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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 15:11


  Introduction

   Ce  long sujet est développé en deux parties :

   Le Maître de l'Atlas-1 et -2

 

                           Le Port d'Alger, avec au premier plan un cargo à la cheminée rouge de la Cie Schiaffino

                                                      et en retrait la géante Grue flottante "Atlas"

 

Jacques Burel Port d'Alger

 

Yves Emsellem* m'avait envoyé la photo de cette huile de Jacques Burel, un grand artiste breton, algérois d'adoption, et célèbre Professeur de Dessin au Lycée E.F Gautier à Alger. Il m'écrivit que Burel avait peint ce tableau avec des verts de Bretagne, sans doute dans un moment de spleen. Dans ce port d'Alger interprété tant de fois par les plus grands maîtres dont Marquet, Cauvy, Durand, Jaubert, Lebourg et bien d'autres, figure presque toujours la silhouette imposante de cette grue flottante que j'aimais admirer manoeuvrer lors de mes promenades sur les quais.

*(Le père de Yves avait un magasin de disques rue Michelet, que fréquentait Burel, avide de musique. Voir les billets "Cimaises").

J'ai eu la chance de croiser sur notre chemin virtuel Jacques Abbonato, ( L'auteur  du Dictionnaire Pied-Noir d'Es'mma), qui m'a révélé que son père fut le "Bosco"(3) de cette fameuse grue Atlas , et  a bien voulu me confier ses souvenirs  de jeunesse tous orientés vers les activités portuaires paternelles . Ce ne sont pas seulement des  mémoires de jeunesse , mais aussi un témoignage de la vie quotidienne et difficile d'humbles habitants de l'ancien quartier de la Marine à Alger.

Jacques, en plus de son récit , a bien voulu m'envoyer à ma demande quelques lignes sur lui-même:

 

