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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 19:02




      Dans le désert, rien ne se perd. La sécheresse de l'air conserve même la ferraille.
     En l'été 1967, travaillant à remplir des jerricans d'essence au Sinai central, je me suis trouvé soudain tête à tête avec un bidon fabriqué en...Allemagne comme je pouvais le lire imprimé en bosse sur le métal écaillé ! Diable, je vois devant moi un jerrican* de l'Afrika-Korps, daté de 1942 !! En excellant état, que, sans tarder, j'ai nettoyé et rempli soigneusement à ras-bord pour alimenter des blindés russes intacts de l'armée égyptienne, devenus prises de guerre israélienne pour défendre la nouvelle ligne sur  le Canal de Suez...

Ainsi cette découverte me faisait revivre l'Histoire de ces combats dans le désert de Lybie où Rommel attendait Montgomery. A cette époque, la Palestine sous mandat Britanique était extrèmement menacée : si  l'Egypte était tombée aux mains des Nazis, le sort des juifs de Palestine aurait été pareil à ceux de Salonique et de l'Europe entière.
Alors qu'à cette époque le Muphti** de Jérusalem bénissait à Berlin à côté d'Hitler ses cohortes de S.S. palestiniens, les juifs de Palestine eux s'engagèrent dans une brigade mandatoriale pour défendre la Patrie en danger. C'était la seule issue laissée aux volontaires juifs pour combattre l'Axe: servir sous le drapeau Anglais.
J'avoue que chaque fois que je relis le texte de ce lien ci-dessous, mes yeux s'embuent. Alors que les juifs d'Europe roulaient entassés dans des wagons à bestiaux pour finir dans les fours-crématoires, une brigade hébraique portant sur l'épaule un Maguen-David bleu luttait  aux côtés  des  Alliés pour la Liberté.
 
http://www.israelfr.com/tikiwiki/tiki-print_article.php?articleId=333

Vous avez donc lu cette extraordinaire prise d'armes en plein désert que réserva le Général Francais des Forces Francaises Libres Pierre Koenig à la brigade juive de la Palestine mandatoriale.
Après l'Indépendance d'Israel, la France devint la seule puissance à vendre de l'armement à l'Etat Hébreu , perpétuellement menacé. Le Général Koenig, catholique fervent, n'y était pas pour rien. A Jérusalem une place à son nom glorieux commémore son souvenir.
Mais en 1967, ce fut l'Embargo, et là commence le récit précédent "Quarante ans avant".

**Pièce jointe: actualités de Vichy sur la visite du Grand  Muphti de Jérusalem à son ami Hitler pour l'aider à réaliser son rêve de "Mein Kampf".

http://www.dailymotion.com/video/x25h01_archives-de-vichy-le-grand-mufti-de

* Voir sur ce secret nazi:
http://en.wikipedia.org/wiki/Jerrycan

                                                      (Fin)


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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 15:13




       Dites-donc, vous là-bas, oui, l'homme aux cheveux blancs, où étiez-vous, il y a quarante ans ?
- Voyons, faisons une rapide soustraction: 2007-40=1967. Ah oui! c'était l'été de la Guerre de Six Jours, bien sûr que je m'en souviens: j'étais même parti à la fin de la Guerre avec le rétablissement des vols entre Paris et Tel-Aviv. J'avais suivi le déroulement des Opérations en écoutant "La Voix d'Israél" sur les ondes courtes que j'entendais mieux le soir. J'avais même acheté, dans un Grand Magasin, un poste-radio à transistors que je ne quittais pas dans mes déplacements. En passant dans le quartier Latin,  j'avais vu dans une vitrine une affiche de Moché Dayan en pull-over kaki, pas loin de celle de Ché Guévara !! L'atmosphère à Paris était celle d'un immense  soulagement car les mois précédents avaient été angoissants devant l'étau des pays voisins qui se resserrait sur Israel.

Le prélude et le déroulement de la Guerre des 6 jours sont décrits dans :
http://paris1.mfa.gov.il/mfm/web/main/document.asp?DocumentID=
115384&MissionID=31

Arrivé à Tel-Aviv, je suis allé m'inscrire à l'Agence Juive comme travailleur volontaire, ai reçu une carte numérotée, et n'avais plus qu'à monter dans un camion vers une auberge de jeunesse qui était devenue un centre de tri. Là, j'eus de la chance car on me proposa de travailler au Kibboutz ou au Sinai. Je choisis l'inconnu. A Paris, ce n'était qu'un immense triangle et des cartes dessinées dans les journaux, avec les flèches des mouvements tournants  et les noms  des lieux des combats. Vu de la ridelle d'un camion,  le paysage allait bientôt se découvrir sans fioriture. La belle route, qui nous emmenait vers le Sud, se terminait avec les vergers et les champs de dahlias, et les plantations d'agrumes arrosées par les jets d'eau des tourniquets du kibboutz- frontière de Yad-Mordechai. Là nous fimes un arrêt pour une visite instructive. Mordechai Anielewitch fut le héros qui organisa la révolte du Ghetto de Varsovie et qui périt quand  lui et ses amis furent à court de munitions. Ce ne pouvait être une meilleure préface avant de découvrir sous l'uniforme les nouveaux héros du peuple d'Israel.

Portrait d'Anilelevitch :
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Anielevich.html

Sa statue en bronze, réplique de celle de Varsovie, figure au pied de l'ancien château d'eau du kibboutz criblé d'éclats d'obus lorsque ses habitants durent faire face aux tanks égyptiens lors de la Guerre d'Indépendance de 1948.

Un apercu sur la guerre du Néguev en 1948 :
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/History/Negev48.html

