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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 16:35


  Le Passé de l'Indicatif.


Un jour, un vraiment beau jour, peut-être était-il celui de mon anniversaire ou à l'occasion de Hanouka qui précédait de quelque peu Noël, je reçus un trésor .
C'était un coffret carré, de couleur verte, dont le couvercle s'ouvrait grâce à une fine charnière de laiton sur un pupitre miraculeux : mes chers parents venaient de m'offrir un poste à galène, comme celui que je lorgnais dans la vitrine du magasin de radio de la rue Clauzel. Désormais il prit la place de l'ourson dépenaillé qui alla rejoindre mes anciennes amours dans le tiroir sous mon lit.
Je lus soigneusement la notice collée au fond du couvercle. Il était absolument nécessaire de relier cette radio à une antenne et aussi à la terre. Dans le coin de ma chambre, une tringle en métal supportait un voile de tissu qui protégeait le mur du coté où je dormais fit l'office d'antenne . Pour la prise de terre, je dus la relier avec un long fil conducteur en le tortillant sur le robinet de la salle de bains. De même que nous sommes debout les pieds bien posés sur le sol et la tête au soleil, la radio  reçoit du ciel les rayons électromagnétiques et a besoin d'être reliée à la terre pour refermer le circuit.
Mais dans ce mode d'emploi détaillé, il manquait le mot "patience". Car le coeur de ce poste était un vrai cristal de Galène, qui jouait le rôle de détecteur !

                   Un cristal de Galène


 Un ressort ténu appliquait une fine pointe sur la petite pierre grise et anguleuse et il fallait chercher avec la patience infinie d'un acupuncteur le point de contact sensible. Et surtout après, veiller à ne pas heurter la boite pour n'avoir pas à tout recommencer ! Alors je l'avais installé royalement sur une chaise près de mon lit. Car c'est surtout la nuit venue que la réception était meilleure.
Ce poste sans pile et sans reproche désormais escorta mes nuits. Le casque sur les oreilles, à demi-adossé à deux oreillers pour mieux respirer, j'écoutais Radio-Alger qui avait de la peine à se frayer un chemin à travers les sifflements de mes bronches. En plus, ce poste ténu avait une faible sélectivité et ainsi écoutais mêlées ensemble les émissions policières de l'Inspecteur Pluvier sur un fond de musique arabe qui ajoutait au réalisme de Marcus Bloch dans le role principal avec son inimitable "tiens,tiens,tiens" lorsqu'il faisait son enquête...Et je suivais passionnément cette heure de suspense où chaque fois revenaient les bruitages de pas mystérieux sur le gravier et le démarrage de l'auto des gangsters qui filait en trombe en changeant ses vitesses dans un bruit d'engrenages mal synchronisés!.
C'était le miracle de la radio qui me transportait dans le monde merveilleux du rêve éveillé .

Comme le fil qui courrait de ma chambre à la salle de bains au ras des carrelages était un piège dangereux pour la maisonnée, je crus, fort de mes lectures, trouver un autre moyen. J'avais lu que l'électricité arrivait à la prise du mur avec deux fils, dont l'un était réellement le neutre mais relié à la terre à la Centrale électrique . C'était l'époque où l'Algérie était encore munie du 110v alternatif avec deux broche, sans prise de terre dans tous les appartements ..
Je fis donc ce que jamais je n'aurai du le faire, introduisis le fil dénudé au hasard dans un trou de la prise et reçus une formidable paire de claque et sous ma secousse le fil se détacha par bonheur....( ce qui me permet de rapporter cette aventure !).

Mais quelle plaisir d'être indépendant et ne plus avoir à me pencher sur la T.S.F* de la chambre de mes parents .
Je pouvais désormais dans mon lit entendre clairement l'Indicatif de Radio-Alger que j'avais cru jusqu'à ces dernières années, être l'oeuvre originale de Jacques Ibert. Cette mélopée me fascinait, elle semblait monter d'un monde merveilleux, du fond du mystérieux Sahara .
C'est en souvenir de ces nuits difficiles ,mais heureuses pourtant que je décidais de reconstruire mes souvenirs en cherchant dans les magasins de mon quartier une Galène, cette pierre laide mais précieuse qui était le coeur du montage.
Tous les vendeurs sans exceptions se mirent à rire de ma demande saugrenue, et poliment me répondirent, comme si je ne le savais pas,"que nous étions à l'époque de la nanoéletronique et que depuis des dizaines d'années le poste à galène n'avait plus ni de jeunes ni de vieux clients".
J'ai essayé de leur expliquer que c'était pour un but éducatif, pour recréer de ses propres mains les premiers pas de la radio, mais j'ai du abandonner ce combat pour ne pas me ridiculiser davantage .

Donc faute d'acquérir ce cristal opaque, je dus faire un bond d'un demi-siècle et me servir comme détecteur, d'une diode moderne minuscule encapsulée dans du verre qui m'éviterait  les recherches tâtonnantes et hasardeuses, mais plus poétiques
, des émissions de Kol-Israel qui émettent de Jérusalem. Dans les nombreux schémas de montage sont employées des bobines artisanales. Alors moi aussi j'ai pris un tube en carton qui fut dans sa prospérité un rouleau de  papier toilette, et entrepris d'y enrouler des dizaines de spires de fil fin isolé ou émaillé suivant le principe ci-dessous .





Alors voici le dessin de de l'installation avec tous ses composants :





Les écouteurs collectent le message suivant à Alger,en 1943 :
"Ici Radio-France !
Les Français parlent aux Français" ..
(Mais ce fut provisoire, comme le Gouvernement !)

