LE BLOG DE GEORGES


DES SOUVENIRS DANS UN MOUCHOIR




 

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Mercredi 11 juin 2008

En cette période où le superficiel a remplacé la profondeur et le mensonge par omission la véritè, il est bon de relire cette phrase de Jean-Jacques Rousseau pour nous faire une libre opinion,quelqu'en soit le sujet,à condition de faire l'effort  élémentaire de remonter à la source :

"Sitôt qu'on accoutume les gens à dire des mots sans les entendre, il est facile après celà de leur faire dire tout ce qu'on veut."
Jean-Jacques Rousseau.(Emile ou de l'Education).

Le commencement de la fin du Cauchemard :
C'est l'Opération Torch,le 8 Nov 1942 quand  les alliés débarquent  près d'Alger.

Image:Torch-troops hit the beaches.jpg


Le but de cet article est de faire connaitre Fernand Pistor aux jeunes générations qui veulent lire à la source  l'Histoire de leur pays gràce à ceux qui l'ont écrite de leur sang . Louis Lataillade a dressé de son ami Fernand Pistor,un portrait incontournable pour connaitre le poete,le journaliste,l'homme d'action et le patriote que la mort a fauché dans son élan .

                   Avant propos...
à  l'Avant Propos de Louis Lataillade


Ils étaient donc trois amis,de la meme génération,de la meme culture,et compagnons  pendant la Deuxième Guerre Mondiale :Edmond Brua,Louis Lataillade et Fernand Pistor .
Louis Lataillade avait  écrit un bel article en la mémoire de son ami Edmond Brua dans l'Algérianiste No-2 de Juin 1978,l'année de sa disparition.
n.b. Pour lire ces revues ,chargez (le temps en est relativement long) le fascicule choisi que vous pourrez aisément feuilleter à votre guise :
http://www.cagrenoble.fr/revue/revue.html

Et ce fut lui encore ,qui écrivit l'Avant Propos aux "Correspondances de Guerre" de Fernand Pistor ,avec ses amis qui pieusement en rassemblèrent les documents .
Pour la biographie de Louis Lataillade il n'est que d'ouvrir le " Qui est Qui",auquel il participa :

Louis Lataillade (1910-1988) .
"Biographie d'Auteurs choisis de l'Académie de Médecine de New-York ".
Collection des Thèses Médicales internationales
Thèse :Coutumes et supersistions obstétricales en Afrique du Nord,
Thesis (D.M.)--Université d'Alger, 1936. Excerpts PDF

Louis Lataillade est né le 1er Aout 1910 à Pau (Basses Pyrénées) .Il étudia au Lycée de Pau et à la Faculté de Médecine d'Alger et de Bordeaux.Reçut son titre de Doctorat en Médecine à la Faculté d'Alger en 1936. Et obtient aussi un titre de "Master of Public Health" à l'Université d'Harvard .
Lataillade servit comme Docteur à la Station Thermale d'Hamam-Righa (1937),fut Inspecteur de la Santé,Directeur au département des Hautes-Alpes(1946),Directeur du Centre Expérimental de santé publique à Soisson (1950),et Docteur à l'Organisation Mondiale de la Santé en 1957.
Il représenta aussi le WHO en Turquie (1963),et fut Directeur-adjoint du Bureau du WHO à Copenhague (1968-1972) et enfin Inspecteur Régional honoraire de la Santé depuis 1968 .
Dans la présentation de sa thèse ci-dessous,vous pourrez lire aussi la liste longue de noms de la célèbre médecine francaise en Algérie .

http://unchsl3.depts.unc.edu/NYAMTheses/LatailladeAlgiers1936.pdf

Louis Lataillade publia de nombreux sujets médicaux et écrit deux séries de Poemes,  une Nouvelle, et une biographie du Chef algérien Abd el-Kader .

Dans l'Algérianiste No-11 de Septembre 1980,son remarquable article évocatif du sacerdoce de la médecine en Algérie francaise : "Médecin du Bled" .

Louis Lataillade fut fait Chevalier de la Légion d'Honneur,reçut la Croix de guerre 39-45, et la médaille d'Officier de la Santé Publique .

Sources:

"LATAILLADE (Louis, Marie, Auguste)." Who's Who in France. Qui est qui en France: Dictionnaire biographique de personnalités françaises vivant en France, dans les territoires d'Outre-Mer ou à l'étranger et de personnalités étrangères résidant en France. 14th ed. (1979-1980). Paris: Editions Jacques Lafitte, 1979.

Voici donc  l'Avant Propos que  Louis Lataillade écrit en préface du Livre de Fernand Pistor ,pieusement composé par ses amis :

