traduire avec la gouache. En regardant mon dessin qu’il appréciait disait-il, Burel affirma que j’avais cherché, avec mes pages folles, une difficulté qui n’était pas nécessaire !

Mais, ce qui était fait était fait et je m’attelai à ma peinture sans plus tarder. Or, si mon dessin pouvait certainement être primé, il n’en fut pas de même pour ma peinture qui, elle, se devait de figurer au tableau d’horreur des œuvres ratées !

Burel se rendit compte assez vite de mon désarroi et il vint maintes fois à mon secours. J’avais en effet utilisé en couleurs d’ambiance les rouge, rose carminé, vermillon du tableau de Géricault, ce qui faisait que ma peinture n’était qu’une sorte de grosse tache sanguinolente au milieu de laquelle des espaces blafards étaient censés représenter les pages d’un livre. Quant au tableau de Géricault, il ressemblait davantage à un magma informe de couleur vinasse qu’à un cavalier avec sa monture. Il me fit alors utiliser les ocres, jaune pour le fond éclairé, rouge ou « terre de Sienne » pour les fonds ombrés ; Quant au livre il me conseilla toutes les nuances de gris-vert. Enfin il signala à haute voix à l’intention de toute la classe qu’il ne demandait pas de peindre, en moins bien, une illustration, mais de montrer qu’une image en couleurs était imprimée sur une page du livre ouvert.

Gris-vert ! Je ne comprenais pas pourquoi un livre, tout neuf, devait prendre l’aspect d’un vieux grimoire aux pages moisies ou racornies. Mais Burel me fit alors comprendre que si Picasso voyait comme tout un chacun il représentait autrement ce qu’il voyait. Ce qui n’empêchait pas ses toiles d’obtenir une valeur esthétique certaine. L’essentiel, ajouta-t-il, était le livre et non le « Lagarde et Michard », une illustration et non le « Chasseur de la garde » de Géricault !

J’obtempérais donc et prit aussitôt un tube de vert… Véronèse. Qu’avais-je fait là ?

Non ! Pas ce vert ! s’écria brusquement le professeur. Et d’ajouter pour toute la classe : « Si vous avez un tube de « vert Véronèse », vous le laissez à la maison ! »

C’est ainsi que nous avons appris qu’autant Monsieur Burel adorait les ocres, autant il exécrait le vert Véronèse ! Je voulus en avoir le cœur net chez moi. J’ouvris un tube de cette couleur, en sortis une noisette de peinture d’un beau vert turquoise et ne compris que lorsque je voulus l’étaler avec un pinceau : le beau vert se muait subitement en un vert criard et électrique du plus mauvais effet. Défaut de la marque que je ne citerai pas ?

Ma peinture enfin corrigée, je me souviendrai toujours que je n’étais vraiment pas fier du résultat ! Je regardais avec une envie non feinte les œuvres de certains de mes camarades que je jugeais à l’égal d’un Rembrandt avec ses fameux « clairs-obscurs », d’un Léonard de Vinci ou d’un Géricault !

Je ne pus donc retenir que la leçon sans jamais avoir pu l’appliquer avec efficacité : l’essentiel est de peindre ce qu’on veut montrer et non de peindre ce que l’on voit ! Car hélas, malgré le talent de notre professeur, jamais je ne parvins à faire d’incontestables progrès en la matière et me bornais à ne concentrer mes efforts que sur le seul dessin. Je savais désormais pertinemment que jamais je ne deviendrais artiste peintre, pas même peintre en bâtiment.


 


 
   

 

 

Le Chasseur de La Garde par Géricault. (1791-1824).

Une illustration ouverte a la page du Michaud et Lagarde,classe de 3ième...

 

 

 

 


                                                                                                  
Une autre vision d'un  Livre ouvert ,par Juan Gris,un  ami de Picasso:


Mais entre parenthèses,avez vous déjà vu un Livre Ouvert fermé ?

Une dédicace d'Eluar à Picasso qui aurait plu a Burel :

 "Par ton audace,

  tu prolonges notre vie,

  tu nous lies chaque jour

  un peu plus

  à cet univers sans defaut

  où notre espoir

  ignore les mirages."