Depuis, les attaques  des feddayins de la bande de Choukeiri n'avaient cessé de harceler les kibboutzim bordant Gaza en franchissant la ligne verte. A cet endroit même, l'armée d'Israèl un mois auparavant attendait, bandée comme un ressort, le début de la déflagration générale. A la sortie de Yad-Mordechai, une plaque jaune et tordue: Gaza ! La route devint cahoteuse, pleine de tournants, et passait littéralement entre des haies de figues de barbarie. Le camion soulevait une poussière fine et déjà la campagne de Gaza se signalait par ses maisons basses et ses murettes. Des oliviers tout couverts de poudre blanche, des moutons et des chèvres, une agriculture maigre et sèche. Un large panneau publicitaire nous signala l'entrée de la ville: une bouteille verte de "Seven-up", la limonade locale, dont l'usine faisait vivoter les habitants..
Le centre de la ville était défiguré par des réclames immenses et colorées et des panneaux de toutes sortes dont celles d'Agences de Voyages, qui bordaient le marché, avec des lignes téléphoniques et électriques qui courraient un peu partout  accrochées à des poteaux en bois. Des taxis, des  charettes à pneus tirées par des chevaux  aux os saillants, partout des enfants avec des plateaux de boulanger sur la tête et des étals  sur les trottoirs  de tout ce qui peut être vendable ou pas. Sur le tout, un soleil impitoyable.
Place "Palestine", le camion passa devant la grande caserne de la ville de  Gaza qui, un mois avant, abritait encore les millices. Elle tranchait sur les maisons basses du quartier. Nous avons continué notre voyage en passant par les agglomérations aux noms tirés de l'obscurité par les combats qui s'y livrèrent comme Khan-Younès, qui lorsque vous en connaissez une, les connaissez toutes. Sortant de la bande de Gaza, nous filâmes vers El-Arrish. Les récents effets de la guerre s'offraient à mes yeux horrifiés. Partout des tanks russes T72 décapités de leurs tourelles, des canons énormes disloqués, des voitures blindées carbonisées . Le sable était noirci par les incendies. Et les munitions  vives de toutes sortes jonchaient le sol. Du sable, pointaient des ossements que les hordes de chiens sauvages avaient déterrés. Une main déjà parcheminée sortait d'un tumulus provisoire. La mort dans le désert est vite stérilisée par l'ardeur du soleil. Ce ne fut qu'un long spectacle d'épouvante jusqu'à notre but, la base de Bir-GafGafa en plein centre du Sinai. Les Egyptiens avaient subi une telle défaite qu'il était évident que cette guerre devait être la dernière. La "Der des Der" comme la France le pensait en 1918.....
Le fuselage carbonisé, mais les ailes triangulaires intactes, je reconnus un Mirage aux couleurs d'Israèl ,qui avait labouré le sable, avant de s'y être enterré à moitié. De l'aviation égyptienne, il ne restait que des traces d'aluminium fondu et des turbines disloquées. Les énormes hélicoptères russes étaient réduits sur le béton à une grande tache noire.
Dans ce désert brulant, les Egyptiens avaient construit leurs campements dans des cuvettes, sans doute pour être à l'abri des vents de sable, mais aussi pour être mieux camouflés. Il ne restait dans ces trous que des tentes effondrées sur les lits de camp et des réservoirs d'eau criblés. Une seule bâtisse d'un étage révélait le quartier des officiers. Un peu de côté, des tentes au toit très pointu étaient alignées pour nous loger. En essayant de ne pas trébucher dans les cordages qui la tendaient fermement, je déposai mon mince bagage sur un lit de camp : les côtés de la tente étaient relevés, mais l'intérieur restait  brulant.
Je reçus du "magasin d'habillement" de fortune, l'autorisation de choisir un des uniformes à ma taille ils étaient tous blancs, car c'étaient des vêtements égyptiens abandonnés.!
Ainsi , du moins au début, je me promenais  comme un soldat de l'armée de Nasser.... Mais je n'eus pas à me plaindre, j'avais tout le confort : une douche était installée sous un grand réservoir cubique et  l'eau n'a jamais fait défaut. Chaque jour, un camion citerne le remplissait. Nous déjeunions dans le réfectoire égyptien, attablés avec nos  boites d'aluminium que nous nettoyions dehors à la batterie de robinets, comme tous les vrais soldats, avec du sable et de l'eau . Le menu était inévitablement le matin de la semouline et des olives noires, et dans la journée il ne fallait pas être difficile, mais tout était abondant. Trop, car le pain blanc en tranches, ensaché dans son papier éventré, gisait sur la table avec des pains de margarine à peine entrouverts qui déjà faisaient le délice des mouches. Nous nous levions très tôt pour aller un peu plus loin à ce qui fut une station d'essence: une pyramide de jerricans noircis et déformés par le feu la signalait de loin. Notre travail était de remplir des jerricans de 20 litres en bon état, préalablement nettoyés de leurs grains de sable qui s'infiltrait partout, comme on nettoie des verres derrière le comptoir d'un café.
Le problème était la fermeture du bouchon métallique : il était constitué de deux griffes qui, en s'enfilant dans leurs guides, devaient maintenir le bouchon hermétiquement clos. Mais chaque fois la fermeture était récalcitrante, due aux déformations,  et c'est avec une pierre que je frappais sur le bouchon d'un récipient rempli de 20 litres d'essence chaude qui ne demandait qu'à exploser à la moindre étincelle !
Il faut pardonner mon inconscience, abruti aussi par la chaleur infernale qui nous entourait. Nous travaillions tous avec ardeur, les volontaires comme moi, comme les moins volontaires qu'étaient de jeunes soldats prisonniers égyptiens. Nous étions côte à côte, sans avoir à nous parler, mais buvions dans la même boite de conserve l'eau chaude salvatrice d'un réservoir sur roues. La sueur immédiatement séchait et nous étions couverts de sel et de poussière jaune. Je peux avouer, même si vous  doutez à juste titre de ma sincérité que ce fut une époque magnifique de ma vie. Comment nettoyions-nous nos habits de travail durcis du sel de la sueur ? Tout simplement en les plongeant dans l'essence et les essorant vigoureusement, tout séchait  rapidement au soleil du Sinai .
Le soir, avant que les égyptiens ne regagnent leur prison à ciel ouvert: un  périmètre cerclé d'un simple rouleau de barbelé au milieu du Camp, nous leur faisions entendre, bien qu'il était interdit de communiquer à nos compagnons de travail, un peu de la musique émise du Caire. Leurs officiers par contre, ne quittaient pas leurs lits, se prélassaient toute la journée en lisant des journaux, en foulard blanc autour du cou, et leurs chaussures bien cirées et uniformes entretenus par leurs soldats-valets......Un jour, ils furent tous libérés, retournèrent qui à la ville qui à leur Delta, et de vieux réservistes , des anciens des guerres précédentes vinrent faire le même travail à la station.
Ils avaient recu dans leurs équipements des fusils Tchèques flambant neuf à la crosse de bois jaune, qui étaient désuets pour une guerre moderne, mais qui leur donnait une apparence militaire..
Un  réserviste même se promenait en sandale de plage, ses pieds gonflés ne pouvant entrer dans les chaussures hautes. Un autre était complétement édenté.
Tous avaient été mobilisés pour permettre  aux jeunes soldats des activités plus guerrières. Je vivais au milieu du microcosme israélien. Je cotoyais un condensé de la population juive: certains démunis  allaient en permission avec dans leur bagage une couverture  égyptienne, une boite d'olives en conserve de l'armée qui trainait sur une table désservie...J'étais ému par ces larcins qui éclairaient bien des choses sur la pauvreté de certains israéliens sans travail à cette époque. Etre mobilisé était une chance pour eux de manger à leur faim et d'être payés de quelques lires par l'Etat.
En me promenant le jour de repos dans les parages, je découvris  un petit bâtiment dont les murs extérieurs étaient ornés de fresques à la gloire de Nasser. Je n'eus pas à ouvrir la porte qui n'existait plus et entrais dans une pièce unique qui devait servir de bibliothèque, ou plutôt de centre de propagande aux officiers égyptiens. Sur les étagères bouleversées, sur le sol  des livres éparpillés, et des brochures illisibles pour moi. Mais  soudain je découvris une revue illustrée avec des sous-titres en Anglais : elle évoquait les prouesses de la Marine Egyptienne et pour preuve montrait..... "Le Naufrage du Jean Bart" en 1956 !!  A l'époque de la  Campagne de Suez !.Je fus enchanté de cette trouvaille, pensant déjà l'exhiber à mon retour en France pour "leur" expliquer  le peu de crédibilité à accorder à ces Dictatures. Hélas, la Police Militaire, qui fit une visite à notre tente un jour où je chargeais un camions de jerricans, un bidon dans chaque main, confisqua sans demander mon avis ce souvenir en papier.
Mais à une autre occasion, je fis une curieuse rencontre, non! ce n'était pas un animal sauvage, bien que les hyènes pullulaient comme les rats, les scorpions, et bien d'autres bestioles locales, peu accueillantes. Alors, ce sera le sujet du prochain souvenir .


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19 juin 2007 2 19 /06 /juin /2007 11:23
Avant tout,il est necessaire de lire le message suivant ecrit par Marcel Perez sur son site de Birkadem :

http://souvenance2005.free.fr/Norias/MaisonduSahel/

Birkadem - Aquarelle de Charles Pichon 1936

             

C'est l'histoire extraordinaire de l'achat d'un tableau, intitulé « scène de rue à Birkadem », que nous venons d'acquérir aux enchères, ma femme et moi, par un concours de circonstances inimaginables avec de multiples intervenants qui tous nous ont permis cette acquisition.

 

L'histoire commence par une information de mon beau-frère Philippe me disant avoir tapé sur Internet Google « Birkadem » et avoir trouvé un site intéressant de Roger Perez.

 

Curieux, je tape de mon côté ce nom de village, qui pour moi évoque des souvenirs tellement forts que je ne cesse d'y penser. En effet, Birkadem (ou Birkhadem) est l'endroit où ma femme Annette a vécu la plus grande partie de son enfance depuis le début de la guerre 39- 45, jusqu?après son mariage, où a vécu notre premier fils pendant près de deux ans, et où moi j'ai, avant de me marier, été accueilli par ma belle famille grâce d?ailleurs au frère d'Annette, Pierre, ami du lycée Gautier d'Alger qui m'a fait connaître tous les siens.

