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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 16:35


  Le Passé de l'Indicatif.


Un jour, un vraiment beau jour, peut-être était-il celui de mon anniversaire ou à l'occasion de Hanouka qui précédait de quelque peu Noël, je reçus un trésor .
C'était un coffret carré, de couleur verte, dont le couvercle s'ouvrait grâce à une fine charnière de laiton sur un pupitre miraculeux : mes chers parents venaient de m'offrir un poste à galène, comme celui que je lorgnais dans la vitrine du magasin de radio de la rue Clauzel. Désormais il prit la place de l'ourson dépenaillé qui alla rejoindre mes anciennes amours dans le tiroir sous mon lit.
Je lus soigneusement la notice collée au fond du couvercle. Il était absolument nécessaire de relier cette radio à une antenne et aussi à la terre. Dans le coin de ma chambre, une tringle en métal supportait un voile de tissu qui protégeait le mur du coté où je dormais fit l'office d'antenne . Pour la prise de terre, je dus la relier avec un long fil conducteur en le tortillant sur le robinet de la salle de bains. De même que nous sommes debout les pieds bien posés sur le sol et la tête au soleil, la radio  reçoit du ciel les rayons électromagnétiques et a besoin d'être reliée à la terre pour refermer le circuit.
Mais dans ce mode d'emploi détaillé, il manquait le mot "patience". Car le coeur de ce poste était un vrai cristal de Galène, qui jouait le rôle de détecteur !

                   Un cristal de Galène


 Un ressort ténu appliquait une fine pointe sur la petite pierre grise et anguleuse et il fallait chercher avec la patience infinie d'un acupuncteur le point de contact sensible. Et surtout après, veiller à ne pas heurter la boite pour n'avoir pas à tout recommencer ! Alors je l'avais installé royalement sur une chaise près de mon lit. Car c'est surtout la nuit venue que la réception était meilleure.
Ce poste sans pile et sans reproche désormais escorta mes nuits. Le casque sur les oreilles, à demi-adossé à deux oreillers pour mieux respirer, j'écoutais Radio-Alger qui avait de la peine à se frayer un chemin à travers les sifflements de mes bronches. En plus, ce poste ténu avait une faible sélectivité et ainsi écoutais mêlées ensemble les émissions policières de l'Inspecteur Pluvier sur un fond de musique arabe qui ajoutait au réalisme de Marcus Bloch dans le role principal avec son inimitable "tiens,tiens,tiens" lorsqu'il faisait son enquête...Et je suivais passionnément cette heure de suspense où chaque fois revenaient les bruitages de pas mystérieux sur le gravier et le démarrage de l'auto des gangsters qui filait en trombe en changeant ses vitesses dans un bruit d'engrenages mal synchronisés!.
C'était le miracle de la radio qui me transportait dans le monde merveilleux du rêve éveillé .

Comme le fil qui courrait de ma chambre à la salle de bains au ras des carrelages était un piège dangereux pour la maisonnée, je crus, fort de mes lectures, trouver un autre moyen. J'avais lu que l'électricité arrivait à la prise du mur avec deux fils, dont l'un était réellement le neutre mais relié à la terre à la Centrale électrique . C'était l'époque où l'Algérie était encore munie du 110v alternatif avec deux broche, sans prise de terre dans tous les appartements ..
Je fis donc ce que jamais je n'aurai du le faire, introduisis le fil dénudé au hasard dans un trou de la prise et reçus une formidable paire de claque et sous ma secousse le fil se détacha par bonheur....( ce qui me permet de rapporter cette aventure !).

Mais quelle plaisir d'être indépendant et ne plus avoir à me pencher sur la T.S.F* de la chambre de mes parents .
Je pouvais désormais dans mon lit entendre clairement l'Indicatif de Radio-Alger que j'avais cru jusqu'à ces dernières années, être l'oeuvre originale de Jacques Ibert. Cette mélopée me fascinait, elle semblait monter d'un monde merveilleux, du fond du mystérieux Sahara .
C'est en souvenir de ces nuits difficiles ,mais heureuses pourtant que je décidais de reconstruire mes souvenirs en cherchant dans les magasins de mon quartier une Galène, cette pierre laide mais précieuse qui était le coeur du montage.
Tous les vendeurs sans exceptions se mirent à rire de ma demande saugrenue, et poliment me répondirent, comme si je ne le savais pas,"que nous étions à l'époque de la nanoéletronique et que depuis des dizaines d'années le poste à galène n'avait plus ni de jeunes ni de vieux clients".
J'ai essayé de leur expliquer que c'était pour un but éducatif, pour recréer de ses propres mains les premiers pas de la radio, mais j'ai du abandonner ce combat pour ne pas me ridiculiser davantage .

Donc faute d'acquérir ce cristal opaque, je dus faire un bond d'un demi-siècle et me servir comme détecteur, d'une diode moderne minuscule encapsulée dans du verre qui m'éviterait  les recherches tâtonnantes et hasardeuses, mais plus poétiques
, des émissions de Kol-Israel qui émettent de Jérusalem. Dans les nombreux schémas de montage sont employées des bobines artisanales. Alors moi aussi j'ai pris un tube en carton qui fut dans sa prospérité un rouleau de  papier toilette, et entrepris d'y enrouler des dizaines de spires de fil fin isolé ou émaillé suivant le principe ci-dessous .





Alors voici le dessin de de l'installation avec tous ses composants :





Les écouteurs collectent le message suivant à Alger,en 1943 :
"Ici Radio-France !
Les Français parlent aux Français" ..
(Mais ce fut provisoire, comme le Gouvernement !)

 
Mais je fus déçu par le peu de sensibilité, étant en ville trop loin des émetteurs. Je me servis alors d'un noyau en ferrite  bobiné de fil de Litz* enfin trouvé sur les rayons poussiéreux d'un magasin de jouets qui donna évidement de meilleurs résultats que la bobine à air. (La peinture à l'huile, c'est  plus difficile mais bien plus beau que la peinture à l'eau !).
Après bien des difficultés pour tendre l'antenne dans l'appartement sans décapiter les occupants. j'ai réussi à écouter justement la chaîne qui diffuse en permanence de la musique classique de la Capitale. Bien sur, la réception un peu faible exige un silence total dans la maison, mais la musicalité est remarquable. Était, car je dus me plier aux exigences de la maisonnée à l'heure du digital et ranger ma filasse .
Car comme le dit le proverbe, "Nul n'est prophète dans son pays" .
Mais je me félicite quand même, d'avoir réussi à faire revivre un tangible souvenir de jeunesse...
Modestie, un café s'il vous plaît !

Mais ne partez pas encore ! Que cache ce titre " Le Passé de l'Indicatif " ?

Suite au Blog http://georges2.over-blog.com/
article-7135138.html

Je prétendais que l'Indicatif musical de Radio-Alger était extrait de l'oeuvre de Jacques Ibert : "Escale à Nefta" .

Avec Jean-Paul Fernon , le 12 Février 2006, j'eu un échange de messages qui m'éclairèrent sur sur l'origine de cet indicatif :


" Nous sommes d'accord sur le fait qu'Ibert s'est servi de Marouf pour écrire son Tunis-Nefta dans Escales, mais ce qui est indéniable, c'est que l'indicatif de Radio Alger est bien Marouf est non Escales et là-dessus je suis catégorique. D'ailleurs n'avez-vous pas remarqué dans l'excellente émission dont vous m'avez donné le lien que Rabaud a composé Marouf avec Lucien Nepoty natif de Blida (donc Algérien) ? Que viendrait faire pour un indicatif de Radio Alger une musique de Jacques Ibert dont l'escale Tunis-Nefta se situe en Tunisie ?
Au plaisir (passionnant) de vous lire "
JP Fernon

Et aussi" :

"Désolé de vous contredire : l'indicatif de Radio Alger n'est pas tiré d'Escales de Jacques Ibert, mais de l'opéra d'Henri Rabaud (1914) : "Marouf, savetier du Caire". Vous pourrez l'entendre, exactement comme nous l'entendions avant 1958, au III° acte entre la scène 2 et 3 : c'est cet air qui ouvre les Danses de "Marouf".
Bien cordialement.
JP Fernon

 


Et Rémy Laven dans ses remarquables explications musicales a rendu un verdict professionnel,  dans le site d'Alger-Roi de Bernard Venis; en Janvier 2008 :
http://alger-roi.fr/sommaire/documents/pages/2_double_indicatif_radio_alger_laven.htm
Je le cite :
"Il ne me fallut guère de temps pour dénicher un extrait de "Escales - Tunis-Nefta" et pousser un cri de Sioux sur le sentier de la guerre puisque j'entendais enfin la seconde partie de l'indicatif de Radio Alger."

 
Grâce à Rémy Laven, le passé de l'Indicatif de Radio-Algérie a retrouvé sa source; et nous, le repos de la vérité historique !.


T.S.F.
Pour les très jeunes, initiales de Télégraphie Sans Fil...
Fil de Litz :
Composé de multi brins très fin qui favorisent (effet de peau) la collecte du signal .

Et vous lirez avec intérêt, comment fonctionna un poste à galène pendant l'occupation :

6juin.omaha.free.fr/.../16-poste%20galene.htm


Ici Alger, bonsoir chers auditeurs, nous vous souhaitons  une bonne nuit et vous donnons rendez-vous demain matin sur 306 mètres de longueur d'onde .

                                             

Musique La Marseillaise (MP3)



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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 16:23
                                 Rue des Tanneurs

De ma rue Sadi-Carnot, j'étais à deux pas du Carrefour de l'Agha pour monter la rue Charras, passer devant mon cinéma préféré du Jeudi, le Vox, ( Aie, on y joue Le "Lagon Bleu" et ne peux y aller !) et déjà j'empruntais la plate  rue Michelet d'où je voyais poindre la Grande-Poste aveuglante de la blancheur de ses stucs.
En continuant tout droit devant moi, je saluais la statue du Maréchal Bugeaud, qui veilla si mal sur le Milk-Bar*, et dépassais les Galeries de France dont les grandes portes vitrées m'invitaient au rayon des jouets. Mais je résistais à cet appel des Sirènes pour me concentrer sur mon chemin. Et voila sur ma gauche le début de la Rue des Tanneurs qui se tordait sur ses pavés comme moi sur le banc de l'école attendant de vider mon eau à la recréation !

Les Tanneurs depuis des lustres avaient disparu, mais par contre c'est là-bas que m'attendait un Professeur d'hébreu.
Il avait été recommandé à mes parents pour sa bienveillance . Il avait pour tache de me préparer à l'examen de ma Bar-Mitzwa*, et il ne s'avéra pas trop tôt po
ur commencer ! Cette année précise j'avais déjà fort à faire avec les versions latines, l'Anglais de la perfide Albion et aussi l'Allemand enseigné en lettres gothiques, et voilà que je devais maintenant apprendre un alphabet absolument inconnu.
Je ne pouvais pas m'égarer, car de loin une odeur de Barbouche*et de sauces montaient du petit restaurant qu'il tenait pour vivre, en plus de sa fonction rabbinique à la Synagogue.
Je descendais  trois marches pour pénétrer dans la salle et mon Maitre abandonnant un instant son fourneau, m'invitait à m'installer devant une table couverte d'une toile cirée à petit carreaux verts, et là j'ouvrais mon cahier d'écriture pour dessiner, (plus qu'écrire) des lettres noires qui dansaient en désordre devant mes yeux .
Je devais pour réussir mon examen pouvoir lire la Paracha* de la semaine,une des cinquante-deux qui divisait le Talmud de Babylone*,et ce devant la foule des fidèles un Shabat. Mes progrès étaient lents, mais un jour, mon Professeur dont la patience avait sans doute des limites, soudainement me déclara reçu .

Je voulus courir annoncer cette bonne nouvelle à mes parents, mais mon bon Maître ne me laissa pas me lever.






 
Il alla au fond de la salle ouvrir un cagibi, et revint tenant par les pattes un poulet affolé dont l'oeil rouge ne laissait prévoir rien de bon. Nous étions proche de Kippour* et le Rabbin voulut procéder à la cérémonie de la Kappara* en ma faveur ! Il coinça  le poulet entre ses genoux, lui plia le cou en arrière, en ôta quelques duvets, et armé d'un outil qui aurait pu trancher une feuille de papier dans son épaisseur murmura une prière. La volaille dans un sursaut se libérâ de l'étreinte et s'enfuit en zig-zagant. Le sacrificateur tout surpris se leva et courut lourdement dans la salle pour la recouvrir d'un seau, les franges de son tallit* flottant au vent  .
Âmes sensibles, je vous ai menti, le tranchant avait bien fait son affaire et moi paralysé je ne savais que pleurer ou rire devant cette scène
imprévisible et ma Kippa* en tomba .

Et c'est depuis cette époque je suis devenu végétarien .

Notes:

Milk-Bar :
Nous y dégustions de délicieux  Créponés, jusqu'au jour où une charge déposée par une poseuse de bombes qui s'esquiva, éclata et fit de nombreuses victimes et mutila notre jeunesse. Nicole Guiraud y perdit un bras à l'age de 9 ans .

Bar-Mitzwa :
Majorité religieuse à 13 ans .

Barbouche:
Plat à base de couscous, spécialité de la cuisine juive algérienne .

Paracha, Talmud .

Conformément au Talmud de Baylone est lue chaque semaine une des 52 sections de la Torah .

Tallit :
Chale de prière dont les franges rappellent les Commandements.

Kippour :
See full size image
 C'est le jour de Jeune et d'expiation des erreurs de l'année où chacun demande pardon aux offensés pour la réconciliation. En 1973, ce jour  de Kippour les armées arabes attaquèrent ensemble Israel en prière au Nord et au Sud. Pour la première fois l'existence même de l'Etat fut mise en question pendant de terribles journées . Au prix de grands sacrifices , les soldats d'active et de réserve réussirent à stopper l'invasion et à renverser le cours de la guerre.
Le nombre de tanks face à face sur un même champ de bataille dépassa celui de la 2ème guerre mondiale .
 
Kappara :
Rite désuet pour protéger les enfants :
"Ce poulet est ta Kappara, ce poulet ira à la mort et toi tu resteras en vie"
.

Chorat :
Sacrificateur diplômé sans lequel toute viande abattue n'est pas cachère .

