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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 09:11

                                          Chapitre 1: Le Départ

                                      

       Cette année, je ressens un profond changement. Bien que ces mois soient relativement moins froids que l'an passé, j'ai les pieds glacés et le bout de mes doigts me font mal, j'ai peine à taper sur mon clavier et je dois porter des gants de laine ridicules qui me gênent à trouver les touches. J'ai amélioré mon confort en posant un petit tapis qui m'isole du carrelage. Mais je ne suis pas seul à en profiter, le gros chat blanc, vient s'y blotir et mieux encore se recroqueviller sur mes pantoufles feutrées.

         Que fais-tu là , gros Bouddha ? Je fais semblant de le gronder et il ferme ses yeux avec dérision, bien décidé à ne pas capituler. Je souris et caresse la tête de cette bouillote inattendue. Je reprends mon message et me relis à voix haute. Les fautes d'orthographes me sautent à la figure et je suis obligé de faire un temps d'arrêt pour ce participe passé placé avant le verbe avoir, qui avait oublié de suivre la règle et de s'accorder avec Alger. Diable! cette fois j'y perds mon latin, Icosium devenu Alger sont-ils masculin ou féminin ? Moi, sentimentalement je veux que mon amour de ville soit au féminin, alors je cours chercher une réponse sur internet et je lis :
  " Alger est blanc sous le soleil, aussi l'appelle-t-on Alger la Blanche."
Je suis déçu, ”Alger est blanc” sonne mal à mes oreilles et  blesse mon coeur.
    Je préfère commettre une faute d'orhographe et être en paix avec moi même, comme Camus préférait sa mère à la justice.

-Cà alors, tu exagères un peu avec tes comparaisons !

 Cette voix vient d'en bas. Ce n'est pas celle du chat qui ronronne.
- En as-tu pas assez de radoter avec tes souvenirs  ?

C'est ma carpette qui parle en frissonant  ses franges.

-Tu ferais mieux de faire comme ces internautes d'Es'mma où tu écrivais il y longtemps tes petits souvenirs .

De quoi je me mêle ! Depuis quand un tapis qui n'est même pas de haute laine se permet de  se moquer de moi ? Je ne radote pas, j'aime seulement à évoquer des souvenirs de jeunesse, mais souvent ils se sont noyés dans la brume du temps passé et des paysages et des noms se sont estompés. Toi, par exemple, te souviens-tu de la dernière fois où tu es allé chez le teinturier raviver tes couleurs  ?

- Bon, ne t'emporte pas chaque fois que tu  parles de ton Alger. Ecoute moi bien, maintenant je suis sérieux, je sais que tu n'es plus jeune, et j'ai  une proposition à te faire. A force de t'entendre, moi aussi j'aurais envie de voir là où tu as grandi . Tu crois bien me connaitre depuis que tu m'as reçu chez toi. Et je ne t'ai jamais rien dit, même quand tu me battais avec la tapette en jonc pour m'épousseter ou grattait mon dos en m'assourdissant avec le vieil aspirateur. Mais je possède un secret transmis de père en fils qui remonte à la nuit des temps. Je te propose un voyage en Alger, tu n'auras besoin de rien faire, seulement de t'asseoir sur mon dos à la mode orientale, et moi je me charge du reste.

A ces mots, je me suis vraiment pincé la joue pour voir si je sortais d'un rêve ou si ce petit tapis tout froncé me parlait vraiment. Soudain, le chat blanc sortit de sa fausse torpeur, bomba son dos, s'étira en griffant mes pantoufles, et dit:

-Ne pensez en aucun cas me laisser tout seul à la maison, je fais parti du voyage, que vous le vouliez ou non.

-Chouette! dit le tapis, un chat n'a pas le vertige, et la nuit ses yeux percants nous aideront  à nous orienter. Mais, ajouta le tapis en sourcillant de ses poils, tu ferais bien de changer tes chaussettes trouées par des neuves si tu veux t'asseoir sur moi les jambes croisées.

