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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 11:06

 

Par chance, siégeant près du couloir, j'ai pu saisir cet instantané alors que le Pilote s'installait sur son siège, et avant que la porte ne soit refermée. ( C'est un dérèglement à la sécurité et sur El-Al c'eût été impensable ! ).

A ma grande surprise, le Commandant de Bord de l'Airbus d'Air-France était du sexe faible. (Comme 7% des Pilotes de cette Compagnie). Ce qui n'a pas empêché un virage à gauche sur l'aile très musclé avec perte  de hauteur un peu brusque pour se mettre face à la piste, mais avec atterrissage sans rebondissement particulier.

 

img 1634

 

 

I ) Sous les roues.



"Pour me rendre à mon bureau alors j'ai pris le métro
Ça ne coûte pas très cher et il y fait chaud l'hiver."

( Georges Brassens).


J'ajoute que le métro  c'est bien beau, mais le tram c'est bien plus rigolo.
Car ce nouveau tramway parisien se promène en silence sur les Boulevards extérieurs, avec des airs de campagne sur ses rails presque cachés par une bande de pelouse bien verte qui tranche sur le macadam. Je me suis souvenu alors d'un geste  dangereux d'un de mes camarades qui me raconta que dans son enfance, son jeu préféré avec ses vauriens d'amis  était de placer sur la voie ferrée non protégée une grosse pièce de monnaie pour la récupérer aplatie après le passage d'un Express. Je ne pus résister de mettre dix Centimes sur le rail du transport parisien, à la hauteur de l'arrêt Georges Brassens, pour immortaliser par cette originale médaille les chers(1)   L.C.P.C. et  L.N.E. voisins, tout en veillant bien que la voie était dégagée. Pour ne pas me faire accuser de faire... dérailler la motrice, (ce qui évidement était impossible), je fis semblant de me baisser comme si j'avais fait tomber ma monnaie (2), pour la poser sur la lèvre brillante du rail. J'attendis un certain temps après le passage du convoi, pour récupérer mes Dix Centièmes d'Euros dont un quartier avait été laminé !

 

Dix Centimes amincis par le..Tram

 

Ainsi j'ai frappé cette monnaie en souvenir de ces jours brumeux et laborieux, mais heureux, puisque nous étions sortis indemnes dans notre chair, quoique blessés dans notre coeur, après huit années d'enfer d'où il nous fallut repartir à zéro..

(1) Chers, car mon père ingénieur E.S.E y trouva à son exode d'Alger un emploi sinon bien rétribué, mais au moins très respectable comme traducteur technique (anglais, allemand et russe).. Quant à moi, le LNE fut un asile sur et avenant, jusqu'à la Guerre des Six Jours qui délivra Israel de son étau. J'avais demandé alors un congé sans salaire, de trois mois, promettant (promesse d'ivrogne) mon proche retour encore aujourd'hui en attente....

(2) Ce manège je l'avais observé à une sortie de Métro, avec une Romanichelle qui faisait semblant de buter sur une bague en or de pur laiton pour la présenter au passant....Je n'ai jamais attendu le résultat de cette rencontre dite accidentelle !.


II ) Quai Malaquais.

Extrait du "Livre de mon Ami", d'Anatole France, au chapitre "Je te donne cette rose":

" Je jouais à ses pieds sur le tapis, avec un mouton qui n’avait que trois pieds, après en avoir eu quatre, en quoi il était indigne de figurer avec les lapins à deux têtes dans la collection tératologique de mon père ;

 

img 1246

Ce cheval à roulettes du Marché aux Puces de Vanves était un contemporain...

