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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 18:36
  La Transparence du Fer


Cette semaine je suis allé au Musée de Tel-Aviv ,(Boulevard du Roi Saul), qui habite en plus de ses collections permanentes  classiques et modernes sur deux étages, des présentations itinérantes. Cette fois, était exposé le travail d'un sculpteur, forgeron très moderne, qui ajoure des plaques d'acier pour réaliser des silhouettes étonnantes .
Zadok Ben-David est né en 1949 en Israel et après ses études artistiques à l'École Bezalel de Jérusalem, vit à Londres. Le thème de sa présentation : "L'Homme et la Nature ". Dans un grand espace sont représentés le Corps Humain et des Arbres en totale symbiose. Il faut bien sur prendre du recul pour apprécier ces silhouettes qui se détachent sur le blanc des murs.
Si vous vous approchez et touchez du doigt les contours de la découpe, vous ne sentirez aucune aspérité, aucune bavure, tout est lisse, malgré l'épaisseur de 15m/m de la plaque dans laquelle a été taillée la sculpture. Zadok emploie la méthode plus moderne que la traditionnelle coupe à l'autogène, celle du faisceau au Laser dont l'épaisseur est de l'ordre de quelques microns. L'artiste dessine d'abord un pochoir de son oeuvre sur cette grande plaque. Et puis la machine le lit et engrange les données du dessin, et la découpe suit la programmation. Ces statues sont évidemment mécaniquement très lourdes , mais si aériennes à contempler !
J'ai demandé l'autorisation de photographier à un des gardiens, et à mon étonnement elle me fut accordée sur le champ.

L'Homme est un arbre avec ses ramifications comme une circulation sanguine .


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Le Départ, tous muscles bandés. Cette lourde masse de très grande dimension
est toute légère à l'oeil .



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Le tronc de cet arbre est formé de silhouettes humaines qui se terminent en branches . Un arbre superbe pour la collection de Quichottine* .

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Un arbre en forme de Lune, comme autant de bras qui veulent enlacer .


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J'ai continué ma visite en
parcourant la rampe douce qui mène au deuxième étage. J'ai reposé mes yeux un peu fatigués par ces treillis noirs et blancs en admirant des tableaux qui rayonnent la chaleur du passé .
Une oeuvre de Nahum Gutman, lorsque Tel-Aviv n'était que le quartier de Neve-Zedek des pionniers. A ses débuts, c'est un israélite originaire d'Algérie, Aharon  Chelouche qui entrepreneur, décida en 1870 de sortir des frontières de Yaffo (Jaffa) pour construire la petite Tel-Aviv. Ce quartier a conservé  son charme, ayant échappé aux Tours qui poussent le long du littoral.

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Et puis un  tableau du peintre israélien Reuven Rubin. De ce salon meublé pour une Musique de Chambre, le paysage d'une campagne d'oliviers.  Ce style léger comme le vent qui fait flotter le rideau me rappelle celui de Dufy.
J'y remarque ce rideau de bois poussé en avant, qui hélas n'existe plus dans les constructions modernes. Lorsque je passe devant un chantier, je cherche toujours à récupérer des décombres un de ces volets, imaginant de le nettoyer tout en gardant les craquelures du vieux bois, pour le placer sur un mur blanc, comme un vrai tableau.
Mais, ce fardeau est trop lourd pour moi, alors je continue à en rêver .


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Enchanté d'emmagasiner dans ma boite ces splendeurs, je fus sorti de mes rêves par les pas pressés d'un gardien qui m'enjoignit de cesser de photographier : ce qui était permis au rez-de-chaussée est interdit à l'étage !
Je dus donc continuer ma promenade, résigné, bien que mon appareil aurait bien voulu capturer un superbe tableau de Matisse représentant une "Fillette Juive d'Alger" que je n'avais vue dans aucun catalogue ! Mais mon Gemini, comme celui de Pinocchio me le déconseilla fortement, d'autant plus que j'étais suivi des yeux par la maréchaussée !.
Une des gardiennes de ce Temple, âgée et émigrée de l'ex-URSS, voyant mon enthousiasme se fit un plaisir de me faire un petit cours de l'Histoire de l'Art, et je l'ai écouté avec émotion, sans oser demander qu'elle fut son activité du coté du Rideau de Fer, pour ne pas la gêner.
Et puis je dus contourner un groupe d'enfants, accroupis et sages, leurs grands yeux ouverts vers le plafond, écoutant les explications de leur petite institutrice sur un mobile de Calder qu'elle essayait, mais en vain, d'agiter en brassant l'air de sa main ! C'est toujours avec émotion que je vois ces écoliers boire à la source les merveilles de l'Art, car jamais les livres ne peuvent remplacer une visite dans un musée.
Après quelques salles somptueuses, j'ai du aviser une chaise isolée pour me reposer. (Les bancs libres, c'est ce qui manque le plus dans les expositions).
Presque tout de suite, je fus accosté par des visiteurs me prenant pour un employé du Musée  avec mes cheveux blancs et mon blouson bleu foncé, pour me demander d'une voix discrète la direction des lieux où on pouvait vider son eau....Il faut reconnaître que la flèche était trompeusement tournée vers  la Sortie .
Je viens d'entendre à la radio que l'exposition tirant à sa fin est assaillie par les visiteurs qui doivent attendre deux heures aux guichets ! Je l'ai donc échappé belle et cela me rappelle la file d'attente aux pieds de Madame Eiffel quand j'avais emmené mes enfants visiter cette extraordinaire et géniale architecture d'acier .
En sortant une affiche rouge sur une palissade attire mon attention .
Au théâtre "Tmouna" seront présentées les "Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Le récitant sera accompagné d'illustrations musicales au piano.
Ouverture des portes à 22h30, 8 rue Soncino " .