   -Mais toi, au lieu de me faire honte, tu n'as pas regardé sous ton ventre la poussière que tu as accumulée ces mois-ci, et de ce pas je vais t'enrouler et te porter au teinturier qui va aussi te secouer, te brosser et raviver tes couleurs et tu te sentiras aussi jeune et frais et pimpant  que quand tu es sorti du métier à tisser.Quant à toi, le chat, si tu veux ne pas passer inappercu, va te lisser les poils et la moustache car à Alger, tu auras beaucoup de concurrents sur les toits.

Les préparatifs furent rapides car je ne pouvais presque rien  emporter avec moi, ce tapis n'ayant pas une grande envergure, et ni les qualités de vol de ceux de Milles et Une Nuits. Je vérifiais à la maison que tout était bien fermé, les volets, le robinet du gaz, et le compteur d'eau à cause de ce bec de l’évier qui pleure toujours, et même le disjoncteur qui coupe l'électricité, on ne sait jamais avec tous ces incendies spontanés. Et pour faire croire à une présence humaine, j’allumais mon poste à piles sur la chaine  qui diffusait de la musique sans interruption. Je ne sus choisir celle de variétés ou classique qui plairait au voleur, alors je réglais au contraire l'aiguille du cadran sur la chaine des interminables commentaires politiques, ainsi assuré qu'à l'entendre mon voleur dégouté ne resterait pas longtemps.

  -Bon, tout le monde est prêt ? Alors montons à la terrasse !

Car mon balcon trop étroit et encombré en plus d'une jardinière, ne pouvait nous recevoir.

   J'étendis le tapis flambant neuf et fier comme Artaban, en lissant tous les plis et m'assis comme il me le recommandait bien au centre pour en assurer l'assiette. Le gros chat immédiatement se blottit entre mes jambes repliées sous moi    J’étais semblable à une réclame de Yoga: Le tapis soupira trois fois, se gonfla d'air frais sous son ventre, je fis une rapide prière  pour que Dieu nous garde des embuches du voyage, et même du linge humide qui battait au vent atterrirent sur  nous quelques gouttes pour nous bénir  dans la tradition .
 Et lentement le tapis prit de la hauteur, dépassa  la rembarde, et  la lessive qui séchait sur ses fils au soleil de midi, et  sans hésiter  prit de la vitesse  et s'éloigna, me faisant découvir une vue extraordinaire de ma ville comme une image de Google-Earth, mais infiniment plus détaillée et nette, puis les arbres se transformèrent en une grande tache verte, les toits de tuiles en une vague rouge comme l'argile, les sables blancs de la cote contrastèrent avec le bleu foncé de la mer méditerranée, les frises blanches de l'écume des vagues devinrent fines comme des cils, et un  navire ferry gros comme un grain de riz laissa derrière lui un sillage argenté vite refermé.

A nous la liberté !  Soudain un avion de ligne  nous dépassa avec un rugissement épouvantable et nous surprit dans notre béatitude , le remous de l'air nous jeta de coté et faillit nous renverser. Il n'était déjà qu'un petit point brillant comme de l'aluminium, avant que nous nous soyons remis de notre émotion.

- Espèce de chauffard, peux pas faire attention ? m'écriais-je en m'agrippant aux bords du tapis tanguant et roulant.  Tention! continua le chat le poil tout hérissé. Ne vous inquiétez pas dit la carpette en reprenant  son équilibre, je préfère choisir la route internationale empruntée par les longs courriers car autrement, en survolant des territoires  non balisés nous risquerions d'être transformés en passoire par des fusées ennemies qui ne demandent qu'à se libérer de leur chenils. Ah voilà déja la botte de l'Italie, vraiment comme celle de notre atlas !  Cette ville est-elle Florence ? Bonjour Betty l’amoureuse des vieilles pierres ! et voila Rome, salut Jacqueline, peut-être nous voit-elle de sa tour historique où elle travaille?.
- Mais.espèce de malin, ne m'avais-tu pas promis de m'emmener en Algérie et voilà que tu survoles le pays des spaghettis au lieu de celui du couscous !