Kippa :
Le Talmud nous apprend que le port de la kippa (calotte) a pour but de nous rappeler que Dieu est l'Autorité suprême "au-dessus de nous" .

Appendice

Il m'est impossible de terminer ce récit sans rappeler ce qui est arrivé à ce texte .
Je l'avais écrit le Jour de Kippour . Un jour terrible aux interdictions nombreuses où il n'y a en Israel évidement ni Transport, ni Tv, ni Quotidien mais aussi  aucune Radio (qui diffusent un son continu pour marquer la présence de la station en veille, prête à l'émission en cas  d'urgence).
Donc, mécréant* et pour chasser l'ennui, je m'étais attablé à l'ordinateur et avais commencé à écrire mes souvenirs de la Rue des Tanneurs. Et je la peaufinais après l'avoir écrit d'un jet, et surtout en corrigeais les fautes d'orthographes. Soudain, mon écran s'effaça, sans que je me souvienne d'avoir fait une fausse manoeuvre. Et il n'y avait  pas eu de panne de secteur. (En plus j'ai une batterie tampon en ce cas). Je me suis précipité fébrilement sur la corbeille électronique où sont conservées automatiquement les copies. Rien. Nada. Nietchevo .Tout mon travail s'était envolé. Ma stupéfaction et ma colère se transformèrent
bientôt en crainte : n'avais-je pas été puni pour avoir profaner la sainteté de ce Jour et ainsi  été désigné du doigt par une Main Éternelle ?
J'avoue que je remis au lendemain de Kippour pour plus de sûreté  le soin de réécrire mon billet envolé !

Encore heureux que je ne reçus pas de mon bon Maître la punition de le recopier dix fois !
* Ce jour toute activité non religieuse est interdite, comme allumer l'électricité. Dans les synagogues et chez les fidèles les lustres restent allumés de la veille ...

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 00:00

L'Anse du Panier

http://images.shopoon.fr/products/200x200/CONRAN_2041908.jpg


Une de mes grandes joies d'enfant était d'accompagner au marché Clauzel, Maman, enchantée d'avoir de la compagnie. Une main serrant la sienne, l'autre l'anse du panier vide en raphia, dont le ventre frottait le trottoir, comme celui d'un basset. Je me sentais plein d'importance, oubliant que pendant ce temps là, mes petits camarades, eux, étaient en classe. Une fois n'est pas coutume ! La vraie leçon de chose, c'était celle de la rue .

J'allais en sautillant, pour rattraper ses pas rapides, dans l'air clair du matin. Je connaissais par cœur toutes les escales, mais c'était pour moi une joie toujours renouvelée.

 

Le Marbrier

En sortant du 20 de la rue Sadi-Carnot, nous tournions à gauche, ce qui me soulageait (la droite étant le trajet de l'école !), en jetant un coup d'œil à la marbrerie qui touchait notre immeuble.

La figure ruisselante de sueur, en tricot, ses gros bras musclés rougis par les efforts, les mains poudrées de poussière blanche, notre voisin ciselait, à coups de maillet sur son burin, des lettres biseautées pleines de sanglots, et les éclats de marbre volaient dans le soleil, et rebondissaient sur le trottoir.

Mais, accablé de travail, puisque on n'en finissait pas de mourir, il laissait à sa femme, la Marbrière, le soin de gérer l'affaire.

Toujours échauffée, la voix haute et le verbe cru, elle faisait vibrer les vitres de ma fenêtre sur cour, lorsqu'elle étendait son linge, sur la terrasse de son vieil immeuble qui jouxtait le nôtre.

Elle se faisait aider par une jeune mauresque, une de celles qui partageaient en Algérie les joies et les douleurs de la famille. Les pieds nus sur les tomettes mouillées, elle étendait la lessive qui se balançait au vent d'une journée radieuse.

Mais la maligne s'agitait de tout son corps, plus qu'il n'en fallait, en me regardant accoudé à ma fenêtre.

Un jour que je sentais une étrange chaleur monter en moi, sortant soudain de la buanderie, sa patronne, devinant le manège, la chassa de la terrasse, et l'envoya s'occuper de la lessiveuse, pas moins brûlante que moi !

 

Le Cardeur, et le mauvais quart-d'heure..


Chaque année, la Marbrière invitait un cardeur à rajeunir ses matelas.

Éventrées sans pitié, les bourres de coton passaient un mauvais quart d'heure entre les griffes d'acier du peigne qui démêlait et aérait les fibres.

Poussant le balancier de la machine de toutes ses forces, le cardeur poussait un "han!" à chaque volée pour ne pas perdre son élan, en dandinant son corps en cadence. La poussière volait au vent, dans le soleil, un peu comme le blé battu. Et je regardais sans me lasser le manège du vieil homme, qui, sa taille ceinturée d'un épais foulard rouge, hochait la tête à chaque va-et-vient.

Je me souviens de la fois où, sortant soudain toute en cheveux, son fichu de travers, la Marbrière dans tous ses états s'écria d'une voix de stentor : "où est-il passé, ce camion de merde?"

Je connaissais le véhicule du vinassier, celui du livreur de glace, ou encore du déménageur, et ce n'est qu'après une lente déduction que je saisis que ce camion tardait à livrer une autre matière, dure et louable comme du marbre...

 

Le Cordonnier


Quelquefois, en remontant la rue Drouet-D'Erlon, ma mère s'arrêtait devant l'échoppe du cordonnier Lévy.

Assis dans son univers microscopique, il sentait le cuir, le vin et la colle. Bloquant entre ses genoux sa brillante petite enclume, ses lèvres épaisses serrant les fine pointes, il clouait, à petits coups rapides de son marteau à boule, les talons de toute la famille.

Dans les cas plus sérieux, après un bref coup d'œil aux feuilles pendues au mur, il choisissait un cuir d'épaisseur adéquat, et, saisissant fortement l'alêne d'une main, serrant le cuir neuf sur son ventre, il coupait à la mesure une nouvelle semelle, et après avoir bien imprégné de poix noire le fil de lin, perçait et tirait le mince câble, tout le long de la galoche récalcitrante. La figure écarlate, la sueur coulant sur son cou, les poils gris bouffants de son tablier de travail, le mégot de cigarette collé au coin des lèvres, il finissait son œuvre d'art en enduisant de cire chaude le pourtour de la chaussure, rajeunie de dix ans.

Puis, se penchant sur le côté, il roulait d'un geste magnifique la paire de souliers dans du papier journal, et détachant enfin son éternel mégot, et gardant le paquet ferme sur ses genoux, annonçait de sa voix éraillée : "c'est cinq francs, madame!"

Ma mère ne se souvenait pas d'avoir vu l'artisan travailler avec des fils d'argent ou des cuirs de Russie… Il y avait bien un autre cordonnier dans le quartier, mais le nôtre "était des nôtres" et cela pardonnait tout.

 

Francine, la Bouchère



Après quelque pas, en remontant la rue étroite, on était souvent obligé de descendre du trottoir, pour ne pas marcher dans la sciure, teintée de gouttes de sang frais, qui coulaient, par exemple, d'un sanglier éventré, pendu la tête en bas, les pattes postérieures écartelées, enferrées aux crocs de la barre scellée entre les piliers d'entrée.

Le groin noir, les courtes défenses blanches jaillissantes des babines entrouvertes, les oreilles velues et les yeux glauques ne m'effrayaient pas plus que me désespérait le spectacle des ortolans, enfilés à la gorge, côte à côte comme des frères fusillés à la fosse commune, ou de l'étalage des lapereaux aux ventres blancs, et des lièvres gris perle, les pattes croisées dans une ultime prière.

La grande Francine, à la figure hommasse, le tablier de travail noué jusqu'au menton, ses grandes jambes plantées dans la sciure, aiguisait à grandes brassées ses couteaux de dépeçage.

Des fourrures percées de plomb, des boules de plumes aux becs entrouverts, des petites pattes suppliantes, c'est ce qu'il restait des galopades, des cabrioles dans les fourrés, des poursuites à tire d'ailes, après l'ouverture de la chasse.

Liberté, combien de crimes commet-on en ton nom !

 

Santamaria, le Marchand de Vins Divins



Il m’arrivait, avec ma mère, de descendre les trois marches des Caves-du-Château. Son jeune fils (le chatelain, qui avait les oreilles un peu décollées comme moi ! ) me dictait souvent les Devoirs de Maison quand j'avais manqué le chemin de l'école, ainsi j'avais la conscience tranquille, mais cela ne veut pas obligatoirement dire que je les faisais..)

J'avais de la chance lorsque c'était un jour de livraison pour Monsieur Santamaria.

Le chauffeur et ses aides tiraient de dessous la ridelle du camion, deux grandes poutres de bois bardées de fer, pour en accrocher les tenons à l'arrière et ainsi construisaient une pente assez douce pour y rouler les futailles.

Un aide haut perché sur le plancher du véhicule roulait le tonneau jusqu'au bord du plateau, et lorsque les deux hectolitres de vin entamaient leur descente, les débardeurs arc-boutés, le dos à la rue, les bras tendus en avant, les mains à plat sur le ventre de bois, reculaient d'abord lentement, puis de plus en plus vite jusqu’à ce que la lourde charge atteigne les pavés, et vienne en rebondissant se coincer sur le trottoir. Du vrai travail d'homme.

Le vin ordinaire était tiré au litre, mais nous n'achetions que du vin cacheté, du Mascara, du Médéa, des vins opulents qui traversaient les mers.

Mais moi, je préférais le Targui, non pour son parfum ou la force de son vin, mais pour la vignette qui décorait la bouteille de verre sombre. Tout au long du repas, je rêvais devant le flacon droit sur la nappe, blanche comme le désert, en regardant le touareg voilé de bleu, son bouclier de peau jaune barré de la lance de bois, les jambes repliées sur le cou du dromadaire décoré de laines teintées.

Et cette vision saharienne me faisait oublier le lointain rapport entre le quatorze degré certifié par volume, et la religion mahométane.

En sortant de la boutique, il m'était bon d'abandonner ces odeurs vinaigrées, et lorsque le panier commençait à me scier les doigts, il était temps de demander asile autre-part.

 

     Le Laitier Omar



Rue Clauzel, c'est pour moi depuis toujours la boutique du laitier Brackchi . Pendant les restrictions le lait était devenu aussi précieux que l'or blanc. Omar me versait avec parcimonie le lait avec un entonnoir dans mon  quart en aluminium . Le frère cadet Mustapha était un de mes bons camarades de CM-1, surtout après qu'une fois nous nous fumes battus comme des chiffoniers dans la cour de l'Ecole Clauzel . Mais un jour l'Inspecteur des Fraudes découvrit que le lait était un peu trop dilué d'Aqua Simplex et un huissier ferma le robinet et  l'échoppe et je perdis un ami .

 

L'Epicier Mozabite


Rue Cabot, à l'enseigne, "Au Roi du Fromage", à peine visible, et peinte en bleu à même le mur décrépi, on pénétrait dans l'antre de l'épicerie, à la vie retirée et coupée de la rue.

Après que mes yeux brûlés par la lumière de onze heures se furent accoutumés au "clair obscur" de ce Rembrandt, se détacha dans l'encoignure de l'entrée, le vieux Mozabite, sa barbe grisonnante sur sa djellaba de laine, trônant sur sa chaise haute, derrière sa caisse enregistreuse aux reflets d'étain, une main sur les grosses touches jaunies, l'autre à plat sur un chasse-mouche, toutes deux prêtes à l'attaque.

J'entendis, venant de l'arrière boutique, un trot de babouches, et un "A votre service Madame !".

Le corps fortement penché de côté, la bouche déformée semblant rire éternellement, le fils ne devait pas voir souvent la lumière. Mais, leste et efficace, il avait déjà posé le panier à provisions à côté du tonnelet de cornichons, et attendait, miracle de l'équilibre, la liste des commandes, tandis que l'épicier s'apprêtait, le tiroir caisse remis à zéro d'une touche musicale .

L'apparent bric-à-brac du magasin, n'avait d'égal que la précision des gestes de cette étrange apparition, qui le premier étonnement du client passé, sautait de place en place, pour peser un cornet d'olives noires, emplir un litre d'huile, ou trancher avec précision un quart de gruyère, jeté sur le plateau de la balance avec son papier fin.

Jamais les babouches n'avaient à revenir sur cette décapitation, et le fromage emballé allait dans le panier rejoindre la livre de beurre, le sachet de safran, la cellophane du paprika, et à chaque article ponctué par la sonnerie de la caisse enregistreuse, qui bénissait ainsi la commande de ma mère, les babouches s'affairaient du sac de riz à la balance, de la balance au panier, pendant que moi, je furetais dans le dédale des sacs de jute, à la panse ventrue, leurs cols bien roulés à la hauteur de mon nez, sur leurs cargaisons de pois chiches, de haricots secs bariolés, d'amandes grillées, de graines de soleil, de figues sèches et de noix burinées comme des cervelles de mouton.

Mais faisant un écart à l'odeur de la saumure du baril de harengs séchés, je me heurtais enfin aux cacahuètes, entières et fibreuses, que je décortiquais comme un jeune singe, sous le regard bienveillant du vieil homme.

Bousculées par les allées et venues du jeune mozabite, les vapeurs de cannelle se mélangeaient au gingembre, aux bâtons de vanille, et au thé de menthe verte, et rapidement, l'air me devint irrespirable, m’obligeant à sortir.

La vague passée, et le silence revenu, le papier tue-mouches tourna lentement son tire-bouchon à l'envers, le gros réveil à ressort, couché sur ses petits pieds arrêta ses aiguilles phosphorescentes sur les chiures de mouches de l'étagère, et lentement la chaleur de midi aidant, l'épicerie s'endormit.

 

Le Maraîcher


Dans le haut de la rue Drouet d'Erlon, et au coin de la rue Clauzel, commence la petite rue Cabot. Ce nom certainement choisi à ce qu'il fallait comme lui etre navigateur pour se frayer un chemin dans la cohue! Mon nez arrivant juste au ras des étals, je me serais perdu tout seul ..

Mais un peu à l'écart et à l'ombre, un maraîcher, à la figure tannée, le cou buriné, qui avait déjà déchargé ses cageots, de Guyotville, Chéragas ou Fort-de-l'Eau, s'affaire autour de sa monture.

