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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 00:00
           

Scènes d'Algérie


Les artistes algériens du siècle dernier saisirent avec humour et précision la vie quotidienne du petit peuple laborieux. Les Assus,Chagny, Drak-Oub, Herzig, Tugot, Kleiss furent les perles d'un collier d'aquarelles qui nous enchantent maintenant, encore plus que jamais. Surtout nous, les anciens d'Algérie qui ont eu le privilège d'y vivre sous le drapeau français.
Ces dessins respectent toujours ces personnages, souvent pauvres, que nous avons connus surtout en voyageant à l'intérieur du pays.
En regardant avec attention ces tableaux, je suis émerveillé par la précision des détails, des couleurs et des mouvements,et je crois entendre les intonations des conversations, même si je n'en comprends pas le langage.
J'ai choisi cette grappe d'aquarelles de Roger Jariera qui a su saisir ces attitudes si vivantes pour les fixer pour l'éternité. Hélas, je n'ai rien trouvé de sa biographie, du moins sur Internet, et je suis loin de la Bibliothèque Nationale de France !.



                                                Illustrations de Roger Jariera
                                
                                             ( Éditées par Baconnier Frères à Alger )




Comme partout la fontaine est l'occasion en remplissant les pots de cuivre ou d'argile, de rencontres et bavardages  interminables entre voisines.

Algerie A la fontaine

Cette fillette veille toute imbue de sa responsabilité sur son petit frère et sa chevrette.


Algerie Aicha, son frere et la Chevre


Ces femmes de l'Aurès agitent leurs corps dans une danse sauvage qui fait cliqueter leurs colliers ornés de pièces de métal.


Algerie Aurassiennes

Le barbier avec dextérité laissera une touffe de cheveux
aux plus croyants pour que
le jour venu, puisse Mahomet  tirer le fidèle vers le Ciel.

Il faut avoir vraiment confiance en son barbier pour confier sa gorge au fil du rasoir !


Algerie Barbiers

Le mouton, la chèvre suffisent à faire vivre le fellah qui fait commerce de sa viande,
 de sa peau, de sa la laine, et de son lait. Voici le
boucher qui a installé son étal en plein air, et déjà la vieille femme ramasse sur le sol les déchets de l'abatage, comme ces tètes de mouton. ( Ce qui m'étonne d'ailleurs, car ces tètes aussi cuisinées font en général partie de l'étalage). On peut distinguer le mou (les poumons) suspendus au bâton.
Les mouches, trop petites pour l'aquarelle, sont absentes, quoique omni-présentes dans ce cas.
Etes-vous devenus subitement végétariens ?

Algerie Boucher en plein air


Qui ne se souvient avec compassion d'avoir croisé  ces femmes, pieds-nus sur les sentiers caillouteux, chargées de bois-mort, en plus du bébé retenu par le large foulard sur son dos.



Algerie en roue pour le Gourbi

La Laine du mouton est filée: le rouet est la main et le pied du fileur !

Algerie Fileurs


L'âne chargé de ses lourds paniers attend patiemment la fin de la discussion sans fin que provoque la pesée. Chacun jurant sur la tête de sa mère de son bon droit.


Algerie Marchandage

L'écrivain public avec son encrier sur le tapis a une fonction importante dans les relations entre le citoyen et l'administration et la "chicaya" dans la vie courante.

Algerie l'Ecrivain Publique
Je ne sais pas de quoi souffre ce patient, et surtout quelles sont ces choses plantées dans sa nuque ! Des sangues pour décongestionner ? Non, des pointes d'acupunctures ?
Non plus ! Et ce pot plein de sang ?
Un traitement de toutes les façons pas très
antiseptique
! J'ai encore dans ma mémoire le souvenir d'un drame au marché aux moutons de Maison-Carrée que mon Grand-Père me fit visiter un jour, proche de son moulin. Un homme en burnous s'écroula sur le sol, atteint d'une crise cardiaque, et son entourage demanda d'urgence un couteau pour le saigner à l'oreille, et ainsi soulager sa pression artérielle !


Algerie Medecine en plein air

Les Ouled-Nails étaient  des beautés qui enchantaient dans une rue réservée de Bou-Saada,( 200km d'Alger), les touristes plus que les sédentaires.
Elles dansaient au son aigre d'une flute, des tambourins,et du Oud (sorte de luth ), pour ensorceler les spectateurs.
Fortune faite (toute relative !), elles pouvaient s'acheter des parures en pièces d'or,et des vêtements brodés.et ainsi dotées cherchaient à se marier et se refaire une réputation, sinon une virginité.

Algerie Ouled-Nail

Le Couscous n'est pas seulement un plat traditionnel, mais aussi une cérémonie. La farine de blé dur est d'abord tamisée. Mélangée avec de l'eau, elle est pétrie à la main pour en faire des graines de pates qui sont cuites à la vapeur dans une double jatte en argile.


Algerie Le Couscous

Quand l'eau ne vient pas toute seule, il faut aller la chercher souvent loin. L'outre en peau de chèvre est un moyen commode et souple pour le transport. On devine la silhouette gonflée de la pauvre bête encore utile après sa mort violente.
La peau joue aussi le rôle de la gargoulette en argile pour garder la fraîcheur du liquide.
L'eau contenue dans l'outre humidifie en permanence sa paroi, et l'évaporation du liquide
la  maintient fraîche.