- Ne crains rien, je voulais seulement te faire une surprise, voila Marseille et tu peux déjà agiter ta main, Monique peut-être levè les yeux en ce moment. Si je n’avais pas peur de m’attarder j’aurai poussé jusqu’à Epernay pour voir le jardin de Sylvette. et les Jacques et tous les autres amis, mais notre tour d'honneur est fini, maintenant cap sur Alger avant que ne tombe la nuit.

Cette fois c’est une flotille élégante de canards sauvages qui nous dépasse.

- Où allez-vous les voyageurs du ciel ?

- Nous retournons chez nous pour la ponte, et vous ?

- A Alger , si Dieu veut.!

- Ah , c’est une belle ville, mais trop chaude pour nous ! Faites attention aux courants aériens, obliquez plus à l’Est  car le vent vous déportera, nous cria le chef de file au beau col vert mordoré. Si vous voyez les cigognes, n’hésitez pas à leur demander votre chemin, elles y volent tous les hivers..

-Bon voyage et embrassez bien Nils de ma part, si le voyez par hasard ! C’est un cher ami d’enfance !.

Ainsi se succédèrent des vols d’étourneaux aux battements rapides, des escadrilles de flamands roses  qui ramaient lentement dans le ciel , leurs pattes repliées en arrière pour  offrir la moindre  résistance à l’air; des grues aux ailes noires et aux becs ressemblants à des chisteras, tout un peuple d’oiseaux migrateurs dont je ne savais pas le nom, mais tous élégants dans leurs vols sobres, et qui sans carte du ciel et sans boussole, retournaient à leurs paysages de l’année précédente. Je me laissais bercer dans tous ces froissements d’ailes et de plumes  et bientôt m’endormis en entourant le chat de mes bras.

 


 

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 15:39

 Enfant, j'aimais aller accompagner mon père à sa meunerie. Je  l'avoue aussi, pour jouer avec le petit chat gris. Rien de tel pour un enfant que d'accompagner son père et d'être le témoin de ses soucis.

       La Meunerie
      --------------

 Le contacteur enfoncé, l'électricité commutée,
 Les moteurs se lancent dans leurs courses effrenées,
 Des sasseurs séparent le bon grain de l'ivraie,
 Les concasseurs broient les gousses de blé,
 Des vis sans fin hissent le froment dans le silo,
 Le camion, déjà, est prêt à le livrer au bateau.
 Les poulies tournent, les courroies claquent dans l'air enfariné,
 Les ventilateurs ronflent, le moulin est lancé.
 Lorsque soudain, dans un craquement effrayant,
 Que même au delà des murs on entend,
 Se rompent les souples lattes de frêne,
 Qui,grâce à elles, les sasseurs vont et viennent.
 Le contre-maitre hébété, voit sa machine s'arrêter.
 Il court à la menuiserie, et expérimenté,
 Choisit une forte planche de bois rouge,
 La scie, et la travaille de sa gouge,
 L'amincit au centre, rabote les côtés,
 La varlope, le maillet, sont ses fidèles alliés.
 Perce au vilebrequin des trous de fixation,
 Va au sasseur, resserre les boulons.
 Mon père relance la machine,
 Son coeur battant au rythme de l'usine.
 Chaque bruit renaît à sa place dans cet orchestre de fer,
 Le moulin vibre , comme un concert de Wagner.
 La farine coule dans les sacs, pesée, et emballée.
 Les ouvriers respirent: la commande est sauvée.
 
 G.L.
 n.b.sasseur:un grand tamis qui secoue la farine.

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 15:10
 

Birkadem,(en arabe "Le puits de la négresse"),est un petit village proche d'Alger, dont les terres rouges très cultivées étaient arrosées par des pompes à godets.


