Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:51

 

Suite à l'article "Allégories de la Métrologie" :

http://srv07.admin.over-blog.com/index.php?id=1285532119&module=admin&action=publicationArticles:editPublication&ref_site=1&nlc__=221357834193

dans lequel je décrivais un grand dessin au fusain* et jugeais que c'était une maquette pour sculpter le fronton du L.N.E  où figure un triptyque, je fus reçu lors d'un passage à Paris par l'archiviste avec qui nous avons échangé des souvenirs et qui m'avait promis de s'enquérir sur l'auteur de ces trois bas-reliefs qui ornent  le haut de l'immeuble. J'ai reçu il y a quelques temps ces précisions et je l'en remercie vivement :

"Lors de votre visite, je vous avais parlé de photographies relatives à la pose des fresques de Marcel Chauvenet, sur la rotonde.  

Avec retard, je  vous en livre deux, en pièces jointes. Je date la prise de ces photographies vers 1961". 

  *  A l'occasion de cette visite j'avais confié à l'Archiviste ce dessin pour qu'il en prenne soin.

               Le fronton et ses 3 maquettesSIMP104327512101016510

 

SIMP104327512101110230 

Si vous revenez sur Paris avant deux ou trois ans, je vous recevrai avec plaisir. Au delà, mon service aura certainement déménagé sur le site de Trappes, en banlieue parisienne. Notre établissement doit achever le transfert de ses dernières activités vers 2016-2017. Quel sera le sort du bâtiment, nul le sait pour le moment.Si vous avez le moindre souci pour lire les documents (format JPEG), vous pouvez toujours me contacter.

 

Cordialement.

 

marianne LNE

Hervé GUYONNET
Archiviste
Direction de la Recherche Scientifique et Technologique
Tél. : 01 40 43 38 66

Laboratoire national de métrologie et d'essais
1, rue Gaston Boissier - 75724 Paris cedex 15
Tél. : 01 40 43 37 00 - Fax : 01 40 43 39 65
Site internet : www.lne.fr 

   de : georges levy [mailto:levygeorges@gmail.com]
Envoyé : lundi 23 avril 2012 16:51
À : Guyonnet Hervé
Objet : Allégories de la Metrologie,

     Bonjour Monsieur Hervé Guyonnet, 

Je viens de terminer ma courte escapade à Paris, et je vous envoie donc ce message par courriel, l'imprimé vous l'ayant confié lors de notre rencontre au L.N.E. Je vous remercie de m'avoir consacré ce moment pour moi précieux à retrouver, évoquer et préciser mes souvenirs. J'espère que ce dessin à l'auteur inconnu éveillera la curiosité des archivistes dont vous faites partie. 

Bien cordialement, 

Georges Lévy.

---------------------------------------000000000000-----------------------------------


Il me parait important de préciser que ce texte que vous allez (peut-être!) lire, n'est pas le fruit de mon imagination dans une vie antérieure et que  ces personnages qui me furent chers (même s'ils sont devenus des fantômes pour certains), riront de la-haut ou ici-bas en se rappelant le temps de leur jeunesse.

  L.N.E.

      Cher Jacques, pied-noir, es'mmaien, Ingénieur informaticien, et ancien bien conservé du C.N.A.M (nourriture de l'esprit) et du L.N.E (notre pain quotidien) !  
Je suis  tellement occupé avec mes petits enfants, que je n'ai pas encore eu l'occasion de coucher sur le papier mes souvenirs du Labo , il en est temps.
Ce bâtiment de la rue Gaston Boissier, est une merveille d'architecture. Cet historien (1823-1908), fut un Académicien amoureux de la Rome Antique. C'est  peut-être pour cela que le fronton du bâtiment est soutenu par d'immenses  piliers cylindriques, et qu'un large  large escalier accueille ses fidèles comme un temple romain.....
Lorsque je fus invité dans le bureau de Monsieur Bellier pour  l'entrevue  de mon admission au Labo, j'eus à franchir une porte capitonnée que poussa sa secrétaire, et fouler une moquette verte, épaisse et moelleuse, avant de m'asseoir sur un huitième de fesse, sur un profond fauteuil de Ministère des Affaires Étrangères....