Mes beaux-parents avec leurs cinq enfants ont en effet habité la propriété Djenan Caïd El Bab à partir de 1939 jusqu'à l'indépendance, propriété qui, à l'origine, faisait 28 hectares, avec une splendide maison turque, appartenant par héritage à ma belle mère, à la mort de sa mère, Madame Arnould, le mari de cette dernière, Monsieur Charles Arnould, l'ayant acquise en 1858, d?après les documents d?archives en possession de la famille. Monsieur Arnould n'a cessé, de son vivant, d'embellir cette maison en y apportant une splendide collection de faïences de toutes origines, principalement de Turquie, en en conservant son cachet de vielle demeure et en l'agrandissant tout en gardant le style et l'architecture d'antan. Les birkadémois appelaient souvent « Djenan Caïd El Bab » la propriété Pitavy, du nom de mon beau-père.

 Comprenez donc combien Birkadem est pour ma femme et moi un mot magique qui chaque fois qu'on en parle déclenche des souvenirs nombreux et variés.

 

 C'est ainsi qu'en nous inscrivant sur le site de Roger Perez et par ricochet sur celui de son frère Marcel, et en lisant tout ce que leurs sites contenaient, nous découvrons dans les pages écrites par Georges Lévy sur les norias de Birkadem, par hasard une photo d'une aquarelle peinte par un Monsieur Charles Pichon, intitulée « scène de rue Birkadem », qui ressemblait fortement à une des entrées de la maison de mes beaux parents.

Nous n?étions pas les seuls intrigués, puisque Marcel, bien avant que je ne m?intéresse à cette peinture, avait commencé une enquête pour savoir qui était ce Charles Pichon, qu?avait il peint d?autres, bref une véritable enquête auprès de tous ceux qui de près ou de loin touchent à la peinture. Marcel, toujours grâce à Georges Levy, avait trouvé deux autres aquarelles faites par le même peintre sur Alger, et un pochoir qui ne semblait pas être du même auteur, mais aucune indication sur celui-ci.

Toutefois, toutes les recherches n'aboutissaient qu'à une impasse, le peintre étant inconnu et l'intitulé de l'aquarelle peinte à Birkadem étant des plus imprécises.

Mais Internet est une mine et tous ceux qui s'intéressent à un sujet se retrouvent à un moment ou à un autre. C?est ainsi que M. Hamza Ould Mohand, amoureux du Birkadem présent et passé, habitant lui-même Birkadem, qui parallèlement aux recherches de Marcel et Roger, faisait de son côté pour lui-même et pour les Perez, d'autres enquêtes pour reconstruire des pans de la petite histoire du village, allât observer les anciennes maisons turques de la région et indiqua alors que cette scène de rue concernait probablement Djenan Caïd el Bab ; ce en quoi il ne se trompait nullement puisque le porche de la maison que l?on voit sur l'aquarelle est l'entrée de l?escalier qui menait à la partie de la maison que nous avions occupée ma femme et moi au début de notre mariage ; ma femme a d'ailleurs ressorti une photo où elle est prise sur la première marche de ce porche.

 

Mais c'est une chose que d'être très intéressé par cette aquarelle, c'en est une autre que de se dire « j?aimerais l'acquérir », sans savoir où elle se trouve et qui la possède.

 

C'est là encore que les amis et la magie d?Internet ont agi.

N'étant pas un grand spécialiste de la recherche sur Internet, je me suis adressé à une amie, Françoise BB, pro de la « toile » et de tout ce que l'on peut en tirer. Elle a su exploiter les informations qu'avait données Georges Levy à l'origine en disant qu'il avait vu une des  aquarelles à une vente aux enchères en France.

Parallèlement, je mettais à contribution un de mes cousins, qui a été longtemps dans l'atmosphère de Drouot pour savoir s'il avait entendu parler de Pichon et de la vente aux enchères d?une de ses aquarelles. Il me répondit par la négative.

Françoise s'est mise à rechercher qui avait pu vendre un tableau Pichon et en final, elle m'indiqua qu'un commissaire priseur de Toulouse avait mis aux enchères en novembre 2006 le tableau que je recherchais.

Miracle de l?information !!!

Je téléphonais aussitôt au Commissaire Priseur, et je tombais sur la personne qui avait procédé à la vente aux enchères, celle-ci me disant que le tableau n?avait pas trouvé acquéreur. Elle me précisait que le tableau serait remis en vente au cours du premier trimestre 2007, probablement à fin mars. En fait la vente eut lieu le 25 avril 2007. Je mettais de nouveau un ami à contribution, habitant Toulouse pour me représenter à la vente et suivre les enchères à ma place en espérant que le prix d?acquisition resterait dans des limites raisonnables et au pire ne dépasserait pas ce que je pouvais mettre.

Mon ami toulousain qui aime suivre ce type de vente a su bien me représenter et a pu sans renchérir outre mesure, acquérir la toile dans la limite que je lui avais indiquée.

 

Voici donc l'histoire de ce tableau acquis grâce à une multitude de personnes qui d?Algérie (Hamza Ould Mohand) en passant par Israël (Georges Levy), le Canada (Marcel Perez) et enfin la France (les amis de Paris, Aix en Provence, St Victor Lacoste, Toulouse), sans oublier celui là même qui est à l'origine de tout, le peintre Charles Pichon, m?ont permis d'avoir ce souvenir qui trône maintenant dans ma salle de séjour.

 

Ce qui est à souligner, c'est que ce tableau peint en 1936 (date inscrite sur le tableau) revienne à la famille en 2007 alors que personne dans l'entourage de mes beaux-parents n'avait eu connaissance de son existence.

 

Comme m'a dit un ami peintre, ce n'est pas une « Grande aquarelle » ; elle est, dans sa peinture, un peu primitive mais elle a, pour ma femme et moi, un tel parfum de souvenirs qu?elle représente plus qu'un grand Orientaliste.

 

Je cite pour mémoire tous les sites que le lecteur de cette historiette pourra consulter, qui m?a permis moi-même de pouvoir vous conter les faits ci-dessus :

 

http://birkadem.free.fr/ : site de Roger Perez

http://souvenance2005.free.fr/ : un des sites de Marcel Perez

http://souvenance2005.free.fr/norias/maisondusahel

http://souvenance2005.free.fr/caidelbab.html

www.pages-tambour.com : site de Françoise Bernard Briès

www.pages-tambour/benegro.html

 

Un grand merci à tous

 

Bernard et Annette Vigna Pitavy

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Epilogue (provisoire ?)

Malgres tous mes efforts,je n'ai pas reussi a ce jour de decouvrir un brin de biographie de Charles Pichon.Je suis meme alle enqueter sur le cimetiere istraelite de Saint-Eugene,car j'avais vu que le nom de Pichon pouvait aussi avoir des racines juives.Sur le registre des inhumes,effectivement est inscrit un seul Pichon,decede en 1945,mais de prenom different.