      Birkadem
     ----------

 Fatigué de courir la campagne,
 Essoufflé par la chaleur qui me gagne,
 Je m'assois, empourpré, sur la muraille de pierre,
 Que recouvre un magnifique lierre, très vert.
 J'ai les jambes griffées par les orties,

 Et la Bardane têtue colle à mes habits.
 Je détache, vivement, mes petites sandales,
 Dont la boucle de fer, me faisait si mal:
 Elles tombent sur une mue argentée,
 Que l'habitant a changé, pour sa tenue d'été.
 Un scarabée mordoré, par le bruit dérangé,

 Hésite un peu, et reprend sa course saccadée.
 Un criquet audacieux, saute, sur ma main enchantée,
 Et répare son erreur, par un bond décuplé.
 Le papillon blanc, sur le géranium, s'enivre à tout vent,
 Lorsque le gros hanneton jaune passe, en vrombissant,
 Et un lézard tout gris, s'arrête, dresse sa tête,

 Me regarde fixement, me souhaite bonne fête,
 Et dans un trou disparaît lestement.
 Tout la haut, une buse inquiétante,
 Cherche sa proie dans un buisson de menthe.
 Je bats de mes pieds-nus, l'air odorant,
 L'air vibre de tous ces insectes charmants.
 Ferme les yeux, écoute les grelots des Norias,
 Qui montent l'eau, sur une musique de Ségovia.
 Je vois un figuier, cueille un gros fruit,
 Qui perle une goutte de lait,
 L'ouvre à deux mains, et plonge mes jeunes dents

 Dans la chaire violacée,
 Que le Bon-Dieu a fait naître, avant que l'homme ne soit né.
 L'amandier à la branche compliquée,
 Me tend son fruit vert et sa coque veloutée,
 Je croque l'amande fraîche, détache la gousse blanche,
 Ele est double: c'est vraiment un jour de chance.
 J'ai dix ans, je rêve entre la terre et le ciel,
 Je suis l'hôte d'une maison, dans le Sahel.



  G.L.


  La Bardane:cette fleur pourpre, estivale, du bord des routes,qui s'agrippe par ses  capitules,et qui ainsi a inspiré l'inventeur du Velcro.
  Andres Ségovia,(1893-1987),Andalou,le père de la guitare Classique.


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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 14:39
 





J’ai reçu d’un ami internaute,la photo de l’immeuble où j’ai habité de 1938 à 1962.
 
      Les yeux bleus
      -----------------

 J'avais laissé un Alger de gouache et d'aquarelle,
 Et la retrouve maintenant sur un écran, éternelle:
 Ma maison reste blanche,  mais a les yeux bleus.
 Elle a soixante-quinze ans passés,
 Mais se souvient encore des brillants défilés,
 Des cavalcades des spahis, et des vaillants goumiers.
 Des fanfares et du roulement des blindés,
 Des monômes d'étudiants, et du premier Mai,
 Du rythme ensorcelé du tambour et des castagnettes,
 Quand dansaient les grand noirs, en agitant  leurs têtes,
 Des tramways grinçants,
 Que prenaient en marche les passants,
 De la locomotive à vapeur et son épaisse fumée blanche,
 De l'hydravion à l'hippocampe qui arrivait de France,
 Des remorqueurs aux lumières vertes et jaunes qui glissaient dans la nuit,
 Des navires de guerre tous gris pour combattre l'ennemi,
 Du rayon du grand phare qui balayait la baie endormie..
 Mais,  par un triste mois de Juillet,
 Elle nous a vu, franchissant la jetée,
 Sur le paquebot chargé d'exilés.
 Aujourd'hui, les balcons sont vides de leurs orchidées,
 Et les remplacent, des paraboles, pointées vers le ciel,
 Comme pour y chercher la vérité.
 Une famille étrangère s'y est installée:
 Enfant qui court dans le couloir, pieds-nus,
 Comme moi, prends garde au carrelage fendu.
 Et lorsque tu sors de la maison,
 N'oublie pas de fermer le robinet.
 Et quand,  couché dans ton lit,
 Tu vois de ta fenêtre, aux rideaux garnis,
 Une silhouette s'agiter dans la nuit,
 Je te dis: n'aie point peur,
 Ce n'est que la girouette de fer,
 Qui grince et tourne au vent d'hiver.
 
  g.l..
   