Le superbe escalier d'entrée menant aux laboratoires.

Remarquez les très belles volutes en fer forgé style Art Moderne.

On se croirait dans un musée... 

Sous les vitrines sont exposés les anciens étalons de mesure de poids et de volume.

 

img 1456

 

 

J'étais extrêmement impressionné par cet apparat, mais le "Vieux", m'accueillit  par des mots très favorables, lorsque frais rapatrié, je ne pouvais cependant me retenir imprudemment d'évoquer l'Algérie. Cela ne l'a pas empêché de m'enrôler à un grade de misère, mais non seulement je le lui pardonne, mais le remercie car ce poste fut pour moi une planche de salut. Sans compter qu'il fut un Directeur tolérant qui ferma  les yeux sur bien de nos chahuts. Le chef du mini-département électronique,  Michel Griffon, supervisait quatre  agents techniques dits "physiciens" et un Ingénieur électronicien, outre les quelques élèves qui faisaient un stage pour passer leur thèse d'ingénieur CNAM.  Le technicien principal, "le père Brun", un homme trapu, taillé dans le bois dur de la vie,  nez rouge bourgeonnent et fort comme  un bûcheron, qui avait travaillé chez la Société Labinal, était un agent-maquettiste très doué. De ses gros doigts gourds, sortaient des câblages, des torons exemplaires, épais comme le bras, et dont un oeil averti pouvait non sans plaisir suivre les fils  parallèlement d'un bout à l'autre des connecteurs  Souriau. C'est lui, cet ours diplômé de l'école de la rue, ce vrai parisien qui passa sa  jeunesse dans la "Zone" près des "Fortifs" m'enseigna  tous les secrets de la construction électronique. Car aussi étrange que cela peut paraître, un bon électronicien doit avoir aussi des notions de mécanique et d'architecture pour  mener à bien son projet. Il se moquait de mes premiers travaux, qu'il nommait "perchoirs à mouches", et m'expliqua l'art du câblage, comment éviter les mauvaises soudures et les mauvaises masses qui provoquaient les pannes baladeuses et des signaux parasites par induction. Il introduisit au Labo, la technique pour faire de  toutes pièces des prototypes de  circuits imprimés, de leurs dessins sur le support de cuivre, au développement au bain d'acide. Grâce à lui je construisis ma première "perruque" (1), un poste de radio à transistors: ces petite merveilles miniatures de semi-conducteurs au Germanium, grosses comme des têtes d'allumettes, au corps de verre à 3 pattes peint en noir de chez "Sisco", qu'il fallait sélectionner à l'époque pour appareiller leurs paramètres, les fameux OC44 (RF), OC71 (Driver),et 2 OC72 (Push-Pull). Lorsque la peinture noire s'écaillait, la lumière modifiait les caractéristiques du transistor qui se transformait en photo-diode !...

