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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 09:04
C'est le récit tragique de l'embarcation "Egoz", (Noix en hébreu), chargée de familles juives fuyant le Maroc et qui sombra en méditerranée près des cotes marocaines, en essayant de gagner Israel,  en Janvier 1961.


Dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, la R.A.F (Royal Air Force) eut à faire face à un problème crucial: la récupération de ses pilotes abattus au dessus de la Manche ou en Méditerranée. Blessés ou choqués  avec leur ceinture de sauvetage dans l'eau glacée, ou au mieux dans leur dinghy il fallait faire vite pour les récupérer. Cette embarcation, minuscule barque gonflable, munie de sa bouteille d'air comprimé, est de couleur jaune pour mieux être repérée dans les vagues. Elle est équipée de deux courtes rames, d'un petit mat pour une voile, d'une dérive en tissu de la forme d'un manche à air qui immergée permet de garder une direction .
Pour porter secours rapidement, même dans les fortes vagues, furent construites des vedettes rapides légèrement armées connues sous les initiales de H.S.L :"High Save Launch". Quand les avions anglais décollaient pour une mission, près des cotes elles attendaient prêtes à s'élancer pour rechercher un équipage qui avait sauté en parachute ou fait un amerrissage de fortune .
Ces petits bateaux conçus par George Selman furent construits en bois, pour être légers et facile à mettre en chantier. La coque était robuste, bâtie sur une échine en bois très dure, avec un bordage de planches assemblées en double diagonales comme l'explique ce dessin ci-dessous, extrait d'un livre d'une école de marine. Le bordage extérieur était orienté de façon à fendre la vague, en remontant vers la proue. Remarquez la toile placée en sandwich dans la construction pour en assurer l'étanchéité.

  Illustration d'un bordage extérieur et intérieur monté en "double-diagonales"

bordage en diagonale

             Cette Vedette, dénudée, va être complètement rénovée .


142 may2004

Ce dessin "éclaté" est celui d'une très moderne vedette britannique avec son équipement électronique qui évidement n'existait presque pas il y un demi-siècle .


RAF illustration

 Mais pourquoi toute cette description maritime ? Et bien parce qu'à la fin des hostilités, beaucoup de matériel allié fut désarmé et acheté à bas prix là où il avait été employé. Des vedettes furent adaptées à des fins civiles, d'autre acquises pour faire de la contrebande à la faveur des cotes escarpées et idéales pour s'esquiver . L'une d'elle fut utilisée par des émissaires du Mossad (1) envoyés d'Israel pour aider l'émigration clandestine des Juifs fuyants le Maroc pour rejoindre en première étape Gibraltar.



RAR extra

Ashdod est aujourd'hui une grande ville portuaire  au Sud d'Israel. Vous avez du en entendre parler lorsque les navires affrétés par le Hamas qui  essayèrent d'éviter la vérification de leurs "marchandises" destinées à Gaza,  pour finir furent interceptés et conduits au port israélien le plus proche en eau profonde. Ashdod m'est bien connue car j'ai des amis qui y ont souffert des attaques de fusées tirées de Gaza et qui ont terrorisé jusqu'à dernièrement la population (2). C'est pour l'algérois que je fus, comme pour me retrouver dans la ville qui m'a vu naître. Des que je prononce une phrase, en hébreu l'interlocuteur me sourit et me répond en français avec l'accent de là-bas . Et tous les enfants dont les parents sont originaires d'Afrique du Nord sont francophones. A ces pionniers se sont ajoutés dans la rue des conversations en russe, en  anglais et aussi en amarite la langue des éthiopiens, et même les rires des enfants de la grande colonie de Bombay.  Dans les rues bâties d'habitations à loyers modérés, les quartiers se ressemblent, et j'ai du un peu me perdre, étant descendu trop tôt de l'autobus qui m'avait conduit de Tel-Aviv . En Israel, jamais une personne interrogée ne vous répondra qu'elle ne connaît pas l'adresse que vous cherchez. Cet excès d'enthousiasme me conduit d'abord à la stèle des soldats tombés au Champ d'Honneur pendant les multiples guerres, puis à un Mémorial pour marins, et aussi à  une grande sculpture moderne offerte à la ville. Pour finir, un chauffeur de taxi, qui gentillement téléphona à sa femme qui travaillait à la Mairie me conduisit à deux pâtés de maisons devant ce monument élevé à la mémoire des disparus dans le naufrage du Pisces.  Pisces, en latin le Poisson, nom original de cette coquille de noix est la sculpture que j'ai photographiée :

Une sorte de baleine emportée dans les vagues. Sur la plaque de métal, les noms des passagers qui périrent dans ce drame, si loin d'Israel .