 

 
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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 12:49

 







  Annie

    ------
 
 Cet après-midi, je suis invité chez Annie.
 Elle a presque mon âge et beaucoup d'amis.
 Nos mères étaient trés liées:
 Il ne passait pas un jour, que le téléphone sonnait.
 Et c'est moi, en courant qui y répondait,
 Et pouffait de rire, pourquoi, Dieu seul le sait,
 Au grand dam de ma mère bien-aimée.
 Mais son amie de coeur me le pardonnait,
 J'étais seulement un enfant joyeux et trop gâté.
 Maman repassa une chemise blanche,
 Mit une ceinture neuve à ma culotte courte,
 Et même une  épingle dans mes cheveux à boucles.
 Et, pour plus de sûreté, un manteau,
 Qui me piquait le dos,
 Et bien sûr, un petit cadeau.
 Mais surtout, "ne mange pas de gâteaux,
 Dont les oeufs t'irritent la peau!".
 J'arrive, un peu tremblant à l'étage,
 Les cris d'enfants me sautent au visage.
 Annie me reçoit: elle a de longues tresses,
 Une chemisette à col Claudine,
 Une jupe plissée à carreaux.
 Et de jolies joues roses, comme des bigarreaux.
 Elle m'entraîne dans la chambre de ses parents,
Là, sur le grand lit, sont rangés les manteaux d'enfants.
 Elle m'aide à me défaire de ce vêtement engoncé,
 Ouvre le cadeau, que j'ai déjà oublié,
 M'embrasse de tout son coeur, sur mes lèvres étonnées,
 Et va rejoindre la petite maisonnée.
 Je reste debout, tout rouge, de ce baiser envolé,
 Et savoure, tout surpris, le délice innocent
 De  cette caresse d'une enfant de dix ans.
 Et je passais cette fête sur ma chaise, en rêvant.
 Ne pensant plus aux sucreries et aux gâteaux,
 Et même en oubliais d'emporter mon manteau.
 Après plus de soixante ans, je me sens redevable,
 De ce moment enfantin et inoubliable,
 Et peut-être à ces lignes, se reconnaîtra- t-elle,
 Et acceptera, un peu trop tard, ce baiser virtuel.

 G.L.

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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 15:15

 Miramar,est une crique près d'Alger,que surplombe un ancien petit cimetière marin musulman.
 La plage d'accès difficile était presque toujours vierge du bruit des humains.



Miramar, à la manière de Ronsard..

Lorsque vous serez bien vieux,
Le soir assis au coin du feu,
Feuilletant l'album de cuir bleu,
Direz à vos petits-enfants,
Avec une larme dans les yeux,
Comme notre vie était belle,
Lorsque nous descendions tous les deux,
Du haut de la falaise, par le chemin creux,
Sourions de plaisir, en regardant les galets
Trembler dans l'eau claire et argentée.
Nous fendions des vagues, toujours recommencées,
C'était notre bonheur simple, le cadeau de l'été.
La mer caressait notre peau halée,
Et le sel brûlait nos lèvres enflammées.
Du pain blanc et un fruit tiède,
Et peut-être une moisson d'arapèdes,
Nourrissaient notre jeunesse sur cette plage,
Insouciante et mûre avant l'âge.
Et lorsque le soir tombait,
Et que la mer en silence, d'un petit pas se retirait,
Dans l'ombre complice, tout ne devenait que délices...



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16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 11:43





Sur un bloc du port d'Alger, le pantalon retroussé,
Je rève, respire l'air salé, souris aux mouettes effrontées.
Sort d'un trou, un jeune crabe aux mandibules pincées,
Et à  la vague suivante dans un autre disparaît,
Non sans qu'il ait vu, de ses yeux  exorbités,
Pour la première fois un pied de Français,
Qui n'était ni noir, ni fourchu, mais blanc comme le lait !
Il courut chez sa mère, plus étonné qu'effrayé,
De sa découverte en fit part, mais fut vite rabroué.

