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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:00

 

  Naissance et mort d'un monument


Un monument aux Morts est une création  éternelle (...tant que le permettent les circonstances politiques), pour rendre hommage aux Héros tombés pour défendre la Patrie et rappeler aux générations leurs sacrifices.

 

 

L'Armée d'Afrique

Dès la fin de la Première Guerre Mondiale, partout jusque dans les plus petits villages de France et des provinces d'Outre-Mer s'élevèrent des sculptures à la gloire des défenseurs de la République avec leurs noms gravés dans la pierre. Mais il en eut bien avant, comme cet obélisque* dressé sur une hauteur d'Alger :

( Tiens! j'étais persuadé ce nom était du genre féminin !)

 

 

Colonne Bailloud à l'Armée d'Afrique

 

Monument élevé à la Gloire des Morts de l'Armée d'Afrique

 inauguré le 21 Octobre 1912.

Président du Comité:

Général Bailloud.


 

Voici un extrait de "l'Algérie Révélée" (1) de Gilbert Meynier, avec sa version du patriotisme :
"Minoritaires en Algérie, les européens contrôlent politiquement le pays.
Ils s'attaquent, au contraire, à exalter sa force et ses oripeaux symboliques, ses drapeaux, fanfares virilisantes, statues, monuments commémoratifs, font parti de l'environnement quotidien des Français d'Algérie. La perspective d'une guerre franco-allemande* renforce la solidarité: si la guerre est perdue pour la France, les Français ne devront-ils pas repasser la mer ?.

* (Celle de14-18. Une occasion pour reprendre l'Alsace-Lorraine perdues après le désastre de Napoléon III à Sedan ).
"La prospérité de l'avant-guerre permet d'ériger partout des monuments à la gloire des généraux de la Conquête.

En Octobre 1912 est inaugurée par Lutaud* une colonne de 50m de haut en ciment armé qui coûta 135000f réunis grâce à une souscription lancée par le Général du XIXème Corps, le Général Bailloud."

*(Charles Lutaud (1855-1921) fut  Gouverneur Géneral de l'Algérie de 1911 à 1918).

 

Au pied de ce monument, étaient inscrits ces mots dans une plaque de bronze ornée du médaillon de Bailloud,

d'après le site (2) de Francis Rambert :  

 

DIEU ET PATRIE
A LA MÉMOIRE
DES SOLDATS ET MARINS
QUI ONT VERSÉ LEUR SANG
SUR CETTE TERRE D'AFRIQUE
POUR Y IMPLANTER
LA JUSTICE ET LA CIVILISATION

 

 

Mais cette haute colonne de béton eut une vie raccourcie par la guerre elle-même.

Situé sur les hauteurs du Fort l'Empereur ce monument était visible de loin et dominait  la baie d'Alger et ses installations portuaires. En Novembre 1942, après l'Opération Torch, l'armada américaine déchargeait troupes et matériel sur les quais d'Alger, où attendaient en rade de nombreux navires de guerre et de ravitaillement

 pour se préparer à la Bataille de Tunisie, le premier verrou de l'Axe à  faire sauter avant la campagne de Libye tenue par Rommel.    

Le dessin ci-dessous du "Port d'Alger en 1943", est l'oeuvre de Madame Alice Julienne Verdy, la grand-mère de Françoise Leroy Vendevelle. Sur ce support de fortune fragile du aux restrictions, apparaissent les bateaux de l'armada alliée, avec les ballons protecteurs. Vous reconnaîtrez la jetée en zig-zag avec son mat tripode.

C'est un des nombreux croquis pris sur le vif que Françoise* a eu la patience et la gentillesse de scanner.

* Monsieur Vendevelle (3) son père fut notre excellent Professeur de Physique et Chimie au Lycée Gautier d'Alger.

 

 

george_port3.jpg

 

 

  Cette superbe photo de la rade d'Alger a été prise par un militaire américain.

Le bâtiment en U  est le Lycée de Filles Delacroix. 


alger-le-port-en-guerre..jpg

 

Les bombardiers allemands,  dès le lendemain du 8 Novembre commencèrent à attaquer le port  et les navires se  protégaient des tirs en rase-motte par des filins que tendaient au dessus-d'eux des ballons, des "saucisses" comme nous les appelions. Lorsque au cours d'un raid  de nuit certaines étaient atteintes par les tirs et  retombaient sur la ville, elles devenaient une aubaine pour tous les artisans qui découpaient leur enveloppe caoutchoutée pour en faire... des sandales ! Je me souviens d'un ballon qui était retombé entraîné par le vent  au dessus du Monument aux Morts et qui fut sans doute  rapidement dépecée comme une baleine car quelques jours après je n'en vis pas les traces ! .

 

 Les serveurs de D.C.A. veillent avec leurs canons Bofors sur le Boulevard Carnot.

En fonds la Grande Mairie et l'Hotel Aletti.

 

Alger Canons DCA Bofors

 

                                     Alger attaques de nuit. Les batteries anti-aériennes balafrent le ciel 

 

Images

Cet obélisque qui dominait la "Capitale de la France en Guerre" était un point stratégique qui vu du ciel désignait Alger comme une cible facile aux pilotes et navigateurs des bombardiers ennemis. La colonne   indémontable, ironie du sort, destinée au souvenir des Morts  fut donc abattue à l'explosif pour sauver les vivants en 1943 et il n'en reste qu'une carte postale. 

(D'ailleurs la tour de La Vigie(4 ) au port de Djijelli subit le même sort la même année pour la semblable raison ).

Entre-nous, ce mémorial n'était pas très beau. L'Armée d'Afrique méritait mieux,  et dans un espace plus grandiose dans la plus belle perspective de la ville fut érigé en 1920 le superbe "Pavois" de Paul Landowski . Monument aux Morts de la Ville d'Alger, qui à lui seul mérite une autre évocation non moins tragique.

 

Le très décoré Général Maurice Bailloud décida donc  dès 1910 de  lancer une souscription  (7) :

 

General Bailloud

 

 

 

Souscription Bailloud


 

 

Alger, le 20 Janvier 1910.
Souscription Nationale
             pour
Élever un Monument
              aux
Morts de l'Armée d'Afrique
       -----ooooo-----

 

Président :
Le Général Bailloud
Commandant le XIXème Corps d'Armée
      ------ooooo-----


Monsieur le Maire,

Élever sur notre terre algérienne un monument aux Morts de notre armée d'Afrique qui n'a cessé de répandre son sang sur les champs de bataille du monde entier, est une pensée de précieuse reconnaissance à laquelle votre ville voudra certainement s'associer.

Depuis 1830 , il n'est pas une famille pas une commune de France, qui n'ait donné un ou plusieurs de ses enfants à cette vaillante armée.
Ce sont les fils glorieux dont votre conseil et vos administrés consacreront la mémoire en coopérant par leur souscription en témoignage grandiose qu'il importe de léguer aux siècles à venir et qui restera comme l'empreinte ineffaçable de notre constante admiration.
Dans l'espoir que vous voudriez bien accorder votre appui, Monsieur le Maire, de vouloir bien agréer, avec les sentiments de la France qui est en Algérie, l'assurance de notre gratitude.

P.e. le Comité,
Général Bailloud
Commandant le 19ème Corps d'Armée .

Inclus, une liste de souscription que vous voudrez bien retourner à M. Millet, Trésorier Général de l'Algérie, à Alger, avec les souscriptions réunies en un mandat poste. Les journaux publieront les noms des souscripteurs.

Cachet : "Aux Morts de l'Armée Française"
Général Bailloud.


Alger, Typo: AD Jourdan.

 

                                 -----------------------------------ooooooooooooooo----------------------------------------

 

 


Extrait de "l'Algérie Révélée"   de Gilbert Meynier:

 

Mais qui était le Général-politicien Bailloud ?

Charles-Robert Ageron*  le décrit ainsi : (5)  

 

"En 1912 le Général Bailloud se présenta aux élections législatives d'Alger, comme défenseur de la cause "franco-musulmane". Il fut battu par le député Broussais, défenseur des intérêts des colons.
L'Echo d'Alger  présenta le Général Bailloud comme " le candidat des indigènes contre les colons" dans un numéro qui est un véritable appel à la haine."

* Charles-Robert Ageron qui ne cachait pas ses idées dites "libérales" fut un  brillant Professeur d'Histoire et Géographie qui captivait dans ses cours les élèves du Lycée Émile-Fé lix Gautier à Alger,  à  une époque où la ville était déjà en ébullition. Il n'avait pas besoin de sa carure imposante pour se faire respecter. Il avait toujours une anecdote pour tenir sa classe en haleine.

 

Maurice Bailloud, un grand Général petit de taille. Comme quoi la stature ne fait pas l'homme de guerre !( sans allusion..)

Lors de sa campagne au Moyen-Orient, ses subordonnés l'avaient familièrement surnommé : "Cacaouët" (6).

"Enfin, un petit vieillard maigre et sautillant grimpait l'échelle de bord, avec l'agilité d'un jeune homme, et venait présenter ses hommages au chef de l'Armée d'Orient qui l'attendait à la coupée, c'était le général Bailloud".

De taille inférieure à la moyenne de ses compagnons d'arme, il les surpassait cependant par le nombre de ses décorations obtenues sur tous les fronts jusqu'à sa retraite en 1911.           

 

Crédit des citations :

 

(1) Gilbert Meynier: " L'Algérie révélée"

  http://books.google.com/books?id=Us_7F_9JfhcC&pg=PA168&lpg=PA168&dq=obelisque+bailloud&source=bl&ots=HroIu6zhMt&sig=v0HL4EjK8kaC5Ow6BsNxuo9_w0E&hl=en&ei=wBk_TcqDGcqLhQejvbnICg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4&ved=0CDEQ6AEwAw#v=onepage&q=obelisque%20bailloud&f=false

 

(2) Le médaillon de la Colonne Bailloud:

  http://rambert.francis.free.fr/environs/elbiar/elbiar_pages/bailloud.htm 

 

(3) Sur nos Prof du Lycée Gautier:

http://esmma.free.fr/mde4/ptisac.htm

 

(4) Pages Tambour sur Djijelli :

http://suzanne.granger.free.fr/Histbomb.html

 

(5) Ageron voir page 13 de :
  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0035-1474_1966_num_2_1_929?_Prescripts_Search_tabs1=standard&

 

(6) Les Glorieuses Campagnes de Maurice Bailloud:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Bailloud

 

(7)  L'Appel à la Souscription :

Je remercie fraternellement Pierre-Emile Bisbal, un "payse" qui m'a offert  ce document authentique .

Pierre écrit merveilleusement bien dans http://www.sbeo.blogspot.com/ ses Souvenirs du Quartier de Bab-El-oued. Dans un style pur et poétique il exprime ce que nous ressentons, nous les déracinés, et ce que ne savons pas coucher sur le papier pour l'immortaliser, il le fait pour  que nos enfants n'oublient pas la vie de leurs parents à Alger.

 

Cet article a été écrit

         En Souvenir de l'Algérie Francaise      

 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 15:11


  Introduction

   Ce  long sujet est développé en deux parties :

   Le Maître de l'Atlas-1 et -2

 

                           Le Port d'Alger, avec au premier plan un cargo à la cheminée rouge de la Cie Schiaffino

                                                      et en retrait la géante Grue flottante "Atlas"

 

Jacques Burel Port d'Alger

 

Yves Emsellem* m'avait envoyé la photo de cette huile de Jacques Burel, un grand artiste breton, algérois d'adoption, et célèbre Professeur de Dessin au Lycée E.F Gautier à Alger. Il m'écrivit que Burel avait peint ce tableau avec des verts de Bretagne, sans doute dans un moment de spleen. Dans ce port d'Alger interprété tant de fois par les plus grands maîtres dont Marquet, Cauvy, Durand, Jaubert, Lebourg et bien d'autres, figure presque toujours la silhouette imposante de cette grue flottante que j'aimais admirer manoeuvrer lors de mes promenades sur les quais.

*(Le père de Yves avait un magasin de disques rue Michelet, que fréquentait Burel, avide de musique. Voir les billets "Cimaises").

J'ai eu la chance de croiser sur notre chemin virtuel Jacques Abbonato, ( L'auteur  du Dictionnaire Pied-Noir d'Es'mma), qui m'a révélé que son père fut le "Bosco"(3) de cette fameuse grue Atlas , et  a bien voulu me confier ses souvenirs  de jeunesse tous orientés vers les activités portuaires paternelles . Ce ne sont pas seulement des  mémoires de jeunesse , mais aussi un témoignage de la vie quotidienne et difficile d'humbles habitants de l'ancien quartier de la Marine à Alger.