"En ce qui me concerne, comme tu le sais peut-être, je suis né rue du Liban, une rue qui donnait directement dans la rue de la Marine, là où se trouve la Grande Mosquée. Accessoirement, cette rue était à environ 100 m à vol d'oiseau de l'Amirauté, d'où les pélots(1) allemands reçus sur la gueule en Novembre ou Décembre 42, grâce auxquels je peux me qualifier de blessé de guerre, vu que j'ai reçu un éclat en séton sur la tronche, éclat qui a failli me tuer, dans les bras de ma mère, pendant qu'elle cavalait vers l'abri. Je ne sais pas trop quand nous sommes partis habiter à Bab-el-oued, probablement en 43 ou 44 : j'ai été inscrit (une année) en maternelle rue Rochambeau (45-46). Après quoi, j'ai fréquenté l'école Franklin jusqu'à l'examen d'entrée en 6ème, au collège Guillemin, d'où je me suis fait virer au bout de l'année... Ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que je voulais travailler et faire de la mécanique, d'où une année d'apprentissage, sous les voûtes qui font face au Club Nautique. Ça me plaisait bien mais je trouvais le boulot mal payé (800 anciens francs par semaine, puisque j'étais apprenti, puis une proposition à 3.000 anciens francs par le patron qui aurait bien voulu me garder, vu que je faisais exactement le boulot d'un ouvrier qualifié, en particulier en soudure à l'arc : j'ai refusé pour cette raison). Mais avant de me laisser faire ce que je voulais, ma mère m'a obligé à passer le Certificat d'Études Primaires, que j'ai obtenu sans problème. Après la mécanique, j'ai essayé beaucoup de métiers, en vrac : coursier, opticien lunetier, peintre, archiviste, avant de postuler à la RTF, fin 58, et d'intégrer cette boîte le 5 janvier 59, comme auxiliaire de bureau, après avoir menti effrontément dans ma lettre de candidature sur mon niveau d'études que je situais au niveau du BEPC. L'armée a interrompu cette belle promesse de carrière de gratte papier : 16 mois au 7ème RT, dans les Aurès puis, sur ma demande, mutation au 25ème escadron du train, à Philippeville, où j'ai passé 5 mois les plus beaux de ma vie, puisque le camp Péhaut était situé au bord de la mer, mais les également les pires parce que, affecté au 2ème bureau (les renseignements militaires) j'ai été aux premières loges pour savoir ce qu'on faisait aux harkis, lâchement abandonnés par la France : la plus grande honte de toute ma vie. Libéré sur place, j'ai rejoint mon père qui m'attendait à Alger : on s'est barrés le 7 décembre 62. Ensuite, montée à Paris où tout un troupeau de vaches maigres m'attendait, avec 100 balles en poche pour tout viatique. Heureusement qu'avant de partir, j'avais croisé, à la Grande Poste, une collègue qui m'a donné les renseignements utiles pour obtenir ma mutation. Une fois à Paris, grande trouille : ces c... voulaient m'expédier à Rennes, alors je leur ai simplement demandé comment je pourrais me démerder dans une ville où je ne connaissais personne avec aussi peu de pognon? À Paris, j'avais au moins un frère qui pouvait m'héberger temporairement. C'est comme ça que j'ai atterri au service des redevances et c'est à partir de là que je peux dire que ma nouvelle vie a commencé : j'avais été affecté à la mécanographie et il a suffi que j'obtienne mon brevet d'opérateur mécanographe pour que les choses commencent à évoluer dans le bon sens. En 1965, j'ai quitté ce service pour aller faire le pupitreur, à la Maison de la Radio. Ensuite, j'ai pris des cours par correspondance (arithmétique, algèbre, géométrie - autant de matières que je ne connaissais que de nom... - anglais, français, italien), des cours professionnels aussi pour maîtriser l'usage des gros ordinateurs, puis j'ai passé des tests psychotechniques (résultats brillants, m'a-t-on rapporté) pour suivre des cours de programmation. En 1975, j'ai quitté Paris pour intégrer un centre de recherches en télécommunications, mondialement connu (le CCETT) situé à Rennes, et j'ai fini comme ingénieur de recherche informaticien, mon bâton de maréchal, en quelque sorte. Ma grande fierté - sans me prendre la grosse tête - est d'avoir obtenu cette reconnaissance dans un milieu de chercheurs de haut vol. Ingénieur du rang dans ces conditions, c'est tout-à-fait exaltant, surtout que j'ai souvent été chargé de cours avecdes auditoires de cadors (2) (École Nationale de Télécommunications, Polytechnique, Grandes Écoles comme l'INSA, ou des thésards et autres doctorants), rien que des pointures........ Si je leur avait avoué que mon seul diplôme était le Certificat d'Études (non, je suis trop modeste, j'ai aussi le Brevet Sportif Scolaire!), ils en seraient tombés sur le cul. Comme quoi le diplôme ne fait pas tout.

Une anecdote : dans le milieu de la recherche, l'école où on a été formé et le cursus qu'on a suivi ont une énorme importance et c'est souvent le sésame pour avancer : donc on le crie sur les toits, on se rengorge avantageusement. En ce qui me concerne, je n'avais rien à dire de tel, alors je disais que j'étais certifié de l'ECBEO et comme personne ne voulait admettre qu'il ne connaissait pas cette école, afin de ne pas passer pour un c.. ou un ignare, j'avais la paix !   ECBEO, c'est ....."École Communale de Bab-El-Oued " !.

 

(1) "Pelots" :  en argot, les bombes, lachées par les avions allemands qui visaient l'armada alliée dans et à l'extérieur du Port, dès le Débarquement  le 8 Nov.1942. (Opération Torch)

(2) "Cador" :  déformation du mot arabe "Quadir": traduit par "Un  Maitre", ( un très fort dans son domaine).

.(Voir le petit dictionnaire d'expressions pieds-noires de J.Abbonato sur le site Es'mma ).

(3) "Bosco": Quartier Maître dans la Marine (dérivé du mot anglais "Boserman'')

 

 

Les pontons-grues du port d'Alger
Quelques souvenirs et photos personnelles
par Jacques Abbonato

L'intérieur du port d'Alger, vers le bassin de Mustapha
Lecteur, arrête-toi plus d'un instant sur ce très rare cliché.
N'entend-tu pas la sirène du remorqueur et le battement des hélices
Ne sens-tu pas l'odeur du sel et du mazout
Cela ne tient qu'à toi !