  "Mon fils, lui dit-elle, ici tous ont le noir aux pieds,
Ils boivent l'anisette en regardant les pauvres travailler.
Parlent un jargon qui n'est même pas du français,
Roulent en calèche, quand les autres vont à  pieds,
Exportent le blé et les fruits d'un pays affamé .
Et même, ont bâti églises et clochers,
Là ou jadis s'élevaient des mosquées.
Ils vendent même le verre d'eau, au passant assoiffé !
Et aux vendanges, leurs travailleurs en été,
Pour éviter le vol, portent un masque ferré.
Ils riront jaunes, dans quelques années,
Quand la révolution renversera l'ordre du passé !.
C'est du moins ce que j'ai entendu d'un  étranger,
Un journaliste avide de nouvelles pimentées,
Qui l'a écrit dans un journal, à Paris imprimé
Mais qui jamais de sa vie, n'était venu à Alger !."

A ces mots, le jeune crabe, qui connaissait la vérité,
Se jura, à l'occasion, de pincer ce scribouillard éhonté
Pour lui apprendre à mentir et à salir ce Français...

G.L.




 Madani.

 Le vieux Madani est, 
 Depuis que je le connais, 
 Le même homme âgé, 
 Qui ne change pas au fil des années. 
 Sa chéchia un peu de côté, 
 La moustache blanche et effilée, 
 Les petits yeux perdus dans sa figure ridée, 
 Il se lève, lorsque mon grand-père parait, 
 Lui tend une main tremblante. 
 Les deux vieillards sont ensemble. 
 L'un est ouvrier, l'autre Directeur, 
 Mais tous deux ont vécu les mêmes heures. 
 L'un est pauvre, l'autre propriétaire. 
 Dirait-on maintenant, l'un est colon, l'autre prolétaire.  

 Mais jusqu'à ces derniers temps, malgré son âge incertain, 
 Le vieux Madani gagnait son pain quotidien, 
 Et matin et soir, mangeait à sa faim. 

 Quand un mois de juillet, au beau milieu de l'été, 
 L'usine, par l'arrêt d'un préfet, fut fermée. 
 Le vieux Madani reçut une nouvelle citoyenneté, 
 Mais il en est mort, affamé. 
 
 Georges Levy (Alger,1938-1962).


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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 11:43






                           

  Branle-bas de Combat.

Au 20 de la rue Sadi-Carnot, à Alger, habitait le citoyen Georges,
au cinquième étage d'un immeuble bâti dans les années 30.
Pour moi, c'était vivre comme entre ciel et terre.
De la fenêtre du bureau paternel, j'embrassais tout l'arc de la baie
jusqu'à la ligne grise et floue du Cap Matifou.
Et les môles portuaires, les bateaux marchands, les grues, les entrepôts,
l'usine a gaz, la gare de triage de l'Agha, me livraient leurs
secrets, comme une vue d'avion, avec ma rue pleine de vie,
qui s'échappait avec son tramway marron des C.F.R.A jusqu'au coude
du Champ-de-Maneuvres. (Il ne faut pas en demander trop au Créateur !).
Et, comme le bonheur est une chose fragile, le grand immeuble des
Chemins de Fer d'Algérie, surgit de terre en quelques mois
avec l'énergie des bâtisseurs . Laid à mon goût, je le maudissais de
m'avoir volé mon paysage, ma vraie raison d'être. Avec le printemps
et le temps des cerises, nos amours enflammés coulèrent
sous le pont de Constantine, la Méditerranée se fraya un passage
entre Paris et Tamanrasset, et plastiquages et mitraillages
devinrent les mammelles de l'Algérie.
Même quelques- uns chantaient déjà, mais tout bas, le Chant du Départ.
Maintenant, la nuit tombante, les chats ne sortent plus la nuit: des
patrouilles "d'Insécurité", en camions verts et grillagés, font la chasse
aux colleurs d'affiches et aux amoureux attardés du couvre-feu.
Les Philarmoniques du monde étaient jalouses de cet auditorium immense
lorsque, les concerts de casseroles précédaient la lente progression
du défilé motorisé.
Et cet instrument culinaire entra dans l'Histoire de la Musique,
classé définitivement entre le tambour et la cymbale, section orientale.
Un soir, chaud et humide, au crescendo habituel qui montait du Champ-de-Maneuvres, je me joignis à la fête, accoudé à ma fenêtre, les persiennes à demi-pliées en avant, comme d'habitude, pour voir et ne pas être vu!. Soudain, le silence prudent, qui revenait au passage du convoi fut rompu par le fracas d'un pot de fleurs qui s'écrasa sur le trottoir avec un bruit d'enfer. Aux mille morceaux d'argile, répondit une fusillade d'arme automatique qui alla crever les murs de l'immeuble d'en
face. Des lueurs bleutées, et une pétarade saccadée; je bondis en arrière en fermant les volets. La patrouille s'arrêta, moteurs coupés. Ma respiration en fit de même.

