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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 16:22



La Petite Charnière

Hier en me promenant sans but précis pour me dégourdir les jambes, inconsciemment je suis passé sur le trottoir menant au quincaillier de mon quartier. Quelle drole d'idée ! . Je ne savais pas ce qui allait m'arriver .
C'est une habitude  que j'avais contractée à Paris, que de visiter sans me lasser le Bazar de l'Hotel de Ville qui offrait un étage entier de machines, d'outillage, et d'acastillage et visserie pour l'amateur averti. Je rêvais aussi devant ces planches et ces moulures de toutes les tailles en faisant avec, des projets de bibliothèques jamais exécutés. C'était pour moi le Palais du bricoleur, du travail manuel, que je fréquentais comme d'autres vont admirer une exposition au Musée du Jeu de Paumes. Mais l'un n'exclut pas l'autre.

Alors bien que je n'avais besoin de rien, je n'ai pu résister à ma curiosité, plus exactement ma passion, et suis entré dans le petit magasin. Son propriétaire qui indépendemment de son métier est aussi psychologue amateur, me laisse toujours sans sourciller farfouiller sur les étagères et dans les tiroirs pour satisfaire ma manie.
J'ai découvert dans un coin, un bocal de charnières dépareillées.
Des grosses, rébarbatives, en fer noir pour des portes épaisses. Mais dans le fond, toute petite et brillante, une charnière en laiton qui s'y était égarée. Elle était lilliputienne, de la taille d'un ongle. Je pris sur moi le  prétexte qu'elle était orpheline, pour la sauver de la solitude. Le vendeur me la céda pour trois fois rien, heureux de me voir ravi de ma découverte en me souhaitant de Bonnes Fêtes de Rosh Hashanah.


Je l'enfouis dans mon sac, et tout le chemin de retour aidant, imaginais de lui trouver un emploi. A notre époque ce n'est pas si facile ! Je pensais la monter pour actionner un aileron d'une maquette d'avion : sa finesse permettait de l'introduire dans la fente d'une baguette, et ainsi serait invisible, mais il lui manquait une soeur pour la symétrie. Alors me vint l'idée d'en faire un sautoir avec une chaînette de la même couleur, un bijou moderne et original pour ma fille, mais la chaînette devrait être en or jaune, un caprice coûteux par ces temps où je perce chaque mois un nouveau trou à ma ceinture....

Arrivé chez-moi, après cette bonne bouffée d'air qui sentait l'automne prochain. je fouillais mon sac pour en extirper mon petit trésor  qui s'y était noyé, et impatient, décidais de tout renverser sur ma table pour en faciliter la sortie du contenu. Ce fut une mini-avalanche de clefs, de pièces de monnaie, de  tickets périmés d'autobus et carrés de papier où je note mes commissions parce que ma mémoire est rouillée. Les dragées contre les brûlures d'estomac s'éparpillèrent sur le carrelage avec le stylo qui en perdit son capuchon. Mon inhalateur rebondit et disparut sous la table.
Je procédais au rangement dans mon sac de tous ces objets familiers en profitant de l'occasion pour y mettre de l'ordre, (une fois n'est pas coutume !), lorsque je m'aperçus de l'absence du petit étui où sont rangées les cartes magnétiques qui sont ces indispensables et modernes laisser-passer pour vivre.
Ma carte de crédit, mon permis de conduire,ma carte de la Caisse Médicale, ma carte de pensionnaire pour l'autobus, celle de la bibliothèque municipale et celle de donneur d'organes (mais qui voudrait maintenant de ma carcasse ?), ne répondaient pas à l'appel.

Mon sang ne fit qu'un tour et essayais après une forte inspiration pour me calmer, de rétablir dans l'ordre les escales de ma promenade. Et ressortis sur mes pas chargé d'inquiétude. Me pressant, tout en scrutant le trottoir car je craignais le passage d'un balayeur et imaginais mon étui projeté par un coup de balais malencontreux dans une bouche d'égout. Le soleil déjà bas éclairait en ombre rasante tous les miettes sur mon trajet. Je suis revenu chez l'oiseleur où j'étais allé visiter mes amis bruyants et multicolores et même avais offert mon bras tendu à un perroquet funambule qui était venu s'y percher et mordiller ma chemise. Mais je ne pouvais quand même pas l'accuser de vol !. Au magasin d'alimentation j'ai posé avec délicatesse la même question, et même me suis penché sous le comptoir mais en vain. Arrivé chez le quincaillier, je pensais  avoir plus de chance puisque j'y avais ouvert ma bourse. Rien non plus. J'eus une idée de génie en pensant que dans la mesure où j'avais été dérobé* dans la rue, un bandit honnête et qui lit les faits divers aurait jeté le superflu dans un panier municipal comme il en existe sur le trottoir tous les cent mètres: J'en ai fouillé un ou deux,sous les regards suspects des passants, mais transpirant d'émotion dus revenir à la maison me reposer.

