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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 15:42

 

 

Le Rocher Rouge est la traduction de l'hébreu " Hazeéla Aadom", une chanson composée pour chanter les exploits malheureux ou heureux de jeunes israéliens attirés par les Légendes sur les ruines de la fabuleuse Cité Nabatéenne de Pétra,  en Jordanie alors interdite  aux randonneurs israéliens ensorcelés par leur curiosité. Ce fut depuis 1930 le but d'expéditions secrètes de ces jeunes téméraires qui avaient pour devise que rien ne vaut pour mieux connaître le pays que de le parcourir pédestrement, en long et en large, en bravant l'inévitable insécurité.

 

J'ai traduit pour les lecteurs francophones une partie de ce texte extrait du remarquable site :

http://www.202.org.il/Pages/moreshet/petra/roman.php

 


...
L'idée d'aller à Pétra (1) a captivé les jeunes Israéliens au début des années 1950. Svora'i et deux de ses camarades Palmah, Gila Ben-Akiva et Aviva Rabinovitch, ont  également attrapé le virus. Un jour, dans la salle à manger du kibboutz Ein Harod, Svora'i entendit dire que l'un des membres du kibboutz avait fait une excursion de Bethléem à Ein Gedi. Son nom était Meir Har-Zion (2). Elle comprit immédiatement qu'il  pouvait l'aider à réaliser son rêve et lui demanda de l'accompagner à Pétra avec lui. Il a rapidement accepté. Deux semaines plus tard ils partirent....

 

Le triangle du Désert du Néguev, et la vallée de l'Arava, entre l'Egypte et la Jordanie.

                                                    Pétra est à l'Est.



Negev Map


  "Nous avions seulement une boussole et une carte à petite échelle, mais qui était certainement suffisante pour trouver notre chemin à Pétra," rappelle Har-Zion . Cette nuit-là, ils ont traversé la frontière vers la Jordanie, et se sont dirigés vers les montagnes d'Edom sur la côte orientale de l'Arava. Ils se reposèrent dans les contreforts des montagnes et vérifièrent la carte
à  la lueur d'une allumette, mais ne purent pas trouver le sentier qui était sur le document. Ils ont lentement fait leur chemin en progressant dans l'un des ravins. "Le ravin se terminait à un mur de pierres. Nous avons essayé de trouver notre position en utilisant la boussole et les étoiles, et rapidement réalisé que nous avions perdu nos repères."

  La seule façon de continuer fut d'attaquer ce pan rocheux. Après une heure et demie d'escalade, ils atteignirent le sommet et dans  un creux de pierrailles ils décidèrent de s'arrêter. Épuisés, ils  se sont rapidement endormis.

  Ils se sont réveillés dans l'après-midi. En utilisant la boussole, ils ont pens
é à la direction d'une piste à suivre pour l'après-midi et la nuit. La région est apparue totalement déserte, mais ils ont décidé qu'il serait plus sûr de continuer dans la pénombre. Ils partirent à 17 heures et  trouvèrent un chemin menant au sommet de la montagne. En avançant ils arrivèrent  vers le bas dans une rivière, pour découvrir une succession de trois chutes d'eau, et un bassin naturel  «Nous étions sûrs que Pétra (3) était au bout du lacet", se souvient Svora'i.

  Ils décidèrent d'attendre jusqu'à tard dans la nuit pour continuer. A 01h30, ils ont commencé à marcher de nouveau. Le chemin qu'ils ont suivi  conduisit encore  à un amas de rochers, qu'ils escaladèrent en atteignant le sommet en plein jour. Alors qu'ils descendaient de la montagne, un troupeau de chèvres s'approcha d'eux. Ils se cachèrent dans les replis de rochers, en attendant nerveusement que passe un troupeau suivit d'un deuxième..

  Enfin, la vallée de Pétra s'offrit
à leurs yeux. "Nous sommes entrés dans Pétra, en plein jour», explique Har-Zion. «Nous étions arrivés à l'endroit où les monuments énormes ont été creusées dans les falaises, passant au dessus de nous comme d'étranges  et incroyables géants."

  Surpris par le cri d'un bébé, ils se cachèrent dans une grotte, en attendant qu'il fasse presque nuit pour continuer à explorer. Ils se dirigèrent vers le Nord pendant plusieurs kilomètres, en évitant le poste de garde, jusqu'à trouver un chemin menant à l'ouest. Soudain, ils entendirent des voix et rapidement se jetèrent
à plat-ventre, à la vue de  deux Bédouins armés et de leur âne au dos lourdement chargé.

  Dans l'obscurité, ils ont poursuivi leur chemin sur une pente raide vers le haut d'une falaise. Et la se sont arrêtés pour dormir. A la lumière du jour, ils découvrirent un petit ruisseau en dessous d'eux, serpentant à travers les roches colorées. Précautionneusement descendant de la falaise, ils ont suivi la rivière à l'ouest. Après avoir rencontré une autre bédouin, ils ont décidé de se cacher et attendre le soir pour continuer. Dans la soirée, ils se hâtèrent pour atteindre la vallée de l'Arava, et  continuèrent leur route pendant encore d'autres  cinq heures. Quand ils tombérent sur une pancarte, "État d'Israel, Ministère de l'Agriculture," ils  réalisèrent qu'ils étaient de retour au pays..