                      Avant -Propos

"Le 25 Aout 1944,Jean Pontacq,correspondant de " Radio-France ",à Alger tombait mortellement blessé sur les pentes de Notre Dame de la Garde,à Marseille,au cours du dernier assaut donné par le tirailleurs de la Troisième Division d'Infanterie Algérienne,aux coté de ces soldats dont il avait depuis presque deux ans,en Tunisie,en Italie,à l'Ile d'Elbe et en Provence,partagé la vie et les périls.Il avait 33 ans .
Jean Pontacq c'était le nom de bataille de Fernand-Denis Pistor..Il était né le 6 décembre 1910 à Bordj-bou-Arréridj en Algérie où la famille de son père juriste de talent,avait gardé des liens depuis la conquete.Mais ses parents étaient l'un et l'autre de vieille souche paloise.Il avait perdu sa mère à sa naissance,et fut confié à Pau à la solicitude bienveillante d'un grand-père et de deux tantes .C'est au Lycée de Pau,que jusqu'à la seconde il avait fait ses études,c'est là qu'avec ses plus anciens condisciples il avait crée le journal "Coup d'Aile".
L'Académie de Béarn avait,quand il avait quinze ans,publié ses premiers vers,avec ceux de son ami  Louis Lataillade,sous le titre puéril et touchant,mais qu'il avait choisi lui-meme,des "Goelands aventureux" .
 Tristan Derème avait préfacé cet ouvrage :
Il chantait Pau :
"Mais je songe au Béarn,aux coteaux déployés
que l'automne a vetus de flamme...
...Les jours d'or béarnais se sont enfuis...Mais
j'ai tes vers,mes souvenirs,mes livres.
Mes yeux sont ivres
Encor du Gave clair et de l'azur léger.."
Il chantait aussi la joie de vivre,comme le rappelle Pierre Tucoo-Chala dans sa préface .
Ses premières vacances en ce temps là,il les passait dans la petite maison familliale de Labatmale,près de Pontacq.Et c'est pourquoi,pendant les années d'exil et de guerre ,dans l'attente du triomphal retour en Béarn dont il revait,il avait choisi ce pseudonyme :Jean Pontacq.
Après le Lycée de Pau,ce fut le Lycée d'Alger,un prix d'histoire au Concours Général,et à la Faculté où il mène de front avec son métier de maitre d'internat au Lycée de Ben-Aknoun et au Lycée Bugeaud ses licences de droit et de lettres .
Paul Robert qui reve déjà peut-etre à son dictionnaire,est devenu le Président de l'Association Générale des Etudiants,et avec une équipe d'amis fidèles,parmi lesquels Lataillade qu'il a fait venir à Alger,Pistor dirige "Alger-Etudiant" ,l'organe de  l'association,
préfigurant ainsi sa vocation de journaliste .Ici,comme naguère dans le scoutisme,comme dans le sport ou l'action syndicale la plus généreuse,il s'engage à fond .
C'est enfin à Paris et à la Sorbonne,ou,toujours comme maitre d'internat au collège de Compiègne,au Lycée Hoche à Versailles,à Louis-le-Grand,il passe l'agrégation de lettres et songe à une thèse de doctorat .
Le voici de retour à Alger en 1938,comme professeur cette fois.Dès sa première année d'enseignement,il va,dit son ami Edmond Brua,"surprendre et émerveiller ses élèves et ses collègues par la foi ardente,l'enthousiasme lucide qu'il apporte dans sa mission : on parle de lui comme d'un apotre ".
Survient la guerre.Il est mobilisé en septembre 1939,et la retraite de 1940,cette défaite qu'il n'a pas acceptée et dont il laissera aux archives de son régiment le récit amer et précis,vaut au maréchal des logis-chef Fernand Pistor deux magnifiques citations,dont l'une à l'ordre du corps d'armée.
Démobilisé,il reprend au Lycée Bugeaud un enseignement qui durera deux années. Deux années pendant lesquelles il va marquer d'une manière indélébile de jeunes esprits,qui ne l'oublieront jamais .
Quant à ses collègues,ils s'appellent  Louis Joxe,Jean Luc,Paul Peronnet: les deux derniers sont les pseudonymes de Pierre Jarry et de Jacques Desmoulins deviendront  ses plus fidèles compagnons dans l'équipe des correspondants de guerre sur les fonts de Tunisie,d'Italie et de Provence .
Enfin,le 8 Novembre 1942,les forces alliées débarquent en Afrique du Nord,les premières unités francaises se reconstituent .Fernand Pistor,déjà chargé avec Max-Pol Fouchet des émissions littéraires de "Radio-France",
s'engage comme correspondant de guerre en Tunisie et découvre les voies de sa passion.
Désormais il sera partout,et le premier. Dans Tunis libéree,dans les Abruzzes,dans la tete de pont d'Anzio ,à Rome,en Toscane,à l'Ile d'Elbe,à Marseille enfin. Il partait seul en avant,il "décrochait",dévoré par le désir de témoigner , de participer à la guerre de libération comme à une croisade,d'exercer son métier de correspondant de guerre comme une mission .Bien des hommages lui ont été rendus,dont on trouvera les extraits les plus émouvants à la fin de ce recueil.Son nom a désigné l'un des centres de reportage de la Radio francaise,rue Francois Ier à Paris,puis l'un des studios de l'Ortf . Pierre Ichac lui  a dédié son ouvrage : "Nous marchions vers la France ".Il figure en bonne place dans l'Anthologie des Ecrivains morts à la guerre (1939-1945) de Jacques Meyer,dans les "Poetes du Béarn et du Pays basque " d'Armand Got,dans la thèse d'une italienne,
Madame Belardi Balbi,"Des poemes et des vies pour la France " .Et après une troisième citation reçue à l'Ile d'Elbe,la médaille militaire lui a été attribuée à titre posthume.Mais pour évoquer Fernand Pistor,la plus grande pudeur,la plus parfaite humilité restent de mise .
"Nous savons trop,disait-il dans l'un de ses textes,que les fetes et les commémorations et les discours ne sonnent pas toujours juste, et qu'il est difficile de parler des morts, ou de parler en leur nom. Les morts ne sauraient répondre avec des voies humaines à leurs thuriféraires .Mais leur silence est éloquent .Le silence des morts,ce matin,était riche et fraternel parceque les vivants qu'ils leur parlaient étaient leurs frères " .
Ses camarades,ses amis,ses élèves,ces jeunes footballeurs de l'equipe qu'il animait au Lycée d'Alger,et dont le gardien de but s'appelait Albert Camus,tous les survivants des années heureuses ou tragiques savent bien ce que le nom de Pistor signifiait . Mais a t-il laissé derrière lui autre chose que ces vers d'écolier ?
Et bien, voici ce qui nous reste :des textes de guerre griffonnés sur des pitons à peine conquis ou sur des plages de  débarquement,
dans la neige,la boue ou la poussière,sous les bombardements,ou bien encore enregistrés sirectement sur fil ou sur disque , des mots simples arrachés à la misère et à la souffrance  et aux sacrifices de chaque jour,mais qui allaient porter au loin le message de l'espoir. Il est bien vain,bien illusoire de se demander ce que Pistor eut écrit s'il avait vécu .Il n'a pas eu le temps d'écrire,voila tout. A la littérature ,il a préféré l'action.Il n'a pas  choisi la fiction ou le mythe,mais le témoignage sur les seules choses qui lui tenaient à coeur :l'amour des hommes,la justice,la vérité .
Il a dit ailleurs :"Une contemplation stérile du monde est véritablement une complicité avec les mystificateurs et les bourreaux..Je prends en horreur un culte de la nature ou le sourire humain n'a pas de place" .Il aime rappeler ce que Montaigne souhaitait qu'on aimat les vivants "comme ils sont" ,alors lui regarde "comme ils sont " ces Francais qui se battent. "Je ne vous ai pas rapporté aujourd'hui de ces mots dont on dit qu'ils sont frappés comme des médailles, mais implement ce que j'ai entendu sur la Mainarde".Ou bien encore : "Alors tant pis pour les grands ensembles et les fresques historiques.Nous allons suivre un médecin de bataillon,nous allons nous accrocher à lui,nous allons essayer de vivre avec lui, et comme lui l'affaire qu'il a vécue sur le Belvédère .". Et, pour une fois,un communiqué trouve gràce à ses yeux parce qu'il est bref et direct  :" J'aime ce laconisme et j'aime cette franchise...la vérité étant l'arme des forts ".
Il faut noter cependant  ses dernières réflexions sur l'écriture,  à la fois angoissées et ironiques, quand il attendait dans la baie de Naples,le 11 Aout 1944,l'embarquement vers les cotes de Provence :
"Une grosse bouffée d'émotion m'envahit le coeur,l'imagination s'en mele,et dans mes divagations intérieures je reconnais la figure sournoise du démon littérature...N'est-ce pas lui qui m'a soufflé le titre du premier reportage que j'écrirai au large des cotes francaises :
" France,écoute.." En ai-je assez discuté avec Jean Luc de ce problème littéraire et de la forme à donner à nos reportages ! Littérature ou sécheresse ? Tout dépend,bien sur ,des moyens d'expression.En matière de radio,le
broadcast
direct est question de passion pure,à base de technique .Savoir jouer de son émotion,la dominer,la canaliser.Savoir aussi faire parler les autres,des voix de  France...Mais pour les papiers,c'est une autre histoire.Luc a raison : il faut viser à l'éternel. Ca veut dire qu'il ne faut pas exorciser le démon littérature.Tout au plus l'apprivoiser. "Si tes papiers ne sont pas du tonnerre,m'a dit Plécy,c'est que tu es un pauvre type" . Il dit vrai,parbleu !" .
Oui,voilà ce qui nous reste,des textes de guerre écrits par un homme qui détestait la guerre,qui avait horreur de toutes les violences.Mais aussi ces admirables pages,les seules sans doute qui n'aient pas été rédigées à la hate et sous le feu ,et qui s'intitulent "Dernieres images d'Italie" .
Ces écrits de Pistor,il était juste que des mains pieuses les rassemblent .Ils s'adressent à tous ceux qui l'ont connu et qui l'ont aimé .Ils s'adressent aussi  à ces jeunes élèves du Lycée de Pau qui chaque année vont bénéficier de la Fondation que le père de Fernand Pistor a crée à la mémoire de son fils,pour que cette flamme ne s'éteigne pas,pour que d'autres,à leur tour,connaissent la joie de vivre ".

Louis Lataillade .


Le célèbre  Lycée Bugeaud, à Alger.

Lycée Bugeaud 2

Photo extraite du site de Bernard Venis,  document Jean-Claude Thiodet :le Lycée Bugeaud après le bombardement de 1942 :

après les bombardements du 12 novembre 1942



Notes sur les mots cités :
Thuriféraire: Encenseur,flatteur (Petit Robert).

Hammam-Righa,Station Thermale,(Algérie)
http://www.alger-roi.net/Alger/villages/pages_liees/fghij/hammam_righa.htm

La Mainarde : (Italie)

Eperon stratégique lieu de durs combats en 1943 .

Tristan Derème :
http://www.florilege.free.fr/florilege/dereme/index.htm

Pierre Tucoo-Chala :
http://arpel.aquitaine.fr/spip.php?article6111

Edmond Brua (1901-1977)
Poete-Ecrivain-Journaliste
Consulter le bel article de Louis Lataillade consacré à  son ami disparu ,dans l'Algérianiste No-2,Juin 1978 .
Et aussi:
http://www.alger-roi.net/Alger/portraits/pages_liees/08_brua_edmond_pn45.htm


Louis Joxe (1901-1981)
Aux Affaires algériennes de 1950 a 1962,il fut l'artisan  des négociations avec les assassins du FLN qui aboutirent aux accords d'Evian,et au déracinement des Francais d'Algérie accompagné d'exactions terribles des algériens sur les civils dépourvus de la protection de l'armée francaise et des assassinats des harkis fidèles à la France .

Jean Luc (pseudonyme de  Pierre Jarry)
Correspondant de Guerre.
Lire  le blog d'Arioul :
http://arioul.blog.lemonde.fr/2008/02/16/le-premier-livre/

 
Paul Peronnet (pseudonyme  de Jacques Desmoulins).Agrégé de Lettres en 1939.
Correspondant de Guerre

Paul Robert (1910-1980)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Robert

Max-Pol Fouchet (1913-1980)
http://www.maxpolfouchet.com/

A Alger en 1942 M.P. Fouchet,sur la photo ci-dessous.
Lire  sur sa Revue "Fontaine" :
http://www.maisondelapoesie.be/essais/essais.php?id=141



Pierre Ichac (1901-1978)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Ichac#Grand_reporter_et_correspondant_de_guerre_.281935-1945.29

Le livre "Nous marchions vers la France " qu'Ichac avait dédié à Fermand Pistor :

Nous Marchions vers la France Pierre Ichac


Albert Camus (1913-1960)
Camus est au centre de cette photo extraite de :
http://maliphane.free.fr/Philosophie/Albert%20Camus.htm

Il serait bon de pouvoir reconnaitre les amis qui l'entourent .Ce cliché semble etre pris à Alger (?).A gauche un personnage en uniforme ,donc d'après 1942 .(?)

http://maliphane.free.fr/images/Camus_Combat_1007.jpg


Sur Armand Got (1890-1976):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Armand_Got


 Le prochain article aura trait au livre lui-meme: les  " Correspondances de Guerre" de Fernand Pistor, qui nous entraineront sur les pas de l'Armée d'Afrique .  .

                                                              
  
Samedi 31 mai 2008
lOu de fil en aiguille....l'hommage de Robert Soulé à son maitre Fernand Pistor.

