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3 août 2007 5 03 /08 /août /2007 14:51






     Tiens, ce mois-ci voilà 45 ans que j'ai acheté au guichet assiégé des  Messageries Maritimes un billet de pont , "Aller simple" !.
     En fait, ce fut un peu plus compliqué, mais pourquoi faire plaisir à mes ennemis en me tournant le couteau dans la plaie ? Ainsi pensais-je en me  laissant bercer dans mon autobus climatisé. Je me suis donc séparé de mon clavier pour une promenade qui 
m'emmène à Tel-Aviv. Une sorte d'aventure pour le provincial que je suis. Mais à l'arrêt du 63, j'ai quand même inséré ma carte magnétique dans la fente d'un téléphone public et décroché l'appareil pour demander à ma plus jeune fille, qui loue une chambre dans le quartier, si elle avait "besoin de quelque chose en ville". Elle m'a répondu gentillement qu'elle était fort occupée, je n'ai pas compris à quoi. Je suis entré dans le magasin de cycles attenant à l'arrêt d'autobus, et y ai acquis une pompe à air, avec manomètre pour la bicyclette de la grande cette fois, trop affairée toute la semaine. Un bel alibi pour cette escapade. Je  suis monté avec cet engin suspect comme un tuyau piégé, dans un bus, tout vert pour en faire oublier la fumée qui s'en échappe...
     C'était la meilleure heure creuse pour être assis dans le sens de la marche, à côté de la fenêtre*. Je reste gamin et observateur. Une jeune afro-américaine, comme on nomme ainsi les négresses maintenant, monta avec son bambin. Une  femme agée se leva, changeant de place pour laisser la banquette libre à la mère et à l'enfant qui attiraient les regards attendris des passagers. Elle était jolie malgré sa lèvre inférieure trop épaisse qui débordait de sa bouche quand elle souriait. Certainement une personne du Corps Diplomatique, elle parlait l'anglais avec son gamin habillé  comme un petit roi, et l'hébreu avec sa voisine d'en face. Moi j'étais heureux de les voir se sentir en sécurité. Dans les années 30, un juif n'avait déjà plus le droit de monter dans un véhicule public en Allemagne. Je ne pus m'empêcher d'y penser.

    En face de moi s'installa ce que je devinais tout de suite être une professeur. Elle en avait la taille des cheveux, l'habillement foncé strict, la chemisette blanche et immédiatement sortit de son fourre-tout des feuilles dacylographiées et un stylo à bille qui sans perdre de temps se mit à courir sur les pages, malgré les tressautements de l'autobus. Ses genoux frôlaient les miens à chaque cahot, et j'avais beau recroqueviller mes jambes je ne  pouvais empêcher ces rencontres incontrolables, et en attrapais une crampe !    Une collégienne mit fin à mon doux martyr en se levant précipitament pour descendre, sans débrancher les écouteurs qui devaient tonitruer dans ses oreilles. Une heure de trajet pour arriver au centre, que je passais à contempler tout et n'importe quoi, les filles-soldates qui descendaient à l'arrêt du Quartier-Général avec armes et bagages et d'autres perfidement éclatantes de beauté dans leurs uniformes ajustés, des éthiopiennes descendantes de la Reine de Saba , en compagnie de blondes slaves de la première génération en sandales tsahaliennes. L'autobus se faufilait dans les encombrements, presque à en érailler sa peinture entre les files de véhicules, une impression de parc à attractions pour se faire peur.
 Arrivé à Habima, le théâtre populaire, une surprise: le grand parking central va devenir sous-terrain ce qui va ajouter pendant quelques années une souffrance supplémentaire aux riverains.

Ce serait une excellente occasion pour déplacer ces trois grands disques soudés ensemble et penchés à 45 degrés en porte à faux vers le sol. Une horreur moderne peinte au minium qui enlaidit la perpective du théâtre lui tout en vitres.
Cette salle a été bâtie par souscription publique dont voici une quittance d'un demi-shekel .

    L'interdiction judaique de représenter des figures humaines, par crainte d'animisme et d'adoration des Dieux, ouvre la porte de l'enfer aux sculptures futuristes, mais sans avenir !
   Je longe le Boulevard Rotschild.  Il est réputé par ses constructions d'immeubles de style "Bauhaus", style que des architectes berlinois ont introduit en fuyant l'Allemagne nazie quand il en était encore temps. Les maisons sont remarquables par leurs longs balcons arrondis, leurs cages d'escalier éclairées par de grands vitrages, qui leur donnent une apparence de paquebot.