  Quatre mois après leur retour, en Septembre 1953, le Groupe de la Faculté d'Agriculture a organisé une autre randonnée. Arik Megger, Miriam Monderer, Eitan Mintz, Ya'acov Kleifeld, et Gila Ben-Akiva prirent le chemin de Pétra.
  "Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé pour eux», dit Svora'i. "Un serpent  apparemment mordit Eitan ils ont décidèrent de rebrousser chemin. Lorsque son état a empiré, ils choisirent de se livrer
à  la police jordanienne de Bir Madhkur. Mais la police a alors tiré et les a tué alors qu'ils s'approchaient, et leurs corps ont été retournés à Israël les jours suivants ».
En avril 1956, Dror Levi et Dimitri Berman ont tenté leur chance. Jordaniens les ont découvert et ouvrirent le feu avec des résultats mortels. Levi a été tué et Berman, quoique blessé, a réussi à rentrer en Israël.

  Ce printemps, un mémorial pour les randonneurs a été érigé dans l'Arava. Mais leur mort renforça l'attrait pour Pétra. Quelques mois plus tard, en Mars 1957, Menahem Ben David, Ram Pragai, Kalman Shelef Shlafsky, et Dan Gilad se mirent en marche pour Pétra. Tous les quatre ont été assassin
és par l'armée jordanienne. Cette dernière tragédie a conduit à une loi israélienne promulguant l'interdiction de cette randonnée sur la frontière.

 Les  Bédouins dans l'Arava ont été recrutés par les Jordaniens  qui leur ont enseign
é à  suivre les Israéliens qui tentent une randonnée à Pétra. En Novembre 1987, ils ont tué Amiram Hai et Mordechai Tuvi. Mais en 1960, Kushi Rimon et Victor Friedman sont venus avec l'idée d'aller à Pétra et retourner  en Israël en toute sécurité: dans une jeep et déguisés en personnel de l'ONU.

  «En tout, 12 randonneurs non armés ont été mortellement atteints sur le chemin de Pétra. Raconte Svora'i : «Quand l'accord de paix avec la Jordanie a été signé, les touristes Israéliens ont pu visiter la Jordanie et Pétra a été - et est toujours -. la principale attraction pour les Israéliens"

  Après la signature de l'accord de paix,
à la mémoire des randonneurs  audacieux qui ont été tués en Septembre 1953 a été organisé un voyage spécial .. Au poste de police près de l'endroit où ils ont été assassinés, une cérémonie a eu lieu et un mémorial fut érigé, ainsi clôturant cette époque. Svoar'i rappelle:  "On se sentait comme si nos amis étaient avec nous, enfin réalisant pleinement  leur rêve»....

 
(Fin
de citation).

 

Je dois ajouter que j'ai particulièrement apprécié la lecture de ces exploits (hélas tragiquement terminés), car je fus dans ma trentaine un adepte de ces excursions solitaires, uniquement dans le Néguev, dans le Désert de Judée, loin des voies de communications, mais sans jamais avoir cherch
é  à provoquer le sort dans une marche aventureuse. Il faut avoir fait ces randonnées à pieds dans le silence cristallin de ces paysages magnifiques, dénudés et presque vierges, en n'entendant que les palpitations de son coeur, pour apprécier le courage de ces randonneurs pionniers. Le silence du randonneur aux pas   feutrés    permet de découvrir à  un détour et le temps d'un éclair, la faune furtive qui peuple cette région comme la  Gazelle, le Bouquetin, le Lynx dit de Syrie aux oreilles pointues, les charmantes  marmottes au regard étonné, l'inévitable Chacal, l'Hyène et diverses espèces de Lézards, et autres beautés de la Nature que survolent les Aigles toujours en chasse. Mais attention de ne pas soulever les pierres par inadvertance, vous mettriez presque à coup sur à nu un nid de scorpions bien dardés  , ou un serpent peu engageant.

    J'ai essayé de traduire cette chanson célèbre chantée par Arik Lavi (1927-2004), qui conte l'attrait des jeunes israéliens méprisants le danger, de la génération des années 50, ensorcelés par cette région qui fut interdite    jusqu'en 1984, date de la signature du Traité de Paix Israélo-Jordanien.

 

        Au delà des montagnes et du désert
        Les légendes racontent qu'il y a un endroit
        Dont personne n'est revenu vivant
        Et qui se nomme le Rocher Rouge.

        Tout trois ont pris la route au coucher du soleil,

        Face aux brûlures rouges des montagnes ,
        Avec un vieux rêve, une carte et une  gourde d'eau
        En chemin vers le Rocher Rouge.
        Oh, le Rocher, rouge, rouge !
 
        Le premier est allé en éclaireur, levant son visage,
        Vers le ciel étoilé,
        Mais ce que ses yeux ont vu
        Ne fut que de la roche rouge
        Oh, le Rocher rouge-rouge !
 
