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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 16:12

  "La différence entre les jeunes et les vieux, c'est que les vieux ont beaucoup plus de souvenirs et beaucoup moins de mémoire !" Paul Ricoeur

 

 

En passant devant le Théâtre Habima en rénovation et descendant la rue Dizengoff, j'aime caresser les racines aériennes rousses  qui pendent de ces étranges ficus et frôlent la tête des passants en ombrant la rue. Entre les vieilles maisons, un peu en retrait, il reste toujours un carré d'herbes folles, royaume des chats à l'abri de la circulation. Les volets des rez-de-chaussée sont éternellement fermés et gris de la fumée. Mais sur le mur d'un jardinet en friche, caché par des plantes grimpantes, je fus attiré par un large graffiti inusuel: " Abba Kovner was the Man ". Avec comme signature une Étoile de David.

Et, remarquable pour une inscription de ce genre, l'orthographe était exacte .

 

January 2010 015              (Collection G.L.)

 

J'eus la présence d'esprit de prendre cette photo, car la dernière fois que je suis passé, le mur avait été blanchi !  C'est ici une maladie de tout peinturlurer dans la ville  avec ces bombes de couleurs et d'écrire sur les murs dans un langage ésotérique de société secrète, mais cette fois le patronyme Kovner éveilla en moi le passé à la fois tragique, héroïque et romantique que j'avais découvert dans mes lectures sur la révolte du Ghetto de la capitale de la Lithuanie, Vilnius*.

Ce nom, n'évoque rien je pense pour bien des gens. Pourtant c'est là que Kovner décida de lutter de ses propres mains contre le rouleau compresseur de l'Allemagne nazie et d'exhorter les Juifs des Ghettos de la région à  se révolter et à se libérer des murs où ils étaient  clôturés physiquement et moralement, sans espoir. J'y reviendrai plus loin.

            Mais au cours des années d'après guerre, Abba Kovner, le Partisan a troqué son arme pour la plume. Abba Kovner (à droite) mobilisé, qui tint le livre de route du corps "Givati" commente ci-dessous une opération pendant la Guerre d'Indépendance en 1948

 

Abba Kovner 1948

 

J'ai eu l'audace de traduire de l'hébreu en français quelques poèmes d'Abba Kovner: j'ai sûrement été maladroit, et j'espère ne pas  en avoir trahi l'esprit. Mais mon but est de les faire connaître aux lecteurs francophones. 

                      Exemple d'un  "Shtetl" ( qui en yiddish désigne ce type de village où vivaient les juifs en Europe de l'Est)

Kremenetz05 wa

 

 

  La Nuit sur le Shtetl

Sur les ruelles tombe la nuit
Et la lune efface la lumière
Et noircit le crépuscule

Elle veille au contraste
Entre le jour et les ténèbres
Et gère les heures

Et de tout cela je sauve
Du piétinement une feuille qui tombe
Sur les pages du livre

Et de la destruction une feuille sèche
L'aile tenue d'un papillon
Et celle d'un avion .


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                                      Tableau d'Oskar Kokaschka :" La Femme en Bleu"

  Oskar Kokoschka 

 

"Une femme en bleu" 

Ma mère vit dans la mélancolie                    
Brodant des histoires en raison de son état
Et quelquefois chante à elle-même
Et demeure dans les cieux à contempler Dieu

Et alors je me penche sur sa jeunesse
Et rassemble des mots d'elle                 
Presque sans arrêt

Peut-être n'ai-je pas compris sa sensibilité
Et les ombres sous ses yeux
Qui noircissent ma page

Et j'écris avec le scalpel d'un pathologue
"Une Femme en Bleu"
(Le tableau d'Oskar Kokaschka)
(sic)
Laissant le soleil se lever
Dans un silence originel.

 

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"Chronique enfantine"

Je me dresse sur le sable face au soleil
Laissant l'écume caresser mes joues
D'une façon non pareille
                    
      
L'eau salée éclabousse ma tête

J'étais âgée de six ans (2)
Ils me caressaient les joues
Moi je caressais le vent
J'étais libre de mes mouvements

J'ai rencontré des gens en mal d'amour
Je ne les ai pas suivi
La pluie était au plus profond de mes songes

Je suis moi-même née deux ou trois fois
Essayant de comprendre l'eau et moi
.

