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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 12:18









     Si-mca 5 m'était contée...


Pour moi, dans juste l'après-guerre(la Deuxième), la Simca-5 était la voiture la plus petite que je connaissais. Avec ses deux portes, un beau radiateur chromé et sa roue de secours plantée à l'arrière, elle était une voiturette  toujours luisante puisque c'était celle d'un cousin qui la bichonnait amoureusement, essuyant les grains de poussière qui avaient eu l'audace de se coller à la peinture polie pendant le trajet entre le garage et son bureau. Dans les tournants, sortait de la carosserie comme un nez de Pinocchio pour indiquer les changements de direction.
Mais, j'en connus une autre, bien différente, quoique du même modèle. Et même je peux me vanter de l'avoir conduite à l'âge de dix ans, sans  défier la Loi.
Dans une rue de Sétif, je ne risquais pas d'excès de vitesse, je roulais au pas, serrant dans mes mains les rênes d'une bonne jument grise qui traînait  la carcasse de la Simca, allégée de son moteur et même de son pare-brise dont la visibilité était en partie masquée par la croupe ondulante et la queue fournie de  cette gentille pouliche. C'était une voiture devenue traction-avant et super-écologique avant son temps. Ni volant, ni freins, ni changement de vitesse et surtout pas de marche-arrière ! Impossible de se tromper, il fallait seulement savoir claquer de la langue et  connaître le language des guides en cuir pour faire un tour dans la rue du Dr Gautier, près du marché aux moutons, encadrés par les joyeux yaouleds enchantés
de s'agripper au pare-choc arrière. Et même, je vous vois venir, cette jument en promenade savait se retenir, car elle savait que le chauffeur était à l'air libre et même, gentillement de temps à autres,  lui chassait rapidement de ses longs crins les mouches du visage, un coup d'éventail bienvenu dans la chaleur de l'été.....




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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 19:43
Sdérote est une petite ville du Néguev en Israel



Vite un crayon et du papier,
Pour y dessiner mon rêve éveillé :
Une treille qui me voilerait le soleil,
A l'ombre  de ces grappes sans pareil .
Laissez-moi écouter ce silence vermeil
Assis sur un banc, les mains sur mes oreilles,
Et m'évader des bruits, des nuits sans sommeil,
Laissez-moi fermer les yeux, écouter les abeilles,
Entendre babiller la nature et ses merveilles,
Car ici  même les oiseaux se sont envolés de Sdérote :
La ville est devenue semblable à une nature morte,
Des maisons basses, des rues vides et tristes,
Et aussi des murs brûlés à l'aspect sinistre.
Même les plus petits savent compter jusqu'à dix :
Dix secondes pour trouver un abri factice,
Ou s'allonger sur le sol, les bras sur la tête,
Dix secondes de sursis avant qu'à l'aveuglette
N'explose une salve de fusées dans la  ville .
Sept ans de calvaire  d'une  population civile.
Qui aujourd'hui encore croit en un avenir fertile.


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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 11:14









Composition Francaise

Le Jardin d'Essai à Alger,
A été créé sur une zone de marais,
Dite le Hamma, près d'Hussein-Dey,
Pour acclimater et croiser les fruits des vergers,
Qui allaient faire de l'Algérie vide un pays renommé.
Un jour, en classe de sixième, mon professeur Chiaporée
Un homme charmant chargé de nous enseigner le rosa, rosae
Sans les épines, mais d'une voix claire et empreinte de bonté,
En fin d'année, nous demanda en classe de Français
De composer une rédaction sur notre sujet préféré.
Le Jardin d'Essai, ma promenade enchantée
Fut sur le champ une aubaine inespérée.
Je choisi un crayon vernis et bien taillé,
Une rame de feuilles vierges comme la forêt,
Et me mis à griffonner sur le papier ces heures émerveillées
Quand je prenais, à l'arrêt du Moulin, le bruyant  tramway
Qui s'arrêtait pour moi devant la grille ouverte de ce palais.
Avant d'entrer, achetais un cornet de cacahuètes salées,
A côté du guichet où la vieille femme vendait les tickets.
Avant même d'approcher de la grande serre vitrée
Qui abritait ces grands oiseaux qui jacassaient,
Voici une cage minuscule au grillage doré ,
Qui pour moi valait à elle seule, ce long trajet d'été :
Un petit singe Ouistiti, aux yeux cernés,
Une miniature d'homme avec des oreilles duvetées,
M'attendait en tendant à travers les barreaux sa paume plissée,
Me demandant d'un regard inquiet si j'avais oublié ses délices préférés. 
Et vite, j'ouvrais pour lui ce tiède cornet de papier !
J'aurai tant voulu le prendre dans mes bras, caresser sa tête et son nez ,
Sa longue queue panachée, qui n'avait rien où s'enrouler,
Ce captif blanc et noir prisonnier de sa beauté,
Qui a du mourir de faim , quand Alger s'est vidée !.
Plus je remplissais des pages, que je froissais et jetais au panier,
Cherchant la perfection sans jamais m'y rapprocher,
Dans mon orgueil enfantin d'obtenir une note élevée,
Et plus je voyais la date de mon devoir expirer.
Et un samedi dus mentir d'une manière effrontée,
Prétendant qu'à la maison, je l'avais oublié.
Car j'avais trouvé sur les rayons de mon père cultivé
Un ouvrage savant sur les arbres, en images illustré,
Et m'en servit des noms pour décrire ce Jardin d'Essai,
Qui remplirent mes pages de couleurs et d'odeurs imaginées,
De Magnolias, de Fuscias, de Bambous verts et de fleurs carnées :
Un vrai feu d'artifice silencieux au coeur de ce bel Alger.
La date et le sujet soulignés, en fin du mois de Mai,
Sur la table du Maitre, posais un matin mon trophée.
Hélas, les bulletins de notes déjà étaient encrés,
Mon Jardin d'Essai déjà fané sur la table magistrale gisait,
A côté de la boite à craie, et je crois même qu'en fin de matinée,
Dans la joie de la fin de l'année, comme mon cher Ouistiti, il fut abandonné .