Débarrassé des harnais, et les brancards reposant sur le pavé, le cheval libéré de ses œillères et du mors, faisait le bonheur des moineaux, qui venaient sautiller autour des crottins, sans peur des grands coups de queue. Un sac de toile plein d'avoine, passé sur ses longues oreilles, à grands hochements de tête, il en secouait le fond pour faire remonter le grain jusqu'aux naseaux. La ration terminée et le sac vide replié sous le banc, le vieil espagnol décrochait le seau qui se balançait à l'arrière de la charrette. Après l'avoir rempli d'eau fraîche à la fontaine de vie, juste au pied des escaliers, en abreuvait le cheval, qui lampait les lèvres en avant, secouant la crinière de gauche à droite, en frappant de plaisir le pavé de son sabot ferré.

Il ne s'écartait pas de son périmètre, changeant seulement de position, une patte postérieure à plat et l'autre légèrement pliée, ne touchant le sol que par la pointe du fer, il était un modèle de patience, attendant le retour à la ferme. Et son maître, lui aussi, maintenant pouvait jouir d'un repos bien gagné.

 

L'étal du Marchand de Légumes


Les senteurs de la campagne qu’exhalaient les étals des marchands de fruits et légumes, en plein air, se mélangeaient aux appels entrecroisés des marchands arabes, toujours souriants, derrière leur balance à fléau : "un franc le kilo, tu es malade, mange la belle salade !", "haricots sans fil, madame, des cerises de Blida siou-plait, la pastèque à la coupe, à la coupe!!".

Une pyramide d'amandes vertes ! Avez-vous déjà fendu une amande fraîche, et fait glisser de sa gousse fine l'ivoire de ce fruit à la courbe idéale, avant de le croquer lentement pour jouir de sa chair que l'on voudrait immortelle ? Si non, faites le vite ou vous perdriez un goût de paradis.

Montées du sud, du fin fond des oasis, les dattes de Biskra, blondes ou foncées, encore attachées aux fines branchettes jaune orange, dans leur caissette de bois blanc, certaines ridées comme des doigts de fée, d'autres enflées, sombres et lisses comme les négresses de Ouarglat, se reposaient de leur long voyage sur un lit de raphia.

Et moi, je criais à ma mère, en imitant le petit yaouled : "porter siou-plait, porter siou-plait?"...

 

Créhange le Pharmacien



Au retour du marché, en redescendant la rue Drouet d'Erlon, nous étions fort chargés, mais un arrêt à la pharmacie Créhange, était inévitable.

Grand, blond aux yeux bleus, ainsi je crois m'en souvenir, il était toujours affable, mais moi, je n'appréciais pas ces piqûres et ces potions que les médecins d'Alger m'avaient ordonnées, et qui réussirent cependant, grâce à ma bonne constitution cachée, à ne pas m'achever ! Le pharmacien, par la même occasion, me pesait à la demande de ma mère, mais chaque semaine, mois, et année, la balance affichait mes vingt-cinq kilos immuables et je ne grandissais ni en largeur, ni en hauteur.. jusqu'au jour, où las de tous ces savants, je passais grace  à l'homéopathie,  de presque trépas à la vie...

 

Signes le Coiffeur



J'aimais son enseigne qui ressemblait à un sucre d'orge avec ses spirales de couleurs. Mais chaque visite chez lui était pour moi un supplice, si mourir de rire en est un.

Le patron, Monsieur Signes, employait ce qu'on nommait, il n'y a pas si longtemps, un "garçon coiffeur". Rien de bien étrange dans tout cela… À part que, de son crâne dégarni, restait encore, au dessus de chaque oreille, une touffe de cheveux symétrique qui rappelait aux gamins que nous étions, des ailes d'hirondelles. Nous n'allions pas chez le coiffeur, mais chez Hirondelle ! Et notre douce terreur était, en attendant notre tour pour une coupe urgente, que l'un de nous tombât sur sa chaise vacante.

Assis côte à côte sur un fauteuil à piédestal, Signes et Hirondelle nous propulsaient à niveau à grands coups de pédale, et alors le drame commençait. Face au grand miroir, nous ne pouvions éviter de croiser nos regards mon grand-frère et moi. Pris d'un fou rire contagieux, je mordais mes lèvres, pour ne pas hoqueter. Après chaque coup de ciseaux, le coiffeur redressait ma tête, s'énervant dans son travail, et coupant l'air de ses deux branches d'acier menaçantes, prises elles aussi d'une danse de Saint-Guy, ne savait comment corriger toute cette coupe en escaliers, et tournait ses yeux réprobateurs vers Signes, mais en vain. J'étais rouge de confusion, essayait de retenir ma respiration et surtout ma vessie, secouée comme un bateau sur les flots.

Au dernier coup de brosse, sans attendre, je sautais de ma chaise pour gagner la porte, laissant à mon frère le soin de régler la note, pourboire non compris. Ce dont pourtant Hirondelle avait vraiment besoin, pour se rafraîchir de cette séance pour le moins désséchante.

 

Castel l'Armurier


À la récréation, la sonnerie libératrice agissait sur nous,comme un réflexe de Pavlov. C'était la course aux urinoirs situés au fond de la cour. L'odeur de Lisol
(désinfectant de l’époque) y était si forte qu'elle en imprégnait la laine de nos vêtements.

Un jour que, pris d'assaut, tous les postes individuels étant occupés, mon ami et moi, urgence oblige, entrâmes dans l'espace ottoman, en ayant soin de ne pas glisser.

Lui était grand et fort, moi, petit et malingre. Nous pouvions donc nous tenir debout, côte à côte et nous livrer au sport de notre âge : qui, en vidant son eau arrivera le plus haut sur le mur de céramique blanche?.

Occupé à l'arrosage, mon copain remarqua quand même, la comparaison était inévitable, que mon tuyau de jardinier était plus court que le sien, et en conclut que j'étais de la religion de ceux, qui huit jours après leur naissance passent à la guillotine…

Et moi, dans mon for intérieur, je pensais pour me consoler, que si son calibre était ainsi favorisé, c'était parce que Castel, lui, noblesse oblige, était bien le fils de l'Armurier.

À cause d'un accident professionnel, m'avait confié son fils, Monsieur Castel père tirait la jambe pour se déplacer (je m'excuse pour ce jeu de mot mal placé).

Au long des années, je préférais le trottoir de son magasin, pour m'arrêter devant la vitrine et contempler la panoplie des armes de chasse aux verrous gravés et enluminés, aux canons longs et doubles, les carabines aux crosses de bois travaillées, les fusils automatiques et à lunettes, les armes de poing de tous calibres, les étuis en cuir, le tout de la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne dont, à défaut, je feuilletais inlassablement l’épais catalogue.

Qui n'a pas rêvé devant ce fusil à air comprimé, qui tirait des plombs éventails, ainsi que devant ces harpons à double Sandows, ces palmes, ces lunettes sous-marine avec leurs schnorkels de couleur?.

Et, collée à la vitre, une grande photo du fils, en maillot de bain, brandissant fièrement , enfilé dans la flèche de son harpon, un magnifique Mérou, roi des profondeurs et des grottes sous-marines.

Mais ces belles images furent gâtées, quand un certain 26 Mars 1962, des balles criminelles tirées du Boulevard Baudin vinrent ricocher avec un bruit d'enfer sur le rideau baissé de l'armurerie.

Les jours suivants la vitrine se vida, et ne restèrent que du fil de pêche et la photo de mon camarade.

Castel où es-tu?..

 

Chamoux, le Magasin de Sport



Le propriétaire de ce magasin, fut, sans le savoir, le responsable indirect d'un drame.

Ce devait être en 1945, j'avais sept ans, et la tête pleine des images dessinées de la guerre, pour enfants.

Les jouets étaient introuvables, lorsqu'un matin, je vis en passant, dans la devanture, une panoplie qui me fit revenir en arrière : un fusil en bois peint et un casque en carton.

C'en était assez pour revenir en vitesse à la maison et commencer à persuader mon grand frère de réaliser mon nouveau rêve. Et, cet instrument guerrier sous le bras et le casque de papier mâché sur la tête, je rentrais chez moi.

Ce n'était pas un simple bout de bois. Accroché à un clou planté sur le canon, un élastique pouvait propulser un carré de papier roulé et plié en deux, jusqu'au bout du couloir.

Mais il fallait trouver un observatoire camouflé.

Caché sous la table de la salle à manger, voyant sans être vu, passaient devant mes yeux toutes les jambes de la maisonnée, mais j'eus un faible pour les pieds nus de notre bonne servante. Et chaque fois qu'elle passait dans mon angle de tir, je lâchais l'élastique bandé sur ses talons.

Une fois, deux fois, mais toute la journée c'en était trop.

Comme la cocotte-minute qui siffle, trop chaude à faire péter la soupape, Suzanne, c'était son prénom, après maintes imprécations, commença à rappeler à ma mère, que son ancienne patronne, Madame Sadoun, jamais n'aurait toléré une chose pareille, et que là-bas, elle avait de meilleures conditions et que nos tapis étaient trop lourds, et la cuisine trop étroite, et ses gages encore plus étriqués.

C'était justement le printemps, l'époque où, avec le renouveau de Dame Nature, les algéroises se devaient de rouler leurs tapis dans le papier journal, avec des boules de naphtaline. Ces tapis persans et percés, avaient donc de quoi lire. L'Echo d'Alger, le Journal d'Alger, la Dépêche Quotidienne, et même Alger Républicain, collection d'une année, ils allaient dormir au chaud, jusqu'à l'automne.

Devant ces vérités, mon fusil en bois ne pesait guère. Et pour apaiser ce début de rébellion, c'est ma mère qui partit en guerre et me confisqua cet objet du délit et sauva la maison en péril. C'était de la pacification avant la lettre…

À l'occasion de l'élection du Président de la République René Coty, se rendit célèbre… un poêle de conception révolutionnaire, qui, à des dizaines d'exemplaires, réchauffa les salles du Sénat lors du vote.

Le pétrole était brûlé complètement grâce à un élément "catalytique", et donc sans fumée. Le magasin Chamoux en faisait la réclame, et ce poêle à roulettes, nous servit longtemps lors des hivers humides d'Alger, vous en souvenez vous?.

Chamoux, Chamonix, disais-je toujours en passant devant son magasin parce qu'une fois j'avais vu dans sa devanture, une luge magnifique, en bois laqué, et aux patins doublés de fers, pour mieux glisser. La neige n'était qu'à une heure de trajet, mais il était bon de ne pas traîner sur la route, pour arriver avant la fonte!

En général, arrivés à Chréa, papa nous louait une luge, qui souvent en piteux état, trop lourde, et bonne pour des pentes alpines, ne faisait pas notre affaire de lugeurs expérimentés!

Et un jour d'hiver, Noël et Hanoucca arrivants ensemble, nous reçûmes le cadeau de nos rêves.

 

Garcia le Photographe



Tout au début de la rue Richelieu, côté gauche en montant, c'était le magasin de Garcia, le photographe avec une fine moustache à la Clark Gable. Sa petite vitrine d'appareils de photos, de caméras et de projecteurs,  nous faisait rêver.

En 1933, mon père y avait acheté, d'occasion, un superbe Contax, de chez Zeiss-Ikon. Du format 35 mm, il était doté d'un télémètre à miroirs, d'un objectif 2,8 à baïonnette, et surtout d'un obturateur à rideau, qui, avec une vitesse de 1/1000 seconde, permettait de photographier des déplacements rapides, sans le flou des obturateurs circulaires. J'ai encore dans mes oreilles le chuintement du rideau qui se déplaçait. Très compact, c'était une merveille de réalisation. Je revois son étui de cuir jaune et le bouton de réglage des vitesses d'obturation. Hélas, comme beaucoup d'autres choses chères, il a disparu dans la tourmente.

Papa développait lui-même ses photos. Un placard du couloir, était devenu une chambre noire, avec un agrandisseur,  les bacs de révélateurs, et des boites de papier de tous formats. Rien ne valait ce moment où l'image tremblante dans la cuvette, apparaissait lentement comme une œuvre d'art, sous la lueur rouge de l'ampoule. Mon père comptait avec le battement de ses doigts sur le plateau les secondes d'exposition, sans besoin de chronomètre, il réussissait toujours à sortir du bac des photos noir et blanc magnifiques.

Encore très jeune, je reçus en cadeau, mon premier appareil de photo moderne : un Elgy Lumière, qui tenait peu de place dans la poche. Les pellicules en couleurs des diapositives Lumière avaient un grain si gros que sur le film on pouvait discerner les trois couleurs fondamentales ! Je devenais ainsi le photographe familial. Plus tard, Garcia nous fournit une caméra "Emel", film 8 millimètres, avec une tourelle à 3 objectifs : un télé, un grand-angle, et une focale normale. Caméra lourde, mais bien en poing. Une manivelle pour remonter le ressort, un viseur très étroit, et seulement deux minutes de film  Kodachrome pour fixer la vie pour l'éternité.

Je filmais ainsi quelques scènes comme les "Trois heures d'Alger", (la course automobile sur la route moutonnière), le départ de mon grand-frère escorté de toute la famille à l'agence d'Air-Algérie pour finir ses études, reçu aux Grandes Ecoles à Paris; et plus tard de mon balcon, la sortie du bateau de Jacques Soustelle, passant la jetée, par une mer démontée : le navire littéralement sortait de l'eau pour retomber dans les vagues.

A la projection, tous ces scènes ressemblaient étrangement.. aux premiers essais des Frères Lumière !

Quelques fois la pellicule se coinçait sous les dents du projecteur et sur l'écran apparaissait à ma grande terreur la bulle de la brûlure qui s'étalait sur la celluloïd..

Les évènements tragiques, que je n'ai jamais filmés ou photographiés,  restent incrustés dans ma mémoire comme une épitaphe sur la pierre .

  Bien-sur que j'aurai voulu faire lire ces lignes et voir ces vignettes à ma chère maman, comme lorsque gamin je sortais mes cahiers couverts de papier journal de mon cartable. Mais je ne ne savais pas alors qu'une mère n'est pas éternelle et n'imaginais pas l'importance que les souvenirs prennent au fil du temps !

Après ces lignes, je peux vraiment écrire

F I N

d'une époque.

