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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:41


2012 se meurt, 2013 pousse
notre porte.  "Je ne sais ce dont sera faite l'année prochaine"* , cette phrase  la prononçait mon cher père, comme un leitmotiv, bien qu'il toujours s'efforçât de cacher ses soucis. A peine revenu de la Guerre, comme ses frères, il dut recommencer presque  à zéro sa situation: sa voiture réquisitionnée  par les américains lui fut rendue comme une épave, et la Minoterie familiale confisquée par Vichy et mal entretenue eut  aussi à affronter les vicissitudes juridiques de l'après-guerre.
Ma mère avait reçu en héritage, très jeune orpheline de 14-18, un petit immeuble situé  près des Halles d'Alger à Belcourt qui devait lui assurer une rente. En fait, cet immeuble vétuste, qui avait été secou
é par les bombardement en 1942, coûtait plus cher en réparations que n'en rapportaient les maigres loyers. Chaque fois que son concierge Monsieur Féminias sonnait à notre porte, c'était pour apporter la liste des  doléances (justifiées) des locataires. Ce géant, qui exhalait une forte odeur de tabac froid à dix pas, outre sa fonction subalterne avec sa femme de gardien d'immeuble, travaillait aux Chemins de Fers à la gare de l'Agha, en tant qu'homme à tout faire et je pouvais souvent le voir  de ma fenêtre cercler de neuf les grandes roues  de chariots à bagages. Un spectacle passionnant. De forgeron il en avait la force et l'habileté . Il encastrait à grands coups de maillet la roue en bois dans la jante de fer rougie,  et c'était  alors une course de vitesse pour éviter que le bois ne brûle,et il l'aspergeait ensuite d'un seau d'eau qui se vaporisait pour terminer son travail.
Mais revenons à cet hiver méditerranéen  sans neige.
ll y a des années, où les dates des fêtes de Noël et de Hanoucca(1), se chevauchent. Pour les uns, c'est un sapin décoré, (en réalité un épicéa); pour les autres, c'est la  "Fête des Lumières", avec des chandelles allumées une de plus chaque soir, (en tout huit et le chandelier est placé bien en évidence près d'une fenêtre  Mais le dénominateur commun est la grande joie des enfants. La plupart de mes camarades d'école communale mettaient leurs souliers devant la cheminée, (à Alger l'hiver était très humide, mais il y avait aussi  dans certains appartements de fausses cheminées décoratives) ou à défaut à côté de l'arbre en pot enguirlandé, mais d'autres comme moi, qui dit-on, ont les pieds fourchus, reçoivent leurs cadeaux directement de leurs parents. J'avais en commun avec mon ami Brakchi de ne pas fréquenter le catéchisme à St-Charles. Son grand-frère était le laitier du quartier Clauzel. Durant les restrictions, il avait coutume de couper le précieux laitage. Il pensait naïvement  puisque le mélange restait aussi blanc que la neige de son Djurjura, que le contrôleur des fraudes n'y verrait goutte...Hélas pour lui, dura lex sed lex, sa boutique dut fermer... Brakchi était un enfant chétif, comme moi alors, ce fut une des raisons de notre solidarité lors des bousculades aux recréations avec les autres élèves...

La semaine précédent les Fêtes, c'était chez-nous un peu différent . Les parents, oncles et tantes, à voix basse, dans un secret semblable à l'Opération Torch(2), rassemblaient les menus offrandes qui allaient s'entasser dans un coin théoriquement insoupçonnable de la maison. Mais moi qui furetais partout, connaissais évidemment  ce haut de placard, sous les coussins, une cache inaccessible à nos courtes jambes. Mais nous savions retenir notre curiosité par respect et  pour ne pas gâcher la surprise.
Évidement mon cousin très diable, jamais ne put se retenir d'ouvrir les  cadeaux avant l'heure en grimpant sur l'escabeau pour atteindre le haut de l'armoire de ses parents. !
Très tôt le matin de la fête, mon frère et moi en pyjama, nous nous réunissions dans le même lit, en pouffant de rire en écoutant des bruits étranges dans cette aube silencieuse. Mon père, dans la proche salle de bain, ouvrait un sac de coton hydrophile, et face au miroir essayait d'en faire un collier de barbe vénérable qui ne glisserait pas au moindre hochement de tête!. Il avait choisi une sortie de bain rouge, et encapuchonné, il ne lui manquait même pas  la hotte, faite de notre corbeille à papier en osier jaune, de notre chambre, qu'il avait subrepticement empruntée la veille. Et enfin prêt, cet amour de père Noël frappait à la porte de notre chambre, suivant le même rituel tous les ans, en déguisant sa voix,  et nous étions censés ne pas le reconnaître. Il déposait alors son fardeau et commençait sa distribution, sans oublier de rappeler le nom de chaque donateur.  Assis sur le lit, nous recevions à tour de rôle, les cadeaux de toute la famille, un jeu de Monopoly, un numéro complémentaire pour le mécano, mais surtout des livres, les Cent et uns Contes, Pantagruel et Gargantua, Les Misérables, (version intégrale), le Dernier des Mohicans, Flika, le Fils de Flika, les Contes d'Andersen, le Conscrit de 1813, les Contes d'Alphonse Daudet, Gulliver, des Jules Verne, tous ces trésors universels de la littérature pèle-mêle, sur notre lit, avec un kaléidoscope, un jeu de cartes, des pâtes à modeler, et bonheur suprême pour moi, un poste à galène, dans son coffret de bois.

Certes, j'exagère un peu et ces "dona ferentes" s'étalaient sur plus d'une année ! N'empêche que les Jules Verne, à la tranche dorée et reliés d'une couverture rouge, étaient de merveilleux présents qui appartinrent à Robert, le fils de notre très vieille tante Julie(3). mariée à David Caïn et parente de Julien Caïn(4), le célèbre Administrateur de la Bibliothèque Nationale.
La hotte enfin vidée, notre père-Noël nous confiait,, le visage soudainement  plus rembruni  chaque année "qu'il ne savait pas ce dont serait faite l'année prochaine"*. Les problèmes économiques, les soucis, il ne nous les faisait pas partager, seule cette petite phrase, que nous faisions semblant de ne pas entendre pour ne pas gâcher notre égoïste plaisir à ouvrir ces présents. Ainsi, à l'école, nous pouvions échanger nos commentaires sur ces offrandes avec nos petits camarades, sans nous sentir frustrés.
Mon père, qui déclamait sans peine le "Bateau Ivre" de Rimbaud ou autres poèmes, et aussi respectueux de son héritage judaïque, se transformait, une fois l'an, en porteur de joie universelle, par amour de ses enfants.
Mais une année bien sombre, celle ou les jouets étaient encore de pacotille(5), mon père pris de court et  s'improvisant menuisier, décida qu'un vilain sachet de papier marron n'était pas convenable pour contenir quelques pièces de Mécano, mêmes écaillées, qu'il avait dénichées.  La veille au soir, après une journée de labeur, il prit une scie, un marteau, des clous, des baguettes de bois de carouge qui traînaient dans le placard à outils, et s'employa à construire une boite, avec même des cloisons pour ranger les vis et les écrous. Évidemment dans le plus grand secret ! Certes, ils étaient faits de vil métal  (comme les pièces de monnaies d'alors en ersatz de Nickel!) et s'adaptaient mal  à  nos petits doigts, et les composants en tôle ajourée étaient trop ductiles, mais pour nous c'était un trésor!.
Et là, après soixante ans, je dois demander pardon à notre voisin, du dessous du bruit infernal que ce marteau fit en enfonçant ces clous dans ce bois rébarbatif, à minuit, et sur le carrelage !!
Il resta à mon père encore un peu de temps avant le lever du soleil pour passer le tout au brou de noix. Le matin, deux boites magnifiques avec couvercle et charnières, remplirent la hotte miraculeuse . (J'espère que restées à Alger, elles firent la joie d'autres enfants, après tout, ce pouvait être aussi une boite idéale pour disposer des cacahuètes et des biblis...).

Mais cette distribution était à peine terminée, qu'un coup de sonnette matinal retentit au palier. Je suivis mon  père, encore enveloppé de sa cape qui,  par réflexe, alla ouvrir la porte, et se trouva nez à nez avec.. ce Monsieur Fémenias, stupéfait et ne croyant pas ses yeux rougis par la forge, de voir "Monsieur Lévy" en Père-Noël  !! J'imagine que la description qu'il en a dû faire à sa femme, de retour rue de l'Union, a dû faire rire plus d'un  Belcourtois. Moi même j'en ris encore, mais je vous en prie, ne racontez cette histoire à personne.
Aujourd'hui. avec mes cinq enfants nés en Israel, je n'ai pas imité mon père, et sa façon originale de nous gâter, car évidement de minorité nous sommes devenus une majorité !.
Au jardin d'enfant, ma petite fille a comme tous les bambins dansé au son des chansons enfantines de Hanoucca. Comme ses petits camarades elle a dégusté ces fameux beignets sucrés au coeur de confiture, et alors sans doute fatiguée par cette matinée, a décidé de s'allonger sur le linoléum frais pour reprendre des forces...
Elle vous souhaite à vous tous, chers lecteurs et lectrices, une année sereine  et riche en heureux évènements.

28.11.12 034
Notes:
(1) Hanoucca:
(2) Opération "Torch" :
(3)  Julie Caïn:
Soeur de mon Grand-Père paternel Charles Lévy, ses parents  étaient originaires de Soultz (Haut-Rhin) et en 1870, après la défaite de Sedan, choisirent de s'enregistrer dans le Territoire de Belfort pour rester Français et échapper à la nationalité allemande imposée par les Prussiens. Femme extraordinaire, elle sauva les jeunes cousins après la défaite de 1940 en les cachant dans un tombereau...Elle était parente de Julien Caïn(4) qui fut le brillant administrateur de la Bibliothèque Nationale de France. La politique de la France d'alors étaient de peupler l'Algérie. Ainsi ils se retrouvèrent, les familles Lévy , Caïn,  Blum,  Bloch,  Dreyfus,  Geisman, Meyer et bien d'autres pionniers dans ce pays où régnaient le paludisme, l'insécurité, la sécheresse, les razzias et même encore le trafic d'esclaves noirs.
Ces noms maintenant s'effacent lentement sur les tombes profanées de nos cimetières.

(4) Julien Caïn : 


(5) de pacotille :
Durant les restrictions, les matières premières étaient exportées à l'Etat Français de Vichy. Le blé, les agrumes, comme les minerais de l'Ouenza traversaient la Méditerranée pour aider l'occupant qui ainsi faisait une ponction sanglante dans l'Algérie. Les Indigènes en particulier souffrirent  de  ces privations et grâce aussi à la propagande des envoyés de Berlin en Afrique du Nord, une révolte cruelle soigneusement fomentée par les agitateurs, éclata à Sétif et dans l'Ouest Constantinois le 8 mai 1945, la date choisie pour célébrer l'Armistice.
  

 


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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 08:23



Adjugé ! s'écria le commissaire-priseur, un petit vieux à barbiche, en griffonnant sur son calepin le résultat de l'adjudication tout en serrant sous son bras une serviette de cuir craquelée par le soleil. Il domine sur une estrade improvisée les ferrailleurs et petits patrons en quête de matériaux pour faire renaître leurs ateliers. En cette période d'après guerre, il était presque impossible de trouver du fil de cuivre émaillé pour refaire des bobinages, des roulements à billes, des machines à travailler les métaux, sans parler de voitures ou camions revenus de la réquisition hors de service. Mais à la Réghaia, près de Blida , dans la plaine brûlante existait alors un salvateur cimetière de matériel de guerre, des avions, des véhicules, tous ces abondants surplus laissés par les Alliés après leur victoire en Afrique du Nord.

                  
Une Jeep typique et son équipage pendant la Campagne de Tunisie



 

 

Cette société c'était la "S.A.R.S "..Société Algérienne de Récupération de Surplus. (Du moins ainsi j'en déduis la signification !).
Ce matin mon père et mes deux oncles démobilisés, sont en quête de machines vendues..au poids et  qui leurs permettront de redémarrer dans la vie civile. D'abord l'Atelier a besoin d'une voiture à tout faire: le choix est difficile dans ce champ de  "Jeeps" ,certaines le capot du moteur relevé par de précédentes inspections, laissent entrevoir un moteur huileux, d'autres sans pneus ou avec la vitre brisée, mais toutes bien sur débarrassées de leur mitrailleuse ,antenne et radio. Mais mon père  tout ému en pensant à la sienne, sa "Fleurette" qui a fait la Campagne de Tunisie, souleva le coussin du chauffeur qui masquait le réservoir d'essence pour vérifier le niveau, se mit au volant, appuya sur le champignon du démarreur au plancher et réussit même à réveiller le moteur de sa torpeur, et sur le champ l'adopta. Moi et mon grand frère qui avions rapidement découvert  les petits coffres sur les cotés de la banquette arrière allons les fouiller pour y trouver peut-être des trésors, des outils ou même des balles ...
Je m'amusais à cracher ma salive sur la tôle surchauffée, pour la voir bouillir. Mais ce paradis  guerrier n'évoquait pas pour moi les horreurs de la guerre et les souffrances des servants de tout ce matériel martial. Dans un coin une colline de longues douilles d'obus de D.C.A.,encore brillantes de leur cuivre, attendent leur envoi à la fonderie , et plus loin un amoncellement de pneumatiques avec ou sans leurs jantes. A coté rangés en pyramide les Jerricans de 20 litres de couleur jaune-sable, les fameux Jerri'es.  Et puis des moteurs de véhicules accidentés fracassés à la masse pour séparer le bronze de l'acier, et aussi des moteurs électriques pour en récupérer les fils émaillés pour les bobinages.
Cette Jeep qui n'avait pour seul luxe qu'un toit rabattant  fendill
é en toile kaki, fut confiée à Monsieur Touati qui avait son magasin de "housses- sur-mesure" en face de chez-nous, rue Sadi-Carnot. Je le voyais souvent piquer ses bâches et tissus épais. Son magasin étant  trop étroit, il déposait le matin à même le trottoir les sièges en attente. Il habilla ce vétéran de deux portes de toile solide de couleur...terre de sienne sur un cadre en fer rond, avec même une fenêtre en plastique translucide . La partie arrière de la Jeep était bâchée et il fallait pour accéder à son étroite banquette enjamber les sièges avant ! Quelle gymnastique, mais pour nous enfants une source de rigolade. Dans cet aquarium nous étouffions en été et grelottions de froid l'hiver, le vent entrant par toutes les jointures. Mais nous étions heureux de pouvoir sortir le Dimanche à la plage ou à la forêt grâce à cette Fleurette revenue à la vie civile, que mon frère et moi avions repeinte un matin de couleur.. aluminium comme un bolide.
Je ne peux m'empêcher  d'insérer là ce souvenir d'excursion,
même au prix de me répéter !! .

Paysage de neige en Kabylie*





Sommes-nous bien en hiver?
S'exclama maman, en ouvrant la croisée,
Enchantée par ce matin tout frais,
Et au spectacle lointain, du Djurdjura enneigé.
Il fait si beau aujourd'hui,
Et demain les classes sont finies.
"Nous irons à la Neige !",
Dit mon père d'un ton averti.
Comme des fourmis affairées,
Qui se bousculent dans leur nid,
A ce mot magique, mon frère et moi sautons du lit.
Il ne faut pas moins d'un jour, pour se préparer.
Je suis préposé aux chaussures,
"Sur le balcon, à côté du mur"!.
Elles on fait bien des guerres,
Et maintenant se reposent, pensionnaires.
Ne riez pas, c'est un mission de confiance,
Dont dépend le succès des vacances !.
Je les couvre de cirage,
Ces godasses au grand âge,
Comme on calfate un bateau,
De peur qu'il ne prenne l'eau.
Serrés tous les quatre dans notre Jeep-Willys,
Une ancienne combattante, qui reprit du service,
A soixante miles, le moteur ronfle et la bâche claque,
Comme un voile de pirate prête à l'attaque.
Sur la route de Médéa, prenons un chemin de terre,
Ce qui en soit, est une drôle d'affaire,
Mais mon père au volant est un véritable expert.
Sur une hauteur, notre voyage s'arrête.
Je descends, étourdi par l'air raréfié et m'apprête.
La vue est splendide sur la colline et les crêtes.
Maman, déjà, prépare un goûter,
Sur le capot déplie une nappe, une vraie salle à manger.
Il y a deux heures à peine, je finissais mon lait,
Mais déjà dans ce froid vif, ma faim s'aiguisait,
Et choisis une tranche, de beurre et de gruyère garnie,
Et pour plus de sûreté, une belle tomate farcie..
Soudain dans ce silence, qui même semblait gelé,
Surgit d'une ravine, où il était caché,
Un petit berger, suivi de sa vache efflanquée.
Une baguette à la main, et les pieds écorchés,
Cet enfant en haillons, à la chevelure touffue,
S'arrêta devant moi, et le charme fut rompu :
Pétrifié, je regardais maman d'un oeil implorant,
Qui déjà lui tendait le pain blanc et le thé brûlant :
Pour la première fois,
Devant moi,
Je voyais la Vérité nue !.



Un jour la tentation étant trop forte, je me suis mis au volant dans la cour de l'Atelier. J'avais repéré que pour démarrer, il fallait seulement appuyer sur un petit champignon situé au plancher. ( Les Jeeps fabriquées en 1942 n'avaient évidement pas de clef de contact).
Seulement j'avais oublié de mettre le changement de vitesses au point mort, alors la Jeep démarra en trombe et ne s'arrêta que lorsque elle rencontra la palissade...et le moteur cala !


Au plancher de la Jeep, leviers de changement de vitesses, ceux des ponts arrière et avant, le champignon démarreur à droite des pédales, frein à main sur le tableau de bord, indicateur de vitesse: 60 Miles maximum.(100Km/h, après la Jeep décolle...).
Accumulateur de 6v au début! La colonne  non rétractable et le volant indéformable sont un danger terrible pour le  conducteur en cas d'accident. Avertisseur au centre du volant. Au  dessus du panneau de bord et ne figurant pas sur la photo, un râtelier métallique pour le fusil. Directement sous le siège du chauffeur des dizaines de litres d'essence !