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 17:05
     

        

        



    Mois de Mai

Mois de Mai ,joli mois d'aimer,
Qui nous offre déjà un congé,
Au premier jour qu'il est né,
Il sera toute notre vie à Alger,
Le jour des  treize mais:
Mets le Képi au balcon, et fais leur un grand V.
Mais comment  voulez-vous être mangés ?
Mes chers citoyens, qui semblez si gais !
-Mais, nous ne voulons pas être dévorés !
Mais à quelle sauce, avec du piment frais ?
-Mais nous, nous voulons rester à Alger !
Mais je ne crois pas que vous me comprenez !
Et que nous parlons du même sujet.
Mélangez-vous,embrassez-vous tant que vous voulez
Maison-Blanche bientôt vous sera fermée,
Mettez de la bonne volonté et  cessez de crier,
Si non,  j'envoie la troupe pour vous persuader,
Mais ce ne sera qu'un court moment à passer .
Et à votre tour de souffrir et de larmes verser,
Car à mille kilomètres personne ne vous entendrait.
Mésentente, mépris et méchanceté,
Mélodrame en Méditerranée,
Mes enfants et mes sillons, mes médailles,
Médecin des âmes, mea-culpa,
Mélodie horrible du mois des mais,
M'efforcerai de ne rien oublier,
Mégot jeté dans la rue ,
Maison close.
 
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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 09:37







   L 'Ancien Monument aux Morts des Francais à Alger



Jacques m'a envoyé une photo étrange:
Au bas du Monument aux Maures,
Un trou béant, un refuge pour une mésange.
A travers le voile de béton brisé,
A travers l'armature de fer rouillée,
Je peux voir le Monument des Morts,
Ceux de la grande Guerre,
A la gloire de ces soldats,
Qui pendant l'été et l'hiver,
Dans la mortelle pluie de fer ,
Assommés dans leurs cagnas,
Ou asphyxiés de gaz délétères,
De la turpitude nous sauvèrent.
Je me penche sur cette fenêtre,
Je crois entendre les cris des mourants
Ensevelis sous la chape de ciment,
Ils sont morts deux fois, une pour la France,
L'autre pour l'Histoire.
Il faut le voir, pour le croire.
Le gardien s'approche avec un sourire immense,
C'est lui dit-il, le travail d'un fou.
Moi, celui d'un héros, je pense,
Qui a voulu délivrer les bas-reliefs
De ces soldats et de leurs chefs
Et déposer  un baiser sur leurs joues.



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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 14:56

  


 

                    Le Scorpion de la Femme Sauvage.

Scéne I
Un jour de classe, j'avais "tapé cao"*, mais officiellement puisque j'accompagnais mon père dans ses courses industrielles. Je ne sais à  quelle usine nous devions aller, mais je me souviens que nous avions emprunté la route large du Ravin de la Femme Sauvage, creusée dans le tuf jaune qui nous aveuglait en reverbérant le soleil généreux de l'été.

Pendant que mon père s'entretenait dans un bureau au frais, moi je préférais attendre dehors et explorer les lieux. Armé d'un roseau, je battais cette campagne, bottant la pierraille et brusquement vit un scorpion  (qui avait aussi les pieds noirs) que j'avais réveillé de sa sieste. Un scorpion est un animal qui se déplace trés vite, mais je réussis à  le faire entrer dans une boite de conserve qui trainait sur le sol et l'enfermais avec mon mouchoir.
J'oubliais seulement d'informer mon père de ma découverte et du nouveau passager, car je craignais sa désapprobation. Arrivé à  la maison, je choisis un bocal , y mis un lit de feuilles, ne sachant pas de quoi se nourrit un scorpion**, et fit d'un papier transparent un couvercle que je percais de trous pour  l'aération....Je l'installais sur la table de ma chambre, heureux de pouvoir l'observer de prés,  tout imbu de ma lecture du livre de  Fabre sur les insectes. A côté du verre de la grasse sauterelle verte et du papillon Roi, victime de sa beauté.
Le lendemain, je décidais de lui apporter quelques fourmis pour meubler son loisir forcé. Elles ne manquaient pas, se donnant la bonne adresse en montant le long du mur, pour emporter les miettes de mes tartines à la confiture. Pendant ce transbordement d
élicat , je renversais le bocal et mon prisonnier prit la fuite.


* Adaptation de l'italien "manca ora".(?)