 

 

 



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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 09:56

A Alger, même après avoir passé à 13 ans ma Bar-Mitzva,(la majorité religieuse) je ne connaissais (à part quelques prières prononcées quelques fois aux fêtes) pratiquement  rien de la langue de ma religion....Par contre je maniais rondement celle de Molière. L'une et l'autre n'étant pas incompatibles, je dois donc remercier les antisémites nombreux que j'ai rencontré sur mon chemin, parce qu'ils m'ont enfin ouvert les yeux sur cette riche langue cinq fois millénaire et qui depuis moins d'un siècle n'est plus le privilège de savants Rabbins, mais la langue moderne d'un peuple qui bâtit son avenir sur son passé .


Donc Bonne année 5770 !
Et tous nos Voeux de Santé et de Paix à vous et à toutes vos familles !


Et bien oui, le 18 Septembre de l'an 2009 est la veille du Jour de l'An 5770 des Hébreux . Un calendrier qui
a égrené avec lui l'histoire du monde naissant au moderne monothéiste et a jeté les bases des Lois qui régissent plus que jamais le comportement des hommes vis à vis d'eux-mêmes (et aussi des bêtes !). Ce qui nous semble logique et naturel aujourd'hui, ne l'était pas dans l'époque chaotique d'alors où se heurtaient et disparaissaient des peuplades entières.


  Une carte postale de l'humoriste et caricaturiste algérois Armand Assus.

La Bonne santi por toi !


Ce Jour de l'An, nous allions à pied à la Synagogue, en faisant escale chez les membres agés de la famille pour y faire nos voeux.

C'était la Synagogue  "Lebar" de la Rue de Dijon. dessinée par Charles Brouty dans  " l'Echo d'Alger"









Et voici ce qu'elle est devenue après le départ de la France, et l'arrivée au pouvoir des algériens .
Le toit n'existe plus , La Synagogue est devenue un squelette semblable a ces fantômes des Camps.  Le désastre est complet . Ainsi l'Algérie nouvelle veille sur les lieux de culte israélites .





Ces deux photos de la Synagogue Lebar (Rue de Dijon) sont extraites
du Site Zlabia.com que je remercie .







La Grande Synagogue dans la basse-casbah construite dans le style oriental avec sa coupole à pans coupés était très belle avec sa galerie en bois de cèdre ajouré d'où les femmes jetaient les bonbons aux enfants lors des cérémonies de Bar-Mitzva et Mariages .






Les Calèches avec leurs élégantes passaient alors devant la Synagogue du Grand-Rabbin Bloch (Photo de 1912)






Déjà en Décembre 1960, les émeutiers avaient malmené les fidèles et la Synagogue fut profanée et pillée. Pour les 130000 citoyens israélites c'était l'avertissement de "La Valise ou le Cercueil".  Dès 1962, et malgré  les "Accords d'Evian" garantissant le respect des personnes et des biens, les Islamistes construisirent un Minaret et transformèrent l'intérieur de la Synagogue pour en faire une mosquée dirigée par des extrémistes .
Et les israélites furent chassés du quartier et de l'Algérie toute entière, et
les derniers durent fuir après l'assassinat commandité par le FLN de José Bélaiche fils de Marcel qui fut Chef de la Communauté . Les fidèles trop vieux pour abandonner les cimetières durent se cacher pour pratiquer leurs rites, sans synagogue pour y prier et à la merci de dénonciations .

Cette photo du journaliste Jacques Godeau, par l'emploi du noir et du blanc, est en accord avec la tristesse du fait accompli : le Judaisme a été rayé dès 1962 de la Carte, du Lexique, des Arts, de la Littératue, et de l'Histoire de l'Algérie . A sa place est cultivée la haine d'Israel .







Entre les Alpes et les Aurès,
Une mer pleine de tristesse :
Un fossé d'eau rougie
De guerres sans merci.
Il est temps d'y noyer nos armes
Avant de succomber à nos larmes .
 (G.L.)


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Cartes de voeux confectionnées en Israel et ornées de paillettes :

Cette Carte de Voeux à l'ancienne  est illustrée des 12 Tribus d'Israel qui se dispersèrent après la destruction en l'an 70 du Temple de Jérusalem par les Romains .
Sont représentées de droite à gauche les Tribus de : Reuven, Shimshon, Benyamin, Yosef, Ashere, Naphtali, Gad, Dan, Zévulon,  Yshcar, Yehuda, et Lévy ! (Dont je suis donc  un descendant..)
Au milieu, dans l'étui orné de brocards, Les Rouleaux Sacrés  qui sont déroulés et lus en Synagogue du haut de la  "Téba"(tribune).










Une autre avec les Tables de La Loi






Ce n'est pas par hasard, mais par optimisme que ces images suivantes terminent l'article pour illustrer à la fin, l'immigration clandestine d'avant et après la seconde guerre mondiale forçant l'interdiction anglaise de s'établir dans la Terre de nos ancêtres.

 Ben-Gourion déclara à l'époque à propos du Mandat Anglais et du Livre Blanc qui interdisait la montée en Palestine des juifs fugitifs d'Europe
:

"Nous ferons la guerre contre Hitler comme s’il n’y avait pas de Livre Blanc et nous combattrons le Livre Blanc comme s’il n’y avait pas la guerre.
"







Cette carte postale déjà ancienne représente le Kibboutz* "Yad-Mordechai", qui fondé en 1943 est très proche de Gaza. Nommé en souvenir du Chef des Défenseurs du Ghetto de Varsovie qui sauta du haut de son immeuble pour ne pas tomber vivant dans les mains des nazis.
En 1948 la poussée des blindés Egyptiens (en premier plan) fut arrêtée pendant des jours cruciaux par le courage et le sacrifice des pionniers, hommes et femmes. Dans le Diorama que j'ai visité et qui reconstitue ces journées terribles, sont exposées au ras des tranchées dans leur position de tir, les armes dépareillées de ses défenseurs , dont un fusil...de la guerre d'Espagne !
Le Kibboutz pour finir tomba aux mains des ennemis qui assassina les prisonniers, mais donna le temps à Tel-Aviv de s'organiser .
Ce n'est que plus tard qu'il fut repris, il était  complètement détruit .


Aujourd'hui ce Kibboutz florissant est célèbre dans tout le pays pour son miel parfumé : Ce miel doré accompagne la pomme sur chaque table juive, pour célébrer la prière  de la nouvelle année que l'on espérera aussi douce

PENDANT 8 ANS, COMME TOUTES LES VILLES ET VILLAGES DU NEGUEV-OUEST, IL SUBIT LES TIRS QUOTIDIENS DE FUSEES ET D'OBUS DES TERRORISTES DU HAMAS, QUI S'ABRITAIENT
 (ET S'ABRITENT ENCORE) AU MILIEU DES POPULATIONS PALESTINIENNES CIVILES .







*http://www.zionism-israel.com/dic/Yad_Mordechai_battle.htm



Liberté pour Guilad !!

Puisse le franco-israélien Guilad Shalit, au secret dans une cache dans Gaza retrouver bientôt sa famille . Il est déjà dans sa quatrième année isolé du monde, enfermé dans une tanière: Jamais la Croix-Rouge ou l'O.N.U ne l'ont vu pour témoigner de son état, alors qu'en Israel les terroristes palestiniens  jouissent de la tv en prison, d'une cantine,  reçoivent des
journaux, et des colis et régulièrement sont visités médicalement et surtout voient leurs familles venues de Gaza. Certains même étudient et passent leurs examens . Les parents de Guilad, Noam et Aviva Shalit ont reçu une lettre manuscrite il y a longtemps, dictée par de cruels geôliers où il se plaint
d'une santé qui se dégrade .(Il avait semble-t-il été blessé lors du coup de main des palestiniens). Les gens du Hamas sont passés maîtres dans le supplice  psychologique et exploitent à fond le dilemme dans lequel se trouve Israel, mais à force de tendre la corde, elle pourrait se casser .


Puisse enfin l'année nouvelle être aussi étale que l'eau de la Mer de Sel,
Mais je crois que d'autres épreuves attendent encore le Peuple d'Israel !




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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 14:56
C'était un jour de grande chaleur, quand retentit la sonnerie du téléphone. Comme d'habitude c'est moi qui courais pieds-nus et décrochais le premier le combiné .
 - Allô ! - Bonjour Georges ! ( J'avais tout de suite été reconnu ).
- Papa !, c'est M'sieur Bensimon à l'appareil...
Monsieur Bensimon était courtier en grains bien connu sur la place d'Alger et à midi téléphonait pour les transactions où revenait souvent dans la conversation le mot "Fob*".
Ce brave homme était sur de trouver mon père à la maison, à l'heure du repas, avant qu'il ne retourne à sa minoterie d'Hussein-Dey. C'était rue Boench, près de la Mairie, une usine-pilote de concassage et de broyage des fruits du caroubier, qui séparés de leurs graines très dures étaient transformés en farines, ensachés et expédiés souvent au port de Limassol. (Les noyaux étaient traités à part suivant un procédé unique en Algérie) .

Chypre était un fidèle client. Mais ce jour-là il n'était pas question du cours du quintal. Je voyais pour la première fois mon père inquiet, et même sa main qui tenait un document tremblait en apprenant une mauvaise nouvelle: le caboteur déjà chargé des sacs de farine fraîchement embarqués, avait pris feu à quai.
- " L'incendie s'est déclaré dans des balles de coton ".
Telle était la nouvelle que le courtier très au courant du trafic portuaire s'était empressé d'annoncer à Papa .
De la fenêtre du bureau, on voyait effectivement au loin une fumée noire flotter au dessus d'un caboteur .

 Le Caboteur en feu de cale










Alors ce fut une course contre la montre avec la compagnie maritime récalcitrante pour vérifier les clauses de l'assurance en cas de sinistre .
Le coton surchauffé dans les cales par manque d'aération a la mauvaise habitude de s'enflammer, et éteindre l'incendie signifie noyer toute la marchandise. Je me souviens qu'un entrefilet dans le journal signalât ce fait divers qui coûtât à la Société le fruit d'une campagne estivale de caroubes ...

Moi j'étais dépité de ne pas voir de si loin les lances d'incendie des camions pompiers, mais aussi assez fier dans ma jeunesse  inconsciente d'être témoin d'un tel drame qui rompait la monotonie des jours d'été !

Ces Caroubes entières, souvent trônaient dans leurs sacs de jute au col roulé  en côtoyant dans les épiceries lentilles et cacahuètes et les fèves bariolées. La chaire de la caroube bien mure (et donc de couleur marron foncée) a un goût chocolaté, une friandise bien connue non seulement des algériens, mais de tous les habitants du bassin méditerranéen .
Ce n'est pas seulement l'aliment de qualité des chevaux et bestiaux, car la graine du fruit a des propriétés remarquables employées dans l'industrie alimentaire et même complète la poudre de lait sec pour bébé !
Cette semaine, en plein centre de Tel-Aviv, près du chantier du théâtre Habima en rénovation, j'ai découvert un caroubier dans un jardinet, qui se cachait près d'un mur et qui ainsi avait échappé à l'invasion du béton .




Je me suis baissé pour en ramasser quelques gousses, en souvenir de ses soeurs d'Algérie cela en valait la peine !. Mais cette caroube non greffée, à l'écorce vernie était trop dure....pour mon âge !.
."Ils sont trop verts dit-il et bon pour des goujats !" disait Maître Renard des raisins inaccessibles...

Alors j'ai fragmenté les trois gousses pour compter les graines qu'elles renfermaient. De la première j'en ai extrait douze, de la deuxième dix,de la troisième dix aussi mais toujours un nombre paire: Dame Nature aime la symétrie !.
Pour une pesée exacte j'avais envisagé, dans l'ordre de la proximité de ma maison, la Poste, la Pharmacie, et le Bijoutier .
J'ai glisse ces noyaux dans une enveloppe pour ne pas les perdre, suis allé à la Poste, et pris patiemment un numéro d'attente .
La postière a posé mon faux-envoi sur sa balance électronique et j'y ai lu 10gr ! Prudent, j'ai fait la même mesure sur deux autres voisines et lu 6 gr et même 8 gr. Devant ces résultats fantaisistes, j'ai décidé d'approfondir le problème !


Alors je suis allé chez le pharmacien qui a une balance très précise (et une gracieuse employée) pour peser ces 32 fèves à l'ordre du jour.. !
La préparatrice qui avait de la patience jeta un coup d'oeil dans l'enveloppe pour vérifier poliment le curieux contenu sans poser de question. Elle était originaire de Russie, et dans la Toundra le Caroubier ne pousse pas ! J'aurai voulu lui expliquer le sujet de mon Doctorat ,mais il y avait d'autres clients... Elle alla peser soigneusement l'enveloppe "avion" avec ses 32 graines. La balance ténue de l'apothicaire était manuelle mais d'une grande précision dans sa cage de verre, et le tout atteignit le poids de 6,62 grammes signé de la main même de la préparatrice.
Satisfait,j'ai jugé inutile (et même dangereux) d'aller chez le Bijoutier avec mon enveloppe suspecte !
Mais je n'avais pas osé  demander à la pharmacienne de faire la tare avec l'enveloppe en papier-avion, pour ne pas abuser de son temps !
Heureusement, j'avais en réserve à la maison un paquet neuf de 10 enveloppes. Sur l'emballage étaient inscrites les dimensions suivantes :
Grandeur 16.2 X 11,4 cm soit une surface de 184.68 cm2.
Papier employé (noté aussi) :70 gr au m2 (10000cm2)
Donc les 10 enveloppes pèsent théoriquement:
(70gr:10000) X 184,68 = 1.2922 gr
et une seule :0.12922 gr.
Les 32 graines pèsent donc le poids net de:
6,62-0,12922= 6,4907 gr
Et une graine : 6,4907:32 = 0,202 gr soit 202 milligr !

Ma fille vient de me faire remarquer que j'avais négligé le poids inconnu de la colle de l'envellope ! Un bon coup de pouce pour déduire 2 Mg du résultat final...!

Ce résultat (peu statistique) pourtant, se rapproche assez des 200 milligr de l'unité officielle dite Carat !!:

Extrait de Wikipédia:

"Le carat est une unité de masse utilisée pour les gemmes. Ce mot provient du grec ancien keratia signifiant cornes et désignant le Caroubier dont les fèves servaient d'etalon de poids, qui passa ensuite par la langue italienne (carato) et par l'arabe (qîrât, petit poids). La mesure de poids kerátion correspondant au tiers de l'obole).