Jacques, en plus de son récit , a bien voulu m'envoyer à ma demande quelques lignes sur lui-même:

 

"En ce qui me concerne, comme tu le sais peut-être, je suis né rue du Liban, une rue qui donnait directement dans la rue de la Marine, là où se trouve la Grande Mosquée. Accessoirement, cette rue était à environ 100 m à vol d'oiseau de l'Amirauté, d'où les pélots(1) allemands reçus sur la gueule en Novembre ou Décembre 42, grâce auxquels je peux me qualifier de blessé de guerre, vu que j'ai reçu un éclat en séton sur la tronche, éclat qui a failli me tuer, dans les bras de ma mère, pendant qu'elle cavalait vers l'abri. Je ne sais pas trop quand nous sommes partis habiter à Bab-el-oued, probablement en 43 ou 44 : j'ai été inscrit (une année) en maternelle rue Rochambeau (45-46). Après quoi, j'ai fréquenté l'école Franklin jusqu'à l'examen d'entrée en 6ème, au collège Guillemin, d'où je me suis fait virer au bout de l'année... Ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que je voulais travailler et faire de la mécanique, d'où une année d'apprentissage, sous les voûtes qui font face au Club Nautique. Ça me plaisait bien mais je trouvais le boulot mal payé (800 anciens francs par semaine, puisque j'étais apprenti, puis une proposition à 3.000 anciens francs par le patron qui aurait bien voulu me garder, vu que je faisais exactement le boulot d'un ouvrier qualifié, en particulier en soudure à l'arc : j'ai refusé pour cette raison). Mais avant de me laisser faire ce que je voulais, ma mère m'a obligé à passer le Certificat d'Études Primaires, que j'ai obtenu sans problème. Après la mécanique, j'ai essayé beaucoup de métiers, en vrac : coursier, opticien lunetier, peintre, archiviste, avant de postuler à la RTF, fin 58, et d'intégrer cette boîte le 5 janvier 59, comme auxiliaire de bureau, après avoir menti effrontément dans ma lettre de candidature sur mon niveau d'études que je situais au niveau du BEPC. L'armée a interrompu cette belle promesse de carrière de gratte papier : 16 mois au 7ème RT, dans les Aurès puis, sur ma demande, mutation au 25ème escadron du train, à Philippeville, où j'ai passé 5 mois les plus beaux de ma vie, puisque le camp Péhaut était situé au bord de la mer, mais les également les pires parce que, affecté au 2ème bureau (les renseignements militaires) j'ai été aux premières loges pour savoir ce qu'on faisait aux harkis, lâchement abandonnés par la France : la plus grande honte de toute ma vie. Libéré sur place, j'ai rejoint mon père qui m'attendait à Alger : on s'est barrés le 7 décembre 62. Ensuite, montée à Paris où tout un troupeau de vaches maigres m'attendait, avec 100 balles en poche pour tout viatique. Heureusement qu'avant de partir, j'avais croisé, à la Grande Poste, une collègue qui m'a donné les renseignements utiles pour obtenir ma mutation. Une fois à Paris, grande trouille : ces c... voulaient m'expédier à Rennes, alors je leur ai simplement demandé comment je pourrais me démerder dans une ville où je ne connaissais personne avec aussi peu de pognon? À Paris, j'avais au moins un frère qui pouvait m'héberger temporairement. C'est comme ça que j'ai atterri au service des redevances et c'est à partir de là que je peux dire que ma nouvelle vie a commencé : j'avais été affecté à la mécanographie et il a suffi que j'obtienne mon brevet d'opérateur mécanographe pour que les choses commencent à évoluer dans le bon sens. En 1965, j'ai quitté ce service pour aller faire le pupitreur, à la Maison de la Radio. Ensuite, j'ai pris des cours par correspondance (arithmétique, algèbre, géométrie - autant de matières que je ne connaissais que de nom... - anglais, français, italien), des cours professionnels aussi pour maîtriser l'usage des gros ordinateurs, puis j'ai passé des tests psychotechniques (résultats brillants, m'a-t-on rapporté) pour suivre des cours de programmation. En 1975, j'ai quitté Paris pour intégrer un centre de recherches en télécommunications, mondialement connu (le CCETT) situé à Rennes, et j'ai fini comme ingénieur de recherche informaticien, mon bâton de maréchal, en quelque sorte. Ma grande fierté - sans me prendre la grosse tête - est d'avoir obtenu cette reconnaissance dans un milieu de chercheurs de haut vol. Ingénieur du rang dans ces conditions, c'est tout-à-fait exaltant, surtout que j'ai souvent été chargé de cours avecdes auditoires de cadors (2) (École Nationale de Télécommunications, Polytechnique, Grandes Écoles comme l'INSA, ou des thésards et autres doctorants), rien que des pointures........ Si je leur avait avoué que mon seul diplôme était le Certificat d'Études (non, je suis trop modeste, j'ai aussi le Brevet Sportif Scolaire!), ils en seraient tombés sur le cul. Comme quoi le diplôme ne fait pas tout.

Une anecdote : dans le milieu de la recherche, l'école où on a été formé et le cursus qu'on a suivi ont une énorme importance et c'est souvent le sésame pour avancer : donc on le crie sur les toits, on se rengorge avantageusement. En ce qui me concerne, je n'avais rien à dire de tel, alors je disais que j'étais certifié de l'ECBEO et comme personne ne voulait admettre qu'il ne connaissait pas cette école, afin de ne pas passer pour un c.. ou un ignare, j'avais la paix !   ECBEO, c'est ....."École Communale de Bab-El-Oued " !.

 

(1) "Pelots" :  en argot, les bombes, lachées par les avions allemands qui visaient l'armada alliée dans et à l'extérieur du Port, dès le Débarquement  le 8 Nov.1942. (Opération Torch)

(2) "Cador" :  déformation du mot arabe "Quadir": traduit par "Un  Maitre", ( un très fort dans son domaine).

.(Voir le petit dictionnaire d'expressions pieds-noires de J.Abbonato sur le site Es'mma ).

(3) "Bosco": Quartier Maître dans la Marine (dérivé du mot anglais "Boserman'')

 

 

Les pontons-grues du port d'Alger
Quelques souvenirs et photos personnelles
par Jacques Abbonato

L'intérieur du port d'Alger, vers le bassin de Mustapha
Lecteur, arrête-toi plus d'un instant sur ce très rare cliché.
N'entend-tu pas la sirène du remorqueur et le battement des hélices
Ne sens-tu pas l'odeur du sel et du mazout
Cela ne tient qu'à toi !

Interieur du port
 

À gauche et au fond, les grues de quai avec, au fond, une portion

des jetées de l'Est ou de Mustapha, l'une prolongeant l'autre,

au centre, l'un des cargos aux couleurs caractéristiques de la

compagnie Schiaffino quittant le port. Entre le cargo et les

grues de gauche, l'un des remorqueurs du port, probablement

le Morse ou l'Atlante. À droite de la proue du cargo, la Simson

au travail, près de la jetée.

Le port d'Alger disposait, outre des grues de quai, de deux
pontons-gruesflot tants : l'Atlas et la Simson, de capacités
de levage différentes, utilisésen fonction desbesoins,
soit dans le port, pour des travaux de transbordements,
d'entretien, d'aménagement ou de réparations, soit dans
d'autres lieux de la côte.Dans tousles cas et parce que ces
pontons n'étaient pas équipés pour la navigation,leurs
déplacements se faisaient à l'aide de remorqueurs de port,
par exemplele Furet.Pour ma part, je n'ai connu que le
remorqueur dont j'ai récemment retrouvé une photo ainsi
qu'une partie de son histoire.

 
Furet et article

 
Le Furet, devenu l'Attis, à l'amarre dans le port fluvial de Redon (Ille-et-Vilaine)

Un ponton-grue, c'est essentiellement un gros parallélépipède
métallique,plutôt plat, avec des ballasts destinés à le maintenir
dans un bon équilibre,particulièrementau moment de soulever
une charge.
Donc, quand on le regarde de profil, on constate qu'il y a un
côté beaucoup plus enfoncé dans l'eau que l'autre.
La machinerie est installée au-dessus de ces ballasts.
Bien que je ne l'aie pas vu de mes yeux, je suppose qu'il
devait y avoir des grosses pompes d'équilibrage, actionnées
suivant les besoins. En avant de la machinerie, on trouve
les bras de levage au bout desquels se trouvent, de bas en
haut,les poulies servant à guider les câbles de levage puis
celles qui servent aguider les câbles modifiant la hauteur de
l'extrémité du ou des bras.
Au bout des câbles de levage, le crochet auquel sont accrochés
les câbles qui seront fixés à la charge à soulever.
Le dimensionnementet le nombre
de ces bras de levage détermine la capacité de charge.
Sur l'Atlas, il y en a vait un gros supporté par un portique,
sur la Simson, deux plus petits. Il me reste un chiffre : 80 tonnes,
mais je ne saurais dire s'il s'applique à une capacité de levage
de l'Atlas ou de la Simson,ni même s'il correspond à une réalité.
Il peut tout aussi bien s'agir du poids que l'une
de cesgrues a eu à soulever et non d'une limite quelconque.

 

Atlas

L'Atlas : un bras simple soutenu par un portique situé entre le milieu du bras et l'avant du ponton

 

Simson

La Simson : un bras double retenu par un système

de poutrelles et de câbles, en arrière des bras

Grue Atlas Alger

                                 


 

Atlas, le pont

Sur le pont de l'Atlas : mon père (debout, 3ème à partir de la gauche), entouré de son équipe, sous le bras de levage : on distingue, à l'arrière-plan, le tambour de l'un des treuils de manoeuvre des câbles.


Les conditions de travail.

Je n'ai gardé de la situation professionnelle de mon père que
sa dernière
qualification : bosco, c'est-à-dire contremaître ou chef d'équipe.
En examinant ses livrets professionnels maritimes, si je ne
peux rien déduire des mentions portées sur les livrets
concernant la durée et l'objet des missions
auxquelles mon père participait, j'ai pu apprendre qu'il est
passé du statut de simple matelot - alors qu'il était quartier
maître chauffeur dans la Royale,donc une régression - à celui
de maître d'équipage (bosco) entre le 26 avril et le 1er août 58,
une promotion pas évidente à obtenir, quand on sait qu'il n'a
jamais fréquenté l'école française et qu'il a été embarqué très
jeune, donc avec peu d'instruction, dans la marine de commerce
italienne, à voile puis à moteur.
Il en est sorti marin très confirmé, avec une connaissance
approfondie de la mer et de ses nombreux pièges, ainsi
qu'avec une formation de charpentier de marine, transformée
à terre en spécialité d'ébéniste :
des doigts de fée, malgré la taille imposante de ses mains,
de vrais battoirs...Je sais grosso modo en quoi consistait son
travail, je n'ai donc aucune peine à imaginer à quoi il passait
ses journées : quand il ne travaillait pas à l'entretien
d'un port, à la réparation d'éventuels dégâts, ou à de
nouveaux aménagements,il était occupé au transbordement
de charges trop lourdes pour les grues des quais.
Alors, selon le cas,on utilisait l'Atlas (par exemple pour
décharger une locomotive)
ou la Simson pour des objets moins lourds. Par exemple,
les tétrapodes (les fameux "blocs") situés à l'extérieur
de la jetée nord ont été mis en place par l'Atlas, ainsi
que les gros blocs de béton qui constituent l'extérieur des
jetées Est et de Mustapha. Ceux, plus petits, qui constituaient
les quais ont été déposés par la Simson.
Je posais souvent à mon père des questions sur la vie à bord,
les manœuvres, les câbles, et je me souviens del'une de ses
réponses - quand il n'était pas trop fatigué pour répondre !
- concernant la taille des câbles qu'il manœuvrait à la main,
aidé de toute son équipe, avant de procéder au levage
proprement dit : il me montrait son biceps, pas loin de quarante
cm de circonférence, et me disait "gros comme ça", soit 10 cm
de diamètre, au basmot, en acier multibrins...
Combien de fois l'ai-je vu revenir la main ou un doigt troué
par l'un de ces fameux brins qui s'était cassé pendant la
manœuvre, je ne sais pas,
mais c'était fréquent : il n'avait, comme ses collègues,
ni gants ni chaussures de protection,nimême une combinaison
et travaillait en bleu de chauffe, pull marin,veste et pantalon
l'hiver, pantalon et tricot de peau l'été où la chaleur était
proprement infernale sur le pont métallique, comme près
des machines.
Pour autant que je me souvienne, chaque ponton était équipé
d'au moins une machine pour faire tourner les tambours des
treuils de manoeuvre des principaux câbles de levage, mais
je n'ai jamais eu la curiosité d'aller voir à quoi elle ressemblait.

Les outils de travail.

Toujours en examinant les livrets, j'ai pu avoir une idée des
endroits où il se rendait, sans toutefois connaître ni le détail
ni le motif du déplacement. C'est ainsi que je sais
qu'il était assez souvent requis pour des missions brèves
(avec la mention NC pour Navigation Côtière) pouvant le
conduire jusqu'à Oran, à bord de différents bateaux
dont voici la liste exhaustive de ceux sur ou avec lesquels
mon père a travaillé,établie à partir des livrets :

Aïn-taya,
Aïn Sebra,
Arlequin,
Atlante (Cie Schneider),
Atlantic,
Hébé,
Francesco,
Hercule,
Morse,
Santon,
Mercure.

Il semble que le Morse et l'Atlante soient des remorqueurs.
Il pouvait aussi êtreappelé à des missions de longue durée,
par exemple se rendre à Ténès pour la construction du port
de cette localité située à environ 200 km à l'ouest d'Alger.

L'équipe et mon sauveur.

Je ne sais rien de cette équipe, sinon qu'elle était logée à la
même enseigne quemon père. Je dois cependant un grand
merci à l'un de ses membres, un musulman,à qui mon père
avait parlé d'un problème de santé me concernant,
problèmequi devait le tarabuster fortement depuis le jour
où il m'a vu,lors d'une de mes crises de foie absolument
épouvantables, au cours desquellesje me mettais à gonfler
de partout : paupières, lèvres, mains,aucun endroit de mon
corps n'y échappait.
Il suffisait que je mange du poisson bleu
(sardines, anchois, bonite), des pâtes en sauce tomate -
la base de notre alimentation! - de la friture ou n'importe
quelle cochonnaille pour que, dans les 12 heures,
je ressemble à un monstre ou que je
me torde de douleur, commesi j'avais reçu un coup de poing
dans l'épigastre. Ce matin-là, la démangeaison de mes
paupières était telle qu'il a fallu que je me lève,
aux alentours de 4 heures du matin.Je suis allé voir qui était
dans la cuisine dont la lumière était allumée : c'étaitmon père
préparait son panier - son repas du jour - avant de partir.
C'est à ce moment qu'ils'est rendu compte que quelque
chose n'allait pas chez moi et dont personne ne lui avait
touché le moindre mot, avec mes yeux complètement
bouchés par un œdème énorme des paupières.
Il en a donc parlé autour de lui, y compris à son équipe
et c'est là que le matelot musulman est intervenu : il s'est
procuré des herbes de la montagne dont il fallait faire une
décoction plus amère encore que le fiel, dont je devais faire
deux cures de
21 jours, espacées de trois semaines, à raison d'un verre
à liqueur, chaque matin à jeun, puis attendre au moins
un quart d'heure avant de déjeuner.
L'horreur absolue, sans doute, mais une guérison définitive.
Cet homme de bien se trouve certainement sur l'une des
photos ci-dessous, probablement sur la 3ème :

 

Groupe 1

Mon père est le 2ème à partir de la droite), sur le pont de l'un des bateaux sur lesquels il était amené à travailler



 

Groupe 2

Mon père est accroupi devant l'homme du milieu du dernier rang, toujours sur le pont de l'un des bateaux sur lesquels il était amené à travailler.