      Le ravalement de ces maisons classées, leur redonne leur beauté moderne primitive. Le boulevard à deux voies est bordé en son centre d'une double rangee de ficus immenses et centenaires avec une piste cyclable pour le bonheur des sportifs. Des joueurs de boules se sont même installés dans les allées, avec les enfants qui font du patin à roulettes.
        Moi,j'ai pris une petite rue parrallèle plus calme pour monter chez ma grande fille. A mon coup de sonnette de l'extérieur, personne ne me répondit. Ce qui devait m'être évident, puisqu' elle travaillait à sa société d'Internet. Je me crus malin, fit le tour de la maison côté garage, mais trouva la porte secondaire fermée. Alors avec un chat de gouttière (lui aussi en vadrouille ?) qui était assis sur les marches de l'escalier, j'attendis un locataire. Ce fut une petite vieille, toute ratatinée, si fragile et ténue, que j'évitais de trop m'en approcher en entrant avec elle. Je déposais cette pompe devant la porte du cinquième, en espérant qu'elle ne deviendrait pas un sujet d'inquiètude pour les voisins, et repris ma promenade en regagnant le Boulevard. En auto, j'y étais passé maintes fois, mais n'avais rien su voir. J'étais intrigué par ces silhouettes de fer à un balcon qui étaient éclairées de nuit par un projecteur qui mettait en relief l'architecture superbe avec ses pilliers moulés. Une plaque de cuivre qui était à demi-cachée par des plantes décoratives, m'expliqua que c'était la demeure de l'agronome de la Societe Philantropique Rotschild qui créa tous ces villages agricoles bien avant 1900.. Quel bel immeuble bas et proportionné avec son escalier d'honneur. Toutes ces maisons anciennes ou modernes ont fait de ce boulevard très bruyant un quartier d'affaires mêlé aux vieux locataires. De temps à autres, une plaque de marbre rappelle que là vécut un écrivain, un peintre ou une figure de la guerre des ombres du Mandat Britannique. Je n'hésite jamais à franchir le porche de ces maisons. Une ombre fraiche repose mes yeux brulés par le soleil. Alors je peux admirer les dessins des carreaux où je pose mes pieds avec respect. Des dalles colorées qui me rappellent Alger, aux dessins géométriques, souvent fendues, mais si belles qu'elles sont soigneusement préservées dans les travaux de sauvetage de ces maisons construites du temps où le ciment était parcimonieusement utilisé comme liant de briques de silicate. Tel-Aviv est bâtie sur le sable et vit le long des plages.
      Une plaisanterie illustre cette époque de construction frénétique de la ville par les nouveaux immigrants allemands qui se passaient les blocs avec des
" Herr Doctor, Bite Schon", "Danke  Schon" . Maintenant que le sel a rongé les facades et les balcons  plusieurs de ces immeubles vétustes sont complètement reconstruits en respectant la facade authentique et les lignes originales, y compris les volets en bois vernis.
    Soudain, au bas d'un mur, je vis, sur le trottoir attendant le ramassage journalier, une potiche en grès, et une reproduction moderne dans son cadre d'aluminium poli. La lithographie était très simple et pure: quelques lignes bleues ondulées sur le fond blanc, décorative, idéale pour orner un bureau. Comme elle aurait pu plaire à d'autres, et que je ne pouvais trop me charger, et seulement après avoir jeté un ultime coup d'oeil circulaire et interrogateur, je pris ce vase sous mon bras, qui après quelques mètres doubla son poids; et je n'avais pas de sac pour alléger ma peine.J'étais étranger au quartier, et donc peu de chance d'être reconnu, alors je fis ce que je n'avais jamais fait de ma vie, c'est à dire que je me mis à chercher dans les corbeilles disposées dans la rue, un sac en nylon...
     Je me transformais en clochard crochetant les immondices ..Je riais tout seul en y pensant...Mais ne trouvais rien de valable à part des épluchures, des croutes de pain, ou des couches de bébé (sans bébé)...Je pris alors mon courage à deux mains, sans faire tomber le vase, et entrant dans un magasin de vêtements quémandais..un sachet solide que je reçus avec le sourire du marchand que j'avais pourtant tiré de son sommeil....Alors ma promenade fut plus aisée.
    La longue rue Allenby, (le Général Anglais qui chassa les Turcs en 1914),conduit à la mer. Au 88 je ne pus m'empêcher de pénétrer dans un  étroit et court passage qui ne paye pas de mine. Pourtant il est célèbre dans le monde entier pour ses bouquins d'occasion. Je me souviens avoir lu dans le journal que la Reine d'Angleterre,( par correspondance !), y avait trouvé un livre qui lui manquait. A l'extérieur de l'échoppe, les livres qui ont trop souffert du temps et les viles collections de poche sont bradées. Mais un gros chat roux y trône et surveille la clientèle. Il s'est laissé caressé et m'a ainsi permis d'entrer. Ce magasin n'est pas recommandé aux ventripotants. Il faut se faufiler de côté entre les rayons tant la surface au sol est occupée par les étagères serrées qui montent jusqu'au plafond. Tout est rangé suivant  les sujets d'intérêt, mais la pagaie y est suffisante pour donner le plaisir au fouineur de la découverte de la pièce rare.Je  me retiens d'acheter quoique ce soit, car  depuis longtemps déjà  je n'ai plus de place libre chez moi !! Une fois ,j'y ai trouvé un petit manuel de pilotage imprimé en Angleterre durant la deuxième guerre mondiale. Il avait peut-être appartenu à un élève-pilote juif en 1948, s'entrainant sur un Spitfire de récupération, ou un Mechersmidt allemand acquis en secret en Tchécoslovaquie. Et aussi, un manuel de Radar illustré, de ceux qui servirent pour détecter les avions ennemis sur la côte de l'Angleterre, mais qui furent aussi employés sur les plages d'Alger au débarquement. Mais je n'ai pu résister devant quelques catalogues de Sotheby, qui recélent des photos superbes en couleurs de ventes aux enchères !
       A côté de cet antre littéraire, un autre bonheur: la boutique mystérieuse d'un relieur. Je regrette de ne pas avoir mon appareil de photo. Il est penché à classer des feuillets étalés, entouré de ses outils et ses colles. Au milieu, la presse à vis pour serrer le livre pendant une étape de sa réfection..Le petit vieux travaille minutieusement, une visière verte sur ses yeux, éclairé avec une lampe de bureau, en plus du plafonnier.
C'est un artisanat qui se perd.Je m'en éloigne à regret, car mon regard attentif et insistant  lui a fait lever les yeux sur cet intrus. Toujours dans cette rue, un magasin non moins célèbre: il est le fournisseur de tous les drapeaux qui accueillent les Officiels étrangers. Il a dans son catalogue  les détails pour tailler et coudre les emblèmes de toutes les nationalités, mêmes ennemies, on ne sait jamais.. (Il en est de même pour les partitions des hymnes nationaux!) .Dans la vitrine une série de drapeaux miniatures la décore. Chacun est piqué sur sa hampe, comme une fleur. Au milieu, mon petit drapeau francais. J'ai voulu entrer et l'acheter.J'ai eu peur de bégayer d'émotion, alors je suis resté dehors. De toutes les facons, un drapeau ne s'achète pas, il se mérite. Le mien, un grand, aux couleurs presque  transparentes, celui que j'attachais avec amour au balcon à Alger, à côté du bougainvillier, était rangé  dans un placard que je vois encore. Je n'ose penser à son sort. Peut-être que la hampe de bois a survécu transformée en manche de balais. Moi,je voudrais le jour venu etre enterré avec un petit bout de ce drapeau.
   Stupidité, on ne me demandera pas mon avis, car c'est interdit et on me ficelera et me jettera en terre, recouvert par des blocs de ciment de peur que je m'en échappe, et pour m'empêcher d'écrire des sornettes sur l'internet....
   Toute cette rue, une artère très ancienne, était alors le quartier des magasins chics, une rue d'Isly, celle des fourreurs, des bottiers et des chemisiers de luxe. Lentement, ils ont disparus et se sont déplacés vers les quartiers chics au Nord, pour faire place à des librairies de livres russes, des marchands de frivolités, de vaiselles fabriquées en Chine Populaire, de vêtements en solde perpétuelle, de vendeurs de cassettes mi-orientales qui hurlent dans les oreilles, et aussi de boites de nuits louches, à côté des kiosques qui vendent encore un verre de soda, des jus de carottes, et même maintenant de grenades et oranges pressées devant vous.
     En arrivant à la hauteur de ce qui fut l'ancienne place et cinéma Mograbi se succédent entre des bars à touristes, des spécialistes de la photo. Dans leurs vitrines, je découvre les anciens appareils en bois et laiton vernis, les  appareils pesants avec leurs multiples objectifs, des pièces de musée comme les Leica ou Rolleiflex mais aussi les derniers digitaux minuscules. Une large devanture, celle de Rudi Wissenstein des années 30, expose au passant des portraits de célébrités. En noir et blanc. Un jeune général Rabin dans tout son éclat me sourit. Un immense panorama de Jérusalem de 1967, avec le toit de la mosquée passé à l'or fin. Une actrice  qui a fait courir tout Tel-Aviv, et  d'autres qui jaunissent derrière la grande vitrine. C'est le  domaine du photographe Rudi Weissenstein qui a  écrit l'Histoire avec son appareil et son talent , témoin de la création de l'Etat. Dans le magasin je peux encore voir une femme très âgée, sa veuve Myriam, qui retouche au crayon une grande photo sur son chevalet. Mais, toute gloire est éphèmere: une réclame collée sur la porte propose 4 photos d'identité au polaroid en une minute...certainement à cause de la proximite du haut immeuble qui loge l'Ambassade de France.
      Je n'ose ajouter qu'une ancienne bijouterie voisine a été transformée en piège à touristes avec sa devanture écarlate et une lumière douteuse qui éclaire un comptoir et des chaises hautes où se tiennent des hôtesses guettant patiemment le gibier.
  Dans ce quartier, des bâtisses octogénaires transformées en hôtels populaires aux arcades en ogives et aux terrasses curieusement crénelées, d'un orientalisme ottoman de stuc repeint aux couleurs originales en vert clair ou rose qui ressemble à des rahat-loukoums. Les hautes constructions à deux pas de la méditerranée, en béton et verres fumés les écrasent. Mais au coin de la rue Allenby et de la Promenade Herbert Samuel, se dresse une batisse en angle, rénovée, qui eut son heure de gloire: " L'Ambassador Hôtel ".
  Car c'est là qu'un certain Georges avait son port d'attache en 1967, non seulement pour un gite entre deux vagabondages dans le pays, mais aussi une boite aux lettres pour ses parents affolés qui y avaient envoyé des télégrammes ne recevant pas de mes nouvelles fraiches.
    En vérité, bien que le calendrier se fut pour moi arrêté à mon arrivée en Israel, j'avais quand même écrit quelques lettres du Sinai qui avaient dû se perdre dans les sables. Au début de mon séjour, je logeais dans une chambre convenable, même si le climatiseur transpirait comme moi. Au fur et à mesure que mes espèces sonnantes et trébuchantes s'évaporaient au soleil du moyen-orient, à chaque escale je devais me contenter  d'un confort de plus en plus relatif jusqu'à ce que j'atteignis une remise sur la terrasse, quasiment gratuite, mais où l'eau courante s'essoufflait dans le tuyau et à  peine arrivait  au robinet du lavabo . Par contre les blattes elles,  étaient de taille...
respectable et volaient la nuit comme des albatros au dessus de ma tête .
    Et il n'était plus pour moi question le matin de m'attabler devant le petit déjeuner local, composé de semouline épaisse , de grasses olives noires, d'une omelette brulante et
d 'un café odorant....



                                               
      A cette époque le bassin et ses jets d'eaux n'existaient et la promenade du front de mer était un trottoir étroit au dessus du sable blanc aveuglant de la plage.
     Regardez la photo ci-dessous , ne trouvez-vous pas que cette femme a du chien ?



  Et bien moi aussi, pour bien la connaitre ! Me reviens en mémoire cette journée où nous nous étions donnés rendez-vous à cet endroit. Cette jolie fille bronzée, une "Tsabarite", comme on dit ici pour les jeunes nées en Israel, était  arrivée avec une énorme chien Esquimau, non pas parce qu'elle avait peur de moi, mais  pour le  rafraichir dans la méditerranée . Ce chien qui venait d'être primé à un concours, était né d'une chienne d'un attelage authentique de La Plagne ! Une autre aventure.Toujours est-il qu'à la fin de l'après-midi, tenant le chien "Svarto" en laisse, je la raccompagnais chez-elle .Soudain, las de toute cette foule à laquelle il n'était pas habitué, ou pressé de retrouver ses habitudes, il se mit à courir en m'entrainant après-lui, emballé comme un cheval qui ne peut s'arrêter, faisant fuir les passants sur son passage, et m'obligeant à parcourir un cinq mille mètres olympique jusqu'à ce qu'il freina pile...devant son arrêt d'autobus !!..  Un pigeon à la gorge mordorée atterrit près de moi dans un bruissement d'ailes et me sort de mon rêve éveillé. En faisant des rangements  j'avais retrouvé ce journal à la gloire de la race canine, avec cette précieuse photo. Ma femme qui l'a regardée avec émotion, rit encore au souvenir de cette fin d'après-midi de notre jeunesse.
   Les jours d'été, les familles revenant de la baignade bronzées et salées comme des bretzels, abandonnent cet endroit aux touristes qui fourmillent et déambulent sur la promenade du front de mer, accompagnés de la faune nocturne qui encanaille le quartier. C'est aussi le paradis des sportifs qui peuvent s'entrainer en respirant l'air marin vivifiant sur quelques kilomètres de la Centrale électrique au Nord jusqu'a Yaffo au Sud.