 

(2) Peut-être s'agit-il de la petite soeur de Kovner ?
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      Les femmes et les enfants juifs descendus des wagons à bestiaux étaient sélectionnés et dirigés directement vers un bâtiment   camouflé  en infirmerie de la croix-rouge (!) pour y être gazés..

Le supplice durait vingt minutes pendant lesquelles chacun essayait de chercher en vain une poche d'air en escaladant son voisin.

 


 

Selection a Auschwitz

 

      "Et peut-être le silence parla-t-il une fois dans le langage de l'homme"
                                        (Uri Zvi Greenberg)


"Allusions à Auschwitz"

Mon nom n'était pas sur les listes
Il me fut donné au hasard du crayon
Comme si je n'étais  pas mort

Et ils m'ordonnèrent de m'agenouiller
Et la nuit se brisa comme du verre
A la lueur lunaire

Et quand mes yeux se desséchèrent
Et mon bras fut numéroté
J'ai demandé: comment l'automne est-il passé
Le vent me l'a fait oublier

Tout se dilua dans les larmes lorsque j'ai pleuré .

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Les assassins se reposent

  Les assassins se reposent dans leur quartier à l'écart du Camp d'extermination.

La plus-part ont échappé à la Justice, ont repris une carrière (même de Docteurs !), ont vieilli en paix, décorés et pensionnés, comme de bons citoyens. Ils sont décédés dans leur lit, entourés de leur famille, et du secours de la religion.

 

        -------------- La longue marche d'Abba Kovner --------------

 

Abba Kovner est né en 1918 à Sébastopol, Russie, mais plus tard se fixa à Vilna (maintenant en Lithuanie) où il suivit une école secondaire hébraïque. Pendant ces premières années, Kovner fut un membre actif dans le mouvement sioniste , "Hachomer Hatsaïr", ( "La Jeune Garde"). En septembre 1939, la deuxième guerre mondiale éclate. Seulement deux semaines plus tard, le 19 septembre, l'armée rouge entre dans Vilna et l'incorpore à l'Union Soviétique (Pacte Staline-Ribbentrop pour se partager la Pologne). Kovner est devenu actif pendant ce temps, 1940 à 1941, en cachette. Mais la vie a changé complètement pour Kovner une fois que les Allemands envahissent  le 24 juin 1941,  deux jours après que l'Allemagne ait lancé son attaque par surprise contre l'Union Soviétique (opération Barbarossa), les Allemands ont occupé Vilna. Pendant que les Allemands fonçaient à l'Est vers Moscou, ils firent régner sur leur passage une oppression impitoyable et menèrent des opérations meurtrières contre les communautés qu'ils avaient occupées. Vilna, avec une population juive approximativement de 55.000,  était  réputée comme "La Jérusalem de la Lithuanie", pour sa culture et son histoire juive florissantes. Les nazis bientôt changèrent tout cela.  Kovner et 16 autres membres du "Hachomer Hatsaïr" se cachèrent provisoirement dans un couvent de nonnes dominicaines quelques kilomètres en dehors  de Vilna. Les nazis  commencèrent à débarrasser Vilna de son " Problème juif". Moins d'un mois après que les Allemands aient occupé Vilna, ils conduirent leur première opération: Les Einsatzkommando  arrêtèrent 5.000 hommes juifs de Vilna et les  conduisirent  à Ponary (un endroit approximativement à 6km de Vilna où avaient été creusées de grandes fosses que les nazis employèrent pour l'extermination en masse des juifs de la région. Les nazis prétextèrent  que les hommes devaient être envoyés aux camps de travail, mais quand ils arrivèrent en fait à Ponary, ce fut pour y être assassinés par balles. La prochaine opération eut lieu du 31 août au 3 septembre, sous le prétexte de revanche d'une attaque contre les Allemands. Kovner, observant par une fenêtre, a vu un femme traînée par les cheveux par deux soldats, une femme qui serrait quelque chose dans des ses bras.

