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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 19:43


Cette vue aérienne de la vile d'Arad, avait été distribuée en 1962 à chacun de ses  pionniers. En bas de la photo on peut distinguer les baraques basses des premiers habitants sur le bord du wadi, et en haut les immeubles d'un urbanisme fonctionnel, dessinés  pour les protéger au mieux des rayons solaires.

Vigile-17 

J'ai connu Reuven Peretz en 1968. Arrivé de France juste après la Guerre des Six Jours, et après un séjour au Kibboutz et au Sinaï comme "Volontaire" j'ai travaillé comme vigile de la "Mishmar Ezrahi ", une société civile de surveillance, à l'usine de potasse de la Mer Morte.

Carte postale de l'époque:
Le lecteur imaginera le bruit d'enfer de ces fours tournants et la chaleur accablante !
Vigile-6
Reuven était le Chef de notre petite équipe qui devait surveiller les installations, mais aussi les alentours de l'usine jusque dans les collines. Le matin nous chargions les sièges de la Jeep de sacs de sable, précaution au cas nous sauterions sur une mine en allant vérifier dans la montagne les installations des pompes d'eau douce. Nécessité après l'attentat meurtrier(1) qui causa la mort du Directeur de l'Usine, de son Ingénieur et de soldats par des mines antipersonnel.
               La conduite du véhicule si lourdement chargé était dangereuse dans la piste caillouteuse.
Vigile-3

Un jour je lus avec tristesse sur le site de la petite ville d'Arad consacré à la mémoire de ses fils Morts pour que Vive Israel, que Reuven Peretz (2) avait été tué au combat en 1973, à 28 ans, lors de la Guerre de Kippour.
Reuven Peretz Biography
Je traduis sa biographie:
" Fils de Rivka et Raphael Peretz, Reuven naquit en Bulgarie le 16/9/1945. Il fit son Alyah en Israel avec sa famille en 1948. Il étudia à l'École Brenner de Kfar-Saba et continua ses études au Collège Agricole de Ben-Shemen.
Il fut un jeune homme au grand coeur, aimé de tous pour ses amitiés sincères et sa droiture. De fière allure et dévoué à ses parents et à sa soeur Esther.
Il fit son service militaire en 1963, et se porta volontaire dans le Corps du Nahal* fit parti de la Brigade 623 aéroportée. Il s'établit à Arad, ville nouvelle dans le Negev.
Le 24/10/1973, pendant la Guerre de Kippour, le Sergent Reuven Peretz tomba au combat dans la région de la Ville et du Canal de Suez dans le Sinaï. Il est enterré au cimetière de Kfar-Saba".
* "Nahal" : "Jeunesse Pionnière Combattante" crée en 1948 par Ben-Gourion pour combiner service militaire et communauté agricole.

Rappel:
  

'La Guerre du Kippour a débuté le 6 octobre 1973 par une attaque surprise des armées syriennes et égyptiennes contre Israël. Yom Kippour est le jour le plus saint et le plus solennel du calendrier juif. Cette guerre a duré jusqu’au 24 octobre 1973, jour où le cessez-le-feu est entré en vigueur".

Reuven est donc tombé au Champ d'Honneur le dernier jour de la Guerre ! (3).

 

Reuven au volant de sa Jeep en 1968 à la Mer Morte.
Photo rare (et je pense-même unique cliché de lui) prise avec mon appareil de pauvre qualité, mais combien précieuse.