 

Groupe 3

Mon père est au centre du premier rang, sur la passerelle de l'un des remorqueurs du port : à l'arrière-plan, on distingue le Grand Môle



 

Sur la barge

Mon père est au premier rang, à gauche, sur ce qui semble être une barge, à moins qu'il ne s'agisse de l'un des équipements des formes de radoub ( voir les deux barres qui plongent dans l'eau, sur le bord gauche : elles n'ont rien à faire au flanc d'un bateau, quel qu'il soit, et font plutôt penser à un système d'écluse).


La construction du port de Ténès.

Cette mission
à Ténès a gardé mon père loin de la maison
pendant plus de deuxmois. Comme il avait des talents culinaires
incontestables, il a été désigné pour
préparerla tambouille pendant toute la durée de la mission,
laquelle a commencépar le remorquage du ponton
(je ne sais plus si s'agissait de l'Atlas ou de la Simson)
d'Algerà Ténès : je suppose qu'ils ont dû mettre pas loin
d'une semaine pour
parcourir la distance, la forme rectangulaire du ponton ne
se prêtant pas particulièrement bien à une navigation rapide,
probablement pas plus de3 à 4 km/h, soit de 70 à 100 km
par jour, si la mer est calme,la moitié ou moins si elle est
agitée, donc entre 2 et 4jours pleins de navigation,
en supposant qu'ils ont navigué jour et nuit, ce qui n'est
pas sûr, à quoi il faut ajouter tous les préparatifs :
manœuvres d'approche du ponton par le remorqueur,
installation des remorques, vérifications d'usage et sortie
du port. Mon père était du type casanier - comme moi -
et a dû souffrir de cet éloignement,lui qui ne connaissait
que le rituel maison - boulot - maison, avec une matinée de
pêche le dimanche pour rompre la monotonie et se reposer
vraiment : avec quatre garçonsà la maison, plutôt turbulents,
ça ne devait pas lui être facile de le faire.
Je ne me souviens d'ailleurs pas qu'il ait pris les moindres
vacances :il préférait - et je le comprends mieux aujourd'hui
- continuer à bosser et toucher double salaire, ce qui ne
constituait pas un luxe à l'époque.

Retour de pêche, un dimanche.

Merou

 
Mon père est au centre, entre l'un de ses amis et un ami de celui-ci : il tient un superbe mérou (ou méro, comme on disait à l'époque) de 19 kg, un poisson fin et délicieux grâce auquel nous avons eu à manger, pendant une bonne semaine, préparé d'un tas de façons différentes : froid, avec de la mayonnaise, au court bouillon, en sauce tomate, frit... L'imagination a dû faire défaut à ma mère, pour ne pas nous présenter deux fois la même préparation.
À droite, M. Cazeaux, un ingénieur de je ne sais plus quel organisme, propriétaire du bateau le Jean-François, dont le corps mort (c'est ainsi qu'on appelait le lieu de mouillage) se trouvait au Club Nautique et dont mon père avait le libre usage en échange de son entretien et de quelques sorties en mer organisées pour le propriétaire et ses amis. Un bon accord où chacun trouvait son compte : pour le propriétaire, un bateau toujours nickel et entretenu avec un soin maniaque et des sorties avec qui et quand bon lui semblait et pour mon père, l'utilisation à sa convenance du bateau tout le reste du temps, à charge pour lui de payer son essence.
En prime, M. Cazeaux avait la bonté inouïe de nous offrir une ou deux dindes, selon leur taille, chaque Noël, et même une fois, de nous conduire, ma mère et moi, dans sa voiture lorsque j'ai dû me faire opérer des amygdales, bd Laferrière, et par son propre médecin encore! Un été, il nous a tous invités dans un restaurant de luxe de la Pointe Pescade : la Madrague, un lieu que je ne ferai l'injure à personne de présenter... Un homme d'une gentillesse et d'une simplicité extraordinaires.

                                                                                  ( Fin de la première partie)


 

 

 
 
 
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 15:10
La tempête.


Un soir de réveillon de Noël, nous étions à table lorsqu'on a toqué à la porte de notre appartement du 11 rue Barra : une tempête était annoncée ou en cours et on venait chercher mon père en urgence. On ne l'a revu que 15 jours après, une fois les dégâts causés par cette tempête absolument monstrueuse, l'un des deux exemplaires dont je me souviens : un bon tiers de la jetée Est arraché, la jetée Nord très endommagée, ses tétrapodes expédiés dans tous les sens, sans compter les ravages à l'intérieur même du port : bateaux échoués, éperonnés, drossés contre les quais, réduits en miettes... La seconde fois, c'était probablement en 1955 ou 1956 (on venait de terminer l'enrochement pour la construction du stade Marcel Cerdan, mais peut-être était-ce celle d'avant? Je ne le jurerais pas), un autre monstruosité, encore pire que la précédente. Là, non seulement quasiment toutes les jetées ont été abîmées mais il ne restait pas un seul bateau de la flottille de pêche ou de plaisance intact : du petit bois dans le port.. Je me souviens particulièrement d'un voilier ventru posé sur ses béquilles, sans aucun gréement, sur la jetée Nord, à peu près en face du môle de pêche (la pêcherie), en attente de réparations : il a été retrouvé à l'envers, dans l'eau du port et dans un triste état.

La traversée du boulevard.


Un autre exemple de la violence du vent, très personnel, celui-là et je dirais même vécu : je gagnais à vélo l'atelier de mécanique (l'une des premières voûtes sous le Bd Anatole France, après le tunnel désaffecté, à mi-chemin du Club Nautique et du Sport Nautique, à peu près en face) où j'étais alors en apprentissage de mécanique marine et de tout ce qui tourne autour. En venant de Bab-el-oued via l'avenue de la Marne, j'ai emprunté la rue Volland venant de la place Bugeaud, pour continuer ensuite sur le Bd Amiral Pierre, et enfin de descendre par la rampe de l'amirauté, mon trajet habituel. Au passage devant le débouché de l'avenue du 8 Novembre, orientée est-ouest, nous nous sommes retrouvés, mon vélo et moi, transportés sur le trottoir d'en face, de l'autre côté du boulevard, autrement dit, nous avons traversé ce boulevard en volant, et il ne s'en est fallu que d'un cheveu que je ne bascule par-dessus la rampe!

Une partie de pêche.


Je ne suis jamais monté sur l'Atlas, uniquement sur la Simson et encore une seule fois. C'était un dimanche d'été, fin des années 40 ou tout début des années 50, et je ne sais plus pour quelle raison mon père était retenu à bord un dimanche. Quoi qu'il en soit, il nous a invités à venir le rejoindre à bord pour une journée qui m'a marqué pour le restant de mes jours. D'abord par le trajet : de la rue Barra, à Bab-el-oued, au bassin de l'Agha, ça représente une sacrée trotte pour des petites jambes, même si on a pris le tram de la station du Bd Guillemin jusqu'à celle du square Bresson. D'abord traverser les deux squares, Bresson et Briand puis le boulevard, emprunter la passerelle au-dessus de la voie ferrée, puis longer les quais jusqu'au Grand Môle, une bonne heure de marche en tout. À l'arrivée, tout le monde grimpe à bord mais pas pour longtemps : mes frères et moi nous nous mettons aussitôt en quête d'un instrument de pêche quelconque et nous dégottons une balance, un filet en forme de chapeau chinois renversé, muni d'un cercle métallique à son ouverture et de trois cordelettes accrochées à une quatrième pour sa suspension au bout d'une perche. Ensuite, quoi mettre dedans pour appâter? Simple, on plonge avec un couteau de table et on gratte la coque du ponton pour en détacher ce que nous appelions des "couilles de chat", des espèces de trucs (animal, végétal?) de la forme et de la couleur de grains de raisin vert, ovales et striés de vert clair et quelques algues dans lesquelles il y avait une sorte de corail blanc, avec des filaments de quelques millimètres de long, pas plus gros que des vermicelles. On prend tout ça, on en fourre un bon paquet au fond de la balance qu'on descend tout doucement dans l'eau : il n'y a plus qu'à attendre que les poissons - rien que des rougets! - se présentent au buffet préparé pour eux. Une bonne trentaine et de belle taille se font piéger, pêchés en plusieurs fois, soit une bonne partie de notre repas de midi. Des rougets qui passent directement de l'eau à la poêle à frire, il n'y a rien d'équivalent, côté goût et fraîcheur! Le reste de la journée s'est passé en sieste obligée, à l'ombre, puis visite de l'intérieur du ponton : les cabines ou plutôt les caissons de l'équipage - avec une impression de claustration insupportable, peut-être due à l'odeur de mazout et au manque de lumière - qui sont autant de hammams en modèle réduit, de vrais fours, une température impossible à supporter plus de 5 minutes. Pour terminer; baignade et retour à la casa : arrivée sur les rotules parce que, bien sûr, pendant que les rougets se faisaient prendre, nous cavalions et grimpions partout, comme le font tous les gamins sur un nouveau terrain de jeux.

Hommage à mon père.

Les journées de mon père étaient longues et pénibles : levé à 4 heures du matin, 6 jours sur 7, le premier tram de 5 heures, le trajet à pieds jusqu'à son poste de travail, sa tâche quotidienne de quasi forçat et retour vers 18 heures 30, soit près de 14 heures hors de chez lui et par tous les temps. Qui supporterait ce rythme, aujourd'hui? Vidé, essoré, vieux avant l'âge, il n'a même pas pu profiter de sa retraite : il est mort à 62 ans, sans que  j'eus l'intelligence du coeur, ou l'intelligence tout court, de l'interroger plus avant sur tout ce qui me pose question à présent, que je voudrais savoir et qui ne recevra jamais de réponse. C'est une chose commune que de se moquer, tant qu'on est jeune, de ce dont la vie des parents a été faite et de ne s'en soucier que quand il est bien tard, souvent trop tard pour les interroger à ce sujet. Je ne sais qui a dit que "chaque homme qui meurt est une bibliothèque qui brûle", mais c'est la pure vérité et mon père savait un tas de choses dont je n'ai même pas idée. Très habile de ses doigts, tout ce qui entre dans la catégorie des noeuds marins, tressages et autres épissures n'avait pas de secret pour lui : en témoignent les filets à provisions qu'il tressait pour ma mère ou les défenses spécialement faites pour un modèle réduit de remorqueur (un atavisme, sans doute, que cet attrait pour la mer et ce qui va dessus) que j'ai construit et qui a vraiment fière allure avec ces accessoires introuvables dans ce matériau (du coton), faits sur mesure. Il a évidemment râlé quand je lui ai fait cette demande, mais il l'a fait, pour moi, simplement parce que je le lui avais demandé, et je sais que cela lui a pris des heures et des heures, prises sur ses moments de repos, pour le faire. Comment ai-je pu être assez bête, voire égoïste ou inconscient, pour ne pas lui avoir dit, quand je le pouvais encore, tout ce que j'aimerais lui dire?

C'est pour que mes enfants n'aient pas à souffrir des mêmes regrets que j'écris, sans talent particulier sans doute, mais avec le soucis de tout dire de ce que ma cervelle a bien voulu conserver et me restituer sans trop se faire prier. Rien ne changera entre les générations quant à la transmission de bon nombre de choses, mais aujourd'hui, il serait impardonnable de ne pas utiliser les outils dont on dispose pour le faire.

     

Mes Maquettes

Voici deux  photos du remorqueur Patterson: presque un mètre de long. Vous remarquerez les défenses : les boudins sur les côtés et les défenses avant et arrière, renflées au centre, toutes fabriquées à la main par mon père, un as en matière de cordages, que ce soit pour les fabriquer, pour les façonner, pour les épisser ou faire tout un tas d'autres objets avec, comme par exemple les pommes de boulines, un tressage particulier en forme de boule destiné à fournir un point de saisie commode et solide à l'extrémité d'un cordage. Ces photos ont été prises dans le grand canal du château de Versailles, au mois d'avril 75, une journée superbe.


Paterson 1

 

Paterson 2

 

  Le Patterson en pleine course !

                                                                   

Brick
                                      
   Mon Brick
   Détails

Brick détail
                                                           
  Un  Cabin-Cruiser
( en voie de finition de son aménagement intérieur)
Cabin-cruiser-2-.jpg


                                                     Merci à Jacques Abbonato d'avoir écrit ces souvenirs,

                                                       ajoutant ainsi une autre perspective de la vie à Alger.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 16:12

  "La différence entre les jeunes et les vieux, c'est que les vieux ont beaucoup plus de souvenirs et beaucoup moins de mémoire !" Paul Ricoeur

 

 

En passant devant le Théâtre Habima en rénovation et descendant la rue Dizengoff, j'aime caresser les racines aériennes rousses  qui pendent de ces étranges ficus et frôlent la tête des passants en ombrant la rue. Entre les vieilles maisons, un peu en retrait, il reste toujours un carré d'herbes folles, royaume des chats à l'abri de la circulation. Les volets des rez-de-chaussée sont éternellement fermés et gris de la fumée. Mais sur le mur d'un jardinet en friche, caché par des plantes grimpantes, je fus attiré par un large graffiti inusuel: " Abba Kovner was the Man ". Avec comme signature une Étoile de David.

Et, remarquable pour une inscription de ce genre, l'orthographe était exacte .

 

January 2010 015              (Collection G.L.)

 

J'eus la présence d'esprit de prendre cette photo, car la dernière fois que je suis passé, le mur avait été blanchi !  C'est ici une maladie de tout peinturlurer dans la ville  avec ces bombes de couleurs et d'écrire sur les murs dans un langage ésotérique de société secrète, mais cette fois le patronyme Kovner éveilla en moi le passé à la fois tragique, héroïque et romantique que j'avais découvert dans mes lectures sur la révolte du Ghetto de la capitale de la Lithuanie, Vilnius*.

Ce nom, n'évoque rien je pense pour bien des gens. Pourtant c'est là que Kovner décida de lutter de ses propres mains contre le rouleau compresseur de l'Allemagne nazie et d'exhorter les Juifs des Ghettos de la région à  se révolter et à se libérer des murs où ils étaient  clôturés physiquement et moralement, sans espoir. J'y reviendrai plus loin.