    Ben-Gourion aimait le matin très-têt faire du yoga sur ce sable qui a vu s'échouer les vieux raffiots d'immigrants illégaux traqués par les Anglais et bien d'autres drames comme celui de l'explosion de l'Altaléna. Mais aujourd'hui la mer est agitée et fait grise mine. La fontaine de cette placette dont le jet d'eau arrose les jours de chaleur le bassin est muette. A vrai dire je n'ai pas le coeur à aller chercher des coquillages dans le sable, alors que ma famille elle, travaille!. Ce bord de mer est aussi le début de ma ligne d'autobus: dans une heure je serai chez moi, avec une potiche, à bien réfléchir un peu laide et des images d'un passé de Tel-Aviv que j'ai ravivées pour mes vieux jours.

* Depuis la mauvaise habitude qu'avaient les transports en commun d'exploser il y a quelques années, je ne m'asseois jamais à l'arrière de l'autobus, et choisis si possible une place à côté d'une fenêtre de secours....



Yohanan Elihaï


Le chant du mois.

Hava Alberstein nous chante  “Tout homme a un nom”, un texte de Zelda, poétesse juive religieuse. Dans un programme de TV récent, Hava expliquait pourquoi elle aime ce chant : « Cela me semble d’abord un rappel de la personnalité de chacun, en réponse à la volonté nazie de faire de l’homme un numéro. Mais c’est plus universel : chaque homme, de tout peuple ou race, est unique, il a un nom unique. »
Voici le chant :

Tout homme a un nom
Que Dieu lui a donné,
Que lui ont donné
Son père et sa mère.
Tout homme a un nom
Que lui donnent sa taille
Et son sourire,
Et le tissu de son habit.
Tout homme a un nom
Que lui ont donné les montagnes
Et ses voisins,
Et les murs de son logis.
Tout homme a un nom
Que lui donnent ses fautes
Et ses aspirations.
Tout homme a un nom
Que lui donnent ses ennemis
Et lui donne aussi son amour.
Tout homme a un nom
Que lui donnent ses fêtes
Et lui donne son labeur.
Tout homme a un nom
Que lui donnent les saisons de l’année
Et de même son aveuglement.
Tout homme a un nom
Que Dieu lui a donné
Que lui donnèrent son père et sa mère,
Tout homme a un nom
Que lui a donné
Sa mort.
 
http://www.un-echo-israel.net/IMG/mp3/hava_alberstein-2.mp3

  Merci à ceux à qui j'ai emprunté ces illustrations et surtout à Yonahan Elihai qui a traduit cette chanson de l'Hébreu en Francais et dont je reproduis l'article et Hava Alberstein qui chante avec une émotion sans pareil ces paroles à la gloire du genre humain.

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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 19:20








 Puisque cette Fiche est un peu difficile à lire, je la recopierai ci-dessous. Mais voici ce dont il s'agit à propos de ce document :


- Allemagne:15 Mars1938. Hitler a envahi  l'Autriche sous les acclamations de ses habitants qui saluent le monstre qui promet un Ordre Nouveau de 1000 ans sur l'Europe entière.
Le piège s'est refermé sur les citoyens Juifs. Les camps de concentrations depuis 1934 sont pleins de politiques opposés au régime, de communistes, et d'intellectuels juifs. Les fonctionnaires Juifs depuis longtemps ont été exclus de leurs emplois et les vitrines des  magasins juifs sont barbouillées d'inscriptions nazies et les jeunesses hitlérienne qui patrouillent dans les rues pillent, saccagent et brutalisent.
C'est déjà la chasse dans la rue aux silhouettes qui se faufilent  le long des murs avec l'étoile jaune sur leurs vêtements.
Mais Louise Bloch a de la famille et des amis dans la France des Libertés et des Lumières.

Prise dans la nasse Louise Bloch frappe à la porte du consulat de France à Mannheim. Son seul espoir d'échapper à l'enfer. Alors  l'employé remplit le formulaire :
 - Nationalité ? Allemagne écrit-il.
 - Adresse ? 30 Rue Nietzche.
 - Motif du voyage ? Se réfugier en France,jusqu'au reçu 
   d'un visa  pour l'Amérique.
 - Date d'arrivée en France ? Aussitôt que possible.
 - Durée probable du séjour ? Quelques mois.
 - Adresses de l'intéressée à son arrivée en France ?
 - Docteur Alfred Weil,112 Rue d'Alésia. Paris.
 - Professeur Pierre Angel,60 Rue Léon Desayer.
                                        (St-Germain-en-Laye)
 - Docteur Gendron.Rue du Parlement St-Catherine.Bordeaux.
 - Arthur Ange,16 rue Indaique* (sic).Bordeaux.
 - *Faute préconçue ? le fonctionnaire aurait du écrire "Judaique"

 Fait le 19 Novembre 1938.

 Avis  et observation du Chef de Bureau Francais:
             "AVIS  DEFAVORABLE" :
"La famille Bloch (Otto Erich) peut attendre en Allemagne son départ pour les Etats-Unis. Elle se fixera certainement en France, si elle est autorisée à y entrer".

 Signature du chef de Poste : Fournier
 Cachet du Consulat de France.

Le cynisme du Consulat est révoltant :"la famille Bloch peut attendre..." Attendre quoi ? les fours crématoires ?

Pour l'Histoire: La Nuit de Cristal,"Kristall Nacht" qui fut un pogrom général en Allemagne eut lieu dans la nuit du 9 au 10 Novembre 1938.Le 19 de ce même mois la Famille Bloch déposait cette suprème requête au Consulat Francais qui quelques jours auparavant avait été témoin de l'incendie de la Grande Synagogue de Mannheim et de la chasse aux juifs de la ville.
Je dois préciser que les juifs de France ne connurent pas un meilleur sort. C'était la traque jusqu'à la frontière Espagnole et les Suisses eux-mêmes rendaient aux Allemands les juifs épuisés dans leurs courses dans les montagnes enneigées.
Voici ce que fut le sort de ces Six Millions de personnes dont
le seul tort était d'être Juif et auxquels  personne ne voulait  ouvrir les portes .
Lire sur la Conférence d'Evian de 1938 :

http://www.aloumim.org.il/devian.htm





     Ce Fournier, employé obéissant et diligent a du réussir dans sa carrière et être décoré comme beaucoup de fonctionnaires s'il n'est pas mort de honte. Mais je n'en connais aucun cas.


      Sur le sort de Juifs de Mannheim envoyés en  Déportation
à Gurs (oui, en France du Sud Ouest !) et de là retournés pour être brulés à Auschwitz :

http://www.izieu.alma.fr/francais/mannheim.htm


 Voici un poème que Chaim Nachman Bialik écrivit en Yiddish dans les années 20, sur un souvenir d'enfance. Bien de ces  enfants d'alors furent ensuite exterminés par les nazis, et ce poème a été choisi après l'Holocauste pour immortaliser le souvenir de leur innocence:
 Le Yiddish, langue riche de son mélange allemand et hébreu et de son apport slave atteint son apogée à la fin du 19ième siécle et fut véhiculaire d'une brillante littérature.

Titre :" Unter Di Grininke Beymelekh "
Dont voici les premiers vers en Yiddish:

"Unter di grininke bejmelech 
Schpiln sich Mojschelech, Schlojmelech..."

"Sous les ramures des arbres verts
Jouent ensemble les petits Moshe et Salomon..."

Ce poème a été mis en musique par Brunhof (1863-1924)
et est chanté dans cet enregistrement moderne par Nizza-Thobi:

http://www.nizza-thobi.com/Unter_di_grininke_bejmelech.mp3






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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 13:02






      Le 11 Novembre à Alger, comme en même temps dans toutes les villes et village Francais, les enfants des écoles faisaient la quête dans la rue pour "Le Bleuet de France". Cette fleur a la couleur délicate qui pousse dans les blés où sont tombés tant de nos soldats des régiments d'Afrique.

     Dans le site virtuel et magnifique de la Bibliothèque Nationale de France, on se doit de lire un livre de 283 pages, édité après la Grande Guerre. C'est un recueil poignant de  "La Dernière Lettre" envoyée par les soldats du Front à leurs familles, avant de tomber au Champ d'Honneur. Comme il n'y figure pas d'index, j'ai lu page après page et ai trouvé un homonyme que je sors maintenant de l'oubli, comme un exemple de patriotisme après que les bruits des canons aient étouffé provisoirement les échos pervers du "Procés Dreyfus". (Officier Juif scandaleusement accusé et ensuite réhabilité, et qui reprit du service avec le grade de Commandant pendant la guerre de 14-18 ).
Cette lettre que j'ai recopiée ci-dessous figure page 199 du site:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554427

_Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Georges LEVY, 3e Bataillon de
marche d'Infanterie légère d'Afrique, tombé au champ d'honneur, au
combat de Moronvilliers, le 17 Mars 1917._
 
Ma chère petite Maman,
 
Si cette lettre te parvient, c'est que je ne serai plus.Je veux que tu
recoives alors ce dernier adieu.Certes, ce n'est pas très gai de mourir
à 22 ans,mais tu pourras etre fière de moi comme je le serai moi-meme.
 