 

 

Egoz memorial

 

 

Début des actes anti-juifs au Maroc en 1954.  

"Durant l'été 1954, la terrorisme nationaliste s'amplifia contre les français. Cette vague nationaliste vit le jour sous l'influence des évènements d'Algérie .
Le terrorisme des nationalistes se répandit au Maroc entraînant avec lui une baisse de l'économie. Ce mouvement permit le retour du Sultan du Maroc en Octobre 1955. Aussitôt que le Sultan posa le pied au Maroc, les juifs joignirent leurs acclamations à celles de la foule.
Un changement radical se produisit dans les relations entre les juifs et leurs voisins dans les régions les plus reculées, l'écho du terrorisme  parvint même dans ces régions où s'installa l'agitation. Ces actes nationalistes visaient aussi les juifs qui étaient considérés comme des alliés des français. Durant l'été 54, le terrorisme sur le territoire augmenta et débuta par un évènement tragique dans le village de Petit Jean, aujourd'hui Sidi Kacem .
Une grande manifestation eut lieu à Petit Jean contre le gouvernement français, ce village était sous la protection de la France, là vivaient plusieurs familles françaises qui  s'étaient concentrées en nombre durant la seconde guerre mondiale .
Cette manifestation fut d'une grande violence, la foule déchaînée tua cruellement six juifs qui se trouvèrent à cet endroit. Ils étaient arrivés au village de Petit Jean afin de commercer avec l'armée Française.
Malheureusement, ils ne furent pas seulement assassinés mais furent aussi brûlés par la foule meurtrière. Ils furent lapidés et leurs corps incendiés sur un bûcher.
Après cette tragédie, de nombreux juifs commencèrent à se rendre au bureau de l'agence juive pour Israel  afin de se sauver du Maroc où la vague nationaliste allait de pair avec des actes de terreur et d'instabilité et ils essayèrent  par tous les moyens de pouvoir immigrer en Israel " .

Par Clementine et Pineuss Pour DAFINA.NET


 

Voici un texte d'Agnes Bensimon, sur la tragédie, extrait aussi du site "Dafina" :

 