 

     


     "Mais la meilleure leçon que nous ayons reçue de la part de Monsieur Burel fut en réalité une leçon de… physique. Elle nous fut donnée en classe de troisième, dernière année où nous étaient dispensés les cours de dessin au lycée Gautier. Je vous la raconterai dans ce prochain chapitre ":

 


Burel et la petite leçon de… physique

 


"Les séances de dessin et de peintures se succédaient avec plus ou moins de bonheur pour moi avec ce même professeur (excepté en classe de 5ème où « Ramsès » - pardon : Monsieur Bénisti - prit momentanément sa succession) : incontestables progrès en dessin, mais toujours des faiblesses (dixit Burel) en peinture.

            Se travaillèrent ainsi les dessins d’une statue (de Cicéron ?) dans les plis de sa toge, le buste de César aux yeux mornes, la peinture d’une bouteille vide (en… vert bouteille évidemment et pas en vert Véronèse !), d’une affiche publicitaire etc.

            Puis un jour, Burel nous demanda de venir au cours prochain avec une glace de poche (pas un « créponé » ! Un miroir !) Il désirait en effet que nous fassions notre autoportrait. Il nous fallait tout oublier des leçons de dessin précédentes ! En effet, il convenait de réaliser cette fois une œuvre ressemblante, mais ni une caricature, ni le portrait du voisin  (ce que certains petits futés avaient tenté de faire mais entreprise vite abandonnée car on ne pouvait tromper la vigilance de Burel) ! Faire son autoportrait c’est comme faire son autocritique : difficile d’avouer tous ses moindres petits défauts !

            Et, au cours suivant de dessin, la classe entière s’est mise au travail avec entrain, un œil sur la feuille de Canson, l’autre sur le miroir calé devant soi, à bonne distance, avec décontraction mais sérieux, connaissant bien à présent la pertinence de l’enseignement de Burel."


 
 

 

 

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                                                                                                             Auto portrait.......Il me reste  quelque chose des leçons de M. Burel, non ?)

          


"Ce fut plus long que d’habitude. Dame ! Tout un visage, et pas seulement une main ou des yeux au regard mort comme celui du buste de Jules (César) ! Et, à chaque séance nous nous demandions mutuellement : « Est-ce ressemblant ? »Et, à chaque fois ou presque, la réponse était « Bof ! ». Chacun pensait évidemment que la jalousie du voisin l’emportait sur sa sincérité, car, bien sûr, chacun s’imaginait avoir réalisé l’autoportrait le plus ressemblant qui soit ! Certes, pour quelques-uns qui savaient bien dessiner et dont la symétrie du visage était assez remarquable, la ressemblance était réelle, mais pour la majorité…"

 

            L’explication nous est venue de Burel lui-même !

 

-        Lorsque vous faites un autoportrait par le truchement d’un miroir, vous dessinez en réalité un portrait inversé car l’image « dans » le miroir est elle-même inversée. Comme vous vous êtes toujours vu par l’intermédiaire d’un miroir, les traits qui vous sont familiers ne le sont pas pour votre voisin qui vous voit en revanche tel que vous êtes. Et comme la symétrie dans le corps humain n’existe pas, il ne vous voit pas exactement comme vous vous êtes dessiné !

 

           " CQFD aurait dit « Amédée » (Monsieur Mas). Belle petite leçon de physique optique aurait avoué « P’tit sac » (Monsieur Vandevelle) !

            J’ai obtenu une bonne note sur ce dernier dessin (Le professeur n’avait pas demandé de le peindre !) et je pouvais quitter Monsieur Burel avec la satisfaction d’un élève conscient de ses méritoires efforts. L’année suivante, triste d’avoir à quitter ce lycée qui avait abrité mes chères études pendant quatre ans, je rejoignais les élèves de Bugeaud en classe de seconde."

 

           " Adieu Gautier, adieu Burel, adieu tous ceux que j’ai aimés, mes camarades comme mes professeurs (pour ceux-ci, à quelques exceptions près !) Adieu rue Hoche, rue Michelet, Parc de Galland et boulevard Galliéni ! "

 

                                                                      

                                     EPILOGUE

 

          "  Mai 1964. Besançon (Doubs) en Franche-Comté. Temps printanier comme seule la région de l’Est de la France peut en offrir à ses habitants, doux et embaumant dans un léger vent d’est aux effluves lointains de charmes, de tilleuls et de sapins qui parvenaient à passer à travers les murailles de sa citadelle.