J'aurai fait mon devoir et pour un israelite c'est deux fois plus beau.
J'aurais voulu vivre pour te rendre heureuse,Dieu ne l'a pas voulu, que
sa volonté soit faite.Je n'ai pas toujours été un fils modèle, mais mes
betises m'avaient servi de lecon et j'aurais voulu te prouver combien je
t'aimais!...
 
Avec ta pensée, je vais au combat et t'embrasse avec toute la tendresse
et l'affection que j'ai pour toi.
 
GEORGES.


LEVY Georges
Félix
Né à :
PARIS (Seine, 9� arrondissement)
Le :
5 juillet 1894
Affectation :
3ième Bataillon de marche d'infanterie légère d'Afrique
Grade :
Sous-Lieutenant
Décédé à :
Le :
18 avril 1917
Blessure ou cause de décés :
Tombé au champ d'honneur
Source :
La derniere lettre ecrite par des soldats français
tombés au champ d'honneur 1914-1918


 
m�moire des hommes


Sur le Site "Mémoire des Hommes",la liste des "Lévy" s'allonge sur plusieurs pages,mais j'ai retrouvé sa  fiche qui illustrera sa lettre.



        Cette Guerre de 14-18 devait être " La Der des Der".......




 
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Published by georges - dans souvenirs
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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 09:57



   Chaim Guri, poète et écrivain Israélien, a écrit un poème suprême, vers 1948, à la mémoire de ces combattants, fauchés à la sortie de l'enfance dans la Guerre d'Indépendance, à laquelle il participa comme les jeunes de sa génération, nés au Kibboutz.
     Sacha Argov l'a mis en musique.
    Je demande d'avance pardon aux lecteurs de ma traduction en Français qui n'est qu'un semblant du texte original, mais qui n'en a pas trahi l'esprit.

   Chaim Guri rappelle dans ses vers une boucle, une mèche rebelle comme celle d'Ytzrak Rabin* un de ses frères d'armes. Et aux journées commémoratives toujours Ytzrak Rabin désirait entendre cette oeuvre grave qui à chaque  fois que je l'écoute me prend aux entrailles. Non, ce n'est pas une marche militaire, ni funèbre quoique triste, mais une ode à la fraternité dans les débuts difficiles de ce qui sera l'Etat d'Israel.

* Prononcez "Rabine".


Sur le poete Chaim Guri:


http://www.answers.com/topic/chaim-guri


Rabin à l'age de  20ans.




Fraternité des armes.
-------------------------

Sur le Néguev la nuit d'automne descend lentement
Et allume une à une les étoiles silencieusement,
Alors que le vent s'engouffre sous l'auvent
Et que les nuages courent par dessus les champs.
Déjà, presque une année s'est écoulée !
Comme le temps  qui a fondu dans nos blés,
Déjà presque un an, et si peu nous restons
Alors que tant ne sont plus parmi nous !

Et nous nous souviendrons de tous,
De leurs têtes bouclées et de leur fière allure,
Car une telle amitié
Jamais nous laisserons notre coeur l'oublier.
Et cet Amour sanctifié dans le sang,
Toujours chez nous ira en croissant.

L'amitié que nous portions sans mot-dire,
La grise, têtue et silencieuse,
Des nuits de grandes peurs,
Reste immense et brulante.
Et nous emporte en avant
Quand nous évoquons ces noms
De camarades qui tombèrent l'épée à la main
Et qui ont échangé leurs vies pour le Souvenir

Et nous nous souviendrons de tous.....


Et maintenant écoutons cet enregistrement original de l'époque:
Paroles de Chaim Guri,et musique de Sacha Argov.Chanteurs:Gidon Singer et son ensemble.
http://jnul.huji.ac.il/dl/music/yom/wma%5Ctrack11.asx

 
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Published by georges - dans poésies
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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 17:52






Photo typique d'une famille israélienne pendant une alerte au Scud, pendant que (photo du haut), les fusées anti-fusées essayent de détruire un Scud Irakien en plein vol à une vitesse dans son entrée dans l'atmosphère  de 7000 km/h....


            Cet habitant a hélas péri dans son abri en béton.






    L'hiver de 1991, je fis un brusque virage dans ma carrière en devenant spécialiste en papier collant. Non pas de mon propre gré, mais parceque les circonstances m'y obligèrent, en bon père de famille nombreuse.

       Peut-être que vous vous souvenez du despote Irakien, celui que ses juges ont envoyé se faire pendre récemment. Il avait brusquement envahi le Koweit, mis le feu aux puits de pétrole et aussi aux poudres dans la région, après une guerre meurtrière avec l'Iran.
    Israél se faisait tout petit devant ce vacarme et ne songeait qu'à se faire oublier. Hélas, la tactique de Saddam était justement d'affaiblir la coalition de pays arabes avec les Alliés, en essayant de  provoquer l'Etat Hébreu en l'assaisonnant de fusées balistiques russes du type Scud-B, aussi dangereuses et imparables que l'hépatite-B.
      Israel, à la grande rage de ses habitants, serra les dents et resta de marbre devant ces provocations bruyantes. Une attitude unique dans son Histoire mais qui se révéla juste. Voila donc brossé le décor de Janvier 1991.
     A Bagdad, la télévision exultait et ne cessait de passer les films sur les expériences chimiques sur des chiens enfermés dans des cages de verre. Les chiens étant les victimes d'aujourd'hui, les juifs, celles de demain....Le gaz mortel et incolore pénétrait dans l'enceinte et le chien mourait en se tordant de douleur. Comme les milliers de Kurdes que l'aviation irakienne avait  déjà saupoudrés pour vérifier l'efficacité du gaz en pleine campagne.
   Dans les journaux israéliens, était décrite en couleur une attaque de Scud avec une ogive chimique: peu importait la précision, le nuage de gaz se répandait sur des kilomètres  et tuait d'un coup des dizaines de milliers de citoyens. Les journaux étrangers  spécialisés comme "Aviation-Week" dépeignaient par le menu tous ces effets mortels, auxquels seuls des abris spéciaux et des combinaisons étanches pouvaient  s'y mesurer.
Le "Citoyen Cohen" n'avait pas cependant été oublié. Il se rendit avec sa famille au complet, (sans les chiens ou chats quand-même), dans  un centre de distribution dans son quartier où de dévouées soldates mesurèrent, ajustèrent et distribuèrent à chacun des Masques à Gaz, avec un groin filtrant et même un fin tuyau pour boire pendant l'alerte. Et aussi une seringue à détente automatique contenant de l'atropine qui injectée était un contre-poison du gaz et qui causa bien des accidents chez des gens affolés. (Dans ce cas, il fallait prévoir un jerrican d'eau douce par personne, réaction du corps qui avait la fâcheuse tendance de se dessécher sur le champ...). Je dois avouer, que je dû faire bonne contenance devant mes enfants, bien que ces détails me donnaient plutôt envie de tourner de l'oeil. Ma femme, elle calmement , (elle avait fait son service ici) écrivait au marqueur le nom de chacun et l'adresse en cas de perte à l'école sur les boites en bandoulières.

Désormais, interdiction de se déplacer sans son équipement dans son étui personnel !!!.
J'allais oublier ! Dans les parcs de stationnement des hôpitaux, les autos étaient interdites et remplacées par d'avantageuses rangées de douches en plein air. Dans le cas d'une contamination de grande envergure, les victimes hommes et femmes, enfants et vieillards dénudés devaient être d'abord aspergés d'eau froide. (L'eau chaude n'avait pas été prévue ou devait peut-être être décommandée, mais c'est un détail ridicule devant l'ampleur d'une pareille catastrophe !). Et après ? Il aurait fallu soigner les brûlures internes et externes , mais comment soigner d'un coup des dizaine de milliers de victimes ? La tête me tournait et ne soufflais mot à personne de mes inquiétudes en retournant à la maison.
   Israel est le seul pays (ne soyez pas jaloux ), où dans les premières pages de son annuaire de téléphone sont décrits comment vite ajuster son Masque à Gaz et se protéger d'une attaque chimique ou conventionnelle.....Dans chaque boite aux lettres fut glissé un livret du même sujet pour nous rappeler que la vie n'est pas éternellement rose...