"L'un d'entre eux a braqué un faisceau de lumière dans son visage, l'autre l'a traînée par ses cheveux et l'a jetée sur le trottoir. Alors l'enfant en bas âge est tombé de ses bras. L'un des deux allemands, celui avec la lampe-torche, je crois, a saisi l'enfant par une jambe, et l'a projeté en l'air . La  mère a rampé sur le sol, s'est emparée de sa botte  en implorant sa pitié. Mais le soldat a pris le garçonnet et une fois, deux fois lui  heurta  la tête contre le mur".

De telles scènes se sont produites fréquemment pendant  cet massacre de quatre jours qui vit la fin de 8.000 hommes et femmes conduits à Ponary pour y être abattus.. La vie ne devint pas meilleure pour les juifs de Vilna. Du 3 au 5 septembre, juste après la  dernière opération, les juifs furent obligés de s'entasser dans un petit secteur de la ville où ils y furent clôturés. Kovner se rappelle de la souffrance de la population torturée par la faim et pleurant dans les rues étroites du ghetto, dans ces sept rues puantes, et verrouillée derrière des murs qui avaient été élevés spécialement. Mais chacun soudainement  soupirait avec le soulagement d'avoir laissé derrière eux des jours de crainte et d'horreur  et maintenant se sentait plus en sécurité et moins angoissé. Il ne venait à l'idée de personne qu'il serait possible de tuer dans l'avenir tous ces dizaines de milliers de juifs de Vilna, Kovno, Bialystok, et Varsovie - des millions, avec leurs femmes et enfants. Bien qu'ils aient  subi la terreur et la destruction, les juifs de Vilna n'étaient toujours pas prêts à croire la vérité au sujet de Ponary. Même lorsque  une femme nommée Sonia, survivante de Ponary soit revenue à Vilna et ait raconté ses expériences, personne n'a voulu la croire, sauf quelques-uns, et ces rares habitants ont décidé de résister.


                              Les juifs de Vilnius attendent d'être fusillés   dans les fosses de Ponary

                                                           (Photo extraite de : http://www.ushmm.org)

 

Ponary60254e

 

 
                                              L'appel à la Résistance:


En décembre 1941, il y eut plusieurs réunions entre les activistes dans le ghetto. Une fois qu'ils décidèrent d'agir, ils ont dû  convenir de la meilleure manière de résister. Un des problèmes les plus pressants était de savoir s'ils devraient rester dans le ghetto, aller à Bialystok ou à Varsovie (oû  là-bas il y aurait  une meilleure chance pour la Résistance de réussir dans ces ghettos), ou se réfugier dans les forêts. Parvenir à un accord sur cette question n'était pas facile. Kovner, connu par son nom de guerre de "Uri", proposa certains arguments importants pour rester dans Vilna et y combattre. En fin de compte, il fut décidé de rester, mais quelques-uns choisirent de partir. Pour trancher finalement, les activistes décidèrent d'organiser une grande réunion  avec  les  nombreux groupes de jeunes. Mais les nazis étaient toujours aux aguets, et un rassemblement  serait vite découvert. Alors, afin de déguiser leur réunion de masse, ils choisirent le 31 décembre, comme pour fêter une réunion amicale du Nouvel An...

                       

Kovner fut chargé d'écrire un "Appel à la Révolte". Devant les 150 participants réunis  au 2 de la rue Straszuna dans la cuisine d'une soupe populaire, Kovner lut à haute voix:


"Jeunesse juive ! Ne faites pas confiance à ceux qui essayent de vous tromper. Des quatre-vingt mille juifs de la "Jérusalem de Lithuanie", seulement vingt mille survivent  encore. Ponary n'est pas un camp de concentration. Ils tous ont été fusillés là-bas. Hitler prévoit de détruire tous les juifs de l'Europe, et les juifs de la Lithuanie ont été choisis en premier. Nous ne serons pas menés comme des moutons à l'abattoir !  C'est vrai, nous sommes faibles et sans défense, mais la seule réponse aux meurtriers est la révolte ! Frères ! Préférez de tomber en tant que combattants libres que de vivre à la merci des assassins. Levez-vous, Soulevez-vous ! Luttez jusqu'à votre dernier souffle ! "