                                         
Regardez-bien l'image de cette couverture  :




                                                                         Et cette autre image intérieure ::




En chinant sur Internet,ma promenade préferée entre les vieilles choses qui jonchent les trottoirs de cette avenue,j'ai soudain découvert  cette reproduction d'un objet pour moi précieux car il éclaira mon enfance et m'avait enchanté quand je commençais à peine à savoir lire ."Pouichorre et la Lénécha"*(1) ,illustré par Charles Brouty .Ce dernier m'était connu car il illustrait aussi un journal pour les jeunes et une de ses vignettes m'avait très impressionnée :elle représentait le Père Levacher attaché à la bouche  d'un canon*(2) de marine par les barbaresques .Par contre le nom de l'auteur,Pierre Jarry ne me disait rien et  alors en fis part à Esmma dont le site est lu par les enfants qui avaient 9 ans à mon époque et 99 ans maintenant (ou presque..).
Jean Brua le Journaliste et Caricaturisque qui est toujours là pour nous subvenir à notre ignorance me répondit :

"Pour répondre à la question de Georges Lévy sur l'auteur de « Pouïchore », l'album illustré par Brouty pendant la guerre. Pierre Jarry était le pseudonyme de Jean Luc, un professeur et journaliste qui termina sa carrière comme directeur des programmes de RTL. Lié avec les milieux intellectuels et artistiques de l'Alger de la guerre, alors qu'il était professeur au lycée Bugeaud, Jean Luc était l'ami de Charles Brouty, Fernand Pistor (également prof à Bugeaud) et Edmond Brua. Avec le premier, il écrivit « Pouïchore ». Avec les deux autres, il fit partie de la phalange des correspondants de guerre qui accompagna en Italie, en Corse et dans les combats de la libération les forces nord-africaines de la France combattante. Son collègue et ami Fernand Pistor (dont le pseudonyme de guerre était Jean Pontacq) devait être tué à l'été 44 au cours du dernier assaut pour la libération de Marseile, sur les pentes de N.-D. de la Garde."

Merci à Jean Brua.qui est une véritable encyclopédie ! Effectivement j'ai retrouvé le nom de Fenand Pistor (Jean Pontacq) qui fut agrégé de lettres en 1937 et figure dans la liste des Ecrivains Morts pour la France, au Panthéon : Une occasion pour lire cette liste de ces hommes qui ont écrit l'Histoire de France en 14-18 et 39-45.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_personnes_cit%C3%A9es_
au_Panth%C3%A9on_de_Paris#.C3.89crivains_morts_au_champ_
d.27honneur

C'est alors que je reçus directement le message suivant :

"Je relève sur internet :
 


Fernand Pistor était un cousin germain de mon père : sa vie et sa mort tragique ont été trés présentes dans ma vie familiale et je suis trés touchée qu'en 2008 on évoque encore son souvenir.
Marie-Claude Marque" .

Une véritable aubaine donc puisque une petite cousine de Fernand Pistor allait pouvoir m'éclairer sur l'écrivain Jean Pontacq .


La documentation de ce blog repose sur les sources suivantes :

1) L'envoi de Jean Brua qui écrit :
  "Ci-joint deux fichiers.  Le premier est la copie du sonnet de mon père à la mémoire de Pistor. Le second est une photo de celui-ci, tirée du livre* édité à l'initiative de Louis Lataillade*, l'un de ses compagnons les plus anciens. La photo a été prise en Italie, entre 43 et 44, alors que Pistor, comme mon père, était correspondant de guerre pour l'Agence France-Afrique et que Lataillade était médecin-chef du 7e Chasseurs d'Afrique."


2) CORRESPONDANCES DE GUERRE (1943-1944)
Fernand Pistor
Ed. Marrimpouey Jeune, Pau.


3) L'article de Monsieur Robert Soulé, a paru dans le numéro-7 de Juillet 1998 .Envoyé gracieusement par le C.D.H.A. :
" Portrait de Fernand Pistor ": (Jean Pontacq ).

4) L'Avant  Propos de Louis Lataillade au livre "Correspondances de Guerre",de son camarade F.Pistor.


5) Le site Alger-roi de Bernard Venis .

Et bien j'aimerai commencer justement par la fin, par le souvenir concis de Fernand Pistor par son camarade et collègue Edmond Brua :
  "J'ai déniché dans mes archives photos un document rare, au dos duquel mon père a écrit « Ben Aknoun 1941 ? ». Pistor (cravate régate) et lui y figurent côte à côte (3e personnage à gauche, inconnu). "



                                                    Fernand Pistor en uniforme de Correspondant de guerre .



IN MEMORIAM FERNAND PISTOR

(par Edmond BRUA) 

Fernand Pistor, je pense à toi

qui roulais sur la Voie Appienne,

échappé dans l'histoire ancienne

en avant du premier convoi.

Je vois la Rome que tu vois

(chaque soldat voyait la sienne).

Nous nous sommes quittés à Sienne

et je devrais rester sans voix. 

Mais si je trouble ta mémoire

c'est pour crier : non ! à l'Histoire.

Tu l'affrontais comme le vent, 

Tu défiais ton assassine

quand tu parlais de Terracine,

quand tu roulais seul en avant… 

                                          (1944)

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Notes sur Pouichore :

*(1)Un site unique et curieux sur l'origine de "Puichor" ou "Pouichore" avec  le récit original ,( Roumain,Gitan ? ) et des précisions sur le livre et commentaires hélas que d'une internaute et moi ! .
http://elguijaronegro.canalblog.com/archives/reves__contes_et_legendes/index.html

*(2) " Le Rais Hamidou " : pour en savoir plus sur " La Consulaire".
http://georges2.over-blog.com/article-7371748.html



  L'article  de Monsieur Robert Soulé,a paru dans le numéro-7 de Juillet 1998 .Quand j'ai demandé au C.D.H.A l'autorisation de publier l'article en entier,j'ai eu la tristesse d'apprendre que l'auteur nous avait quitté en 2004 .
Une raison de plus  pour faire connaitre aux jeunes internautes un peu de ce  qu'il fut à travers son Hommage à son Maitre, envoyé gracieusement par le C.D.H.A. :
 
  Robert Soulé est né donc en Décembre 1926 à Alger .Il a aussi écrit le livre suivant :( qui devint un film )
http://www.amazon.fr/LAlg%C3%A9rie-chim%C3%A8res-Henri-Turenne/dp/270962138X
Ainsi il est présenté sur le net :
"Cinéaste, écrivain, journaliste, Henri de Turenne compte parmi les grands créateurs de la télévision française. Lui-même et son ami Robert Soulé ont été grands reporters pendant la guerre d'Algérie (1954-1962). Ils connaissent bien le pays et son histoire. Ils ont écrit en collaboration les trois épisodes de "L'Algérie des chimères", un film diffusé par Arte et France 2. "

Voici maintenant en entier et extrait du Numéro du 7 Juillet 1998 du C.D.H.A.,avec l'autorisation de reproductionn
le  "Portrait de Fernand Pistor" ,par Monsieur Robert Soulé :

"Hommage au Maitre de mes 15 ans"

Il y a 50 ans,Fernand Pistor,Professeur de Lettres au lycée d'Alger,compagnon de Camus et de Brua,tombait dans les combats pour la libération de Marseille.

Il y a cinquante ans le 24 Aout 1944,Jean Pontacq,envoyé spécial de Radio-France,la station de l'Afrique française en guerre,tombait sous les balles allemandes dans les derniers combats pour la libération de Marseille.Lorsqu'une rafale le faucha,il avançait au premier rang des tirailleurs algériens,lancés à l'assaut de la colline où se dresse Notre Dame de la Garde.Ce grand reporter de choc avait pris tous les risques,comme déjà en Tunisie, où il portait l'uniforme vert des correspondants de guerre.En Provence sa barakka l'avait abandonné.Ainsi disparut à 33 ans sous le pseudonyme de ses ancetres Feranand Pistor,professeur au Lycée Bugeaud d'Alger,
agrégé de Lettres,né à Bordj Bou-Arreridj dans une grande famille de juristes, instaléee en Algérie au lendemain de la Conquete .De cet enseignant hors-série,dans un lycée où les universitaires de valeur étaient pourtant légion,ses éléves ont gardé un souvenir intact et c'est en leur nom qu'aujourd;hui,plus d'un demi-siècle plus tard,j'ai voulu très simplement porter témoignage . Je revois cette classe austère de "Bugeaud" où le 1er Octobre 1941 à 8 heures,le professeur pas comme les autres prenait un premier contact avec la classe de Seconde-A. J'avais 15 ans . J'étais un de ses élèves à qui,pendant une année,il enseignerait le francais,le latin et le grec .Une trentaine de garcons vifs-plus des enfants-pas encore des hommes-sans complexes,turbulents et frondeurs.
Sa réputation nous était connue " un crack" avaient confié ses anciens élèves ."Vous avez Pistor ? Quelle chance".
Un pédagogue étonnant jugeait le proviseur Jean Lalande. A un enseignant  venu de métropole,il avait déclaré,
nous le savions ."Ce n'est pas un établissement comme les autres parcqu'il y a un maitre qui s'appelle Fernand Pistor".
Nous les nouveaux, nous attendions pour voir . Ce qui frappait d'abord chez cet homme au nom romain et au profil de consul,c'était l'intensité du regard. Un visage grave,tendu,aux traits énergiques,qui nous portait une
immense attention,et nous allions le sentir bientot,un immense intéret .Une voix claire.Un propos confiant mais sans complaisance ."Nous allons vivre ensemble,nous dit-il une année importante ".
C'était vrai et pas seulement pour ce qui concernait nos études...

Un Grand Frère Respecté .