A la maison, il était recommandé de réserver une pièce éloignée de l'extérieur, avec un minimum de fenêtre, pour en faire notre bunker anti-gaz en cas d'attaque...Notre chambre à coucher était, comme partout en Israel la pièce naturelle pour accueillir de nouveau dans son sein tous les enfants....avec de larges fenêtres que je maudissais maintenant. Ce mois de Janvier de 1991, les usines de nylon et papier collant  travaillaient sans répit pour fournir à l'habitant de quoi étanchéifier sa chambre, transformée habilement en cocon !!!
.    En réalité,
physiquement et chimiquement parlant, c'était une protection
trompeuse car le gaz moléculaire pouvait pénétrer, non seulement à travers la vulgaire feuille de nylon, mais évidement par tous les interstices comme les caniveaux électriques des prises murales et du plafonnier. Pour donner l'impression de sécurité, je bouchais les serrures et mettions à chaque alerte une serpillière trempée dans du bicarbonate de soude, sous la porte !!! Est-ce utile de vous préçiser, qu'après un court délai l'air devenait irrespirable, l'oxygène ayant été brûlé par  sept personnes, (plus le petit chien !). Mais, comme dans toutes les familles, nous étions bien organisés: juste avant la tombée du jour, chacun passait à la douche pour être prêt à recevoir sur la tête une ogive entrant à plusieurs fois la vitesse d'un avion à réaction dans le ciel de Tel-Aviv.
   Le plus terrible de cette période balistique était le hurlement des alertes. Cette musique montante et descendante qui me rappelait Alger de 1942-43 était pétrifiante, mais nous avions un délai de 2 minutes pour nous préparer au Jugement Dernier. Temps accordé par les satellites américains lorsqu'ils  détectaient l'envol empoisonné des fusées irakiennes.

    Cela me suffisait pour mettre en marche le magnétoscope branché sur la C.N.N. qui filmait tout en temps réel.
     Je dois avouer que ces cassettes, je n' ai jamais voulu les revoir, et préfère les oublier. La vie en ville pourtant continuait mais de façon bizarre :chacun s'efforçant avec une fausse désinvolture de ne pas marcher trop vite dans la rue et de ne pas s'éloigner de sa maison sans raison !!!
  Par exemple, ma fille devait passer à son Ecole les examens psychotechniques de son âge : ils ne furent pas reportés, mais les enfants n'y participèrent que par petits groupes successifs...pour réduire d'éventuels dégâts ! Et partout où il nous était possible, nous les accompagnions, chacun sa boite de carton en bandoulière !! Surtout qu'un matin les Irakiens s'étant réveillés tard, nous avaient gratifié d'un tir sur le chemin de l'école.
     Il y avait aussi à subir les fausses alertes des sirènes  qui chantaient toute seules, ce qui n'arrangeait pas la santé des cardiaques. A la radio, en parallèle avec les sirènes, c'était le mot d'ordre sinistre : "La Vipère"; en hébreu "narasche sépha" pour nous annoncer le danger imminent. La radio, nous l'écoutions en permanence, de jour comme de nuit !
      Dès les premiers jours, nous avons eu à étrenner notre installation avec toute la famille. Comme des citoyens bêtes et disciplinés, nous aidions les enfants dans le hululement de la sirène qui traversait persiennes
, vitres et nylon, à poser les masques à gaz qui sentaient le caoutchouc et le renfermé des plus profondes pyramides . Pour ne pas étouffer, je ménageais pour ma part une ouverture de ce masque de mort en le posant un peu de travers. Mes enfants furent des soldats exceptionnels. Jamais n'ont pleuré, rechigné à ces manoeuvres inhumaines. Ils étaient assis en rond et s'occupaient à jouer aux cartes et d'autres jeux calmes dont j'avais muni la pièce.
   Il faut dire que ma femme donnait l'exemple de la sérénité aux enfants. Quand l'alerte était donnée, la radio annonçait par le code d'une lettre de l'alphabet la région qui allait recevoir la fusée, en hébreu au début, mais aussi plus tard des informations furent annoncées en anglais , russe, éthiopien pour les nouveaux immigrants qui apprirent bien vite dans quelle galère ils s'étaient fourvoyés. L'Allemagne, comble de l'ironie, généreusement envoya à Israel, un blindé sur roues, qui était un laboratoire étanche pouvant faire des analyses  de la compostion de l'air environnant après la chute de la fusée.
     Tout ce travail, comme la location du point de chute et l'arrivée du Labo demandait du temps, et nous étions donc obligés de garder nos masques jusqu'à l'autorisation donnée par la radio de pouvoir enfin respirer à l'air libre. Évidement impossible de faire fonctionner le climatiseur pour respirer de l'air frais : il était littéralement momifié par des bandages collants...
      Pour ma part, j'avais réussi à capter la longueur d'onde des services de secours sur un poste récepteur que j'avais trafiqué, et donc pouvait suivre les évènements en temps réel. Car l'emplacement des explosions étaient un secret (de Polichinelle) bien gardé !  A remarquer que ce fut la seule Guerre en Israel où il n'y eu pas de couvre-feu, et où  les lumières restèrent allumées toutes les nuits .
      En fait, nous n'étions pas en guerre puisque notre gouvernement maintenait la politique des bras croisés. A chaque Scud qui tombait, nous tendions l'autre joue !!

        Un des premiers soirs d'alerte, tous réunis dans notre abri de papier collant, nous entendîmes quelques secondes après l'annonce de la "Vipère", le grondement sourd d'une explosion et les regards de ma femme et moi se croisèrent comme pour certifier que cette fois c'était sérieux. En fait, sur Ramat-Gan où j'habitais, des fusées sont tombées dans un rayon du km à vol d'oiseau de chez moi.
         Si elles avaient eu une ogive chimique, vous n'auriez pas eu l'occasion de lire ces pauvres lignes. La plaisanterie courait que Saddam Hussein visait ce faubourg parceque peuplé par d'anciens immigrés d'Irak ! Je suis allé voir le résultat d'un tir dans le quartier d'un camarade de travail : il m'avait dit qu'il s'était réveillé dans son lit, mais sans mur extérieur et sans fenêtres....
     Tout le quartier avait effectivement les vitres  soufflées, et les tuiles envolées. La mairie avait installé dans la rue des containers pour que chacun y mette à l'abri tous les effets qui avaient échappé à l'explosion, car les appartements étaient devenus inhabitables.
         Ce fut l'époque où avec le coucher du soleil l'autoroute vers Tel-Aviv était étrangement vide, et que dans la direction opposée vers Jérusalem ce n'était qu'une file de voitures chargées de matelas et baluchons qui s'éloignait du cauchemar nocturne. Le Maire de Tel-Aviv, dans son patriotisme aveugle, accusa même ses habitants, qui avaient l'occasion d'abandonner la ville, de.."Déserteurs" !
      Il faut préciser que dans la majorité des immeubles, il n'existait pas même d'abris...



L'image ci-dessus est celle d'un reste de fusée Scud-B.

     Aujourd'hui, chaque appartement neuf doit comporter une pièce-abri en béton, avec une fenêtre blindée sur celle vitrée, et une porte en métal avec bourrelet d'étanchéité au gaz...
     Généralement comme elle est très exiguë, elle sert de refuge à l'Internaute et ses appareils en temps normaux !
     Avec les jours angoissants et surtout les nuits agitées , je décidais que ma famille n'était pas un pigeon d'argile, et transformais en deux temps trois mouvements, notre Peugeot "305 Break" en caravane de Romanichels, et les conduisit à Jérusalem, ce que je pensais être logiquement comme l'endroit le plus sûr puisque  juifs et arabes y sont mêlés. Mais les fusées de Saddam n'étaient pas si racistes que cela, puisque l'une atterrit près d'une ville arabe dont les habitants les nuits précédentes dansaient de joie, penchés  sur leurs blanches terrasses en voyant dans le ciel étoilé , descendre des paraboles nouvelles....dans le ciel de Tel-Aviv .
     Et comme nous, furent aussitôt équipés de Masques à Gaz dont ils se servirent plus tard dans leurs émeutes pour se protéger des grenades lacrymogènes..

    Mais revenons à cette première nuit dans la Capitale éternelle de l'Etat d'Israel :la plupart des hôtels, en cet hiver guerrier, étaient fermés vu le manque de touristes et les rares ouverts furent étonnés de voir ce brusque tsunami de réfugiés !
      Quoi,ils n'écoutaient pas la radio ?
    Quand nous trouvâmes enfin un hôtel à cinquante étoiles où je ne serais jamais descendu de ma vie, énervé et écoeuré, je me vis dans le hall de la réception entouré de journalistes de France avec caméras de TV heureux d'entendre fulminer dans la langue de Molière : je leur vidais tout ce que j'avais sur le coeur, y compris ce que je pensais de la livraison de la pile Osirak et de l'attitude peu équilibrée de ma doulce France, le pays de mon enfance.
(Bien qu'alors elle fasse partie de la coalition alliée).
   Ils s'en allèrent la queue entre les jambes chercher une victime plus collaboratrice.

    Notre chambre à l'hôtel s'avéra elle aussi tapissée de papier collant et nylon, mais je dois le dire fièrement, ce travail laissait largement à désirer et n'était qu'une passoire. Quand nous réalisâment le matin que notre chambre donnait juste dans la direction de Bagdad sans obstacle, nous éclatâment de rire.
    La seconde nuit à cet Hôtel, nous fûmes tirés du lit par l'alerte et durent descendre dans le sous-sol, vaste et bien enterré qui servait de remise. Beaucoup de marches à monter et descendre pour rien, deux fois dans la même nuit.