Vigile-5-1  
Reuven aimait la vie en plein air dans cette région sauvage du désert de Judée, peuplée de Bouquetins, de Gazelles, d'Hyènes, de Marmottes et même de Lynx de Syrie. La dernière panthère a disparu de la région il y a plusieurs années déjà. En fait, elle avait bien mis bas à d'adorables petits, mais le mâle, jaloux de cette future concurrence, comme cela arrive parfois dans la Nature, les déchiqueta ! Lui-même, qui portait un collier équipé d'un minuscule émetteur pour le localiser, fut abattu par mégarde alors qu'il s'était introduit dans un kibboutz et en avait dévoré les chats.
Le matin, visite extérieure dans les collines de l'installation de la pompe d'eau-douce.
Attention ! L'enclos est miné.
Vigile-14
A la Mer Morte la chaleur, inutile de le préciser, est extrême. Faire la garde à proximité de l'Usine elle-même, et de ses fours tournants, c'était comme vivre proche d'un chaudron de sorcière. Reuven était infatigable et extrêmement dévoué à sa tache dangereuse, et exigeait de nous une discipline indispensable. Le matin, épuisés nous remontions nous reposer à Arad jusqu'en fin d'après-midi. Reuven s'allongeait sur la banquette au fond de l'autobus pour ne pas perdre un instant de repos. Nous remontions de l'étuve à moins de 400m jusqu'à la fraîcheur relative d'Arad à plus de 600m d'altitude. Souvent l'usine et ses environs étaient plongés dans un nuage de poussières blanches, quand l'air stagnait comme dans une mer des Sargasses. Les ouvriers travaillaient et se relayaient jour et nuit dans des conditions héroïques. Outre que je garnissais ainsi mon escarcelle de quelques écus, j'ai fréquenté ainsi des hommes simples venus de Tel-Aviv pour nourrir leur famille, tant le travail était une denrée rare. A leurs yeux, j'étais une curiosité. Aux miens ils étaient les défenseurs et bâtisseurs de l'Etat d'Israel. C'est à cette époque que je me suis fiancé avec cette région.

Vigile-2
Le matin, l'autobus arrive à Arad, après une longue montée en lacets de mille mètres depuis la Mer Morte.

Vigile-18

Un soir Reuven décidât de se poster avec nous tout près de l'endroit où la Mer Morte se resserre et offre un lieu de passage plus aisé pour les "fedayins". Il nous conduisit d'abord dans un bunker cadenassé était rangé un petit arsenal et laissa à chacun le choix de son arme personnelle pour une embuscade, car notre mitraillette Uzi était de courte portée. Cet étalage d'armes bien huilées et rangées soigneusement dans leur râtelier évoquait pour moi un film hollywoodien, mais hélas, c'était la triste réalité de la guerre que nous menaient les terroristes en essayant de passer en Israel pour y disperser des mines ou assassiner les paysans des villages pionniers de cette région hostile. Pour ma part je choisis une carabine à lunette. Je me sentais comme un personnage de Western...
    Au champ de tir à la mitrailleuse MG42, si gloutonne de munitions..

Vigile-8
Puis nous nous sommes allongés derrière une élévation de sable, avec la recommandation extrême de ne pas faire le moindre bruit. J'avoue que dans cette nuit noire comme de l'encre, je ne distinguais pas grand-chose de la Mer-Morte étale devant-moi ! Les fedayins étaient censés traverser en dinghy(4) cette bande étroite en profitant de l'absence de clair de lune. Les heures passaient et je m'efforçais de rester éveillé. 
Soudain je vis dans le collimateur, deux points lumineux. La nuit il est difficile d'apprécier les distances. Je faillis tirer comme un Tartarin sur cette cible mouvante. En fait c'étaient les yeux perçants d'un petit chacal des sables attiré par les restes de notre dîner nocturne. Ce coquin sans frontières, poussé par la faim, n'hésitait pas à s'approcher. Si j'avais été seul, j'aurai osé pousser devant-lui une portion d'oeuf dur, mais j'étais en service commandé qui ne connaît que les Lois de la Guerre... Évidement je ne pus partager avec mes compagnons le récit d'Alphonse Daudet, j'aurai défloré son conte, et me suis contenté de rire en silence !
De plus, si j'avais appuyé sur la gâchette, la rafale aurait alerté à tort toute la ligne gardée plus au Sud par Tsahal avec de fâcheuses conséquences....
Après de vaines  heures d'attente, Reuven nous donna l'ordre au lever du jour de nous replier, et chasseurs bredouilles, nous somme revenus au Bunker ranger nos armes, sans auparavant avoir vérifié qu'une balle n'était pas restée dans la culasse, la source la plus fréquente d'accidents, et avoir nettoyé longuement des grains de sable têtus qui s'y étaient logés.

  Vérification et revue des armes.

Vigile-1

Pour beaucoup de lecteurs, Arad est la ville qui abrite l'écrivain Amos Oz, universellement connu.
 
Pour moi, l'évocation d'Arad est maintenant définitivement liée  à Reuven Peretz.
Il a vécu dans des régions peu hospitalières du Désert de Judée, et a trouvé la mort dans les sables du  Sinaï. 
Mais sa jeunesse et sa fougue, courent encore dans les montagnes de la Mer Morte.