En 1907, le carat (métrique) fut défini par la 4e  Conference Générale des Poids et Mesures comme étant égal à 200 milligrammes (soit 5 carats = 1 gramme). De nos jours le Bureau International des Poids et Mesures le classe clairement en dehors du Système International d'Unités (SI)."

 

J'ai donc exécuté avec un certain succès ces travaux pratiques dont notre Prof de Sciences Naturelles  au Lycée E.F. Gautier,à Alger, le fameux Mozziconacci* n'aurait pas été mécontent !
Et j'ai redécouvert ainsi le poids de cette unité de pierre précieuse. Et si j'avais été Maharadjah aux Indes, j'aurai pu demander l'équivalent en Diamants de mon poids en Carats !

J'ai le souvenir d'un vénérable caroubier en Kabylie qui étendait loin son ombre autour de son tronc torturé et qui était devenu pour les femmes un lieu de pèlerinage. Elles accrochaient des bouts de laines rouges aux basses branches dans l'espoir que leurs prières appelant à la santé et fertilité seraient exaucées. Une belle tradition, dans le silence de la Nature généreuse.

Nous devons notre vie quotidienne et notre avenir aux arbres qui régénèrent notre oxygène. Plantez un arbre à chaque occasion pour assurer la vie de nos enfants .
Dans le lien ci-dessous, de riches informations et photos sur sur les arbres multi-centenaires de la campagne de France :

http://krapoarboricole.unblog.fr/liste-des-arbres-venerables/

* Ce Prof aimait les cahiers biens décorés ! Le mien ressemblait à un.. Blog avant la lettre tant il était couvert de cartes postales et d'illustrations découpées et colorées ! Au début du cours, chacun lui apportait fièrement son épais cahier et il nous délivrait généreusement sur le champ un 18/20 de présentation....Un rare sommet jamais renouvelé dans ma carrière scolaire !

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 11:47


Adjugé ! s'écria le commissaire-priseur, un petit vieux à barbiche, en écrivant sur son calepin le résultat de l'adjudication tout en serrant sous son bras une serviette de cuir craquelée par le soleil. Il domine sur une estrade improvisée les ferrailleurs et petits patrons en quête de matériaux pour faire renaître leurs ateliers. En cette période d'après guerre, il est presque impossible de trouver du fil de cuivre émaillé pour refaire des bobinages, des roulements à billes, des machines à travailler les métaux, sans parler de voitures ou camions revenus de la réquisition hors de service. Mais à la Réghaia, près de Blida , dans la plaine brûlante existait alors un salvateur cimetière de matériel de guerre, des avions, des véhicules, tous ces abondants surplus laissés par les Alliés après leur victoire en Afrique du Nord.

                  
Une Jeep typique et son équipage pendant la Campagne de Tunisie


Cette société c'était la "S.A.R.S "..Société Algérienne de Récupération de Surplus. (Du moins ainsi j'en déduis la signification !).
Ce matin mon père et mes deux oncles démobilisés, sont en quête de machines vendues..au poids et  qui leurs permettront de redémarrer dans la vie civile. D'abord l'Atelier a besoin d'une voiture à tout faire: le choix est difficile dans ce champ de Jeeps ,certaines le capot du moteur relevé par de précédentes inspections, laissent entrevoir un moteur huileux, d'autres sans pneus ou avec la vitre brisée, mais toutes bien sur débarrassées de leur mitrailleuse ,antenne et radio. Mais mon père  tout ému en pensant à la sienne, sa "Fleurette" qui a fait la Campagne de Tunisie, souleva le coussin du chauffeur qui masquait le réservoir d'essence pour vérifier le niveau, se mit au volant, appuya sur le champignon du démarreur au plancher et réussit même à réveiller le moteur de sa torpeur, et sur le champ l'adopta. Moi et mon grand frère qui avions rapidement découvert  les petits coffres sur les cotés de la banquette arrière allons les fouiller pour y trouver peut-être des trésors, des outils ou même des balles ...
Je m'amusais à cracher ma salive sur la tôle surchauffée, pour la voir bouillir. Mais ce paradis  guerrier n'évoquait pas pour moi les horreurs de la guerre et les souffrances des servants de tout ce matériel martial. Dans un coin une colline de longues douilles d'obus de D.C.A.,encore brillantes de leur cuivre, attendent leur envoi à la fonderie , et plus loin un amoncellement de pneus avec ou sans jantes. A coté rangés en pyramide les Jerricans de 20 litres de couleur jaune, les fameux Jerri'es.  Et puis des moteurs de véhicules accidentés fracassés à la masse pour séparer le bronze de l'acier, et aussi des moteurs électriques pour en récupérer les fils émaillés pour les bobinages.
Cette Jeep qui n'avait pour seul luxe qu'un toit rabattant en toile kaki, fut confiée à Monsieur Touati qui avait son magasin de housses sur mesure en face de chez-nous, rue Sadi-Carnot. Je le voyais souvent piquer ses bâches et tissus épais. Son magasin étant  trop étroit, il posait le matin à même le trottoir les sièges en attente. Il habilla ce vétéran de deux portes de toile solide de couleur...terre de sienne sur un cadre en fer rond, avec même une fenêtre en plastique translucide . La partie arrière de la Jeep était bâchée et il fallait pour accéder à sa banquette enjamber les sièges avant ! Quelle gymnastique, mais pour nous enfants une source de rigolade. Dans cet aquarium nous étouffions en été et grelottions de froid l'hiver, le vent entrant par toutes les jointures. Mais nous étions heureux de pouvoir sortir le Dimanche à la plage ou à la foret grâce à cette Fleurette revenue à la vie civile, que mon frère et moi avions repeinte un matin de couleur.. aluminium comme un bolide.
Je ne peux m'empêcher  d'insérer là ce souvenir d'excursion,
même au prix de me répéter !! .

Paysage de neige en Kabylie





Sommes-nous bien en hiver?
S'exclama maman, en ouvrant la croisée,
Enchantée par ce matin tout frais,
Et au spectacle lointain, du Djurdjura enneigé.
Il fait si beau aujourd'hui,
Et demain les classes sont finies.
"Nous irons à la Neige !",
Dit mon père d'un ton averti.
Comme des fourmis affairées,
Qui se bousculent dans leur nid,
A ce mot magique, mon frère et moi sautons du lit.
Il ne faut pas moins d'un jour, pour se préparer.
Je suis préposé aux chaussures,
"Sur le balcon, à côté du mur"!.
Elles on fait bien des guerres,
Et maintenant se reposent, pensionnaires.
Ne riez pas, c'est un mission de confiance,
Dont dépend le succès des vacances !.
Je les couvre de cirage,
Ces godasses au grand âge,
Comme on calfate un bateau,
De peur qu'il ne prenne l'eau.
Serrés tous les quatre dans notre Jeep-Willys,
Une ancienne combattante, qui reprit du service,
A soixante miles, le moteur ronfle et la bâche claque,
Comme un voile de pirate prête à l'attaque.
Sur la route de Médéa, prend un chemin de terre,
Ce qui en soit, est une drôle d'affaire,
Mais mon père, au volant est un véritable expert.
Sur une hauteur, notre voyage s'arrête.
Je descends, étourdi par l'air raréfié et m'apprête.
La vue est splendide sur la colline et les crêtes.
Maman, déjà, prépare un goûter,
Sur le capot déplie une nappe, une vraie salle à manger.
Il y a deux heures à peine, je finissais mon lait,
Mais déjà dans ce froid vif, ma faim s'aiguisait,
Et choisi un pain blanc, de beurre, et de gruyère garni,
Et pour plus de sûreté, une belle tomate farcie..
Soudain dans ce silence, qui même semblait gelé,
Surgit d'une ravine, où il était caché,
Un petit berger, suivi de sa vache efflanquée.
Une baguette à la main, et les pieds écorchés,
Cet enfant en haillons, à la chevelure touffue,
S'arrêta devant moi, et le charme fut rompu :
Pétrifié, je regardais maman d'un oeil implorant,
Qui déjà lui tendait le pain blanc et le thé brûlant :
Pour la première fois,
Devant moi,
Je voyais la Vérité nue !.



Un jour la tentation étant trop forte, je me suis mis au volant dans la cour de l'atelier. J'avais repéré que pour démarrer, il fallait seulement appuyer sur un petit champignon situé au plancher. ( Les Jeeps fabriquées en 1942 n'avaient évidement pas de clef de contact).
Seulement j'avais oublié de mettre le changement de vitesses au point mort, alors la Jeep démarra en trombe et ne s'arrêta que lorsque elle rencontra la palissade...et le moteur cala !


Au plancher de la Jeep, levier de changement de vitesses, ceux des ponts arrière et avant, le champignon démarreur à droite des pédales, frein à main sur le tableau de bord, indicateur de vitesse: 60 Miles maximum.(100Km/h, après la Jeep décolle...).
Accumulateur de 6v au début! La colonne de volant non rétractable et le volant indéformable sont un danger terrible pour la poitrine en cas d'accident. Avertisseur au centre du volant. Au  dessus du panneau de bord et ne figurant pas sur la photo, un râtelier métallique pour le fusil. Directement sous le siège du chauffeur des dizaine de litres d'essence !


Une Jeep de Tsahal, au Muséee de la Haganah à Tel-Aviv , armée d'une mitrailleuse Mg-34 allemande de récupération de la WWII.




Une Jeep en rénovation dans les mains d'un passionné en France:



Ni vu, ni entendu, je me suis mis posément à apprendre à changer les 3 vitesses plus la marche-arrière, et même à embrayer les deux ponts pour rouler dans le sable . En ce temps-la, il était autorisé à un chauffeur sans permis de conduire, d'être au volant à condition que le passager siégeant à ses cotés fut licencié (mon père !). Une loi cousue pour moi, qui à l'âge de la Bar-Mitzwa conduisait fièrement la famille le Dimanche sur les routes à faible circulation...Cet engin génial avait cependant des défauts, dont le principal était sa tenue de route qui ressemblait à celle d'une barque au gré des flots et ne pardonnait pas la moindre erreur.
Un jour, sur la route de Birkadem, la Jeep chargée de mes cousins, et de moi au milieu, plus accroupi qu'assis ,fit une embardée inattendue due à une erreur de dépassement que suivit un tonneau ! Je me souviens avoir été éjecté comme un paquet de linge sale (à cette époque il n'y avait pas de ceinture de sécurité) et me retrouva assez loin dans le fossé !
Longtemps me poursuivit dans mes nuits ces images de ma trajectoire d'abord au ras du bitume et ensuite dans la caillasse et les ronces. Curieusement, bien que je me souvienne que des personnes soient allées me relever de mon trou, je ne sais plus comment je me suis retrouvé chez le Professeur Serror, chirurgien rue Michelet, qui pansa mon genou abîmé sous les yeux inquiets de mon père. Mes cousins eux, séjournèrent avec des fractures à la Clinique Solal, (Clinique de l'Orientale ). Il me resta de cette aventure une peur incontrolable qui s'emparat longtemps de moi lorsque je voyageais, assis au fond de l'auto pour ne pas voir le paysage !.
Mais l'amour du volant étant le plus fort, je passais mon permis de conduire dans une 4cv de l'auto-école, sur les quais de l'arrière Port de l'Agha, à une heure creuse, après une courte promenade et une marche arrière le long d'un trottoir...désert !

Des années plus tard, en Israel dans la région de la Mer Morte, c'est au volant d'une Jeep fabriquée sous licence à Nazareth, que je retrouvais mes premiers amours, pour patrouiller dans les montagnes vierges bordant la Mer de Sel

L'Usine  extrait la Potasse de la Mer Morte qui est très riche en minéraux .
Et les ouvriers qui y travaillent dans une chaleur infernale sont des héros !.



 
                  
En haut dans la montagne, je progresse  avec prudence pour ne pas éclater un pneu sur les pierres coupantes!


Un travail tout civil qui consistait à contrôler (pas de trop près !)
à la levée du jour le bon état de pompes d'eau douce protégées par des barbelés et des mines .

Jean-Michel a tout vérifié...


Les Bouquetins et les Gazelles n'avaient pas besoin comme moi d'embrayer les deux ponts pour progresser lentement dans la pierraille qui tenait lieu de piste et pour ne pas casser la mécanique . Mais nous avions un handicap de plus : nos sièges étaient recouvert de sacs de caoutchouc remplis de sable pour protéger notre séant (et le reste) au cas où nous sauterions sur une mine anti-personnelle posée par les fedayins la nuit. Alors la Jeep avec son centre de gravité très haut placé se balançait dangereusement à chaque bloc que les pneus rencontraient .


Voici la ville d'Arad à ses débuts. A gauche et surplombant le wadi, les premières maisons construites en bois pour les pionniers. A droite les nouvelles bâtisses dessinées pour un maximum de fraîcheur à l'intérieur (tout est relatif).




A quelques km, j'ai participé à des fouilles archéologiques au tumulus qui recouvre l'emplacement de la ville biblique du Roi d'Arad. Un travail de forçat, et une émotion quotidienne
de retrouver les ruines d'un passé cité dans les Ecritures !


Sur le cliché ci-dessous, les veilleurs sont récupérés de la garde nocturne. Au volant un jeune habitant d'Arad, du nom de Péretz chef de l'équipe ,il sera tué au Sinai pendant la Guerre de Kippour. Moi je suis assis à l'arrière, une jambe dehors..
Les deux autres israéliens sont des pères de famille venus de Tel-Aviv pour trouver n'importe quel travail  au Néguev en cette année de crise (1968) .
 

Le matin, avant que le soleil n'aveugle le décor, s'offrait à nous un paysage de couleur pastel qui n'a pas changé depuis les temps bibliques, au delà des monts de Judée et d'Edom. Soudain alors que nous progressions enfoncés entre deux talus, bondit devant le capot, dérangé par le bruit du moteur, un Lynx que j'ai reconnu à ses oreilles pointues et à leur touffe de poils . De cette fraction de seconde, j'ai gardé un souvenir exact de ce gros Chat . Et je l'ai vérifié sur la toile :



En fait, à cette époque des années 60, des panthères hantaient encore les hauteurs de la Mer Morte et même la nuit se hasardaient à pénétrer dans le Kibboutz d'Ein-Guedi pour y chercher de la provende. Il y a quelques années, l'une d'elle fut munie d'un collier-émetteur pour suivre sa trace et la protéger: hélas, c'est un mâle qui dévora sa jeune progéniture, comme cela arrive dans la nature. Il parait que c'est souvent un acte de jalousie et crainte de la concurrence. Et non pas du à un ventre affamé.