    A côté de nous, une famille arabe essayait de calmer un bébé, qui ne voulait pas se laisser enfermer dans son sac-abri portatif avec filtre dernier-cri de la technique ! Nous commencions à en avoir assez de ce cirque..et de la note qui s'allongeait et ma femme me persuada de téléphoner à des cousins Jérusalmites : sans hésitation aucune, ils nous proposèrent de nous héberger en ouvrant des lits de camp et en tassant leurs propres enfants dans une chambre unique. Ce fut un séjour inoubliable dans la chaleur familiale. Mes cousins Martine et Gérard, tous deux brillants internes des Hôpitaux Parisiens et maintenant pédiatres sont pratiquants et ce fut un grand plaisir pour nous d'assister aux bénédictions rituelles des repas et de l'allumage des bougies la veille du Shabat, qui prenaient toutes leurs significations dans cette période tendue. Travaillant à l'hôpital, il vit donc les accoucheurs accomplir leur tache difficile lors d'une alerte, équipés du Masque à Gaz...

"Mazal Tov" !

      Tous les jours, je redescendais des hauteurs de Jérusalem pour aller au travail . L'hiver était particulièrement rigoureux et chaque matin je devais nettoyer l'épaisse couche de givre collé au pare-brise, un phénomène qui m'était inconnu. Je devais aussi ...nourrir deux chiens qui gardaient la maison de l'intérieur . Auparavant,  j'étais allé acheter des  quartiers de volaille chez le boucher, décidé à les nourrir royalement pour compenser notre absence !
      Un matin, je ne sais si c'est à cause de la nourriture trop riche, ou à cause d'un traumatisme dû aux sirènes, je trouvai les chiens apparemment en bonne santé, mais les fauteuils du salon complètement éventrés, le tissu déchiqueté, la bourre de remplissage dispersée à tout vent, une scène digne d'un film comique mais qui me donnait à pleurer ! Je dûs en quelques heures ramasser tous les déchets et nettoyer la pièce dévastée pour lui redonner une apparence plus accueillante pour ma femme, mais ce salon   sans ses fauteuils sentait l'orphelinat. Ce fut chez-nous, Dieu Merci, le seul dégât matériel dont nous rions encore. Par contre, chaque fois que la radio diffuse une des scies de l'époque qui remplissaient nos nuits blanches pour nous faire patienter le masque sur le nez, je m'empresse de changer de station.        
    Mais cette période prolongée en chambre pour les jeunes couples fut très fertile pour la Patrie: l'été de 1991, les hôpitaux durent faire face à un Baby-Boom historique. Ce phénomène social avait été déjà bien été mis en évidence chez les singes en période de "stress"...

     Et ainsi, Saddam obtint l'effet inverse de ses désirs morbides.
J'ai longtemps conservé un bout de ferraille d'un Scud, jusqu'au jour où je me suis décidé à jeter cet oiseau de malheur.
    Je ne voudrais pas terminer avec une description technique* de cet engin à multiples versions, qui sont en stock chez nos voisins directs et indirects. Les ogives conventionnelles abondent avec les charges chimiques ou biologiques sur les étagères de nos frères sémites. Leurs lanceurs tractés dissimulés dans des tunnels sous-terrains sont prêts à tout instant à sortir de leurs tanières.
   L'année dernière, du Liban furent lancées sur Israel plus de cinq mille Katiouchas et des fusées de petit calibre dont les ogives en éclatant projetaient des billes d'acier, avec un grand succès . Mais ce ne fut qu'une répétition générale. La prochaine guerre que déclenchera l'Axe Téhéran-Damas-Beyrouth verra l'emploi à grande échelle de ces fusées perfectionnées. En Israel, l'arrière du pays sera aussi le front. Je n'ose y penser, et le mieux est de retourner à mes occupations et à cultiver mon jardin, comme si Candide existait encore après toutes ces horreurs.

    Mais je me permets de dévoiler au grand public notre Arme Secrète qui nous protégera toujours. En voici un exemple enregistré à cette époque :

Depuis Isaac Stern est décédé en 2001,mais les accents de son violon nous accompagneront partout  où un danger se présentera.

*Pour plus de détails techniques et historiques, un lien en Francais :
http://www.stratisc.org/strat_5152_Dumoulin.html

n.b Je remercie les auteurs de ces photographies recueillies sur internet dont je me suis servi pour illustrer ce modeste texte.

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Published by georges - dans souvenirs
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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 06:42











                              
                                Avertissement
                                -----------------
   Toute ressemblance dans le récit qui suit avec une quiconque personne vivante ou disparue ne serait que pure coincidence.

Si je vous raconte cette histoire au féminin, c'est bien parce qu'elle a été vécue par une amie. Et si je n'en précise pas le nom et le lieu, c'est pour donner le plaisir au lecteur de laisser cours à son imagination. Pour les autres, ce sera un récit comme un autre.


Sachez seulement que cette contrée est étouffante en été, et qu'elle est un paradis pour les férus d'archéologie. Pour arriver aux ruines de cette forteresse, dont les spécialistes de mon Université eux-mêmes en discutent encore le nom biblique et son rôle antique, la route était longue et cahoteuse. Le car me déposa à  une intersection, ayant pour toute ombre un poteau rouillé et sa pancarte en bois où était incrustée au fer rouge, "Les Ruines,10 Km".
Dans ma précipitation à  descendre et à  me frayer un passage dans le couloir encombré de paniers du bus, j'avais perdu mon chapeau de paille. Et me voilà seule sur cette piste poussiéreuse, maugréant contre ces passagers encombrés de baluchons. Je respirais un air qui désséchait mes narines et gercait les lèvres. Mon sac au dos me sciait les épaules et donc je décidais de laisser mon sort entre les mains d'une bonne âme qui se rendrait dans la même direction.
Il y a des moments où il faut savoir être fataliste, pour rester optimiste.
Après une heure d'attente à  l'ombre de mon mouchoir, j'entendis un bruit réconfortant de moteur, et bientôt avança dans ma direction un camion baché. Il s'arrêta au signe de ma main implorante inutilement d'ailleurs, car dans cette solitude une recontre humaine est toujours un événement bien accueilli. Le conducteur, qui n'avait pas été chez le barbier depuis sa naissance, un homme âgé au front buriné, m'ouvrit la portière cabossée, et je me hissais à  grand-peine dans cette cabine étroite, sentant l'huile chaude du moteur et la sueur du chauffeur. Les vitres étaient piquées d'insectes écrasés, et de chiures de mouches. La bourre, par endroit, sortait des coussins, mais il ne me fallait pas être difficile, si je ne voulais pas mourir d'insolation. La conversation fut anonyme, entrecoupée du bruit de changements de vitesse et des vibrations du moteur.

-Alors, comme ça, vous venez toute seule de la ville, les visiteurs ici sont rares ! Le vieil homme souvent détournait sa tête vers moi, tout en évitant les nids de poule, et en maintenant sa main droite constamment sur la boule du levier, "pour éviter aux vitesses de sauter", me dit-il et à  chaque tressautement, il heurtait mon genoux. Soudain, en rase-campagne, le chauffeur ralentit sans  raison apparente, arrêta sa machine, tira énergiquement le frein à  main, s'épongea le front, et m'invita à descendre. Je fus prise d'une peur qui me bloquait la respiration, mais je fis semblant d'être naturelle.
Quand il tira un couteau à la lame repliée du dessous de son siège d'ou dépassaient des chiffons et de la ficelle, mes jambes m'abandonnèrent.
Il m'enjoignit, tout rouge et poussiéreux de son voyage, les lèvres fendillées par le soleil, sa chemise pisseuse ouverte sur sa poitrine velue, de monter sur la ridelle du camion, et même me poussa dans le dos pour m'aider à  m'y hisser, et me rejoignit lestement malgré son embonpoint. Il saisit dans un coin une espèce de couverture marron  et la déplia sur le plancher rugeux en me faisant signe de m'y asseoir. En une fraction de seconde, forte de mes lectures, j'envisageais quel serait le meilleur scénario, ou me laisser faire et essayer de vomir sur lui pour le dégoûter, ou essayer de lui planter mes ongles dans ses yeux. De la route, le plateau de la ridelle était trop haut pour dévoiler quoique ce soit de l'intérieur,
à un improbable passant motorisé.
Dans la semi-obscurité sous la bâche, alors que j'étais encore aveuglée par la lumière forte de l'après-midi, il ouvrit d'un coup sec son surin, se pencha si près que j'en respirais son haleine et saisissant un magnifique melon d'eau de sa cargaison cachée dans l'ombre, le fendit et m'en offrit un tranche rouge,juteuse et sucrée, avec un grand sourire rassurant....

J'étais sauvée et même l'aurais embrassé si je n'avais pas eu peur de me piquer à sa barbe. Quand il eu finit lui aussi de se rafraichir la bouche, et après s'être essuyé les lèvres d'un revers de main, il me regarda fixement et me dit: Vous êtes la fille de David, n'est-ce-pas ?.
Je restais clouée de surprise. David  mon père,(que sa mémoire soit bénie), était un archéologue réputé avant la guerre de 1948 .