Interieur du port
 

À gauche et au fond, les grues de quai avec, au fond, une portion

des jetées de l'Est ou de Mustapha, l'une prolongeant l'autre,

au centre, l'un des cargos aux couleurs caractéristiques de la

compagnie Schiaffino quittant le port. Entre le cargo et les

grues de gauche, l'un des remorqueurs du port, probablement

le Morse ou l'Atlante. À droite de la proue du cargo, la Simson

au travail, près de la jetée.

Le port d'Alger disposait, outre des grues de quai, de deux
pontons-gruesflot tants : l'Atlas et la Simson, de capacités
de levage différentes, utilisésen fonction desbesoins,
soit dans le port, pour des travaux de transbordements,
d'entretien, d'aménagement ou de réparations, soit dans
d'autres lieux de la côte.Dans tousles cas et parce que ces
pontons n'étaient pas équipés pour la navigation,leurs
déplacements se faisaient à l'aide de remorqueurs de port,
par exemplele Furet.Pour ma part, je n'ai connu que le
remorqueur dont j'ai récemment retrouvé une photo ainsi
qu'une partie de son histoire.

 
Furet et article

 
Le Furet, devenu l'Attis, à l'amarre dans le port fluvial de Redon (Ille-et-Vilaine)

Un ponton-grue, c'est essentiellement un gros parallélépipède
métallique,plutôt plat, avec des ballasts destinés à le maintenir
dans un bon équilibre,particulièrementau moment de soulever
une charge.
Donc, quand on le regarde de profil, on constate qu'il y a un
côté beaucoup plus enfoncé dans l'eau que l'autre.
La machinerie est installée au-dessus de ces ballasts.
Bien que je ne l'aie pas vu de mes yeux, je suppose qu'il
devait y avoir des grosses pompes d'équilibrage, actionnées
suivant les besoins. En avant de la machinerie, on trouve
les bras de levage au bout desquels se trouvent, de bas en
haut,les poulies servant à guider les câbles de levage puis
celles qui servent aguider les câbles modifiant la hauteur de
l'extrémité du ou des bras.
Au bout des câbles de levage, le crochet auquel sont accrochés
les câbles qui seront fixés à la charge à soulever.
Le dimensionnementet le nombre
de ces bras de levage détermine la capacité de charge.
Sur l'Atlas, il y en a vait un gros supporté par un portique,
sur la Simson, deux plus petits. Il me reste un chiffre : 80 tonnes,
mais je ne saurais dire s'il s'applique à une capacité de levage
de l'Atlas ou de la Simson,ni même s'il correspond à une réalité.
Il peut tout aussi bien s'agir du poids que l'une
de cesgrues a eu à soulever et non d'une limite quelconque.

 

Atlas

L'Atlas : un bras simple soutenu par un portique situé entre le milieu du bras et l'avant du ponton

 

Simson

La Simson : un bras double retenu par un système

de poutrelles et de câbles, en arrière des bras

Grue Atlas Alger

                                 


 

Atlas, le pont

Sur le pont de l'Atlas : mon père (debout, 3ème à partir de la gauche), entouré de son équipe, sous le bras de levage : on distingue, à l'arrière-plan, le tambour de l'un des treuils de manoeuvre des câbles.


Les conditions de travail.