Une Jeep de Tsahal, au Muséee de la Haganah à Tel-Aviv , armée d'une mitrailleuse MG-34 allemande de récupération de la WWII.




Une Jeep en rénovation dans les mains d'un passionné en France:




Ni vu, ni entendu, je me suis mis posément à apprendre à changer les 3 vitesses plus la marche-arrière, et même à embrayer les deux ponts pour rouler dans le sable . En ce temps-la, il était autorisé à un chauffeur sans permis de conduire, d'être au volant à condition que le passager siégeant à ses cotés fut licencié (mon père !). Une loi cousue pour moi, qui à l'âge de la Bar-Mitzwa conduisait fièrement la famille le Dimanche sur les routes à faible circulation...Cet engin génial avait cependant des défauts, dont le principal était sa tenue de route qui ressemblait à celle d'une barque au gré des flots et ne pardonnait pas la moindre erreur.
Un jour, sur la route de Birkadem, la Jeep empruntée et chargée de mes cousins, et de moi au milieu, plus accroupi qu'assis ,fit une embardée inattendue due à une erreur de dépassement que suivit un tonneau ! Je me souviens avoir été éjecté comme un paquet de linge sale (à cette époque il n'y avait pas de ceinture de sécurité) et me retrouva assez loin dans le fossé !
Longtemps me poursuivit dans mes nuits ces images de ma trajectoire d'abord au ras du bitume et ensuite dans la caillasse et les ronces. Curieusement, bien que je me souvienne que des personnes soient allées me relever de mon trou, je ne sais plus comment je me suis retrouvé chez le Professeur Serror, chirurgien rue Michelet, qui pansa mon genou abîmé sous les yeux inquiets de mon père. Mes cousins eux, séjournèrent avec des fractures à la Clinique Solal, (Clinique de l'Orientale ). Il me resta de cette aventure une peur incontrolable qui s'emparât longtemps de moi lorsque je voyageais, assis au fond de l'auto pour ne pas voir le paysage !.
Mais l'amour du volant étant le plus fort, je passais mon permis de conduire dans une 4cv de l'auto-école, sur les quais de l'arrière Port de l'Agha, à une heure creuse, après une courte promenade et une marche arrière le long d'un trottoir...désert !

Des années plus tard, en Israel dans la région de la Mer Morte, c'est au volant d'une Jeep fabriquée sous licence à Nazareth, que je retrouvais mes premiers amours, pour patrouiller dans les montagnes vierges bordant la Mer de Sel

L'Usine  extrait la Potasse de la Mer Morte qui est très riche en minéraux .
Les ouvriers qui y travaillent dans une chaleur infernale sont des héros !.


 
                  

En haut dans la montagne, je progresse  avec prudence pour ne pas éclater un pneu sur les pierres coupantes!



Un travail tout civil qui consistait à contrôler (pas de trop près !)
à la levée du jour le bon état de pompes d'eau douce protégées par des barbelés et des mines .

Jean-Michel a tout vérifié...



 

 

Les Bouquetins et les Gazelles n'avaient pas besoin comme moi d'embrayer les deux ponts pour progresser lentement dans la pierraille qui tenait lieu de piste et pour ne pas casser la mécanique . Mais nous avions un handicap de plus : nos sièges étaient recouverts de sacs de caoutchouc remplis de sable pour protéger notre séant (et le reste) au cas où nous sauterions sur une mine anti-personnelle posée par les fedayins la nuit. Alors la Jeep avec son centre de gravité très haut placé se balançait dangereusement à chaque bloc que les pneus rencontraient
   

Au dessus de la Mer Morte:  voici la ville d'Arad à ses débuts. A gauche et surplombant le wadi, les premières maisons construites en bois pour les pionniers.

A droite les nouvelles bâtisses dessinées pour un maximum de fraîcheur à l'intérieur (tout est relatif). Leurs habitants n'imaginaient pas alors de recevoir un jour de Novembre 2012 leur part de fusées "Grad" tirées de Gaza.....




A quelques km de l
à, j'ai participé à des fouilles archéologiques au tumulus qui recouvre l'emplacement de la ville biblique du Roi d'Arad. Un travail de forçat, mais passionnant, et une émotion quotidienne de retrouver les ruines d'un passé cité dans les Écritures !


 

 

Sur le cliché ci-dessous, les veilleurs sont récupérés de la garde nocturne. Au volant un jeune habitant d'Arad, du nom de Péretz chef de l'équipe, il sera tué au Sinai pendant la Guerre de Kippour. Moi je suis assis à l'arrière, une jambe dehors..Les deux autres israéliens sont des pères de famille venus de Tel-Aviv pour trouver n'importe quel travail  au Néguev en cette année de crise (1968) .
 

Le matin, avant que le soleil n'aveugle le décor, s'offrait à nous un paysage de couleur pastel qui n'a pas changé depuis les temps bibliques, au delà des monts de Judée et d'Edom. Soudain alors que nous progressions enfoncés entre deux talus, bondit devant le capot, dérangé par le bruit du moteur, un Lynx que j'ai reconnu à ses oreilles pointues et à leurs touffes de poils . De cette fraction de seconde, j'ai gardé un souvenir exact de ce gros Chat . Et je l'ai vérifié sur la toile :



 

 

En fait, à cette époque des années 60, des panthères hantaient encore les hauteurs de la Mer Morte et même la nuit se hasardaient à pénétrer dans le Kibboutz d'Ein-Guedi pour y chercher de la provende. Il y a quelques années, l'une d'elle fut munie d'un collier-émetteur pour suivre sa trace et la protéger: hélas, c'est un mâle qui dévora sa jeune progéniture, comme cela arrive dans la nature. Il parait que c'est souvent un acte de jalousie et crainte de la concurrence. Et non pas du à un ventre affamé.

La Jeep avait un autre défaut, elle ne buvait pas que de l'eau et de l'huile, mais des quantités impressionnantes d'essence, ce qui ne m'empêchât pas dans ma vie rangée d'en acquérir une et de la conduire comme dans le passé. Mais je la revendis rapidement
à la naissance des enfants...
Alors, quand j'en vois des exemplaires qui n'ont de commun que le nom, à la carrosserie laquée et comme enflée par la bonne chère, rangées le long du trottoir,
et protégées par des clefs de contact, avec des arceaux de renforcements comme la loi l'oblige, des sièges capitonnés avec appuis-têtes, des ceintures de sécurité, des moyeux chromés, et munies de radios et lecteurs de compact-disques et même de GPS* pour ne pas se tromper de rue en allant au super-marché, je pense que je fus un privilégié d'en avoir piloté une vraie de vraie ....et d'en être sorti vivant !.

 
Adieu Fleurette !


Notes:

1) Origines du mot Jeep ? Non, ce ne sont pas seulement les initiales de "General Purpose" :
http://www.olive-drab.com/od_mvg_www_jeeps_origin_term.php


2) GPS: Global P
ositioning System.

3) Crédit de photos et remerciements à :


Photo Neige en Kabylie:

http://www.kabyle.com/photos/data/552/medium/neige_m-08_121.jpg


Détails de Jeep en rénovation; un superbe lien :

www.jeep42.net/restauration_carrosserie.htm

Matériel de Guerre Opération Torch:


http://www.afrikakorps.org/usafvcolors.htm

 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 13:35

Aujourd'hui, 15 Novembre 2012, les localités situées au Sud d'Israeli, sont dans un rayon de 70km de Gaza, la proie des terroristes islamiques. Pluie de feu : des centaines de fusées de fabrication iraniennes sont tirées de Gaza sur les civils israéliens dans le seul but de semer la terreur. Chez ces chefs de bandes la vie n'est pas sacrée et mourir pour retrouver au-delà 70 vierges est la suprême récompense. La Paix est un mot inconnu qui ne fait pas partie de l'enseignement de la Charia qui veut changer le monde.Par contre la haine coule de leurs lèvres. Mais comme Hitler, Sadam-Hussein, Khadafi et bientôt Assad, ils trouveront une fin amère dans leurs abris de béton.

 

  Albert  Marquet* (1875-1947)

 

  Le Port d'Alger embrumé 


Marquet-Alger-Port-embrume-1943.jpg

 

 

Alger sous la pluie.

 

L'hiver, la vue du port à travers la croisée, est troublée par les gouttes d'eau écrasées qui coulent lentement sur le verre enchâssé comme les larmes du ciel délavé.

Les flèches des grues soudain zigzaguent, les mâts des bateaux se contorsionnent, le réservoir à gaz est comme un gibus cabossé, les passants titubent sous le vent méchant, les nuages et la mer se fondent un moment : tout le paysage dans la pluie se déforme.

Et moi, derrière le carreau froid et embué, de mes doigts encrés de petit écolier, dessine un chat, une fleur, que j'efface de mon souffle chaud sur le vitrage glacé.

Dans la rue, mon tramway du Jardin d'Essais, roule par miracle sur des rails tordus, et sa longue perche d'acier se réfracte, suivant la loi des indices, même à Alger.

Cette pluie me plaît car j'en suis protégé dans mon nid familier. Ma cape de laine noire, au retour de l'école, sèche près du poêle à pétrole.
Le chandail tricoté par ma mère adorée, me chatouille le cou, et d'un geste irrité, comme pour une mouche obstinée, d'un coup de main leste, la congédiais cette boucle de laine qui se révoltait !

Kouglof
Du fond de la cuisine monte une odeur chaude de pâtisserie, le Kouglof (1) aux raisins secs juste sorti de son moule m'appelle irrésistiblement à coté du bol de lait sucré . Mais encore un instant s'il te plaît Maman,  voici l'hydravion(2) qui amerrit dans la baie....Je jette un dernier regard sur ce conte de fées qu'est la ville où je suis né:
Les martinets noirs dans la pluie fine, plongent et remontent avec des cris aigus dans ce paysage d'hiver qui se noie, chassent une proie invisible et mouillée, dans une ronde sans cesse recommencée.
Un arc en ciel soudain apparaît, sorti de la mer, un instant, pour m'enchanter, saluant de ses fines couleurs éparpillées Alger sous la pluie, et mon enfance émerveillée.

 

Notes:

J'habitais rue Sadi-Carnot à Alger, face à la baie, avec une vue dégagée sur le port commercial , la gare de marchandises et les usines du Hamma. Autant de sujets de curiosité qui ont comblé  mon enfance.

(1) Ce Kouglof, gâteau d'origine autrichienne, était une recette d'Anna, que j'ai évoquée dans l'article précèdent. 


(2) Plusieurs types d'hydravions firent  la ligne Alger-Marseille, avec escale aux Baléares, avant d'être détrônés par les avions modernes de l'après-guerre...Voir le site exceptionnel de Pierre Jarrige, avec des photos du port et des hangars que je pouvais discerner de loin :

Aviation Commerciale - 1ère partie

 

*Extrait de Bab-el-Oued Story:


"En 1943, Marquet retrouve son ami de jeunesse, le peintre Armand Assus qui habite avec sa famille un appartement au square Bresson. Ils vont peindre ensemble du deuxième étage d'un hôtel proche, situé sur le front de mer (probablement l'hôtel Terminus)".

Cet immeuble, situé sur le Boulevard Carnot, dominait la Darse de l'Amirauté et  les installations portuaires.

Marquet peint plus de 300 tableaux ayant pour sujet le Port et la Baie d'Alger . Chaque saison, chaque état du ciel et de la mer, furent pour lui (et notre plus grande joie), l'occasion de brosser un tableau sous un  angle, un éclairage et une atmosphère différents.

http://babelouedstory.com/cdhas/38_39_marquet/marquet.html

 

Maintenant la pianiste Young-Hyun Cho vous invite à écouter  "Les Jardins sous la pluie" de Claude Debussy,(1862-1918), un extrait d'Estampes (III).

  http://www.youtube.com/watch?v=XrlL6pJ4_HA&feature=related

 


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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 15:46

 

 

Hier, une fois n'est pas coutume, nous sommes allés à la Cinémathèque de Tel-Aviv, un nouveau bâtiment à l'architecture ultra-moderne, qui est aussi réussie vu de l'extérieur que de l'intérieur.

 

cinematheque FRENCH FILM FESTIVAL

 

A cette heure du jour où la plus-part des gens travaillent,  se présentèrent au  guichet (..lentement, avec précaution)  des retraités très âgés, si âgés  et branlants  qu'il me vint à penser méchamment que leur nombre en fin de séance risquait  de ne pas égaler celui du début du spectacle.. (Mais Georges, t'es-tu regardé dans un miroir ?)..


Le film de l'après-midi était une oeuvre sortie en France en 2011 : "Les Femmes du 6ème étage". Il s'agit du petit monde d'espagnoles, dont la jolie "Maria", venues à Paris pour y travailler comme "bonne à tout faire", chez des familles où la fortune a aveuglé leurs propriétaires. En logeant sous les combles, gelées en hiver, brûlantes en été, obligées de prendre l'escalier de service, elles doivent se contenter d'un seul lavabo à l'étage pour toutes ainsi que d'un lieu d'aisance...à la turc, souvent bouché. Mais plus triste encore, elles doivent obéir aux caprices et à la dictature humiliantes de leurs employeurs, avec des "Oui Madame", et ''Oui Monsieur" sous peine d'être chassées. Même la Concierge exerce envers ces femmes,  modernes esclaves, son métier de cerbère au pied-de-la lettre.
Ce film, malgré ses exagérations, est joué par des actrices et acteurs absolument remarquables quelque soit leurs rôles, et la durée de leur passage à l'écran. Comique de situations, scènes attendrissantes à l'eau de rose, et enchaînements prévisibles, m'ont pourtant personnellement touché profondément, je vais en vous conter la raison....


       Notre immeuble à Alger, 20 Rue Sadi-Carnot

Photo spécialement prise pour moi par Yves Jalabert, 40 ans après l'exode).

 20_Sadi_Carnot.jpg

 

Nous habitions à Alger, un appartement au cinquième étage avec ascenseur. Au 6ème logeait la fille du propriétaire de l'immeuble. Au 7ème, sous la terrasse-buanderie(1) aux tomettes rouges où on accédait par un escalier en colimaçon qui me donnait le vertige, un long couloir était bordé de caves remplies de ces vieilles choses qui pourraient-un-jour-être-utiles et dont chacun n'osait prendre la décision de s'en débarrasser. En passant devant, j'avais toujours la terreur d'être happé par les bras d'un fantôme à travers les barreaux de bois ! Ce corridor sombre  que je parcourais sans m'y arrêter, se terminait devant un petit appartement occupé par un instituteur dont la femme avait un pied-bot et un mauvais regard. Peut-être à cause du mien trop curieux sur son infirmité. Jouxtant ce logis, mes parents louaient une pièce minuscule qui n'était pas utilisée pour y habiter, mais comme débarras, car les commodités étaient plus que spartiates: un lavabo avec l'eau courante en était le seul luxe, mais c'était un bon refuge dans ces années troubles. .
En 1940, tout de suite après la défaite, divers décrets furent promulgués contre les étrangers résidants en Algérie, en particulier ceux citoyens des Forces de l'Axe, qui devaient être expulsés ou emprisonnés. Ainsi fut le sort d'Italiens ou de Républicains espagnols non naturalisés.
Je ne sais quand apparue "Anna" dans mon univers d'enfance, car elle fit toujours partie de la maisonnée. Anna était une autrichienne, aux grosses tresses d'or ramenées sur sa tête, une vraie affiche de propagande aryenne ! Avec ses yeux bleus et son sourire éclatant, elle était devenue pour moi comme une nounou bien-aimée. Elle aidait Maman dans les travaux quotidiens mais surtout veillait aussi sur ma santé fragile. Toujours est-il que notre famille juive prit alors de gros risques en la cachant ainsi, citoyenne d'un pays ennemi.
Dans sa chambrette, elle raconta à maman horrifiée, qu'elle donnait des miettes à manger à des souris. Chez-nous elles dévoraient les bourrelets de coton qui bouchaient les interstices des fenêtres. Ces petites bêtes charmantes étaient affamées et avaient envahi la  ville(2). Les  rationnements et restrictions sévissaient pour tous....
"Chorges" m'appelât-elle un jour, avec son accent haché et  en me serrant dans ses bras, voici une surprise pour toi. Et elle me tendit une culotte taillée dans un bout de tissu, avec des bretelles à la tyrolienne, à  la taille de mon ourson préféré "Dédé" qui ne me quittait jamais !
Souvent venait la voir un certain "Monsieur Ignace", comme elle le présentait. Cet homme affable, ventripotent et au sourire aurifié, était un Hongrois réfugié du régime fasciste du Régent Horthy. Il exercait au grand hôpital de Mustapha comme Laborantin. Mais surtout essayait de réaliser son rêve de créer des cellules de rajeunissement en travaillant sur des souches d'oeufs frais. Plus tard, en Suisse, le Dr Niehans devint célèbre sur ce même sujet, et le monde entier vint s'y faire traiter.
En attendant le succès de ses recherches, Monsieur Ignace en visite , répétait chaque fois qu'il engageait la conversation au sujet de son attente et ses problèmes pour être naturalisé français, "Qu'avocat-c'est-crapule"...Sans doute son avocat devait lui faire payer cher son espoir...
Quand je fus en âge d'aller en maternelle, c'est Anna qui aidait Maman à me bichonner le matin en me hissant sur un tabouret, pour me coiffer avec un "cran" dans mes cheveux  blondinets que j'ai conservé longtemps...
Un jour, ce fut la fin de l'ère Anna. Sans doute allât-elle s'établir avec Monsieur Ignace. La Nature a horreur du vide : La pièce du septième se remplit d'un...établi et de bouts de planches et d'une malle de menuisier, remplie d'outils qui faisaient ma joie, car mon père adorait y travailler le bois et construisit toutes les étagères de l'appartement du cinquième qui se chargèrent vite de livres...Les revues de modes en beau papier glacé s'empilèrent, elles, dans un coin du septième ciel, et je feuilletais souvent dans ma cachette ces pages où des femmes de rêve posaient pour vanter leurs dessous: "Le Jaby" n'avait plus de secret pour moi...