 Ce peintre amateur certainement,qui ne figure sur aucun catalogue,aurait-il emporte dans sa tombe le secret de sa vie ? Ses oeuvres figurent pourtant sur le site :
http://www.artnet.com/artist/718190/charles-pichon.html

 

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 20:28




        Non, vous ne lirez pas dans les quelques  lignes  qui suivent une page à l'eau de rose, ou des souvenirs d'amours perdus et retrouvés, mais le récit d'un coup de foudre, celui de mon pays, l'Algérie.
Mais dans ce récit pourtant, un mystère.
J'espère le percer dans les semaines à venir et pour ne pas déflorer mon histoire ,je reste en attente d'une réponse. Et si celle-ci n'est pas satisfaisante à mon goût, eh bien! je publierai quand même l'article.
Une internaute, Monique, vient de me faire connaitre le Poète René Char. Un résistant véritable, les armes à la main, qui bien qu'en nombre suffisant, refusa à ses maquisards l'ordre d'ouvrir le feu sur des Allemands se préparant à fusiller son meilleur ami, afin que le village voisin ne subisse pas la vengeance de l'ennemi.
 René Char ne m'était pas inconnu, bien sûr, mais par paresse je ne m'étais pas efforcé de lire sa poésie quelquefois  ésotérique.
Il a  écrit pourtant cette phrase limpide à laquelle je pense sans cesse quand je veux persuader un interlocuteur de mon bon droit dans la lutte pour la vérité:
 
"Comment m'entendez-vous?
Je parle de si loin !"

Pour quand même parler d'Amour, voici un de ses poèmes ou chacun s'y retrouvera:


                  Allégeance
Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
 Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
 Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?
 
Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l'espoir et léger l'éconduit.
Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.

A son insu, ma solitude est son trésor.

Dans le grand méridien où s'inscrit son essor,

 ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.

Peu importe où il va dans le temps divisé.

Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.

Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?



René Char

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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 13:56



              Le sujet de ce tableau de Nicolas Poussin inévitablement me rappelle ces étés brulants, en Algérie, qui étaient souvent accompagnés de nuages de sauterelles !
         Mais quelle grande différence avec ce que nous avons connu dans la réalité. Avant de l'évoquer, voici comment le site ci-dessous interprète ce tableau biblique :"Les Israélites recueuillant la Manne dans le désert" .

    "Ce tableau réalisé à l'huile sur toile et de dimensions assez imposantes (149 X 200) est inspiré de l'épisode biblique évoquant l'intervention miraculeuse de Dieu envoyant de la nourriture à son peuple dans le désert durant l'exode.
 "L'éclairage qui vient frapper l'ensemble des personnages semble avoir pour origine une seconde source qui viendrait d'un spectateur situé sur la gauche du tableau. On peut expliquer cette "bizarrerie" par la façon dont Poussin préparait ses compositions : il avait coûtume de modeler en terre ou avec de la cire les personnages qu'il voulait peindre et les installait dans une petite boite ou sur une petite "scène" quadrillée, éclairée latéralement par une ouverture, et percée d'un trou pour observer et mieux comprendre l'ordonnance des ombres et des lumières sur les corps garnis de draperies ou non, mais aussi pour régler les problèmes de proportion et de mesure, de raccourci et de mouvement". Fin de citation.

On ne peut rester qu'admiratif devant cette recherche de la vérité dans les ombres et lumières. Je pourrais ajouter que Nicolas Poussin aurait pu la pousser à l'extrème en goûtant de ces bestioles !!! Mais, là, je fais fuir le lecteur ou la lectrice !!
Du point de vue culinaire, c'est un fait que des sauterelles accomodées avec des dattes sont un plat de gourmet pour les Sahariens.

Un jour de vacances  d'avant 1954, mon père nous emmena à Sétif rendre visite à notre famille qui gérait la ferme. Nous voyagions dans une Hotchkiss qui avait connu de plus belles heures, vingt ans avant, mais qui restait une voiture puissante et spacieuse. La chaleur était vraiment difficile à supporter et toutes vitres baissées le vent de la course nous donnait une sensation de fraicheur. Le moteur tournait bruyamment et n'ajoutait rien au confort que son ronronnement sécurisant.
Tomber en panne en rase campagne dans la steppe des hauts-plateaux n'aurait pas été romantique. Soudain, comme dans un film le soleil se voila et le ciel s'obscurcit, mon père instinctivement ralentit et avant  que nous ayons réalisé ce qu'il  y avait devant nous, un nuage de sauterelles entoura la voiture et ces bêtes vibrantes envahirent le compartiment ! Il était trop tard pour remonter les glaces des portières.Je sentais ces bestioles aussi affolées que nous, monter dans mon pantalon ! Et instinctivement nous sommes tous sortis pour nous en débarasser, exactement comme nous entrions dans l'eau en riant quand la pluie de fin d'été nous surprenait à la plage ! La route disparaissait sous cette nuée verte et il était impossible de poser le pied sans écraser ces  insectes qui vu de près sont pourtant  superbes. Ce bruit causé par les frémissements de millions d'ailes s'ajoutait à la sensation des frôlements des pattes de ces pélerins toujours affamés, une expérience peu enviable pour des citadins. Après sans doute avoir vérifié que nous étions une  pitre pitance, ils continuèrent leur course vers des zones moins sèches. Ce que je peux certfier, c'est que ce ne sont pas nos cris et nos rires qui les ont chassées !.( Les récits , eux,  parlent toujours  des paysans qui essayent de les faire fuir au bruit de leurs tam-tam ).
Il fallut bien remonter dans l'auto, en balayer les passagers indésirables qui se cachaient partout, sous les sièges et le tableau de bord !.Mais le plus horrible fut de rouler, toutes vitres fermées, sur un tapis de sauterelles qui se faisaient écraser comme si nous étions le Char de Kali !!!
Mais quand des commandos avancés de  sauterelles atterissaient à Alger, alors là, c'était à qui les attraperait et attacherait à leur patte un fil de coton et un bout de papier au bout pour les suivre ! Les plus audacieux, bien sûr, les lachaient en classe ! Un spectacle inoubliable où nous étions pliés de rire car l'auteur  n'était jamais identifiable !
Mais en fait ce phénomène était rare dû au dépistage des oeufs dans les pays voisins qu'il fallait alors immédiatement  détruire, non pas à la  D.T.T, mais en les enterrant à la charrue.
Pour en savoir plus :
http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/5grshpr.htm

Cette lutte, la France la mena jusqu'au bout.:
"- L'incontestable transformation de steppes desséchées, ravagées par les sauterelles, ou au contraire, de zones marécageuses infestées par les moustiques porteurs de paludisme, en terres riches et fécondes, transformation qui avait fait du pays une puissance agricole... Les géopoliticiens, toujours en retard d'une information, vous répliqueront que ce fut au seul profit des colons... Vous croyez ?... Allez donc dire aujourd'hui aux nombreux propriétaires terriens indigènes, les « colons » arabes - on les oublie ceux-là - aux innombrables journaliers des douars, à tous ceux qui ont déserté une terre ingrate pour les bidonvilles urbains, que la source de revenus, importants ou modestes, que leur procurait cette agriculture, tarie de nos jours avec la disparition des merveilleux champs de primeurs, d'orangers et d'agrumes de Perrégaux et de Relizane, par exemple, n'était pas un fait positif de la présence française.(Nice-Matin-2006)".
Avec l'arrivée des américains, nous reçûmes en cadeau outre les chewing -gum et sucreries, des boites de munitions vides qui furent utilisées par les  lycéens comme cartable de format des cahiers, avec anse  ...métallique.! Moi je m'en servis pour y élever diverses bestioles, des sacarabées, des bousiers et aussi des sauterelles grasses à souhait. Un matin,  je me souvins de ce vivarium que j'avais négligé et en l'ouvrant délicatement pour ne pas perdre les habitants de cette colonie, une odeur  épouvantable me jeta en arrière, celle d'une confiture de sauterelles qui n'avaient pas résisté à la claustration.
Encore des victimes, ricochet de la guerre.
Pour me remercier de m'avoir lu, je vous invite à un restaurant thailandais que je connais pour ses spécialités.
Sinon voici une adresse d'un Chef :
http://www.comby.org/insect/recettfr.htm

Bon appétit.


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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 19:35

Coucher et Lever de soleil..