Je n'ai gardé de la situation professionnelle de mon père que
sa dernière
qualification : bosco, c'est-à-dire contremaître ou chef d'équipe.
En examinant ses livrets professionnels maritimes, si je ne
peux rien déduire des mentions portées sur les livrets
concernant la durée et l'objet des missions
auxquelles mon père participait, j'ai pu apprendre qu'il est
passé du statut de simple matelot - alors qu'il était quartier
maître chauffeur dans la Royale,donc une régression - à celui
de maître d'équipage (bosco) entre le 26 avril et le 1er août 58,
une promotion pas évidente à obtenir, quand on sait qu'il n'a
jamais fréquenté l'école française et qu'il a été embarqué très
jeune, donc avec peu d'instruction, dans la marine de commerce
italienne, à voile puis à moteur.
Il en est sorti marin très confirmé, avec une connaissance
approfondie de la mer et de ses nombreux pièges, ainsi
qu'avec une formation de charpentier de marine, transformée
à terre en spécialité d'ébéniste :
des doigts de fée, malgré la taille imposante de ses mains,
de vrais battoirs...Je sais grosso modo en quoi consistait son
travail, je n'ai donc aucune peine à imaginer à quoi il passait
ses journées : quand il ne travaillait pas à l'entretien
d'un port, à la réparation d'éventuels dégâts, ou à de
nouveaux aménagements,il était occupé au transbordement
de charges trop lourdes pour les grues des quais.
Alors, selon le cas,on utilisait l'Atlas (par exemple pour
décharger une locomotive)
ou la Simson pour des objets moins lourds. Par exemple,
les tétrapodes (les fameux "blocs") situés à l'extérieur
de la jetée nord ont été mis en place par l'Atlas, ainsi
que les gros blocs de béton qui constituent l'extérieur des
jetées Est et de Mustapha. Ceux, plus petits, qui constituaient
les quais ont été déposés par la Simson.
Je posais souvent à mon père des questions sur la vie à bord,
les manœuvres, les câbles, et je me souviens del'une de ses
réponses - quand il n'était pas trop fatigué pour répondre !
- concernant la taille des câbles qu'il manœuvrait à la main,
aidé de toute son équipe, avant de procéder au levage
proprement dit : il me montrait son biceps, pas loin de quarante
cm de circonférence, et me disait "gros comme ça", soit 10 cm
de diamètre, au basmot, en acier multibrins...
Combien de fois l'ai-je vu revenir la main ou un doigt troué
par l'un de ces fameux brins qui s'était cassé pendant la
manœuvre, je ne sais pas,
mais c'était fréquent : il n'avait, comme ses collègues,
ni gants ni chaussures de protection,nimême une combinaison
et travaillait en bleu de chauffe, pull marin,veste et pantalon
l'hiver, pantalon et tricot de peau l'été où la chaleur était
proprement infernale sur le pont métallique, comme près
des machines.
Pour autant que je me souvienne, chaque ponton était équipé
d'au moins une machine pour faire tourner les tambours des
treuils de manoeuvre des principaux câbles de levage, mais
je n'ai jamais eu la curiosité d'aller voir à quoi elle ressemblait.

Les outils de travail.

Toujours en examinant les livrets, j'ai pu avoir une idée des
endroits où il se rendait, sans toutefois connaître ni le détail
ni le motif du déplacement. C'est ainsi que je sais
qu'il était assez souvent requis pour des missions brèves
(avec la mention NC pour Navigation Côtière) pouvant le
conduire jusqu'à Oran, à bord de différents bateaux
dont voici la liste exhaustive de ceux sur ou avec lesquels
mon père a travaillé,établie à partir des livrets :

Aïn-taya,
Aïn Sebra,
Arlequin,
Atlante (Cie Schneider),
Atlantic,
Hébé,
Francesco,
Hercule,
Morse,
Santon,
Mercure.

Il semble que le Morse et l'Atlante soient des remorqueurs.
Il pouvait aussi êtreappelé à des missions de longue durée,
par exemple se rendre à Ténès pour la construction du port
de cette localité située à environ 200 km à l'ouest d'Alger.

L'équipe et mon sauveur.