**J'appris plus tard qu'ils sont carnivores !


Scène II
Comme j'étais pieds-nus, et seul à  la maison, je  pris la poudre d'escampette, fermais ma chambre à  clef (!) mis quand même une serpillère contre la porte, et attendis le retour de mes parents. Je dus leur annoncer la bonne nouvelle que nous avions un nouveau locataire. Ma mère pratique se saisit de l'annuaire pour chercher un spécialiste de la question, mais il fallait d'abord en trouver le nom, nous ne connaissions que celui de Bombonel...

Et elle s'apprêtait à  téléphoner aux pompiers, mais la peur du scandale la retint et mon père décida de régler ce problème en famille...

D'abord,  il sortit du placard des godasses à  clous de la dernière guerre, et s'arma d'un balais, et ouvrit la porte de la chambre bleue avec circonspection. Maman et moi nous étions le deuxième front de réserve et attendions au fond du couloir avec la tapette des tapis. Comment retrouver cette bestiole, dans le cartable, sous le lit, dans la bibliothèque, derrière les rideaux, autant de mille caches à  explorer, et le tout avant la tombée du jour. Mon père, ce héros qui avait fait la guerrre de Tunisie, avait  maintes fois couché à  même le sol, eut une idée géniale, comme l'inspecteur Pluvier: tiens,tiens ,tiens dit-il en avisant mes chaussettes sortant de mes chaussures dans un coin de ma chambre. Des chaussettes qui avaient fait une longue marche au soleil et odorantes à  souhait !...

Il renversa une chaussure sur le carrelage, c'était la bonne: s'y échappa un scorpion affolé qui finit sa carriére sous le soulier à  clous, en 3 coups comme au théatre, mais cette fois pour sonner la fin. Je n'ose imaginer le cas où cette bête aurait été introuvable chez nous , pensez 5 étages x 2 =10 locataires à  évacuer en fin de journée , c'eut été une autre manchette de journal pour Essmma ! Les scorpions, les campeurs le savent bien, adorent l'odeur suis-generis des pieds, et les scouts toujours secouent leurs chaussures avant de les enfiler. Une leçon que je n'ai jamais oubliée. En plus, le scorpion noir est trés méchant: quand on l'attaque, il se défend...

J'ai lu que les paysans en Algérie frottent d'ail les pieds des petits enfants, odeur qui fait fuir le scorpion.

Pour ceux qui ne craignent pas les cauchemards, un site précis sur ces bestioles très communes :

http://www.messcorpions.com/anatomie.php


Certains Scorpions peuvent atteindre une taille respectable de 10cm. Un jour dans une auberge de jeunesse du Néguev, j'en ai vu un sortir de dessous d'une potiche fleurie, de couleur d'un vert magnifique, qui avait trouvé une fraicheur provisoire car je mis un terme à son escapade. Une autre fois, après avoir bouclé mon sac au dos dans une maisonnette de bois qui m'avait accueilli pour la nuit, et en le jetant sur mon épaule, je vis tomber un scorpion noir, une espèce mortelle qui se faufila dans les interstices du plancher. Contrairement à ce qu'il est souvent décrit, un  malheureux scorpion placé au centre d'un cercle de feu, ne se suicide pas avec son dard, car il est lui même immunisé contre son propre poison. Curieusement, il résiste aux irradiations radio-actives des champs de tirs. En participant à des fouilles archéologiques à Arad (Néguev), j'eu l'occasion de manier la pelle et la pioche dans l'entaille d'une colline. Un matin alors que j'étais en pleine action, je ressentis une brûlure...entre mes jambes et sortis de mon trou comme un  pantin de sa boite à ressort et sans aller plus loin, aux yeux de mes camarades hilarants, me déshabillais rapidement: je vis sortant des plis du pantalon, un scorpion de petite taille qui ne me causerait, me dit l'archéologue blasé,  qu'une douleur passagère. Le seul moyen d'atténuer la douleur est d'appliquer de la glace ! Allez trouver de la glace en plein désert, en été...J'aurai au moins réussi à faire sourire le lecteur ..
 


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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 09:02




                       Fait divers en été...

Autant l'hiver est humide et glacial, autant l'été d'Alger est étouffant, c'est une banalité.
Même au cinquième étage, l'air est immobile.
On ne sait plus s'il vaut mieux se réfugier du feu en fermant les fenêtres ou, au contraire, les ouvrir en grand pour profiter d'un souffle éventuel. En attendant il y a une solution simple qui consiste à arroser le carrelage. L'évaporation rapide des gouttes d'eau rafraichit un peu les pièces. Cet expédient extrème rappelle celui du  Capitaine d'un voilier en détresse qui jetterait ses tonneaux d'huile sur les vagues pour les calmer. Notre détresse à nous est ce brasier immobile et moi le moussaillon de cette mer brulante des Sargasses, je me suis porté volontaire avec joie et, pieds-nus, je répands avec trop d'enthousiasme l'eau du seau qui gicle aussi sur les murs.