La Jeep avait un autre défaut, elle ne buvait pas que de l'eau et de l'huile, mais des quantités impressionnantes d'essence, ce qui m'empêchât dans ma vie rangée d'en acquérir une et de la conduire comme dans le passé.
Alors, quand j'en vois des exemplaires qui n'ont de commun que le nom, à la carrosserie laquée et comme enflée par la bonne chère, rangées le long du trottoir,
et protégées par des clefs de contact, avec des arceaux de renforcements comme la loi l'oblige, des sièges capitonnés avec appuis-têtes, des ceintures de sécurité, des moyeux chromés, et munies de radios et lecteurs de compact-disques et même de GPS* pour ne pas se tromper de rue en allant au super-marché, je pense que je fus un privilégié d'en avoir piloté une vraie de vraie ....et d'en être sorti vivant !.



1) Origines du mot Jeep ? Non, ce ne sont pas seulement les initiales de "General Purpose" :
http://www.olive-drab.com/od_mvg_www_jeeps_origin_term.php


2) GPS: Global P
ositioning System.

3) Crédit de photos et remerciements à :


Photo Neige en Kabylie:

http://www.kabyle.com/photos/data/552/medium/neige_m-08_121.jpg


Détails de Jeep en rénovation; un superbe lien :

www.jeep42.net/restauration_carrosserie.htm

Matériel de Guerre Opération Torch:


http://www.afrikakorps.org/usafvcolors.htm
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 07:21
                                                        Tableau d'été

Marquet, Le "Port d'Alger", écrasé par le soleil, est sans doute peint d'un appartement du Boulevard Carnot. (Le peintre s'était réfugié à Alger quand la France fut envahie). La silhouette de ce  Chaland-Grue automoteur figure presque toujours sur ses tableaux portuaires,symbole de l'activité et la prospérité de la vie maritime .




Il fait si chaud dehors, que même le chat se garde bien de s'aventurer sur le balcon,
et reste prudement à la lisière du salon.



Lorsque en Juillet l'air est surchauffé ,
Et qu'Alger est livrée au supplice de l'été,
J'abandonne Marquet et son port embué
Dans la gaze légère qui voile les cheminées.

Avec lui je retourne sur le Quai Malaquais,
Me rafraîchir de la Seine et des Peupliers
Un matin d'hiver silencieusement enneigé,
Qu'il a peint du haut de son logis feutré,
Rue Dauphine, un paysage qui l'a consacré.

Mais c'est aussi pour moi un souvenir émerveillé,
Quand je découvris Paris, ayant abandonné Alger
Dans un décor de feu, de sang et de cris baignée
Et que dans le calme ,me promenais sur les Quais
Qui abritent en plein air des livres à tranche dorée,
Offrent au passant le plaisir sans pareil, de feuilleter
Des éditions anciennes que la rouille a tachetées.




Un matin d'hiver silencieusement enneigé,
Que Marquet a peint du haut de son logis feutré,
Rue Dauphine, un paysage qui l'a consacré.





La dominante marron est sans doute celle de la boue et de la neige fondue.

Paris sous la pluie, Paris tout gris
,la Ville dans son manteau de neige, ce fut aussi celui de notre premier hiver de 1962 . Un accueil rude de la Nature quand l'eau gelait dans les conduites et que le verglas vernissait traîtreusement les trottoirs. Et que dire des heures passées à attendre notre tour d'être enregistrés Boulevard Gouvion-St-Cyr en compagnie de familles déracinées et désemparées: combien de temps peut survivre une plante arrachée à sa terre ?
Pauvre bougainvillier  de notre balcon algérois, symbole condamné à flétrir, à se dessécher et à mourir de soif ! Mais ce Paris des pavés glissants fut aussi un havre de paix, troublé seulement par les explosions banales de pots d'échappement qui me firent encore longtemps après, sursauter. Dans ma joie de respirer cet air de liberté, j'allais à la découverte de la ville...en tenue d'été ! J'étais jeune, cela est vrai et chaque coin de rue me parlait, je n'étais pas un étranger, car à Alger j'avais déjà longuement lu la "Connaissance du Vieux Paris" par Hillairet . Un cadeau prédestiné !


http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Hillairet

Et dans mes promenades au hasard de mes pas je pouvais réciter à voix haute aux moineaux sans repos, en écrasant les feuilles jaunes des marroniers et sans me  soucier de faire se retourner les  passants pressés, les vers immortels de Paul Verlaine :

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.



Paul Verlaine (1844-1896) La "Chanson d'Automne"

                              Marquet : Paysage d'hiver parisien



De rares passants sous leurs parapluies, et un agent stoique en pèlerine au milieu de la rue. La Seine est haute et les arbres sur les berges se dressent squelettiques comme implorant le ciel. Un autobus de la Régie et des taxis roulent sans bruit que la pluie amortit . Marquet a saisi à coups rapides de son crayon l'essentiel de cet hiver parisien pour l'éternité .

Mais c'est aussi pour moi un souvenir émerveillé,
Quand je découvris Paris, ayant abandonné Alger
Dans un décor de feu, de sang et de cris baignée
Et que dans le calme ,me promenais sur les Quais
Qui abritent en plein air des livres à tranche dorée,

Une belle reliure du "Don Quichotte" de Cervantes :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_de_Cervantes





Une excellente photo extraite de :
http://diaressaada.alger.free.fr/i2-mes_voyages_05_07/07-ruisseau/grotte-cervantes_800.jpg


http://diaressaada.alger.free.fr/i2-mes_voyages_05_07/07-ruisseau/grotte-cervantes_800.jpg

La Grotte où Cervantes se cacha sur les hauteurs du Hamma pour échapper à ses tortionnaires (mais en vain) .



Mais voici que mon pays me poursuit :

Dans un coin de la boite à pigeons*
Je découvre sous du papier cristal
Une couverture fatiguée en carton,
L' expédition dans mon pays natal,
Un bouquin rare,une Histoire de l'Algérie
Que les Capitaines Rozet et Carette ont écrite,
Et que Firmin Didot et Frères, 6 Rue Jacob à Paris
Ont imprimé il y a déjà cent soixante années d'ici!.
Les feuillets décousus presque se détachent,
Et dans la reliure une curieuse bête à moustache,
Mais les gravures et les cartes qui s'y cachent
Sont pour moi comme le Trésor de la Casbah
Qui remplissait la chambre secrète du Pacha.
Le vendeur futé qui me  guettait en secret,
Et a vu mes yeux briller, et mes joues s'empourprer
Savoure d'avance quel poisson il va harponner,
Quand dans ce recoin il a posé son hameçon.
Il m'avise poliment du montant de sa rançon :
L'Histoire de l'Algérie est trop belle
Surtout vue du Quai des Tournelles
Alors comme de coutume, je cède à ma passion,
Emporte ces pages fragiles comme les ailes d'un papillon,
Hypothéquant ainsi...une croustillante Pizza aux champignons !
* Au sens propre comme au figuré ! Car souvent le bibliophile ou le curieux n'y trouvera que des revues coquines ou des livres pour touristes sans intérêt. Les livres de valeur n'y sont pas exposés et font l'objet de transactions extra-muros !





Cette édition ancienne, je la garde précieusement ,autant que possible à l'abri de l'humidité et des...pinces-oreilles argentés , ces amoureux des livres  qui adorent se faufiler dans les bonnes pages .


Offrent au passant le plaisir sans pareil, de feuilleter  
Des éditions anciennes que la rouille a tachetées.





                       Le vendeur futé qui me regardait en secret...


Comme il l'est imprimé en couverture,on peut lire dans la collection
" Les vieilles Provinces de France " : Une Histoire de l'Algérie par Stéphane Gsell, Georges Marçais et Georges Yver. Mais l'Algérie était une jeune Province Française .Elle est morte frappée en plein élan par une balle, française aussi.








Et cet étrange prédicateur que fut Napoléon Roussel, raconté par sa fille :

"Il passa environ une année sur la terre d'Afrique. Toute sa vie il conserva un souvenir lumineux de ce séjour ; le beau soleil, l'indépendance absolue dont il jouissait, la simplicité et l'originalité du genre de vie, l'étude des mœurs encore assez inconnues des Arabes avaient eu pour lui un charme inexprimable. Tout ce qui se rattachait à ce pays conquis était nouveau pour lui comme pour la plupart de nos compatriotes, et aussi intéressant que nouveau. Aussi a-t-il retracé, non sans succès, sous la forme de dialogues avec ses enfants, quelques-uns des souvenirs de ce voyage et de ce séjour, sous le titre de : Mon voyage en Algérie.

Quant au but principal, il ne paraît pas avoir été atteint. Les temps n'étaient peut-être pas mûrs, et les essais d'évangélisation auprès des colons échouèrent devant une indifférence absolue. C'étaient pour la plupart, d'après ce qu'il raconta à un ami, « des gens de sac et de corde,* » aussi éloignés de la repentance du péager que de la justice des scribes et des pharisiens"....

*Les colons eux, avaient fort à faire à évangeliser les marais et leurs fièvres et les terres ingrates . Triste jugement de ce M. Roussel aigri par son échec !







Les boutiquiers et leurs "boites à pigeons".
Le soleil ce jour gâte Paris !
Cette superbe photo n'est pas de moi,(hélas) mais de :
http://photossupl.free.fr/007-quais-BP.JPG
Merci à son auteur !





Je choisis sur l'étal une petite lithographie signée
Par un artiste inconnu, à la portée de mes deniers.

Ce remorqueur hardi qui glisse sur la Seine,
Dans l'air humide et ouaté d'un Paris ancien
Avec sa péniche, Quai des Grands Augustins*,
C'est la France que j'ai connue et me console de mes peines.


* Anatole France habitat dans sa jeunesse une belle maison près des Quais de la Seine.  Dans le "Livre de mon Ami" , il parle ainsi du don de faire apparaitre le passé:

"Il y a des heures où tout me surprend, heures où les choses les plus simples me donnent le frisson du mystère.
Ainsi, il me parait, en ce moment que la mémoire est une faculté merveilleuse, et que le don de faire apparaître le passé est aussi étonnant et bien meilleur que le don de voir l'avenir. C'est un bienfait que le souvenir. La nuit est calme, j'ai rassemblé les tisons dans la cheminée et ranimé le feu
Dormez chéris, dormez !
J'écris mes souvenirs d'enfance et c'est
pour vous trois."

C'est le spectacle que la Seine offrait à Anatole France* :





De mon scanner la gravure est sortie en deux couleurs de fond ! L'une pour l'été, l'autre pour l'hiver... !








Voici-dessous un site pour les amateurs de reliures exceptionnelles et inabordables au commun des mortels . Mais les admirer ne coûte rien...
"Émile Maylander, upper cover and spine of binding decorated with center and corner ornaments within a border, on Franz Toussaint, Le jardin des caresses, illustrated by Léon Carré (Paris: H. Piazza, 1914). Reproduced by permission of The Pierpont Morgan Library, New York, Bequest of Gordon N. Ray, 1987."

http://etext.virginia.edu/bsuva/artdeco/lecture5.html

http://etext.virginia.edu/bsuva/artdeco/images/5.3.jpg

Et sous cette riche reliure une édition rare des "Jardins des Caresses ", contes du dixième siècle, traduits de l'arabe par Franz Toussaint dont voici une page intérieure extraite de :

http://arpel.aquitaine.fr/frab/image.php?image=3145





http://mail.google.com/mail/#drafts/122a73dc06c2409d




Si vous êtes  pressé(e) ne vous offrez-vous pas ces témoignages sur les vrais derniers bouquinistes de Paris :

1) "Sur les ponts"
By Charlton Corbeck -
(D'où est extrait le précédent dessin au pastel du bouqiniste au chapeau de paille) .
http://images.google.com/imgres?imgurl=http://www.theparistimes.com/content/files/pt-images/Surlesponts.JPG&imgrefurl=http://www.theparistimes.com/content/Sur-les-ponts&usg=__SeTA07Nlg1SSbxJk6WcBbbl8kBg=&h=349&w=350&sz=194&hl=en&start=12&tbnid=U3ZNOZ5Pa3HqcM:&tbnh=120&tbnw=120&prev=/images%3Fq%3Dbouquinistes%2Bquais%2Bseine%26gbv%3D2%26hl%3Den%26sa%3DG


Et aussi,de rares détails dans :

2) "La Légende des Bouquinistes de Paris":

http://books.google.com/books?id=vmZoc0BGY-sC&dq=la+legende+des+bouquinistes+de+Paris&printsec=frontcover&source=bl&ots=SLcxble7Cq&sig=HzLVN8-qwJqT37P7Dy9aa_D7mrQ&hl=en&ei=qzZfSte_F5zKmgP-6K3VAg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1


3) Paris mouillé, Paris tout gris nous sourit pour la vie dans les superbes photos de "Paris sous la pluie" , en noir et blanc bien sur ! Quel talent !:

http://christophe.jacrot.googlepages.com/ilpleut%C3%A0paris


Paris n'est qu'à quelques heures d'avion d'Israel, mais hélas à des années lumières de l'objectivité. Alors, suivant les mots d'Anatole France*, modestement j'essaye de cultiver mes souvenirs, ce qui est plus difficile que de prévoir l'avenir....


*Anatole France,(François-Anatole Thibault (1844-1924), fut une des plus brillantes conscience de son temps. Son courage n'eut d'égal que son talent d'écrivain.
Crainquebille est devenu une figure universelle .

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anatole_France


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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 13:05
Van Gogh, les diligences et Alphonse Daudet !

Van Gogh a vécu dix ans (1880-1890) en Provence et fut un admirateur de la prose d'Alphonse Daudet, en particulier de "Tartarin de Tarascon" .
Il écrit ainsi à son frère Théo Van Gogh qui était marchand de Tableaux à Paris :


Lettres à Théo .

"Je souhaiterais pour bien des raisons pouvoir fonder un pied-à-terre, qui en cas d'éreintement, pourrait servir à mettre au vert les pauvres chevaux de fiacre de Paris, qui sont toi-même et plusieurs de nos amis, les impressionnistes pauvres."

