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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 12:12

 

V ) Le mètre après Dieu.

    

Mètre de pierre, de bois ou de fer,
Quarante millionième de la Terre,
Tu es l'Unité de la France entière.

    
Ancien du Laboratoire National d'Essai et de Métrologie, j'avais pu admirer dans une de ses salles à l'abri des changements de température, et dans un bac à circulation de bain d'huile, le mètre étalon en iridium qui servit jusqu'à il y a peu de temps encore comme référence de mesure. La base maîtresse de tout progrès scientifique.
Son ancêtre qui naquit lors de l'unification des unités de mesures, grâce aux Savants de la Révolution française, était de pierre et sculpt
é dans la roche. Le mètre* alors fut défini en 1792 comme la quarante millionième partie du méridien terrestre. Je me souvenais d'avoir lu qu'il se situait rue de Vaugirard, sans autre précision. Qu'à cela ne tienne, je décidais de descendre cette plus longue rue de Paris aux 400 numéros pour le découvrir. Je commençais mon périple à la Porte de Versailles en direction du Jardin du Luxembourg. De temps à autres je pénétrais dans des librairies où j'espérais obtenir (mais-en-vain) de gens avisés, l'adresse exacte de  ce trésor.
Cette rue très passante aux belles maisons justifie à elle seule la longue promenade.
Mais c'est presque avant d'arriver au Sénat qu'un libraire serviable, entendant derrière une pile de livres ma question posée à sa femme, surgit et fier de pouvoir me renseigner m'indiqua que cette quarante millionième fraction du méridien terrestre mesuré lui-même par une géniale triangulation* se trouvait sous la première arcade, à coté du Musée de la Poste, lui même face au Palais du Sénat...J'étais sauv
é !
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    Il est onze heures, ce 25/11/2012 et les sirènes rugissent.
    Interruption de mon écriture.
    Deux minutes de silence dans tout Israel .
    La population s'arrête et se
 recueille.
    C'est la commémoration du Jour du Souvenir des Soldats Morts pour

    que  Vive Israel Libre.
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...Je me rassois et me remets au clavier. En effet, sous la première arcade, dans le coin gauche à la hauteur du passant, et en relief, je découvris l'un des derniers mètres en pierre de la Convention qui servit de référence au Commerce et à l'Industrie, mettant à la poubelle des coutumes royalistes, les aunes, les pieds et les pouces, et moult autres mesures curieuses.

* Il suffit en mesurant les deux angles d'un triangle et la longueur d'un de ses cotés, pour le déterminer en entier. Ainsi grâce à un travail qui dura plusieurs années, fut mesuré en ajoutant bout-à-bout les distances calculées par cette méthode, le méridien passant de Dunkerque à Barcelone.


img 1557

 

 

 

img 1558

 

Pour plus de précision et contre l'usure du temps et des hommes, l'unité républicaine se mesure entre deux coins de cuivre poli incrustés. C'est quand même une grande émotion que de voir cette réalisation due au génie des savants français et qui nous semble maintenant  aussi naturelle que la respiration...    
* J'oserai par un calembours dire que le L.N.E est vraiment le mètre au logis... 

Un très bel article incontournable sur l'Histoire des Poids et Mesures :
http://www.metrologie-francaise.fr/fr/histoire/histoire-mesure.asp

 

VI ) Douce France, le pays de mon enfance...

      ou plus exactement "La France d'Alger".


Dans mon exploration de la Rue Vaugirard, (sur le site de l'ancien Village), j'ai croisé par chance une petite rue montante, au nom du Sculpteur Bourdelle. Pour vous cela évoque peut-être seulement des bronzes monumentaux et son amitié artistique avec Rodin dont les statues (à première vue pour le néophyte), semblent être de la même facture. Mais pour moi, algérois de naissance, c'est une oeuvre magnifique, intitulée "La France", qui jusqu'en 1962, du haut du parvis du Musée des Beaux Arts d'Alger, son regard tourné vers l'horizon , et surplombant les merveilles feuillures botaniques du Jardin d'Essai, faisait face à la Mère Patrie distante de 800km, par dessus la Méditerranée. Pour nous, citoyens de l'Algérie française, c'était plus qu'un symbole de notre amour pour le pays que nos pères par trois fois, en 1870, 1914-1918, et 1939-1945, s'étaient portés à son secours en traversant les mers pour le délivrer de l'ennemi germanique.

Certes ce Musée Bourdelle est très beau avec son petit jardin,  où se dressent les bronzes monumentaux.

Mais "La France", sans la perspective de la Méditerranée à ses pieds, et dans cette cour de briques, et avec son regard tourné vers nulle-part, n'est qu'un pale  fantôme de notre " France d'Alger". Et cela m'a doublement ému.