Avec un seul tournevis, sans générateur et appareil de mesure, ce génie manuel  réglait et ajustait à l'oreille les transfos  moyenne-fréquence 455 Kcs, et le poste, comme par miracle chantait dans ses mains. Ce sont des souvenirs inoubliables. Il était l'heureux père de dix enfants, (au moins), et chaque année il n'osait plus en dire le nombre exact ! Habitant près du Parc Monsouris, il aimait évoquer ses souvenirs de jeunesse dans les limites de Paris, la "Zone" dangereuse et campagnarde.
Il venait au travail en cyclomoteur, et un matin qu'il franchissait quelques mètres sur le trottoir pour ranger son "Vélosolex", un agent de police embusqué lui rédigea une "contre-danse" pour avoir pris un raccourci sur ces dalles. Il débarqua, furieux et humilié à la fois, comme un moderne Crainquebille grevé par cette amende.  Il aimait rappeler que pendant la 2ième guerre mondiale il fut mobilisé jeune au S.T.O, ( Service Travail Obligatoire) pour coudre des filets de camouflage. Et il me parlait de "Résistance". Bizarre autant qu'étrange, tous étaient soudain devenus des F.F.I. (Forces Françaises Intérieures ) qui germèrent  avec l'arrivée des Alliés et de Leclerc F.F.L. (Forces Françaises Libres) aux portes de Paris... Il est vrai qu'à  Vanves-la-Rouge où j'ai logé, beaucoup de rues sont aux noms de "Résistants fusillés par les nazis". Ce vrai parigot était  un excellent homme qui souffrait de son manque d'instruction théorique mais dont l'expérience valait bien des diplômes, et j'avais de l'admiration sincère pour ce phénomène de la butte Montsouris. Un appétit féroce lui faisait dévorer de la viande de cheval...ce qui expliquait sûrement son  visage chevalin allongé et son sourire très dentu et bon à la fois. Une première crise cardiaque inévitable à ce régime ne réussit pas à l'abattre.  M...., le Chef de ce groupe coloré, traînait la patte, à la suite d'une poliomyélite qui l'attaqua dans sa jeunesse. Ce personnage en blouse blanche réglementaire avait un tic: il regardait souvent ses deux doigts croisés, sans s'en apercevoir. Brun le taquinait  malicieusement toujours sur sa "patte folle". Ils étaient opposés, mais comme les transistors npn et pnp, étaient aussi complémentaires. L'un était la Tête, et Brun, les Jambes,  comme  à  la célèbre émission de  T.V. d'alors. Michel avait étudié la Radio en cours du soir au CNAM, et son travail était d'entretenir, et dépanner les nombreux appareils de mesure du L.N.E., une occupation très variée où il excellait. Un heureux caprice scientifique de Bellier, fut d'introduire dans notre salle, un ancien calculateur analogique de chez "Dervaux", qui devait servir aux Travaux Pratiques du CNAM après rénovation de notre part. Les opérations étaient basées sur des modules amplificateurs continus à lampes miniatures du type noval, à  faible dérive, rangés dans une baie, avec un pupitre d'interconnexions manuelles. La dérive de ces amplis avec la température, et aussi dans le temps, était le grand problème. Calcul intégral et différentiel était opéré par des simulations de tensions, qui attaquaient l'entrée d'ampli opérationnel monté en intégrateur ou différenciateur ou sommateur ou soustracteur pour effectuer les opérations de base et  donner les résultats mesurés en tensions qui en étaient la transformation. L'échauffement causait des dérives, et le composant principal dans la boucle, une capacité isolée à l'Araldite, la meilleure de l'époque, avait des fuites électriques avec le temps. et sa propre résistance parasite quoique très grande n'était pas évidement pas infinie. Bien sur le problème était aussi que l'ampli à tube n'était pas idéal et ne suivait pas tout à fait la théorie comme sur le papier. Pourtant on obtenait des résultats  proches de la théorie, dérivés,  intégrés, multipliés, divisés, additionnés ou soustraits par rapport à la tension d'entrée. C'était l'époque héroïque du calcul analogique, avant que tout ne soit digitalisé, coupé en rondelles de "0" et "1". ( Le problème, c'est qu'il y a aujourd'hui trop de "zéro"et pas assez de "héros", mais c'est une autre affaire !!). Là je dois renvoyer le lecteur à un site que je viens de retrouver, et qu'il faut lire avec beaucoup de considération, je dirais même presque au garde-à-vous, tant il mérite le respect du génie humain.    

                   http://www.paulbraffort.net/science_et_tech/

et choisir la partie: "Les digitales du mont analogue ". Je cite :

"Les solutions à obtenir sont des fonctions d'une variable réelle  le temps. Les machines analogiques sont universelles en  un sens particulier;  elles sont constituées  d'un certain nombre  (à  l'origine quelques  dizaines,  plus  tard  de centaines) de composants fonctionnels (ou actifs) standard :