L'été 1962, l'immeuble des Contributions Directes fut plastiqué par l'O.A.S.. Il était situé rue Marceau, au coin de la rue Tirman donc à quelques mètres de chez-nous. Le bruit dans la nuit, précédé d'un éclair bleuté, fut terrible, et les dossiers volèrent à travers les fenêtres pour se disperser dans la rue. Les contribuables accueillirent le matin avec joie cette nouvelle, mais furent rapidement désappointés, car l'Etat, même dans cette période de folie où les attentats meurtriers du F.L.N paralysaient l'économie, exigea des citoyens de refaire leurs déclarations et de payer jusqu'au dernier centime !...

Heureusement un seul carreau fut brisé chez-nous par le souffle dévié par l'immeuble voisin. Mais il n'était déjà plus question d'appeler le vitrier. Nous laissâmes au futur squatter algérien le soin de s'en occuper....


Adultes, mon frère et moi évoquions quelquefois Anna au si bon souvenir.
Maman, tardivement, nous confia une fois, que si Anna aima tellement son 'Petit Chorges", c'est qu'elle avait du laisser en Autriche, en adoption (?), nous ne le sûmes jamais, le fruit d'un amour défendu que ses parents étroits d'esprit rejetèrent.
Nous voila revenus donc avec la 'Maria' du film, qui elle aussi, mais en Espagne, avait confié à une famille son petit garçon(3), chassée par les siens qui se croyaient ainsi déshonorés de cette naissance hors d'un mariage.
C'est pour cela que tout le long du film je pleurais en silence, alors que tous les spectateurs riaient aux éclats.
Après l'Exode de 1962, maman reçut je ne sais comment  des nouvelles d'Anna. Elle habitait une "barre" dans les environs de Paris. Nous étions si commotionnés et égoïstement occupés à résoudre des problèmes vitaux, comme la recherche d'un emploi et la dispersion de notre famille dans l'Hexagone, que le temps passa très vite, si vite, qu'Anna finit par mourir sans que je l'ai revue.

Je n'ai jamais su son nom de famille. Aujourd'hui personne n'est là pour répondre à mes questions. Je ne possède même pas une photo pour l'embrasser.
Anna, ma chère Anna,  je suis impardonnable.

Mais hier je t'ai retrouvée dans une salle obscure.

 

Notes:


(1) C'est après une nuit de bombardement et de tirs de la D.C.A après le débarquement américain de 1942, que nous y montions récupérer nos "trophées" : des éclats d'obus tranchants.

 

(2) "La Peste" de Camus.

 

(3)    Dans le film, bien-sur, tout finit bien....

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 19:02

Rappel du sujet: La conférence de presse du 27 novembre 1967 est  donnée  au   palais de l'Elysée par le général de Gaulle, alors président de la République française. Elle est restée célèbre pour la déclaration qu'il y a faite à propos de l'Etat d'Israel  et du peuple juif.

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1940

L'Appel de Londres: le 18 Juin 1940. Une lueur dans le brouillard qui envahit la France occupée.

Les Lois Vichyssoises firent de nous, les israélites d'Algérie des citoyens dépourvus de tous les droits et les infâmes étoiles jaunes étaient déjà entreposées à la Mairie d'Alger. Notre radio était réglée sur la B.B.C :'"Radio Paris ment, Radio Paris est allemand". Les inscriptions "Travail, Famille, Patrie" étaient peintes en grosses lettres sur le coté borgne des immeubles, comme le notre. Le  "Numerus Clausus" s'appliqua férocement dans l'instruction publique, les fonctionnaires juifs furent chassés, les Sociétés dépourvues de leurs propriétaires légaux, les opposants activistes furent envoyés dans des Camps au  Sahara, sous la surveillance de légionnaires gardes-chiourmes nazis. 


De-gaulle-radio.jpg

1943

 

Cette photo me rappelle un tract-affichette en papier très fin, qui avait été glissé sous le portail d'entrée de chez-nous. C'est un beau matin de 1943, en descendant les escaliers joyeux d'aller jouer dans un tank  hors de service que les américains avaient abandonné en face , sur le quai de la gare de marchandises de l'Agha, lors de la formation d'un de leurs longs convois vers la Tunisie.....A la vue de ce trésor d'alors, nous nous étions disputés mon grand frère et moi pour proclamer qui le premier avait fait cette découverte....


1958 


De Gaulle arrive comme notre "Sauveur" en 1958 à Alger:

  Sur ce cliché, sur un fond aérien de Croix de Lorraine, De Gaulle soulève les ovations de la foule, devant le Monument Aux Morts d'Alger, élevé en 1928 en souvenir des soldats français de toutes les religions sacrifiés pour que Vive la France. Un serment tôt démenti, sans vergogne. Dès l'indépendance de l'Algérie, le F.L.N  saccagea ce mémorial, érigé par Paul Landowski, et profana systématiquement tous les cimetières chrétiens et israélites, et les lieux de cultes. 

 

De-Gaulle-au-monument-aux-m-copie-1.jpg

 

En Mai 1958, le général de Gaulle vint en Algérie, acclamé par les citoyens qui voyaient et entendaient en lui la promesse que la province d''Algérie resterait française. Après quelques mois, il commença à dévoiler son véritable projet et après quatre années terribles abandonna l'Algérie aux fellaghas qui égorgèrent en 1962 les français de toutes les confessions sous les yeux clos de l'armée. Sur cette photo que j'avais prise à  son arrivée triomphante à Alger, il nous tourna déjà le dos.....C'était le début des mensonges et de la haine.

 

 Promesses mensongères, noir sur blanc :

 

Promesses..


De Gaulle préféra alors de mener une politique  cent pour cent  scandaleusement pro-arabe. La métropole aujourd'hui en subit les conséquences dans tous les domaines en subissant l'Islam fanatique à ses portes..

Ci-dessous de Gaulle, en voiture découverte passe Boulevard Baudin, (venant de l'aérodrome  de Maison-Blanche par la route moutonnière),  pour monter au Gouvernement Général et déclarer devant la foule enthousiaste "Je vous ai compris..." 

Alger-De-Gaulle-4-Juin-1958-14h.jpg

1962 

 

A Alger, le 26 Mars 1962, l'armée française a ouvert le feu sur de paisibles manifestants patriotes, hommes, femmes et enfants pris dans une souricière et par ordre en haut lieu, pour éteindre définitivement la flamme de l'Algérie française. Tout a été enregistré et filmé. Malgré les témoignages, les coupables n'ont jamais comparu devant les tribunaux. J'ai vu les lycéens partir en chantant au rendez-vous de la Grande Poste et revenir ensanglantés et  entassés sur les ridelles de camions vers l'hôpital ou plus-tôt la morgue. Les enterrements eurent lieu la nuit pour cacher ces crimes.

 

Alger le 26 Mars 1962, l'armee a tue

Ainsi De Gaulle causa l'exode de 130000 français de leur province, l'assassinat  et la disparition de milliers de citoyens même après le '"cesser le feu" du 19 Mars et la torture jusqu'à ce que mort s'en suive, de 350000 harkis fidèles à la parole donnée par la France.

 

Maintenant lisons quelques lignes d'un vrai Chef d'Etat,  David Ben-Gourion:

" Le désert nous donne la meilleure occasion de prendre un nouveau départ. Il s'agit d'un élément vital de notre renaissance en Israël. Car c'est en maîtrisant la nature que l'homme apprend à se contrôler lui-même. C'est en ce sens, plus pratique que mystique, que je définis notre Rédemption sur cette terre. Israël doit continuer à cultiver sa nationalité et à représenter le peuple juif sans renoncer à son passé glorieux. Il doit gagner - ce qui n'est pas une mince tâche - un droit qui ne peut être acquis que dans le désert ".

" Quand j'ai regardé aujourd'hui par ma fenêtre et que j'ai vu un arbre debout devant moi, cette vision a réveillé en moi un sens de la beauté et une satisfaction personnelle plus grands que toutes les forêts que j'ai traversé en Suisse et en Scandinavie. Car nous avons planté tous les arbres de cet endroit et les avons arrosés avec une eau acquise au prix de nombreux efforts. Pourquoi une mère aime t'elle autant ses enfants ? Parce qu'ils sont sa création ".

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Extrait du site "MEDIAPART" , du 34 Février 2011, ce point d'Histoire :

 

Lettre de David Ben Gourion (1886-1973) à Charles de Gaulle ( 1890-1970).

 

6 décembre 1967
Monsieur le Président,
C’est la troisième fois que je me permets de m’adresser à vous de ma propre initiative, car vous aviez, au terme de notre deuxième entretien le 17 juin 1960, exprimé le désir de garder un contact direct avec moi, et m’aviez prié de vous écrire lorsque j’en éprouverais la nécessité.

 

De plus, ayant quitté le gouvernement il y a quatre ans pour des raisons personnelles, je n’aurais pas osé vous déranger si nous ne nous étions revus cette année au cours des funérailles du Dr Adenauer dans la capitale de l’Allemagne de l’Ouest, et si nous n’avions eu, sur votre demande, un entretien amical et cordial, en dépit du fait que je ne suis plus aujourd’hui qu’un simple citoyen de l’État d’Israël. Enfin, je prends la liberté de vous écrire, car j’ai été troublé par votre discours dans lequel vous avez accordé une place importante à l’État d’Israël, au sionisme et au peuple juif. Il y avait dans ce discours quelques propos attristants et inquiétants, et comme je suis de ceux qui vous estiment et vous respectent depuis fort longtemps bien avant d’avoir eu l’honneur de vous rencontrer non pas pour votre amitié et votre aide à Israël pendant de longues années, mais pour le grand acte historique que vous avez accompli pendant et après la Seconde Guerre mondiale, en sauvant l’honneur et la position de la France  à qui notre peuple et toutes les nations sont redevables depuis la Révolution française pour son action en faveur du progrès social et culturel de l’humanité, j’ai décidé de vous faire part de quelques remarques.

Je me suis abstenu d’adhérer à la critique injuste formulée par de nombreuses personnes en  France , en Israël et dans d’autres pays qui, je pense, n’ont pas examiné vos propos avec tout le sérieux requis. Je ne considère pas avoir le droit de discuter vos opinions sur la politique française à l’égard des autres pays dont Israël si vous n’en faites pas vous-même la demande. Mais je sais que d’innombrables personnes dans le monde chrétien ne connaissent ni ne comprennent l’essence même du judaïsme, unique et sans précédent dans l'histoire de l’humanité, depuis l’antiquité et jusqu’à nos jours. Par respect et estime pour vous, Monsieur le Président, je me vois dans l’obligation morale envers mon peuple, envers vous et le peuple français qui nous a tant aidés avant et depuis la renaissance de l’État juif, d’insister sur les intentions réelles et la voie choisie par l’État d’Israël. J’ai, pendant quinze ans depuis la création de l’État, été le Premier ministre et le ministre de la Défense, et ai pris une part active dans l’orientation de notre politique étrangère et de défense. Et, avant la création de l’État, j’ai, en tant que président du Comité directeur de l’Organisation sioniste à Jérusalem, agi pendant quinze ans de façon parfois décisive sur la politique sioniste en faveur de l’État.

Nous étions, dans l’Antiquité, le premier peuple monothéiste du monde, et cette foi en un seul Dieu, qui n’était ni comprise ni acceptée par tous les autres peuples à quelques exceptions près, nous a causé de grandes souffrances. Les Grecs disaient de nous que nous sommes un « peuple sans Dieu », puisque nous n’avions aucune idole dans nos villes et agglomérations. Les Romains nous accusaient d’être paresseux, car nous nous reposions un jour par semaine. Inutile de mentionner ici ce que dirent de nous de nombreux chrétiens lorsque le christianisme s’imposa dans l’empire romain, et que les Juifs refusèrent d’adhérer à cette religion née en Palestine, au sein même du peuple juif. Notre indépendance dans notre patrie fut anéantie à deux reprises. Jérusalem fut totalement détruite par le vainqueur romain, et son nom fut même effacé pendant longtemps. Mais nos ancêtres, captifs à Babylone il y a près de 2 500 ans, pleuraient sur les bords des fleuves en se souvenant de Sion (psaume 137), et s’étaient juré : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie ». Et ils demeurèrent fidèles à leur serment. Tout ceci eut lieu bien avant l’existence de Paris, de Londres ou de Moscou. Vous savez aussi bien que moi que de nombreux peuples adoptèrent le christianisme et ensuite l’islam par contrainte. On essaya aussi de faire pression sur nous, et certains Juifs qui ne purent ou n’osèrent s’opposer, se soumirent. Mais notre peuple dans son ensemble résista, et vous savez certainement ce qui nous arriva en Espagne et pas là seulement au XIe siècle. Je ne connais aucun peuple qui fut chassé de son pays, dispersé parmi toutes les nations du monde, haï et persécuté, poursuivi et massacré rien qu’au cours de notre génération six millions de Juifs furent assassinés par le régime nazi et qui ne disparut pas de l'Histoire, ne désespéra pas ni ne s’assimila, mais bien au contraire, aspira sans discontinuer à retourner dans son pays, continua pendant deux mille ans à avoir foi en sa rédemption messianique, et retourna enfin de nos jours dans son pays pour y renouveler son indépendance. Aucun autre peuple dans ce pays qui, dans notre langue, s’appela toujours, après Chanaan, Eretz Israël (pays d’Israël) ne s’identifia totalement et toute sa vie durant à ce pays, bien que de nombreux peuples le conquirent (Egyptiens, Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Seidjoukides, Croisés, Mamelouks, Ottomans, Britanniques et autres). Ce pays ne fut jamais la seule et unique patrie d’autres peuples que le peuple juif.

Je sais qu’il n’y a, dans l'Histoire de l’humanité, aucun autre exemple d’un peuple qui revient dans son pays après 1800 ans ; c’est un fait unique en son genre, qui eut des répercussions tout au long de notre existence, car il n’existe aucune génération au cours de laquelle les Juifs n’essayèrent pas (bien qu’ils n’aient pas tous réussi) de retourner dans leur pays. Et le second fait est que le monde chrétien tout entier et la Société des Nations, formée presque entièrement de membres chrétiens, reconnurent le lien historique entre le peuple et le pays d’Israël et approuvèrent la déclaration de Balfour. Nous avons le témoignage d’une Commission royale britannique, à la tête de laquelle se trouvait Lord Peel, et envoyée en 1936 voir ce qui se passe en Palestine. Elle vérifia les documents et trouva qu’« il est clair que par les mots « établissement d’un foyer national en Palestine », le gouvernement de Sa Majesté reconnut qu’un État juif pouvait être rétabli avec le temps, mais qu’il n’était pas en son pouvoir de dire quand cela arriverait.

Le nom de Palestine comprenait les terres à la fois à l’ouest et à l’est du Jourdain, car tel était le pays juif au temps de Josué. Ce n’est qu’en 1922 que Winston Churchill, alors ministre des Colonies, exclut la Transjordanie de la Palestine qui devait devenir un « Foyer national » pour le peuple juif. Certains croient par erreur que c’est la tragédie du peuple juif au cours de la Seconde Guerre mondiale le massacre des six millions de Juifs européens qui amena le monde civilisé (y compris la Russie, car à la réunion de l’Assemblée des Nations Unies en mai 1947 au cours de laquelle cette question fut discutée, c’était le Russe Gromyko qui, le premier, exigea la création d’un État juif en Palestine) à demander l’établissement d’un État juif. Il n’est pas de plus grande erreur que celle-ci. L’extermination des six millions de Juifs fut la plus grande et la plus terrible des catastrophes qui s’abattit sur l’État dont les débuts remontent à 1870 : « Mikveh Israël », la première école agricole juive, fut fondée par les Juifs français de l’Alliance israélite universelle sous la présidence de Crémieux, ministre de la Justice du gouvernement provisoire après l’échec de Napoléon III.

L’immigration et l’installation juives en Palestine, dont le but était de renouveler l’indépendance juive, débutèrent en 1870, lorsque les habitants juifs du pays et les immigrants de Russie, de Roumanie et d’autres pays d'Europe (et même d’Asie et d'Afrique fondèrent les premières agglomérations agricoles qui devaient faire fleurir les déserts et aider à la création d’un État juif. Tout cela s’effectua bien avant l’existence d’un gouvernement « sioniste » et avant la fondation de l’Organisation sioniste mondiale par le docteur Herzl, qui publia en 1896 son « État juif » et devint le dirigeant de ladite organisation. Le lien entre le peuple et le pays d’Israël était si fort que lorsque Herzl dut abandonner l’espoir d’obtenir du sultan turc une charte pour une installation juive massive dans le pays (en vue de la création d’un État juif), et que Joseph Chamberlain du gouvernement britannique lui proposa l’Ouganda en Afrique proposition discutée au Congrès sioniste de 1904 ce furent précisément les Juifs de Russie (bien que leurs droits fussent limités et que le gouvernement organisât lui-même des persécutions contre les Juifs) qui s’opposèrent à l’échange et ôtèrent ladite proposition de l’ordre du jour.

Quant à moi, originaire de la Pologne russe, je suis arrivé en Palestine en 1906 lorsque ce pays faisait partie de l’Empire ottoman, et je n’avais pas l’ombre d’un doute que l’on pouvait y installer des millions de Juifs sur les deux rives du Jourdain, sans déposséder les Arabes de leurs terres, car moins de 10 % de la superficie du pays étaient alors habités. J’ai travaillé moi-même dans les nouveaux villages qui n’étaient auparavant que déserts inhabités.

Lorsque la Société des nations ratifia la déclaration Balfour, je publiai, vers la fin de 1920, un mémoire dans lequel je mentionnais les frontières de la Palestine à l’ouest et à l’est du Jourdain, et que je fis parvenir au nom de Brit Poaléi Zion Haolami (Parti sioniste socialiste) au Parti travailliste britannique. Je disais que selon la déclaration de la Société des nations, il ne fallait résoudre le problème des frontières de la Palestine que pour faire du pays une entité économique et politique pour la création d’une communauté (Commonwealth) juive, et le Parti travailliste approuva cette position. Et, jusqu’en 1922, tout le pays était inclus dans le mandat en faveur d’un Foyer national. Mais, comme habitant du pays, je savais qu’il existait un problème arabe, car les Arabes en Palestine avaient des droits qu’il fallait leur préserver. En 1933, immédiatement après ma nomination au Comité directeur sioniste, je pris contact avec les dirigeants arabes du pays, du Liban et de la Syrie, musulmans et chrétiens. Deux principes fondamentaux guidèrent mes entretiens en 1934. Les Arabes possèdent des pays en Afrique du Nord de l'Egypte au Maroc et au Moyen-Orient, Iraq, Syrie et Liban, jusqu’à l’Arabie Saoudite et au Yémen. La superficie des pays arabes en Afrique du Nord est de 8 195 964 kilomètres carrés, et au Moyen-Orient, elle est de 3 607 929, soit au total 11 863 873 kilomètres carrés. La population de ces pays (qui ont également des minorités chrétienne, kurde et berbère) est de 94 587 000 (en 1963). La superficie de la Palestine (Transjordanie comprise) est de 60 000 kilomètres carrés, et sa population (1963) est de 4 181 000 dont 2 356 000 en Israël et 1 825 000 en Jordanie.