 

 

La France-Musee Bourdelle-copie-2

 

  En 1962, nous fumes livrés à la folie des terroristes islamistes descendus de la montagne après les tristes accords unilatéraux entre la France et le F.L.N . Car non seulement, nous Français d'Algérie ne furent pas consultés lors du référendum hexagonal, mais machiavéliquement les forces armées de la République Française furent consignées aussitôt dans leurs casernes, les fidèles harkis se virent leurs armes retirées et abandonnés lâchement à la faveur de la nuit, et nous les citoyens  livrés à la vindicte de la populace qui hachaient toute une population livrée au Minotaure par le Gouvernement de Paris.
C'est alors qu'une infime minorité de patriotes s'organisèrent sous le nom d'Organisation de l'Armée Secrète, pour essayer de s'opposer à ce qui visiblement était déjà perdu.
La statue "La France", qui pour nous était aussi le symbole de la France Libre, surtout  depuis 1942, fut malheureusement plastiquée par un écervelé. Elle s'écroula. Paris qui n'était pas pressée de rapatrier ses citoyens qui campaient sous un soleil de feu, et les menaces terroristes, en attente de bateaux ou de rares avions, en grève même, ne fit rien pour démonter le splendide "Monument Aux Morts" de Paul Landowski, qui était au coeur de la Capitale. Alors il fut enrobé de béton par le Gouvernement du F.L.N, et au marteau furent détruits tous les milliers de noms des combattants français "Morts Pour la France" gravés dans le marbre.
"La France" de Bourdelle, eut  plus de chance: ce sont, les descendants du sculpteur qui à leurs frais rapatrièrent la statue endommagée et entreprirent sa réparation.
Aujourd'hui, elle se dresse fièrement  au Musée du Souvenir de Coetquidam.

L'article ci-dessous d'Alger-Roi et du CDHA est remarquable par ses détails, et a pour source la Conservatrice du Musée :"Madame Rhodia Dufet-Bourdelle, fille de l'artiste et conservateur du Musée Bourdelle à Paris a bien voulu raconter l'histoire de " cette France ".dans :

 

http://www.alger-roi.net/Alger/cdha/textes/6_statue_france_bourdelle_cdha45.htm

 

Et "La France d'Alger" est maintenant au Musée du Souvenir de Coetquidam.
http://guer-coetquidan.pagesperso-orange.fr/bisto/coet/hist_coe.html

 

Je dois ajouter que le   Musé des Beaux Arts qui surplombait le Jardin d'Essai, (lui-meme une oeuvre botanique exceptionnelle pour acclimater et créer    des plants robustes qui firent la richesse agricole de l'Algérie ), contenait les trésors  picturaux de ses artistes les plus célebres. Hélas, ces tableaux restèrent accrochés aux cimaises devenues  algériennes. L'Algérie nouvelle reçut ainsi sur un plat d'argent tout un magnifique passé colonial  économique comme artistique, une dot qu'elle n'eut de hâte que de dilapider et d'arabiser. 


VII ) Le Jardin du Luxembourg.

Extrait de "Rose et Ninette" , d'Alphonse Daudet:
"Avenue de l’Observatoire, tout au fond, sous les marronniers en dôme d’épaisses verdures, un après-midi de juin, Mme La Posterolle battait d’un talon nerveux l’asphalte espacé de bancs où traînaient des loques désœuvrées, des songeries patibulaires. En mauve toute, depuis les bas jusqu’à l’ombrelle, et sur ce mauve le blanc poudré de sa perruque d’aïeule, la dame paraissait peu sensible au flatteur étonnement du rapin ou de l’étudiant qui, avant d’entrer chez le maître d’armes voisin, se retournait pour voir cette vieille personne aux yeux d’une jeunesse si provocante, à la démarche autoritaire et solide d’un commandant de bord sur sa passerelle".

Je n'avais qu'à traverser la rue sous l'oeil vigilant des Gardes Républicains en poste  à l'entrée du Sénat, pour me retrouver avec Le Petit Chose dans le Jardin du Luxembourg.
Des enfants joyeux s'agitaient autour du Grand Bassin pour encourager leurs voiliers inclinés par le vent léger dans leur traversée. Aidés de leurs bâtons ils relançaient leurs bateaux pour un nouveau voyage lorsqu'ils butaient en fin de course sur le rebord circulaire. Les voiles blanches, surmontées chacunes d'un petit pavillon de couleur différente, se mêlaient aux Cols Verts qui barbotaient en amitié autour d'eux, et quêtaient des miettes de goûters.

 

Feuille de Marronier,du Jardin du Luxembourg. Paris

 

 

Regardant bien autour de moi pour vérifier l'absence de la force publique (!), je cueillis sur la plus basse branche en me haussant sur la pointe de mes pieds fatigués, une feuille d'un des célèbres Marronniers que décrivit Alphonse Daudet dans ses Contes. Allongée et aux bords finement dentelées, elle était d'un beau vert foncé, mais de marrons point, ce n'était pas la saison, ils ne tombent qu'en Septembre.

Pressée entre deux papiers, elle va vite perdre sa couleur et devenir une feuille morte.

Comme il est dit, on ne peut pas être et avoir été...
http://www.gustave.com/fruits/464/chataigne-marron.html

 

Je clos (provisoirement) ces impressions parisiennes d'un rapatrié, exilé, qui n'oublie rien du passé, bon ou mauvais. 

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Quichottine 17/05/2012 13:35


J'espère effectivement que cette clôture n'est que provisoire...


Vous avez certainement encore beaucoup à raconter.


 


Merci pour ces partages d'émotions diverses.


 


Passez une belle soirée.

Fethi 10/05/2012 10:51


Article très intéressant et instructif. Bonne journée

Georges L. 11/05/2012 08:38



Bonjour Fethi,


Nul n'est mieux placé qu'un étranger à la ville pour apprécier Paris, la fraîcheur de ses matins, ses couleurs changeantes, ses secrets, et surtout son Histoire qu'on découvre à chaque
pas....Merci de m'avoir lu.



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