Je patauge dans les flaques, je fais du ski nautique sur les carreaux et viens me  raccrocher à temps à la rambarde de la fenêtre de la salle à manger.
J'y m'accoude, toujours enchanté par ce paysage que je découvre un peu plus chaque jour. Là bas sur les quais, des ouvriers refont un toit de tuiles. La bâtisse de Cerutti, sans pudeur, montre sa charpente nue. Les fumées des grues à vapeur montent droit dans le ciel. La mer est plate et aveuglante. Pas un seul nuage pour délimiter ce ciel trop bleu. Le bois du chambranle de la fenêtre est chaud et me réchauffe agréablement la poitrine. Je suis né  lézard.
En bas dans la rue, les trottoirs sont déserts. Qui s'aventure à deux heures de l'après-midi dans cette rue sans ombre, si non pour  une affaire urgente!
Même le tram passe vide et ne s'arrête pas à l'arrêt des Deux-Moulins. Pourtant voici que s'avance, sortant de la rue Bourlon, un arabe en chéchia emmitouflé dans son burnous, marchant lentement . Il rajuste son peplum de coton sur les épaules. Il devait certainement sortir de la Gare de l'Agha, car ses pas  sont  hésitants. Mais il finit par s'y retrouver et allonge sa course. Du fond de la rue Sadi-Carnot, au coude du Champ de Maneuvres, arrive en silence une citroen toute noire, elle rase le trottoir alors que la rue est vide de trafic et m'intrigue.
Arrivée à la hauteur du passant isolé, j'entends un coup de feu et la voie s'échapper. Sur le trottoir l'arabe recroquevillé se tient la jambe , sans une plainte, ses babouches éparpillées, son baton de côté. Il est seul dans la rue, personne ne semble avoir rien vu et entendu, il s'étend maintenant au coin du mur. Après un moment de stupéfaction qui m'a un peu paralysé les sens, je me saisis du téléphone. Sur le cadran, en plus de notre numéro, le  348-68, celui des pompiers. Je les préviens de ce que je viens de voir et leur demande d'envoyer une ambulance, et vite retourne à mon poste. La caserne des soldats du feu de l'été est située sur le mole Billard, éloignée mais juste dans l'axe de ma fenêtre. Presque tout de suite j'entends, venant du fond du port, la corne des pompiers. Cette fois ils ne viennent pas éteindre un palmier en feu du Boulevard Victor-Hugo. L'ambulance rouge et crème monte déjà la rampe Poirel et tourne au carrefour de l'Agha. Elle est là sous ma fenêtre. Des hommes, casqués d'argent, sortent avec des gestes bien huilés une civière, la charge d'un pauvre paysan avec son baton et son ballot, referment la porte arrière, et filent vers l'Hôpital de Mustapha. Les babouches restent dans le caniveau.J e suis un peu déçu parceque  la scène n'a pas duré plus de temps que le coup de pistolet. Un fait divers en été , insignifiant sans doute car il qui n'a même pas paru dans les journaux du lendemain. Il est vrai que leurs manchettes étaient remplies de photos atroces, de voitures explosées en plein centre de la ville et de listes de Francais innocents.

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28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 20:25




Est-ce vrai ?
Alger est-il devenu laid ?
Sur son nez du béton a poussé :
Une balafre de ciment sur un côté,
Un poulpe de pierre sur une hauteur de la cité.
La Méditerranée frisonne et cherche du sable à caresser.
Mais de loin, à cinquante ans de distance, la baie reste enchantée.
Les collines sont là, le port s'étire à ses pieds, le Djurdjura veille enneigé.
J'entends encore le sifflet des remorqueurs, le rugissement de l'usine à gaz près du Jardin d'Essai, qui ramone ses cheminées, et la sirène des Ateliers qui sonne la fin de journée. Maintenant, le soleil rouge va se cacher, chaque mois derrière un autre quartier. Les Martinets s'emparent du ciel, en tenue de soirée, tracent des cercles, se laissent choir et se relèvent comme des jongleurs ailés. Les premières étoiles s'allument dans le ciel et les foyers. Les derniers passants se hatent dans les rues calmées. Les saltimbanques malgré eux, cherchent un recoin, une épave pour s'abriter. Les chiens perdus, pour une nuit, sont les maitres des lieux. La tête en l'air, ils cherchent à la trace des fumées bleues qui montent des maisons des plus heureux. Dans la brume légère, les contours s'arrondissent. La ville ressemble à une odalisque sur son oreiller accoudée. Sa tête touche la Casbah, les arbres du Hamma cachent sa nudité, ses pieds caressent la mer à Hussein-Dey. Lorsque, au petit matin, la gaze se déchire, et que le brouillard s'étiole, le charme est rompu et renaissent les perpectives et les maisons aux arrêtes aigues. Alger s'étire, respire à grands coups, les poussiéres montent, les rues s'ébruitent et moi, le coeur battant, sors de mon rêve, amoureux d'une nuit de ma ville endormie.
 
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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 12:51



        Was ist das ? : Le Vasistas.