Mon épouse fit ce qu'il faut faire d'urgence, c'est à dire avertir la banque pour rendre la carte de crédit invalide. Une de moins ! Et moi, grâce à internet fis part de la perte de mon permis de conduire, et je dus payer pour en recevoir un autre. Pour l'autobus, mes cheveux blancs suffisaient comme laisser-passer. Les autres cartes pouvaient attendre. Mes nuits furent peuplées par des cauchemars où je voyais mon compte en banque de retraité se vider au fur à mesure des emplettes du voleur, ou pire, devenais victime d'un chantage du milieu. Et j'attendais avec angoisse le détail de mon compte bancaire pour me rassurer.

Les jours passèrent, et pour la nième fois vérifiais ce sac à multi-poches et fermetures Éclair en y fouillant de ma main gauche, la plus agile, tous les doublures...Oui, je sentis dans l'une déchirée, comme un objet plat et dur.. C'était mon étui avec toutes ses cartes qui s'y était glissé !. Ma carte de Crédit n'étant plus valable, ce fut presque comme me faire hara-kiri en la coupant en deux pour ne pas donner de mauvaises idées à quelqu'un d'autre qui la trouverait. Quant à mon permis de conduire je l'avais déjà reçu et donc maintenant comme mes timbres, depuis l'ai en double ! Mais ne peux l'échanger ! Ce qui équilibre un peu les pertes...

Et puis pour finir je choisis de transformer cette charnière irresponsable de mon drame en une reliure de cuivre  pour un minuscule livre qui racontera mon aventure . Mais influencé par la  Quichottinie* dont la renommée se propage même au delà des mers, j'ai pensé que ce livre-charnière, serait mieux à l'aise dans la foret au lieu de s'empoussiérer sur un rayon de bibliothèque. Alors campé sur un tapis de feuilles automnales, au centre d'amis attentifs sortis du sous-bois, un chaton, deux lapereaux charmants et trois lutins,un bleu, un vert et un rouge, il raconte son aventure. Mon fidèle crayon à force d'être taillé est devenu un peu court, comme les journées d'Octobre .
Le cerf,lui,  se chargera de répandre ce récit dans la foret de la  blogosphère .





Il parait même que comme dans tout livret digne de ce nom, qu'une préface doit figurer :
Ce-livre charnière est une histoire de Gond (!).
Est aussi petit que mon désarroi est profond,
      Quand je cherche mes lunettes que je porte sur mon nez,    
  Ou bien pire,le nom de mon chien qui jappe à mes pieds.

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Note : "dérobé", au sens ancien du terme signifie que j'aurai été privé de mes habits en peine rue, ce qui ne m'est pas encore arrivé ! La  roberie étant l'endroit où sont rangées les robes .

La Petite Charnière au fond de la foret :
Les figurants faisaient partie du monde de mes enfants.
Le décor est une image d'un Almanach .
Le crayon jaune, signe des temps, n'est plus de Bagnol et Farjon, mais made-in China.


* Le Blog de Quichottine:

La Quichottinie est un pays d'amis ,
Où, qui shot et rit rira bien le dernier,
Car la vulgaris quichotterie
Soignée à la quichottonie
Est une très saine maladie,
En régression chez les habitants
Hélas de plus en plus indifférents,

Depuis que les moulins d'antan
Ne moulent plus le froment,
Et ne battent plus des ailes,
Qui provoquaient le zèle,
Du Chevalier et son Servant
Qui rompaient des lances
Dans une lutte perdue d'avance,
Pour la Justice et la Tolérance.
http://quichottine.over-blog.com/


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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

GALET 27/02/2010 16:49


J'aime beaucoup cette histoire "à la gond " ! Et aussi cette idée de pendentif (à retenir!). Il fut un temps où je ramassais des boîtes de cigares en bois pour la joliesse des petites charnières de
laiton... Merci à notre amie commune de m'avoir amenée ici !


27/02/2010 21:10


Bonsoir Galet,
Moi aussi étais heureux de trouver une de ces petite boites joliment décorée : je la transformais en radio à piles en y bourrant tous les composants. Le bois était facile à percer pour laisser
passer les vibrations du haut-parleur,
et le poste était léger à transporter. Au fur et à mesure des années, ce sont les boites d'allumettes qui devinrent de petits récepteurs en fonction de la miniaturisation de l'électronique. Les uns
faisaient miroiter leur collection de papillons, et moi de transistors, un truc un peu moins romantique quand-meme...


KERFON LE CELTE 27/02/2010 08:19



J'ai justement suivi le chemin de notre amie Quichottine et me voici en promenade sur tes mots...
Je continue ma visite.
Bonne journée...
Bon ouikande...

KERFON LE CELTE



chris 27/01/2010 07:56


j'ai beaucoup aimé lire cette histoire .j'ai enfin pris le temps .  vous avez beaucoup de talent avec les mots ! sans aucun doute à bientot


Clo 26/01/2010 08:20


Qui n' a pas perdu ( ou cru perdre) ses papiers ?????
Concernant les listes d' achats ou de choses à faire, lasse de les chercher partout, je les note dans mes mains !
Bonne journée :)


Quichottine 21/01/2010 03:43


Bonjour Georges,

J'ai fait une page spéciale pour votre
quichottinier... et je vous ai emprunté votre image pour ce faire... j'espère que vous ne m'en voudrez pas.

Merci infiniment.


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