Après certains éclaircissements, les deux principes énoncés furent approuvés par mes interlocuteurs : les Arabes ont d’énormes superficies en Asie orientale et en Afrique du Nord, dont la majorité sont encore sous domination étrangère, et habitées par des millions d’Arabes. La superficie de la Palestine ne dépasse pas 0,50 % de celle des pays arabes. La population arabe en Palestine (sur les deux rives du Jourdain) forme 1,5 % de la totalité des Arabes en Asie orientale et en Afrique du Nord.

Selon la conviction juive, enracinée dans l'histoire juive et dans la Bible, la Palestine (des deux rives du Jourdain) est le pays du peuple juif, mais ce pays n’est pas vide ; il est habité par des Arabes depuis la conquête arabe du VIe siècle, leur nombre s’élève maintenant à plus d’un million, soit un peu moins de 1,5 % de la population totale des pays arabes. Il est évident que ceux qui habitent la Palestine ont les mêmes droits que les habitants de tout pays démocratique, et l’État juif ne peut être qu’un pays démocratique.

Le premier dirigeant arabe avec lequel j’ai discuté était Aouni Abdoul Hadi, chef du parti « Istikial » (Indépendance) en Palestine. Je lui dis : « Nous aiderons tous les pays arabes à obtenir leur indépendance et à s’unir en une fédération arabe, si vous acceptez de nous donner la possibilité de transformer la Palestine des deux côtés du Jourdain en un État juif, qui adhérera en tant qu’État souverain à la fédération sémite (arabe et juive) ». Abdoul Hadi me demanda : « Combien de Juifs voulez-vous faire venir en Palestine ?». Je répondis : «En vingt ans (cela se passait en 1934)), nous pourrons faire venir quatre millions de Juifs ». Il se leva alors et me dit avec enthousiasme : « J’irai à Damas et à Bagdad et dirai à mes amis arabes : donnons-leur non pas quatre mais six millions, s’ils nous aident à obtenir l’indépendance et à nous unir ». Il se rassit et ajouta : « Mais vous, Juifs, êtes plus alertes et plus doués que nous. Si vous amenez le nombre de Juifs voulu, en une courte période, même en moins de vingt ans, quelle garantie nous donnerez-vous que les pays arabes se libéreront du joug étranger et pourront s’unir ? ».

Avant ces entretiens, j’avais discuté avec le haut commissaire britannique, homme intègre, et lui avais dit que j’allais entreprendre des discussions avec les dirigeants arabes ; de plus, je lui avais demandé si le gouvernement de Sa Majesté allait approuver l’accord qui interviendrait entre Juifs et Arabes. Il m’avait répondu : « Je n’ai jamais soulevé le problème avec le gouvernement, et ne puis donc répondre en son nom, mais je connais sa mentalité et suis convaincu qu’il approuva l’accord ». Je dis donc à Abdoul Hadi : « Je vous apporterai la garantie du gouvernement britannique ». Il répondit alors avec dédain : «Vous voulez que je fasse confiance à ces imposteurs ?. J’apporterai la garantie de la Société des nations ». Il réfléchit et dit : « Tous les membres de la Société des nations sont chrétiens, je ne puis croire en leur parole ». Je répondis alors : « Cher Monsieur, Aouni, je ne peux pas vous donner la garantie d’Allah ! ». Ainsi prit fin l’entretien. Des pourparlers principaux eurent lieu avec l’homme de confiance du moufti qui était considéré comme le dirigeant des Arabes de Palestine. Son nom Moussa Alami. D. était l’avocat en chef du gouvernement du mandat, et connu dans le pays comme un homme intègre et loyal. Nos conversations se poursuivirent pendant quelques mois, car il devait rendre compte au moufti et m’apporter à son tour les questions et opinions de ce dernier. Je répondais et posais des questions, et il me rapportait les réponses de son chef. Nos entretiens se basèrent sur les mêmes idées : libération de tous les peuples arabes du joug étranger et leur unification, la transformation de toute la Palestine en État juif, avec des habitants arabes égaux en droits, et l’adhésion de ce nouvel État à la fédération arabe.

Après des explications qui durèrent quelques mois et des discussions menées dans le plus grand secret, nous arrivâmes à un accord basé sur ma proposition, mais le moufti exigea que je rencontre le Comité arabe, syrien-palestinien, qui siégeait alors à Genève auprès de la Société des nations. Dans le cas où le comité accepterait, les rois d’Arabie Saoudite, du Yémen et d’Iraq (l’Egypte ne faisant pas partie à l’époque des pays arabes) seraient conviés à signer un accord avec le Comité directeur sioniste («Agence juive») et l’affaire serait alors transmise au gouvernement britannique. D’autres entretiens eurent lieu avec Antonius, un Arabe syrien-chrétien, habitant de la Palestine et considéré comme le théoricien du mouvement national arabe, et avec Riad El-Solh, président du Liban  qui approuvèrent les principes que j’avais posés (Riad El-Solh fut assassiné par la suite par un fanatique arabe).

Je partis la même année pour l'Europe, afin d’y rencontrer le Comité arabe à Genève. Le moufti leur avait annoncé ma visite et le sujet des conversations. Le Comité comprenait un vieux Druse, Shéki Arsian, devenu extrémiste arabe, et le Syrien Ihsan Bey El Gabri, beau-père de Moussa Alami. Seul Arsian parla, car il était le président du Comité. Après une courte introduction, il me dit : « Vous voulez avoir une majorité juive en Palestine, et ensuite un État juif ; les Anglais ne vous permettront jamais d’être la majorité. Comment donc voulez-vous que nous, arabes, l’acceptions ? ». Après une discussion autour de ce thème, je vis qu’il ne changerait pas son point de vue, et nous nous séparâmes. Le jeune membre du Comité m’accompagna à la gare. Lorsque je sortis de sa maison, Arsian me dit : « Ce n’est pas notre dernier mot, nous en reparlerons. » Il exigea que toute conversation future fût secrète.

En rentrant à Jérusalem après un séjour de quelques semaines en Europe, j’y trouvai « La Nation arabe », revue publiée en français par le Comité, dans laquelle était rapportée notre conversation avec quelques distorsions. Moussa Alami, qui était, et est encore, un homme intègre, fut confus en me revoyant, bien que je lui expliquais que je comprenais fort bien que son beau-père n’était pas mêlé à cette publication.

Entre temps, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique changea sa politique, et après des entretiens à Londres avec les Arabes et les Juifs en 1939, il publia le « Livre Blanc », dont le contenu était en fait l’annulation des engagements du mandat, l’interruption de l’immigration juive et la promesse d’établir dix ans plus tard un État indépendant en Palestine. Dix ans ne s’écoulèrent pas car la guerre survint qui vit l’extermination de ces six millions de Juifs qui avaient, plus que tout le monde, besoin d’un pays juif, et qui pouvaient et désiraient le construire. Malgré la publication du Livre Blanc, Winston Churchill demeura un ami du peuple juif, fidèle à la déclaration Balfour, mais il ne fut pas réélu après la guerre. Le Parti travailliste obtint pour la première fois une majorité absolue et forma le gouvernement. Ce parti était, on le savait, en faveur d’un État juif, et, à la fin de 1944, il décida qu’immédiatement après la guerre, cet État serait fondé des deux côtés du Jourdain et que tous les Arabes de Palestine seraient transférés dans les pays arabes, lesquels recevraient eux aussi une indépendance totale. Cette demande de transfert des Arabes de Palestine ne fut jamais mentionnée par le mouvement sioniste.

Ce qui arriva après la guerre est connu : Bevin et Attlee refusèrent de mettre à exécution la décision de leur parti, et soumirent le problème de la Palestine à l’Organisation des Nations Unies. En mai 1947, l’O.N.U. en discuta et l’Assemblée fut surprise par les propos de Gromyko, représentant de l’U. R. S. S., qui exigea la création d’un État juif en Palestine, le peuple juif ayant le droit d’avoir une patrie, dans son pays historique.

Une Commission, élue pour examiner le problème, soumit deux propositions : toute la Commission proposa d’abolir le mandat britannique le plus rapidement possible. Une minorité des membres demanda ensuite la création d’un État fédéral juif-arabe, et la majorité suggéra un partage et la création de deux États en Palestine occidentale : Un État juif comprenant le Néguev, et un État arabe à l’ouest du Jourdain économiquement lié à l’État juif. Quant à Jérusalem, elle serait un Corpus Separatus internationalisé, les Juifs de la ville demeurant citoyens de l’État juif, et les Arabes, de l’État arabe.

Nous acceptâmes à une grande majorité la décision de la Commission, bien que l’exclusion de Jérusalem nous ait causé beaucoup de peine. Si les Arabes eux, avaient accepté la décision de l’Assemblée de l’O.N.U., où 33 États (soit plus des deux tiers) dont la Russie, les États-Unis d’Amérique et la France, l’Angleterre s’étant abstenue votèrent en faveur de la proposition, le problème serait résolu et nous aurions eu la paix au Moyen-Orient. Mais ils annoncèrent qu’ils n’approuvaient pas la décision et qu’ils s’y opposeraient même par la force. Le lendemain du 29 novembre 1947, les attaques arabes contre les Juifs de Palestine commencèrent et se multiplièrent rapidement, car les Syriens et les Iraquiens (et quelques Egyptiens, membres de l’Association des frères musulmans) se joignirent aux bandes palestiniennes.

Quelque cent mille soldats anglais se trouvaient alors dans le pays et il leur était facile de maintenir le calme, mais le Parti travailliste avec son Premier ministre, Clément Attlee, et son ministre des Affaires étrangères, Ernest Bevin s’opposa de toutes ses forces à l’État juif, ne défendit ni l’ordre ni la tranquillité dans le pays, et n’empêcha pas les troubles des Arabes.

La population juive se défendit avec l’aide de l’organisation de la « Haganah », mouvement clandestin qui, dans l’ensemble, maîtrisa les bandes arabes, jusqu’au moment où la Légion arabe (armée jordanienne) se joignit ouvertement à ces bandes ; quatre villages juifs près de Hébron furent détruits et la plupart des habitants furent assassinés. Partout ailleurs, la Haganah avait le dessus et, après ses victoires à Haïfa, Tibériade, Safed et dans la nouvelle ville de Jérusalem, elle annonça aux arabes que s’ils lui rendaient les armes, ils pourraient rester à leurs places et jouir de tous les droits comme les Juifs. La majorité des comités arabes acceptèrent, mais d’autres proposèrent de s’en référer au Comité suprême arabe qui n’était pas dans le pays (car ses membres avaient fui après le meurtre d’un haut fonctionnaire britannique). Le Comité, dont la personnalité dominante était le moufti de Jérusalem, leur conseilla de ne pas rendre les armes, mais de quitter temporairement le pays, car, après le départ des troupes britanniques au pays dans les deux ou trois semaines suivantes, cinq pays arabes. Egypte, Syrie,Jordanie, Liban et Iraq envahiraient Israël, y extermineraient les Juifs en dix à quatorze jours, et tous les Arabes reviendraient non seulement dans leurs foyers, mais encore, s’ils le désiraient, dans les maisons juives. Les Arabes quittèrent tous Safed, Beth-Shéan, Tibériade ; une partie resta à Jaffa et quatre mille demeurèrent à Haïfa. Et j’en arrive ainsi à ce que l’on appelle le problème des réfugiés. Après la création de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, aucun arabe n’a été expulsé, seuls quelques individus partirent pour l’Amérique. Ceux que l’on dénomme « réfugiés » quittèrent le pays à l’époque du mandat britannique. Ils commencèrent à partir deux jours après la décision de l'ONU, le 29 novembre 1947. De nombreux arabes passèrent dans les pays arabes : Les riches au Liban et en Syrie. Lorsque la lutte s’aggrava dans les villes, les Arabes furent priés par leurs voisins juifs et la Haganah de rester, mais ils se conformèrent aux ordres du moufti d’Egypte, et presque tous quittèrent. Le nouvel État juif ouvrit ses portes aux immigrants juifs, et, en quatre ans, 700 000 Juifs arrivèrent, dont 500 000 venant des pays arabes (Iraq, Yémen, Maroc, Libye, Egypte, Tunisie,Syrie et Liban et ), et s’installèrent dans l’ensemble dans les villages, les quartiers et villes abandonnés Jaffa, Haïfa, Tibériade, Beth-Shéan, Safed. Au cours des attaques arabes qui suivirent la décision de l’O.N.U., des centaines de Juifs furent assassinés, mais aucun Juif ne s’enfuit. Seuls les 400 000 Arabes partirent. Les réfugiés juifs venus des pays arabes furent tous spoliés dans leurs pays d’origine, et jusqu’à ce jour, leurs biens sont confisqués ou distribués aux arabes. L’État d’Israël, né le 14 mai 1948, n’est absolument pas responsable pour la fuite des Arabes, et malgré ceci, nous avons reçu près de 40 000 réfugiés qui s’étaient enfuis, pas à cause de nous, dans le cadre de l’opération de la réunion des familles. Nous avons accueilli un plus grand nombre encore de réfugiés juifs, forcés de laisser tous leurs biens dans les pays arabes. Nous n’avions pas de logements, de nourriture, de travail à leur offrir, et nous avons fait des efforts surhumains pour les intégrer dans la vie du pays. Nous avons même été obligés d’imposer un régime d’austérité sévère au cours des dix premières années de l’État, tandis que les pays arabes ne voulurent faire aucun effort pour aider leurs frères venus se réfugier chez eux lors du mandat britannique en Palestine. Les dirigeants arabes apprirent à exploiter ces réfugiés comme arme contre le peuple en Israël. Vous avez, mon cher Général, employé dans votre discours des expressions surprenantes, dures et blessantes, basées sur des renseignements incorrects ou imprécis.

Vous avez parlé de l’établissement d’un foyer « sioniste » entre les deux guerres mondiales : « Peuple élu, sûr de lui et dominateur, changement d’une aspiration sincère (l’an prochain à Jérusalem) en ambition ardente et conquérante, manque de modestie, État d’Israël guerrier et désirant s’étendre, rêve de ceux qui veulent exploiter la fermeture du détroit de Tiran, etc. »

 

1967

Caricature ,par Dov 1967-copie-2

*Permettez-moi de vous faire part avant tout d’un fait non encore admis dans le monde pour de nombreuses raisons historiques et religieuses, mais cette conviction domine tout ce que nous avons fait et ferons : nous sommes pareils à tous les peuples, égaux en droits et en devoirs. Nous sommes un petit peuple, dont la majorité ne vit pas dans son pays, mais les autres vivent dans leur pays, non pas parce qu’ils ont occupé, pillé, ravi quoi que ce soit à d’autres, mais parce que nous avons trouvé ici notre pays abandonné, pas absolument dépeuplé, mais désertique ; nous avons fait fleurir les déserts à la sueur de notre front, par notre travail, obstiné et pionnier ; nous n’avons pas ravi les lopins de terre à ceux qui les travaillaient, mais nous avons fait reverdir les étendues désertiques. A l’endroit même où s’élève aujourd’hui la plus grande ville d’Israël Tel-Aviv il y avait, à l’époque de mon arrivée, des dunes de sable, sans arbre, sans gazon, sans aucun être vivant, bien qu’il y ait à proximité un petit fleuve qui, maintenant, irrigue le kibboutz dans le Néguev, à 50 kilomètres au sud de Beer-Shéva, où je vis. J’ai travaillé comme ouvrier salarié, il y a cinquante-neuf ans, dans un véritable désert dépeuplé, où une vingtaine de bédouins vivaient de la chasse avec une grande difficulté, et aujourd’hui, ce même désert est devenu un kibboutz où travaillent 500 adultes et des centaines d’enfants : c’est l’un des plus beaux kibboutzim de la vallée du Jourdain, appelé Kinéreth, comme le lac voisin.

Ce n’est pas par la force, ni même uniquement avec de l’argent, et certainement pas par des conquêtes, mais c’est par notre création pionnière que nous avons transformé une terre pauvre et aride en un sol fertile, créé des agglomérations, villes et villages, sur des surfaces désertiques et abandonnées.

Je n’ai pas honte du nom « sioniste », mais l’Angleterre nous avait promis, avec l’accord de ls France, un Foyer national et non sioniste. Sion est l’un des lieux saints qui nous est cher, à Jérusalem ville de David, mais sioniste s’applique aux membres du mouvement qui aspiraient à revenir à Sion pour y être à nouveau un peuple normal, indépendant, enraciné dans sa patrie comme la majorité sinon tous des peuples. La déclaration de Balfour, approuvée par la suite par le gouvernement français, nous promettait le « renouvellement » (reconstitution) de notre pays national, qui était demeuré nôtre en dépit de notre expulsion par la force des occupants étrangers et cruels ; à aucun moment, pendant deux mille ans, nous n’avons cessé de prier pour retourner dans notre patrie, et dans aucun pays où nous vécûmes jusqu’à la Révolution française, nous n’avions, ni nous, ni les peuples de ces pays, reconnu qu’ils étaient nôtres. Après la Révolution française, les Juifs devinrent égaux en droits. C’est là l’un des plus grands actes des Français, que nous n’oublierons jamais. Mais l’homme qui, voici soixante-dix ans, eut la vision d’un État juif qui fascina la majorité de son peuple, le Dr Théodore Herzl, en est arrivé là à la suite du procès de Dreyfus et des mouvements antisémites qui ont suivi. Je redis ici : nous n’oublierons jamais l’héroïsme moral des hommes tels que le colonel Picard, Clemenceau, Zola, Jaurès et autres, qui luttèrent pour la justice avec obstination et courage, et qui eurent gain de cause. Mais cette haine, mise à jour à la fin du XIXe siècle, apparaît ici et là, et nous Juifs, en tant qu’êtres humains, nous nous voyons égaux en droits à tous les hommes ; nous considérons que nous avons les mêmes droits que tous les peuples libres et indépendants, et nous osons penser que nous les méritons, sans aucune faveur spéciale.