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J'avoue que j'ai eu un pincement du coeur, car cette publicité qui se décollait me rappelait aussi à ma vie antérieure. sI éloignée dans mon passé
lycéen quand nous commentions l'Albatros :

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à coté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

  Le Poète est semblable au prince des nuées
  Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
  Exilé sur le sol au milieu des huées,
  Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Dommage que ces vers magnifiques que je peux lire et relire sans me lasser, ne puissent être aussi accrochés aux cimaises comme les oeuvres d'art.

Mais moi j'avais été surtout très impressionné en classe à la lecture de son poème "La Charogne" , alors que quelques uns ne pouvaient s'empêcher de rire, un réflexe naturel à cet âge. Mais ce ne fut que bien après le Lycée que je me suis heurté à la réalité .
Certes j'avais vu hélas des cadavres, ou des membres de soldats à demi-enterrés dans le désert du Sinai, une vision terrible que les vents de sable et les bandes de chiens errants avaient découverte, mais le soleil implacable les avait desséché et presque momifié en les transformant en lambeaux de cuir en quelques mois. Par contre lorsque notre chat disparut et que je suis allé à sa recherche dans les fourrés où il aimait chasser, j'ai fait une horrible découverte :

"Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
  D'où sortaient de noirs bataillons
  De larves, qui coulaient comme un épais liquide
  Le long de ces vivants haillons."


Baudelaire (La Charogne).

Mais les bataillo
ns de vers qui y grouillaient, eux  étaient blancs, et je dus chercher des forces dont je me croyais incapable et inconnues chez moi pour le sortir du buisson où il était allé mourir et pour l'enterrer. Car les chats sentant leur mort prochaine se cachent des vivants. C'était la première fois que j'étais en contact avec le travail silencieux de la mort et cette image tenace m'accompagne depuis inexorablement quand je suis confronté à la perte d'une vie et imagine l'évolution sourde et rampante dont nul tombeau de marbre aussi lourd soit-il, ne peut arrêter la marche.
Et dans les Cimetières je contemple avec dégoût ces Cyprès verdoyants qui caressent le ciel de leur plumeau pointu et puisent leurs forces dans l'horreur sous-terraine .

Mais je ne veux pas vous quitter sur des lignes tristes . En retournant chez moi, j'ai souri à ce charmant caniche qui garde sérieusement le fouillis de la boutique de tissus de son maître parti en goguette se rafraîchir le gosier...


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Notes:

Ci-dessous un exemple de machine à tailler les plaques grâce au Laser. (Uniquement pour illustration).  L'Artiste a choisi l'acier et non pas l'aluminium plus léger car cette matière brillante dans toute son épaisseur a le grand défaut de renvoyer une partie du faisceau du Laser .

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Un-nouveau-laser-pour-l-atelier-Plasmo-_53147-avd-20090703-56362603_actuLocale.Htm


Le Blog de Quichotinne :
http://quichottine.over-blog.com/

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Joëlle 02/03/2010 20:34


Cela fait un moment que je ne suis venue, ravie de cette lecture agréable chez vous cher Georges, merci pour le partage et la découverte de ces belles images.
Quichottine doit être ravie comme je l'ai été à cet instant :-)


solyzaan 01/03/2010 19:09


ohh là là formidable article !! que j'aurai aimé pouvoir faire cette visite, je suis conquise par ces formes, ces matières.Merci pour cette découverte !!! bizzzzz


René 01/03/2010 13:11


Merci ,cher Georges pour nous avoir fait profiter de cette visite au musée.Je lis toujours tes articles avec plaisir


margareth 27/02/2010 21:23


Justement, le dernier qui avait "ratissé" les salles se trouvait là et il a pris une belle semonce ! Il faut croire que je suis si discrète qu'on ne me remarque pas !


margareth 27/02/2010 13:55


Merci pour le long courriel qui m'a apporté tous ces renseignements que je garderai précieusement.
Cette promenade culturelle est très intéressante. J'aime particulièrement "l'arbre lune". Une fois il m'est arrivé de rester enfermée dans un musée. Pourtant je ne m'étais pas cachée ! Sans doute
absorbée par la contemplation d'oeuvres, je n'avais pas fait attention à l'heure et, au moment de sortir, la double-porte de verre qui séparait les salles du hall d'entrée était fermée.
Complètement paniquée j'ai cru devoir passer la nuit dans le musée (et peut-être soupçonnée de cambriolage !) Heureusement, deux gardiens qui allaient rentrer chez eux m'ont entendue ! Il paraît
que de toute façon l'alarme n'aurait pas tardé à se déclancher.


27/02/2010 20:51


"Rester enfermée dans un musée" ! Voila ce qui serait le point de départ d'un beau film !   En principe comme dans
les squares, les gardiens  partent du fond  pour ratisser vers la sortie . Et si vous aviez activé l'alarme et ameuté la maréchaussée ! Quelle histoire pour se disculper ! Moi j'eu une
autre frayeur, mais parisienne: lorsque je prenais le métro avec mes enfants j'avais toujours peur d'en laisser un sur le quai à cause de ces portillons automatiques qui coupent les files comme un
saucisson .


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