Notre salle de bains était un frigidaire en hiver, mais l'eau chaude coulait à volonté, après que nous ayons allumé un chauffe-eau à gaz, accroché au mur. Evidement, il n'était pas question, dans mon enfance, de l'allumer tout seul. C'était pourtant simple, il fallait ouvrir une  petite fenêtre et y introduire une allumette près de la veilleuse, et tourner le robinet de gaz miniature. La flamme bleue alors montait autour du serpentin  de cuivre, qui chauffait sur le champ l'eau courante. C'était un appareil imposant, tout en nickel, qui lui donnait un aspect net et médical. Il ronflait agréablement et la vapeur, qui montait de l'eau chaude de la baignoire, se condensait sur les murs brillants. Tout y était blanc, les sanitaires, l'armoire à pharmacie, la petite table en bois avec le pèse-bébé devenu inutile, mais une grande balance identique à  celle de notre pharmacien trônait dans le coin, avec ses réglages compliqués.
Dans cette salle de bains, parceque les murs laqués nus et lisses résonnaient bien, j'y chantais toujours à plein poumons" Au près de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon !" ou " En entrant dans la Lorraine avec mes sabots"...quand je n'avais pas sur ma figure mes nouvelles  lunettes sous-marine et chaussé mes palmes   que j'essayais en eau-douce !
Cette baignoire  avait un défaut chronique: son tuyau en plomb d'évacuation, caché dans le coffrage se fissurait quelques fois et pour moi c'était l'occasion de voir arriver le plombier, sa sacoche de côté. Un petit homme moustachu à casquette, qui sentait le pétrole de sa lampe à souder et le cuir de sa boite à outils. Dans sa bandoulière, étaient enfilés des joints de caoutchouc, comme un chasseur porte sa cartouchière. Il connaissait l'endroit par coeur, enlevait le coffrage de bois, qui masquait le dessous de la baignoire et, avant de se mettre au  au travail, il n'oubliait jamais de m'écarter gentillement, bien qu'heureux de voir en moi un admirateur. Il lui fallait  vaporiser le pétrole de sa lampe, en agitant rapidement sa petite manette, alors avec son briquet, il allumait une longue flamme jaune terrifiante qu'il racourcissait au bleu pointu en tournant la molette de son carburateur.
A genoux sur le carrelage, d'une main une baguette de plomb, de l'autre sa lampe ronflante, il caressait de la flamme le tuyau défectueux en y faisant couler la baguette, rapidement pour ne pas trop ramollir le tuyau. C'était un artiste car quelques secondes de trop et le conduit en plomb pouvait se percer. Avec un chiffon, il essuyait la soudure pour lui rendre cet aspect brillant du neuf.  Un petit métier d'une grande importance.

Un jour que je jouais dans la baignoire, et regardais le vasistas haut placé, je me mis à réaliser qu'en fait je n'étais séparé du vide  que par ce mur  qui justement à la jointure  de la baignoire s'écaillait toujours, malgré les peintures successives.
Ce fut les nuits une succession de cauchemards où je me voyais au bain suspendu dans le vide, comme dans un tableau de Chagall. Ce genre de vertige vient souvent meubler mes nuits, quand ma journée a été trop tendue avec des impressions de chutes  et glissade vers le néant, alors  que j'étais un bon marcheur et qu'en montagne les  sentiers abrupts des excursions ne m'ont jamais effrayés.
Cette piéce se transformait souvent en salle de l'Inquisition, lorsque bronchiteux,  je devais subir le supplice des ventouses, acquises chez notre pharmacien Monsieur Creange.
Un baton, entouré de coton trempé dans l'alcool, faisait office de brûloir, et plongé un instant dans ce verre épais, en absorbait l'air et vite posée sur mon dos la ventouse se collait et aspirait mon sang comme une pieuvre. Le but était de me décongestionner les poumons, mais comme si ce n'était pas suffisant, pendant le même temps, assis sur ma chaise de torture, mes pieds trempaient dans une bassine d'eau brûlante assaisonnée de moutarde forte. Attaqué par le feu de la médecine par le bas et par le haut, j'en sortais  rouge comme une écrevisse et soulagé  (de la fin heureuse), et aux dires de ma mère,,je respirais bien mieux. Il m'en reste pourtant un souvenir cuisant sous l'omoplate gauche, très utile pour le médecin légiste en cas de mon authentification difficile....

Ma chambre était située juste en face de cette salle de bains.Je dormais encore dans un lit cage, avec mes deux amis inséparables: Ric et Rac, deux roquets l'un noir,l 'autre blanc, brodés sur mon coussin...
Couché, la porte de ma chambre grande ouverte, je pouvais voir en face le lavabo à pied, et le grand miroir qui le surplombait. Une nuit, après avoir éteint la lumière, maman laissa la porte de la salle de bains  ouverte.
Inévitablement, je vis dans la semi-obscurité une ombre qui bougeait et qui n'était que la mienne, et me terrorisa car elle s'agitait avec moi ! Alertés par mes pleurs, je finissais souvent la nuit dans le lit de mes parents.
Un matin que je jouais avec mes soldats sur le tapis de la chambre, à la fois le  bruiteur, commentateur et metteur en scène de la bataille, une détonation violente me fit sursauter, la porte de la salle de bain s'ouvrit et vomit  un épais nuage blanc et dans ce brouillard s'esquiva dans sa chambre ma mère entourée seulement de vapeur... Ce chauffe-eau, une bombe à retardement, avait explosé, sans faire d'autre dégat, à cause  d'un thermostat défectueux. Il était tout cabossé, mais moi je gardais le souvenir d'une vision maternelle inconnue.