Je sais que pendant des centaines d’années le monde chrétien était convaincu que le peuple juif avait cessé d’exister il y a deux mille ans, et je sais aussi qu’il y a des Juifs qui pensent de la même manière ; nous avons pitié de ces Juifs, mais nous ne sommes pas fâchés contre eux s’ils veulent cesser d’être juifs, c’est leur affaire personnelle. Mais ils ne parlent pas en notre nom, tout comme ce n’était pas Pétain qui parlait au nom de la France, mais bien Charles de Gaulle qui était, à l’époque, isolé et solitaire. J’ai lu des propos diffamatoires sur mon peuple, venant précisément d’un grand Juif Karl Marx que j’estime sans toutefois accepter sa théorie.

Mais je sais apprécier la grandeur d’un homme qui a un sens profond de l'Histoire, et qui essaie, avec toute la force de son génie, d’agir en faveur d’une société juste et plus saine.

Nous ne sommes pas un peuple « dominateur ». Je sais qu’il existe dans mon peuple des exceptions dont les devises et les arguments sont étrangers à la plus grande partie du peuple juif et à sa tradition sainte. Mais j’ai occupé pendant quinze ans un poste de responsabilité dans le mouvement sioniste et au sein de la population juive en Palestine, et pendant quinze autres années j’ai été Premier ministre et ministre de la Défense de l’État d’Israël, et je connais l’ardent désir de paix de mon pays, paix avec nos voisins et entre tous les peuples. Au cours de toutes ces années, je ne travaillais pas seul, je devais convaincre la majorité de mes camarades et de mon peuple que la voie que je choisissais était la bonne, la plus droite et la plus juste, et, en général, je réussissais. Quelques jours avant la déclaration de notre indépendance, la question s’était posée de savoir s’il fallait y mentionner les frontières de l’État. Deux avocats du gouvernement provisoire prétendaient que la loi oblige de marquer les frontières. Je m’y opposai, car il n’y avait pas, à mon avis, une loi pareille. Ainsi, l’Amérique, par exemple, ne mentionna aucune frontière dans sa déclaration d’indépendance. De plus, et c’était là le principal je dis : si les Arabes avaient accepté les frontières fixées par l’Assemblée de l’O.N.U. le 29 novembre 1947, personne d’entre nous n’aurait objecté à ces frontières, bien que selon moi, la grande partie de ces lignes n’étaient pas justes, surtout l’exclusion de Jérusalem de l’État et son internationalisation, chose qui ne s’était faite nulle part ailleurs ; et vous, mon cher Général, vous avez dit avec émotion dans vos propos : « La touchante prière répétée pendant 1900 ans, l’an prochain à Jérusalem ». Nous n’avons pas échangé ce vœu contre une ambition ardente et conquérante, mais nous avons dit : si les Arabes avaient accepté comme nous la résolution de l’O.N.U., le problème des frontières ne se serait jamais posé. Nous avions accepté avec joie, mêlée de tristesse, les décisions adoptées, mais les Arabes annoncèrent qu’ils combattraient cette résolution et anéantiraient l’État dont nous devions annoncer l’établissement trois jours plus tard. Ils commencèrent la guerre contre nous même avant la déclaration de l’indépendance, et l’O.N.U. ne s’y opposa pas et ne les obligea pas à accepter la résolution. Dans ces conditions, nous pouvions nous aussi ne pas accepter la résolution de l’O.N.U. qui ne s’applique ainsi qu’à l’une des parties. Et si nous pouvons étendre nos frontières et libérer Jérusalem dans une guerre ouverte par les Arabes contre nous, nous libérerons Jérusalem et la Galilée occidentale et elles feront partie de notre État.

Personne d’entre nous n’a proposé d’occuper des territoires supplémentaires avant la guerre qui a débuté deux jours après la résolution de l’Assemblée de l’O.N.U., par une attaque sur notre centre commercial à Jérusalem, et l’armée britannique ne nous permit même pas de nous défendre. Nous n’étions pas forcés d’accepter deux poids et deux mesures pour les Arabes et nous. Si l’O.N.U. n’existe pas, et si les Arabes peuvent faire selon leur volonté, nous sommes également libres. Nos liens avec Jérusalem ont précédé ceux de tous les êtres ou de toutes les religions existant au sein de l’humanité.

Le 14 mai 1948, je déclarai la création de l’État juif dont le nom serait Israël, conformément au texte que j’avais fixé durant la nuit précédant la déclaration, et que le Conseil provisoire de l’État avait approuvé au matin du vendredi 14 mai, six heures avant l’annonce officielle. Il est dit dans cette dernière : « Nous faisons appel, même au milieu des attaques sanglantes qui nous harcèlent depuis de longs mois, aux arabes habitant l’État d’Israël de préserver la paix et de prendre part à la construction de l’État sur base d’une citoyenneté totale et égale, et de représentation dans toutes les institutions, provisoires et permanentes, et j’ajoutai : « Nous tendons une main de paix et de bon voisinage à tous les États voisins et à leurs peuples, et faisons appel à eux pour une coopération et une assistance mutuelle avec le peuple juif, indépendant dans son pays. L’État d’Israël est prêt à contribuer à l’effort commun en vue du progrès de tout le Moyen-Orient ». Chaque mot de cet appel, mon cher Général, venait du cœur, de notre cœur à tous, et tous les partis en Israël, du parti communiste à gauche au parti religieux Agoudat Israël à droite, des socialistes de gauche aux révisionnistes de droite, signèrent cette déclaration. Si notre appel avait été entendu, et si les peuples arabes avaient agi conformément aux résolutions et à la charte de l'O.N.U. Il n’y aurait eu jusqu’à ce jour, aucune guerre ni aucune querelle entre nous et les Arabes, et personne d’entre nous n’avait d’ambition « conquérante » pour occuper les territoires au-delà des frontières fixées par l’O.N.U., car la paix pour nous prime tout. Mais la paix est à double sens ou alors elle n’est que fiction. Nous n’aurions pas dû perdre 6 000 de nos meilleurs jeunes gens dans la Guerre d’indépendance, imposée à nous huit heures après la déclaration de notre indépendance par cinq armées arabes d'Egypte, de Jordanie, de Syrie, du Liban et d’Iraq, au cours de laquelle nous combattions à un contre quarante, la Campagne du Sinaï et la Guerre des Six Jours n’auraient pas eu lieu, si la résolution de l’O.N.U. avait été adoptée par les Arabes, et si ces derniers n’avaient pas tenté par la force de l’abolir. Aucun de nous n’aurait songé à attaquer nos voisins dans le but de changer nos frontières et d’étendre notre pays. J’ai déclaré à plus d’une reprise et c’était là notre opinion à tous que nous sommes prêts à signer un accord de paix pour les cent années à venir sur base du statu quo. Parmi les membres de notre droite, certains réclamaient « la totalité du pays », mais même eux ne proposèrent jamais de faire la guerre pour nous étendre, et ceci en dépit du fait que le monde entier en tout cas le monde chrétien et tout le monde juif considérait que les deux rives du Jourdain formaient une seule et même Palestine, et espérait qu’elle serait à nouveau la patrie des Juifs promise par la Bible et les Prophètes. La Genèse (12:7) dit : « L’Eternel apparut à Abraham et dit : Je donnerai ce pays à la postérité », et dans Deutéronome (30:3-5) : « Alors l’Eternel, ton Dieu, ramènera tes captifs et aura compassion de toi, il te rassemblera encore du milieu de tous les peuples chez lesquels l’Eternel, ton Dieu, t’aura dispersé. Quand tu serais exilé à l’autre extrémité du ciel, l’Eternel, ton Dieu, te rassemblera de là, et c’est là qu’il t’ira chercher L’Eternel, ton Dieu, te ramènera dans le pays que possédaient tes pères, et tu le posséderas ». Cette idée revient chez les Prophètes, Isaïe 56:8, Jérémie 29:4, Ezéchiel 11:17, Néchémie 1:9. C’était là l’intention de la Déclaration Balfour, approuvée par la France, et de la décision de la Société des Nations, mais l’Assemblée de l’O.N.U. en décida autrement, et nous avons accepté ; nous serions restés fidèles à sa résolution si les Arabes l’avaient suivie, et respecté la paix.

Il est vrai que pendant des millénaires, nous avions cru aux visions de nos Prophètes, et il en est parmi nous qui croient en la venue du Messie qui regroupera tous les Juifs du monde entier morts et vivants en Terre Sainte, mais nous n’avions aucune « ambition ardente et conquérante », mais bien plutôt une foi ardente en la vision de paix de nos Prophètes : « Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. » (Isaïe 2:3, Michée 4:3), car le secret de notre survivance après les deux destructions par les Babyloniens et les Romains, et la haine des Chrétiens qui nous entoura pendant 1600 ans, réside dans nos liens spirituels avec le Livre Saint. Lorsque la Commission Royale Britannique vint à Jérusalem à la fin de 1936 pour y étudier l’avenir du mandat, je lui dis : « Notre mandat à nous, c’est la Bible ». Nous y avions puisé notre force pour résister à un monde ennemi, et persévérer dans la foi en notre retour dans notre pays et en la paix dans le monde.

Je voudrais maintenant vous rappeler, mon Général, notre entretien de juin 1960 à ce sujet, à l’heure du déjeuner dans les jardins de l’Elysée, en présence du président Debré et de mon ami Shimon Pères. Vous m’aviez demandé : « Quels sont vos rêves sur les frontières réelles d’Israël ? Dites-le moi, je n’en parlerai à personne ». Je répondis : « Si vous m’aviez posé la question il y a 25 ans, j’aurais dit que notre frontière septentrionale est le fleuve Litani, et l’orientale, la Transjordanie. C’est sur elles que j’avais basé mes conversations avec les dirigeants arabes. Mais vous me posez la question aujourd’hui. Je vous dirai donc : nous avons deux aspirations principales : la paix avec nos voisins et une grande immigration juive. La surface de la Palestine en notre possession peut absorber beaucoup plus de Juifs que ceux qui sont susceptibles d’y venir. C’est pourquoi nos frontières nous suffisent, pourvu que les Arabes veuillent signer avec nous un traité de paix sur base du statu quo. ». Vous avez ajouté alors : « Quels sont les rapports entre vous et les Juifs d’Amérique ?» « La situation polique, économique et culturelle des Juifs américains est bonne, mais ils ont quand même des liens profonds avec l’État d’Israël. »

Et, après la Campagne du Sinaï, il y a 11 ans, et après la Guerre des Six Jours, je peux vous assurer que ce n’est pas notre désir d’agrandir la surface d’Israël qui a entraîné ces deux guerres. Si l’Egypte avait tenu ses engagements contenus dans les accords d’armistice et les décisions du Conseil de Sécurité de l’O.N.U. et relatifs à la liberté de navigation dans le Canal de Suez et surtout dans le détroit de Tiran et le golfe d’Akaba, et si les dirigeants égyptiens et syriens n’avaient pas déclaré tous les jours que leur but est d’anéantir Israël, il ne nous serait jamais venu à l’esprit de sortir des frontières fixées par les accords d’armistice. Telle était mon opinion au cours des années, heureusement partagée par la grande majorité de mon peuple, et même de ceux qui préconisaient « la totalité du pays ».

Je sais que le gouvernement français de la IVe République et vous aussi mon Général, avez établi votre ambassade, comme d’autres pays d'Europe, les États-Unis et l’U.R.S.S., à Tel-Aviv, mais toutes les entrevues avec les ambassadeurs se sont déroulées à Jérusalem ; aucune protestation venant de l’O.N.U. ou de ses membres ne m’est parvenue sur le fait que le gouvernement jordanien ait occupé la vieille ville de Jérusalem en 1948, chassé tous les Juifs, détruit les synagogues et fermé nos routes vers les Lieux Saints, contrairement aux accords d’armistice. Personne n’a protesté. Nous n’avons jamais porté atteinte aux églises et aux mosquées se trouvant dans notre pays, et nous n’y voyons aucun mérite particulier, mais bien plutôt une obligation humaine et le respect des religions étrangères.

Je ne suis maintenant que l’un des citoyens de notre État. Après avoir été pendant quinze ans Premier ministre et ministre de la Défense, j’ai pensé qu’il valait mieux céder le pouvoir aux plus jeunes que moi, et je m’occupe de rédiger notre Histoire depuis 1870, date de la création de l’école agricole « Mikveh Israël » (Espoir d’Israël ou Réunion d’Israël), première base du renouvellement de l’État d’Israël.

Je connais la mentalité de notre peuple, tant en Israël qu’à l’étranger, et je sais que mon peuple pas moins que les autres est pieux et fidèle à la vision de la paix dans le monde que les Prophètes d’Israël ont été les premiers dans l'histoire de l’humanité à avoir. Et si les grandes puissances pouvaient influencer les peuples arabes, influence qu’elles peuvent avoir car les Arabes ont besoin d’armements de l’étranger, et ne pourront, pendant longtemps encore, les produire eux-mêmes, de maintenir la paix au Moyen-Orient, je suis convaincu que la paix ne sera jamais troublée en Israël. Ayant été Premier ministre à l’époque de la Ve République, je sais que les relations amicales avec la France, depuis la renaissance de l’État d’Israël, se sont poursuivies même sous la Ve République, et je n’avais aucun besoin de m’attendre à une amitié plus fidèle et plus sincère que la vôtre.

© Ministère des Affaires étrangères.

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David Ben-Gourion, sur les conseils du Dr Moshe Feldenkreis, fait du Yoga sur la plage de l'Hotel Sharon, Herzlya, en septembre 1957. Photo de Paul Goldman *


David Bengourion Yoga

 

2012


Ces jours-ci je suis retourné sur ses pas , très tôt le matin, en foulant ,les pieds-nus, ce  même sable et en faisant gicler l'écume des vaguelettes qui venaient caresser la très longue plage, j'ai cligné  des yeux et cru voir cette époque où les rafiots chargés de rescapés de l'holocauste  qui avaient réussi à forcer le blocus britannique , venaient s'échouer . En fait, c'étaient de menus "420" toutes voiles dehors, qui dansaient sur les flots. En fond, presque à l'horizon, la silhouette grise d'une vedette en patrouille tirait une ligne droite.  Coté plage, les dunes des années 20, se sont recouvertes de hauts hôtels qui ne cessent de se multiplier.

Mes souvenirs d'Algérie, de la méditerranée. sont bien sur différents. D'abord les plages  naturelles comme Zéralda ou Morreti étaient alors pratiquement vierges. Le vent chaud faisait onduler les touffes d'alfa et voler le sable, si fin qu'il nous piquait. Son sifflement   dans les buissons de lentisques, était ponctué  par le bruit sans fin du ressac. Les derniers mois, les déplacements mêmes courts devenaient dangereux à cause des enlèvements. Ces quelques instants de calme dans la nature étaient un baume, mais nous ne voulions pas croire à l'inexorable qui nous attendait. 

Brusquement je réalise que j'ai fait dans ma vie un allé  et retour sur cette méditerranée, comme une balle qui se heurte  à un mur.

 

La photo qui résume tout Ben-Gourion : la conquéte du désert, l'avenir de la jeunesse pionniere.

 

ben-gourion

 

Voici la derniere interview de Ben-Gourion :

  http://www.ina.fr/economie-et-societe/religion/video/CAF93029718/ben-gourion-la-derniere-interview.fr.html

 

Notes :

* L'oeuvre photographique de Paul Goldman :

http://huc.edu/newspubs/pressroom/2005/8/goldman1.shtml

 

Addendum:

Mais ce littoral tel-avivien ne peut être évoqué sans le souvenir d'Abie Nathan (1927-2008).

Ancré en pleine mer, Abie Nathan diffusait sur les ondes   "La Voix de la Paix" à cinq km de la cote de Tel-Aviv.
Une plaque apposée en sa mémoire et un court enregistrement rappelle au passant son combat pour la Paix. Je ne manque jamais d'appuyer sur ce bouton pour entendre un court moment sa voix. 24h/24 nombreux étaient les israéliens qui l'écoutaient, ainsi que la musique qu'il diffusait. En hiver, le rafiot avait de la peine à lutter contre les éléments physiques.... comme politiques !.


https://www.google.com/url?url=http://www.youtube.com/watch%3Fv%3DEAkq_2VrDvk&rct=j&sa=X&ei=XPV_UM-XE8_5sgak7ID4Cw&ved=0CCUQuAIwAA&q=la+voix+de+laix+youtube&usg=AFQjCNFPBMmDhjZ4vqBF0MKZglmc6boOlw

Ci-dessous, la biographie passionnante d'Abie Nathan '
Si il a existé un Don-Quichotte israélien, ce fut bien lui.
www.abie-nathan.com/pages-eng/biography.html

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 07:45

 


Princesse Miam-Miam a deux ans, et la peau dorée par le soleil d'été. Il lui  faut abandonner déjà le seau et la pelle et laisser les vaguelettes effacer les tunnels
  et les châteaux de sable de la Méditerranée pour entrer au Jardin d'enfant,
repeint pour le début de l'an, tout décoré de fleurs en papier, avec des oursons en peluche alignés qui attendent les enfants pour jouer.
En cette fin d'août, premier jour sans Maman, en territoire étranger, malgré la préparation la déchirure est grande. Il va falloir partager le toboggan, le cheval de bois, les cymbales, les tambours et les grelots, et tous les jeux avec de nouveaux petits amis innocents qui croient que tout leur est permis ! Des éraflures, des griffures sont inévitables dans ce petit monde qui doit apprendre à vivre en commun.
Et si un des petits poussins  pleure, tous le reprennent en choeur !
Mais bientôt tout rentrera dans l'ordre, Princesse Miam-Miam a soif d'apprendre à lire et à écrire, aleph, beth, gimel, a,b,c, et un, deux ,trois...Elle sait déjà compter sur ses doigts en hébreu et en français. et parce qu'elle a été très sage, est revenue avec une belle image, et une petite feuille colorée de ses gribouillis à faire pâlir d'envie Picasso au sommet de son cubisme....