Maintenant que la jeunesse dans le ghetto était enthousiasmée, le prochain problème fut comment organiser la résistance. Une réunion avait été prévue pour trois semaines plus tard, 21 janvier 1942. À la maison de Joseph Glazman, les représentants des groupes de jeunes principaux se sont réunis ensemble :  Abba Kovner d'Hachomer Hatsa ïr ,  Joseph Glazman du "Bétar", Yitzhak Wittenberg et  Chyena Borowska des "Communistes", Nissan Reznik du "Ha-Noar Haza ïr".

Lors de cette réunion quelque chose d'important se produit: ces groupes acceptèrent de travailler ensemble. Dans d'autres ghettos, c'était un obstacle de taille pour beaucoup de Résistants potentiels. Yitzhak Arad, dans le ghetto en flammes, reconnaît le talent de Kovner et sa capacité de tenir une réunion avec des représentants des quatre mouvements de la jeunesse.
 Il fut décidé lors de cette réunion de ces représentants de constituer un groupe de combat uni appelé le Fareinikte Partisaner Organizatzie - F.P.O. ("Organisation Unie de Partisans). L'organisation a été formée pour solidariser tous les groupes dans le ghetto, et pour se préparer à la résistance armée de masse, pour effectuer des actes de sabotage, pour combattre avec des Partisans, et essayer d'obtenir d'autres ghettos de lutter également. On  convint lors de cette réunion que le F.P.O. serait commandé par un état-major composé de Kovner, de Glazman, et de Wittenberg qui  en devint le Commandant en chef . Plus tard, deux membres supplémentaires ont été ajoutés: Abraham Chwojnik du "Bund" et de Nissan Reznik du "Ha-Noar Hazioni" - portant à cinq l'État-major. Maintenant qu'ils ont été organisés il était temps de se préparer au combat. La préparation et avoir l'idée de combattre est une chose, mais y être apte est tout à fait autre. Les pelles et les marteaux ne sont pas des armes comme les mitraillettes. Ces armes étaient  extrêmement difficile à pourvoir dans le ghetto. Et, encore plus dur était d'acquérir des munitions. Il y avait deux sources principales  pour le ghetto d'obtenir des pistolets et des munitions - les Partisans* et les Allemands. Et ni les uns ni les autres n'ont voulu que les juifs fussent armés.

*Note: Quand il est question des "Partisans", il s'agit de polonais opposés aux Allemands et réfugiés dans les forets mais furieusement anti-juifs et pogromistes, même après la fin de la guerre, en assassinant même le peu des rescapés  juifs qui revenaient dans leurs villages en 1946 !.  

Lentement se procurant par l'achat ou le vol, risquant quotidiennement leurs vies pour les transporter et les dissimuler, les membres du F.P.O. purent établir de petites cachettes d'armes. Elles étaient enfouies partout dans le ghetto - dans des murs, sous la terre, même sous un faux fond d'un seau d'eau. Les Résistant se préparaient à combattre pendant la liquidation finale du ghetto de Vilna. Personne ne savait quand cela allait se produire - ce pourrait être dans des jours, des semaines, peut-être même des mois. Pendant ce temps les membres du F.P.O s'entraînaient. Un coup sur une porte - puis deux - puis un autre coup simple. C'était le code du F.P.O. pour sortir les armes cachées et apprendre comment les manier, comment  tirer, et comment ne pas gaspiller les munitions précieuses. Chacun était décidé de combattre - personne n'avait choisi de se réfugier dans la forêt tant que rien n'était encore perdu. La préparation continuait. Le ghetto était calme - aucune "Aktionen" depuis décembre 1941. Mais en juillet 1943, le désastre a frappé le F.P.O. 
 