J'imaginais une perquisistion immédiate et brusquement
ne sus que faire de mon épaisse collection de tracts,
que notre voisin du dessous glissait subrepticement chaque
nuit sous la porte, avec un crissement de Guerre des Ombres!
Après un quart d'heure d'angoisse, le ronronnement des
camions me libérèrent de ce cauchemard: sortir de ces
vaisseaux blindés aurait-il été peut-être plus dangereux?.
Toujours est-il que le reste de la nuit fut consacré à
vider de vieilles balles couvertes de vert de gris, du
révolver d'ordonnance de mon père qui avait déjà dû le
rendre aux z'autorités des Tagarins, (mais sait-on jamais!),
à l'aide de grosses tenailles, au risque de péter une amorce.
Contrairement à l'enfant Grec, je ne voulais plus de
poudre et de balles. Et je jetais le tout: le salpètre
et les douilles, entortillés dans le papier des manifestes
séditieux, dans la cuvette de l'"excusado", qui n'en revenait
 pas et même faillit se boucher d'émotion.
Ce qui en soit, fut un miracle, car à cette époque
troublée où les événements se succédaient, plus poignants
les uns que les autres, les boyaux ne suivaient pas l'intendance,
et le bon état de marche de cet engin hydraulique était
particulièrement crucial.
C'est ainsi que je perdis, outre quelques kilos, une superbe
collection de tracts, qui méritait son entrée aux Archives Nationales.
Je fis le tour de ma chambre, cherchant ce qui
pourrait être identifié comme matière provocatrice.
J'avais en face de mon lit, une superbe affiche, avec, sur un
fond guerrier, écrit en grosses lettres rouges: "On les Aura"
mais elle datait de la deuxième guerre mondiale, et bien
que d'actualité, j'en pris le risque. L'interprétation étant
double! Sur l'autre mur, une grande reproduction d'un
orientaliste, peut-être un Dinet: un coucher de soleil
sur les Aurès. Cette fois, cela pouvait m'attirer des
ennuis. Il y a des associations dangereuses. Je ne suis
pas intrépide: je retournais le cadre de cent-quatre-vingt
degrés contre le mur.
Dans ma rangée de bouquins, au premier
rang, un livre jauni, mais célèbre: "La Valise ou le Cercueil."
Je ne voulus pas leur faire plaisir, je le glissais sous
l'armoire. Ah!,j'allais oublier, je devais démonter mon cher
poste de radio, celui que j'avais construit d'après un
schéma de Mécanique-Populaire, avec une lampe, un tube de
carton enroulé de fil émaillé, pour écouter la fréquence des
estafettes de police du Commisariat Central.
"Albatros 5, Albatros 6, m'entendez vous? -il y a un barrage de
hors-la-loi, rue de Lyon.! " Réponse laconique: "retournez sur
place!... "
C'est ainsi que dans ma chambre sur cour, je suivis
en temps réel tous les événements, jusqu'en 1962. Et même,
je peux vous le confier, durant cette période, je fus un
grand résistant...au courant électrique, m'étant électrocuté
maintes fois en tripotant ce chassis "tout-courant", non
isolé du secteur!.
Mais ce n'était que du deux-cent-vingt volts: comme, malgré tout, la terre ne cessa pas de tourner, avec le petit matin, vinrent s'attarder à l'entrée les employés de bureau, blasés, commentant les impacts de balles, évaluant les diamètres des trous noirs sur le fond blanc des platras éclatés. Et moi, à bien penser, je le trouvai soudain assez élégant cet immeuble, avec ses lignes verticales et son escalier
d'honneur. Ne m'avait-il pas sauvé la vie en se prenant pour cible?
Et pourais-je dire en conclusion, et bien que ce ne fut
pas un film, que cette peur fut le salaire d'un pot de fleur.