 

j’avais aussi un polichinelle qui remuait les bras et sentait la peinture : il fallait que j’eusse en ce temps-là beaucoup  d’imagination, car ce polichinelle et ce mouton me représentaient les personnages divers de mille drames curieux. Quand il arrivait quelque chose de tout à fait intéressant au mouton ou au polichinelle, j’en faisais part à ma mère. Toujours inutilement. Il est à remarquer que les grandes personnes ne comprennent jamais bien ce qu’expliquent les petits enfants. Ma mère était distraite. Elle ne m’écoutait pas avec assez d’attention. C’était son grand défaut. Mais elle avait une façon de me regarder avec ses grands yeux et de m’appeler « petit bêta » qui raccommodait les choses.Un jour, dans le petit salon, laissant sa broderie, elle me souleva dans ses bras et, me montrant une des fleurs du papier, elle me dit :« Je te donne cette rose. » Et, pour la reconnaître, elle la marqua d’une croix avec son poinçon à broder. Jamais présent ne me rendit plus heureux. "

Sur les rayons du buffet-bibliothèque du salon de mes parents à Alger, s'alignaient de forts volumes des oeuvres complètes d'Anatole France.

 

Anatole France

 

 

Ces livres de bibliophile étaient couverts de papier cristal jauni et fendillé par le soleil qui inondait ce meuble presque en toute saison à travers les grands battants du  balcon. Mon père citait souvent cet auteur en exaltant la personnalité  dreyfusarde courageuse  de l'écrivain,  quasi unique dans cette période où un antisémitisme virulent contaminait la France qui accusait injustement le Capitaine Dreyfus de trahison en faveur de l'Allemagne. Dreyfus fut réhabilité, après son retour du bagne de l'île du Diable dans la même cour d'honneur où ses galons lui furent arrachés et son épée brisée. La France inique et antisémite n'avait  pas moins que réussi à empoisonner l'atmosphère et jeter le doute au fil du temps sur la fidélité des juifs à la France,  malgré leurs patriotiques sacrifices dans la Grande Guerre. Des accusations qui préparèrent le terrain pour justifier plus tard le Vichysme  et l'abnégation aux théories hitlériennes.
Ce n'est donc pas par hasard que je décidais en ce Printemps parisien et pluvieux de partir à pieds le long de la Seine, rechercher la maison où il résidât dans son enfance. Je savais de par ses écrits qu'il vécut quai Malaquais, et que son père, grand amateur de curiosités et livres anciens avait sa Librairie quai Voltaire. Dépourvu de l'électronique portative qui accompagne chaque citoyen et aussi nécessaire qu'un parapluie, je m'en remis aux bons soins de passants pressés, qui bien que du quartier, s'excusaient de ne pas savoir où habitat l'Homme de Lettres et encore moins le Petit Pierre.
 Ces quais, de Voltaire, et de Conti abritent de luxueux magasins d'antiquaires, n'y pénètrent que des connaisseurs à la bourse bien remplie. Mais Il n'y a pas de plus hardis que les grands timides quand ils sont poussés par une force intérieure pour satisfaire, comme moi, leur curiosité.
Ainsi je n'ai pas hésité à sonner à la porte de ces célèbres antres d'objets anciens presque inestimables tenus par des propriétaires vénérables dont pas un pourtant  ne sut répondre avec précision à ma question: "A quel numéro du quai habita-t'il Anatole France" ? Non pas pour me chasser de leur magasin, car avec mon col roulé et mes abondants cheveux blancs et ma ma veste de (faux) cuir noir, je n'avais pas l'air d'un misérable enquiquineur, mais devais faire une assez bonne impression, en m'exprimant dans un français sans accent....Et puis à ma dernière tentative, je vis se lever du fond d'un sombre-obscur d'une Caverne d'Ali-Baba, une jolie jeune femme qui pour répondre à ma question, n'hésita pas à retourner à son ordinateur calé sur une table en marqueterie, et sous la lumière tamisée d'un candélabre en bronze, me précisa grâce à son moteur de recherche, que France vécut au numéro 15 du quai Malaquais. Elle était aussi heureuse de m'avoir rendu ce service que moi d'être enfin à pied-d'oeuvre.


img 1442

 