            Mais au cours des années d'après guerre, Abba Kovner, le Partisan a troqué son arme pour la plume. Abba Kovner (à droite) mobilisé, qui tint le livre de route du corps "Givati" commente ci-dessous une opération pendant la Guerre d'Indépendance en 1948

 

Abba Kovner 1948

 

J'ai eu l'audace de traduire de l'hébreu en français quelques poèmes d'Abba Kovner: j'ai sûrement été maladroit, et j'espère ne pas  en avoir trahi l'esprit. Mais mon but est de les faire connaître aux lecteurs francophones. 

                      Exemple d'un  "Shtetl" ( qui en yiddish désigne ce type de village où vivaient les juifs en Europe de l'Est)

Kremenetz05 wa

 

 

  La Nuit sur le Shtetl

Sur les ruelles tombe la nuit
Et la lune efface la lumière
Et noircit le crépuscule

Elle veille au contraste
Entre le jour et les ténèbres
Et gère les heures

Et de tout cela je sauve
Du piétinement une feuille qui tombe
Sur les pages du livre

Et de la destruction une feuille sèche
L'aile tenue d'un papillon
Et celle d'un avion .


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                                      Tableau d'Oskar Kokaschka :" La Femme en Bleu"

  Oskar Kokoschka 

 

"Une femme en bleu" 

Ma mère vit dans la mélancolie                    
Brodant des histoires en raison de son état
Et quelquefois chante à elle-même
Et demeure dans les cieux à contempler Dieu

Et alors je me penche sur sa jeunesse
Et rassemble des mots d'elle                 
Presque sans arrêt

Peut-être n'ai-je pas compris sa sensibilité
Et les ombres sous ses yeux
Qui noircissent ma page

Et j'écris avec le scalpel d'un pathologue
"Une Femme en Bleu"
(Le tableau d'Oskar Kokaschka)
(sic)
Laissant le soleil se lever
Dans un silence originel.

 

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"Chronique enfantine"

Je me dresse sur le sable face au soleil
Laissant l'écume caresser mes joues
D'une façon non pareille
                    
      
L'eau salée éclabousse ma tête

J'étais âgée de six ans (2)
Ils me caressaient les joues
Moi je caressais le vent
J'étais libre de mes mouvements

J'ai rencontré des gens en mal d'amour
Je ne les ai pas suivi
La pluie était au plus profond de mes songes

Je suis moi-même née deux ou trois fois
Essayant de comprendre l'eau et moi
.

 

(2) Peut-être s'agit-il de la petite soeur de Kovner ?
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      Les femmes et les enfants juifs descendus des wagons à bestiaux étaient sélectionnés et dirigés directement vers un bâtiment   camouflé  en infirmerie de la croix-rouge (!) pour y être gazés..

Le supplice durait vingt minutes pendant lesquelles chacun essayait de chercher en vain une poche d'air en escaladant son voisin.

 


 

Selection a Auschwitz

 

      "Et peut-être le silence parla-t-il une fois dans le langage de l'homme"
                                        (Uri Zvi Greenberg)


"Allusions à Auschwitz"

Mon nom n'était pas sur les listes
Il me fut donné au hasard du crayon
Comme si je n'étais  pas mort

Et ils m'ordonnèrent de m'agenouiller
Et la nuit se brisa comme du verre
A la lueur lunaire

Et quand mes yeux se desséchèrent
Et mon bras fut numéroté
J'ai demandé: comment l'automne est-il passé
Le vent me l'a fait oublier

Tout se dilua dans les larmes lorsque j'ai pleuré .

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Les assassins se reposent

  Les assassins se reposent dans leur quartier à l'écart du Camp d'extermination.

La plus-part ont échappé à la Justice, ont repris une carrière (même de Docteurs !), ont vieilli en paix, décorés et pensionnés, comme de bons citoyens. Ils sont décédés dans leur lit, entourés de leur famille, et du secours de la religion.

 

        -------------- La longue marche d'Abba Kovner --------------

 

Abba Kovner est né en 1918 à Sébastopol, Russie, mais plus tard se fixa à Vilna (maintenant en Lithuanie) où il suivit une école secondaire hébraïque. Pendant ces premières années, Kovner fut un membre actif dans le mouvement sioniste , "Hachomer Hatsaïr", ( "La Jeune Garde"). En septembre 1939, la deuxième guerre mondiale éclate. Seulement deux semaines plus tard, le 19 septembre, l'armée rouge entre dans Vilna et l'incorpore à l'Union Soviétique (Pacte Staline-Ribbentrop pour se partager la Pologne). Kovner est devenu actif pendant ce temps, 1940 à 1941, en cachette. Mais la vie a changé complètement pour Kovner une fois que les Allemands envahissent  le 24 juin 1941,  deux jours après que l'Allemagne ait lancé son attaque par surprise contre l'Union Soviétique (opération Barbarossa), les Allemands ont occupé Vilna. Pendant que les Allemands fonçaient à l'Est vers Moscou, ils firent régner sur leur passage une oppression impitoyable et menèrent des opérations meurtrières contre les communautés qu'ils avaient occupées. Vilna, avec une population juive approximativement de 55.000,  était  réputée comme "La Jérusalem de la Lithuanie", pour sa culture et son histoire juive florissantes. Les nazis bientôt changèrent tout cela.  Kovner et 16 autres membres du "Hachomer Hatsaïr" se cachèrent provisoirement dans un couvent de nonnes dominicaines quelques kilomètres en dehors  de Vilna. Les nazis  commencèrent à débarrasser Vilna de son " Problème juif". Moins d'un mois après que les Allemands aient occupé Vilna, ils conduirent leur première opération: Les Einsatzkommando  arrêtèrent 5.000 hommes juifs de Vilna et les  conduisirent  à Ponary (un endroit approximativement à 6km de Vilna où avaient été creusées de grandes fosses que les nazis employèrent pour l'extermination en masse des juifs de la région. Les nazis prétextèrent  que les hommes devaient être envoyés aux camps de travail, mais quand ils arrivèrent en fait à Ponary, ce fut pour y être assassinés par balles. La prochaine opération eut lieu du 31 août au 3 septembre, sous le prétexte de revanche d'une attaque contre les Allemands. Kovner, observant par une fenêtre, a vu un femme traînée par les cheveux par deux soldats, une femme qui serrait quelque chose dans des ses bras.

"L'un d'entre eux a braqué un faisceau de lumière dans son visage, l'autre l'a traînée par ses cheveux et l'a jetée sur le trottoir. Alors l'enfant en bas âge est tombé de ses bras. L'un des deux allemands, celui avec la lampe-torche, je crois, a saisi l'enfant par une jambe, et l'a projeté en l'air . La  mère a rampé sur le sol, s'est emparée de sa botte  en implorant sa pitié. Mais le soldat a pris le garçonnet et une fois, deux fois lui  heurta  la tête contre le mur".

De telles scènes se sont produites fréquemment pendant  cet massacre de quatre jours qui vit la fin de 8.000 hommes et femmes conduits à Ponary pour y être abattus.. La vie ne devint pas meilleure pour les juifs de Vilna. Du 3 au 5 septembre, juste après la  dernière opération, les juifs furent obligés de s'entasser dans un petit secteur de la ville où ils y furent clôturés. Kovner se rappelle de la souffrance de la population torturée par la faim et pleurant dans les rues étroites du ghetto, dans ces sept rues puantes, et verrouillée derrière des murs qui avaient été élevés spécialement. Mais chacun soudainement  soupirait avec le soulagement d'avoir laissé derrière eux des jours de crainte et d'horreur  et maintenant se sentait plus en sécurité et moins angoissé. Il ne venait à l'idée de personne qu'il serait possible de tuer dans l'avenir tous ces dizaines de milliers de juifs de Vilna, Kovno, Bialystok, et Varsovie - des millions, avec leurs femmes et enfants. Bien qu'ils aient  subi la terreur et la destruction, les juifs de Vilna n'étaient toujours pas prêts à croire la vérité au sujet de Ponary. Même lorsque  une femme nommée Sonia, survivante de Ponary soit revenue à Vilna et ait raconté ses expériences, personne n'a voulu la croire, sauf quelques-uns, et ces rares habitants ont décidé de résister.


                              Les juifs de Vilnius attendent d'être fusillés   dans les fosses de Ponary

                                                           (Photo extraite de : http://www.ushmm.org)

 

Ponary60254e

 

 
                                              L'appel à la Résistance:


En décembre 1941, il y eut plusieurs réunions entre les activistes dans le ghetto. Une fois qu'ils décidèrent d'agir, ils ont dû  convenir de la meilleure manière de résister. Un des problèmes les plus pressants était de savoir s'ils devraient rester dans le ghetto, aller à Bialystok ou à Varsovie (oû  là-bas il y aurait  une meilleure chance pour la Résistance de réussir dans ces ghettos), ou se réfugier dans les forêts. Parvenir à un accord sur cette question n'était pas facile. Kovner, connu par son nom de guerre de "Uri", proposa certains arguments importants pour rester dans Vilna et y combattre. En fin de compte, il fut décidé de rester, mais quelques-uns choisirent de partir. Pour trancher finalement, les activistes décidèrent d'organiser une grande réunion  avec  les  nombreux groupes de jeunes. Mais les nazis étaient toujours aux aguets, et un rassemblement  serait vite découvert. Alors, afin de déguiser leur réunion de masse, ils choisirent le 31 décembre, comme pour fêter une réunion amicale du Nouvel An...

                       

Kovner fut chargé d'écrire un "Appel à la Révolte". Devant les 150 participants réunis  au 2 de la rue Straszuna dans la cuisine d'une soupe populaire, Kovner lut à haute voix:


"Jeunesse juive ! Ne faites pas confiance à ceux qui essayent de vous tromper. Des quatre-vingt mille juifs de la "Jérusalem de Lithuanie", seulement vingt mille survivent  encore. Ponary n'est pas un camp de concentration. Ils tous ont été fusillés là-bas. Hitler prévoit de détruire tous les juifs de l'Europe, et les juifs de la Lithuanie ont été choisis en premier. Nous ne serons pas menés comme des moutons à l'abattoir !  C'est vrai, nous sommes faibles et sans défense, mais la seule réponse aux meurtriers est la révolte ! Frères ! Préférez de tomber en tant que combattants libres que de vivre à la merci des assassins. Levez-vous, Soulevez-vous ! Luttez jusqu'à votre dernier souffle ! "


Maintenant que la jeunesse dans le ghetto était enthousiasmée, le prochain problème fut comment organiser la résistance. Une réunion avait été prévue pour trois semaines plus tard, 21 janvier 1942. À la maison de Joseph Glazman, les représentants des groupes de jeunes principaux se sont réunis ensemble :  Abba Kovner d'Hachomer Hatsa ïr ,  Joseph Glazman du "Bétar", Yitzhak Wittenberg et  Chyena Borowska des "Communistes", Nissan Reznik du "Ha-Noar Haza ïr".

Lors de cette réunion quelque chose d'important se produit: ces groupes acceptèrent de travailler ensemble. Dans d'autres ghettos, c'était un obstacle de taille pour beaucoup de Résistants potentiels. Yitzhak Arad, dans le ghetto en flammes, reconnaît le talent de Kovner et sa capacité de tenir une réunion avec des représentants des quatre mouvements de la jeunesse.
 Il fut décidé lors de cette réunion de ces représentants de constituer un groupe de combat uni appelé le Fareinikte Partisaner Organizatzie - F.P.O. ("Organisation Unie de Partisans). L'organisation a été formée pour solidariser tous les groupes dans le ghetto, et pour se préparer à la résistance armée de masse, pour effectuer des actes de sabotage, pour combattre avec des Partisans, et essayer d'obtenir d'autres ghettos de lutter également. On  convint lors de cette réunion que le F.P.O. serait commandé par un état-major composé de Kovner, de Glazman, et de Wittenberg qui  en devint le Commandant en chef . Plus tard, deux membres supplémentaires ont été ajoutés: Abraham Chwojnik du "Bund" et de Nissan Reznik du "Ha-Noar Hazioni" - portant à cinq l'État-major. Maintenant qu'ils ont été organisés il était temps de se préparer au combat. La préparation et avoir l'idée de combattre est une chose, mais y être apte est tout à fait autre. Les pelles et les marteaux ne sont pas des armes comme les mitraillettes. Ces armes étaient  extrêmement difficile à pourvoir dans le ghetto. Et, encore plus dur était d'acquérir des munitions. Il y avait deux sources principales  pour le ghetto d'obtenir des pistolets et des munitions - les Partisans* et les Allemands. Et ni les uns ni les autres n'ont voulu que les juifs fussent armés.

*Note: Quand il est question des "Partisans", il s'agit de polonais opposés aux Allemands et réfugiés dans les forets mais furieusement anti-juifs et pogromistes, même après la fin de la guerre, en assassinant même le peu des rescapés  juifs qui revenaient dans leurs villages en 1946 !.  

Lentement se procurant par l'achat ou le vol, risquant quotidiennement leurs vies pour les transporter et les dissimuler, les membres du F.P.O. purent établir de petites cachettes d'armes. Elles étaient enfouies partout dans le ghetto - dans des murs, sous la terre, même sous un faux fond d'un seau d'eau. Les Résistant se préparaient à combattre pendant la liquidation finale du ghetto de Vilna. Personne ne savait quand cela allait se produire - ce pourrait être dans des jours, des semaines, peut-être même des mois. Pendant ce temps les membres du F.P.O s'entraînaient. Un coup sur une porte - puis deux - puis un autre coup simple. C'était le code du F.P.O. pour sortir les armes cachées et apprendre comment les manier, comment  tirer, et comment ne pas gaspiller les munitions précieuses. Chacun était décidé de combattre - personne n'avait choisi de se réfugier dans la forêt tant que rien n'était encore perdu. La préparation continuait. Le ghetto était calme - aucune "Aktionen" depuis décembre 1941. Mais en juillet 1943, le désastre a frappé le F.P.O. 
 
Lors d'une réunion à Vilna dans la nuit du 15 juillet 1943, Wittenberg le chef du F.P.O. fut arrêté ainsi que Jacob Gens, le président du Judenrat*, sans doute à cause de la trahison de celui-ci sous la pression des nazis. Pendant que Wittenberg était escorté hors de la réunion, d'autres membres du F.P.O. qui furent alertés, attaquèrent les hommes de la police, et Wittenberg fut libéré. Wittenberg entra dans la clandestinité. Mais le lendemain matin, il fut annoncé que si Wittenberg ne se rendait pas, les Allemands liquideraient le ghetto entier qui  se composait approximativement de 20.000 personnes. Les habitants du ghetto se mirent  en colère et commencèrent  à attaquer les membres de F.P.O. avec des pierres. Wittenberg, bien que  sachant qu'il allait être torturé à mort par les Allemands décida de se rendre à eux.. Avant de partir, il  nomma Kovner  en tant que son successeur et ils s'embrassèrent.