        Bien sur,
        Ils campèrent quelques fois

        Entre les pierres,
        L'un dit, comme sortant d'un rêve:
        Je vois - son visage est blanc.
        Ses compagnons répondirent: la Roche Rouge !.
        Oh, le Rocher rouge, rouge !
 
         Le soleil de nouveau leur cognait la tête
         Et ils respiraient la chaude poudre du désert
         Et soudain,  comme pétrifiés,
         Ils ne dirent mot
         Ils ont vu le Rocher Rouge.
         Oh, le Rocher rouge rouge !.

 

         La rafale a été courte.

  L'un d'eux gémit "je suis blessé" et il se tut.
  Ses compagnons répondirent, la bouche pleine de poussière
  Nous voila arrivés au Rocher Rouge !
 
         Oh, le Rocher rouge rouge !....

Notes:

(1) Un film de 45 minutes sur Pétra par "National Geographic", expliquant comment furent sculptés ces monuments avec ingéniosité, sans échafaudage,(par manque de bois, il n'y pousse que de rares épineux) et très peu d'outils: la sculpture dans le mur de grès était entamée par le haut de la falaise, les ouvriers se tenant sur un rebord creusé et découpé au fur et à mesure de la progression de la taille, les monuments se terminaient au niveau du sol.

(2) Sur le célèbre commando des "101'' et une de ses plus grandes figures:  Har-Zion.
Dans ce Commando, il était de règle pour prouver son courage et son savoir-faire en pays ennemi, de traverser la frontière jordanienne d
éguisé, de rentrer dans un Bureau de Poste pour se faire oblitérer une enveloppe à  l'adresse locale et revenir en sécurité avec cette preuve de mission accomplie, grace à la parfaite connaissance du dialecte et des usages.
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Society_&_Culture/paratroop.html

(3) L'Histoire Juive à l'Est du Jourdain:

Et voici le site pour écouter la chanson d'Arik Lavi "Hazeela Aadom", "the Red Rock", le fameux Rocher Rouge !
(Sur la couverture du disque, la  locomotive illustre  une autre chanson de cet artiste). Musique de Yohanan Zarai, paroles de Haim Heffer:


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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Dinet 11/03/2012 20:09


Impressionnant, ce récit. Détaillé, très vivant, il tient le lecteur en
haleine

Georges L. 12/03/2012 19:03



Maintenant les touristes israéliens peuvent se rendre avec un visa dans cette passe nabatéenne et admirer le travail extraordinaire et encore assez mystérieux, généralement  en excursion
organisée, notamment à partir d'Eilat. Les jeunes Bédouins essayent de vendre des "souvenirs" aux touristes assaillis, ce qui gâte un peu leur dépaysement  lors de leur visite de la Route de
la Soie...mais l'état des lieux est bien protégé des dégradations, car la pierre rouge est friable,  c'est du moins ce que m'ont rapporté des amis étrangers. Merci de m'avoir lu et compris
mon enthousiasme pour cette époque ou la jeunesse, en culotte courte et la chevelure au vent, avait un  idéal autre que regarder la télévision ou rester assise devant...
"Fessebouk"....(Quelle horreur  !).  



Quichottine en pause 26/01/2012 20:31


Il ne devrait pas y avoir de lieux rendus dangereux par la bêtises des hommes ou les intégrismes de quelque sorte qu'ils soient.


 


Je ne connaissais pas ces histoires, ni leur dénouement tragique...


Merci de nous en parler ainsi...


 


Je crois que c'est important aussi de ne pas les oublier.


J'espère qu'un jour ces lieux seront à tous sans que plus personne n'ait à en souffrir.


 


Passez une douce soirée, Georges. Merci encore.

Georges L. 27/01/2012 13:21



Bonjour Quichottine,
Je me souviens de Garry Davis. Il s'était déclaré citoyen du monde, en dénonçant la bêtise des frontières. Bien sur dit-on, ce fut un utopiste ! Mais qui ne dit que dans un siècle, ou deux, ou
trois  son voeu ne sera-t'il pas exaucé ?
Albert Camus était d'ailleurs à ses cotés dans sa lutte. Mais comme chez l'animal, l'homme protège son territoire de chasse, et ce n'est pas demain que tous les "ausweis" seront supprimés dans ce
monde en ébullition.
En attendant, passez une bonne fin de semaine auprès du feu !



René 26/01/2012 07:58


Bonjour Georges,trés émouvant ton récit sur ces jeunes randonneurs israeliens victimes innocentes d'un racisme incomprehensible. La chanson est magnifique,mais malheureusement,je n'ai pu
apprécier que la mélodie,ne comprenant pas le Hiddish.


amitiés,


René

Georges L. 27/01/2012 12:53



Bonjour René,


Cette chanson que tu as entendue est en hébreu et non pas en Yiddish, dont d'ailleurs je n'aurai pas su en faire la traduction exacte ! Mais l'essentiel est la mélopée qui en a fait son grand
succès.
Merci de ton passage qui t'a fait connaître ainsi la légendaire Pétra.



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