Lors d'une réunion à Vilna dans la nuit du 15 juillet 1943, Wittenberg le chef du F.P.O. fut arrêté ainsi que Jacob Gens, le président du Judenrat*, sans doute à cause de la trahison de celui-ci sous la pression des nazis. Pendant que Wittenberg était escorté hors de la réunion, d'autres membres du F.P.O. qui furent alertés, attaquèrent les hommes de la police, et Wittenberg fut libéré. Wittenberg entra dans la clandestinité. Mais le lendemain matin, il fut annoncé que si Wittenberg ne se rendait pas, les Allemands liquideraient le ghetto entier qui  se composait approximativement de 20.000 personnes. Les habitants du ghetto se mirent  en colère et commencèrent  à attaquer les membres de F.P.O. avec des pierres. Wittenberg, bien que  sachant qu'il allait être torturé à mort par les Allemands décida de se rendre à eux.. Avant de partir, il  nomma Kovner  en tant que son successeur et ils s'embrassèrent.


Note:
"Judenrat", Conseil de notables juifs, diaboliquement utilisés par les nazis (en tenant leurs familles en otages) pour servir de contact entre le Ghetto et les ordres des allemands. Ces notables subirent le même sort que tous les habitants, fusillés ou gazés.

                
Un mois et demi plus tard, les Allemands décidèrent de liquider le ghetto. Le F.P.O. essaya de persuader les habitants du ghetto de ne pas se laisser prendre en déportation parce qu'ils étaient  y étaient voués à une mort certaine.


"Juifs ! Défendez-vous avec vos mains ! Les bourreaux allemands et lithuaniens sont arrivés aux portes du ghetto. Ils sont venus pour nous assassiner !. Mais nous n'irons pas ! Nous n'étirerons pas nos cous comme des moutons pour l'abattoir ! Juifs défendez-vous avec vos bras !"


Mais les gens du ghetto n'ont pas cru en cette information,  ils pensaient qu'ils allaient être envoyés dans des camps de travail - et dans ce cas-ci, ils avaient raison. La plupart de ces transports étaient envoyés aux camps de travail en Estonie. Le 1er Septembre, le premier accrochage éclata entre le F.P.O. et les Allemands. Comme les combattants de F.P.O. tirèrent sur eux, les Allemands firent sauter leurs maisons. Les Allemands bâtirent en retraite à la tombée de la nuit et laissèrent  la police juive rassembler les habitants  du ghetto pour les transports. Les gens du  F.P.O. réalisèrent qu'ils seraient seuls dans ce combat. La population du ghetto n'était pas disposée à se révolter*, et au lieu de cela, ils étaient prêts à tenter leurs chances dans un camp de travail plutôt que de mourir certainement  dans la révolte.


(Note: Souvent je réfléchis en me mettant à la place de ces malheureux persécutés, battus, affamés et transis et avec des enfants  dépourvus de tout, je me demande si j'aurai eu la force et la volonté d'essayer de lutter contre le sort, comme ces compagnons de Kovner. Je crains fort que je n'aurai pas eu leur courage et leur abnégation).


Alors, le F.P.O. décida de s'échapper dans les forêts et d'aller rejoindre des Partisans.  Puisque les Allemands avaient  entouré le ghetto de hauts murs, la seule issue de sortie était par les égouts. Une fois dans les forêts, les combattants ont créé une division de Partisans et ont effectué beaucoup d'actes de sabotage. Ils ont détruit des infrastructures électriques, d'alimentation d'eau, et libérèrent des groupes de prisonniers du camp de travail de Kalais, et ont même fait sauter quelques trains militaires allemands.

"Je me rappelle la première fois que j'ai fait sauter un train. Je suis sorti avec un petit groupe, avec Rachel Markevitch en tant que notre invitée. C'était le Nouvel An, nous apportions aux Allemands un cadeau de fête. Le train est apparu sur les rails en direction de Vilna, une ligne de wagons chargée lourdement de camions. Mon coeur a soudainement battu de joie et de crainte. J'ai tiré la corde avec toute ma force, et dans ce moment, avant que le tonnerre de l'explosion ait fait écho dans l'air,  vingt et un camions chargés de troupes ont dévalé vers le bas dans l'abîme, et  j'ai  entendu Rachel crier : "Pour Ponar ! " (Ponary).