Lorsque mon grand frère emménagea dans une chambre avec une belle table d'études, à tiroirs multiples, j'héritais de son lit,  qui faisait face à la fenêtre à battants. De là, je voyais les immeubles voisins sur cour, mais aussi le dos d'immeubles donnant sur la rue Clauzel. Les murs étaient faits avec des moellons cimentés et ressemblaiemt à des alvéoles de ruches.Tout en haut, un tuyau de cheminée se terminait par une girouette de fer pour évacuer la fumée dans le sens du vent. La nuit venue, elle ressemblait à un personnage qui tournait a la bise d'hiver, elle grincait  et me remplissait d'effroi  comme un fantôme qui s'agitait derrière les rideaux de tulle.Les nuits de rafales de vent, j'étais hanté par cette vision nocturne et fantastique. Le matin, tout redevenait tranquille et amical avec les bruits du foyer. Mais il fallait abandonner le lit douillet pour me préparer pour l'école.

Je suis assis sur la planche en bois, ma culotte courte tombée sur mes sandalettes et je rêve, comme d'habitude, en regardant par la petite lucarne tout en haut , le tuyau d'évacuation du brûleur de ce chauffe-eau de la salle de bains voisine. Ce tuyau coudé, qui sort du mur, se termine par un petit chapeau en zinc. C'est un endroit parfait pour faire un nid se sont dit les hirondelles, et elles y ont tressé leur palais avec des brindilles. L'air chaud est idéal pour aider à couver les oeufs. Maintenant, c'est  un và et vient continuel pour nourrir les petits becs  toujours affamés , que je peux observer à ma guise, sans les déranger. Ces hirondelles toutes noires ont vraiment une queue.. d'aronde. Mais elles ne reposent jamais , se laissent  choir en piqué et remontent avec une  mouche, sans doute gobée au passage, un dessert pour les oisillons. Un matin silencieux, je ne vis plus le nid et mes petits amis, mais quelques duvets encore accrochés au rebord du tuyau. Papa me dit que, sans doute, la famille avait déménagé, mais moi je sentais  qu'un drame était arrivé et comme j'insistais, il m'expliqua que le nid avait dû s'effondrer sous le poids des oisillons mais qu'ils s'étaient envolés, déjà assez grands pour essayer leurs ailes. Mais moi, j'imaginais leur mort atroce dans le feu du chauffe-eau sans que leurs parents aient pu les sauver. Jamais les hirondelles ne revinrent y batir un nid . Le tuyau de zinc resta seul sur le fond de ciel bleu.
Il avait connu les joies, les caresses des battements d'ailes et les pépiements des jeunes, et maintenant  je l'imagine avec les années rongé par les intempéries, tout  percé par la rouille et  recroquevillé sur lui même, c'était mon enfance abandonnée.

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 20:39
     

                                              Les petits pieds nus.