(Dans les oeuvres de Daudet on retrouve ce moyen de locomotion sous différents noms, calèche,  fiacre, corricolo*, omnibus, carriole et patache....mais tous tirés par des chevaux sur lesquels le peintre s'apitoie }.
* Corricolo,mot du langage napolitain,vient du Latin Curriculum,chariot.

"Mon cher Théo,

Je n'avais tout à fait osé espérer aussitôt ton nouveau mandat de 50 francs, dont je te remercie beaucoup.J'ai beaucoup de frais, et cela me chagrine bien quelquefois, lorsque de plus en plus je m'aperçois que la peinture est un métier qui probablement est exercé par des gens excessivement pauvres puisqu'il coûte beaucoup d'argent.Mais l'automne continue encore à être d'un beau! quel drôle de pays que cette patrie de Tartarin. Oui je suis content de mon sort; c'est pas un pays superbe et sublime, ce n'est que du Daumier bien vivant.As-tu déjà relu les Tartarin, ah, ne l'oublie pas! Te rappelles-tu dans Tartarin la complainte du vieille diligence de Tarascon, cette admirable page? Eh bien, je viens de la peindre cette voiture rouge et verte, dans la cour de l'auberge. Tu verras :



 Ce croquis hâtif t'en donne la composition, avant-plan simple de sable gris, fond aussi très simple, murailles roses et jaunes avec fenêtres à persiennes vertes, coin de ciel bleu. Les deux voitures très colorées, vert, rouge, roues - jaune, noir, bleu, orangé.... Les voitures sont peintes à la Monticelli avec des empâtements. Tu avais dans le temps un bien beau Claude Monet représentant 4 barques colorées sur une plage. Eh bien, c'est ici des voitures, mais la composition est dans le même genre...."






Voici le texte d'Alphonse Daudet extrait du Voyage d'Alger à Blidah qui inspira Van Gogh à peindre sa "Diligence de Tarascon" :


 "Les diligences déportées".


"C'était une vieille diligence d'autrefois, capitonnée à l'ancienne
mode de drap gros bleu tout fane, avec ces énormes pompons
de laine rêche qui, après quelques heures de route, finissent par
vous faire des moxas dans le dos.... Tartarin de Tarascon
avait un coin de la rotonde; il s'y installa de son mieux, et en
attendant de respirer les émanations musquées des grands félins
d'Afrique, le héros dut se contenter de cette bonne vieille odeur
de diligence, bizarrement composée de mille odeurs, hommes,
chevaux, femmes et cuir, victuailles et paille moisie.

Il y avait de tout un peu dans cette rotonde. Un trappiste,
des marchands juifs, deux cocottes qui rejoignaient leur corps
--le 3e hussards,--un photographe d'Orléansville.... Mais, si
charmante et variée que fut la compagnie, le Tarasconnais n'était
pas en train de causer et resta la tout pensif, le bras passe dans
la brassière, avec ses carabines entre ses genoux.... Son
départ précipité, les yeux noirs de Baia, la terrible chasse qu'il
allait entreprendre, tout celà lui troublait la cervelle, sans compter
qu'avec son bon air patriarcal, cette diligence européenne,
retrouvée en pleine Afrique, lui rappelait vaguement le Tarascon
de sa jeunesse, des courses dans la banlieue, de petits dîners au
bord du Rhone, une foule de souvenirs....

Peu à peu la nuit tomba. Le conducteur alluma ses lanternes.... La
diligence rouillée sautait en criant sur ses vieux
ressorts; les chevaux trottaient, les grelots tintaient.... De
temps en temps la-haut, sous la bâche de l'impériale, un terrible
bruit de ferraille.... C'était le matériel de guerre.
Tartarin de Tarascon, aux trois quarts assoupi, resta un moment
à regarder les voyageurs comiquement secoues par les cahots,
et dansant devant lui comme des ombres falottes, puis
ses yeux s'obscurcirent, sa pensée se voila, et il n'entendit plus
que très vaguement geindre l'essieu des roues, et les flancs de
la diligence qui se plaignaient....
Subitement, une voix, une voix de vieille fée, enrouée, cassée,
fêlée, appela le Tarasconnais par son nom: "Monsieur Tartarin!
monsieur Tartarin !

--Qui m'appelle?

--C'est moi, monsieur Tartarin; vous ne me reconnaissez
pas?... Je suis la vieille diligence qui faisait--il y a vingt
ans--le service de Tarascon à Nimes.... Que de fois je vous
ai portes, vous et vos amis, quand vous alliez chasser les casquettes
du cote de Joncquières ou de Bellegarde!... Je ne
vous ai pas remis d'abord, à cause de votre bonnet de _Teur_ et
du corps que vous avez pris; mais sitôt que vous vous êtes mis
à ronfler, coquin de bon sort! je vous ai reconnu tout de suite.

--C'est bon! c'est bon!" fit le Tarasconnais un peu vexé.

Puis, se radoucissant:

--"Mais enfin, ma pauvre vieille, qu'est-ce que vous êtes
venue faire ici?

--Ah! mon bon monsieur Tartarin, je n'y suis pas venue
de mon plein gré, je vous assure.... Une fois que le chemin
de fer de Beaucaire a été fini, ils ne m'ont plus trouvée bonne
a rien et ils m'ont envoyée en Afrique.... Et je ne suis pas
la seule! presque toutes les diligences de France ont été
déportées comme moi
. On nous trouvait trop réactionnaires,
et maintenant nous voila toutes ici à mener une vie de galère....
C'est ce qu'en France vous appelez les chemins de fer algériens."


Quelle chance a cet heureux bibliophile de posséder cette édition illustrée !




Ici la vieille diligence poussa un long soupir; puis elle reprit:
"Ah! monsieur Tartarin, que je le regrette, mon beau Tarascon!
C'était alors le bon temps pour moi, le temps de la jeunesse!
il fallait me voir partir le matin, lavée à grande eau et
toute luisante avec mes roues vernissées à neuf, mes lanternes
qui semblaient deux soleils et ma bâche toujours frottée d'huile!
C'est çà qui était beau quand le postillon faisait claquer son
fouet sur l'air de: _Lagadigadeou, la Tarasque! la Tarasque!_
et que le conducteur, son piston en bandoulière, sa casquette
brodée sur l'oreille, jetant d'un tour de bras son petit chien,
toujours furieux, sur la bâche de l'impériale, s'élançait lui-même
là-haut, en criant: "Allume! allume!" Alors mes quatre chevaux
s'ébranlaient au bruit des grelots, des aboiements, des fanfares,
les fenêtres s'ouvraient, et tout Tarascon regardait avec
orgueil la diligence détaler sur la grande route royale.

Quelle belle route, monsieur Tartarin, large, bien entretenue,
avec ses bornes kilométriques, ses petits tas de pierres régulièrement
espaces, et de droite et de gauche ses jolies plaines
d'oliviers et de vignes.... Puis des auberges tous les dix pas,
des relais toutes les cinq minutes.... Et mes voyageurs,
quelles braves gens! des maires et des cures qui allaient à
Nimes voir leur préfet ou leur évêque, de bons taffetassiers qui
revenaient du _mazet_ bien honnêtement, des collégiens en vacances,
des paysans en blouse brodée tout frais rases du matin, et là-haut,
]sur l'impériale, vous tous, messieurs les chasseurs de casquettes,
qui étiez toujours de si bonne humeur, et qui chantiez si bien
chacun _la votre_, le soir, aux étoiles, en revenant!...

Maintenant c'est une autre histoire.... Dieu sait les gens
que je charrie! un tas de mécréants venus je ne sais d'où, qui
me remplissent de vermine, des nègres, des Bédouins, des soudards,
des aventuriers de tous les pays, des colons en guenilles
qui m'empestent de leurs pipes, et tout cela parlant un langage
auquel Dieu le père ne comprendrait rien.... Et puis vous
voyez comme on me traite! Jamais brossée, jamais lavée. On
me plaint le cambouis de mes essieux.... Au lieu de mes
gros bons chevaux tranquilles d'autrefois, de petits chevaux
arabes qui ont le diable au corps, se battent, se mordent, dansent
en courant comme des chèvres, et me brisent mes brancards à
coups de pieds....  Aie!... aie!... tenez!... Voila que celà
Commence.... Et les routes! Par ici, c'est encore supportable,
parce que nous sommes près du gouvernement, mais là-bas,
plus rien, pas de chemin du tout. On va comme on peut,
à travers monts et plaines, dans les palmiers nains, dans les
lentisques.... Pas un seul relais fixe. On arrête au caprice du
conducteur, tantôt dans une ferme, tantôt dans une autre.

Quelquefois ce polisson-la me fait faire un détour de deux
lieues pour aller chez un ami boire l'absinthe ou le _champoreau_....
Après quoi, fouette, postillon! il faut rattraper le
temps perdu. Le soleil cuit, la poussière brûle. Fouette toujours!
On accroche, on verse! Fouette plus fort! On passe des rivières
à la nage, on s'enrhume, on se mouille, on se noie.... Fouette!
fouette! fouette!... Puis le soir, toute ruisselante,--c'est
celà qui est bon à mon âge, avec mes rhumatismes!...--il
me faut coucher à la belle étoile, dans une cour de caravansérail
ouverte à tous les vents. La nuit, des chacals, des hyènes
viennent flairer mes caissons, et les maraudeurs qui craignent la
rosée se mettent au chaud dans mes compartiments.... Voila
la vie que je mène, mon pauvre monsieur Tartarin, et je la
mènerai jusqu'en jour ou, brûlée par le soleil, pourrie par les
nuits humides, je tomberai--ne pouvant plus faire autrement
--sur un coin de méchante route, où les Arabes feront bouillir
leur kousskouss avec les débris de ma vieille carcasse....

--Blidah! Blidah!" fit le conducteur en ouvrant la portière."

'''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''

La Patache avait besoin d'aide du cocher et de ses passagers sur les routes poussiéreuses : c'était l'époque pionnière de l'Algérie française où tout était à créer. Soyons en fiers.




Diligence de l'intérieur






 Et ce transport  (Omnibus) inimitable de Chagny !


----------------------------------------------------------------------------

Remerciements pour la documentation sur Van Gogh:
 http://www.dbnl.org/tekst/gogh006brie03_01/index.htmVan g



Appendice au texte "En Patache (1)"





Cette rare photo de sifflets de receveur des tram C.F.R.A fait partie de la collection deJean-Robert Pivon avec lequel j'avais correspondu il y a quelques années .
Le receveur, cet employé en uniforme de la compagnie " Chemins de Fer sur Route en Algérie" avait la tache difficile de donner avec ses sifflets le signal du départ ou d'arrêt intempestif au Wattman séparé de lui par un mur humain,tout en encaissant la monnaie pour le carnet de tickets, les séparer pour les composter d'un viril tour de manivelle, en criant "Avancez sur l'avant" (sic) !
En enchaînant avec un persuasif "Prioriti siou plaît !" pour une femme invisiblement enceinte parce que voilée mais accompagnée de gros couffins ! Mais aussi il avait la tache de replacer sous son câble électrique la perche qu'un effronté gamin avait fait sauter en s'agrippant à la cordelette qui la retenait. Ce yaouled avec sa boite à cirage en bandoulière s'asseyait de nouveau sur le tampon à l'arrière du tram,en s'agrippant justement au capot qui masquait la corde enroulée par un ressort, pour sauter de son perchoir au prochain  arrêt  ..
Mais en ce qui concerne le sifflet,je me souviens d'un corps en laiton jaune
et non nickelé. (Peut-être que le nickel s'était usé avec le temps !) .
C'était un mode de transport écologique, un peu bruyant et spartiate,  mais combien  pittoresque.

Qui mieux que Christian VEBEL pouvait nous en parler :

"Le parfait voyageur des C.F.R.A. doit être doué de trois qualités principales qui sont : le courage, la résistance et la compressibilité.
-------Lorsqu'il estimera réunir les qualités indispensables, le parfait voyageur se postera au bord d'un trottoir longeant la ligne, et ceci de préférence en dehors des arrêts prévus.
------Averti de l'arrivée du convoi par un léger bruit (comparable à la chute d'une batterie de cuisine qu'on précipiterait d'un cinquième étage, y compris la cuisinière... et la patronne), le parfait voyageur se met à courir d'un pas vif et décidé, vise l'une des grappes humaines suspendues au flanc de la voiture, saisit au passage ce qui dépasse et bondit sur le marchepied, ainsi nommé parce qu'on vous y marche sur les pieds.
------Le parfait voyageur considère qu'un Céféra n'est jamais complet tant qu'il n'y est pas monté lui-même, et s'y cramponnera, coûte que coûte, en vertu de cet admirable principe napoléonien : "Le mot impossible n'est pas français."
------Une fois sur le marche-pied, le parfait voyageur s'y établira solidement afin d'empêcher les autre voyageurs de monter, et surtout de descendre. S'il parvient â se glisser sur la plate-forme le parfait voyageur refusera énergiquement de passer dans le couloir, prétextant qu'il descend à la prochaine, et ceci de station en station jusqu'au terminus.
------Le parfait voyageur ne paie jamais. C'est pourquoi il voyage de préférence sur les tampons, ce qui lui permet d'affirmer bien haut : "Moi, le receveur, je m'en tamponne."
Si le parfait voyageur s'est faufilé à l'intérieur de la voiture, il s'établira à l'avant lorsque le receveur se trouvera coincé à l'arrière, et vice-versa.
------Si par hasard un receveur d'une souplesse exceptionnelle parvenait jusqu'à lui, le parfait voyageur feindrait de s'intéresser au paysage, jusqu'au moment où le receveur lui frappe sur l'épaule. A ce moment, il se retourne et dit: "Abonné".
------Les poux et les punaises appartenant à l'administration des C.F.R.A. doivent être laissés dans les voitures. Tout voyageurs surpris à emporter un des animaux est passible d'une amende pouvant aller jusqu'au typhus.
------Un parfait voyageur ne s'étonnera ni des pannes, ni des déraillements, ni des collisions, ni des menus incidents qui font le charme d'un trajet.
------Car il n'oublie jamais qu'un voyage en C.F.R.A. ne peut constituer qu'un divertissement de haute fantaisie... mais que, lorsqu'on est réellement pressé, on va à pied".