Georges.L.(Alger,1938-19629)

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Published by georges - dans souvenirs
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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 13:15






                                                         La Toussaint.




Ce matin, lorsque vous serez levés,
 Et que vous pousserez vos volets,
 Vous verrez, dans la rue mouillée,
Des femmes enchapeautées,
 Et de noir voilées,
 Des passants sombrement vêtus,
 Dans le calme de la ville enfin revenu.
 Ils serrent dans leurs bras un missel,
 Ou simplement, de jolies fleurs des champs,
Car c'est un devoir universel,
Que de célébrer le souvenir de ses parents.
 Dans le calme de ce jour férié,
Ils vont tous au cimetière,
 Bien désherbé, et de couronnes orné.
 Et je pense en moi-même, dans ma douleur altière,
 Que ces gens à l'air triste, sont bien heureux,
 De pouvoir prier, sur la tombe de leurs Aïeux.
Ce jour de deuil, qui unit les Français,
 Ravive en moi, les heures sombres du passé:
 Je n'ai pas de tombe, ou pouvoir m'incliner,
Et lire, à demi-effacés, les noms de mes bien-aimés.
 Et après tant d'années, je m'efforce de revoir, le soir,
 Le chemin des tombeaux, qui s'efface de ma mémoire.
 Et je n'ose penser, si ce cimetière a été profané,
 Ou s'il en reste encore des débris, éparpillés.
Ce Premier Novembre, cet implacable anathème,
 Je ne sais pas même, ou poser ma chrysanthème,
 Alors, je la donnerai à une pauvresse,
 En souvenir de ces morts, qui n'ont plus d'adresse.



Georges L.

     

         1/11/1954
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13 octobre 2006 5 13 /10 /octobre /2006 13:20

 

 


 

 

 

   ALGER

La mer qui se brise sur le môle de l'Amirauté,

Se retire d'entre les blocs par le ressac aspirée.
      Le bleu foncé des vagues par l'horizon cerné,
 
Se transforme en vert opale et écume argentée,
Sur la mousse glissante aux creux des rochers,
Qui brillent au soleil, des gouttes d'eau salée.
 
      Un lamparo double le phare et tire ses bordées,
Remorquant une barque aux rames repliées,
Qui danse sur les flots, comme un cabri sur le pré.
      Les grosses boules de verres se balancent aux filets
 
 Pour la pêche de nuit, c'est un appât enchanté.
      Ce sont ces marins, qui comme les boulangers,
Travaillent la nuit, quand la ville éteint ses foyers.
 
Mais la lumière s'apaise soudain sur la mer calmée.
     Une lueur rouge empourpre au loin les nuages cachés.
Le clapotis des vagues se fait discret,
Le silence règne sur ce havre de paix.
 
     Alger  s'entoure d'un voile fin comme une beauté,
Celle de l'odalisque sortant du bain, effarouchée.
     Le cap Matifou modestement, s'est presque effacé,
Le port même ressemble  à une oeuvre de Marquet.
 
    Les grues sont penchées entre leurs jambes écartées,
Et les remorqueurs glissent dans l'ombre des quais.
    Des silhouettes inquiétantes s'installent dans les coins délaissés,
Que le phare éclaire par à coups, de son feu puissant et saccadé.
 
     Le ciel, qui pour la nuit a revêtu son habit constellé,
Veille sur les enfants dans leurs sommeils plongés.
    Je suis enfin seul maintenant , pour  la contempler,
Ma ville est plus belle encore ,  sur son lit allongée,
 
Je suis son amant jaloux tout au long des années,
A sa blancheur, à personne n'y permettrai d'y toucher,
Et moi, je ne demande au ciel, qu'un lendemain répété.
 
 

Georges.L.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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