    Teniet-el-Had* est un endroit magnifique dans les montagnes de Kabylie, qui est célèbre pour ses forêts de cèdres et chênes verts. Son lieu de naissance et l'histoire de sa piqure par un scorpion dans sa jeunesse nu-pieds, c'est ce qu'il me reste de la biographie de Suzanne Dali, avant qu'elle ne s'établisse à la Casbah et ne commence à travailler chez nous, pour vivre. Elle s'enorgueillissait dans ses très rares moments de confidences d'avoir un ami, son ami, journaliste à Alger-Républicain. ll faut dire qu'elle était fort belle avec sa chevelure fournie teintée au héné, qui s'échappait en grandes boucles lorsqu' elle enlevait son foulard. Grande et forte, ses lèvres larges s'écartaient , quand elle riait avec moi, sur des dents éclatantes. Quand elle arrivait le matin, elle se déshabillait de son voile et de son haik dans la cuisine en fermant la porte à clef, car j'avais déjà grandi et elle ne me permettait plus de jouer avec elle comme auparavant,  en me blottissant sous  ce voile de coton qui sentait bon son corps chaud.
"Par quoi commencer," questionnait-elle, s'adressant malicieusement à ma mère, "Monsieur se fait la gym!".
En effet à cette heure, papa faisait, dans le salon, ses exercices de gymnastique suédoise, torse nu, avec de lourdes haltères, avant de faire des tractions, en se pendant à une barre ancrée dans le chambranle de la salle de bain.
-Aujourd'hui, nous "faisons les tapis", s'écria ma mère, il fait déjà chaud !
Chaque année, c'était le même cérémonial. Le Dey d'Alger avait un Palais d'Hiver et, avec les premières chaleurs, emménageait au Palais d'Eté, ou dans une de  ses villas fraiches d'El-Biar, mais chez nous comme pour les autres algérois, avec la tiédeur printanière, commençait la nomadisation locale des tapis. Le sol des appartements était carrelé de belles mosaiques, comme dans les pays méditerranéens: durant l'hiver froid et humide, ce carrelage nu et glacé aurait été la source de refroidissements sans ces nécessaires tapis qui prenaient, hélas, de la place et de la poussière.
Le jour "J", c'était aussi le jour des... journaux accumulés pour servir à emballer, pour l'été, ces tapis à poils longs ou courts. Imaginez ce travail de forçat ! Maman et Suzanne étaient tout juste assez à deux pour, à la fois, soulever le piano à queue et tirer de côté le tapis persan, d'ailleurs un peu percé, (mais son côté abimé était caché par les gros pieds du Gaveau, et en sauvait la face), alors, je venais à l'aide en tirant par ses franges cette merveille récalcitrante qui découvrait un carrelage...terni.
Il fallait ensuite le retourner et lui administrer une sévère correction avec une tapette de jonc souple qui lui faisait rendre ses grains de sable accumulés tout l'hiver. Il était  trop lourd pour être suspendu à la balustrade du balcon, comme les petites carpettes des chambres. Quel tapage dans la maison, et quel remue-ménage avec les meubles déplacés de côté, l'appartement se transformait en chantier.
Ensuite venait le brossage à genoux, maman et Suzanne, côte à côte,  nettoyant  à l'eau légèrement vinaigrée pour raviver, sans les abîmer, les couleurs de ces dessins symétriques, mais tous différents car tissés à la main. Combien d'heures ai-je passées dans mon enfance à promener sur ces motifs enchevétrés mes voitures miniatures, ou simplement à lire allongé les Cent et un Contes Merveilleux de la collection Nathan, certainement plus qu'à faire mes devoirs de maison !..
Il était temps de terminer ce travail d'Hercule, avant de préparer le déjeuner de midi. A la force succédait maintenant l'habileté. Il s'agissait à la fois de rouler le tapis rajeuni de la manière la plus serrée, tout en déployant les journaux  de la république avec des boules de naphtaline qui me chassaient du salon. Le problème étant d'effectuer cette opération sans que le tapis, en glissant de côté, ne devienne un cône déformé au lieu d'un solide cylindre. Le rouler en sychronisation demande aussi un apprentissage, et ensuite, avant qu'il ne se défasse, la ficelle, passée sous son ventre, le liait comme un gigot avant la cuisson. Le tapis prisonnier soulevé à deux, lourd comme un billot de bois, devait être monté deux étages plus haut, dans une remise sous la terrasse pour passer six mois d'été au frais et à l'abri des mites !
Maintenant, l'appartement pouvait résonner du bruit des petits pieds nus des enfants, le bruit le plus joyeux de mon enfance.
J'aimais me réfugier dans cette cuisine minuscule qui, en plus, était triangulaire: l'architecte avait dû transformer ses erreurs de calcul en parent pauvre de l'appartement. Souvent, je demandais à Suzanne de m'apprendre quelques mots en arabe, mais je n'arrivais pas à les prononcer correctement, avec l'accent guttural et ces séances déclenchaient nos rires. Une fois, ,je voulus expérimenter mes connaissances sur le vif. En me tenant dans le tram des T.A. au plus près du watman, pour admirer la circulation automobile et pédestre que le conducteur écartait à grands coups de sonnette qu'il actionnait de son pied, je lui jetais un "mchi !!" vigoureux que je croyais être le mot encourageant "plus vite". Mais le conducteur se retourna et me dévora cru de ses yeux noirs , je lui avais dit "va t'en !" .....
Suzanne Dali ne travaillait jamais seule. Avec maman, elle s'occupait du linge qui bouillait dans la grande lessiveuse posée sur le réchaud de la cuisine, mais elle  savonnait les grandes pièces de draps sur la planche de bois calée en travers de la baignoire. Le savon de Marseille embaumait la maison, l'activité ces jours-là était telle que je n'avais pas intérêt à fouiner dans les jambes et me réfugiais dans ma chambre bleue. En ravivant ces souvenirs domestiques, je ne peux qu'admirer une fois de plus la vie difficile du train-train d'une maisonnée, sans les appareils ménagers de maintenant, ces robots qui libèrent la femme, et qui l'obligent à aller dans des salles de culture physique pour veiller à sa musculature...