Il s'était rendu célèbre en trouvant dans une de ses fouilles une pierre noire gravée , un "ostraca", dont il avait réussi à traduire le message, qui concordait avec un passage biblique du temps du Roi d'Arad. Et moi, je voulais revoir ce site. Cinq années après ma naissance, pendant les combats qui suivirent la Déclaration de l'Indépendance, il fut grièvement blessé et mourut  non loin de ces collines pierreuses.
Le chauffeur sortit son portefeuille usé et me tendit une photo jaunie, aux bords dentelés. J'y figurais toute bouclée, en robe blanche en nid d'abeilles, dans les bras de mes parents. Il tourna son regard vers la colline et continua à voix basse :- notre jeep avait sauté sur une mine, et immédiatement nous tombèrent dans l'embuscade d'une bande descendue d'Hébron. Votre père assis à côté du chauffeur avait été tout de suite grièvement blessé, et avant de  s'éteindre dans mes bras, il m'avait demandé de sortir cette photo de sa poche, pour l'embrasser. Dans la fusillade et le tumulte qui suivit l'accrochage, je la perdis. Après la guerre, ,j'ai trouvé un emploi comme gardien de ces fouilles. Je m'étais lié d'amitié avec un  vieux bédouin de la tribu des Soliman..J'ai souvent bu le thè avec lui, sous sa tente, car son village n'est pas loin.
Il s'arrêta, et reprit sa respiration coupée par l'émotion.

-Un soir de confidences, saccadé du bruit du pilon qui moulait le café vert, Hussein me raconta qu'il avait entendu de loin l'explosion du côté des ruines et quand il était parti à la recherche de son troupeau dispersé par les bruits de la fusillade, il avait ramassé cette photo d'entre les ronces..Il  me donna cette relique, confiant qu'un jour elle retrouverait sa vraie place.
 Mon interlocuteur était aussi ému que moi. Il m'avait reconnue après vingt ans passés !  Brusquement, ces ruines prenaient une autre envergure, aux milliers d'années d'Histoire mal connue, qui avaient vu s'écrouler des royaumes, et entendu les entrechoquements des glaives et des lances, je pouvais ajouter le nom de mon père à ces pierres sacrées. Il se faisait tard et j'acceptais avec joie d'être l'hote de ce Gardien du Souvenir dans sa petite cabane .Abasourdie, je n'avais meme pas demandé son nom. Aron me parla longuement de mon père, son camarade et de son goupe du Palmach* où il y avait été désigné en éclaireur pour sa bonne connaissance de la région...

- Demain matin, à l'aube avant qu'il ne fasse trop chaud, nous irons visiter les ruines. Et ensuite, je vous montrerai les lieux de ce combat sur la colline, les petits bergers y trouvent  encore des douilles à même le sol. et l'après-midi vous, je vous raménerai en ville, car  il n'est pas recommandable à une femme de se promener seule dans cet endroit écarté, et surtout en sandales : le scorpion jaune abonde sous ces pierres chauffées à blanc, et la vipère à corne est invisible dans le terrain sableux....



*Le Palmach était le fer de lance de l'Etat Hébreu dans la Guerre d'Indépendance.

La Tribu des Soliman, le jour du Marché à Beer-Shéva.
("Les Sept Puits" )



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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 13:12








        

                                             La Chambre d'Auberge


   


       J'ai en commun avec Amos Oz*, l'amour d'une ville.
Amos Oz habite avec sa famille la ville d'Arad, située dans le Néguev, à cinquante kilomètres de Beer-Shéva, la capitale de ce désert.
A 600m d'altitude dans la solitude de Judée, le climat est très rude: chaleur brûlante mais siccité remarquable  de 20 % en été, et froid glacial et venteux en hiver, où les chutes de neige de quelques centimètres ne sont pas rares.

     A mon arrivée en Israel, j'ai vite découvert et aimé cette ville pionnière qui sortait de terre. A l'époque, elle était habitée presque uniquement d'ouvriers qui travaillaient, à moins de 300 m au dessous du niveau de la mer, (le point le plus bas du globe) ,aux usines de potasse de la Mer Morte.
  Chaque fin de semaine, les ruines de Massada étaient mon excursion éloignée, mais préférée. A 20 km plus au nord, le site archéologique  de l'Arad biblique, excavations auxquelles j'ai participé en été 1967. ( En tant que manoeuvre spécialisé dans la pelle et la pioche...). En ville, j'avais photographié ces beaux enfants, ces premiers habitants jouant dans le sable. Et aussi le défilé des écoliers pour la fête de l'Indépendance et la maison du peuple...avec le drapeau rouge des travailleurs et le drapeau national. C'était la maison de la culture, une des premières constructions. Je reviendrai sur ces souvenirs dans un autre épisode.

Le dessin au stylo, représente ma chambre , à la seule auberge de l'époque, au ras de terre. Simplicité spartiate d'un lit dur et étroit. Vue sur un olivier. Silence total. Evidement pas de climatiseur, mais un chauffage infra-rouge accroché au mur, pour les froidures de l'hiver. Le matin très tôt, sac au dos rempli de gourdes d'eau, je partais seul en traversant le désert de rocailles, rejoindre le plateau de Massada et les ruines de la ville fortifiée à 4 heures de marche. Comme un ermite, pour me purifier dans cette région qui a été le refuge de  juifs chassés de Jérusalem brulée par les Romains en 70 après    J.C.
A Massada finalement assiégée, ils se sont entretués* plutôt que de tomber vivants aux mains de l'ennemi, et devenir esclaves comme ceux que nous rappellent le  bas-relief de l'Arc de "Triomphe"  élevé à  Rome par Titus à son retour de sa campagne sanglante.

*Une décision contestée aujourd'hui, mais un peu tardivement,
puisque contraire à la religion pour laquelle la vie est sacrée !.

Au bas du plateau, les ossements retouvés ont été enterrés avec les honneurs militaires.
Que me poussait-il à faire chaque fin de semaine cette marche presque mystique, sur les pas de l'Histoire ? La beauté du paysage vierge, l'air cristallin, l'exercice physique ou tout à la fois.
Mais là , je dois ouvrir une parenthèse.
En 1970 s'ouvrit à Moscou le "Procés de Léningrad".Voici ce dont il s'agissait alors  :


http://en.wikipedia.org/wiki/Dymshits-Kuznetsov_hijacking_affair

Sylvia Zalmanson, la seule femme, fut envoyée en Sibérie mais bientôt s'organisèrent des manifestations de solidarité en sa faveur.
Un vendredi, je mis donc une Ménorah en cuivre (le Chandelier à sept branches, emblème de l'Etat Hébreu) dans mon sac et décidais de dédier à la prisonnière cette marche en son nom ! 
Il y a deux possibilités pour accéder au plateau de Massada. Un sentier abrupt et dangereux qui débute du côté de la Mer Morte, ( et aujourdhui doublé par un téléphérique !),ou du côté ouest, par la rampe de terre construite par les Romains pendant le siège de Massada. Mais moi je préferais une randonnée loin de la piste pour faire un vaste crochet par un canyon superbe .
Lorsque le promeneur est solitaire et silencieux avec ses semelles de crèpe, la Nature découvre ses secrets. Comme d'énormes lezards étalés et confondus avec le  rocher plat, et les amusants lapins du désert assis sur leurs séants et qui  ne m'attendent pas pour une photo ! .Et aussi des dromadaires à la recherche d'une maigre pitance de ronces, dont jamais n'en vis le propriétaire, le bédouin sachant voir sans être vu. Sauf une seule fois, lorsque dans ma solitude surgit un grand berger, protégé de la chaleur par une ample toge ramassée sur ses épaules. A sa ceinture brillait le manche argenté et brillant d'un large "boussadi" courbe qui dépassait de sa ceinture de laine. C'était la première chose que je vis, sans faire attention au papier qu'il me tendait !!
Ce papier à l'en-tête de l'Etat était l'autorisation pour son troupeau de paitre dans la région, et il m'avait pris pour un gardien des "Eaux et Forêts" bien que là bas il n'y avait ni eau ni forêt !!! Pour ne pas le décevoir, je le remerciais vivement en lui rendant son permis et nous échangeâmes un chaleureux "Choukrane" et il disparut comme il était arrivé.
 A une pause, j'entendis un léger éboulis et je pus admirer une famille de gazelles sauter dans la rocaille à la pente inimaginable pour les humains. Pourtant, une fois de plus trop plongé dans rêves de promeneur solitaire, je perdis mes points d'orientation, et pendant un instant je fus pris de frayeur.  Comme dans les récits d'aventures, j'essayais de reprendre mon sang-froid, mais sans le même succés, et le soleil menaçant au dessus de ma tête j'eus quand même l'idée de gravir une lointaine colline ce qui me permit de revoir au loin le plateau de Massada.
Sans m'en apercevoir, j'avais fais un trop grand détour pour mes jambes et m'arrêter pour me reposer m'aurait fait courir le danger de souffrir d'une crampe , lorsque un muscle se rétracte en se refroidissant.
A partir de ce point, je dois avouer que le paysage me semblait moins intéressant, tout concentré dans mes pas pour ne pas être retrouvé desséché comme cette peau de serpent  sur mon chemin !
Après une descente pénible, je vis soudain devant moi dans un creux de terrain un bosquet, de la verdure autour d'un palmier unique , un semblant d'oasis et derrière lui, plus proche que je ne le pensais, se dressait somptueux dans son ocre jaune le Plateau de Massada.