  Tout le crédit de ce texte précèdent est redevable à cet article qui figure en anglais : http://history1900s.about.com/od/holocaust/a/kovner.htm.

 

         

--------------------Épilogue---------------------


Abba  Kovner a survécu  à la guerre. Bien qu'il ait été l'instrument principal dans l'établissement d'un groupe de résistance dans Vilna et ait mené un groupe de Partisans dans les forêts, Kovner n'a cependant pas arrêté ses activités en 1945 à la capitulation allemande.
En effet  Kovner fut l'un des fondateurs d'une organisation clandestine pour faire passer des juifs rescapés secrètement hors de l'Europe, et les conduire en ce qui sera Israel grâce à son organisation "Beriha" . Kovner  arrêté par les Britanniques* à la fin de 1945 a été emprisonné pendant une courte période à Chypre. A sa libération il a joint le kibboutz Ein ha-Horesh en Israël, avec son épouse, Vitka Kempner, qui avait également été une combattante dans le F.P.O. Kovner avait gardé son esprit de combattant et fut mobilisé en Israel lors de la guerre pour l'Indépendance. Après ses jours au combat, Kovner  écrivit deux volumes de poésie pour lesquels il a obtenu en 1970 le Prix de Littérature israélienne. Kovner est décédé à l'âge de 69 ans en septembre 1987.


Note:
* Les Juifs résidants en Palestine sous Mandat Britannique obtinrent avec peine le droit de combattre sous le nom de Brigade Juive dans l'armée anglaise contre Rommel en Lybie . Vers la fin de la guerre, ils remontèrent en Europe par l' Italie et traversèrent toutes les régions martyrisées et essayèrent de porter aide aux réfugiés juifs désemparés et de les faire secrètement partir pour la Terre Promise. Ils réussirent même à faire passer des armes et des munitions dont les kiboutzim manquaient cruellement pour leur défense.
Les Anglais, continuant leur politique du "Livre Blanc" maintenaient un embargo féroce pour empêcher les juifs sans foyer et libérés des Camps nazis d'atteindre les rives de la Terre Promise. Abordant des rafiots charg
és de rescapés de toute l'Europe, les éperonnant même en pleine mer, battant et encageant leurs passagers, les emprisonnant à Chypre et même en renvoyant un bateau à Hambourg, ils obéissaient ainsi à la Politique de sa Majesté qui préférait depuis Laurence d'Arabie le pétrole arabe à la Justice.


                        ------- La Vengeance ( en hébreu: "N ékama" ) ------         


Abba Kovner  décida de venger ces populations sans défense assassinées par les allemands et avec quelques amis décida d'empoisonner le maximum de ces brutes sanguinaires qui étaient à l'abri de la Croix-Rouge derrière les barbelés provisoires. Il essaya de se procurer assez de poison pour venger ses frères et soeurs et retourna avec en Allemagne occupée par les Alliés. Pendant son trajet en bateau vers la France, son plan fut déjoué par les futurs dirigeants israéliens qui pensaient déjà au proche avenir et aux complications politiques que cela causerait, juste au moment où l'Etat d'Israel se préparant à naître avait besoin de tous les appuis. Et l'ami qui l'accompagnait décida de jeter à la mer le poison. Après cet échec et d'une autre manière, il réussit à laquer de l'arsenic en une nuit sur 3000 pains, prêts dans une boulangerie pour être distribués à des prisonniers militaires à Nuremberg. Seuls 300 furent pris de coliques. Aucun n'en moururent. Les Anglais l'arrêtèrent et le mirent en prison à Chypre. Il n'en sortit que pour se mobiliser dans le célèbre corps Givati et participer à la Guerre d'indépendance, ce qui fut sa vraie Vengeance, et celle d'un Peuple tout entier.
                        "Jamais Plus"  est maintenant notre devise.