Note:
"Judenrat", Conseil de notables juifs, diaboliquement utilisés par les nazis (en tenant leurs familles en otages) pour servir de contact entre le Ghetto et les ordres des allemands. Ces notables subirent le même sort que tous les habitants, fusillés ou gazés.

                
Un mois et demi plus tard, les Allemands décidèrent de liquider le ghetto. Le F.P.O. essaya de persuader les habitants du ghetto de ne pas se laisser prendre en déportation parce qu'ils étaient  y étaient voués à une mort certaine.


"Juifs ! Défendez-vous avec vos mains ! Les bourreaux allemands et lithuaniens sont arrivés aux portes du ghetto. Ils sont venus pour nous assassiner !. Mais nous n'irons pas ! Nous n'étirerons pas nos cous comme des moutons pour l'abattoir ! Juifs défendez-vous avec vos bras !"


Mais les gens du ghetto n'ont pas cru en cette information,  ils pensaient qu'ils allaient être envoyés dans des camps de travail - et dans ce cas-ci, ils avaient raison. La plupart de ces transports étaient envoyés aux camps de travail en Estonie. Le 1er Septembre, le premier accrochage éclata entre le F.P.O. et les Allemands. Comme les combattants de F.P.O. tirèrent sur eux, les Allemands firent sauter leurs maisons. Les Allemands bâtirent en retraite à la tombée de la nuit et laissèrent  la police juive rassembler les habitants  du ghetto pour les transports. Les gens du  F.P.O. réalisèrent qu'ils seraient seuls dans ce combat. La population du ghetto n'était pas disposée à se révolter*, et au lieu de cela, ils étaient prêts à tenter leurs chances dans un camp de travail plutôt que de mourir certainement  dans la révolte.


(Note: Souvent je réfléchis en me mettant à la place de ces malheureux persécutés, battus, affamés et transis et avec des enfants  dépourvus de tout, je me demande si j'aurai eu la force et la volonté d'essayer de lutter contre le sort, comme ces compagnons de Kovner. Je crains fort que je n'aurai pas eu leur courage et leur abnégation).


Alors, le F.P.O. décida de s'échapper dans les forêts et d'aller rejoindre des Partisans.  Puisque les Allemands avaient  entouré le ghetto de hauts murs, la seule issue de sortie était par les égouts. Une fois dans les forêts, les combattants ont créé une division de Partisans et ont effectué beaucoup d'actes de sabotage. Ils ont détruit des infrastructures électriques, d'alimentation d'eau, et libérèrent des groupes de prisonniers du camp de travail de Kalais, et ont même fait sauter quelques trains militaires allemands.

"Je me rappelle la première fois que j'ai fait sauter un train. Je suis sorti avec un petit groupe, avec Rachel Markevitch en tant que notre invitée. C'était le Nouvel An, nous apportions aux Allemands un cadeau de fête. Le train est apparu sur les rails en direction de Vilna, une ligne de wagons chargée lourdement de camions. Mon coeur a soudainement battu de joie et de crainte. J'ai tiré la corde avec toute ma force, et dans ce moment, avant que le tonnerre de l'explosion ait fait écho dans l'air,  vingt et un camions chargés de troupes ont dévalé vers le bas dans l'abîme, et  j'ai  entendu Rachel crier : "Pour Ponar ! " (Ponary).


  Tout le crédit de ce texte précèdent est redevable à cet article qui figure en anglais : http://history1900s.about.com/od/holocaust/a/kovner.htm.

 

         

--------------------Épilogue---------------------


Abba  Kovner a survécu  à la guerre. Bien qu'il ait été l'instrument principal dans l'établissement d'un groupe de résistance dans Vilna et ait mené un groupe de Partisans dans les forêts, Kovner n'a cependant pas arrêté ses activités en 1945 à la capitulation allemande.
En effet  Kovner fut l'un des fondateurs d'une organisation clandestine pour faire passer des juifs rescapés secrètement hors de l'Europe, et les conduire en ce qui sera Israel grâce à son organisation "Beriha" . Kovner  arrêté par les Britanniques* à la fin de 1945 a été emprisonné pendant une courte période à Chypre. A sa libération il a joint le kibboutz Ein ha-Horesh en Israël, avec son épouse, Vitka Kempner, qui avait également été une combattante dans le F.P.O. Kovner avait gardé son esprit de combattant et fut mobilisé en Israel lors de la guerre pour l'Indépendance. Après ses jours au combat, Kovner  écrivit deux volumes de poésie pour lesquels il a obtenu en 1970 le Prix de Littérature israélienne. Kovner est décédé à l'âge de 69 ans en septembre 1987.


Note:
* Les Juifs résidants en Palestine sous Mandat Britannique obtinrent avec peine le droit de combattre sous le nom de Brigade Juive dans l'armée anglaise contre Rommel en Lybie . Vers la fin de la guerre, ils remontèrent en Europe par l' Italie et traversèrent toutes les régions martyrisées et essayèrent de porter aide aux réfugiés juifs désemparés et de les faire secrètement partir pour la Terre Promise. Ils réussirent même à faire passer des armes et des munitions dont les kiboutzim manquaient cruellement pour leur défense.
Les Anglais, continuant leur politique du "Livre Blanc" maintenaient un embargo féroce pour empêcher les juifs sans foyer et libérés des Camps nazis d'atteindre les rives de la Terre Promise. Abordant des rafiots charg
és de rescapés de toute l'Europe, les éperonnant même en pleine mer, battant et encageant leurs passagers, les emprisonnant à Chypre et même en renvoyant un bateau à Hambourg, ils obéissaient ainsi à la Politique de sa Majesté qui préférait depuis Laurence d'Arabie le pétrole arabe à la Justice.


                        ------- La Vengeance ( en hébreu: "N ékama" ) ------         


Abba Kovner  décida de venger ces populations sans défense assassinées par les allemands et avec quelques amis décida d'empoisonner le maximum de ces brutes sanguinaires qui étaient à l'abri de la Croix-Rouge derrière les barbelés provisoires. Il essaya de se procurer assez de poison pour venger ses frères et soeurs et retourna avec en Allemagne occupée par les Alliés. Pendant son trajet en bateau vers la France, son plan fut déjoué par les futurs dirigeants israéliens qui pensaient déjà au proche avenir et aux complications politiques que cela causerait, juste au moment où l'Etat d'Israel se préparant à naître avait besoin de tous les appuis. Et l'ami qui l'accompagnait décida de jeter à la mer le poison. Après cet échec et d'une autre manière, il réussit à laquer de l'arsenic en une nuit sur 3000 pains, prêts dans une boulangerie pour être distribués à des prisonniers militaires à Nuremberg. Seuls 300 furent pris de coliques. Aucun n'en moururent. Les Anglais l'arrêtèrent et le mirent en prison à Chypre. Il n'en sortit que pour se mobiliser dans le célèbre corps Givati et participer à la Guerre d'indépendance, ce qui fut sa vraie Vengeance, et celle d'un Peuple tout entier.
                        "Jamais Plus"  est maintenant notre devise.

 

Notes:

  (1) Oskar Kokoschka: (En anglais le site est plus complet)

http://en.wikipedia.org/wiki/Oskar_Kokoschka

  Vilnius (Lituanie) : Évidement à ne pas confondre avec le soulèvement du Ghetto de Varsovie qui conduisit à la totale destruction de ses réfugiés juifs après une résistance sans espoir, même dans les égouts enflammés en 1943 par les SS. Varsovie elle-même ne se souleva qu'en 1944 . L'armée russe qui était toute proche laissa se consommer cette révolte contre les nazis, heureuse de voir ainsi les citoyens polonais disparaître sous leurs yeux. Ainsi devinrent les polonais une proie facile pour  le stalinisme.

Sur le sort de Vilnius :

http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=30

Sur la Révolte du Ghetto de Varsovie:

http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?lang=fr&ModuleId=4

 

Dernière minute : Un sardonique amalgame !

 La Lithuanie dernièrement  s'efforce d'imposer en Europe un jour commun pour la célébration des victimes du communisme et du nazisme, éliminant ainsi par cet amalgame la spécifité de l'Holocauste et du plan nazi de la "Solution finale"pour éliminer les juifs. En Lithuanie le pourcentage de victimes juives atteignit le pourcentage astronomique de plus de 96%. En présentant ainsi un génocide qui met sur un pied d'égalité les victimes du nazisme et du communisme où adhéraient de nombreux juifs, ces pays baltes se déchargent ainsi des accusations de crimes racistes en prétendant que puisque des juifs avaient fait parti du communisme, on ne pouvait accuser  les pays de l'Est de crimes spécifiques a l'holocauste. En d'autres termes, si chacun est coupable de crimes, personne n'est coupable de génocide, et ces pays baltiques  peuvent changer leur statut historique de nations genocidaires en victimes.Raisonnement diabolique pour ces pays de pogromistes pour se décharger de l'accusation de génocide  aux yeux de l'Histoire et même se transformer en victimes !.

         ---------Conclusion--------------

 

Ce billet m'a demandé beaucoup d'effort, (non pas pour rassembler des informations, elles sont si abondantes), mais parce que j'ai du me replonger dans ce sujet aux témoignages photographiques éprouvants, à une époque, la notre, où les derniers survivants de cet enfer et vivants en Israel entendent de nouveau des aboiements cette fois en provenance de Téhéran.

 

Ecoutons ensemble le Chant de Partisans Juifs (1943) :

http://www.youtube.com/watch?v=D_915bYVoLw&NR=1

      ---------oooooooooooooo--------

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 11:56

 

 

 
Voici un  ancien souvenir d'excursion de Comité d'Entreprise:

Non, nous ne sommes pas dans ce Paris triste à mourir du film de Marcel Carné, ou de ces hôtels des courants d'air près des gares aux pas perdus pour toujours, mais dans la localité la plus ancienne et la plus proche de la frontière avec le Liban: Métulla c'est son nom. Établie en 1896, aux pieds du Mont Hermon couronné de neige, a vu lentement grandir ses vergers gagnés sur de la terre caillouteuse et hostile.

 

 

                         Le village de Métulla* (Israel) et en arrière-plan les pentes du Mont Hermon au faîte enneigé:  

                                                       Un paysage idyllique quand il est silencieux .   

 

 

Mount Hermon and Metulla from west

 

 

Mais moi, jeune et amoureux de la nature, me retrouvais en 1971 chantant et claquant des mains avec mes camarades de travail sur les routes méandreuses de la Galilée. Garçons et filles dans un autobus un peu fatigué, nous allions en excursion respirer l'air frais et pur des paysages bibliques, dissipés comme des collégiens en goguette. Arrivés au pied du Hermon, notre colonne bruyante immédiatement commença une bataille de boules de neige un peu boueuse il faut le dire, car la vraie neige fraîche et blanche du sommet nous était interdite, occupée par des antennes et des coupoles bizarres. La Syrie toute proche se partageait les versants. Malgré le froid de l'altitude, j'étais heureux de courir en manches courtes le long des chemins dans l'insouciance de la jeunesse, avec les filles, ivres de liberté.
Le soir, presque à la nuit car nous nous étions trop attardés, l'autobus ouvrit ses portes devant le petit hôtel de Métulla, et notre guide bénévole nous répartit dans des chambres frustes mais accueillantes. Garçons par ci, filles par là, l'hôtelier n'aimait pas les mélanges ! Mon voisin de chambre était un israélien qui connaissait bien la région, ayant participé  en 1967 aux durs combats sur les pentes du Golan. Après les remues-ménages inévitables, le silence reprit son droit sur cet hôtel campagnard, et tous s'endormirent pour reprendre des forces pour le lendemain, qui devait être encore un autre du genre parcours du combattant, à l'horaire serré. Soudain, bien sur je n'ai pas d'autre mot pour rompre ce silence, un bruit épouvantable secoua les murs de notre havre, comme si ma chambre en était l'épicentre. Le barbu, réveillé comme moi en sursaut, comme un vieux grognard de Tsahal me confirma que ce devait être la chute d'une Katioucha(1) dans les parages et alla se recoucher. Déjà dans les escaliers les filles affolées,en chemisette dans le couloir, descendaient vers un abri inconnu, difficilement calmées par le patron de l'hôtel . Après quelques instant, une violente fusillade crépita, rassurante mais inefficace, sur toute la crête.  Après l'action, la réaction !.
Le reste de cette nuit hachée-menue passa rapidement en conversations animées.