Je me permis alors de souffler et en  me dégageant de mon sac au dos, vis près de moi une boite de conserve  à l'initiale de Tsahal (צ). Une boite de ration, des dragées vertes délicieuses  qui me rendirent le sourire et les forces!  Evidemment, j'étais sur une piste empruntée par l'armée pour ses exercices. Cette pensée me donna des ailes  pour gravir  la rampe  . La- haut, je rencontrais  l'équipe de travailleurs qui s'occupaient de la maintenance du site et du sentier et ils m'offrirent à la fin de leur journée, une place dans leur camionette pour retourner à Arad.
Aujourd'hui, la ville s'est bien agrandie avec  des industries de haute technologie qui emploient des habitants très qualifiés.


 
     Voici une photo de ce désert de Judée.
En 1970, je me suis photographié avec le retardateur à 14 km de Beer-Sheva, 32 km d'Arad et 66 km de Sodome ( Mer Morte). Un endroit très tranquille ....

Voici un site avec illustrations à l'appui pour décrire ce qui fut la forteresse et le siège de Massada :

http://www.terredisrael.com/Massada5.php

A la prochaine rencontre, je parlerai encore de cette région, du temps où elle était encore sauvage et moi, encore jeune.... et
pas seulement habitée par les chacals et les hyènes...

*Sur l'écrivain Amos Oz :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Amos_Oz



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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 10:02
   



       Pour savoir ce qui se passait dans le monde en guerre et au Moyen-Orient dans les années 40, allez lire cet article  pour fixer quelques faits de cette époque:

http://fr.wikipedia.org/wiki/1943#Proche-Orient_.26_monde_arabe




        En 1943, la Palestine était sous Mandat Britannique, et interdisait aux juifs, fuyant  les horreurs des Nazis,  d'y prendre pied illégalement.
Au compte-gouttes, le Gouvernement de sa Majesté attribuait des Certificats d'Immigration aux juifs en détresse. La lettre ci-dessous est envoyée par un couple de Juifs d'Europe, arrivés à Beyrouth et internés comme juifs allemands. Deux ans auparavant les forces de Vichy, qui avaient honteusement combattu les Forces Francaises Libres et les forces Anglaises,  avaient capitulé . Le Gouvernement de De Gaulle avait installé ses bases à Beyrouth, d'où étaient émis ses discours.
En 1944 les Nationalistes Libanais s'insurgèrent et abolirent comme en Syrie le Mandat Francais.
Sur cette enveloppe, le cachet est intéressant:il porte les initiales C.P, sans doute "Comité Provisoire" et la Croix de Lorraine au centre.

Du camp d'internement, ce couple envoie une lettre à des proches en Palestine, sous Mandat Britannique, pour essayer de se faire établir ce fameux Certificat.
Le 25 de la rue Arlozoroff à Haifa existe toujours, mais que sont devenus ses habitants et ce couple ? Il s'est passé tant de guerres depuis !

(Voir plus bas son texte recopié )

L'enveloppe suivante me fait frissoner. Elle est datée du 15 Mars 1938, après l'Anschluss, c'est à dire l'entrée de l'Autriche dans le sein de l'Allemagne Nazie.
Le 12 Mars 1938 les armées hitlériennes franchissaient les frontières de l'Autriche, accueillies avec enthousiasme par les habitants.
Cette lettre envoyée de Vienne, la capitale de l'Autriche, trois Jours après sa nazification, et oblitérée avec le cachet du Fuhrer, devait arriver à Tel-Aviv, 53 Rue Allenby.
Je n'ose imaginer le sort de l'envoyeur et de sa famille.
Je connais bien cette longue rue principale qui commence au bord de mer.J'y vais souvent fureter dans ses librairies anciennes pour y secouer la poussière des ans, et admirer les façades des premières maisons du style Bauhaus que des architectes allemands avaient apporté avec eux avant la 2ième Guerre mondiale.

http://www.herodote.net/dossiers/evenement.php?jour=19380312




voici en clair la missive  de Beyrouth

Envoyeur:Joseph Weiser                                                      Monsieur Paul Bombach      
Camp d'internement civil                                                     25,Arlozoroff Street Haifa
Aux bons soins de la Sureté Générale                                  
aux Armées .                                                                      Palestine

Le 22 Novembre 1943

Chers Paul et chère Any

Ta carte du 1er m'est parvenue il y a quelques jours, je me réjouis extrémement de savoir que tu penses à nous de cette façon. Jusqu'ici j'ai seulement reçu le montant de L.P.S. avant 3 semaines environ. J'espère que les autres sommes vont arriver bientot, çà dure parfois assez de temps.
Le temps est encore très beau. Notre chambre est très belle*. Nous faisons notre cuisine nous mêmes. Nous sommes très désireux d'être mis en liberté pour pouvoir travailler de nouveau. Any peut m'écrire peut-être en allemand. Moi même, je ne suis pas permis d'écrire en allemand**, seulement en francais et en anglais. Concernant le Certificat, on m'a conseillé que ce sera meilleur, si tu feras les pas nécessaires. Faites-moi savoir si tu as besoin de quelques dates, hélas je n'ai aucun document***.
Nous vous embrassons très cordialement.
Joseph Weiser .
Je vous embrasse bien.Alice.


*   Après les péripéties qu'ils avaient du endurer, ce camp leur semblait être un  paradis !
** L'emploi de la langue ennemie était interdite par la censure dans le camp pour les lettres !
*** Pour tous , une vie nouvelle commençait !

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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 17:47

  Le Symbole

 Comme ils avaient faim, de savoir et de pain noir,
 Ils ont tué l'instituteur, puis l'ingénieur, le docteur et le facteur,
 Et après, le fermier, le berger, le laitier.
 Et au père des enfants affamés,
 Il lui dit en riant:prend un harki, coupe lui la main,
 Et garde l'autre pour demain.
 Mais, comme il ne restait plus une miette de pain,
 Ils ont loué, à l'année, de la viande fraîche, à l'accent parisien:
 Un instituteur, un ingénieur, un docteur, et un facteur,
 Un fermier, un berger, et un laitier.
 Et pour les remercier, ils ont égorgé le Trappiste,
 Profané le cimetière,
 Et peint tout en vert.
 Comme il n'y avait plus rien à manger,
 Ils ont décidé de s'entretuer.
 Ils ont enterré des vivants,
 Et déterré des morts.
 Enfin, après que le pays se soit vidé de ses entrailles,
 Fatigués de casser du vitrail,
 Ils s'avisèrent qu'il restait, encore debout sur leur sol,
 Un Symbole :

 Trois cavaliers, portant sur leurs épaules,
La civière d'un soldat,

Sans nom,
 Ni religion.
 L'oeuvre de Landowski pour la Patrie.
 A ses enfants, la France reconnaissante.
 Alors ils l'ont aveuglée et noyée
 Sous une lourde chape de béton armé.
 L'obscurité y règne pour l'éternité,
 Et les cris sont étouffés à jamais.
 A moins, qu'un jour, un homme mal famé,
 D'un coup d'éventail au Consul Français,
 Libérera les cavaliers sacrés,
 Pour après tant d'années,
 Les rapatrier dans toute leur beauté.

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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 15:45










   Au Lycée, les heures s'écoulaient bien lentement à mon goût.
Mais l'heure de dessin, en classe de Burel, était la récompense d'une semaine de souffrances !
De loin, dans la cour, on reconnaissait contrairement aux autres disciplinés, nos rangs qui s'agitaient avant de monter l'escalier qui nous conduisait à cette salle  baignée de lumière qui tombait généreusement du haut des vasistas, à notre gauche sur le papier canson à gros grains.
En pantalon de velours , dégingandé, les mains dans les poches, il nous faisait un signe de tête  pour nous inviter dans son univers, aux murs tapissés de nos oeuvres d'art d'un jour.
Et après des années, j'ai retrouvé  enfin un souvenir ému de la classe de  Dessin du Lycée E.F. Gautier.  Notre professeur Jacques Burel ,  posant une heure durant, accoudé à un chevalet  pour une Composition trimestrielle.
A cêté de lui, un platre pour les terminales . Bien sûr , le portrait est loin d'être ressemblant, mais je me souviens qu'il avait regardé ce travail avec satisfaction,(c'est la raison pour laquelle cette gouache a subsisté 58 ans !).
Sur le premier dessin, nous devions laisser libre notre imagination et réaliser une enseigne. Lorsque Burel passa dans les rangs et vit ce qui devait être une ferronnerie, il s'assit à califourchon derrière moi et de ses doigts jaunis de nicotine trempa le pinceau dans la gouache noire  diluée et en deux, trois coups dessina un vif écureuil, la queue en panache, décorticant une noisette. Ce coin de papier reste pour moi un témoignage inoubliable de son talent.
La 3ième gouache n'a de valeur que pour nous rappeler la nature morte qui était l'objet de maintes études: cette corbeille à papier en osier, chacun l'interpréta suivant son goût, c'est ce que notre Prof aimait : une peinture n'est pas une photo..
Je suis sûr que ces images feront remonter bien des souvenirs heureux à mes camarades.



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