- Sommateurs
- Intégrateurs
- Multiplicateurs
- et de composants relationnels (ou passifs)   :
- Potentiomètres
- Générateurs de fonctions

Programmer une machine analogique, c'est effectuer le câblage d'un "panneau d'inter-connexion"  (tout comme pour les premières machines "digitales"),  puis "afficher"  une valeur numérique de tension électrique aux potentiomètres. On a alors dessiné, puis implémenté un schéma analogique qui,  s'il est correct, permet de simuler le comportement d'un système d'équations différentielles.

Il s'agit bien de simulation  puisque la constitution de l'élément "intégrateur" est fondée sur la loi d'évolution dans le temps d'un courant électrique qui traverse un ensemble résistance-capacité qui  furent  étudiées par Kelvin et  sont à  l'origine des "analyseurs       différentiels", ces iguanodons de l'Informatique!..{"

 -Je saute donc les explications trop techniques pour en arriver à la machine électronique qui réalisait ces opérations analogiques.
Là, il est question des Ingénieurs  Dervaux et Gired, créateurs de ce calculateur, qui en fin de carrière vint échouer entre nos mains.
Le re-câblage, et la modernisation par de nouveaux composants de ce monstre antédiluvien (des années 50) nous fut confié. Mais ce fut le père Brun qui transforma cet amas de filasse derrière les pupitres en un calculateur qui fonctionna parfaitement et qui servit aux élèves du CNAM pour leurs Travaux Pratiques dans notre salle. Brun avait auparavant travaillé chez Dervaux et donc connaissait aussi Girerd. Il nous racontait souvent, qu'en plein milieux du travail, et pour délasser tous les techniciens, le célèbre Ingénieur et artiste Paul Braffort qui avait plus d'une corde à son arc avait coutume de sauter sur une table de travail, pour entonner une chanson, accompagnée de sa  guitare. Quelle  rare ambiance !!.

Paul Braffort 45tours recto
---------------------------------000000000000000000-------------------------------------

Partager cet article

Repost 0
Published by Georges Lévy - dans souvenirs
commenter cet article

commentaires

René 22/04/2013 08:34


Belle tranche de vie racontée avec tant de détails émouvants! Je retiens le passage des portugais victimes lors de l'éffondrement de l'immeuble en construction ...à l'époque les immigrés
trouvaient facilement du travail dans le bâtiùment,mais c'était dur!! moi même ,en 1963,en désespoir de cause ,j'ai travaillé dans le bâtiment,en qualité d'electricien .. nous faisions des
semaines de 60heures .. et volontairement car c'était le seul moyen d'avoir un salaire décent!!! il n'y avait pas d'assistanat alors!! mais nous étions heureux d'avoir un travail.....


Bonne journée (ensoleillée j'éspère)cher Georges


Amités

Georges Levy 22/04/2013 15:00



Bonjour René,


"Tous les débuts sont difficiles", c'est vrai pour tous et surtout pour nous qui devions repartir à zéro, traumatisés par la fin tragique de l'Algérie Française, et qui
souvent ne furent pas accueillis les bras ouverts !


Moi j'ai eu de la chance à ce point de vue de trouver assez rapidement un emploi. Il nous reste de bons souvenirs de cette époque héroïque surtout parce que nous étions jeunes...Pour les Parents ce fut une catastrophe.


Esperons que nos enfants et petits-enfants ne connaitront jamais  la tragedie du déracinement...


Tiens bon la barre dans ton beau Limousin.




Quichottine 19/04/2013 15:54


Je suis toujours émerveillée devant le talent et les capacités de certains.


C'est incroyable de les voir faire !


Merci pour ces souvenirs, Georges.


Passez une douce journée.

Présentation

  • : des souvenirs dans un mouchoir
  • des souvenirs dans un mouchoir
  • : souvenirs d'enfance et d'adolescence
  • Contact

Recherche