Le jour de gloire de Suzanne était celui des veilles de fêtes, où elle était la spécialiste de la cuisson du Couscous à la vapeur , dans la double vaste jatte d'argile vernissée. Elle même pétrissait  cette graine qui devenait, une fois cuite, la base de tous les mélanges de légumes, de viande, de pois chiches, de sauces piquantes, mais moi, je préferais le couscous au sucre, qui gardait ainsi sa blancheur originale. Quand je pense à ces jours simples et heureux, je vois, avec le recul des années, une situation qui nous semblait si naturelle et maintenant à mes yeux injuste et invraisemblable, du moins chez nous.
Quoi! Suzanne apportait les plats du fourneau, au coup de sonnette de maman, et retournait déjeuner à sa place dans la cuisine, assise sur la chaise de  paille, tout en surveillant une autre marmite sur le feu..? Gling,Gling !!
-Suzanne vous pouvez débarasser et apporter la coupe de fruits ?
-Merci, s'il vous-plait, la carafe d'eau est vide !....
Je dois dire que je me dévouais, histoire de pouvoir me lever de table et de m'esquiver faire un tour à la cuisine. Suzanne Dali ne se servait pas des couverts argentés qui ornaient notre table, un héritage de grands-parents. Non, elle avait sa fourchette simple qu'elle rangeait dans le tiroir de la table de la cuisine, avec le couteau à manche d'os. Les couverts précieux, les couteaux surtout, c'est  elle qui les astiquait avec de la poudre à récurer et un bouchon de liège pour ne pas trop faire de rayures, après que la vaiselle nettoyée et posée dans l'égouttoir de zinc incliné évacuait un filet d'eau dans l'évier de faience. Non, elle n'était pas déguisée en soubrette à dentelle blanche et même faisait un peu parti de la famille, puisqu' elle en connaissait tous les secrets !
 Mes enfants, à qui je raconterai celà, en seraient ébahis. D'abord parcequ' une servante n'a jamais existé chez nous et que cette quotidienne différence de classes les aurait immédiatement pousser à manifester dans la rue !!!(là, j'extrapole un peu trop loin !)
 Peu importe que j'explique à ces jeunes que leur Grand-Mère, en dehors de ses "Mardis" où elle recevait du "Grand Monde" ait, elle aussi, travaillé toute la semaine avec notre servante, ils ne le comprendraient pas.
Alors, je préfère ne rien leur dire !!
Il ne faut pas croire que l'idylle régnait toujours dans ces jours de la semaine. Il était des fois où j'étais l'amorce qui mettait le feu aux poudres. Un jour,  j'avais réalisé mon rêve guerrier de posséder, moi aussi, un fusil, car sans lui , et sans  un cheval rapide et fidèle, un homme n'est rien.
Avec une silhouette  en bois, et un clou planté à l'extrémité du canon qui retenait un élastique, ,j'avais réalisé un fusil à un coup qui tirait des carrés de papier pliés en deux , à la manière d'un tire-boulette. Caché sous la table de la salle à manger, un poste de tir idéal, je voyais passer les jambes nues et le chiffon de par-terre qui se déplaçaient ensemble à bonne portée. Clac sur  une cheville  ancillaire m'aurait valu une claque autre part si je ne m'esquivais à temps, et une fois que j'avais trop abusé de sa patience, Suzanne déclara qu'elle en avait assez!  Que chez sa patronne précédente, Madame Sadoun, ses gages étaient meilleurs et le travail moins difficile !! En général, le conflit éclatait les jours de chaleur où  l'électricité statique  dans  l'air sec  agit négativement sur les nerfs  ..
Mais la brouille ne durait pas longtemps, chacune étant devenue dépendante de l'autre.!!
Une fois, Suzanne Dali nous invita chez elle, dans la Casbah, une occasion aussi pour fêter la fin du Ramadan . Je ne sais pas encore comment ma mère réussit à en trouver l'adresse. Je ne me souviens que d'escaliers qui commencèrent rue Bab-Azoun et qu'après un dédale nous avons débouché dans une pièce très fraiche, récemment chaulée. Elle avait une percée qui dominait les terrasses et au fond, la vue sur la mer frisée d'écume . Sur un côté de la pièce, un lit bâti sur une surélévation en ciment, couvert d'une belle couverture aux dessins Kabyles et pour nous asseoir un banc de pierre avec de petits coussins adossés au mur. Un robinet sortait de la muraille blanche. Sur un plateau, des friandises au miel, des zlabias et mekrouds, des gâteaux couverts de sucre glacé et de perles d'anis argentées firent mon délice poli. Je restais interdit devant la sobrieté et l'étroitesse de ce logis, mais c'était tout le royaume de Suzanne Dali, la fille d'un paysan de la haute Kabylie, qui était venue chercher fortune à Alger. Maman entretenait la conversation et c'est elle qui par sa bonté et son intelligence denués de paternalisme dut mettre  Suzanne Dali à l'aise, j'en suis sûr, car je ne me souviens de rien d'autre que de cette découverte d'un autre monde.
Pour finir, peut-être à cause d'une histoire d'amour avec ce journaliste, ainsi que je veux le croire, Suzanne nous abandonna, je pense juste avant novembre 54.
Bien des années après, (entre temps le quotidien "Alger-Républicain" avait été interdit), une visite surprit maman un après-midi. C'est moi qui ouvrit la porte à Suzanne , bien changée, hélas, timide et qui n'osa pas m'embrasser.
Sous son voile, le maquillage un peu fort voulait cacher le ravage des années. Maman l'accueillit au salon, chacune s'assit dans l'un des deux fauteuils de cuir vert, craquelés eux aussi par le soleil, et moi après avoir écouté les banalités d'usage sur mon allure de jeune homme, je les laissais seules. Peu après, maman vint dans sa chambre chercher de l'argent dans un petit tiroir de son armoire à glaces, et revint avec un secours que Suzanne Dali, dans sa dignité, n'avait pas demandé mais que sa visite expliquait. Ce souvenir de la pauvreté est restée une de mes angoisses.
J'espère que Suzanne Dali repose en paix au cimetière d' El-Kettar, à moins qu'elle ne soit retournée voir, une dernière fois, sa forêt de cèdres où elle jouait pieds-nus.


     Grâce au site de Jean Tosti, j'ai eu la joie de trouver la signification de ce patronyme musulman qui figure aussi en nombre au C.A.O.M. (IREL)..
"Mais, la plupart des Dali présents en France viennent d'Afrique du Nord, notamment d'Algérie. C'est, au départ, un nom turc avec le sens de téméraire, courageux."
Comme le disait mon prof de calcul: C.Q.F.D.

*Sur la forêt de Teniet-el-Had:
http://aj.garcia.free.fr/Livret7/L7p42-43.htm



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Published by georges - dans souvenirs
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