 

Notes:

  (1) Oskar Kokoschka: (En anglais le site est plus complet)

http://en.wikipedia.org/wiki/Oskar_Kokoschka

  Vilnius (Lituanie) : Évidement à ne pas confondre avec le soulèvement du Ghetto de Varsovie qui conduisit à la totale destruction de ses réfugiés juifs après une résistance sans espoir, même dans les égouts enflammés en 1943 par les SS. Varsovie elle-même ne se souleva qu'en 1944 . L'armée russe qui était toute proche laissa se consommer cette révolte contre les nazis, heureuse de voir ainsi les citoyens polonais disparaître sous leurs yeux. Ainsi devinrent les polonais une proie facile pour  le stalinisme.

Sur le sort de Vilnius :

http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=30

Sur la Révolte du Ghetto de Varsovie:

http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?lang=fr&ModuleId=4

 

Dernière minute : Un sardonique amalgame !

 La Lithuanie dernièrement  s'efforce d'imposer en Europe un jour commun pour la célébration des victimes du communisme et du nazisme, éliminant ainsi par cet amalgame la spécifité de l'Holocauste et du plan nazi de la "Solution finale"pour éliminer les juifs. En Lithuanie le pourcentage de victimes juives atteignit le pourcentage astronomique de plus de 96%. En présentant ainsi un génocide qui met sur un pied d'égalité les victimes du nazisme et du communisme où adhéraient de nombreux juifs, ces pays baltes se déchargent ainsi des accusations de crimes racistes en prétendant que puisque des juifs avaient fait parti du communisme, on ne pouvait accuser  les pays de l'Est de crimes spécifiques a l'holocauste. En d'autres termes, si chacun est coupable de crimes, personne n'est coupable de génocide, et ces pays baltiques  peuvent changer leur statut historique de nations genocidaires en victimes.Raisonnement diabolique pour ces pays de pogromistes pour se décharger de l'accusation de génocide  aux yeux de l'Histoire et même se transformer en victimes !.

         ---------Conclusion--------------

 

Ce billet m'a demandé beaucoup d'effort, (non pas pour rassembler des informations, elles sont si abondantes), mais parce que j'ai du me replonger dans ce sujet aux témoignages photographiques éprouvants, à une époque, la notre, où les derniers survivants de cet enfer et vivants en Israel entendent de nouveau des aboiements cette fois en provenance de Téhéran.

 

Ecoutons ensemble le Chant de Partisans Juifs (1943) :

http://www.youtube.com/watch?v=D_915bYVoLw&NR=1

      ---------oooooooooooooo--------

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Quichottine 10/02/2011 23:08



Bonjour, Georges.


 


J'espère que vous allez bien... J'ai vu passez un avis de parution d'article qui débouchait sur une page qui n'existe pas... ou plus.


 


J'espère que vous n'avez eu aucun ennui.


Je vous souhaite une bonne fin de semaine, Prenez bien soin de vous.



11/02/2011 10:26



Bonjour Quichottine,


Cet article ne paraîtra que dans deux jours, ayant du y faire des modifications car Over-Blog digérait mal les images ! Ce n'est donc que partie remise. Ce billet est en fait une collection de
souvenirs d'un ami rencontré sur le net, sur un sujet commun, l'amour du Port d'Alger.  Moi j'aimais y flâner et admirer le trafic et les infrastructures, mais lui  habita le Quartier
de la Marine, proche du port, peuplé d'habitants laborieux vivants des activités portuaires. Il m'envoya ses lignes écrites en hommage  à ses parents et au labeur de son père. Ironie du
sort, ce port tant aimé fut pour moi la dernière image de ma ville lorsque  le "Ville de Cazalet" m'emporta  à grands tours d'hélice vers Port-Vendres et l'inconnu. Mais ceci, 
comme disait Rudyard Kipling, est une autre histoire... de la Jungle !


Bon Dimanche.


Amitiés mouillées : enfin j'ai le plaisir de me promener sous la pluie ! Clic-Clac dans les flaques !