En
cet  automne de 1941,le monde était en guerre mais la victoire n'avais pas encore choisi son camp.
L'Algérie provisoirement à l'écart du conflit,vivait en tricolore avec une sensibilité exacerbée. Fernand Pistor nous parlait de notre pays en négligeant l'emphase et la grandiloquence qui donnait souvent un ton un peu niais aux discours a la mode . Très simplement il s'adressait à nous,évoquant l'avenir,la responsabilité qui devait etre la notre .Thème de notre premier travail ,la formule de St-Exupéry :
"Etre homme.c'est précisement etre responsable ".
וUne discussion en commun,vivante,passionnée.Il était 9 heures. Le cours se terminait. Quand Fernand Pistor se tut,nous nous sommes regardés surpris.Les enfants avaient le sentiment d'etre devenu des hommes .Ce fut pour nous une année exceptionnelle.Nous découvrions pele-mèle Thucyclide et Péguy,Virgile et Mozart .La poesie,l'art,l'esprit d'équipe,l'énergie et la tolérance,le respect des autres et la fierté d'etre soi-meme,le stade et la musique,le musée et le theatre . Pistor nous conduisait partout,nous consultait sur tout.Nous parlions à un maitre et nous parlions entre nous comme jamais encore nous ne l'avions fait.Un formidable souffle d'air pur balayait la routine.Nous découvrions éblouis le grand-frère respecté. Il avait rédigé "Alger-Etudiant" avec Paul Robert,futur auteur d'un fameux dictionnaire .Il avait dirigé une équipe de football dont le gardien,nous disions le "goal" s'appelait Albert Camus,et Emond Brua que nous lisions avec délice,lui avait dédicacé une de ses Fables .
Robert,Camus,Brua;tous ses amis.Pistor savait tout faire:conduire une chorale,mettre en scène une pièce de theatre, animer un campp, initier aux joies de l'escalade aussi bien que de la poesie .

La Richesse de nos Différences .

Je garde particulièrement en mémoire un cours ou notre maitre nous invita à réfléchir sur la condition de Francais nés en Algérie .Ily eut une discussion passionnée,quoique exempte d'acrimonie,entre nous,qui nous affirmons "Algériens"-le mot choquait personne-et de jeunes réfugiés,nos camarades de classe venus de métropole occuoée que des familles d'Alger avaient acueillis.J'ai découvert ce jour-là la profondeur de nos racines et la richesse de nos différences."Tous Francais",avait conclu Pistor mais chacun s'enrichit d'une personalité propre. De meme qu'il y a des Francais bretons,alsaciens ou auvergnats,nous sommes des Francais d'Algérie ou mieux peut-etre des "Algériens francais",l'expression était belle .Les jours heureux passent vite.Juillet approchait et les vacances,cette année là,nous ne  les appelions pas avec la meme impatience .En ocobre 42 il y eut une autre rentrée et un autre professeur de lettres dont j'ai oublié le nom Fernand Pistor gardait les "Secondes" .Pour nous ce n'était plus pareil .Nous entrions en Première avec en fin d'année l'épreuve du premier Bac.Des épreuves à vrai dire nous devions sans attendre,en connaitre de plus cruelles.
Le lycée Bugeaud bombardé par la "Lutwaffe" après le débarquement allié du 8 Novembre 1942,le proviseur Jean Lalande tué,les classes en partie détruites .Les plus agés de nos camarades rejoignaient l'armée. Fernand Pistor lui,avait deja revetu l'uniforme des correspondants de guerre.Je ne devais plus le revoir.Un journal m'a apprit sa mort en Aout 1944.
J'en ai éprouvé beaucoup de peine,beaucoup de fierté aussi pour le destin du soldat frappé en pleine gloire.La guerre nous nourrit d'enthousiasmes guerriers.J'ai mesuré, avec le temps combien fut pour nous cruelle la perte de notre maitre de nos quinze ans .Nous avons tenté seuls de suivre le chemin de l'homme qu'il avait fixé d'une main sure ,au carrefour de notre adolescence et c'est très fidèlement que j'ai voulu en cette période anniversaire,lui rendre hommage. Fernand Pistor repose au cimetière de Gairault,sur les hauts de Nice ,face à la mer,au milieu des eucalyptus,des oliviers et des cyprès .Dans la sérenité meme que les Grecs souhaitaient à leurs héros et à leurs sages.

Robert Soulé .

Extraits du site de Bernard Venis "Alger-Roi" ,sur des souvenirs du Lycée Bugeaud pendant la Guerre :

 De Pierre Salort: 01-2004
 " Comme souvenirs particuliers , deux me viennent tout de suite à l'esprit:
- Bugeaud avait servi d'hébergement à des marins Anglais stationnés à Alger ! Des avions allemands, en novembre 42, peu de jours après le débarquement du 8/11, l'ont pris pour cible , causant de gros dégats et la mort pendant leur sommeil de plusieurs dizaines de marins et du proviseur et sa famille.(voir souvenirs ci-dessous de JC.Thiodet).
-Pour l'année scolaire 1941, la Taupe et la Corniche avaient été déplacées , pour des raisons de place , de Bugeaud dans les locaux des écoles normales de Bouzaréah.J'ai connu la Taupe à Bouzareah également en 1942 ; après , je ne sais pas ,ayant été mobilisé le 10/12/42 ! "


De J.CLaude Thiodet:(26-12-2003)
-------"Te souvient-il (cela m'étonnerait , et pour cause), que le jeudi 12 novembre 1942 les Allemands laissaient négligemment tomber une bombe sur l'aile ouest de notre vénérable lycée, tuant du même coup notre honoré proviseur LALANDE, sa femme sa fille et sa belle mère ainsi que le censeur SAUVAGE? Ce qui nous a valu d'émigrer, (et oui encore ou déjà), d'abord vers le collège de la rue Lazerges pour la 4°, puis vers l'école de la rue du Soudan, derrière la cathédrale pour la 3°, puis vers l'école de la rue Rochambaud pour la 2°, pour revenir enfin à Bugeaud en octobre 1945 pour la fameuse 1°A.B. dont à laquelle je t'en ai transmis la photo."


Comme le lecteur a pu s'en rendre compte,Robert Soulé a pleinement souligné  la grandeur d'ame républicaine  de Fernand Pistor enseignant au lycée à un moment triste de son Histoire où la France passa du statut  de République à celui d'Etat .
Je cite ci-dessous les règles de vie imposées à l'Algérie à cette  époque . L'ennemi n'était représenté à Alger  que par une Commission d'armistice Italienne et Allemande ( et de nombreux espions et agitateurs !) .A ce sujet il est capital de lire ce texte d'un journal algérien qui précise les différents contacts des nationalistes algériens avec les nazis en Allemagne et les dix ans de préparations  qui allaient précéder le 1er Nov 1954.
http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=60597&idc=39&date_insert=20080212

Lois d'exceptions de  Vichy ordonnées par Philippe Pétain en 1940 et 1941,applicables aussi en Algérie ..
http://www.roi-president.com/bio/bio-fait-lois+antis%E9mites+du+gouvernement+de+vichy.html

Lois antisémites édictées par le gouvernement de Vichy sous l'autorité du Maréchal Pétain, il est à rappeler que ces lois n'ont pas été demandées par l'occupant allemand et que le gouvernement n'a subit aucune pression pour les édictés, ces lois ont été publiées et appliquées en zone libre.
Passage precisant l'exclusion des Juifs du corps enseignant voir :
Art. 4. Membres des corps enseignants.

Art. 9. – La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat.
Art. 10. – Le présent acte sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 3 octobre 1940.
Ph. Pétain.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le vice-président du conseil, Pierre LAVAL.
Le garde des sceaux,ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël Alibert.
Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel Peyrouton.
Le ministre secrétaire d'État aux affaires étrangères,
Paul Baudouin.
Le ministre secrétaire d'État à la guerre,Général Huntziger.
Le ministre secrétaire d'État aux finances,Yves Bouthillier.
Le ministre secrétaire d'État à la marine,Amiral DARLAN.
Le ministre secrétaire d'État à la production industrielle et au travail, René BELIN.
Le ministre secrétaire d'État à l'agriculture,Pierre CAZIOT

J'allais oublier le nom de Jérome Carcopino :
En février 1941, il fut nommé secrétaire d'état à l'Éducation nationale et à la Jeunesse dans le gouvernement de l'amiral Darlan. Il décida à la réorganisation de l'enseignement scolaire du 15 août 1941. Dans ces fonctions, il fit appliquer les lois du régime de Vichy, notamment les textes excluant juifs et francs-maçons des fonctions publiques.