Une petite partie de l'Atelier qui avait aussi un portail au fond d'une cour donnant sur la rue de Constantine, avait été, en son temps, une écurie pour les chevaux de course et leurs attelages d'un Monsieur Socias, célèbre sur le terrain du Caroubier. Quand au voisin, un ébéniste d'origine grecque au nom musical de Triandaphilidis, c'est lui qui dans du bois rouge construisit notre librairie à la maison, qui dans mille ans comme le Veau d'Or, sera encore debout, tant ce bois était dur comme de la pierre. Au 1er étage, la petite salle fut un temps le siège de la S.F.I.O* d'Hussein-Dey qui avait nommé mon grand-père Président d'Honneur. Il y accédait par un escalier de bois, droit et raide qu'il escaladait sans peine malgré son grand-âge. Il était de la lignée des Patriaches qui marqua non seulement la famille, mais tout un peuple par sa bonté et son altruisme.
*Section Francaise de l'Internationale Ouvrière.

 Après le 5 Juillet 1962,je n’étais déjà plus en Algérie à cause de la chasse au pied-noir,mais mes parents étaient restés courageusement comme des grognards de l’arrière-garde formant le carré ,espérant organiser leur retraite en faisant front aux évenements.

Il fallait d’abord terminer les commandes de constructions métalliques, enlevées avec peine lors d’adjudications précédentes. Les dernières étant des ferronneries pour une école de Belcourt. Impossible de fermer l’Atelier sans payer aux banques les emprunts et régler les factures, et les impots. Et quel serait aussi le sort des ouvriers qui  ne vivaient que de leurs salaires ?.Alors, chaque matin, malgré les dangers des enlèvements et des assassinats dans un pays en liesse, ivre de sang, mon père venait ouvrir son Atelier.

Un jour non éloigné, s’approchant de la grande porte de fer, il vit une affichette collée à la tole du portail :” Bien Vacant”. En quelques lignes, mon père était une nouvelle fois dépossédé de son oeuvre, exactement comme sous Vichy en 1941, et cette fois sans espoir.

L’Usine passait sous la coupe du F.L.N. Cette confiscation explicite signée du nouveau Préfet algérien, ne laissait plus de doute sur notre avenir. Il ne restait plus qu’à remercier le Ciel d’être encore vivant, et  de plier bagage. Le Comité populaire des ouvriers arabes qui eux n’avaient pas le choix, supplièrent mon père de rester en lui proposant d'être leur “Directeur Technique”.
Comme plus personne des forces de l’ordre  françaises,
encasernées, n’était là pour le protéger dans ses déplacements en ville et dans les faubourgs en fièvre, il commença à constituer pour le  Consulat de France, des dossiers du fruit du labeur de son grand-père, de son père et du sien comme le conseillaient les officiels qui avaient signé les Accords d’Evian. Est-ce utile de rappeler, que ces accords à peine contre-signés, se diluèrent dans la méditerranée, et avec eux se noyèrent nos espoirs.

Toute une vie s’écroulait.

Il fallut faire un dernier adieu aux morts des cimetières de Sétif, de Mostaganem, de Saint-Eugène, et aux vivants : les ouvriers en larmes; tourner une dernière fois dans les bureaux et les salles de l'Atelier, puis revenant à la maison embrasser de la fenêtre du salon la vaste vue du port, sélectionner les objets qui chacun avait son histoire à raconter, arroser le bougainvillier du balcon, fermer le robinet du gaz, et laisser derrière eux 130 ans d’amour. .

Six ans après, (je ne sais comment cette coupure de journal lui était parvenue ),”Alger Républicain” alors encore autorisé, publiait en première page la photo du “Walli” d’Alger, inaugurant la …réouverture de la SIATEM , cette fois sous la direction de  “ l’Ingénieur Muniésa” !!On y voit les "Officiels", à côté du nouveau Directeur photographiés glorieusement devant un grand tableau de disjoncteurs électriques "Petercem" dont je me souviens encore de l'installation par mon pére .  Malgré toutes mes recherches à distance sur Internet, je n’ai jamais plus retrouvé trace de cette usine qui avait dû une nouvelle fois succombé sous la pression de ses “libérateurs”. D'après une photo satelitte, il me semble que des immeubles ont été bâtis sur ce terrain.

Le soleil s'est couché engloutissant dans la mer toute une vie de labeur, de joies et de peines.

Depuis longtemps maintenant, patron et ouvriers sont morts, mon père des soucis d’une vie de combat à travers ce champ miné que fut l’Algérie, les ouvriers rapatriés en France de chagrin, et ceux restés enAlgérie de misère.

Mais j'ai encore le souvenir ineffaçable de l'optimisme qui a guidé mon père qui avait espéré jusqu'aux derniers jours une fin digne de la France, notre mère à tous.

Aujourd'hui, à chaque lever de soleil, où que je sois, je ne peux m'empêcher de revoir cette aube magique qui dorait Alger et éclairait en lumière rasante toute la ville avant de la blanchir pour un jour de bonheur.

 

Epilogue:

 

C'est un mot qui n'existe pas dans notre lexique. Il ne peut avoir d'épilogue dans l'Histoire en marche. Seulement, comme mon grand-père qui avait fait le choix de sortir d'Alsace pour rester Francais et était venu s'établir en Algérie, moi après mon passage à Paris, ai décidé un jour d'Embargo en  1967 de monter en Israel, non pas pour poursuivre un combat comme le lecteur pourrait le penser, mais pour vivre librement suivant  l'éducation  reçue de mes parents et de mes maitres à Alger, une éducation républicaine toute d'amour et de respect.

Le Chat, que j'avais oublié sur notre Tapis Volant et qui s'est passablement ennuyé, mais poliment a  écouté ces vingt courts souvenirs :

-Je voudrais rentrer à la maison !!

Alors , Adieu Alger ?

Mais non, ce n'est qu'un au revoir, mes Frères...

 
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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 17:30


         Le fils du Patron .

L'atelier de mon père aurait pu être celui d’un photographe,d’un homme de lettres ou d’un musicien , (il avait toutes ces qualités) ,mais c'était  un lieu bruyant où des constructions métalliques  et électriques compliquées  naissaient sous ses doigts d’Ingénieur..
Je le suivais des yeux tôt chaque matin,de notre fenêtre de la rue Sadi-Carnot,jusqu'au carrefour de l'Agha. Là, il rencontrait mon oncle qui venait du Bd Baudin,et je les imaginais cachés par le Maurétania, déambulants sur le pont qui enjambait les voies ferroviaires, passant devant le magasin de pêche de Curci,et les revoyaient enfin descendre la rampe menant au garage Veuve et Pérez. Et là papa commencait la journée par sa gymnastique matinale:enfiler la manivelle par le trou de la grille du radiateur et en quelques tours heureux faire toussoter et démarrer enfin ce moteur Citroen de 15 cv fiscaux. Rouler sur la route moutonnière presque vide et respirer l'air marin, toutes vitres baissées, c'était la récompense de l'effort. L'écume blanche qui ourlait chaque vague de cette mer bleue ou verte suivant le vent, c'était celle que  Deshayes a immortalisée dans ses tableaux, peints à la hauteur du Hamma et de la plage des Sablette. Attention, il ne fallait pas manquer le passage à niveau et tourner à droite, sans peine d'etre obligé de continuer tout droit vers le Caroubier ! La rue de Constantine, elle, était déjà animée par les ouvriers qui allaient au travail et les livreurs...
Arrivé à la hauteur de la rue Boensch, tournait au coin du Café de La Pergola, et juste en face de ce que fut longtemps le domaine du forgeron, mon père poussait le portail de la "S.I.A.T.E.M." , la  “Société Industrielle d'Applications Techniques Modernes". Celà aurait pu être aussi le siège de Bouvard et Pécuchet*, un mélange de génie, et d'imagination sans fin, sur un fonds d'échéances toujours menacantes!.

Mon instruction primaire dans mes jeunes années fut originale, elle était partagée entre  la classe laique obligatoire, et celle des leçons de choses que je vivais dans les moments d'école buissonière. Les buissons étaient alors les machines de l'atelier qui me fascinaient et les hommes qui les conduisaient.
* Héros du Roman de Gustave Flaubert.