Je ne sais rien de cette équipe, sinon qu'elle était logée à la
même enseigne quemon père. Je dois cependant un grand
merci à l'un de ses membres, un musulman,à qui mon père
avait parlé d'un problème de santé me concernant,
problèmequi devait le tarabuster fortement depuis le jour
où il m'a vu,lors d'une de mes crises de foie absolument
épouvantables, au cours desquellesje me mettais à gonfler
de partout : paupières, lèvres, mains,aucun endroit de mon
corps n'y échappait.
Il suffisait que je mange du poisson bleu
(sardines, anchois, bonite), des pâtes en sauce tomate -
la base de notre alimentation! - de la friture ou n'importe
quelle cochonnaille pour que, dans les 12 heures,
je ressemble à un monstre ou que je
me torde de douleur, commesi j'avais reçu un coup de poing
dans l'épigastre. Ce matin-là, la démangeaison de mes
paupières était telle qu'il a fallu que je me lève,
aux alentours de 4 heures du matin.Je suis allé voir qui était
dans la cuisine dont la lumière était allumée : c'étaitmon père
préparait son panier - son repas du jour - avant de partir.
C'est à ce moment qu'ils'est rendu compte que quelque
chose n'allait pas chez moi et dont personne ne lui avait
touché le moindre mot, avec mes yeux complètement
bouchés par un œdème énorme des paupières.
Il en a donc parlé autour de lui, y compris à son équipe
et c'est là que le matelot musulman est intervenu : il s'est
procuré des herbes de la montagne dont il fallait faire une
décoction plus amère encore que le fiel, dont je devais faire
deux cures de
21 jours, espacées de trois semaines, à raison d'un verre
à liqueur, chaque matin à jeun, puis attendre au moins
un quart d'heure avant de déjeuner.
L'horreur absolue, sans doute, mais une guérison définitive.
Cet homme de bien se trouve certainement sur l'une des
photos ci-dessous, probablement sur la 3ème :

 

Groupe 1

Mon père est le 2ème à partir de la droite), sur le pont de l'un des bateaux sur lesquels il était amené à travailler



 

Groupe 2

Mon père est accroupi devant l'homme du milieu du dernier rang, toujours sur le pont de l'un des bateaux sur lesquels il était amené à travailler.



 

Groupe 3

Mon père est au centre du premier rang, sur la passerelle de l'un des remorqueurs du port : à l'arrière-plan, on distingue le Grand Môle



 

Sur la barge

Mon père est au premier rang, à gauche, sur ce qui semble être une barge, à moins qu'il ne s'agisse de l'un des équipements des formes de radoub ( voir les deux barres qui plongent dans l'eau, sur le bord gauche : elles n'ont rien à faire au flanc d'un bateau, quel qu'il soit, et font plutôt penser à un système d'écluse).


La construction du port de Ténès.

Cette mission
à Ténès a gardé mon père loin de la maison
pendant plus de deuxmois. Comme il avait des talents culinaires
incontestables, il a été désigné pour
préparerla tambouille pendant toute la durée de la mission,
laquelle a commencépar le remorquage du ponton
(je ne sais plus si s'agissait de l'Atlas ou de la Simson)
d'Algerà Ténès : je suppose qu'ils ont dû mettre pas loin
d'une semaine pour
parcourir la distance, la forme rectangulaire du ponton ne
se prêtant pas particulièrement bien à une navigation rapide,
probablement pas plus de3 à 4 km/h, soit de 70 à 100 km
par jour, si la mer est calme,la moitié ou moins si elle est
agitée, donc entre 2 et 4jours pleins de navigation,
en supposant qu'ils ont navigué jour et nuit, ce qui n'est
pas sûr, à quoi il faut ajouter tous les préparatifs :
manœuvres d'approche du ponton par le remorqueur,
installation des remorques, vérifications d'usage et sortie
du port. Mon père était du type casanier - comme moi -
et a dû souffrir de cet éloignement,lui qui ne connaissait
que le rituel maison - boulot - maison, avec une matinée de
pêche le dimanche pour rompre la monotonie et se reposer
vraiment : avec quatre garçonsà la maison, plutôt turbulents,
ça ne devait pas lui être facile de le faire.
Je ne me souviens d'ailleurs pas qu'il ait pris les moindres
vacances :il préférait - et je le comprends mieux aujourd'hui
- continuer à bosser et toucher double salaire, ce qui ne
constituait pas un luxe à l'époque.

Retour de pêche, un dimanche.