Quand, le 7 octobre 1940, le gouvernement de Vichy abrogea le décret Crémieux, retirant aux Juifs tous leurs droits à la citoyenneté française et refaisant d'eux des "indigènes" au même titre que les Musulmans, ce n'était pas uniquement le résultat de la politique décidée en métropole mais aussi la conséquence de cet antisémitisme persistant au sein de la société européenne d'Algérie. 12 000 enfants juifs furent expulsés de l'enseignement public primaire, secondaire et professionnel à la rentrée de 1941, le nombre d'enfants écartés se montant à 18 000 l'année suivante. Seize camps, de vocations diverses, souvent gardés par d'anciens légionnaires ouvertement pro-nazis, furent ouverts en Algérie, dont certains regroupaient les soldats juifs algériens de la classe 1939, contraints à des travaux forcés. Les Anglo-Américains, en arrivant en novembre 1942, au prix de lourdes pertes (les autorités françaises d'Algérie leur ayant infligé 1 500 morts, enterrés dans le cimetière qui domine encore Oran), y dénombrèrent au total 2 000 détenus.[...] Ce ne fut que le 20 octobre 1943, soit près d'un an après le débarquement allié en Afrique du Nord - le Service des questions juives d'Alger étant resté ouvert jusqu'en mars 1943 -, que le Comité français de libération nationale accéda à la demande des Juifs d'Algérie de recouvrer leurs droits politiques de citoyens,

  " La sensation d'exil intérieur est particulièrement forte s'agissant de l'enseignement. Le fait d'être chassé de l'école de la République restera incontestablement le traumatisme le plus vif de cette période. En 1940, 465 professeurs ou instituteurs sont sommés de quitter leur emploi du jour au lendemain. Une nouvelle campagne antijuive contre les étudiants et les écoliers, pour l'instauration d'un numerus clausus, aboutit à la loi du 21 juin 1941, promulguée en Algérie le 23 août. Aux termes de cette loi, les juifs ne sont plus admis dans les facultés ou instituts d'études supérieures que dans une proportion de 3 % de l'effectif des étudiants non juifs inscrits l'année précédente. À la rentrée universitaire de 1941, 110 candidats juifs seulement sont acceptés à l'université d'Alger sur 652 postulants. L'enseignement public, primaire ou secondaire, reste accessible dans les proportions de 14 % des effectifs de chaque école. Une loi du 19 octobre 1942 réduit le numerus clausus à 7%. L'historien Michel Ansky dans son livre Les Juifs d'Algérie remarque que cette loi est appliquée en Algérie avant même sa promulgation. En fonction de ce texte, 19 484 élèves sont immédiatement exclus des écoles publiques. La loi interdit aux élèves juifs de l'enseignement privé de se présenter aux concours et examens d'un niveau supérieur au certificat d'études. Cette mesure, qui touche ainsi l'ensemble de la population scolarisée à la hâte par les institutions juives, est particulièrement ressentie par les familles.

Dès la fin de l'année 1940, en effet, le Consistoire a improvisé une instruction de remplacement, en mettant sur pied un enseignement primaire privé avec l'aide des instituteurs juifs révoqués. À la fin de l'année scolaire 1941-1942, soixante-dix écoles primaires et six écoles secondaires fonctionnent, difficilement. Dans ce pays où n'existe pas encore, contrairement au Maroc, le réseau des écoles de l'Alliance israélite universelle, cette exclusion mise en oeuvre immédiatement et de manière restrictive est un choc, dont témoignera notamment Jacques Derrida.
Né à Alger le 15 juillet 1930, il est âgé d'une dizaines d'années lorsque s'installe le régime de Vichy. Le jour de la rentrée scolaire, en octobre 1941, le proviseur de son lycée le convoque et le congédie. Le tout jeune adolescent n'est plus français, et en tant que juif est exclu de l'enseignement. Il gardera de cet affront une blessure ineffaçable mais constitutive car elle fera de lui, surtout à la fin de sa vie, le philosophe des sans-papiers et des sans-abri, l'intellectuel éperdument épris de justice."
L.D.H. (Toulon) .

                                                                           Timbre d'Algérie en Mai 1941:



En Algérie celà commença par le recensement des Juifs dans les commissariats,sous peine de prison...




En  1942 eut lieu à Paris la Grande Rafle des juifs qui fut conduite par la police francaise et la Gestapo. Transportés dans les autobus de la Régie Parisienne d'abord au Vélododrome d'Hiver puis au Camp d'internement de Drancy gardés par les gendarmes,ils attendaient parqués comme des betes leur tour de monter dans les wagons plombés des Chemins de Fer nationaux pour débarquer après plusieurs jours sur les quais pour subir la sélection : directement à  la chambre à gaz pour les bébés et vieillards,et malades, ou pour les jumeaux l'infirmerie où les  attendait Menguele et ses "docteurs"* complices comme Dohmen pour ses expériences à vif, et  pour les autres la mort lente par le froid,la faim, les lourdes  pierres à porter,les coups des sadiques et les appels sans fin sous la douche gelée et enfin le suicide libérateur sur la cloture électrifiée .
De toute les souvenirs de cette période maudite,je retiendrais le témoignage de l'Ingénieur Saul Oren qui a publié son récit aux Editions de l'Harmattan à Paris . Cet enfant polonais,Saul ( Hornfeld) fut déporté avec sa famille,et seul survivant fut élevé en France à sa libération,il faut lire son livre raconté sans la seule passion que la vérité . (J'ai  l'honneur de le connaitre ).
http://judaisme.sdv.fr/histoire/shh/oren/feu1.htm

Si j'ai rappelé le tragique sort des juifs francais ou étrangers  réfugiés en France à cette époque,c'est pour signaler au jeune lecteur que l'Algérie était prete à suivre les consignes de la France collaboratrice  et observait  avec zèle les consignes de Vichy . Déjà les opposants républicains,des communistes et des juifs furent envoyés dans les Camps un peu partout dans le Sud, comme celui de Bedeau gardé par de féroces légionnaires allemands et pour y mourir du typhus ou des mauvais traitements . Le débarquement du 8 Nov 1942 arriva à temps,et ( quoique  celà soit peu connu) les israelites déchus de leur nationalité  française ne la retrouvèrent qu'en 1943 !! .    ( Les américains jouant au début la carte Giraud; bien que 90% des résistants qui aidèrent à paralyser Alger en attente du débarquement  américain, étaient juifs, dont les plus célèbres étaient de la famille Aboulker et Carcassonne )..

En Octobre 1942 le Proviseur du lycée E.F. Gautier envoya à la maison cette lettre :



Lycée Gautier
                                                                                                                      Alger,le 2 Ocobre 1942


Monsieur,

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint une notice contenant les conditions d'admission des élèves juifs qui viennent de m'etre notifiées.
Votre fils doit attendre à la maison la décision de la Commission que je vous communiquerai immédiatement .
Ceci bien entendu à condition qu'il possède un des deux titres exigés.
Dans le cas contraire,je vous demande de me prévenir .
Veuillez agréer,Monsieur,mes salutations distinguées .
                                             Le Directeur :
                                                 X . Blanc

( Ma mère étant pupille de la Nation de 14/18, mon frère (" privilégié" !! ) fit parti du quota du numérus-clausus ,et rejoignit sa classe ) . Il n'en fut pas de meme de mes cousins .

J'avais reçu un jour un témoignage de Jean Brua sur l'expulsion d'un élève de 7 ans :
"Les photos des pièces me rappellent un bon et un mauvais souvenir de 1941.Le bon, c'est que j'avais reçu une pièce de 5 F francisquée  de ma tante pour une place de 1er en CE1. J'avais tout dépensé le jour même... en pétards, ce qui en faisait un sacré paquet !
Le mauvais, c'est que j'avais assisté peu après à une scène odieuse dans le même cours : l'expulsion, devant tous les élèves, du seul élève juif  de la classe par le directeur, M. Saindely, avec la complicité haineuse de la maîtresse, Mme Mas. Quand j'ai rapporté la scène à la maison, ma mère a éclaté en sanglots et s'est rendue un peu plus tard chez les parents pour leur témoigner notre solidarité.Je sais que ta  famille a souffert des mêmes injustices. Je n'avais pas tout à fait 7 ans, mais je n'ai oublié aucun détail de l'incident et encore moins le chagrin de mon camarade."

Je viens d'entendre à Jérusalem cette semaine de Mai, une conférence d'Albert Bensoussan qui en parlant des professeurs israélites chassés de leurs postes, formèrent des classes privées pour les enfants  expulsés de leurs écoles et lycées.( Numérus Clausus).Et justement il cita le dévouement d'un Albert Camus qui vint aider  enseigner cette génération pour ne pas prendre de retard.
Personnelement j'avais entendu parler dans ma famille de l'éminent  Professeur de Mathématiques Spéciales à Bugeaud ,Henri Adad,agrégé de math en 1927,qui fit aussi parti de ces enseignants sauvés de la misère par  ces classes improvisées de la rue Emile-Maupas,à coté de la Bibliothèque Nationale,dans la basse -Casbah.
 