 

Princesse Miam-Miam n'aime pas que batifoler et rêver , mais aussi avec intérêt  et patience visite les expositions, comme celle-ci consacrée  à des dessins en provenance de Chine aux couleurs délicates.. 

 

 

ishur 075

 

  Elle ne se contente pas de contempler, elle écoute attentivement  les explications !


 

ishur 077

 

Elle tombe en arrêt devant cette image...

 

 

ishur 085

 

 

Maman, regarde !

 

ishur 086

 

 

Et pour les petits pieds fatigués, quoi de mieux qu'un pouf  à sa taille !

 

 

Deux ans, 14 Juillet

 

  Coucou ! c'est moi ! J'ai envie de grandir en paix ! 

Einstein a écrit :


« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal,
mais par ceux qui les regardent sans rien faire »
Albert Einstein

 

 

Heureusement pour elle, Princesse Miam-Miam ne peut rien comprendre de la folie  de nos voisins qui nous assiègent, entourée de l'amour et de la protection des siens.

 

Nous célébrons en Israel, ce mois-ci, le début de l'an hébraïque 5773 !. Nous sommes un très ancien peuple qui a survécu malgré toutes les tragédies qu'il a subies.

 Princesse Miam-Miam vous tend ce gros fruit rouge du Grenadier.

Il est coutume de dire "Que cette année nouvelle soit aussi sucrée que ses grains, et que les enfants d'Israel soient aussi nombreux qu'eux ! "

 

shanatoveBracha

 

 

Voici une vidéo du merveilleux site "Mama Liza". Vous y entendrez des Comptines du monde entier. Regardons cette ronde que tous les petits enfants d'Israel connaissent de leur Jardin d'enfant, et que j'espère jamais, jamais, rien n'interrompra :

 

 

 


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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 15:44

 

 

Dans mon quartier,  fleurit chaque été avec la même exubérance un arbre dont je ne connais pas le nom latin (1) mais qui avec la fournaise de ce mois d'Aout, laisse choir sur le trottoir ses fruits,  de ces gousses noires semblables à de petites souris qui font le jeu des enfants.

 

Remy Laven

                                                         (Photo Rémy Laven, Jardin d'Essai d'Alger avant 1962)

 

Les fleurs en forme de clochettes ont des pétales oranges qui jonchent le sol avant de se dessécher. Et le matin le balayeur a fort à faire pour nettoyer ce tapis si agréable à l'oeil, mais dangereux pour le passant.

Généralement ces employés municipaux sont des immigrants plus très jeunes, russes ou  éthiopiens qui trouvent dans ce métier de misère de quoi vivoter d'un humble salaire. On reconnaît aux modifications apportées à la pelle fournie par la municipalité, le génie inventif de son possesseur, car un outil ergonomique facilite le travail ! 

Ce matin, en attendant patiemment à l'arrêt de mon autobus avec d'autres futurs passagers, j'ai eu tout le temps d'observer un contractuel inhabituel : il tenait son balai d'une main, et de l'autre avec son poignet bandé, il remplissait sa pelle avec de petits gestes avares.  Manifestement il souffrait de son articulation en poussant le manche. Il progressait dans son travail à petits pas et ses mouvements étaient si mesurés qu'il n'aurait jamais terminé sa tache avant une nouvelle chute des fleurs. Soudain se détacha du groupe un jeune homme, s'approcha du balayeur et sans un mot doucement prit le balai de paille pour le pousser et partager ainsi le travail à deux.
Comme l'autobus s'approchait, je ne pus me retenir de déclarer naïvement mon appréciation à ce volontaire pour l'aide apportée à ce travailleur handicapé par de l'arthrisme.
- Bravo, lui- dis-je, pour votre beau geste !
Et il me répondit , assez sèchement en me remettant à ma place comme si j'avais dit une énormité:
-Mais monsieur ! C'est lui que je dois remercier de m'avoir permis de l'aider !


Les jours suivants, je rencontrais dans le même secteur un employé qui, la cigarette au bout des lèvres, énergiquement poussait les brindilles et les débris  pour en remplir son chariot. Le pauvre éthiopien avait disparu de la rue. La Nature a horreur du vide, le monde du travail aussi. L'invalide, sec et maigre  au crépuscule de sa vie avait été remplacé. Il n'aurait pu que jalouser cet arbre au déclin de sa floraison en fin d'été, mais qui, lui, se préparait à s'endormir pour mieux refleurir au Printemps. 


(1) Un compatriote, Rémy Laven, dans son précieux reportage sur le Jardin d'Essai d'Alger précise l'origine de ces fruits que je ramassais aussi dans les allées de ma jeunesse. Moi, j'associais ces coques à des caravelles ! Ce sont dit-il :

"Les fruits de Brachychiton (Sterculiacés), originaire d'Australie"

http://remylaven.free.fr/alger0509/jardin_d_essai.htm

 


J'ai grandi
à Alger chez mes parents au son des harmonies des grands classiques, que ce soit penché  à coté de la seule radio, ou  assis près de l'électrophone (2), ou en rêvant tout petit sous le piano maternel, blotti contre la lyre.
La musique orientale diffusée par les émetteurs de Radio-Alger en arabe ou en kabyle était
dans mon innocence réservée à notre épicier mozabite  du marché Clauzel, qui trônait sur son haut tabouret derrière sa caisse rue Cabot, au milieu des papiers tue-mouches qui descendaient  du plafond...Ou encore celle qui baignait l'obscurité bleutée des fumeries de ces cafés-maures que nous croisions les jours de Fêtes Hébraïques quand nous allions très loin à pieds à la petite synagogue de la rue Scipion-Manus, au bas de la Casbah,
à l'angle de la rue Bab-Azoun. Nous habitions le centre de la ville, proche de grandes voies droites bordées de magasins modernes, semblables aux rues parisiennes. Des fenêtres largement ouvertes en été, s'échappaient   les voix de Tino Rossi, Luis Mariano, et les airs triomphaux de Carmen de Bizet, ou les Symphonies de Saint-Saens qui lui-même habita Alger pour soigner ses poumons malades.
Avec l'adolescence, Bill Healey et son orchestre, Ray Ventura, les Platters et bien d'autres me tournèrent la tête d'abord
à  45 puis en grand  33 tours...Mais dans mon quartier point de cette musique où le  Oud est l'instrument principal. 


Quand Jean A. fit sa Bar-Mitzva, ses cousins et amis furent invités à la villa de St-Eugène pour y célébrer sa fête. Je me souviens y être venu seul en autobus. A l'entrée, une superbe bicyclette, le cadeau de ses parents, faisait l'envie de tous les enfants et nous évaluions le changement de vitesse, les freins chromés, la lanterne, comme des connaisseurs. Cette villa surplombait la mer du haut de la falaise et des escaliers raides et en lacets dégringolaient jusqu'à une crique  rocheuse que caressait la méditerranée transparente et émeraude. Le hall d'entrée était éclairé par des fenêtres aux verres colorés, qui dessinaient sur les murs des ombres mélangées de jaune, vert, bleu et rouge tout à fait algériennes. Dans le fonds du salon , accroupis sur des coussins des musiciens arabes  jouaient pour les invité
s adultes à  cette occasion, de la Darbouka, du Oud, avec les sons aigus d'un violon. Une vraie image d'un carnet de Delacroix. Et une coutume que je croyais disparue depuis la totale francisation d'une famille juive moderne. Car en deux générations elles étaient passées grâce à la France de la dhimmitude turque en citoyens libres qui accédèrent aux professions de médecins, ingénieurs,  dont les enfants étaient cernés de lauriers aux distributions des Prix des Lycées et Collèges.

 

" L'Orchestre Juif ". Aquarelle extraite du Carnet de Delacroix.

Ce rythme de danse a pour nom "Une Nouba".  Remarquez le violon-alto tenu verticalement, et l'arc de l'archet.

                                          

 

orchestre juif, par Delacroix

 

                                                     Musiciens Juifs de Mogador, (Maroc). Huile de Delacroix (1847)

 

Musiciens Juifs de Mogador

 

Ce n'est qu'à l'âge de la retraite, que grâce aux merveilles de l'internet   je découvris combien j'avais vécu ignorant des richesses du pays qui m'a vu naître. La musique qu'est le Chaabi avait en Algérie de nombreux interprètes très doués, comme Lili Boniche(4), El Medioni, Reinette l'Oranaise et bien d'autres. Ces airs orientaux au son du Oud très prisés par les populations locales, furent popularisés à l'arrivée en France métropolitaine d'Enrico Macias, dont le beau-père à Constantine était le chantre du judéo-arabe. Hélas, il fut choisi pour être assassiner en plein jour par le FLN qui ainsi précipita le départ des familles juives.
L'enregistrement ci-dessous qui débute par le piano agile de El M
édioni (5), est suivi par la voix éraillée du regretté  Lili Boniche où les mots en français et arabes sont entrelacés. Cela ne fait qu'augmenter l'émotion qui personnellement m'étreint en écoutant ce chant d'amour pour ma ville dont nous avons été chassés.

Les mots sont simplets, ce n'est pas de la grande littérature, mais ils me bouleversent à chaque fois que je repasse cet enregistrement.

 

    Claude Coquerel : "La Baie d'Alger"(1937)

 

coquerel-baie d'alger

 

  Boulevard du front de mer avec ses immeubles en arcades

         En retrait les cubes blancs de la vieille ville..


Alger Front de mer

 

 

 Voici cette complainte :


http://www.dailymotion.com/video/x4hgta_lili-boniche-alger-alger_music

Alger ! Alger !

J'aime toutes les Villes,

Un peu plus Paris !
Mais pas comme l'Algérie,
Comme elle est belle,
Alger, Alger !

Que voulez-vous ?
De son coeur
Comme de son soleil
Je ne puis me passer
Depuis l'enfance
Je vis dans 
ses rues
Sans me lasser
On est épris

J'aime écouter les Villes
Un peu plus Paris
Mais pas comme l'Alg
érie
Comme elle est belle
Alger ! Alger !

Beaucoup de jeunes gens la regrettent
D'un coup de tête
Où es-tu mon père ?
Où es-tu ma mère ?
Yema !
Mon coeur vous appelle
Il est meurtri...

J'aime les Villes,
Un peu plus Paris,
Et rien n'est  comme l'Algérie
Dont je suis épris
Comme elle est belle,
Alger! Alger !

 

Un autre enregistrement célèbre de Lili Boniche est : "Il n'y a qu'un seul Dieu".


Dieu n'existe (pour moi), que par...son inexistence. Ainsi il est un créateur virtuel supérieur et inaccessible, qui n'a ni forme ni couleur, au nom duquel des Sages  ont transmis d'abord oralement et ensuite par écrits des Lois qui sont depuis 3000 ans les règles de vie basiques des hébreux qui si elles sont respectées, évitent aux hommes de se détourner du droit chemin.
Ainsi il est écrit dans la Torah ce précepte universel qui se suffit à lui-même pour nous guider : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Précepte dont d'autres religions se sont plus tard inspirées....

Ce sont dans des phrases cabossées et naïves que ce chanteur exprime son amour du prochain, et son espoir dans l'égalité des hommes.

Rêver n'est pas un péché dans notre monde en folie....

 

http://www.youtube.com/watch?v=SAsWA1XGd0I&feature=player_detailpage

 

 
Il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a qu'un seul Dieu  !
Toi tu pries assis et moi je prie debout

Que tu sois blanc, ou noir ou café au lait,
Ça ne t'empêcheras pas de faire Olé ! Olé !
Au son de ma guitare, qui fait des échos,
 Il n'y a qu'un seul Dieu et nous sommes tous égaux

Mais de toutes les façons
Nous finirons à la même adresse
Tu n'es pas mieux que moi,
Je ne suis pas mieux que toi,
La plus belle des choses, c'est de garder la foi !

 

Que tu portes la Croix le Haï (3) ou le Voile
Nous nous retrouverons tous dans les étoiles
Refrain..
Il n'y a qu'un seul dieu......

 

   

Notes :


1)  Le Oud

http://fr.wikipedia.org/wiki/Oud

 

(2) C'était un électrophone Pathé-Marconi acquis au magasin "Ultraphone" de Monsieur Sylvain Emsellem, 54 Rue Michelet à Alger ! Certes une folie, mais incontournable pour remplacer notre gramophone mécanique nasillard !

Mon père avait reçu du vendeur pour étrenner ce meuble notre premier  disque microsillon  "Le Concerto de l'Empereur de Ludwig Beethoven, avec Vladimir Horowitz au piano, une exécution inoubliable, que j'ai écoutée tant de fois à en faire sauter le saphir des sillons...!.

http://www.allmusic.com/album/tchaikovsky-concerto-no1-beethoven-concerto-no-5-emperor-mw0001814845

 

(3) Haï : une petite médaille portée autour du cou signifiant "La Vie".

 

(4) Le Professeur Albert Bensoussan a écrit un bel article sur Lili Boniche qui vient de disparaître, en laissant à ses contemporains un trésor de cette musique judéo-arabe :

http://www.terredisrael.com/lili-boniche.php

 

(5) El-Médioni avait débuté dans un café de la ville basse que fréquentaient les Alliés après le débarquement de 1942 à Alger. Il était installé au piano-bar et jouait des airs sur des rythmes de rumba très appréciés par les soldats. 

 


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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 08:02


A la Maternelle.

  L'École de Garçons de la rue Clauzel avait ses murs mitoyens avec l'École

nelle des petits et petites élèves de la rue Laplace, dédiée en 1945 au souvenir de l'Aspirante Denise Ferrier(1) , qui l'avait fréquentée.  

Un jour, en fin de matinée, toutes nos affaires rangées, nous attendions les bras croisés la sonnette qui nous libérait de l'étude,(un bien grand mot !) pour sortir en criant comme des moineaux qui s'envoleraient au coup de fusil. Seulement, cette fois nous les garçons, je n'ai jamais su pourquoi, peut-être à cause de notre empressement et nos bousculades, fûmes arrêtés en sortie de classe , alignés en rang le long du mur et la maîtresse décida de ne libérer que les filles !

 

  Cette photo de classe est la propriété du site Es'mma.

(Donnateur :Philippe Redon)

Dans la rue qui borde ce mur, sentait bon la résine du bois fraîchement oeuvré d'une ébénisterie.

J'aimais ramasser  dans la rigole les copeaux bouclés odoriférants.

 

( Je ne figure pas sur cette photo, sans doute cette classe était en avance d'un an sur la mienne, et je n'ai pas trouvé d'autre cliché pour illustrer cette époque..)

 

 

Maternelle 1943


    

   "Les garçons sont punis, les garçons sont punis !" nous narguaient les fillettes en passant devant nous !!!   Je me sentis personnellement atteint  par cette punition collective  incompréhensible et à mon frère qui m'attendait à la sortie comme d'habitude pour me raccompagner, je lui jetais en pleurant à chaudes larmes "La Maîtresse est un crétaine" !.
     Ce devait être pourtant une bien bonne femme, mais la justice aussi peut se tromper. J'avais mal débuté dans mes relations avec le corps enseignant. Par contre, je n'appris que plus tard que le féminin de "Crétin" est "Crétine" après que tout le monde ait ri de mon mot à la maison. J'aurai préféré la justice à l'orthographe.

    Un autre jour, ,je me revois assis sur mon banc, jouant avec de la pâte à modeler, que la maîtresse avait distribuée aux uns, et des cubes à d'autres.
      J'étais assis près de l'estrade, comme les plus petits des petits y sont assignés en début d'année. Soudain, peut-être parce que j'étais perdu dans mes rêves, je fus enjoint de me lever, d'aller au piquet, et sous les rires moqueurs de mes petits amis, la maîtresse me coiffa d'un bonnet d'âne, dont les oreilles étaient plus longues que le nez de Pinocchio. Le visage tourné contre le mur, je dus supporter cette infamie inexplicable et le châtiment cruel d'être la risée de la classe. Aujourd'hui encore, je plaide non-coupable. Ces humiliations s'oublient moins vite que les vulgaires coups de règle sur les doigts, car la douleur physique est, elle, passagère..C'était une punition contraire à toute la logique de l'éducation par une institutrice dépourvue de psychologie. Au jour ...d'aujourd'hui, des parents idiots l'auraient traîné devant les tribunaux, et un grand-frère vaurien aurait lardé ses pneus......

Mais beaucoup plus grave, à   ce même age tendre, il fallut que mes parents obéissentaux "Lois d'Exceptions" de 1941, et aillent remplir au Commissariat de Police une fiche à mon nom et celui de mon frère pour le "Recensement des Juifs", sous peine d'emprisonnement en cas de refus !.

Nous savons maintenant que les infâmes étoiles jaunes étaient déjà rangées à la Mairie d'Alger. Les vichystes qui tenaient le haut du pavé étaient en Algérie toujours  enthousiastes à appliquer les Lois qui faisaient rage de l'autre coté de la méditerranée, alors que les nazis en Algérie n'étaient alors représentés que par une petite commission d'armistice germano-italienne et de négligeables forces militaires.

Je rappelle que dans le Sud Saharien avaient alors été envoyés dans des camps de travaux forces, des juifs activistes, des communistes, des républicains espagnols.

Les cruels gardes-chiourmes étaient des militaires français ou allemands de la légion-étrangère. Y moururent nombre d'internés des sévices, et du typhus.

Détail écoeurant : ces internés ne furent libérer que bien après que De Gaulle se soit installé  à Alger.

Il faut préciser qu'après la Libération, qui nous sauva du pire destin, aucun fonctionnaire collaborationniste, civil ou militaire, ne fut jugé et  passé par les armes, mais pour la plus-part continuèrent leur carrière sans être inquiétés: ils furent gradés, médaillés, et pensionnés à souhaits. 