Je ne pus résister à lui demander de me permettre de photographier un très beau meuble, une chinoiserie qui trônait en bonne place. Avec un peu plus de courage j'aurai pu la photographier avec...Mais il y a des limites à la bienséance.
Et bien, je trouvais enfin à ce numéro, une plaque de marbre difficilement lisible et surtout très  haute perchée et presque masquée par des échafaudages qui entouraient l'Ecole d'Architecture mitoyenne en rénovation.


img 1445

 

ANATOLE FRANCE NE LE 16 AVRIL 1844

QUAI MALAQUAIS No19

HABITA DANS CET HOTEL

DE 1844 A 1853

 

img 1443

 

Le Buste d'A.France, musee Bourdelle

 

  Buste d'Anatole France. Cette photo a été prise au Musée Bourdelle.

 

Le grand portail en bois massif était verrouillé et ne devait s'ouvrir qu'au possesseur d'un code. J'avais essayé mais en vain de cogner au battant avec le lourd anneau de métal coincé par la rouille, mais je dus terminer là mon périple dans le temps. Adieu l'espoir de visiter la maison du Petit Pierre et son univers. Pauvre Anatole France, tu sembles bien oublié. Je ne verrai donc jamais son appartement et celui des deux Dames mystérieuses, l'une en blanc et l'autre en noir, ni même la cour où piaffaient les chevaux et jouait le petit Alphonse, le fils de la blanchisseuse.....

 

La gravure ci-dessous,  représente des personnages éplorés et sur la droite un Zouave sans doute prisonnier après la défaite de Sedan en 1870. Dans le fond on peut distinguer les casques à pointes des soldats prussiens de Von Molke qui ont ravi à la France l'Alsace et la Lorraine. Les Zouaves en chéchias, aux uniformes colorés, gilets bleus brodés et pantalons bouffants étaient un corps formé de Français d'Algérie. Mon Grand-Père maternel fut l'un de ceux qui pour reprendre les provinces perdues tomba à Verdun en 1916.


La légende : "France, la reverrons-nous ? " 

 

( Gravure photographiée lors de ma visite au Marché aux Puces de Vanves)

 

img 1251
III ) Les Boites à Pigeons.

Je traversais la rue pour m'approcher des boites à livres peintes en vert-bouteille, perchées sur les rambardes en pierres pour admirer la Seine où glissaient lentement des péniches et les célèbres bateaux-mouches. Les propriétaires des "boites à pigeons" déballaient  tour à tour leurs trésors avec le timide retour du soleil.

 

  img 1384

 

 

Ils accrochaient à leurs étals les aquarelles pour touristes, et sortaient des cartons des livres sans intérêt mais reliés pour attirer les passants. Ce n'était évidement pas là que l'amateur éclairé aurait trouvé une belle occasion. Pourtant je fus surpris de voir dans un coin quelques Revues "Paris-Match'" consacrées à  l'Algérie dont une datée du 22 Juin 1957 qui renfermait des photos de " l'Attentat de la Corniche".


Attentat au Casino de la Corniche-Alger

 

 

A cette époque les photos étaient presque toutes en noir et blanc, et l'impression médiocre. Ce fut pour moi une grande émotion de voir ces clichés du carnage et toute ma joie de flâneur s'évapora. Pour commettre cet attentat odieux, un serveur avait déposé sous l'estrade de l'orchestre du populaire dancing une bombe à retardement .
Lucky Starway, le Chef d'Orchestre très célèbre aussi sur les ondes de Radio-Alger, fut d'échiqueté ainsi que nombre de ses musiciens et jeunes couples venus un Dimanche oublier leurs soucis du moment.  
Lucky Starway, de son vrai nom Lucien Serror, avait un magasin de vêtements à Bab-el-Oued, un quartier de l'ancien Alger où s'élevait alors la Grande Synagogue, maintenant transformée en mosquée salafiste après profanation et pillage et blessures de ses fidèles  en Décembre 1960..
Ce musicien doué était aussi habile à l'accordéon qu'à la trompette de Jazz. Sur le cliché, dans les débris de l'estrade, gisent dans le sang ses instruments de musique.  