"  Adad H. Recherches sur les surfaces plusieurs fois cerclées. "Annales de la faculté des sciences de Toulouse Sér. 3, 27 (1935), p. 259-364
Notice complète | Texte intégral djvu | pdf | Analyses Zbl 0014.27702 | JFM 62.1452.01
En pdf pour les mathématiciens et les curieux ,voir surtout la page de garde avec l'entete du Lycée Bugeaud:
http://archive.numdam.org/ARCHIVE/AFST/AFST_1935_3_27_/AFST_1935_3_27__259_0/AFST_1935_3_27__259_0.pdf

Je me souviens de Jacqueline et Henri Adad. Ils habitaient sur les hauteurs d'Alger à la Robertsau et étaient amis de ma famille .Jacqueline frele et fragile de santé, originaire de Clermont-Ferrand était dans les cercles de Bridge très connue .A Alger leur fils Pierre fut un élève extrèmement brillant (Ingénieur des Mines) pour qui le Bridge devint sa passion. Il représenta souvent avec succès la France dans les concours internationaux . Quand nous jouions moi et mon frère chez-lui pendant que les mères papotaient,par jalousie sans doute pour son train mécanique objet fort rare en ce temps-là, je cherchais souvent à le faire dérailler en activant faussement les aiguillages, et alors les wagons filaient sous  le balcon en fer forgé pour tomber dans le jardinet en contre-bas ! Il est temps de demander pardon à Pierre que je n'ai depuis pas revu. 
Pierre Adad :
http://www.imp-bridge.nl/players/1463pl.html

Maintenant que nous avons passé rapidement en revue cette époque trouble et avons séparé le bon grain de l'ivraie,nous pourrons grace aux "Correspondances de Guerre" de Fernand Pistor,suivre la France combattante,
composée principalement de citoyens nés en Algérie et de toutes les classes et religions ,sur les chemins de sa gloire de 1943 à 1944. Louis Lataillade un de ses fidèles amis  avec Edmond Brua, nous fera découvrir Fenand Pistor grace à sa magnifique préface aux " Correspondances de Guerre "

ו Dans le prochain article, je pourrai commenter le livre " Correspondances de guerre",que j'ai commandé dans une librairie d'occasion du Sud de la France,que j'ai hate de lire car ce fut aussi le trajet de mon père et de mes oncles sur les chemins de la Tunisie,d'Italie et de  Provence .
                                                                     
                                                                                       

                                                                            
Lundi 12 mai 2008


Mon ami est de ma génération .Il est né comme moi en 1938 .Avant l'Anschluss*(1), comme avaient coutume de dire mes parents .Leur vie avait été divisée en  trois épisodes,comme pour beaucoup de citoyens, leur jeunesse heureuse et travailleuse avant le Fascisme ,les angoisses pendant la  Guerre,et la joie de revivre après la Libération . Joie de courte durée ,jusqu'en 1954 qui fut le début d'un autre compte à rebours .
Mon ami pourtant bien que conçu avant les hostilités naquit une deuxième fois,hors de son pays natal ,au Levant,comme on le découvre en dernière page :
Achevé d'imprimer
Le 19 Mars 1945 à l'imprimerie Gédéon *(2)
B E Y R O U T H
(Quatrième tirage ).
"Ce livre a été réédité par les Lettres Francaises sur le conseil du Comité de Culture Française dans le Proche-Orient.Il ne peut etre vendu que dans les pays,qui en droit ou en fait ne peuvent s'approvisionner auprès de l'éditeur originaire ".
Ce livre "La Grammaire et le Francais",Leçons et Exercices,est le fruit du travail  d'A.Souché,Inspecteur de l'Enseignement primaire et J.Lamaison. Agrégé de Grammaire ,pour les classes de 4ième et 3ième.
 Le présent volume est une reproduction de l'ouvrage édité par la Maison Fernand Nathan .
Editeur ,18 Rue Monsieur-Le-Prince,Paris (VI-ième)."
Une étiquette à bouts cassés, et cernée d'une double bordure bleue sur la page intérieure de la couverture porte à l'encre Waterman le nom de mon frère ainé
" Michel Lévy,Classe de 4ième B3".
Et bien je peux dire avec fierté que  je l'ai doublé,triplé,quadruplé et meme sextuplé cette classe en compagnie de ce livre qui ne paye pas de mine !
Ce petit volume à la couverture cartonnée d'une rébarbative couleur marron et sans une seule image fut pour moi une petite bibliothèque portative où j'aimais tout lire,les courts récits, les exemples,les questions  et meme les sujets de rédaction .Caractères gras,ou en italiques sont les seules fantaisies graphiques pour rehausser ces pages qui nous invitent à connaitre les beautés de la langue francaise par des extraits d'oeuvres  de grands écrivains.Ce livre petit par sa taille fut pour moi un trésor immense que je lisais en tournant les pages au hasard,avec souvent une tartine de pain beurré ou de confiture à la main....Les miettes encore collées entre les feuillets sont mes signets .. .Bien sur ,le temps qui marque aussi nos  tempes a ajouté des taches de rousseurs sur ce papier de mauvaise qualité qui n'a jamais eu la blancheur du vélin,et le cartable l'a aussi un peu malmené en le brinquebalant sur le chemin du Lycée,mais pour moi il est chaque année encore plus précieux car lui ne vieillit pas :ses morceaux choisis sont immortels.Quand sonna l'heure de l'halali et que nous ne  pouvions plus nous leurrer sur l'avenir que la France nous imposa à coups de fusil-mitrailleur ,le 26 Mars 1962,il fallut bien en Juin remplir une valise de mes plus précieux souvenirs .Les vieux jouets dépareillés,les objets accumulés et qui chacun d'eux avaient une histoire à raconter,mes premiers cahiers et pages d'écriture,mes  dessins et gouaches du Lycée,mes collections de  revues des deux guerres,j'ai du les abandonner presque tous,dans les fonds de tiroirs,et l'heure venue je dus inexorablement faire un choix et passer impitoyablement au crible les témoins silencieux qui ensoleillèrent ma jeunesse .
Ce livre fut un des privilégiés qui se blottit dans ma valise ,monta la passerelle  du Président Cazalet et fut ,emporté dans la cale par des dockers haineux . S'ils avaient su quel trésor pour moi était  caché dedans ,ils l'auraient jeté à la mer ,par accident ...
Aujourd'hui,en ouvrant mon livre au hasard,les feuillets fatigués se sont arretés sur la Dictée  que je recopie . Et cette dictée il faut la lire lentement comme de la bouche du maitre,pour mieux en savourer le sens des mots :

"Quand la vigne meurt"


En enlevant leur veste malgrè le froid,car le travail allait etre rude, ils se mirent à arracher la vigne .L'un et l'autre,ils avaient causé d'assez bonne humeur,en faisant la route .
Mais des qu'ils eurent commencé à becher,ils devinrent tristes,et ils se turent pour ne pas communiquer les idées que leur inspiraient leur oeuvre de mort et la fin de la vigne.
Lorsque une racine résistait par trop ,le père essaya deux ou trois fois de plaisanter et de dire : " Elle se trouvait bien là,vois-tu,elle a du mal à s'en aller.. .." Il y renonca bientot .Il ne réussisissait point à écarter de lui-meme, ni de l'enfant qui travaillait près de lui,la pensée pénible du temps où la vigne prospérait,où elle donnait abondament un vin blanc,aigrelet et mousseux,qu'on buvait dans la joie,les jours de fetes passés .
Chaque année,depuis qu'il avait conscience des choses,Driot avait taillé la vigne,biné la vigne,cueilli le raisin de la vigne,bu le vin de la vigne . Et elle mourait !
Chaque fois que ,sur le pivot d'une racine,il donnait le coup de grace, qui tranchait la vie définitivement, il éprouvait une peine .

René Bazin,La Terre qui Meurt, (Calman-Lévy edit.)
.

Et tout de suite sous la Dictée, après les questions et le paragraphe du vocabulaire vinrent deux sujets de Composition francaise :

1) Avant de quitter la maison natale.
Votre famille est obligée de quitter définitivement la maison où vous etes né et où vous avez vécu jusqu'alors et à laquelle se rattachent tant de souvenirs . vous en parcourez une dernière fois les diverses pièces,les alentours,le jardin,et à mesure c'est tout votre passé d'enfant qui ressuscite .
2) Etes-vous de l'avis de Ste-Beuve formulant ce souhait :
"Naitre,vivre et mourir dans la meme maison " ?


Je ne savais pas qu'un jour je n'aurai pas à faire un effort d'imagination pour entrer dans la peau d'un homme obligé de se couper de ses racines, comme  on coupe en situation d'urgence un bateau de ses amarres !.

    L'inévitable flacon Waterman                                               Et le stylo avec le levier sur le
                                                                                                    coté pour presser la pompe .            

 


Et bien remplissons d'abord le stylo à pompe en bakélite . Une opération toujours dangereuse  pour l'entourage !
 Moi J'aurai  préféré écrire à l'encre verte mais notre Prof nous l'interdisait  ! Cela nous semble si futile
 maintenant !  Le stylo à pompe fut ensuite détroné par les cartouches à la manipulation plus propre .
Un jour de reverie en classe, à force de machonner le couvercle de mon stylo,peut-etre pour m'aider à trouver de l'inspiration, je le brisais entre mes dents et dans ma surprise en avala un morceau ! . Trop tard pour faire quoique ce soit . J'avoue que ce fut pendant 24 heures un vrai sujet d'inquiétude pour moi qui n'osa le raconter à personne à la maison ,mais dévora un pain de mie entier pour atténuer les tranchants.... Je devais avoir un estomac d'autruche car à ce jour je suis encore vivant
.

Et bien donc faisons le tour de l'appartement . Logiquement ,je devrai commencer par l'entrée .
Mais moi je veux rester fidèle à moi-meme,meme au prix de passer pour un original.
Je me revois comme dans mes anciens  reves d'enfant  assis dans la baignoire de fonte  émaillée de blanc mais étrangement comme suspendue à l'extérieur de l'immeuble ,ainsi qu'une vraie peinture de Chagall où souvent  planent ses personnages . Celà vient de ce que je compris une fois que derrière la peinture de laque écaillée qui découvrait le ciment de la brique,qu'une faible épaisseur de bloc me séparait du vide du haut du cinquième étage . Et ainsi en eut ce vertige qui revenait la nuit  dans mes cauchemards !