"Le mercredi 11 janvier 1961, le bateau Egoz était sur le point de faire pour la treizième fois la traversée clandestine vers Gibraltar. C'était un vieux bateau qui avait servi pendant la  2ème guerre mondiale, une ancienne vedette de l'armée britannique reconvertie en bateau de contrebande. A son bord 10 familles de juifs marocains, 42 personnes en tout, prêts a faire le grand voyage pour la Terre Promise. Parmi eux le capitaine Francisco Morilla, 3 hommes d'équipages espagnols, Haim Sarfati, un israélien de 28 ans ne à Fez, délégué du Mossad, charge de la radio, qui effectuait sa dernière mission avant de rentrer se marier en Israel,  Jacques et Denise Ben Haroch, maries la veille, David Dadoune et ses 2 enfants qui s'était fait prendre avec un faux passeport à l'aéroport de Casablanca et qui était heureux de rejoindre sa femme et ses 2 autres garçons déjà en Israel, Henri Mamane, barman à Casablanca, et sa mère de quatre vingt ans, Hana Azoulay et ses enfants impatiente de retrouver ses 2 filles parties avec un groupe d'enfants le 2 janvier.
Les passagers étaient épuisés après 600 kilometre de trajet depuis Casablanca. En effet, pour ne pas attirer l'attention le groupe était sensé faire un pèlerinage
à Ouezzane sur la tombe de Amram Ben Diwan. En cas de controle après Ouezzane ils devaient prétexter une invitation à un mariage aux environs d'Al Hocema. La traversée de la chaîne du Rif avait été très difficile  à cause de la neige et du brouillard. Vers minuit ils s'étaient arrêtés près d'un pont où deux silhouettes masquées les avaient guindés sur un chemin rocailleux jusqu'à la plage. Là, des hommes armés, membres du réseau du Mossad, le visage recouvert d'une cagoule les avaient aide à embarquer sur les canaux de sauvetage pour rejoindre le bateau.
Mais
à mesure que le bateau gagnait la mer, la houle devenait mauvaise. Pourtant tout avait été vérifié et la météo avait prévu un temps clément. A 3 heure GMT, à dix milles de la cote Marocaine, la coque fatiguée du bateau s'est fendue comme une  coque de noix . En moins de 5 minutes, l'Egoz a coulé a pic. Sans doute le réseau du Mossad de Gibraltar parvint à capter les SOS et donnèrent ils l'alerte.  Le capitaine et deux marins réussirent à s'enfuir à bord de l'unique canot de sauvetage. Un chalutier espagnol, le Cabo de Gata les recueille au lever du jour et donna également l'alerte. Alex Gatmon, le chef du réseau au Maroc, entre en fonction deux mois plus tot, averti au plus vite Ephraim Ronnelle , son supérieur qui dirigeait depuis Paris les 3 réseaux d'Afrique du Nord. Les secours vinrent de toute part. Le garde cote Orphee et quatre chalutiers marocains partirent du port d'Al Hoceima. La base britannique de Gibraltar dépêcha une vedette rapide et un avion. Le commandant de la marine française en Algérie ordonna à deux escorteurs proche du lieu de l'accident (le Vendéen et l'Intrépide) de se détourner de leur route. L'attache militaire de l'ambassade d'Israel à Paris , le colonel Ouzi Narkiss, obtint du premier ministre Michel Debré l'aide de la France. Mais les secours arrivèrent trop tard. Vingt deux cadavres furent retrouves flottant à la surface retenus par une dérisoire ceinture de sauvetage. Les recherches prirent fin le jeudi 12 janvier 1961 à 14heures 25. On ne retrouva jamais l'épave du bateau ni les corps de 20 des passagers dont ceux de 16 enfants.
Cet évènement souleva une émotion considérable dans le monde, accentue par une campagne virulente en Israel et au Maroc (campagne de tracts placardes dans les rues des mellâhs appelée opération Bazak) suscitant la colère des autorités marocaines. Le prince héritier Moulay Hassan reçut en audience une délégation de la communauté juive : le Docteur Leon Benzaken, ancien ministre des postes et ami personnel du roi Mohamed V, David Amar, chef de la communauté juive et le grand rabbin David Massas. Ils demandèrent l'autorisation d'enterrer religieusement les morts. A la suite d'une longue négociation extrêmement tendue, le prince accepta
à condition que la cérémonie se réduisit au strict nécessaire et qu'aucun parent ne soit admis. Les 22 corps furent inhumés à la hate dans un coin reculé du cimetière espagnol d'Al Hocema.
D
epuis 1980 le 23 teveth a été déclaré jour du souvenir pour le naufrage du bateau Egoz en Israel
Après des années d'efforts et de tractations menées par le gouvernement isra
élien, des associations en Israel et des personnalités internationales, le roi Hassan II autorisa le rapatriement des ossements des naufrages qui eurent droit à des obsèques nationales au Mont Herzl à Jerusalem le 14 décembre 1992."

 

Sources :
Hassan II et les juifs par Agnes Bensimon

 

                                          Plaque en souvenir de l'exode tragique des Juifs marocains 


zadok 0765-copie-1
 

 

Sur cette tragédie , j'ai lu un commentaire haineux de communistes français, qui accusent les victimes ! (mais est-ce bien étonnant de la part de la propagande soviétique ?) :

 " Le sionisme, quant à lui, était bien organisé. Comme par hasard, à ce même moment, un petit bateau, le «Pisces», chargé de 42 émigrants, incapable de tenir la mer, coulait devant les côtes méditerranéennes du Maroc, son capitaine sauvant, quant à lui, sa peau! Lorsqu'on connaît l'efficacité de l'organisation sioniste, peut-être ne faut-il pas s'étonner de cette «coïncidence fortuite» qui permit à un journaliste sioniste d'écrire «Le Maroc a désormais son Exodus»

 


Mais voici d'autres témoignages précieux sur ce naufrage du 11 Janvier 1961 :

http://solyanidjar.superforum.fr/t1492-l-histoire-du-bateau-egoz-racontee-par-sam-benchetrit

 

Notes :

(1) Le rôle et la fonction du Mossad sont comparables au Secret Intelligence Service britannique ou à la CIA. Mais il possède aussi ses particularités liées à l’histoire et la politique d'Israël ; il est ainsi, par exemple, chargé de faciliter l’aliyah (retour en Israël) lorsqu’elle est interdite. (Wikipedia).