Tôt le matin, affamés par ces évènements, nous fumes invités au petit déjeuner qui, en Israel, comme chacun pourrait un jour le découvrir est plus consistant qu'un déjeuner européen: omelette, salade de tomate et poivrons à l'huile d'olive , petit-lait, fromage blanc, pain et café. Je crois que c'est une habitude qui vient d'une précaution locale d'avoir le ventre plein le matin, devant l'inconnu de la journée !! (Mais c'est une interprétation toute personnelle!) .
En passant devant le comptoir de l'homme aux clefs d'or, quelle ne fut pas ma surprise de voir, rangés sur une étagère, et bien mis en valeur par un grand miroir, des éclats d'obus, des morceaux de ferraille coupants, alignés comme pour la revue.
Le patron débonnaire, alignait ses trophées de l'année, qui dans un autre pays auraient chassé définitivement les touristes. Étranges, ces étoiles de fer pour un  guide Michelin local, à la place de bouteilles aux étiquettes colorées. Je sortis pour reconnaître le terrain dans cette matinée cristalline et ne vis que quelques soldats qui battaient la semelle derrière leur mitrailleuse et leurs sacs de sable. L'entonnoir laissé par la Katioucha devait être quelque part entre un verger de pommes ou d'avocats. Les Tel-Aviviens feraient bien d'inspecter les fruits, avant de les porter à leur bouche ! En fin d'après-midi, nous fîmes halte à Kyriat-Shmona, petite ville de développement peuplée de pieds-noirs, où je n'avais pas besoin de balbutier mon hébreu trébuchant. L'Algérie et le Maroc se retrouvaient dans les épiceries et étals des marchands de primeurs, avec des odeurs de safran et de clémentines. Des vieillards vénérables en longue barbe blanche, sur les bancs de la placette, regardaient en rêvant cette jeunesse moderne et pétulante, qui en bousculait les habitudes.
La route du retour passait le long de la frontière avec la Syrie. A la hauteur de la ville fantôme de Kuneitra(2), que nous pouvions distinguer en retrait de l'autre coté de la route, comme pour nous permettre de mieux en contempler les murs criblés en 1967, le car ralentit et s'arrêta après quelques hoquets. Le chauffeur aussi tête en l'air que ses passagers, avait simplement oublié de faire le plein de son réservoir, et nous voila en panne de combustible, en rase campagne, face aux triangles jaunes menaçants qui signalent l'emplacement des terrains minés. Dévorer cru le chauffeur, n'aurait pas été très utile, car personne n'avait le permis de conduire poids-lourds, et laissant le groupe dans l'autocar, nous partîmes à pieds chercher le long de la route un campement militaire qui devait se trouver pas très loin. A cette heure nocturne, réservée aux chacals et autres rencontres suspectes, peu de chance de trouver une voiture.  Arrêtés à l'entrée barbelée, et après avoir essuyé un autre danger ,(de ne pas être reconnus par la sentinelle! ), et expliqué notre cas, nous mîmes  le jeune  lieutenant dans l'embarras, partagé entre son devoir de ne pas céder de l'essence de l'armée à des civils, et son désir de nous aider. Après quelques coups de téléphone entre le Q.G. de Tel-Aviv*, blotti à x mètres sous terre, nous reçûmes enfin un jerrican, contenant du gas-oil de couleur rouge, réservé à un usage militaire...Mais c'était vraiment un cas de force majeure. Retournés le lendemain à notre tache quotidienne, notre aventure que chacun brodait à son goût, fut rapidement oubliée, car en plus je n'avais pas pris mon appareil photographique. Mais en ces jours, de 2006, où ces  localités sont en manchettes des journaux, et subissent les attaques de centaines de  fusées, tous les détails me reviennent, et je crains que cet hôtel n'aura pas assez de toutes les chambres réunies pour collectionner ses trophées, lorsque la paix reviendra.
Alors que j'écris ces lignes pour dissimuler mon appréhension que j'avais réussie à cacher jusqu'à présent, ma femme, une Israélienne de naissance, qui était soldate au Sinai en 1967, vient de m'annoncer avec une voix blanche comme la lessive traitée à l'Omo, que les dernières fusées(3) étaient tombées à 40 km de Tel-Aviv. Alors je lui ai répondu, d'un ton décidé qui m'a moi-même étonné, que c'était bien ainsi, car le dénouement n'en serait que plus proche: ou eux, ou nous.
On les aura.!!


* Oui, j'ai un peu exagéré !


(1)  A l'origine, un engin balistique soviétique ("Orgue de Staline") tiré soit en salve d'un camion, soit séparément d'un trépied   primitif. Une arme préférée des terroristes, au doux prénom russe de Catherine.
(2) Kuneitra est redevenue depuis une ville neuve syrienne bâtie à la frontière.
(3) Depuis 2006 le Hisbola a reçu de Syrie et d'Iran plus de 40 milliers de fusées de tous calibres à courte et longue portée.

*Le cliché de Métulla qui s'est bien agrandie, et du Hermon en fonds est récent, est emprunté au site dont je remercie l'auteur:

http://harissa.com/forums/read.php?67,65798 

 

Je viens de lire cette information:

http://lessakele.over-blog.fr/article-la-france-va-offrir-au-liban-hezbollah-100-missiles-anti-char-hot-63291639.html
Ces engins "Hot" qui vont armer les Gazelles (hélicos) du Liban, en fait deviendront la propriété du Hizbola qui noyaute avec l'Iran d'Ahmedinidjad tout le Liban. Hariri dont le père a été assassiné par le même Hizbola, coopère avec ce parti militaire et religieux, ce qui est invraisemblable aux yeux d'un étranger ! Mais au Liban tout est possible dans ces alliances vénériennes, à partir du moment où elles ont pour but de détruire Israel.
Israel et le Liban n'ont pourtant aucun problèmes de tracé de frontières.

 

En ce début d'année civile 2011, je souhaite que les voeux les plus chers des lecteurs de bonne volonté se réalisent dans la paix des âmes.

 


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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 20:13

 

Un souvenir d'un Noël au 20 de la Rue Sadi-Carnot à Alger.

Peut-être à cause de cette sempiternelle phrase que je répète toujours à la date fixe de réjouissances en hochant la tête "je ne sais ce dont sera faite l'année prochaine", héritée de ma famille, ou peut-être parce que je viens de lire sur un site d'anciens algérois un article sur la Rue de l'Union, je me suis mis à sourire en revivant un instant du passé.

 

   Simon Mondzain (1887-1979)

 "Une Rue d'Alger"

 

S.-Mondzain--Rue-d-Alger.jpg

 

 

Ma mère avait reçu en héritage, très jeune orpheline de la Grande Guerre*, un petit immeuble situé dans cette rue à Belcourt , le faubourg où vécut Camus . En fait, cet immeuble vétuste coûtait plus cher en réparations que n'en rapportaient les maigres loyers. Chaque fois que son concierge Monsieur Feminias sonnait à notre porte, c'était pour présenter le cahier des doléances des locataires. Ce géant basané sentant fort le tabac, outre cette fonction subalterne, travaillait aux Chemins de Fers, à la gare de l'Agha, en tant qu'homme à tout faire dont le métier de charron(1) et je pouvais souvent le voir  de ma fenêtre cercler de neuf des roues  de chariots à bagages. Ce qui demande beaucoup d'adresse, depuis l'installation d'un foyer en plein air, le chauffage au rouge de la jante d'acier pour la dilater, sa pose rapide à grands coups de marteaux sur la roue en l'aspergeant à temps d'un seau d'eau pour éviter au bois de brûler.

 

                                                                           Le travail du Charron

                                                                               (1)Illustration

 

1charron

 

 

Mais revenons à cet hiver méditerranéen  sans neige.
ll y a des années, où les dates des fêtes de Noël et de Hanouca, se chevauchent. Pour les uns, c'est un sapin décoré et des santons; pour les autres, la "Fête des Lumières" quand pendant  huit jours, et chacun à notre tour allumons les bougies du Chandelier en chantant. Mais le dénominateur commun de ce mois est la grande joie des enfants. La plupart de mes camarades d'école mettaient leurs souliers devant la cheminée, (à Alger l'hiver était très humide, mais il y avait aussi de fausses cheminées décoratives !) ,et d'autres comme moi, qui dit-on, ont les pieds fourchus, reçevaient leurs cadeaux directement des mains de leurs parents.
Et bien, chez nous c'était un peu différent et plus émouvant. Le mois précédent les Fêtes, les parents, oncles et tantes, à voix basse, comme pour une préparation à une opération secrète, faisaient les achats en commun pour tous les enfants de la famille et rassemblaient les menus offrandes qui allaient s'entasser dans un coin théoriquement insoupçonnable de chaque foyer. Mais moi qui furetais partout, connaissais évidemment  ce haut de placard aux coussins et couvertures, une cache inaccessible à nos courtes jambes, sans s'aider d'une chaise. Mais nous savions retenir notre curiosité par respect et  pour ne pas gâcher la surprise. Très tôt le matin de la fête, mon frère et moi en pyjama, nous nous réunissions dans le même lit, en pouffant de rire en  écoutant des bruits étranges dans cette aube silencieuse. Mon père, dans la proche salle de bain, ouvrait un sac de coton hydrophile, et face au miroir essayait d'en faire un collier de barbe vénérable qui ne glisserait pas au moindre hochement de tête !. Il avait choisi une sortie de bain rouge, et encapuchonné, il ne lui manquait même pas la hotte, faite de notre corbeille à papier en osier jaune que nous avions bien pris soin de vider la veille.


 Une corbeille semblable à celle-ci, sujet de notre composition de dessin,

classe 6ièmeA2 du Prof. Jacques Burel. Lycée E.F. Gautier, Alger.

 

la-corbeille-en-osier._6ieme-a2_.jpg

 


Et enfin prêt, cet amour de père Noël frappait à la porte de notre chambre, suivant le même rituel tous les ans, en déguisant sa voix, et nous étions censés ne pas le reconnaître. Il déposait sa hotte et commençait sa distribution, sans oublier le nom de chaque donateur.  Alors, assis sur le lit, nous recevions à tour de rôle, les cadeaux de toute la famille, un jeu de Monopoly, un numéro complémentaire pour le mécano, mais surtout des livres, les Cent et uns Contes, Pantagruel et Gargantua, Les Misérables, (version intégrale), le Dernier des Mohicans, Flika, le Fils de Flika, les Contes d'Andersen, le Conscrit de 1813, les Contes d'Alphonse Daudet, Gulliver, des Jules Verne, tous ces trésors universels de la littérature pèle-mêle, sur notre lit, avec un kaléidoscope, un jeu de cartes, des pâtes à modeler, et bonheur suprême pour moi, un poste à galène, dans son coffret de bois. Peut-être qu'avec le temps j'ai énuméré les cadeaux de plusieurs années consécutives, mais j'en ai encore le souvenir émerveillé.

La hotte enfin vidée, notre Père-Noël nous confiait, chaque année,"qu'il ne savait pas ce dont serait faite l'année prochaine". Les problèmes économiques, les soucis, il ne nous les faisait pas partager, seule cette petite phrase, que nous faisions semblant de ne pas entendre pour ne pas gâcher notre égoïste plaisir à ouvrir ces cadeaux. Ainsi, à l'école, nous pouvions échanger nos commentaires sur ces offrandes avec nos petits camarades, sans nous sentir frustrés.
Mon père, qui déclamait sans peine le "Bateau Ivre" de Rimbaud ou autres poètes, et tout aussi respectueux des pratiques Judaïques, se transformait, une fois l'an, en porteur de joie universelle par amour de ses enfants.
Mais une année bien sombre, celle où les jouets étaient de pacotille et les restrictions sévères, mon père pris de court pensa qu'un vilain sachet de papier marron n'était pas convenable pour contenir quelques pièces de Mécano, mêmes écaillées, qu'il avait dénichées et décida donc de s'improviser menuisier. La veille au soir, après une journée de labeur, il prit une scie, un marteau, des clous, des baguettes de bois très dur de carouge qui traînaient dans le placard à outils, et s'employa à construire une boite, avec même des cloisons pour ranger les vis et les écrous. Évidemment dans le plus grand secret !
Et là, après soixante ans, je dois demander pardon à nos voisins, du bruit infernal que ce marteau fit en enfonçant ces clous dans du bois rébarbatif, à minuit, et sur le carrelage !! Il resta à mon père encore du temps avant le lever du soleil pour passer le tout au brou de noix. Le matin, deux boites magnifiques avec couvercle et charnières, remplirent la hotte miraculeuse . (J'espère qu'étant  restées à Alger, elles firent la joie d'autres enfants, après tout, ce pouvait être aussi un plateau idéal pour disposer des cacahuètes et des "biblis," ces graines de pois-chiche enrobées d'un glacis de sucre).
Mais cette distribution était à peine terminée, qu'un coup de sonnette matinal retentit au palier. Je suivis mon  père  enveloppé de sa cape qui, par réflexe, alla ouvrir la porte, et se trouva nez à nez avec.. ce brave Monsieur Femenias sur le chemin de son travail qui apportait sans doute les doléances mensuelles des locataires et la liste des réparations urgentes. Stupéfait et ne croyant pas ses yeux de voir "Monsieur Lévy" en Père-Noël, il resta un instant sur le pas de la porte, ses yeux rouges exorbités, ne sachant que dire. Mon père, lui, pouffait de rire et sa barbe en tomba !!

Il ouvrit la petite armoire des plombs en  porcelaine et en sortit une  enveloppe toute prête qu'il tendit au concierge :

"Joyeux Noël à votre famille, voici pour vos étrennes !" .
J'imagine que le récit de sa course qu'il en a fait à sa femme, de retour le soir rue de l'Union, a dû faire rire plus d'un  Belcourtois.
Moi-même j'en ris encore, mais je vous en prie, ne racontez cette histoire à personne.

(1) Un superbe site sur les "Métiers anciens" : http://amorasterix.over-blog.com/categorie-10694488.html

 

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 11:42



Écrit à l'Encre Noire.


Maman, lorsque elle revint de l'enterrement d'une chère et vieille tante Camille, auquel je n'avais heureusement pas du assister en raison de mon jeune âge, déclara soudain: "Le jour de mes obsèques, il sera préférable pour vous tous d'aller au cinéma" ! Voulant nous  expliquer ainsi, que la vie doit continuer sans être chargée et attristée par le fardeau de la mort. Tante Camille faisait partie de l'univers de ma mère. Je ne l'ai connue que très âgée déjà, un élastique violet retenant  les plis de son cou, assise dans un fauteuil précieux dont les pieds cambrés étaient munis de roulettes. Elle nous accueillait toujours avec joie dans son petit salon obscur d'un autre monde. Ce fut pour moi une cassure dans ma vie enfantine, n'imaginant pas que des êtres chers puissent disparaître. Depuis je dus faire face avec la triste réalité et voir vieillir et mourir ceux qui m'avaient tant choyé au long des années.
Un an après le décès de maman, et vingt après la disparition de mon père, mon frère décida que le Cimetière Juif de Bagneux n'offrait plus le repos éternel après ce qui ne fut que le début des agissements des voyous en métropole (1) .