N.B.
(1)*Anschluss :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anschluss


(2) *On retrouve les traces de cette Imprimerie  (aussi de timbres ) dans le site philatélique,section Liban ( A lui seul passionnant ) :
http://www.coppoweb.com/merson/etranger/fr.me_syr.php



                                     L'affaire Syrie-Liban (juin-juillet 1941)

Je cite :

"La Syrie et le Liban étaient des territoires placés sous tutelle française par un mandat de la SDN que les Français considéraient donc comme faisant partie de leur Empire. Début 1941, le général Dentz y commandait une armée de 40 000 hommes. En s'en échappant quelques mois avant pour rejoindre les F.F.L. (Forces Francaises Libres ) en  Palestine, le général de Larminat n'avait réussi à entrainer que 300 hommes....

Le 1er avril 1941, il se produisit en Irak (pays sous influence britannique) un coup d'État antibritannique soutenu par les services allemands. L'enjeu pétrolier est évidemment de première importance. Tout en négociant les protocoles de Paris dont l'un est relatif au Levant (nom alors donné au Moyen-Orient), Darlan,avec l'accord personnel du maréchal Pétain, approfondit la collaboration avec l'ennemi en lui accordant en Syrie un soutien technique, ainsi que, aux avions de la Luftwaffe, la base d'Alep d'où ils sont autorisés à utiliser les aérodromes de la Syrie pour aller bombarder les Britanniques en Irak. Darlan rencontre Hitler le 14 mai 1941, puis Abetz avec lequel il signe les accords de Paris qui prévoient, entre autres, de façon explicite, l'utilisation des bases françaises en Syrie. Cette situation nouvelle ne fait qu'aggraver l'inquiétude des Britanniques et des Américains. Lorsque les Britanniques en ont fini avec la rébellion de Rachid Ali, ils attaquent les forces françaises de la Syrie et du Liban* (3)(4) le 8 juin 1941. 30 000 soldats britanniques épaulés par une Division de Francaise Libre attaquent les 40 000 hommes du général Dentz. Loin de se limiter à un « baroud d'honneur », les Français du général Dentz résistent. Les combats durent jusqu'au 14 juillet et se soldent par 1 066 tués et 5 400 blessés pour les Français du général Dentz, 650 tués et blessés pour les Francais Libres  et 4 060 tués et blessés pour les Britanniques. Le gros des troupes regagne la France, mais, malgré la dureté des combats qui viennent de les opposer, 5 500 hommes se rallient à la France libre. Pourtant les Britanniques qui ne souhaitaient peut-être pas le maintien d'une force française importante au Moyen-Orient, avaient rendu difficile le contact entre officiers français libres et les prisonniers vichystes ."

*(3,4) Moché Dayan à cette époque participa à la Campagne du Liban en 1941:

http://www.globalsecurity.org/military/library/report/1988
/KAA.htm

En voici la traduction :

Cette année de 1941 Rommel concevait une attaque contre l'Egypte .Les Anglais étaient dans la situation très dangereuse de se voir couper de leur ravitaillement.
Alors ils reconnurent le "Palmach" (5) que les Juifs de Palestine venaient de créer pour s'auto-défendre et ils initièrent des négociations avec l'Agence Juive représentante de la population hébraique,pour associer ces Commandos aux forces britanniques . A la condition que le Palamach ne fasse pas partie officiellement de l'Armée de sa Majesté  !!! ( C'était l'époque honteuse du Livre Blanc *(6) où les Anglais limitaient les visas d'entrée en Palestine des juifs qui cherchaient à fuir les nazis ) . Comme l'infanterie légère du Palmach aurait eu peu d'effet sur les Forces de Rommel,l'Angleterre préféra les utiliser dans des opérations de reconnaissance et de commandos.Moché Dayan ayant une parfaite connaissance de la région,car son Kibboutz était situé dans le Nord de la Galilée,eut donc pour mission de collecter le maximum d'informations sur  deux ponts menant à Beyrouth et situés sur la route du littoral.
Et le 7 Juin 1941 il rassembla un commando de 10 australiens,cinq juifs et un arabe .
Il s'avança avec ses hommes déguisés en paysans locaux jusqu'à une profondeur de 12 km en territoire ennemi .Là ils se positionnèrent à proximité de ces deux ponts à controler,attendant l'arrivée du gros des forces britanniques . Comme ceux-ci tardaient alors que l'aube se levait,Dayan craignant d'etre découvert proposa  d'organiser leur défense dans un proche Poste de Police.Mais il ne savait pas que ce fortin était
  occupé par les forces de Vichy,et à leur approche subirent
brusquement un feu  nourri qui les clouèrent au sol. Moche Dayan pensa alors

que le meilleur moyen de défense était de lancer un brusque assaut,ce qu'il fit .
Et après que les Vichyssois subirent des pertes,le reste s'enfuit du Poste . Et Dayan réorganisa son groupe avec des armes récupérées sur les défenseurs .
Comme ce fortin avait une importance régionale les forces de Vichy l'encerclèrent de nouveau et ouvrirent un feu intense . Alors que leurs munitions diminuaient Dayan décida de  s'organiser en vue d'une contre-attaque . Ce qui arriva ensuite est mieux expliqué par Moshe Dayan lui-meme :
"Je saisis mes jumelles pour localiser l'origine des tirs .A peine en avais-je réglé
la mise au point
qu'une balle s'écrasa sur mes jumelles,éclatant les verres et le boitier dont les morceaux s'encastrèrent dans mon orbite gauche.Et immédiatement perdis conscience " .Alternativement sortant de son évanouissement il attendit en souffrant ,encerclé pendant six heures, les premiers secours anglais. Evacué à l'Hopital de Haifa,les chirurgiens ne purent rien faire que d'extraire les éclats .L'os atteint ne pouvait meme plus recevoir un oeil de verre . Ainsi à 26 ans Moché Dayan dut porter cette célèbre oeillère de cuir noir pour cacher sa blessure qui lui rappelait quotidiennement le prix humain de la Guerre .

* (5) Palmach :prononcer  "Palmar"
http://fr.wikipedia.org/wiki/Palmach

* (6)  Le Livre Blanc (D'après Alain Dieckhoff  ) :
"Le Livre blanc constitue politiquement un coup très dur pour le sionisme puisqu'il sera mis en application au moment même où le judaïsme européen va se trouver confronté à une entreprise d'extermination systématique. L'inflexibilité britannique ne faiblira pas et les réfugiés « illégaux » qui atteindront les rivages de la Palestine pendant la guerre seront soit internés, soit déportés vers des colonies africaines. Pourtant, le second conflit mondial bouleversera radicalement l'équation proche-orientale: désormais affaiblie par sa résistance héroïque et sa victoire sur l'Allemagne nazie, la Grande-Bretagne sera obligée de liquider son empire et verra la Palestine partagée en deux par la force du droit (résolution de l'ONU du 29 novembre 1947) puis par celle des armes (première guerre israélo-arabe de 1947-1949).

A cette époque cruciale de sang et de feu, David Ben Gourion exposa fort bien le grand dilemme du double combat des Juifs : «Nous ferons la guerre contre Hitler comme s’il n’y avait pas de Livre Blanc et nous combattrons le Livre Blanc comme s’il n’y avait pas la guerre. »
     
                                          
              
n.b. Il semble que je n'ai respecté ni l'unité de lieu,ni l'unité de temps ,ni meme d'action dans ces lignes à baton rompu,car une évocation en appellait une autre ,mais  il apparaitra certainement dans ce modeste texte l'unité de coeur .
 
                                                           ( A suivre )



Samedi 10 mai 2008



                                                                            ( Gravure d'Alger en 1830)

                                    La  " Northwestern University Library  " nous offre ce superbe cadeau  :


Ce plan d'Alger imprimé à Paris en 1870 est très utile pour y voir les noms de rues des quartiers authentiques  avant  la grande modernisation de la Capitale  Francaise
Les outils pratiques fournis ( Zoom) et flèches de déplacement nous permettent de nous faufiler facilement et de retrouver l'emplacement de lieux dont parlent les nombreuses évocations  historiques que nous lisons eventuellement  sur la Ville .
http://ansel.library.northwestern.edu/ImageServer/index.jsp?filename=/dimages/public/images/afrmaps/inu-afrmap-4236360-recto-ah.jp2&title=Plan%20de%20la%20ville%20d'Alger%20et%20de%20ses%20Faubourgs


                                                                       Marquette :" Rue des Jannissaires "



                                                                     " Maguen David" (Bouclier de David)
                                                                             dans la Casbah d'Alger