 
Mais je fus déçu par le peu de sensibilité, étant en ville trop loin des émetteurs. Je me servis alors d'un noyau en ferrite  bobiné de fil de Litz* enfin trouvé sur les rayons poussiéreux d'un magasin de jouets qui donna évidement de meilleurs résultats que la bobine à air. (La peinture à l'huile, c'est  plus difficile mais bien plus beau que la peinture à l'eau !).
Après bien des difficultés pour tendre l'antenne dans l'appartement sans décapiter les occupants. j'ai réussi à écouter justement la chaîne qui diffuse en permanence de la musique classique de la Capitale. Bien sur, la réception un peu faible exige un silence total dans la maison, mais la musicalité est remarquable. Était, car je dus me plier aux exigences de la maisonnée à l'heure du digital et ranger ma filasse .
Car comme le dit le proverbe, "Nul n'est prophète dans son pays" .
Mais je me félicite quand même, d'avoir réussi à faire revivre un tangible souvenir de jeunesse...
Modestie, un café s'il vous plaît !

Mais ne partez pas encore ! Que cache ce titre " Le Passé de l'Indicatif " ?

Suite au Blog http://georges2.over-blog.com/
article-7135138.html

Je prétendais que l'Indicatif musical de Radio-Alger était extrait de l'oeuvre de Jacques Ibert : "Escale à Nefta" .

Avec Jean-Paul Fernon , le 12 Février 2006, j'eu un échange de messages qui m'éclairèrent sur sur l'origine de cet indicatif :


" Nous sommes d'accord sur le fait qu'Ibert s'est servi de Marouf pour écrire son Tunis-Nefta dans Escales, mais ce qui est indéniable, c'est que l'indicatif de Radio Alger est bien Marouf est non Escales et là-dessus je suis catégorique. D'ailleurs n'avez-vous pas remarqué dans l'excellente émission dont vous m'avez donné le lien que Rabaud a composé Marouf avec Lucien Nepoty natif de Blida (donc Algérien) ? Que viendrait faire pour un indicatif de Radio Alger une musique de Jacques Ibert dont l'escale Tunis-Nefta se situe en Tunisie ?
Au plaisir (passionnant) de vous lire "
JP Fernon

Et aussi" :

"Désolé de vous contredire : l'indicatif de Radio Alger n'est pas tiré d'Escales de Jacques Ibert, mais de l'opéra d'Henri Rabaud (1914) : "Marouf, savetier du Caire". Vous pourrez l'entendre, exactement comme nous l'entendions avant 1958, au III° acte entre la scène 2 et 3 : c'est cet air qui ouvre les Danses de "Marouf".
Bien cordialement.
JP Fernon

 


Et Rémy Laven dans ses remarquables explications musicales a rendu un verdict professionnel,  dans le site d'Alger-Roi de Bernard Venis; en Janvier 2008 :
http://alger-roi.fr/sommaire/documents/pages/2_double_indicatif_radio_alger_laven.htm
Je le cite :
"Il ne me fallut guère de temps pour dénicher un extrait de "Escales - Tunis-Nefta" et pousser un cri de Sioux sur le sentier de la guerre puisque j'entendais enfin la seconde partie de l'indicatif de Radio Alger."

 
Grâce à Rémy Laven, le passé de l'Indicatif de Radio-Algérie a retrouvé sa source; et nous, le repos de la vérité historique !.


T.S.F.
Pour les très jeunes, initiales de Télégraphie Sans Fil...
Fil de Litz :
Composé de multi brins très fin qui favorisent (effet de peau) la collecte du signal .

Et vous lirez avec intérêt, comment fonctionna un poste à galène pendant l'occupation :

6juin.omaha.free.fr/.../16-poste%20galene.htm


Ici Alger, bonsoir chers auditeurs, nous vous souhaitons  une bonne nuit et vous donnons rendez-vous demain matin sur 306 mètres de longueur d'onde .

                                             

Musique La Marseillaise (MP3)



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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

GABY 11/10/2009 10:30


chacun de vos souvenirs a le pouvoir de réveiller en nous les souvenirs d'enfance liés aux mêmes thèmes ! passionnée déjà de théâtre, j'écoutais grace à un magnifique meuble radio pick-up les
pièces transmises à la radio... j'aimerais me rappeler lesquelles ....mais il faut que je me concentre un peu plus !!!


Quichottine 09/10/2009 22:21


J'ai ri... mais pas pour ce que vous avez écrit, pour ce que vos mots ont ravivé de souvenirs.

En mai 1968, j'étais en pension, coupée de tout ce qui se passait à l'extérieur. Nous n'avions pas le droit d'écouter la radio, de regarder les informations à la télévision.

Deux élèves de ma classe avaient déniché dans un réduit désaffecté un vieux poste de radio... une véritable antiquité. Il était hors service, mais, elles ont réussi à le remettre en état.

Pendant les récréations, nous nous y rendions à tour de rôle pour écouter les informations. Nous avions l'impression d'être des "résistants" et d'écouter radio-londres....

Finalement, une surveillante a fini par confisquer le poste... et nous avons été rendues à nos parents avant la fin de l'année scolaire.

Voilà... voilà pour quoi je souris. Il fallait de l'ingéniosité pour être au courant... et l'occasion fit le larron.

Je vous imagine avec ces montages... et je me dis que nous aurions eu besoin de votre aide pour aller plus vite dans la remise en état de notre poste.

...

Passez une belle soirée.

(Le passé de l'indicatif... J'aime bien la recherche que vous avez faite pour le retrouver en entier. Merci pour ce beau billet.)


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