Et voici ce qui fut publié dans le Journal Officiel* de la République Française du 4 Mai 1981 :



Mon frère et moi sommes donc allés à Tel-Aviv, rue Molliver au bureau de cette institution qui organise les enterrements, mais surtout délivre et attribue les carrés des sépultures.
Pour un juif non israélien, il n'est pas facile de trouver un emplacement libre dans les cimetières urbains, tous déjà remplis depuis des décades et les rares emplacements libres sont réservés généralement à des célébrités. Alors c'est en dehors de la ville qu'il faut trouver le repos. Mais pour mes parents, il fallut donc acquérir une concession dans le grand cimetière qui a pour nom celui de la rivière Hayarkon qui traverse la plaine. Ce transfert, du cimetière de Bagneux à l'aérodrome parisien, en cercueils spéciaux, puis la traversée  jusqu'à l'aéroport Ben-Gourion et de là le transport funéraire jusqu'à la porte du cimetière, fut donc un deuxième enterrement, avec toutes les émotions que cela comporte, mais indispensables pour réaliser la paix de notre conscience .
Nos parents qui avaient été si fiers d'être citoyens de la France et y vécurent courageusement leur Judaïsme patriotique, méritaient bien d'être enterrés dans la terre biblique. Le matin prévu pour les obsèques synchronisées avec l'arrivée de l'avion,  nous nous présentons au bureau du cimetière, qui annonce au haut-parleur le début de chaque cérémonie, pour grouper les participants. C'est là bas une véritable usine mortuaire où se succèdent les convois.  Suivant la coutume juive, après la toilette des morts, les corps sont enveloppés dans leur tallit (suaire), généralement celui qui a servi tout au long de la vie aux cérémonies du croyant .
Dans le cas de mes parents, personne ne nous ayant expliqué le déroulement, des employés sortirent de la chambre funéraire les deux chariots noirs de mon père et de ma mère drapés dans un drap rayé de lignes noires, après avoir donc été exhumés du cercueil de leur traversée. Car dans notre religion, le corps(2) doit reposer à même la terre pour y retourner en poussière. Alors s'approcha de moi un des officiants  habitués à ces cérémonies et vient me glisser dans l'oreille que les ossements exhalaient une odeur très forte ...Heureusement mon frère ne l'entendit pas. Pour moi ce fut un moment horrible et j'encaissais cette phrase qui voulait être pleine d'attention (!), comme un coup de poing. Nous  avons escorté les brancards sur roues jusqu'aux deux fosses au son de la psalmodie du Rabbin. A l'extrémité de chaque civière, une étiquette avec le nom de mon père et de ma mère. Comme nous n'étions même pas les dix personnes requises pour la cérémonie, suivant la loi mosaïque(3), les aides fossoyeurs se joignirent à nous. A la tête de chaque fosse un petit panneau provisoire portant le nom de Colette , l'autre de René Lévy. Le Rabbin lit les prières de circonstance  et nous  le "Kadich"(4) avec un petit livret où la prière antique en araméen(5) est écrite en lettres latines pour les non-hébraïsants. Je crois me souvenir avoir embrassé le suaire de mes parents, malgré l'avertissement du fonctionnaire. Les aides faillirent se tromper de fosse en confondant celui de ma mère et de mon père. Dans un film, j'en aurai ri. Mais je m'en étais aperçu à temps, atterré par cette cérémonie. Ils firent glisser les corps  dans un logement entre les profondes cloisons en béton. Les recouvrirent de plaques, sans cimenter  et seulement alors versèrent la terre sableuse à coups de pelle rapides. Michel versa avant dans chaque tombe le contenu d'un petit sachet de terre d'Algérie rapporté de Bir-Abdallah en 1962, la ferme agricole pionnière du Plateau Sétifien de mon arrière-Grand-père, qui après la défaite de Sedan choisit avec sa famille de quitter l'Alsace devenue prussienne pour rester Français.
Il faisait très chaud en plein soleil. Les mouches ne cessaient de nous harceler. J'essayais de les ignorer. J'ai glissé quelques billets dans les mains des aides et du Rabbin en redingote noire et lustrée, dont ce triste métier est leur gagne-pain et ils sont partis pour une autre cérémonie sans doute.
Moi je tremblais sur mes jambes, mais mes parents enfin pouvaient continuer leur voyage pour l'éternité. Je leur demande pardon d'avoir été la cause de toutes ces manipulations et tribulations qui me hanteront toute ma vie. Comme le veut la loi sainte qui a aussi ses règles d'hygiène, nous sommes allés laver nos mains à la fontaine proche de la sortie du cimetière pour ne pas transporter avec nous d'impuretés. Certains, mais ce n'est déjà plus de la religion, mais de la superstition ne rentrent pas directement chez eux pour ne pas y apporter le mauvais sort .
Après une semaine, consacrée traditionnellement en recueillement et prières à la maison, nous pûmes sortir pour faire le choix de la pierre tombale sur le chantier d'un marbrier. Nous choisîmes une couleur légèrement rosée  comme celle d'Hébron dont est bâtie Jérusalem. Ensuite il fallut patiemment expliquer au tailleur de pierre les inscriptions à graver à la fois en hébreu en français sur chacune des tombes. Pour la grandeur, pas tellement de choix, le Rabbinat limitant les dimensions de la dalle pour respecter l'égalité des morts . Un mois après, les pierres funéraires étaient en place, avec les noms ciselés, les lettres en creux remplies de plomb, sans faute d'orthographe.

 Ils sont là, allongés devant-moi. Je les revois un dimanche matin, dans leur chambre à coucher, se tenant par la main en écoutant ma décision définitive de monter en Israel, acceptants ce verdict le coeur serré, mais avec fierté sans essayer de temporiser ou avancer d'argument car je transformais simplement en une cruelle réalité toute l'éducation que j'avais reçue d'eux. Et décidais égoïstement de les laisser derrière moi, âgés et surtout usés par la vie difficile qu'ils avaient connue depuis toujours en Algérie, mais aggravée par  la conclusion catastrophique et vénéneuse de 1962.




Parce que mon Grand-Père maternel, Émile Schebat tombé à Verdun, n'a eu de tombeau que la boue de la cote 304, nous avons ajouté son nom pour qu'il en reste le souvenir.

Le passant pourra lire :


René Lévy                                        Colette Lévy  
Fils de Charles et Blanche Blum     Fille d'Emile (Mort pour la France)
Sétif 22 Décembre 1908                   Et Marthe Schebat
Vanves 30 Mai 1977                         Alger 22 Novembre 1911
                                                         Paris 11 Décembre  1997


 

J'ai pris une photo du carré. Étrange idée pensez-vous. Mais moi je n'ai plus confiance en rien et un jour une fusée tirée par nos voisins pourrait exploser dans ce cimetière et détruire les tombes. Ce n'est pas une utopie, celles de Sadam Hussein se sont éparpillées sur Tel-Aviv et l'une est tombée dans mon quartier pendant l'hiver 1991; et cette semaine le Hizbola du Liban vient de recevoir de Syrie des fusées Scuds à longue portée .
Et puis aussi avec  cette photo à porté de ma main, j'aurai moins à me déplacer si loin lors de ma vieillesse. Dans nos coutumes, il n'est pas de règle de déposer des fleurs sur les tombes, mais de petites pierres témoins de notre passage, comme nos ancêtres le faisaient il y a des milliers d'années dans le désert.
Moi, je vais toujours les choisir sur la grève de Tel-Aviv, baignée par cette méditerranée qui a vu mes parents naître, grandir, travailler et souffrir.

Des pierres polies par les vagues et le ressac qui berceront leur sommeil éternel de mots d'Alger .
Si notre patrie ne nous avait pas obligé à nous exiler d'Algérie, mes parents auraient été enterrés au Cimetière israélite de St-Eugène, comme tous nos ascendants. Après "l'indépendance" du pays en 1962, synagogues et cimetières furent la proie des hordes haineuses qui après leurs tueries de huit années de guerre s'en prirent aux morts en fracassant des tombes et éparpillant les ossements. Vous lirez ces details macabres dans l'extrait ci-dessous:

  Texte d'Elisabeth Schemla dans « Mon journal d'Algérie », Flammarion 2000 :
----- « Dès les premiers pas pour monter vers le haut du cimetière juif que surplombe l'église Notre-Dame d'Afrique, le spectacle est désolant. Des ronces, des branchages envahissent les allées, des chèvres broutent au milieu des tombeaux ouvragés, ornés de fleurs de marbre et de grilles à arabesques. Plus de visiteurs depuis longtemps, si longtemps. À cette hauteur, ce n'est qu'un cimetière à l'abandon qui emplit l'âme de tristesse et de nostalgie, où l'on entend les pleurs de jadis qui, jaillis des vivants, étaient mille fois plus doux cependant que les vrilles des oiseaux dans ce silence pétrifié. Mais, une fois délaissée cette montée pour tourner à droite et s'enfoncer dans le cimetière...
----- C'est un champ de guerre sainte jonché de morts qui ont été tués une seconde fois. Sur des hectares en vastes terrasses, des milliers de tombes essayent de trouver un impossible repos, le ventre béant, plaques jetées au sol, cassées, martyrisées ; les colonnes brisées de la vie interrompue ont été abattues, les visages émaillés des disparus arrachés, et ceux qui en ont réchappé ont un regard étonné, même pas de reproche. Un bébé en médaillon dans l'herbe jonchée de crottes. Des fleurs de céramique à terre. Un vase de marbre décapité qui a roulé, un caveau ouvert sous l'offense. Des inscriptions en hébreu, la plupart en français ; des tombes séculaires de sujets juifs sous l'occupation turque, des tombes plus récentes de citoyens juifs sous l'occupation française. La bataille a été livrée avec une folle ivresse, se repaissant des craquements, des plaintes et des supplications de la pierre, par des hommes dont les mains damnées se sont livrées au massacre dans la jouissance, laissant derrière eux le chaos que j'ai sous les yeux. J'avance, et je m'approche.
----- Les ossuaires ont été percés, leur plaque descellée,
des centaines d'os enchevêtrés, certains intacts, d'autres cassés en mille morceaux sont là, nus, et cette nudité dévoilée est une insulte suprême, le crachat de fous sur les fémurs, les bassins, les bras, les crânes des infidèles qui récitaient la Thora.
----- Ces égarés ont pissé, chié, forniqué, bu, bâfré autour des Gharbi, Mesguish, Kespi, Seror, Tabet, Achouche, Sonigo, Garrus, Enot, Nebot, Loufrani, Solal, Farro, Bakouche, Lachkar, Saffar, je voudrais les citer tous, je les cite tous, et si j'ignore Dieu, je sais le sacré, et même si ces morts ont été délaissés, ils n'ont pas été oubliés, je suis ici…
----- Pourvu, pourvu que le carré des enfants ait été épargné ! Il faut se frayer un chemin dans l'escalier qu'obstrue un arbre, et c'est la même désolation. Éviter les os de ces squelettes qui traînent entre les dalles, ne pas marcher sur ces mâchoires, ne pas penser aux petits corps….. »                              

                                    (   Fin de citation.  )

Depuis, certains travaux ont été réalisés pour camoufler ces dégâts. Quoique  récemment le Mausolée des Rabbins ait été victime de dégradations, des plaques très anciennes ayant été émiettées.


Notes :

(1) L'air du temps:

L'air du temps, c'est " l'attentat de la rue Copernic " et la déclaration honteuse de Raymond Barre :
http://www.akadem.org/photos/contextuels/3431_2_attentat_copernic.pdf

 

  Source : Journal Officiel, article 46034:
http://archives.assemblee-nationale.fr/6/qst/6-qst-1981-0504.pdf

 

  (2) Exception faite pour les soldats enterrés dans un cercueuil.

  (3) Loi Mosaïque: celle de Moïse.

  (4) Le Kadich:

"Le Kadich est l’une des prières les plus précieuses et célèbres du peuple juif. Et c’est à propos de sa lecture quotidienne qu’il est enseigné que le monde repose. A l'origine le Kadich était dit en hébreu, puis, à la suite de la destruction du Temple de Jérusalem, le Kadich se dit en araméen. Dans les sources talmudiques, la lecture du Kadich est créditée d'une importance capitale pour la survie spirituelle du monde depuis la destruction du second Temple. La lecture de ces louanges a la propriété de consoler Dieu, « endeuillé » de la chute de Jérusalem. Et, c'est sur ces louanges que reposent également l'espoir et la foi en Dieu, et que se réalise la mission spirituelle du peuple juif. Lors de la lecture du Kadich l’homme manifeste la grandeur du Créateur et proclame que Dieu et Un, et que Son Nom est Un. La lecture du Kadich exprime la vocation même du peuple juif, la mission fondamentale de proclamer la royauté de D.ieu dans les cieux et sur terre".

"Si je vous traduisais le Kadich, vous verriez qu’il ne contient absolument aucune allusion au deuil, à la mort, à la vie future : c’est, je vous l’ai dit, une sanctification publique du Nom de D. Alors, pourquoi a-t-on voulu que le Kadich soit dit par les personnes en deuil ? Pour la seule raison que venant de leur part, malgré leur deuil, cette sanctification est particulièrement précieuse, parce qu’elle atteste que le deuil n’a diminué en rien leur foi en D. "  Citation:  http://www.kadich.org/ 

  (5) l'Araméen:

http://www.alliancefr.com/judaisme/cyberthora/haadad/2hebreu.html

 

 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 14:52

En feuilletant dans internet à la recherche de vieux papiers, j'ai trouvé ce document sur lequel je suis tombé en arrêt et qui m'a intrigué à sa lecture.
Son propriétaire eut sans-doute la vie semée d'embûches de ses coreligionnaires originaires de l'Europe de l'Est pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Découvrons ensemble  ce document: un Permis de Séjour.


 

 

Carte de Séjour de Résident ordinaire
 

Cette carte de résidence appartient (en respectant l'orthographe des autorités françaises), à :

 
Nom : Kaplan
Prénom :Jacow
 
Date de naissance : 1 Juin 1915
Lieu de naissance : Wannawskaya (Russie)
Fils de : Maurice
              et Linba Subpronskaya
Nationalité: Russe ( Réfugié)
Situation de famille: marié
Date d'entrée en France 19/4/1947
Date de séjour ininterrompu en France: depuis le 19/4/1947
Profession: Typographe
Adresse: Alger, 30 rue Mizon, chez Slominski
 
Sur le volet voisin, ce tampon: Validité Territoriale
Domicile interdit dans les Départements suivants :
Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, et Alpes Maritimes (1) . (sic !)
 
Délivrance: le 25 Octobre 1948
Signé: Le Préfet d'Alger

Timbres fiscaux du "Comité intercontinental pour les Réfugiés, Office Central Russe"

Ministère de l'Intérieur :
Dans le récépissé de changement de résidence :
Délivré le 25 Octobre 1948

Départ : Alger , 30 rue Mizon
Observations : Se rend en Palestine (2)
Alger le 4 Septembre 1950

Valable du 18 Octobre  1948 au 18 Octobre 1951
Cachet du Commissariat Central, Service des Étrangers.