Dans cette ruelle de la Casbah,le photographe Yves T. a sauvé de la ruine cette  Etoile de David,qui peut-etre signalait alors une des nombreuses petites Synagogues fréquentées depuis des siècles par des Israélites  qui vinrent   d' Espagne et du Portugal, ( Entre autres pays,après la Grande Diaspora  qui suivit la destruction   du  Temple de Jérusalem  de l'an 70 , et qui  les dispersèrent un peu partout ). En Algérie ils durent  subir les humiliations des différents despotes Ottomans,  qui faisaient planer quotidiennement la menace du cimeterre sur leurs tetes en les maintenant  au rang d'habitants à la liberté très précaire et achetée à prix d'or  .
Les Deys successifs les limitèrent à des métiers pleu glorieux,  leurs imposèrent   des  habillements et des
coiffes distinctifs, et des  interdictions comme celles de monter
à cheval, ou d'avoir une échoppe de plein-pied avec  la  rue . ( Il fallait y descendre quelques marches pour y  accéder et la hauteur du porche était aussi limitée pour les obliger à baisser la tete ! ). Pourtant gràce à leurs contacts dans le bassin méditerranéen,
surtout avec les Juifs
de Livourne , ils formaient une classe d'un grand savoir moderne de Savants,Docteurs
et Lettrés tout en maintenant les traditions religieuses . En 1853 ,la première  imprimerie dans  ce pays était tenue par les Juifs,toujours en avance dans la connaissance  .
L'arrivée de la France à laquelle ils offrirent leurs services et leur excellente pratique de la langue arabe et dialectes  pour les guider dans une  Algérie  inconnue leur ouvrirent les portes de la Liberté et dès le Senatus-Consul  de 1865 définitivement ratifié par le Décret Crémieux en 1870,ils reçurent avec joie  la citoyenneté Francaise, avec les droits et les devoirs que cela impliquent .
( Je ne m'étendrai pas sur  cette Loi infàme parue au Journal Officiel en 1941 qui nous retira  cette nationalité et aussi les moyens de vivre ) . Les musulmans quant à eux craignant pour l'hégémonie de  leur religion et l'assimilation ,restèrent en arrière .
En une seule génération  les Juifs d'Algérie s'épanouirent à la vie moderne et burent la culture Francaise à plein traits tout en restant fidèles à leur culte ,dans une  République Laique  . Longue est la liste de ces Francais de religion israélite qui sont tombés dans les Guerres  de 14-18 et 39-45  pour ne citer que celles-ci .Le 8 Nov. 1942, 300 juifs préparèrent  Alger  au Débarquement libérateur en paralysant pendant 24 heures les forces de Vichy.



                                                                " Vieux Juif " -  (Musée du Quai Branly-Paris )



L'ancetre de mon Arrière Grand-Père maternel a du etre l'un d'eux de ces anciens émigrés  venus d'Espagne  pour habiter la Casbah . Mon Grand-Père travaillait déjà dans un de ces  magasins sous les arcades de la  Rue  Bab-Azoun. Je me plais à penser que peut-etre il a  fréquenté cette Synagogue . Comme beaucoup de sa génération, il disparu à Verdun et git quelque part sans tombeau  ni couronne ,après qu'un jour funeste de Juillet 1916  il soit tombé à la Cote 304  " S'étant porté volontaire pour une mission " .

Alors que j'écris ces  lignes nostalgiques,j'entends ici en Israel où j'habite, les  quotidiennes nouvelles de bombardements mortels de fusées et obus de mortier en provenance   de Gaza  sur les Kibboutzim et villages et villes du Nord Néguev .  Mais la terreur semée par  ces fanatiques ne nous chassera jamais de notre terre .

                                                                   Visite de Napoléon III à Alger en 1865


La Parade se déroule face à la Cathédrale St Phillipe (Anciennement Mosquée Ketchaoua et  redevenue ) , et sur la Place où sera plus tard érigée la statue du Duc d'Orléans .


                                                                 La Place du Gouvernement actuelle



                                                               Aquarelle ancienne :  Enfants Juifs à Alger
                                                                    ( Musée du Quai  Branly -Paris )


                                                                                   Fillettes juives d'Alger



                                                                            
                                                                               Jeune Fille Juive- (1896)



Costumes Algériens d'avant la Conquete.Au centre une femme juive avec  le haut Henné   imposé par les Deys  pour la différencier d'une musulmane .



 





                                                                                        F I N ( Provisoire )




 
Mercredi 30 avril 2008

Si je t'oublie jamais, Jérusalem, que ma droite m'oublie ! Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies. (137, 5-7).

En souvenir des 6 millions assassinés par l'hydre nazi, nous inclinerons notre tete .

Regardez bien cette image prise à Auschwitz ,cette machine infernale de destruction.
Ces femmes-soldates  allemandes  jeunes et éclatantes de joie et de sante ont posé pour l'éternité au Camp de
Concentration ,pendant une pause-café,réjouies au son de l'arcordéoniste, se reposant un temps de leurs
fonctions de brutes assoiffées de sang  ,comme si elles étaient  dans un camp de vacances .




Hélas,tous les criminels n'ont pas été jugés :
Comme ce monstre recherché :Aribert Heim,Docteur tortionnaire .

Extrait du Journal Israélien Haaretz du 30/4 /2008 .

Tags: Holocaust, Aribert Heim 
As the Simon Wiesenthal Center prepares to publish its list of most-wanted suspected Nazis on Wednesday, the The Associated Press investigates the case of the concentration camp doctor who tops the list.

Karl Lotter, a prisoner who worked in the hospital at Mauthausen concentration camp, had no trouble remembering the first time he watched SS doctor Aribert Heim kill a man.

It was 1941, and an 18-year-old Jew had been sent to the clinic with a foot inflammation. Heim asked him about himself and why he was so fit. The young man said he had been a soccer player and swimmer.


Then, instead of treating the prisoner's foot, Heim anesthetized him, cut him open, castrated him, took apart one kidney and removed the second, Lotter said. The victim's head was removed and the flesh boiled off so that Heim could keep it on display.

"He needed the head because of its perfect teeth," Lotter, a non-Jewish political prisoner, recalled in testimony eight years later that was included in an Austrian warrant for Heim's arrest uncovered by The Associated Press. "Of all the camp doctors in Mauthausen, Dr. Heim was the most horrible."

But Heim managed to avoid prosecution, his American-held file in Germany mysteriously omitting his time at Mauthausen, and today he is the most-wanted suspected Nazi war criminal on a list of hundreds who the Simon Wiesenthal Center estimates are still free.

"Heim would be 93 today and we have good reason to believe he is still alive," said Efraim Zuroff, the Simon Wiesenthal Center's top Nazi hunter. He spoke in a telephone interview from Jerusalem before the center plans to release a most-wanted list Wednesday, and to open a media campaign in South America this summer highlighting the $485,000 reward for Heim's arrest posted by the center along with Germany and Austria.

According to an advance copy of the list obtained by the AP, the most wanted, after Heim, are: John Demjanjuk, fighting deportation from the U.S., which says he was a guard at several death and forced labor camps; Sandor Kepiro, a Hungarian accused of involvement in the wartime killings of than 1,000 civilians in Serbia; Milivoj Asner, a wartime Croatian police chief now living in Austria and suspected of an active role in deporting hundreds of Serbs, Jews, and Gypsies to their deaths; and Soeren Kam, a former member of the SS wanted by Denmark for the assassination of a journalist in 1943. His extradition from Germany was blocked in 2007 by a Bavarian court that found insufficient evidence for murder charges.

The hunt for Heim has taken investigators from the German state of Baden-Wuerttemberg all around the world. Besides his home country of Austria and neighboring Germany where he settled after the war, tips have come from Uruguay in 1998, Spain, Switzerland and Chile in 2005, and Brazil in 2006, said Heinz Heister, presiding judge of the Baden-Baden state court, where Heim was indicted in absentia on hundreds of counts of murder in 1979.

Thousands of German war criminals were prosecuted in West Germany after World War II. In the 1970s, Western democracies began a hunt in earnest for Eastern European collaborators who had fled claiming to be refugees from communism, and the end of the Cold War gave access to a trove of communist files in the 1990s.

"All of a sudden there was pressure on countries like Latvia and Estonia to put these people on trial," Zuroff said. "So two times in the past 30 years we've been given a tremendous infusion of new energy and new possibilities.

The Wiesenthal Center's previous annual survey counted 1,019 investigations under way worldwide. The number is lower this year and inexact because not all countries responded, but new investigations were up from 63 to 202, Zuroff said.

Still, a lack of political will in many countries, and what Zuroff called the misplaced-sympathy syndrome - reluctance to pursue aging suspects - has meant that few people have been brought to trial and convicted.

Lotter, the witness to Heim's atrocity, was in Mauthausen because he fought with the communists in the Spanish Civil War. His statement from the 1950 arrest warrant was viewed by the AP at the National Archives in College Park, Maryland.

Now that the necessary evidence is in place, numerous witness statements have been taken and Heim has been indicted, all that's left is to find him.

Born June 28, 1914 in Radkersburg, Austria, Heim joined the local Nazi party in 1935, three years before Austria was bloodlessly annexed by Germany.

He later joined the Waffen SS and was assigned to Mauthausen, a concentration camp near Linz, Austria, as a camp doctor in October and November 1941.

While there, witnesses told investigators, he worked closely with SS pharmacist Erich Wasicky on such gruesome experiments as injecting various solutions into Jewish prisoners' hearts to see which killed them the fastest.

But while Wasicky was brought to trial by an American Military Tribunal in 1946 and sentenced to death, along with other camp medical personnel and commanders, Heim, who was a POW in American custody, was not among them.

Heim's file in the Berlin Document Center, the then-U.S.-run depot for Nazi-era papers, was apparently altered to obliterate any mention of Mauthausen, according to his 1979 German indictment, obtained by the AP. Instead, for the period he was known to be at the concentration camp, he was listed as having a different SS assignment.

"This cannot be correct," the indictment says. "It is possible that through data manipulation the short assignment at the same time to the (concentration camp) was concealed."

There is no indication who might have been responsible.

Eli Rosenbaum, director of the Justice Department's Nazi-hunting Office of Special Investigations, was on the road and did not immediately respond to requests for comment.