 

            Avec un camarade compatriote philippevillois prénommé Maurice (Môôôrice !) rencontré là par le seul hasard de nos pérégrinations respectives, à la recherche d’un emploi nous permettant la poursuite de nos chères études, nous tombâmes en arrêt dans la Grande Rue, près du Palais Granvelle et du Kursaal où nous suivions tant bien que mal des cours de droit, devant une entrée encombrée de personnes en belle tenue qui menait à une salle elle-même emplie d’hommes et de femmes en pleine discussion animée !

 

            Un grand monsieur nous demanda alors très poliment mais énergiquement d’y pénétrer. Ainsi que nous eûmes l’occasion de nous en rendre compte immédiatement, nous avons été invités malgré nous au vernissage d’une exposition de peintures d’un artiste local dont nous n’avons même pas retenu le nom. Nous avons fait comme tout un chacun et nous nous sommes promenés à examiner une à une les toiles exposées, certaines fort belles à mon goût, d’autres nettement moins appréciées de ma part (mais on sait que la peinture et moi…)

 

            Au bout de longues minutes d’examen plus ou moins intéressé, nous passâmes à l’apéritif d’honneur offert par je ne sus qui (l’artiste peintre ou le propriétaire de la galerie ?). Maurice et moi étions à cette occasion assez satisfaits de cette collation inattendue et inespérée qui nous permettait d’économiser quelques francs pour le repas du soir ! Après les discours d’usage de diverses personnes dont nous ignorions même la fonction, c’est alors que nous fut présenté à tous deux le… livre d’or !

 

            Grosse surprise et gros embarras ! J’ai  pensé par la suite  que, malgré notre jeunesse apparente, toutes ces personnes nous avaient confondus avec des envoyés spéciaux de je ne sais quel journal d’art afin d’appuyer de quelques commentaires dithyrambiques le vernissage en question. Pas l’envoyé du quotidien local (« L’est républicain ») qui était bien présent, appareil de photos en main. Peut-être également des envoyés de je ne sais quelle académie des Beaux-Arts. Il est vrai que j’avais toujours par-devers moi, mon éternel attaché-case qui contenait tous mes trésors de l’existence présente (diplômes, papiers d’identité, certificats divers d’emploi etc.)

 

            Nous nous efforçâmes donc, Maurice et moi, à inscrire sur le fameux document quelques annotations fort élogieuses sur les toiles examinées, et, comble de perfectionnement, chacun de nous deux a mis en exergue l’une d’entre elles (choisie évidemment selon la logique du hasard !) particulière parce que ceci, parce que cela… en vrai connaisseur d’un art que nous paraissions posséder à la perfection !

 

            Mon camarade Maurice, facétieux comme tout « Pied-Noir » qui se respecte, voulut signer Utrillo ! je l’en dissuadai et il signa alors simplement Maurice.

           

            Quant à moi, en toute humilité, je signai… BUREL ! En hommage au professeur admiré et respecté. Burel qui, en matière d’art, occupait toujours entièrement mon esprit !

 

            Merci, Monsieur Burel ! Merci encore ! Vous avez certainement pu voir que votre enseignement n’a pas été tout à fait perdu : il m’a fait devenir, pour un éphémère instant certes, mais à un moment vraiment judicieux, un critique d’art fort compétent !

 

                        Que, du paradis des artistes où il se trouve actuellement, il veuille bien continuer à me pardonner cette usurpation d’identité dont je ne peux atténuer la gravité qu’en invoquant les nécessités d’une existence précaire et encore pleine d’imprévus, la fougue et l’imagination mise au service de ma jeunesse l’ayant emporté sur la sagesse d’un artiste tel que lui."


                     

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Published by georges - dans souvenirs
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commentaires

rené 25/11/2007 07:52

Je confirme! c\\\'était une personnalité hors du commun,un grand artiste,doublé d\\\'un excellent pédagogue

:0010:GABY:0059: 24/11/2007 18:56

je n'ai pas connu, hèlas, ce prof , nous les filles de Delacroix, nous avions Mme DENIS , mais je vois que son empreinte sur vous a été immense, surement une personnalité hors du commun...

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