  La Menuiserie

Attia était un menusier trappu, toujours en tricot, d'ou s'échappaient des poils gris, un crayon plat coincé sur son oreille, enveloppé de copeaux que la raboteuse jetait avec un grand bruit du madrier plein d'échardes qui lentement sortait lisse et blanc comme un marbre. C'était un ancien prisonnier de guerre  mais qui n'en parlait jamais. Dans un tonneau, des déchets de bois de toutes sortes, et là j'y trouvais des baguettes de frêne dures et souples à souhait pour m'en faire un arc. Après qu'il me mit à l'écart de la couroie de cuir qui sifflait en entrainant la lame du rabot, il me tailla aussi une flêche et mesurant  la baguette ,se mit à éclater de rire, exactement 69 s'écria-t-il, et comme je ne comprenais pas la raison de cette joie subite, et en lui demandais mais en vain  l'explication, il me rendit mon jouet, me tourna le dos et se remit  à son travail pour se débarasser de moi en s'écriant : quand tu seras grand, tu comprendras.
Il n'était pas payé pour compléter l'instruction si vile du fils du Patron.

   Le Magasinier

C'était un endroit sombre et inacessible, grillagé, dont seul Guedj avait la clef.
Un athlète que cet homme qui ne voyait pas souvent le soleil, et ne parlait qu'à travers son guichet. Mais moi, j'avais mes entrées.
C'était un paradis d'outils, un magasin du Far-West, mais qu'on ne pouvait obtenir qu'en échange d'un jeton numéroté  à rendre avec l'ustensile emprunté. J'en étais dispensé. Comme ma flêche en bois n'était pas assez pointue pour s'enfoncer dans une cible, je sortis d'un emballage métallique une électrode,

longue, lourde et couteuse, qui une fois affutée à la meule, me semblait idéale. Il ne savait comment la noter sur son livre de sorties, je sentais qu'il n'appréciait pas ce gaspillage. Je le remerciais en lui tendant ma main, et il me la brisa presque de sa battoire de boxeur.
Pourtant c'était un homme doux,qui se transformait en infirmier lorsque un ouvrier venait se faire panser une entaille, ou l'accompagnait au médecin du travail,                                  le proche Docteur  Chaouat dans les cas les plus graves.


    Le Contre-Maitre

Emile Hadaj, un maison-carréen, régnait sur l'atelier. C'était une sorte de "Maitre Jacques" de l'industrie. Il savait régler la plieuse à rouleaux pour faire d'une tôle plate, un tube au diamètre exact, en quelques passes. Mais ce n'était rien à côté de son savoir faire à construire une vis transporteuse à monter le grain. Il avait à la fois les qualités de projeteur, de chaudronnier et de soudeur à l'autogène ou à l'arc électrique, qui malgré le masque  mais avec les années lui avait blessé la vue. Quand il me vit à la hauteur de la meule et attaquer ma flêche d'un mauvais angle, j'étais forcement trop petit, il me la saisit des mains en me grondant doucement, m'expliquant que d'un faux mouvement je pouvais faire éclater la pierre tournante à grande vitesse  et la transformer en une bombe meutrière. C'est lui aussi qui m'enseigna comment affuter une mêche à percer, et lui redonner son angle d'attaque. Ce détail qui  a dû vous faire sourire est la base d'un bon ouvrier. Il était à la fois un conseiller et réalisateur précieux, l'âme de l'atelier. Une partie de la famille en somme.
Une année inoubliable, mon père acheta aux enchères un tracteur Catepillar "D8" tombé à la mer par une erreur de grutier. Cet engin monumental  que le séjour en eau salée avait réformé, fut démonté entièrement par Monsieur Emile, et après quelques changements de piéces et de mois de travail, il réussit à remettre le tracteur en route.


   Le Chat Grisou .

Ce chat d'usine, au pelage gris, venait rendre chaque matin une visite intéressée en empruntant les escaliers de bois pour grimper au 1er étage, se frotter au  pantalon de mon père, signe pour le patron qu'il lui fallait ouvrir le tiroir de son bureau et en sortir..le tube de lait condensé...Quand mon arc fut prêt, j'allais dans la cour, choisisant un endroit écarté. Je bandis le bois de toutes mes forces, en hauteur, comme dans Ivanohé et lachait le trait qui monta en une superbe parabole que je suivais de mes yeux orgueilleux. Arrivé à mi-hauteur, je vis juste dans sa trajectoire, mon chat Grisou, mon préféré, qui se léchait les pattes et baillait comme un Mexicain au soleil. La flêche pointue s'écrasa sur le sol en se tordant à deux pas du chat qui fit un bond olympique. Mon coeur battait très fort, j'étais presque devenu un assassin  (sans préméditation). J'avais frôlé les manchettes des journaux.

   L'Electricien.

Muniésa je crois, avait dû naitre avec sa pipe, tant elle lui allait bien sous moustache d'hidalgo républicain. Pour moi, c'était une légende vivante et j'écoutais bouche bée le récit de ses aventures. Je pilotais avec lui les avions russes de la guerre d'Espagne, ces  fragiles chasseurs russes biplans "Polikarpov" qui comme les "Stukas" allemands essayèrent leurs ailes avant la grande déflagration. Entre deux bouffées, il débobinait un moteur électrique qui avait brulé. Le fil de cuivre était rare et cher, et il fallait le récupérer. Quand du travail lui manquait, il n'hésitait pas à faire tourner la bétonnière, et en fin de journée, avant que le béton ne sèche trop, je le voyais s'accroupir dans la gueule de la machine, et à coups de marteau et de burin, décoller le mélange de ciment et de gravier. Mais son oeuvre d'art, fut sans doute le bobinage urgent d'un énorme moteur électrique, la commande était importante et il en allait du renom de l'atelier. Le stator, la partie fixe n'était pas bobinée que de fil de cuivre, mais faite aussi de lamelles qu'il fallait enfoncer de force, mais avec prudence, dans des encoches isolées. Il faut vous dire que lorsque ce moteur arriva grillé et sentant le vernis brûlé, la famille se mobilisa pour aider à sortir les lames de cuivre noircies par le feu, et à les nettoyer de leurs gaines de coton.
C'était le côté manuel de l'affaire.
Mais le dimanche, mon père dessina sur une longue rame de papier à genoux dans le couloir, et en 3 couleurs pour les 3 phases, le tracé du rebobinage, et le schéma des connexions pour Muniésa.. Un travail qui me rendait fier, et qui me faisait oublier l'excursion traditionnelle et dominicale en forêt de St Ferdinand. 

Au milieu de la semaine, comme les invités qui attendent la mise en eau d'un barrage,  tous les ouvriers vinrent assister au démarrage à vide de ce monstre.
Avec un rugissement qui fit trembler le sol de ciment, le moteur démarra dans un nuage de couleur blanche et une odeur de choux brulé. Muniesa s'élanca vers  le tableau de l'interrupteur à couteaux du courant , et les larmes aux yeux, atterré, il regarda le moteur se calmer. La bête était morte d'un court-circuit. La traduction du francais à l'espagnol avait dû faire un contre-sens. Tout fut à refaire. Mais la semaine suivante, le moteur rebobiné et rutilant de sa peinture neuve, fut livré à temps. L'Espagne républicaine avait perdu la guerre, mais pas cette bataille.  

    Les Tourneurs .