Algerie Les Porteurs d'Eau
AINSI SE TERMINE CETTE VISITE CHEZ LES PAYSANS ALGERIENS. TOUS OU PRESQUE PARLAIENT JUSQU'EN 1962 LE FRANCAIS. MAIS COMBIEN,  SURTOUT DES CITADINS DES GRANDES VILLES ET ISSUS DE METROPOLE, POUVAIENT-ILS ENGAGER UNE CONVERSATION EN ARABE ? LES ISRAELITES INSTALLES ,EUX, DEPUIS BIEN DES SIECLES DANS CE PAYS, PARLAIENT COURAMENT CETTE LANGUE JUSQU'A L'ASSIMILATION FRANCAISE TOTALE. AINSI MA GENERATION ET LA PRECEDENTE, ETUDIERENT PLUS TOT LA LANGUE DE "NOS ANCETRES LES GAULOIS" POUR FAIRE NOS HUMANITES ET AINSI LE FOSSE CULTUREL S'AGRANDIT.



Note :

La semoule en Algérie provenait de blé dur. Du blé frustre qui pousse plus facilement sur des terres peu arrosées naturellement. Les grains de blés triés et séparés des impuretés (grains de sable, de terre), sont humidifiés pour pouvoir séparer la graine elle-même de son enveloppe qui est le son. Les graines sont alors moulues  sous une meule de pierre, une nouvelle fois tamisées, et ainsi prêtes à fabriquer les grains de couscous. Placés dans une jatte en argile vernissé  au fond percés de multiples orifices, elle même recouvre une marmite d'eau bouillante. Une pièce de tissu nouée à la jonction des deux vases empêche la vapeur de fuir. La semoule gonfle sous l'action de la vapeur, est plusieurs fois égrenée à la main entre chaque cuisson jusqu'à obtenir la graine de couscous de taille voulue.

Je me souviens que ma mère continuait cette tradition une fois l'an, pour le dîner qui rompait le Jeune de Kipour. Et ce couscous  qui était préparé à partir de graine  de blé déjà moulu cuisait chaque année dans le même couscoussier d'argile enturbanné, sur le réchaud à gaz. Il n'était pas question pour moi d'aller folâtrer dans la cuisine déjà étroite et surchauffée et gêner cette préparation sans laquelle cette clôture  de Kipour aurait perdu de son charme, car pour moi c'était le soir où je me régalais d'une assiette de couscous d'un blanc éclatant arrosé de sucre en poudre brillant sous la lumière du lustre...Les autres convives préféraient le déguster avec les légumes et viande assaisonnés de sauce piquante...


 

 


Un superbe couscoussier berbère

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Brahim 09/11/2013 16:44


Bonjour je suis de hassi-bahbah de Djelfa (ouled naïl) ces scenes existes encore depuis l'époque ! meme si je suis installé en France. Je dois dire que  que le bled me manque !

Georges L. 04/12/2013 12:05



Je suis heureux que vous ayez ainsi apprécié ces chaudes aquarelles du lointain pays.



alditas 13/07/2010 23:13



Bonjour !


Bien que c'est un peu piquantes ces images sur les scènes de vie d'autrefois, mais j'avoue en revanche qu'elles sont rigolo.


Ce qui manque à tout ça, c'est l'intérieur d'un ancien café maure du village ou du douar kabyle avec les préparations de café à l'aide des bouilloires, voire les cafetières aux
longues manches, les longs comptoires sur lesquels se posaient les tasses et les verres, les grandes réserves d'eau dans des fûts ou jarres avec couvercles, l'eau bouillie dans deux récipients
dont l'un servant à la préparation du thé, l'autre du café posés sur les trépieds sur feux de bois dans les cheminées et des clients bien sûr assis sur des nattes plutôt que sur des
chaises ou des bancs.


C'est la même chose pour les équipements intérieurs des anciens bureaux de postes ruraux. Le téléphonne à manivelle du Receveur se chargeant de mettre en communication deux
correspondants l'émetteur proposant le numéro à appeler en passant par les opératrices.



Georges Lévy 14/07/2010 06:23



Bonjour alditas,


Merci de  m'avoir lu et apprécié ces images d'un autre temps. Je me souviens parfaitement des correspondances par téléphone d'Alger qui n'était pas directement relié alors pour Sétif, et la
demande du numéro à l'opératrice qui connaissait déjà par coeur toutes nos conversations !



Georges 25/02/2010 18:54


Bonjour Dinnah,
Merci d'être passée sur mon Blog,  mais le mérite revient évidement à l'auteur peu connu de ces jolies aquarelles. Je n'ai pas encore réussi à trouver sa
biographie .
Pourim : pour nous c'est le passé qui  rattrape le présent, aussi brûlant qu'au temps de la Reine Esther. Les enfants innocents se réjouissent, mais nous les adultes nous pensons
à Gilad Shalit qui est déjà dans sa 4ième année au secret , et à sa famille qui attend le dénouement heureux de cette tragédie contre vents et marées.
Hag Pourim Sameah .


dibah benhar ex j sayag 25/02/2010 17:42



merci  CES EVOCATIONS ONT UN GOUT SAVOUREUX ET LES ILLUSRATIONS  DELICIEUSES POURIM SAMEAH DINNAH



eva baila 14/02/2010 10:29


un article intéressant, et de très belles aquarelles... Un vrai plaisir !


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