Dans cette même revue un long reportage sur l'écrivain Céline, retiré tranquillement dans sa villa et jouissant de sa vieillesse heureuse.
Il fut un admirateur actif d'Hitler et un hôte d'honneur à  Sigmaringen* et donc un traître dont le nom me donne la nausée. Mais le n
égationisme a écrasé sous ses roues la vérité historique et je doute que le nom infâme de cette enclave "française" en territoire nazi évoque quelque-chose pour la jeunesse.
Dans une autre pile de vieux journaux, une revue de propagande du temps de l'occupant vert-de-gris "Signal" avec en première page un soldat aryen...Caca de pigeons que ces boites.....
En quelques pas sur ce quai magnifique, j'étais remonté dans le temps avec de bien mauvais souvenirs. Et je me sentais bien seul dans l'indifférence de ce paysage unique du Pont Neuf que j'avais rêvé depuis longtemps de redécouvrir.


img 1371

 

Dans l'eau glacée de la Seine des Sapeurs-Pompiers s'exercent au sauvetage moins poétique de noyés-assassinés...

 

img 1448


* http://fr.wikipedia.org/wiki/Sigmaringen

IV ) Le Pont des Arts.

Au fil de l'eau dont je ne pouvais détacher mon regard,  mes pas me conduisirent au Pont des Arts. De loin il était tout étincelant car le soleil jouait sur les cadenas en laiton que les amoureux avaient refermés sur le grillage de sa rambarde pour sceller leur amour immuable en jetant la clef dans la Seine...Quoique que de tristes fois l'inverse se produit et  devient une manchette d'un journal qui vit du malheur des autres....Les couples de piétons rêvent et se photographient avec en fond le plus beau paysage du monde.
Mais voila une belle coutume pour assurer un avenir heureux contre vents et marées.

Ici des cinéastes s'affairent sur le Pont, gâtés par un beau soleil.

 

img 1388

 

*En ce qui concerne l'attentat de la Corniche j'ai découvert des images de l'INA .
Depuis longtemps déjà, je ne m'étonne plus de cette démence dans les médias qui courtisent les terroristes et qui surtout mentent dans leurs prétendues informations. Au moins par respect pour les morts qu'ils disent la vérité sur les conditions de leurs disparition et assassinats. Et bien non.!
J'ai visionné par hasard quelques vues : .
http://video.aol.com/video-detail/attentat-du-casino-de-la-corniche-algerie/3338264898

Et pour le présenter,il est écrit par l'I.N.A.:
"Le 3 juin 1957, explosion d'une bombe posée par le FLN au casino de la Corniche : 8 morts, 92 blessés. Les sous sols du Casino servaient de chambre de torture."
Pour justifier par un mensonge énorme les crimes du F.L.N....Pauvre, très pauvre France qui falsifie l'Histoire et éduque ainsi  les jeunes générations.....

 

Suite des impressions de voyage, dans "Avril à Paris" (2).

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

René 05/05/2012 13:14


Je viens de lire avec plaisir tes deux articles et ce petit rappel sur la bombe du casino de la corniche....Non seulement l'histoire est falsifiée ..mais bientot je crains qu'il n'y ait plus
d'histoire au lycée!!!(Déja en terminale s) Efacer la mémoire et bruler les livres ,ça ne te rappelle rien?


amitiés ensoleillée,


René

Georges L. 05/05/2012 14:31



L'air de Paris est vraiment vivifiant. J'ai eu un grand plaisir à y flâner. Et j'ai su séparer le bon grain de l'ivraie, ce qui n'est pas toujours facile...Paris n'appartient pas qu'aux
parisiens, mais aussi à ceux qui savent ce qu'elle représente dans notre culture.


Notre Histoire, personne ne pourra nous la voler.


 



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