La salle des tours était l'orgueil du Patron. Comme dans un conte, ils étaient 3, un petit très moderne, pour les piéces de précisions, un moyen pour les pièces lourdes, et le troisième, au bâti très long, avec un mandrin de grand diamètre pour mordre les jets de métal les plus larges. Derrière son tour ancien , mais toujours propre et bien huilé,le père Terrasse, un gros homme déjà fatigué et au visage couperosé, bloquait  l'outil tranchant avec une longue clef à molette. L'angle de coupe, il le réglait mentalement, si confiant dans son expérience d'artiste en objets circulaires. Il était peu loquace avec moi. J'avais un peu honte de le voir triste,  debout toute la journée à faire avancer le chariot mobile et à découper des volutes brulantes de métal comme si elles se tordaient de douleur en sortant à la pointe de l'outil. Avec son grand tour noir qu'il maneuvrait avec amour et dont il créait des merveilles, il me faisait penser à ces vieux soldats qui faisaient mouche avec des fusils au canon ovalisé et usé par les tirs.  Le jour où il mourut,mon oncle nous dit en épitaphe, que cet ouvrier était si habile de ses mains rugueuses, qu'il était capable de rectifier un piston à la lime fine.
Dans un coin bien propre une fraiseuse, une Van de Velde, de couleur vert tendre, presque neuve. J'admirais toujours avec curiosité la fraise tournante sous le jet de lait blanc de refroisissement, mordant la roue de fonte brute, pour en y creuser des chevrons et la transformer en engrenage. Une fois la course du plateau réglée, les manivelles tournaient d'elles-mêmes par enchantement et le travail se faisait presque automatiquement, sous les yeux attentifs du fraiseur. Ouadah avait alors du temps libre qu'il employait à faire des clownneries et à narguer le vieux père Terrasse. Une fois même,pour l'exaspérer, ne trouva pas mieux que de dégraffer  son pantalon et lui montrer son séant,qui était le négatif de son caleçon..!

Lorsque le petit tour à décolleter était libre, je calais une pièce de bois et je m'essayais à tourner un pied de chaise enchanté par la fausse facilité, mais lorsque j'arretais le moteur, je ne voyais qu'une pièce rugueuse et mal proportionnée.
Ouadah qui s'inquiétait pour sa machine de précision, n'oubliait pas de me demander de bien tout nettoyer, les glissières, comme le plateau, avec un pinceau. Une fois, je vis son savoir faire en action. Il tournait un espèce de cône bombé dans un gros bloc de fonte d'aluminium, une "aiguille" qui devait régler le débit d'un courant d'eau sous forte pression. Cette pièce brillante, parfaite et hydrodynamique aurait pu être exposée au Musée d'Art Moderne.Mais, Ouadah mon ami, avait d'autres talents cachés: pendant les heures supplémentaires, il  travaillait à son compte, ou plutôt pour celui des poseurs de bombes en  fabricant des engins mortels. C'était du moins ce qu'avait rapporté la police à mon père, après que Ouadah eut subitement disparu de son lieu de travail, fin 1960...

   Le Modeleur

Monsieur Gasco, en blouse grise, le cheveux lisse et déjà rare, avait une maison de fonction, un petit logement qui servait ainsi de conciergerie. Mais son métier était celui de maquettiste: il réalisait pour les envoyer à la fonderie, des moules en bois vernis, qui étaient la copie exacte d'une pièce brisée et introuvable. Séparé du bruit des machines, à l'étage supérieur, son bureau était encombré d'outils de dessinateur, mais aussi de mesure. Des palmers pour mesurer au micron près le diamètre des axes, ou des pieds à coulisse de toutes tailles pour vérifier les longueurs, et aussi des compas balustres, des équerres, tout un attirail de crayons, de gommes qui m'enchantait. Mais chez lui, pas question d'y pénétrer seul! Sur des étagères, des demi-coquilles de bois, des moitiés d'engrenages et de poulies attendaient l'expédition à la fonderie.
A temps perdu, il peignait de petits tableaux naifs , à l'huile.Ce devait être un homme heureux,il vivait dans son art.

  Le Maneuvre.

 Le vieux Madani est,
 Depuis que je le connais,
 Le meme homme agé,
 Qui ne change pas au fil des années.
 Sa chéchia un peu de coté,
 La moustache blanche et éffilée,
 Les petits yeux perdus dans sa figure ridée.
 Il se lève,lorsque mon grand-père parait,
 Lui tend une main tremblante.
 Les deux vieillards sont ensemble.
 L'un est ouvrier,l'autre Directeur,
 Mais tous deux ont vécu les memes heures.
 L'un est pauvre,l'autre propriétaire.
 Dirait-on maintenant,l'un est colon,l'autre prolétaire.
 Mais jusqu'à ces derniers temps,malgrès son age incertain,
 Le vieux Madani gagnait son pain quotidien,
 Et matin et soir,mangeait à sa faim.
 Quand un mois de juillet,au beau milieu de l'été,
 L'usine,par l'arret d'un préfet,fut fermée.
 Le vieux Madani recut une nouvelle citoyenneté,
 Mais il en est mort,affamé.

  .
(Epilogue à suivre).

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 09:28







Aveux à vous...


Il est temps que je vous fasse un aveu: je ne savais pas,
ne sais et ne saurai probablement jamais monter à bicyclette!!...
J'ai certes appris à nager sans bouée,
ai affronté les vagues, et même failli me noyer, tout  seul dans une mer méchante à Miramar en direction du Grand-Rocher,
me suis trouvé, plus d'une fois, vis-avis d'une murène peu avenante,
 ai fait des glissades imprudentes avec des patins à roulettes sans frein,
ai conduit des voitures, quand mes yeux dépassaient tout juste le volant,
ai rempli de bourre de coton, d'alcool et de bouts d'allumettes des pieds de chaises pour en faire des canons,
ai fondu, sur le feu de notre cuisinière à gaz, des ampoules électriques pour jouer avec la pâte de verre,
démonté des balles pour en brûler la poudre noire,
fais avec une batterie de l'électrolyse de l'eau simple pour en séparer l'hydrogène et l'enflammer dans un tube à essai,
ai tripoté, pieds-nus, des postes de T.S.F et me suis électrocuté maintes fois,(ce n'était à l'époque que du 110volt !),
ai aiguisé des pointes de flêches de mon arc sur une meule tournant à grande vitesse,
coupé du bois avec une scie circulaire,
manié la gouge tranchante du menuisier,
mais  le plaisir de la bicyclette à dix ans m'avait été interdit par mes parents comme trop dangereuse en ville, à cause de la circulation très dense de notre rue Sadi-Carnot et ainsi ne put en faire l'apprentissage !!.
Celà ne veut pas dire que je n'ai jamais employé ce moyen de locomotion, car, à l'âge de 3 ans et demi, j'étais confortablement assis dans un siège en osier fixé sur le porte-bagage de la bicyclette paternelle, quand nous allions, aux Sablettes, respirer l'air salé, à côté de la route moutonnière, et nous frotter au goudron des galets...
Je me souviens de cette bicyclette, une "routière" dont le haut des roues était protégé par un espèce de filet pour que les vêtements ne se prennent pas dans les rayons. Au retour, Papa poussait un peu la bicyclette de mon grand-frère fatigué, tandis que Maman devançait le peloton avec le cabas ficelé sur son vélo.
Cette route moutonnière doit son nom logiquement aux troupeaux de moutons qui devaient, dans le temps, converger de Maison-Carrée vers Alger jusqu'à leur triste sort au Hamma.

Mais cette ancienne voie, qui longe naturellement la mer, est presque toujours balayée par le vent d'Est qui soulève des vagues courtes et moutonneuses tout le long de la baie.
Des vagues  d'un bleu foncé ourlé de blanc  que le promeneur ne se lasse jamais d'admirer en rêvant, les yeux vers la ligne d'horizon. Les peintres orientalistes ont souvent posé leurs chevalets à la hauteur du Jardin d'Essai  pour peindre la baie.