 

commisariat-vichy.jpg


En ce qui concerne Albert Camus , voici un passage de sa bibliographie à cette époque écrit par le Prof. Albert Bensoussan dans le Blog "Terre d'Israel" :
    
"Ces pages d’histoire du judaïsme en diaspora méritent d’être remémorées. À Alger, après le débarquement des Anglo-Américains en novembre 1942, et l’établissement du gouvernement de la France Libre, puis le rétablissement des Juifs d’Algérie dans la citoyenneté française, qu’ils avaient collectivement perdue par les lois raciales de Vichy, les instances juives se remirent au travail pour souder la communauté autour de ses traditions et de sa culture tout en l’incitant au dynamisme vital. Non que ces instances dirigeantes aient cessé d’agir, puisque durant ces trois années de « privation », il avait fallu organiser l’enseignement pour les enfants juifs chassés des écoles, sous l’autorité des maîtres eux-mêmes mis à pied – tous juifs, à l‘exception notable d’Albert Camus qui, exclu de l’enseignement pour cause de tuberculose, fut recruté par le professeur André Bénichou à l’école juive d’Oran, baptisée « cours Descartes », en 1941-1942 ; et c’est de cette expérience que le futur prix Nobel allait tirer son roman La Peste, tout en faisant souche localement, puisqu’il épousa alors une jeune fille d’origine juive, Francine Faure, petite-fille de Clara Touboul ".

  

En classe élémentaire (et  même alimentaire !) .


      En gravant les échelons dans l'éducation scolaire, je crois que je fis quelques séjours prolongés à la maison, ma classe de cours élémentaire ayant été réquisitionnée par les Alliés pour quelques mois et transformée en local... alimentaire pour en faire une entrepôt de sacs de sucre. Je me souviens surtout du jute dont étaient cousus d'autres  et qui avaient une odeur très forte qui m'incommodait. Grâceà la générosité de l'Oncle Sam, nous recevions, en classe, un verre de lait chaque matin.  C'est du moins ce que j'ai lu dans mes recherches car j'en ai oublié totalement le souvenir. Par contre mes papilles salivent encore à la pensée du délicieux beurre de cacahuète...et surtout des pastilles acidulées toutes de couleurs pastels que les soldats alliés en permission distribuaient en rencontrant les enfants dans la rue ou au square. 

 

Alger en 1943
  Ce cliché a été pris par un soldat anglais, en haut du Monument Aux Morts d'Alger. Sur la gauche, dominent les dômes de la Grande Poste.

Les mamans assises sur le banc  de pierre surveillent les ébats de leurs enfants, faceà la vue grandiose de la baie et du port en guerre. Sans doute une des plus belles perspectives du monde.

J'étais un de ces gamins qui jouaient avec le calot d'un soldat du Corps d'Artillerie de sa Majesté,  fasciné  par l'écusson doré en forme de canon...A cet age innocent je ne pouvais pas savoir que l'Angleterre faisait au même moment la chasse aux réfugiés juifs qui tentaient sur des rafiots d'atteindre les cotes de la Terre Promise. Les Britanniques encageaient sur des bateaux-prisons les rescapés des Camps Nazis, et même les renvoyaient...à Hambourg !

  

  A l'École Clauzel. Madame Naniche,  à la chevelure rebelle, aux formes arrondies et déjà âgée, était notre institutrice et  un peu notre grand-mère.
       Je n'y connus pas de punition, car chez elle ce n'était pas à l'ordre du jour.
Je soupçonne que les petits diables profitaient cependant de sa trop grande bonté.
Ainsi, en fin de semaine,le Samedi matin en lisant son carnet de notes, elle nous distribuait des billets de satisfaction. Des "Bien", des "Très Bien", à chacun, qu'il fut bon ou... méchant élève dans la semaine, était récompensé. L'égalité par le bas...Ces vignettes ne passaient pas inaperçues: elles étaient frappées à l'effigie du drapeau américain ou du drapeau anglais, en plus du tricolore, un cadeau du 8 Novembre 1942. Hélas, il m'a été impossible de retrouver un de ces petits trésors pour collectionneur. 

 

120px-Flag of France.svg

 

152px-Flag of the United States.svg


160px-Flag of the United Kingdom.svg


Ces billets étaient rangées dans un petit carton sur l'estrade, à coté de son sac. Profitant d'un moment où la maîtresse s'était absentée, le plus audacieux, ne pouvant se retenir, s'en saisit d'une poignée et renversa dans sa hâte la petite boite qui contenait ces trésors. Ce fut une ruée sur les vignettes qui n'eut d'équivalente que celle de réfugiés assoiffés qui reçoivent des containers d'eau tombés du ciel. La sonnette sauva la petite classe du tribunal. Mais moi, plus timide (!) voleur ,je ne revins à la maison qu'avec une petite quantité que je jugeais modeste et méritante (..pour toute l'année !). Ma mère ne sourcilla pas  à la vue de mon larcin et ne s'étonna pas trop de ma bonne conduite.. 

 

  École primaire (celle où est envoyé un primate)...

 

  En cours moyen, les choses devenaient plus sérieuses. Plus de petites ardoises et leurs craies grises, dures et  grinçantes qui ne s'effritaient pas et n'écrivaient presque pas non plus. Oubliés les petits chiffons pour  effacer notre écriture maladroite, nous étions arrivés à l'âge de l'encre violette, des plumes sergent-major, des buvards et des cahiers à ligne pour y dessiner des majuscules et des minuscules en plein ou délié, des plumiers coulissants, des taille-crayons qui cassaient les mines et de la règle pour souligner la date du jour. Droits et Devoirs : Chaque élève, à son tour, devait  remplir les godets de faïence logés devant nous dans le bois de notre pupitre noir juste au dessus de la rigole où nous posions nos porte-plumes et crayons. Le flacon d'encre violette était très lourd, ventru comme une bouteille de champagne, et bien que munie d'un bec verseur, il fallait viser avec précaution le trou de la faïence. Une affaire de haute responsabilité que nous confiait l'instituteur.  Et nos tabliers, boutonnés de haut en bas, paraient aux erreurs.. Mais surtout il ne s'agissait pas de faire de faux-mouvement sur un camarade de gabarit supérieur...qui se vengerait à la recréation....
      Lors de la page d'écriture, notre bon maître passait dans les rangs, se penchait sur notre cahier, son haleine dans notre cou, et de son encre rouge  calligraphiait en début de marge, la lettre ou le mot à recopier.
      Ses lettres ne dépassaient pas les lignes, sauf pour les majuscules, elles coulaient de sa plume comme celles d'une imprimerie de Gutenberg, sans hésitation, moulées, dessinées avec amour, quarante fois par jour. Et à notre tour de sortir notre langue et d'essayer de l'imiter sans faire de bavures. Un matin, comme de coutume, l'instituteur demanda qu'on lui citât un mot commençant par la lettre "z", après le zèbre, les doigts baissèrent, la source enfantine tarie. Devant son insistance à nous faire  fonctionner nos neurones, je brandis un doigt archimédien, zéro,! m'écriais-je, tout fier  d'être le seul à l'avoir trouvé !! Et l'instituteur de me répondre en riant (une fois n'est pas coutume), "Ah !! tu le connais bien !!", faisant ainsi allusion à mes notes brillantes. J'en restais mortifié.
       Transformé en glaçon dans ce jour printanier. j'avais récolté une moquerie de celui que je respectais le plus. J'en oubliais même que j'avais auparavant eu envie d'aller au petit coin. Trop tard..... 

Pourtant, un jour faste je fus rempli de joie lorsque l'instituteur me complimenta sur mon travail de Leçon de Choses sur la respiration des plantes. J'avais dessiné un pot de fleur au fond perçé, avec des flèches pour indiquer le passage de l'aération  de la terre et éviter le pourrissement des racines par un trop d'eau.

En fait, je ne saurai jamais si c'est à cause de ce succès scientifique que ma famille me surnomma gentillement "Georgicot-pot-de-fleur".

    

  

  A l'âge de raison, une soustraction.

  

Picoti,picota, c'est ma gorge qui me fait mal. Alors, en me levant, et grâceà un croisement de neurones, je me suis soudain souvenu d'une opération des amygdales, qui était alors à la mode de chez nous, un peu comme de couper chez une jeune chien tout ce qui dépasse (!). Pour me rassurer, maman m'expliqua que je ne sentirai rien, car je serai endormi. Ce mot éveilla au contraire en moi une angoisse profonde qui agita mes nuits, car à mon jeune âge, je ne m'étais pas encore débarrassé de la manie de sucer en secret mon pouce en m'endormant, comme la chanson d'Henri Salvador, et je craignais d'être ainsi dévoilé. Dévêtu je le fus, à la "Clinique de l'Oriental" et en un clin d'oeil nu comme un vers, et revêtu d'une camisole de force, je me retrouvais en un instant ficelé à un fauteuil qui me rappelait celui du coiffeur. Ils étaient trois contre un, sans demander mon avis, et profitant de ma bouche ouverte pour protester, le docteur me glissa un appareil qui, comme un vérin m'écarta les mâchoires au maximum, me laissant bouche bée, et je ne me souviens que du masque appliqué sur ma figure.... Je m'éveillais, assis sur un lit dans le couloir de la clinique Solal, le Docteur Schebat, un cousin de ma mère, vint vérifier mon état cotonneux, juste à temps pour recueillir dans un drap, ce sang que j'avais avalé pendant cette charcuterie. Retourné à la maison, je pus savourer la récompense de mon supplice: le Docteur avait conseillé la meilleure des ordonnances de ma vie: des Créponés du Milk-Bar, des Parfaits de chez Grosoli, ou des Esquimaux Gervais, les seuls, les vrais !. Mais ma mère faisait mieux avec sa sorbetière: deux-tiers de glace pilée, un tiers de gros sel ,abaissaient la température du récipient, empli de sa recette crémeuse, en dessous de zéro . Cette sorbetière était la devancière du congélateur, comme la gargoulette celle du réfrigérateur! Ce n'était qu'une question de patience. Elle nous aida à passer bien des étés, rafraîchissante et saine, sans produit chimique, colorant, préservatif ou gélatine, mais avec beaucoup d'amour maternel.

 

  Ainsi un jour qu'un grand me demanda, en faisant l'important,  ce que j'aimais le plus à l'école, je lui répondis: "la sortie aux Groupes Laïques". Loin de l'école, cet ensemble sportif nous accueillait hélas que trop rarement. En fait nous y jouions qu'au ballon. Mais Monsieur Di-Crecenzo (2)(3) continuait là aussi son rôle d'éducateur : je me souviens qu'il avait remarqué qu'un des élève avait peur de la balle qu'on lui envoyait et lui tournait le dos. Notre instituteur, paternellement, n'hésita pas à jouer un peu avec lui pour le décontracter !

Ensuite avions droit à une représentation cinématographique où Charlot nous faisait rire aux éclats. Nous nous trémoussions, assis sur de méchants bancs qui menaçaient de se renverser !. En fin de matinée nous retournions à l'école, en une longue file, deux par deux nous tenant la main, l'instituteur sérieux et  droit comme un officier, guidait sa troupe, tout en essayant, mais en vain, de modérer nos cordes vocales !

Nous chantions alors en tue tête, à nous égosiller, (d'ailleurs un excellent exercice respiratoire !) :

 

"Un éléphant, ça  trompe, ça  trompe,

Un éléphant, ça trompe énormément !

 

Depuis, beaucoup de nous sans défense, ont été trompés,  mais ceci est une autre injustice qui appartient à l'Histoire....

 

Préparation des poussins pour l'envol en Sixième.

  

Et bien , c'était sous la direction énergique de Monsieur Moureaux. Excellent instituteur, il avait mis au début de l'année son très jeune fils Marc au premier rang. Il rêvait sans doute de le préparer à une brillante carrière dans les Grandes Écoles en le présentant à l'examen d'entrée en Sixième bien en avance sur notre âge. Le pauvre Marc était toujours assailli de questions par son sévère père qui le tenait ainsi éveillé ! A la sortie de l'école, nous rions en cachette à la vue de ces jolies mamans qui venaient en essaim s'inquiéter de leur progéniture auprès de ce bel homme...

Le jour J de ce fameux examen qui eut lieu dans une classe du Lycée Gautier, c'est avec la peur au ventre que je m'y suis présenté ! Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir entrer comme examinatrice-surveillante, la bonne Madame Naniche. C'est elle qui nous fit passer l'épreuve de la Dictée. Je ne sais si vous vous souvenez du film de Fernandel-Instituteur dictant un texte à se décrocher la mâchoire pour bien se faire comprendre et éviter les fautes d'orthographe ! Et bien Madame Naniche répétait ses mots de telle façon qu'il était presque impossible de se tromper ! En plus elle parcourait les rangs en se penchant sans en avoir l'air sur les copies, en marquant un bref temps d'arrêt, de telle façon que même les "e" muets n'étaient pas oubliés...

Avant la proclamation des résultats, ma mère toujours anxieuse croisa dans le hall du Lycée Gautier, Monsieur Urbain, un des professeur de mon grand-frère très brillant. Il passa rapidement devant elle, des copies serrées sous son bras et devinant sa pensée,  lui fit un grand signe de tête la rassurant ainsi sur mon succès, j'étais bon pour commencer mes humanités   ...Comme prévisible, c'est la Classe de Dessin qui ne me demandait pas d'effort, qui me sauva de la noyade dans mes études souffreuteuses... 

Les injustices sont comme les crimes, divisées en deux catégories: avec ou sans préméditation. La frontière qui les divise est souvent floue.

Moi-même ai sans doute commis bien des injustices !.

Ainsi se termina pour moi, à l'école Clauzel d'Alger, l'époque bénie des Instituteurs de la République à la mode Jules Ferry.

  Et la Justice, me diriez-vous ? Anatole France a écrit dans le Lys Rouge:   

   "la Justice est le moyen par lequel les injustices établies sont sanctionnées " .

 

Le hic, est que son mécanisme est, (bizarement dans certains cas), souvent  rouillé ...pour laisser les injustices se fondre dans l'oubli des hommes à la mémoire courte. En voici un exemple à nous dé gouter de la Justice :

Le président du comité olympique palestinien, Djibril Rajoub, a salué la décision du Comité olympique international (COI) de ne pas observer une minute de silence à la mémoire des 11 athlètes israéliens assassinés par des terroristes Palestiniens à Munich en 1972, a indiqué jeudi l’organisme israélien Palestinian Media Watch (PMW). Rajoub, est-ce utile de le préciser, est lui-même   un cé lèbre terroriste au passé sanglant. Mais pourquoi le Comité Olympique a-t'il cédé à la pression de tueurs ?

Et bien parce que l'esprit de Munich est toujours présent. 

Un internaute m'a envoy é une coupure d'un grand quotidien parisien qui publiait en couleurs les drapeaux de tous les pays participants aux Jeux Olympiques. Celui d'Israel n'y figurait pas....Peu importe," moi je pense, donc je suis".

 

Bonnes notes à consulter :

  

(1) Un très beau site sur le souvenir de l'Aspirante Denise Ferrier :
http://babelouedstory.com/cdhas/24_denise_ferrier/
denise_ferrier_24.html
(2) Photos de Classe par Guy Santelli, Clauzel 1946:

 http://copainsdavant.linternaute.com/photo_groupe/4020643/426466/5-ieme_ecole-clauzel/

 

(3) Sur le site d'Es'mma ci-dessous, un article de Jean Di-Crecenzo, le fils de notre célèbre instituteur.

Figurent  entre autres, Madame Naniche et Monsieur Di-Crecenzo.
esmma.free.fr/mde4/maitresc.htm

 


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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 13:41


Mon message d'aujourd'hui sort un peu de l'ordinaire. Il est à la fois triste et plein d'espérance.
Ces temps derniers, les informations en provenance d'Iran sont de plus en plus menaçantes. Une série d'exercices de tirs de fusées balistiques dans le vaste désert   avait pour but hier de détruire un objectif simulé comme israélien. Les vociférations de ces fanatiques islamiques sont quotidiennes et ont toujours le même sujet: la destruction de l'Etat d'Israel, et des Juifs où qu'ils soient.  Ces aboiements se font entendre en chaque occasion en présence même de délégués internationaux qui ne peuvent ainsi les ignorer. Les pays islamiques qui nous entourent entassent chaque jour un nouveau fagot pour dresser un bûcher où ils espèrent brûler Israel.
Dans le petit pays hébraïque où la vie continue avec les mêmes problèmes quotidiens d'un pays démocratique, plus ceux inhérents à sa position géographique, de temps à autres de bienveillants responsables de la Défense Passive vérifient nos nerfs en faisant hululer les sirènes d'alertes pour en vérifier leur bon fonctionnement... Un de ces bons génies a même proposé la création d'une modulation spéciale en cas d'attaque chimique...Une information, sans doute de provenance d'un satellite américain, précise qu'en Syrie sont détectés ces jours-ci des mouvements suspects d'armes chimiques et non conventionnelles, qui sont déplacées, peut-être pour les mettre en lieux surs pour qu'elles ne tombent pas dans les mains d'opposants, ou au contraire pour s'en servir contre eux !.

 

Ce qui suffit à expliquer mes nuits souvent agitées, mais dernièrement j'ai fait un cauchemar où le réel et l'impossible étaient mélangés. Subitement, alors que je vaquais dans un rêve à mes affaires, rangeant un rapport technique (!?) qui étrangement s'était alourdi de feuillets rouges épars, se propagea un mot d'ordre de bouche à oreilles "Qu'il fallait évacuer la ville". Et je vis tous mes amis au travail, et ainsi que ma famille (même mes chers parents décédés depuis longtemps !!) s'organiser pour un départ urgent de notre ville que je voyais bizarrement vue d'avion (!?) uniformément grise. Moi, je trouvais même  un instant pour écrire une lettre de remerciement à mes employeurs pour les heures laborieuses et fraternelles que j'avais passées à l'usine (!?). Mon frère, lui, trouva un formulaire pour payer automatiquement les factures qui arriveraient en notre absence (!?). Soudain notre autobus qui roulait vers un je ne sais où, se vit dépasser par un car plein d'enfants, tous couverts de bérets, et qui me semblaient être de petits arabes (!?).Le chauffeur  ricannant la tête penchée sur son volant était fantomatique.
Dans un rêve précèdent, j'avais reçu de l'armée une convocation pour une période de réserve !! ( ce qui est ridicule puisque déjà rayé depuis longtemps de mes obligations). M'y présentant en avance (comme d'habitude d'ailleurs), je m'aperçus que j'avais oublié de prendre mon fusil (!?)  Ce qui est impossible car en Israel un réserviste ne garde pas son arme chez-lui !), et en retournant chez-moi, comme si cela n'était pas suffisant, je me perdis dans des dédales de rues sans pouvoir retrouver mon chemin...
Vous pouvez sourire en toute tranquillité à ces états d'âmes nocturnes: réveillé, je suis parfaitement sain d'esprit et réaliste et sais démêler les soucis  et l'optimisme souvent enchevêtrés. Sans doute j'avais fait inconsciemment une association avec le Blitz sur Londres, quand  les enfants avait été répartis dans les campagnes. Mais en Israel, ce ne serait pas possible, nous l'avons vu quand le Hizbola bombarda avec des milliers de rockets le Nord d'Israel pendant de longues semaines. (C'était il y a exactement six ans ). D'autant plus que cette fois au Sud, Gaza est devenue aussi un arsenal de fusées modernes importées d'Iran, via le Soudan et le Sinai.