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Remarques:
(1) Pourquoi cette interdiction de séjourner  dans les provinces de la frontière Est de la France ?
     C'est justement en Moselle, Alsace et Lorraine que vécurent de très anciennes familles juives avant d'être décimées. Ces communautés furent d'ailleurs repeuplées par les réfugiés d'Algérie en 1962.

(2) "se rend en Palestine", erreur car Israel est le nom du pays indépendant depuis le 14 Mai 1948 !
En hébreu et russe Jacob se prononce  Yaacov.
Wannawskaya : en fait sa ville est Ivanovskaia:
"
L'oblast d'Ivanovo (en russe : Ива́новская о́бласть, Ivanovskaïa oblast) est un sujet fédéral (oblast) de Russie habité par 1 148 329 habitants (2002) et couvrant une superficie de 21 800 km2. Sa capitale administrative est Ivanovo; les deux autres plus grosses villes de l'oblast sont Kinechma et Chouïa." (Wikipedia).

Puisque il résida à Alger après la fin de la guerre,    j'ai cherché son nom  dans l'État Civil du C.A.O.M, mais inutilement puisque il était étranger. J'ai même consulté le registre digital du Cimetière Juif de St-Eugène, mais en vain. J'ai donc envisagé sa montée en Israel, comme il l'avait déclaré au Commissariat de Police pour obtenir un permis provisoire de résidence avec l'intention de se rendre en "Palestine" en 1950.

À cette époque la vie dans cet État naissant et encore dans son incubateur, avec un fragile arrêt des combats avec cinq armées ennemies, n'était pas une sinécure.  J'avoue avoir même  feuilleté, heureusement en vain, un sinistre livre à la couverture noire où figurent noms  et photos des soldats  morts pour que survive Israel. La recherche dans les annuaires me laissèrent sur ma soif de connaître son destin. J'écris donc à la rubrique  "Perdu de Vue" qui est dans le Journal "Blog d'Israel" la dernière chance pour les familles et amis de se retrouver.
Sitôt dit, sitôt fait, je reçus à ma grande stupéfaction une réponse positive de Mihal, la responsable dévouée et infatigable de la rubrique. Elle m'envoya un message et me précisa qu'elle avait trouvé son adresse: une maison de retraite située non-loin du Grand Hôpital Tel-Hachomer, et elle même avait réussi à échanger avec Jacob quelques mots. Mihal pour parfaire sa découverte, avait ainsi communiqué avec la fille de ce vétéran, (Il était effectivement déclaré "marié" sur ses papiers) et me confia le numéro de téléphone de ce vieillard âgé maintenant de plus de 95 ans. Lorsque enfin je me décidais à lui téléphoner, il me répondit lui-même, mais l'entendant très   énervé par cette intrusion d'un inconnu  j'ai   préféré abandonner mon essai et remettre à plus tard ma curiosité .
Je pensais prendre l'autobus et aller lui parler sur place, mais ma timidité m'en empêcha. Et surtout  qui étais-je donc pour le déranger ? Je n'étais pas un journaliste en quête d'un bon article que rien n'aurait arrêté .
J'avoue que je pensais aussi le photographier et le questionner sur son séjour à Alger, rue Mizon et sur ce quartier travailleur et ancien de Bab-el-Oued où habitèrent de nombreux israélites. Il habita chez Monsieur Slominski . Ce nom ne m'est pas inconnu. C'était  celui du propriétaire du magasin  philatélique, situé Boulevard Baudin, près du Cinéma Caméo. A la fin de la Guerre, j'accompagnais mon grand-frère y choisir les dernières séries colorées frappées de l'insigne de la France Libre !
Et puis j'aurai tant voulu entendre de vive-voix le témoignage de ses années  pionnières et de sa certaine participation à la Défense du Pays chroniquement en guerre: à leur arrivée, tout immigrant valide était mobilisable. Ma curiosité ne fut donc pas satisfaite. Il ne me reste donc qu'à imaginer son trajet dans son pays d'adoption .

                                                  Albert Londres: Le Juif Errant est arrivé
albert-londres-le-juif-errant-est-arrive

Près de la Maison des Journalistes, au coin des rues Kaplan(3) et Ibn-Gvirol(4) à Tel-Aviv, est exposée une machine qui a servi il n'y a pas si longtemps encore à composer  des lettres en plomb qui aussitôt formées servaient à imprimer les Journaux . Le clavier qui donnait les ordres mécaniques par l'intermédiaire d'une savante timonerie était cependant très sensible sous les doigts agiles du linotypiste.

J'aime à imaginer que Jacob typographe de son métier, imprima  la nuit sur cette machine les nouvelles distribuées au petit-matin. Un de ses camarades arrivé

avant lui en Terre d'Israel  a tapé sur cette même machine (5) ces lignes célèbres: 


  

Davar Naissance Etat Israel

 

 

 

Voici la manchette du journal "Davar", ("La Parole"), le Journal des Ouvriers d'Israel imprimé le 14 Mai 1948. En caractères gras:

"L'ÉTAT D'ISRAEL EST PROCLAMÉ ".

"Les États-Unis d'Amérique reconnaissent Israel"

"De nombreux autres états en feront de m ême"

Et en dessous:

"Des armées étrangères ont franchi les frontières du pays"

 

(Il s'agissait des cohortes régulières Égyptiennes, Jordanienne, Syriennes, Libanaises, Irakiennes,)

 

"Tous les décrets du Livre Blanc sont abrogées et invalides"


(Le Livre Blanc décrété et imposé avec violence par le Mandat Britanique interdit l'entrée des juifs fuyant les persécutions nazies dans le pays d'Israel, les laissant errer en pleine mer,  chassant les bateaux de réfugiés , les abordant avec des navires de guerre, emprisonnant les rescapés dans des bateaux-cages, les déportant dans des camps à Chypre et m ême, comble de l'ignominie en reconduisit des passagers à Hambourg ! )


Ce fut donc le m ême jour, et la Déclaration d'Indépendance et l'attaque des armées arabes coalisées pour détruire le pays juif à sa naissance.

 

 


          Cette machine linotype, le summum de la mécanique avant  l'ère  de l'ordinateur, vaut bien une autre photo de profil :

 

 

 

jacob_0371.jpg

Notes:

 

(3) Éliezer Kaplan. (1891-1952)

(Kaplan est un nom aussi commun que Cohen dont il a la même sighification et racine que : "Chapelain")

  Né à Minsk, il fut un sioniste très actif dans le Parti des Travailleurs en Eretz-Israel,  Ministre dans le Gouvernement Ben-Gourion  et un des signataires de la Déclaration d'Indépendance.

Dans cette large avenue s'élève l'immeuble des bureaux de l'Immigration Juive. Une architecture triste toute soviétique qui rompt avec le remarquable style Bauhaus de la plus-part des imeubles bàtis dans les années 30. Lors de mon premier contact avec la bureaucratie ( il y a un demi-siècle passé pour m'y faire enregistrer ), je fus accueilli par l'employé par un chaud tutoiement (!), et il m'octroya une carte du l'Union des Travailleurs qui m'assurait le droit de.... cotiser à la Caisse-Maladie et qui surtout était le sésame sine qua non pour trouver un emploi dans les usines histadroutiques*.  Dans les couloirs passait une "camarade" en tablier blanc,  poussant sa table roulante et distribuant thé et sandwiches  aux fonctionnaires qui ainsi n'avaient pas à se lever...Chaque mois je devais apposer sur cette carte un timbre  qui collait mal mais indispensable à ma survie...

* De la Confédération des Travailleurs en Israel; j'ai connu l'époque où le 1er Mai jour férié,  les "travailleurs" chantaient en défilant l'Internationale, en hébreu bien-sur :

זה יהיה קרב אחרון במלחמת עולם
עם האינטרנציונל
יעור ישגב אדם!

C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
L’internationale
Sera le genre humain !

 

Mais c'était en Israel surtout une manifestation folklorique qui depuis des dizaines d'années a disparu de la rue !

  Car Staline et sa  sinistre police ont assassiné des centaines de milliers de russes patriotes parcequ'ils étaient juifs et faisaient partie de l'Intelligentsia dangereuse pour le régime du tyran qu'il fut. Le vrai  socialisme  était en Israel, une réalité au Kibboutz (et dans nulle autre partie du monde), sans aucun rapport avec le régime de l'URSS.

 

(4) Ibn-Gvirol (1020-1058)

Rabbin de l'Age d'Or andalou,Théologien, Poete, adepte de la philosophie néo-platonicienne et Docteur.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salomon_ibn_Gabirol

 

5)  Pour les passionnés de mécanique de précision:

Un ancien réparateur de ces machines, décrit en détail son fonctionnement à base de cames :

http://membres.lycos.fr/robotype/typo%204.htm   

     

 Épilogue inachevé

 

Jacob doit être agé maintenant de plus de 95 ans. Peut-être dois-je m'excuser d'avoir publié ce document privé. Je souhaite à ce vétéran une retraite paisible, entouré de sa famille dans sa maison de repos. Mais surtout qu'il soit  ignorant des menaces épouvantable proférées par l'Iran et autres fourbes pays, qui nous promettent et projettent le même sort qu'Hitler a réservé aux juifs dès 1938.

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 13:00

 

J'ai retrouvé un message d'il y a quelques années de la regrettée Sylvette Leblanc, du temps que nous correspondions sur la toile et échangions des souvenirs communs d'Algérie. Atteinte d'une inexorable  maladie, elle avait eu à coeur de terminer un livre, qui avait comme prétexte le Jardin d'Essai d'Alger, mais qui en fait lui permettait d'écrire ses souvenirs(1). Elle puisa dans ses dernières forces pour en vérifier la première édition. Très active, elle participait outre à ses études de guitare, ses chorales et ses réunions littéraires, à un atelier de peinture et m'avait envoyé sa dernière oeuvre, "La Femme en Bleu" dont elle était assez satisfaite à juste titre .

 


Femma au chapeau 3

 

 

   Sylvette à l'Atelier

 

https://mail.google.com/mail/?ui=2&ik=ea0662ab77&view=att&th=128d5a7b501660a3&attid=0.2&disp=inline&zw

 

 

Je viens d'entendre une jolie histoire à la radio. C'était comme chaque Vendredi l'émission consacrée à la recherche de livres épuisés par des auditeurs d'un certain âge désirant retrouver des bouquins lus lors de leur lointaine jeunesse. Pour eux, ou pour les faire connaître à leurs petits-enfants .
L'émission est animée par deux compères. L'un reçoit les demandes par téléphone et une fois le titre plus ou moins précisé dans la langue préférée(2) de l'auditeur, et le sujet de l'oeuvre et même la couleur de la couverture (!), tous ces détails qui peuvent aider à l'identification, il promet de rechercher le livre dans son immense bibliothèque(3), et de l'envoyer gratuitement à l'interlocuteur.
Le deuxième comparse lui est féru de musique grecque et illustre l'émission, entre deux conversations, par des chansons superbes au son du Bouzouki du pays de Zorba. Mais avant de poser le disque, il traduit les paroles en hébreu. Et moi pour vous, je vais essayer de traduire le sujet d'une de ces  chansons :


"Il était une fois une jeune fille assise dans un autobus face à un vieillard. Il tenait dans ses mains un peu déformées un magnifique bouquet de fleurs qui tremblaient avec les secousses du trajet. Cette jeunesse ne cessait de fixer des yeux ces couleurs printanières qui tranchaient avec les cheveux blancs de l'ancien. Soudain, n'ayant pas été insensible à ce manège, il leva son regard sur cette apparence rayonnante et lui tendant son bouquet lui dit: Mademoiselle, je vois que vous aimez les fleurs, prenez-les, mais si, mais si, je le dirai à ma femme et je suis sur qu'elle m'approuvera pleinement. Il sonna pour demander l'arrêt et se dirigea précautionneusement vers la sortie. L'autobus se rangea contre le trottoir et s'arrêta doucement pour le laisser descendre.
Assise près de la fenêtre, et toute rouge et confuse, la jeune fille suivit du regard le vieux bonhomme qui alla pousser le portillon du cimetière communal...."

 

Une jolie histoire pour nous rappeler le temps où notre amie nous envoyait ses reportages  qu'elle ramenait à Épernay , après une escapade à Reims ou Paris avec une moisson de photos poétiques . Sylvette ne voyait que le beau coté des choses de la vie simple mais si riche et chez elle une promenade dans la forêt, ou le long de la rivière était un enchantement qu'elle savait nous faire partager. Bien des fois, elle fut pour nous internautes, un guide savant lors de ses visites dans les monuments ou expositions. Mais avant tout, elle était fière de son titre d'ancienne  élève de l'École Normale d'Instituteurs, située à La Bouzaréah, sur les hauteurs d'Alger. Une pépinière de la  civilisation française en Algérie.  Le glas de 1962 ne lui donna pas le temps d'exercer.


Notes :

(1) "J'ai descendu dans mon jardin". (en vente chez jerome.leblanc25@orange.fr)

(2) Les pionniers venus de tous les coins du globe, ont évidement gardé le souvenir de leur   langue       maternelle.

(3)  J'ai visité une fois sa bibliothèque: plutôt   un hangar tapissé ( et jonché !)  de livres .

 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 12:38

Maman, Alger 1930

 

Maman en 1930

 

 

Quand la nuit vient à pas de velours

Les fantômes qui se cachent le jour

Légers comme des ailes de papillons

Viennent  effleurer les plis de mon front

Et je reçus dans mon sommeil

Un baiser maternel sans pareil

Mais le passage d'un camion qui fit vibrer la fenêtre

Déchira mon doux rêve que je ne pus faire renaître.


Ma mère depuis longtemps n'est plus de ce monde

Et savoir son corps muré sous la dalle d'une tombe

Dont les racines des cyprès bousculent l'éternité

M'angoisse et ne peux chasser cette funèbre réalité

Qui hante souvent mes pensées, lorsque je pose

Sur le marbre veiné, quelques jolis cailloux roses

Que je choisis d'entre les graviers

Que roule la Méditerranée,

Pour ma mère,

Car ainsi je continue une tradition millénaire,

Lorsque mes ancêtres entassaient de petites pierres

Témoignant ainsi de leur passage en murmurant la prière

Sous le soleil brûlant ou dans le vent du Désert.



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