Notes:

(1) Un jour nous apprîmes comment le Directeur de l'Usine et son Ingénieur sautèrent sur une mine à Neot Hakikar. Le 6 Mai 1968, report des évènements dans la région de la Mer Morte par la : "Jewish Agency Telegraphic" :"Two Civilians, One Soldier Killed by Mines; 17 Guerrillas Slain During Weekend"
May 6, 1968:

Two civilians, officials of the Dead Sea potash works, and an Israeli soldier were killed when their Jeep hit a mine near the potash plant yesterday morning. Two other civilians and a soldier were Injured in an earlier mining incident near the same spot. They were the only Israeli casualties of the post-Independence Day weekend during which Israeli forces killed 17 Arab marauders in three clashes in the Negev, the Jordan and Beisan valleys. A military spokesman reported renewed Jordanian small arms and artillery fire aimed at three Beisan Valley settlements and at Israeli forces near the Allenby Bridge today, the scene also of some desultory shooting by Jordanians yesterday. In each case the fire was returned and there were no casualties reported.

The civilian dead were identified as Dr. Yehoyachin Keinatt, 43, deputy general director of the potash works and Benjamin Birann, 38, an engineer who was director of manpower and administration. The soldier was cadet David Braberyahu, 23. They were killed when their Jeep and an Army command car raced to the aid of another Jeep which had just struck a mine, injuring its civilian and military occupants. The mines had been laid by terrorists on a road near the potash evaporation ponds. Late last night an Israeli patrol near the southern tip of the Dead Sea encountered a gang which is believed to have planted the mines.

News of the battles in which 17 Arab guerrillas were killed was withheld so as not to spoil Independence Day celebrations Thursday and Friday. Twelve heavily armed guerrillas were killed by an Israeli patrol near Neot Hakikar on the Jordan border south of the Dead Sea Thursday night. Soviet-made machine guns and hand grenades were found on the bodies. Four raiders were killed in a clash in the Jordan Valley and a fifth south of the Sea of Galilee.

(2) A la Mémoire des enfants d'Arad :
  
(3) La Bataille pour Suez:
Elle fut sanglante jusqu'au jour de l'armistice. Israel avait réussi avec de lourds sacrifices à mettre pied sur la rive égyptienne du Canal de Suez, le 25/26 Octobre 1973.
http://en.wikipedia.org/wiki/
Battle_of_Suez

(4) Dingy:
Petite embarcation gonflable, qui à l'origine faisait partie de l'équipement de survie du pilote abattu en mer.
Après la WW2, ces petites embarcations bradées dans les surplus américains firent notre joie à Alger-de-ma-jeunesse.
   
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

rené 18/07/2013 07:57


Encore une belle tranche de vie! çà m'a rappelé les chacals qui s'approchaient des postes ,dans le djebel algérien. Quelquefois des carabines US leur répondaient.....merci pour ton commentaire
sur mon blog limousin ,mais j'ai toujours celui avec la photo d'Alger(Algerazur)


Il y a aussi un hommage à Mimoun


Amitiés


René

Georges Levy 18/07/2013 13:08



Bonjour René,



A force d'éplucher ma vie et de la découper en tranches au hasard de mes souvenirs, il ne m'en restera plus beaucoup...Je suis pétrifié par la fuite du temps, c'est un état naturel à mon âge, et
en évoquant le passé cherche à oublier le présent....Le probleme c'est que le passé aussi s'embue...Alors tout se retrécit ! Mais l'amitié demeure !


Bonne fin de semaine dans ton doux Limousin.


Georges.


 



Quichottine 15/07/2013 00:06


Ce qui me frappe toujours lorsque je viens chez vous, c'est que vos articles sont vraiment bien documentés.


 


Il y a beaucoup à apprendre en vous lisant...


 


Là, je me dis que bien sûr je ne vais pas tout retenir mais sûrement l'idée que les lieux où nous avons vécus se parent de nos souvenirs et quelle que soit  l'histoire qui s'y est déroulé
ensuite, nous ne garderons bien souvent que ce qui était le plus important, l'admiration, l'amitié ou l'amour ressenti.


Passez une douce semaine, Georges.

Georges Levy 15/07/2013 16:11



Bonjour Quichottine,


J'ai pour certains sujets des souvenirs précis comme gravés dans la pierre. Des fois mélancoliques, d'autres d'un temps sans soucis, mais tous inoubliables. En fait rien d'extraordinaire, nous
sommes tous ainsi, tant que les neurones ne flanchent pas !. De toutes les façons il est commun de lire que cette activité retarde les problèmes ! Alors ne nous en privons pas ...


Bonne semaine !


Georges L.



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