Ainsi Douglas Mac Leod, Henri Petit, Girardet, Courdouan,
Reynaud et bien d'autres .
Ma tante Suzanne Meyer avait fait un superbe tableau à l'huile de la méditerranée toujours un peu agitée à cet endroit, et dont les rouleaux venaient mourir sur les graviers. Cette toile, large comme un panorama maritime, ornait notre salon algérois.....
Dans les années 50, cette route fut choisie pour  une course  de bolides " Les 3 Heures d'Alger" . Ce fut un grand évenement sportif que mon frère et moi, passionnés de voitures, ne voulûmes pas manquer et nous fimes pedibus jambiscumque, un assez long trajet, pour, derrière les bottes de pailles, voir ces Ferrari et Maserati passer sous nos yeux comme un éclair ! Comme il n'y avait pas de tribunes et étions de plein-pieds avec la route rectiligne, sans recul, les voitures à peine en vue au bout de la route disparaissaient déjà dans un bruit de tonnerre !
Et flottait cette odeur caractéristique du mélange riche que ces moteurs brûlaient. La chaleur était insupportable sur le terrain sans ombre, mais nous étions de jeunes enthousiastes insensibles à ce manque de confort pour voir de près et caresser, en fin de course, les carosseries multicolores de ces voitures de rêve.
Mais ce souvenir n'est pas perdu: à cette occasion nous avions étrenné une caméra très simple, dont il fallait remonter le ressort entre chaque prise de vues ! Un film en couleur de format 8 m/m d'une durée de deux minutes  a fixé maladroitement, mais pour l'éternité,  le passage éclair de ces voitures. Il dort en lieu sur, avec le tableau-marine, et avec d'autres films et photos, et même un enregisrement d'une émission de radio pirate. Ils n'ont jamais revu vu le soleil depuis l'exode pour la raison que chaque jour prétendait être plus urgent que le  précédent et ainsi traine depuis presque 50 ans un trésor  dans une cave, que je ne suis pas pressé d'ouvrir !!
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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 08:30







Marinade..

Avec toutes ces belles photos de Jacqueline sur la Madrague,
il m'est revenu un souvenir de cette plage très fréquentée.
J'y allais souvent seul en autobus qui partait de la Place du Cheval.
Mon cousin avait acquis une toute petite barque, qui avait la particularité d'être construite en bordés d'acajou, au lieu d'être peinte de couleur vive, comme ses soeurs qui dansaient toute la journée dans l'eau transparente du port.
Elle était vraiment attirante avec ses boiseries vernies et son acastillage de laiton brillant. Voilà que je parle comme un spécialiste des choses de la marine !

L'équipait un moteur hors-bord de modeste cylindrée fixé sur l'étambot , et  dont la mise en marche dépendait vraiment de son humeur matinale. A défaut, il nous faisait les muscles des bras quand il fallait tirer énergiquement la ficelle qui entrainait sa poulie, mais le toussotement suivi par le ronronnement était une vraie récompense. Un autre petit inconvénient auquel nous n'avions pas fait trop attention au début, était le bain de pieds qui nous attendait chaque fois que nous nous asseyons dans la barque: après tout ce n'était que de l'eau de mer, chose naturelle même dans les cales des plus grands paquebots. Le vendeur l'avait averti: le calfatage a été refait récemment et le bois des lattes doit se gonfler au contact de l'eau et assurer ainsi son auto-étanchéité, comme les douves d'un tonneau. De toutes les façons, la barque, outre ses deux rames, était munie d'un seau, très utiles : les unes en cas de grêve de moteur, l'autre en cas d'inondation. L'avantage était qu'en cas de nécessité  de sabordage, il n'y avait pas à ouvrir  un bouchon de secours :il suffisait de s'arrêter d'écoper.
 Pourtant, sans trop m'éloigner du rivage, j'ai gouté à la liberté de la navigation dans les eaux libres, seul maitre à bord après Dieu . Assis à la poupe et serrant fort le gouvernail, virais contre le soleil, me laissais griser par l'écume qui giclait et me trempait, comme un marin aguerri, dans cette odeur de sel purifiante, la barque plongeant son nez dans les vagues pour mieux se cabrer ensuite. Passant en revue la ligne éloignée des baigneurs qui n'avaient pas la chance d'être comme moi à la fois dauphin et mouette !!.
De brefs instants de bonheur inoubliable que je respirais à pleins poumons..La mer changeait de couleur, du vert  clair au bleu outremer, suivant que je passais au dessus de fonds de sable ou de rochers moussus .
 La rentrée au port était solennelle. Je diminuais les tours du moteur, inquiet en vue du phare, pour ne pas rater la passe, et, lentement, j'accostais  le long du quai avec la feinte indifférence d'un vieux loup de mer.  La semaine suivante, nous étions revenus en groupe, et cette fois en auto. Nous étions déjà en maillots, prêts à appareiller, lunettes de soleil, boissons, les pieds nus sautillants sur le quai de ciment surchauffé en cette belle journée d'été.
En nous approchant et évitant de gêner les pêcheurs assis les pieds ballants, et leurs lancers d'hameçons au "broumitche", nous n'avions pas remarqué tout de suite l'absence de la barque, ancrée à sa bouée une semaine auparavant. Il n'y avait que des canots de couleurs pimpantes qui s'entrechoquaient dans des clapotis qui me faisaient venir l'eau à la bouche d'une promenade prochaine.

Nos yeux écarquillés ne voyaient dans la darse rien de semblable à de l'acajou, et accusions déjà un éventuel voleur, lorsque je vis près d'une bouée orpheline, mais sous quelques mètres d'eau limpide, notre barque penaude, dont la silhouette tremblait au grès des rides, attendant patiemment que son bois gonfle, comme l'avait expliqué ce filou de vendeur, mais qui n'avait pas précisé combien de temps....

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 16:45
   


    

        Un fin duvet....



C'est décidé. Ce Jeudi après-midi de printemps, j'irai au rayon des jouets des Galeries de France.
Sans un centime en poche, mais seulement pour y admirer le voilier en bois que je rêve de faire naviguer sur le grand bassin du Parc de Galland.
Je me sentais encore un enfant , malgré un fin duvet qui commencait à orner ma lèvre supérieure. Comme d'habitude,  je marche à pas rapides, je connais le trajet par coeur, mais ces sacrées chaussettes hautes dont ma mère s'obstine à me munir, glissent tout le temps, malgré les élastiques qui me coupent les jambes et comme un héron en équilibre sur une patte, je dois les remonter l'une après l'autre tous les cent pas .
La rue d'Isly ombragée est bruyante et sur les trottoirs se mêlent les landaus de mères précautionneuses, des flanneurs âgés, et des acheteurs en quête de bonnes affaires.J e voyais déjà se détacher au loin ce qui aurait pu sembler être le stuc d'un musée ou d'une Mosquée, lorsque vint à moi une apparition gracieuse, un visage fin aux yeux noirs soulignés de bleu pastel, un voile transparent brodé d'or cachant à  peine des joues maquillées. Au risque en me me retournant d'être transformé en statue de sel*, je voulus revoir cette apparition fugitive, et ne vis que le dos d'une silhouette altière, chaussée de talons hauts et d'un bracelet d'argent à une cheville fine, qui laissa dans son sillon une mystérieuse odeur de musc. Je restais sur place, surpris par cette image comme sortie d'une exposition orientaliste, et une bouffée de chaleur empourpra mes joues . Je poursuivis ma promenade comme un automate, mais le rayon de jouets brusquement ne m'interressait plus, occupé seulement à conserver vive cette vision merveilleuse qui allait meubler mes nuits...
C'était pour moi le mystère de l'Orient dans toute sa beauté, que je venais de croiser et après tout, bien au fond de la rue d'Isly, la Casbah n'était pas si loin, mais je n'osais m'y aventurer qu'en rêve...Après tant d'années, j'envie encore ces peintres qui ont
peut-être eu cette jeune femme comme modéle de leur odalisque..    


*Comme l'est écrit dans la Bible sur l'aventure arrivée à la femme de Loth, qui dans sa fuite, malgré l'interdiction, se retourna !. Sur les rives de  la Mer Morte, dans les collines riveraines de Sdom, on peut distinguer (avec beaucoup de bonne volonté !) une statue taillée dans la roche friable par l'érosion...


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Published by georges - dans souvenirs
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