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Miangaly 07/02/2011 08:15



Cher Georges, j'imagine votre peine, oui, à vous replonger dans ces horreurs pour écrire cet article,on se demande comment des hommes, mais méritent-ils d'être appelés "hommes", ont pu traiter
ainsi d'autres hommes...En vous lisant j'ai senti mon coeur pris dans un étau de haine contre ces monstres ! Je sais que ce n'est pas bon... Je suis infiniment triste aussi...


A bientôt Georges



Georges L. 08/02/2011 18:22



Bonsoir Miangaly,

A travers l'évocation de ces drames, il faut retenir l'héroïsme de ce jeune homme qui décida de ne pas tomber vivant aux mains des assassins et galvanisa ceux qui le suivirent pour s'échapper de
l'enfer et continuer un combat qui semblait impossible presque les mains nues. Mais il ne fut pas seul: à cette époque des femmes et des hommes juifs de Palestine se portèrent volontaires pour
être parachutés en territoires occupés par les allemands et réussirent à organiser des réseaux de résistance avant de tomber dans les mains de la Gestapo. L'arrivée en Israel de Kovner pour
s'enrôler dans la Guerre d' Indépendance, à un contre cent, est une leçon d'optimisme qui  nous guidera toujours. Désormais Israel a son armée du peuple qui protège ses enfants depuis 1948
de ses ennemis cruels.
Merci de m'avoir lu.



Joëlle 30/01/2011 23:11



Bonsoir Georges,


Tout d'abord merci de votre passage chez moi mais surtout pour toutes ces précisions dignes d'intérêt, c'est un billet très complet que vous nous avez proposé-là et certes, on ne peut (hélas)
ignorer ce qui a existé...
Amitiés



31/01/2011 15:44



La rencontre dans ma promenade avec cette inscription sur un mur de Tel-Aviv méritait de me pencher sur cette époque où Kovner, en dépit des cruelles réalités, réussit à convaincre la jeunesse du
Ghetto de Vinius à se soulever pour combattre le Minotaure et  les mains nues, alors que tout semblait impossible et à réaliser le rêve de participer à la fondation d'Israel. Merci Joelle
d'avoir lu cette page d'Histoire.



guylène 30/01/2011 17:33



je viens de découvrir un homme, merci...



Georges L. 31/01/2011 15:18



Merci d'avoir lu cet article qui n'a rien perdu de son actualité, car sur cette terre rien n'est moins sur que l'avenir. Kovner ne fut pas le seul à espérer et à combattre quand tout semblait
perdu d'avance. Ils furent innombrables ceux qui luttèrent mais n'eurent pas la chance de vivre jusqu'à la Victoire. Hélas, l'Histoire écrite par certains analphabètes préfère parler de juifs se
laissant conduire à l'abattoir...



Quichottine 22/01/2011 14:01



Je ne vais rien dire... parce que s'il vous a été immensément difficile d'écrire ce billet, de faire ces recherches, il m'est également difficile de "dire" ce qui me semblerait bien trop plat au
regard des faits évoqués ici et à la douleur ressentie par tous ceux qui partagent ces souvenirs encore violemment vécus par beaucoup.


 


Merci pour ces mots et les documents rassemblés.


 


(La dernière image est répétée deux fois dans votre article)



Georges L. 23/01/2011 15:22



Bonjour Quichottine,
Merci de m'avoir lu, car je sais que c'est une épreuve pour des gens de coeur comme vous. Mais cette inscription sur un mur, très  peu visible par les passants, m'avait frappé.
Sous un autre angle, cette vie de Kovner est une grande leçon d'optimisme . Comme dans toutes les villes, les témoignages suintent des pavés et des maisons. Et j'ai l'impression de revivre
l'Histoire en me promenant .
J'ai corrigé cette doublure d'image, merci de me l'avoir signaler. Curieusement sur quelques-uns de mes articles, ce sont des illustrations qui ont disparu ! Mystères de l'internet ou maladresses
de ma part.
Heureux de votre retour sans encombre.
Amitiés.



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