 

(2) Ashdod est  souvent la cible des fusées du Hamas de Gaza:

 

http://www.youtube.com/watch?v=H8TrZKEmfLQ


http://www.youtube.com/watch?v=LCgP_KZQo_g&feature=related

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Dinet 12/12/2011 09:39


Avoir la Vérité pour soi semble coûter fort cher en effet. Non seulement l'état d'alerte en permanence, les blessés, les morts, les familles pour toujours endeuillées, les destructions, mais
aussi la pérennisation du conflit.  Je rêve que vous trouviez un moyen de faire cesser cette tragédie. Je ne sais pas d'où le salut pourrait provenir. Mais mon ignorance n'est pas une raison
pour affirmer qu'il n'y a pas de solution . Alors je m'octroie le droit de rêver , puisque rien d'autre n'est à ma portée, et cela d'autant plus que rêver est une forme d'action qi en vaut bien
d'autres. Si bien que je transformerais votre phrase en "nous avons nos rêves pour nous". "Supporter les mauvais moments", dîtes-vous sobrement, nécessite plus que du courage : de l'abnégation .
Trop de sang à verser encore. Vous méritez mieux : de bons moments, des moments normaux , la paix . Ai-je tort de rêver ? mon rêve est-il dérisoire ? Il maintient en tous cas l'espérance dans un
avenir meilleur . Que ceux qui se satisfont du présent me jettent la première pierre ...

René 12/12/2011 09:09


Nos compatriotes Juifs d'Algérie qui ont choisi Israel en 1962 ont bati une ville en plein desert:
Après la signature des accords d’Evian le 18 mars 1962 et la proclamation du cessez le feu le lendemain, il va falloir 3 gros mois à l’Algérie pour accéder totalement à son indépendance.
L’éxecutif provisoire est mis en place en en avril 1962 à Boumèrdes, puis le 1er juillet 1962 aura lieu le référendum d’autodétermination : 99.7 % en faveur de l’indépendance. Elle est proclamée
le 5 juillet 1962.

Pendant ce temps, pieds-noirs et juifs quittent le pays. Destination principale, la France. Mais aussi Israël… Particulièrement Ashdod. La ville du sud d’IsraËl est celle qui attire le plus les
juifs d’Algérie. C’est aussi celle qui ressemble le plus à l’Algérie. Il n’y a que du sable. Tout est à faire. Tout est à construire.

Les premiers désaccords éclatent entre les séfarades et ashkénazes. Certains quittent Israël pour Paris. Mais la plupart reviendront soutenir Israël en 67, juste après qu’Oum Kalthsoum interprète
son succès “Edbah al Yahud” (égorge les juifs).
http://www.youtube.com/watch?v=Wc6n1WLaymE


Voir cette video sur Ashdod:


http://www.youtube.com/watch?v=Wc6n1WLaymE

Dinet 20/11/2011 11:29


Comme d'habitude, c'est bien écrit et bien documenté.


Vous éclairez vos lecteurs sur l'Histoire des personnes confrontées à la haine, au mensonge, à l'horreur. Connaître le passé peut aider à se bien conduire au présent...


J'aimerais voir Ashdot, dont vous dîtes qu'elle vous rappelle Alger...


En plus, on y parle français: une chance pour moi ...  au cas où je me perdrais dans cette ville où tout doit être indiqué en hébreu ! mais en anglais aussi, j'imagine...


 

Georges L. 11/12/2011 19:55



Bonjour Monique,

Vous ne risquez guère de vous perdre dans cette ville toute francophone, où le français est parlé avec l'accent de la-bas !
Par contre, depuis quelques trop longues années, il pleut des fusées en provenance de Gaza, qui déclenchent les sirènes d'alertes et plongent la population dans la terreur à n'importe quelle
moment..(30 secondes pour se jeter à plat ventre dans la rue ou chercher un abri !!). Nos chers voisins n'apprennent rien de l'Histoire, d'autant plus qu'ils sont encouragés par ceux que nous
croyons être nos amis...Mais nous avons la Vérité pour nous et cela nous encourage à  supporter ces mauvais moments.





René 14/11/2011 15:09



Quelle tragédie! et évidement je n'en avais pas entendu parler!! silence complice des médias!à mon sens, cela aussi fait partie de la mémoire historique de la France,bien qu'en 1961,le Maroc
n'était plus un protectorat Français.........



Georges L. 11/12/2011 19:51




Bonjour René,

Ce n'est qu'une des tragédies parmi tant d'autres. Le pire est que le Sultan a refusé pendant très longtemps le rapatriement des corps des noyés, et les a fait enterrer dans un coin désert comme
s'ils étaient des pestiférés. Un comportement habituel dans ces régions pour mieux punir les victimes et leurs familles, comme pour ajouter du sel sur la plaie...



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