Merou

 
Mon père est au centre, entre l'un de ses amis et un ami de celui-ci : il tient un superbe mérou (ou méro, comme on disait à l'époque) de 19 kg, un poisson fin et délicieux grâce auquel nous avons eu à manger, pendant une bonne semaine, préparé d'un tas de façons différentes : froid, avec de la mayonnaise, au court bouillon, en sauce tomate, frit... L'imagination a dû faire défaut à ma mère, pour ne pas nous présenter deux fois la même préparation.
À droite, M. Cazeaux, un ingénieur de je ne sais plus quel organisme, propriétaire du bateau le Jean-François, dont le corps mort (c'est ainsi qu'on appelait le lieu de mouillage) se trouvait au Club Nautique et dont mon père avait le libre usage en échange de son entretien et de quelques sorties en mer organisées pour le propriétaire et ses amis. Un bon accord où chacun trouvait son compte : pour le propriétaire, un bateau toujours nickel et entretenu avec un soin maniaque et des sorties avec qui et quand bon lui semblait et pour mon père, l'utilisation à sa convenance du bateau tout le reste du temps, à charge pour lui de payer son essence.
En prime, M. Cazeaux avait la bonté inouïe de nous offrir une ou deux dindes, selon leur taille, chaque Noël, et même une fois, de nous conduire, ma mère et moi, dans sa voiture lorsque j'ai dû me faire opérer des amygdales, bd Laferrière, et par son propre médecin encore! Un été, il nous a tous invités dans un restaurant de luxe de la Pointe Pescade : la Madrague, un lieu que je ne ferai l'injure à personne de présenter... Un homme d'une gentillesse et d'une simplicité extraordinaires.

                                                                                  ( Fin de la première partie)


 

 

 
 
 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

René 20/02/2011 08:03



Super georges ,grace à toi je connais mieus notre compatriote. Tout petit j'allais souvent avec mon grand père Antoine Bosc,losqu'il fut à la retraite, sur les quais,où il avait été contremaitre
aux Ets Simian exportateurs de vin . Lui aussi n'avait eu que le certificat d'études mais il fallait voir son écriture(à la plume avec "déliés) même sur ses livres de compte journaliers...



Georges L. 20/02/2011 18:14



Nos grands-parents avaient une écriture superbe, régulière, avec des fioritures pour les majuscules ! Avec des pleins et déliés qui illustraient les phrases. Maintenant le clavier de l'ordinateur
a détruit cet art de l'écriture.
Jacques nous a fait le plaisir de conter ses souvenirs laborieux mais heureux,en l'honneur de son père. Il était bon d'en faire profiter les lecteurs: les Francais d'Algérie n'étaient pas tous
des milliardaires !. Merci de m'avoir lu René.



Joëlle 19/02/2011 21:26



Bonsoir Georges,


Une petite halte par chez vous mais il va me falloir revenir pour ne pas perdre le fil de tous ces souvenirs, je me suis surprise à coller mon nez sur l'écran pour voir votre papa de plus près
mais j'avais oublié qu'avec la touche" ctrl" et "+" c'est tout aussi bien pour zoomer ah la la...
Je vous souhaite un excellent we et merci pour votre commentaire chez moi, plein de justesse...



 


 


 


 



Quichottine 13/02/2011 13:32



Votre ami avait raison, le diplôme ne fait pas tout, c'est encore vrai aujourd'hui, même si... c'est plus difficile de se faire une place au soleil avec peu de diplômes.

Le remorqueur a trouvé une seconde vie, et c'est bien que ce soit ainsi.


OB a mangé une partie de l'article sur la gauche, chez moi, mais ce n'est pas très grave, on peut deviner les mots qui sont absents ou coupés, malencontreusement.


 


J'ai bien aimé l'épisode du poisson de 19 kgs... ça fait beaucoup, et c'est vrai qu'il faut déployer des trésors d'imagination pour ne pas avoir l'impression de manger la même chose pendant une
semaine, voire davantage.


La maman de Jacques devait être une fine cuisinière. :)


 


...



Georges L. 13/02/2011 15:31



Bonjour Quichottine,


Aujourd'hui, sans Peau d'âne à présenter, il est pratiquement impossible de se faire embaucher même comme balayeur des rues, ou presque. En informatique, le domaine de Jacques, il faut se
recycler...quotidiennement, sinon les voisins prennent votre place ! En arrivant aux plus hauts échelons dans sa Société, Jacques est une brillante exception. A la retraite maintenant. il crée
des "logiciels" qui permettent d'ordonner la vie quotidienne.


 


 


 



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