Itzak Shamir, vient de décéder. II fut Chef du Gouvernement quand en 1991 l'Irak bombarda Israel de plus de quarante fusées balistiques. Sa décision de ne pas riposter fut très critiquée alors par la population angoissée.
Aucune explication ne fut donnée au public qui était en pleine panique, et vivait ... avec un masque à gaz sur le visage .

Sans doute les États-Unis préféraient qu'Israel reste l'arme au pieds pour ne pas être dérangés dans leurs opérations militaires. ( Cela me rappelle les mêmes arguments invoqués par les Alliés pour ne pas bombarder les voies ferrées menant aux Camps d'exterminations ). Il faudra bien qu'un jour l'Histoire retourne sur les responsables de  ce passé  honteux. Depuis longtemps déjà ont été dévoilé es des photos prises de bombardiers anglo-américains passant à basse altitude au-dessus des quais des convois et fours-crématoires, pour  lacher leurs bombes sur les usines de roulement à billes.... voisines.

Les manchettes de journaux parlaient en 1991 de Commandos israéliens à la recherche  dans le désert irakien des nids de fusées Scud  pour les neutraliser...Je pense que ces informations étaient répandues pour rehausser le moral des citoyens..

Par le plus grand des hasards, j'ai reçu, ce matin, ce Devoir de Mémoire de Monsieur René Lévy (pas parent !) qui avait quatre ans à Drancy...Un long récit qu'il faut  lire pour tirer les leçons du passé, et aussi pour s'émerveiller de la volonté et du courage de cet enfant de l'Occupation à Bayonne, et aussi de bonnes âmes qui le sauvèrent des griffes du Minotaure. 
(Les fautes d'orthographe de son récit ne font qu'ajouter à l'authenticité de son écriture et de son témoignage déposé aujourd'hui à Yad Vashem, en Israel.


(L'Aloise Bruner, le SS dont l'auteur parle, se réfugia après la guerre en Syrie et il y devint Chef de la Police Secrète d'Assad-père...


http://drancy1943rl.blogspot.co.il/  

 

Aujourd'hui encore l'Iran se gausse des Démocraties et fait tourner à pleine vitesse ses centrifugeuses pour enrichir  son uranium et sans doute est très proche de posséder l'arme nucléaire. Profondément enterrés, leurs laboratoires sont dispersés, et le Génie du Mal  se croie en sécurité. Rien  à attendre des Nations Unies cancérées par les roitelets et les dictateurs.

Il va donc falloir passer une mauvaise période, comme chez le dentiste, que j'espère aussi courte que possible, mais qui nous délivrera des ambitions démoniaques de ces nouveaux adeptes du Führer. 

 

Demain, les Français de métropole et de par le monde célébreront la Fête Nationale du 14 Juillet. J'ai déjà évoqué des souvenirs inoubliables de ce jour, Fête de la Nation, lorsque nous habitions dans la province française (91 !) que fut l'Algérie. 

Nous avons depuis pris des rides et les couleurs du drapeau ont bien pali, mais tout n'est pas perdu....

Il existait à Alger, une petite ruelle qui menait du port  à la vieille ville. Pour que les marins ne se perdent pas dans les dédales de la Casbah, les murs étaient peints de bandes tricolores. Ainsi plus tard cette ruelle fut baptisée "Rue des Trois Couleurs". Je pense qu'il serait propice d'en faire autant dans certaines rues parisiennes.

 

Mais pour terminer, je voudrai que nous écoutions ensemble cette interprétation de René Lebas de la chanson-hymne " Garde l'Espérance".


Mais le plus bel espoir de sa famille est notre petite-fille, juste âgée de deux ans ce 14 Juillet 2012 ! Une date inoubliable. Zohorie est son prénom ,extrait du Livre du Zohar, qui est le Livre des Splendeurs.

Qu'elle grandisse dans la Paix, c'est un de nos plus sincères souhaits .

 

 

Deux ans, 14 Juillet

 

Garde l’espérance,
Un autre temps viendra,
Ta souffrance demain finira.
Garde l’espérance,
Ne crains jamais le sort ;
En silence,
Résiste et soit fort.
Une étoile dira le retour,
De tes rêves
Des anciens beaux jours,
Et ta peine
Alors sera vaine,
Car le monde chantera l’amour.
Garde l’espérance,
Un autre temps viendra,
Et la chance
Demain sourira.


http://www.youtube.com/watch?v=Sm0-TOjfqqQ

 

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 17:00

 

Ou flâneries d'un touriste dans le Paris de 2012.

Savez-vous pourquoi ce bazar à la Porte de Vanves n'est-il qu'un  "Marché-aux-Puces" ? C'est parce qu'il y a bien longtemps :


Un Pou et une Puce
Sur un tabouret
Qui jouaient aux cartes
Le pou a gagné !
La puce en colère,

 De cette trahison,

Le jeta par terre...

Et lui crêpa le chignon !

 

Cette chansonnette nous la chantions mon frère et moi quand nous jouions au jeu de cartes de la "Bataille". Comme il y avait toujours un perdant, la partie se terminait aussi mal que la comptine....


Alors j'ai commencé mes flâneries en remontant lentement la  Rue Marc Sangnier.

Dans ce quartier rouge, vous oublierez le vouvoiement, car nous y sommes en pays de "prolos" !

J'ai tout de suite été attiré par ce jouet fabriqué par la firme  Marklin: une machine à vapeur que je comptais parmi mes trésors dans ma chambre bleu à Alger. Je réchauffais la chaudière avec une pastille d'alcool solide "Méta" et le piston poussait la bielle et le volant se mettait à tourner, comme dans une vraie locomotive ! Cent fois je l'avais démonté ce tiroir à piston pour en changer le segment en cuir et  même poussé les feux à la faire éclater ! Je me sentais mécanicien de locomotive et avec le charbon des allumettes que j'allumais en quantité, je m'en barbouillais les joues comme un ersatz de suie....

Mais que fut le passé aventureux qui habita ce crane à la mâchoire défoncée  ? Le résultat d'une rixe dans  les "fortifs", du temps quand cette Porte était à la limite de Paris  la Zone des mauvais garçons,  ou un Versaillais ou un Communard ? En tout cas ce crane, au lieu de s'ennuyer au fond d'une fosse commune, alimente sinistrement la curiosité des passants qui le dévisagent.

 

img 1092

 

  Ce serre-livres décharné est lui, aussi curieux qu'épouvantablement laid. Bon pour ranger les livres d'un médecin légiste.... 


img 1093

 

Cette dame, qui n'est pas au Bois de Boulogne, se protège du froid matinal avec des fourrures qui cachent savamment sa nudité..

 

 

  img 1095

 

 

  Le propriétaire de cet étal où foisonnent des objets ne semble pas satisfait d'être  photographié. J'aurais bien jeté mon dévolu sur son Polichinelle de métal,et l'emporter si je n'étais pas en voyage.

 

img 1098

 

Un instrument de musique pas trop cabossé qui a du faire les beaux jours d'un orphéon.

Les gravures en couleurs sont des feuillets détachés ( sacrilège!) de livres en plus ou moins bon état, et ainsi qui se vendent plus facilement au passant pour les encadrer....

 

  img 1101

 

De jolies poupées aux têtes de faïences. Mais moi j'ai surtout aimé cette maquette de voilier à quatre mats, si bien détaillée avec ses cordages compliqués et  l'accastillasse miniature dont les canons à boulets.

 

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Des boites originales de "Méccano" ! Notre regretté Père nous avait offert un sachet de ces pièces de métal laqué qui permettent aux enfants imaginatifs de se fabriquer un jouet, quitte à le démonter pour en créer un autre. Un jeu inégalé pour développer la coordination manuelle et concrétiser des inventions. Dans les années de restrictions, mon père qui trouva ces pièces peintes en bleu,  alors très rares, fabriqua lui-même deux boites en bois pour mon frère et moi. C'était pour nous les offrir pour "Hanouka" qui coïncide avec Noël. A court de temps, il ne lui resta que la veille au soir pour se lancer dans des travaux de menuiserie. Nous l'entendions scier et clouer des lattes très tard dans la nuit ! Le matin nous fut offert ce jeu de construction  dont les écrous et vis étaient rangés soigneusement dans leurs compartiments.  Un merveilleux souvenir. Quant aux voisins polis, qui ne purent sans doute pas fermer l'oeil dans les bruits de marteau clouant le bois dur, ils se rattrapent maintenant en dormant d'un sommeil éternel...

 

img 1103

 

  Des wagons dépareillés de mon époque: du temps où ils étaient fabriqués en tôle étamée peinte. Depuis les créations en métal fondu ou plastique moulés sous pression, permettent des détails très fouillés. ....Mais très superfétatoires pour l'imagination créative enfantine. Avouons-le, ces merveilles sont produites surtout pour les adultes connaisseurs et riches collectionneurs qui les mettent sous cloche à l'abri de la poussière et des petites mains potelées...

Mais qu'en est-il devenu de la poésie du toucher ?

 

img 1104

 

Vitrier ! Vitrier ! Voici comment il transportait avec un harnais son fardeau sur son dos. Appréciez ce bandeau de cuir qui devait cerner son front pour l'aider à porter sa charge fragile.

 

  img 1106

 

  Une chaise cannelée aux attaches si fines que je n'aurai  jamais osé  de m'y asseoir de peur de la briser.

 

img 1107

 

 

Un souvenir peint à l'huile ( assez naïf  d'ailleurs ) du Sud algérien ! Des soldats en chéchias, gilets brodés et pantalons rouges se promènent devant une mosquée....Ce n'est pas ici que le flâneur découvrira un Dinet égaré...Mais peut-être qu'un algérien en mal du Pays, l'emportera pour l'accrocher chez-lui.

 

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Ce personnage qui aurait pu être celui d'un acteur de théâtre, est le musicien de ce marché. Il semble assez ignoré des passants qui essayent de dénicher une trouvaille à leur goût. Son piano a des sons d'un autre temps. Les pièces dans le panier en osier sont rares. Il doit pourtant s'efforcer d'en accumuler assez les  beaux jours pour passer l'hiver. Vu son visage ravagé, ce doit être la disette perpétuelle...

 

 

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L'artiste vénérable joue sur un piano crasseux, aussi fatigué que le siège qui tient grâce à du ruban adhésif. Remarquez le piano équipé de roues en caoutchouc pour faciliter les déplacements...Chaque Samedi et Dimanche, il accompagne de ses notes plus noires que blanches, les visiteurs. Je ne sais s'il doit payer une redevance à la Ville. 

C'est une misère à roulette. Question de mobilité, comme  l'étal de Crainquebille pour  circuler eventuellement sur l'injonction d'une Pèlerine. Comme les vendeurs  à la sauvette qui cachent leur gagne-pain dans un parapluie.

C'est à la fois une misère de la musique, et la musique de la misère....

 

img 1110

 

 

Ce Biplan est assez bien conservé. Il ressemble fort à un "Spad", cet avion remarquable de la guerre de 14-18. Contrairement au "vrai" en bois et tout entoilé, cette maquette est en tôle emboutie. 

Il lui manque la mitrailleuse montée au centre sur l'aile supérieure, là où se trouve l'encoche arrondie. Ce n'est que sur les plus nouveaux modèles de "Spad" que fut installée une mitrailleuse tirant à travers la rotation de l'hélice grâce à un ingénieux système de synchronisation. Encore un objet que j'aurai bien souhaité emporter avec moi...

 

img 1112

 

Le toutou est bien silencieux, rêvant sur ce canapé, et pour cause, car  il est bourré de paille...

    img 1111

 

 

La haute chaise cannelée pour bébé, est à combinaison: droite pour donner à l'enfant son repas, ou pliée pour la transformer en table de jeu avec sa chaise ! J'en ai connu une semblable avec son boulier ! Un jour, j'étais déjà en âge de sortir tout seul de ce meuble ingénieux, et je ne sais pourquoi, à la fin du déjeuner je me suis approché à quatre pattes avec une fourchette à la main de la prise électrique dans la salle à manger et y piqua cet ustensile tout en métal. Le Dieu de l'électricité eut pitié de moi et ne m'infligea qu'une violente secousse à 110v dont j'en ai encore le souvenir cuisant.

 

  img 1227

 

Encore une belle maquette en bois : celle d'un "Thonier de Concarneau" (?).

 

img 1229

 

Circulant entre les étals, et contemplant avec des yeux de connaisseurs des objets de l'Extrême-Orient, j'ai croisé un beau couple de Japonais habillés traditionnellement et comme descendus d'une gravure. Je n'ai pas compris s'ils étaient simplement des élégants où déguisés là pour attirer les badauds . De toutes les façons je leur ai demandé en mauvais Anglais (..ils m'ont répondu en bon français !) de bien vouloir poser pour un cliché pas du tout de couleur locale !

Banzai ! Qu'elle est troublante cette Geisha en Kimono !.

 

 

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Un plateau de soldats en aluminium finement peints. Moi je n'eus que des soldats en plomb écaillé qui ne tenaient plus debout, sans doute épuisés par les guerres successives...Alors je les avais remplacé par des pièces de monnaies de différentes tailles qui avaient l'avantage de pouvoir être alignées sur le tapis de ma chambre bleue...Je fronçais le tapis de haute-laine pour en faire des montagnes où partaient à l'assaut les pièces trouées à l'effigie de la francisque de l'Etat-Français (!!). Ce n'est que plus tard qu'en fin je pus organiser mes combats vainqueurs avec de lourdes pièces jaunes de 2 Francs frappées par les Américains après leur débarquement triomphal en Algérie en 1942...

 

img 1235

 

Des couverts dépareillés et des objets en faux ivoire, et une horloge ancienne à ressort.

A coté d'elle un très ancien projecteur de film muet 8m/m en état de marche.

 

img 1241

 

  Bien-sur, c'est avec  ce camion en bois que j'aurai aimé jouer...( Même maintenant, mais ne le répétez-pas !)

 

img 1242

 

Voici une agréable bibliothèque avec ses jolies charnières en cuivre, pour éventuellement ranger mes livres. Je n'ai pas osé en demander le prix, puisque de toutes les façons je ne l'aurai pas acheté !

Mais rêver n'est pas interdit...

 

img 1243

 

Ce cheval à roulettes a du faire la joie d'une enfance gâtée dans les années 20.

 

img 1246

 

Cette gravure patriotique émeut encore et pour toujours. Ces Zouaves épuisés et prisonniers des casques à pointes murmurent :

" Quand reverrons-nous la France ?"

 

img 1251

 

 

Cette caisse en tôle n'est pas une antiquité ! Elle me rappelle pourtant une semblable peinte en vert, où j'avais entassé mes bouquins techniques pour les envoyer par bateau en Israel . J'avais spécifié au transporteur une adresse de livraison à Ashkelon ( Sud de Tel-Aviv) où je devais m'installer, mais elle arriva au port de  Haïfa, c'est à dire 160 km plus au Nord...Je pris donc l'autobus pour me rendre à la ville portuaire. Les bateaux-marchands,  l'odeur de sel et les moirage des taches de mazout me rappelaient mes promenades sur les quais d'Alger,

Pour sortir du périmètre ma très lourde caisse, je dus passer à la Douane. Là un employé soupçonneux me fit déballer mon trésor. Ce Douanier décida que je devais payer une taxe à l'importation...Je lui expliquais transpirant et brûlé par le soleil d'été, (car j'avais déjà fait des kilomètres pour trouver l'employer ad-hoc), que ces livres n'étaient pas neufs mais à usage personnel pour mon travail. Comme il faisait semblant de ne pas comprendre, je sortis de mes gonds et l'invectivais : immédiatement il m'enjoint de le suivre au Poste et là se plaignit de ma conduite ! Je me voyais déjà commencer ma vie de citoyen en Israel derrière les barreaux ! Heureusement pour moi, le "supérieur" d'origine marocaine comprenait le français et me rendit et la liberté et mes livres chèrement acquis...

C'était le début de mes pérégrinations et de mes aventures en pays et langue inconnus.

 

img 1244

 

La dernière photo qui n'existe pas:

C'est celle justement d'un appareil miniature tenant dans le creux de la main, fabriqué au Japon. Entièrement mécanique ce bijou photographique était sans doute l'objet de prédilection des espions, du moins ceux des romans policiers. Il était sous vitrine, et accompagné d'un minuscule rouleau de sa pellicule originale. Un objet de collection car son prix atteint celui d'un moderne appareil digital...Mais l'exposant ne me permit pas d'en faire un cliché-souvenir. "Tiens-tiens, tiens, bizarre autant qu'étrange"....comme disait Marcus Bloch dans le rôle de l'inspecteur Pluvier, lors des émissions policières dominicales de Radio-Alger-de-ma-jeunesse !

Ainsi au hasard de mes pas j'ai retrouvé des objets de mon enfance dans ce marché  parfaitement tenu dont je remercie les vendeurs qui,  pour la plus-part m'ont permis de rapporter ces souvenirs photographiques au delà de la Méditerranée. 

Les jours de vague-à-l'âme, j'aime revenir sur ces clichés:

Paris te reverrai-je un jour ?

 

 

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