Christian VEBEL , un des "Trois Baudets".


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Alphonse Daudet a chanté la Provence et l'a immortalisée. Il a franchi la Méditerranée pour notre plus grande chance et décrit les paysages et visages d'Algérie. Il a ainsi lié ces deux provinces grâce à ses récits qui ont enchanté notre jeunesse, quand nous  passions naturellement  de la lecture de la Chèvre de Monsieur Séguin dans les Alpilles au Tartarin de Tarascon dans les collines de Mustapha, pour nous le même pays, sans savoir que des années plus tard le Roi des Animaux d'un rugissement allait nous en chasser .   

                                                   F I N
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 13:01
Lorsque le téléphone sonnait sur sa tablette c'est toujours moi qui arrivait le premier même du fonds de ma chambre. Non pas en attente d'un quelconque appel, mais pour le plaisir enfantin de le décrocher et de répondre comme un grand. Une mission importante qui se terminait vite en appelant ma maman à mon secours !.

Il avait la trentaine (un peu jeune pour mourir) lorsque je l'ai quitté, et sans d'ailleurs lui faire mes adieux tant était grande ma préoccupation pour faire le grand saut. Pourtant je n'ai jamais oublié ce compagnon de bons et mauvais jours . Je l'ai toujours connu bien droit dans son habit austère en bakélite noire, avec sa sonnerie stridente sauf quand il faisait  la sieste l'après-midi.


Il était un peu fragile du coté de ses plombs situés sur une plaquette vissée au mur tout proche. Ils fondaient souvent pour je ne sais quelle raison indépendante du contenu des conversations.
Mais  un rouleau de fil ductile très fin était à la portée de la main et j'ai vite appris à force de fouiner à coté de l'employé des P.T.T. à reconstituer comme lui  le court-circuit du cavalier en porcelaine . Par contre, chaque année au moins, il venait en casquette à visière déballer sa sacoche en cuir de dépannage pour changer le cadran rotatif au ressort fatigué qui ne revenait plus à son point de départ.
Cet appareil avait l'avantage de pouvoir suivre une conversation à deux, puisque il possédait un écouteur supplémentaire dans les cas sérieux  où un témoin auditif devenait nécessaire .
 
Je dois dire que dans mon enfance scolaire je l'ai utilisé la plus part du temps pour demander à mon ami de coeur Philippe C...de me dicter les devoirs de maisons à faire pour me "mettre à flot" le lendemain après mes absence chroniques. A flot n'était pas une image exagérée, car j'étais au plus près de la noyade dans mes études.Simple procédure d'ailleurs pour me rendre la conscience tranquille car mes parents voyaient dans les marges de mes cahiers plus de remarques à l'encre rouge que de réponses en violet aux questions ..
 
Mais avec les beaux jours de Juin qui commençaient avec  "Les  cahiers au feu et la maîtresse au milieu", venait la liberté provisoire pour  trois mois d'été. Juste après le déjeuner, lorsque le téléphone lançait son appel strident, je savais d'avance qui était au bout du fil !
-Bonjour Georges !
-Bonjour Madame, je vais appeler maman ! disais-je en étouffant mes mots dans un rire incontrôlable, car je riais chaque fois sans explication , mais en faut-il une pour expliquer ma joie de vivre innocente ?
Maman,maman, c'est Madame Fassina !
-Bonjour Denise !
-Bonjour Colette ! 
Et la,la ligne restait occupée pour une bonne demi-heure dans
une mitraillade de phrases hachées de courts silences pour se faire entendre l'une de l'autre . Mais moi j'attendais le mot-clef qui allait me faire sauter de joie: la plage ! Demain nous irons avec Annie à la plage !

                         Sauveur Galliéro :" La Plage des Deux Moulins"





Mes souvenirs salins les plus précis sont juste d'avant la fin de la Guerre, quand les restrictions étaient encore cruelles malgré le débarquement des Alliés. Maman et son amie avaient déniché du coté de Saint-Eugène un artisan bottier qui travaillait dans sa petite villa. Annie et sa mère seraient au rendez-vous Place du Gouvernement .Elles emprunteraient le tram vert et jaune des T.A., rue Michelet,près de la Grande Poste,
et nous la ligne des C.F.R.A. rouge sombre à l'arrêt des Deux-Moulins juste en bas de chez-nous rue Sadi-Carnot .
Quant à moi j'étais déjà monté sur une chaise pour saisir en haut de l'armoire mon casque de liège dont je ne me séparerai pas de tout l'été .


Ce couvre-chef colonial entoilé et passé de frais au blanc d'Espagne et les sandalettes durcies par le soleil,  la culotte  et une chemisette étaient  pour moi l'uniforme des Grandes Vacances
.

A l'intérieur le casque était protégé de la transpiration par de minuscules orifices orifices sertis que j'associais à des hublots..
La jugulaire en cuir me le maintenait sur la tête. Il ne s'agissait pas de me le faire voler par un yaouled agile .
Ce symbole colonial avait l'odeur de mon enfance méditerranéenne .


J'avais mon maillot déjà enfilé sous ma culotte courte, j'etais le plus heureux des hommes !.

Le voyage en tram était en lui-même un enchantement. Certes les banquettes en bois vernis n'étaient pas très confortables quand le wagon qui dansait sur les rails était brinqueballé de gauche à droite mais il ne venait à personne l'idée de s'en plaindre: il y avait tant à voir pour moi.
  D'abord le receveur en fez rouge
qui sortait de son registre en cuir un carnet de tickets en accordéon, en détachaient quelques uns et réussissait malgré les secousses à les glisser dans la fente de son composteur harnaché sur son ventre et vrrrr ! un coup de manivelle et il les tendait à Maman.


Moi je les collectionnais pour leurs couleurs pastels différentes dès que nous descendions à l'arrêt . Et puis aussi je choisissais toujours le coté de la fenêtre qui m'offrait le vue sur le Port en passant Boulevard Carnot.

 Blvd d'abord de l'Impératrice, puis de la République et ensuite du Président Carnot .
    ( Après-lui, le déluge)


                                         La Motrice électrique et sa remorque
                                         passent en revue le Square Bresson et le Port
                                        
Là défilaient devant moi les quais, les cargos, les grues,les centaines de futailles bien ordonnées pour leur embarquement, les chalands et les remorqueurs et surtout les navires de guerre tout gris qui encombraient les plans d'eau.
Un coup de sifflet en laiton du receveur annonça notre terminus.



J'avoue que j'étais un peu inquiet en nous mêlant à cette foule de burnous et de haïks qui se croisaient dans tous les sens près de la Grande Mosquée et serrais bien fort la main de ma mère !.

         "La Conversation Place du Gouvernement"
    Par Marius de Buzon



Voilà Annie, je la reconnais de loin avec ses nattes, aujourd'hui elle a une jolie robe à carreaux. Mais ce jour sera pour moi inoubliable: pour nous rendre chez le bottier nous empruntons un transport qui me fait rêver. Nos mères s'approchent d'une Patache, ce sera notre correspondance pour Saint-Eugène. Il n'est pas question hélas de m'autoriser à siéger à coté du Cocher haut perché .Nous serons donc les quatre passagers pour cette excursion. Le fiacre a la peinture écaillée et sent le crottin de cheval,et du crin sort un peu des coussins fendillés, mais vite en roulant l'air marin balaie ces odeurs fortes .

Cli-Clac...Cli-Clac résonnent les sabots ferrés sur les pavés du Boulevard du Front de Mer. Je vois  en contre-bas la mer étincelante et ses petits rouleaux verts qui se transforment en écume pour mourir sur les galets. Tout au long, accoudés à la rambarde en fonte du Boulevard qui serpente, des pécheurs patientent, leur très longue perche coincée entre leurs jambes, ou jettent leur hameçon au lancer d'un grand élan vers le ciel. La route est libre, je me laisse bercer au trot régulier du cheval. Un chalutier trace un bref sillon brillant et passe au large des Grands Rochers. Je vais presque m'endormir quand je sursaute au changement de pas du cheval. La Patache se balance comme une barque quand un à un nous posons le pied sur le trottoir.

Il va nous falloir prendre des escaliers compliqués pour descendre jusqu'à la villa en contre-bas . Nous entrons dans une pièce toute fraîche. La fenêtre est quadrillée d'un vitrage de carreaux de couleurs qui tamisent la lumière crue. Il y a du jaune,du rouge,du vert et du bleu sur le carrelage qui  filtrent du vitrail. Le bottier invite nos mères à s'asseoir. Il apporte une feuille de papier journal, et avec un crayon épouse la forme de chaque plante des pieds: ce sera la mesure exacte pour tailler dans le bois ces chaussures hautes à la mode qui ressemblent à des bateaux !. Il conseille de revenir pour des essayages. D'autres excursions en Patache en perspective !

En prenant un sentier tout raide taillé dans la roche friable nous débouchons sur une crique. Je n'aime pas l'odeur fade qu'exhale la grotte inquiétante où les baigneurs changent leurs vetements .

              Ce dessin au crayon noir s'intitule "La Pointe Pescade",hélas la signature de son  auteur  est illisible .



 Les galets et le gravier ne sont pas confortables, mais déjà les épaisses foutas étalées en adoucissent le contact. Moi j'ai vite fait de me débarrasser de mes vêtements légers. Ma mère m'a tricoté un maillot de bain en laine verte récupérée sur un autre vêtement. A l'automne... il redeviendra par enchantement une écharpe .

Annie a apporté un seau. Le sable gris recèle des trésors. Des coquillages striés et nacrés, des os de Seiche pour tailler nos crayons. Des pierres précieuses qui étaient des débris de bouteille ou de brique polis pendant des années  par le  rouleau des vagues. Mais sorties de l'eau, leurs mille feux s'éteignent dans le seau à notre grande déception.

Maman a un maillot d'une pièce en piqué blanc. Son amie plus mince un deux pièces clair  Elles sont là pour bronzer et non pour se salir des taches de goudron  que les navires ont abandonné dans leur sillage. Je joue à l'intrépide en m'avançant dans l'eau, me tenant fortement avec d'autres débutants à une corde de quelques mètres tendue entre la grève et un petit rocher.
 Les moments de bonheur s'écoulent vite. Le soleil a perdu de son ardeur. Enveloppés dans nos serviettes, les lèvres un peu bleuies par la fraîcheur du vent qui se lève en fin de journée, nous dévorons le pain à la tomate et des grains de raisin chauffés au soleil. Reste le principal avant de partir: changer ce
maillot qui mouillé  me brûle entre les jambes pour une culotte sèche. Il n'y  pas de douche dans cette crique et va falloir un peu souffrir jusqu'à la maison. Le lendemain je m'amusais à lécher mon bras encore salé pour prolonger cette belle journée .

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Note :
Le père d'Annie (André) était représentant en tissus . Après le débarquement arrivèrent à Alger les premiers textiles américains . J'ai retrouvé sur internet une enveloppe de1944 avec le timbre sec "Lellouche et Fassina" adressée à un fournisseur aux États-Unis !




Mais encore bien avant dans le temps, voici une photo d'une Galerie marchande de construction turque avec une enseigne au nom de Fassina. Était-ce son parent ?

                                                 Magasin Fassina
 Remarquez les différents articles offerts au public au rez-de chaussée: Bonneterie,Lingerie, Layette, Couvertures et Coutellerie...

Et bien Alphonse Daudet qui pour ses descriptions s'est toujours bien documenté nous parle de ce "Bazar d'Orléans" . (Sur la Place du Gouvernement chevauchait fièrement un bronze du Duc d'Orléans, d'où le nom de ce Bazar tout proche). Extrait de "Tartarin de Tarascon":

"Le lendemain de cette soirée aux Platanes, dès le petit jour, le prince Grégory était dans la chambre du Tarasconnais.
- Vite, vite, habillez-vous. Votre Mauresque est retrouvée... Elle s'appelle Baïa... Vingt ans, jolie comme un coeur, et déjà veuve.
- Veuve !... quelle chance ! fit joyeusement le brave Tartarin, qui se méfiait des maris d'orient.
- oui, mais très surveillée par son frère.
- ah ! diantre !...
- Un Maure farouche qui vend des pipes au bazar d'Orléans.
Ici un silence.
- Bon ! reprit le prince, vous n'êtes pas homme à vous effrayer pour si peu ; et puis on viendra peut-être à bout de ce forban en lui achetant quelques pipes... allons, vite, habillez-vous... heureux coquin !
"......


  Alger le Bazar d'Orléans,Peinture Orientaliste (1852)
                                      (Auteur inconnu)



On reconnaît l'architecture et la division des pièces de la photo précédente du Magasin Fassina . De droite à gauche, un joueur de "Oud" (luth,) des fumeurs de narghilé, deux mauresques flânant, et un marchand de tapis et son client .
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Fin de la première partie
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 16:36

Regardez bien ce cliché :
Il n'est pas difficile de se rendre compte de la grande force d'âme, de la détermination et de la fierté qui s'élèvent de cet enfant de huit ans à peine .



Ce jeune enfant  est arrivé à bord du "Mataroa" dans le port de Haifa en Juillet 1945, avec son frère, après leur libération du Camp de Buchenwald . Âgé de huit ans, il débarque portant en bandoulière  un débris de fusil que lui avait été  donné comme jouet par un officier juif américain, sans doute en Allemagne.
Le soldat de Sa Gracieuse Majesté* qui vit Lolek* descendant du bateau portant fièrement ce bout de fusil insista pour le lui confisquer . Mais l'enfant plaidât que ce n'était qu'un jouet . Cette photographie a été prise par un journaliste, un moment avant que l'officier ne le frappe à la tête et lui saisisse son trésor . Le clich
é apparut le lendemain dans le journal local "Haaretz" ("La Terre").
 *Lolek :diminutif polonais du prénom "Israel".

*En 1945 le pays était sous contrôle mandataire des Anglais qui restreignaient au maximum par un quota honteux la montée des réfugiés survivants des Camps de la Mort. Beaucoup furent reconduits dans des camps d'internement  à Chypre et meme retournés en Allemagne !!

Lolek s'installa donc en Israel avec son frère ainé Naphtali, tous les deux seuls survivants de toute la famille, assassinée par les Allemands nazis .
Lolek est le prénom de cet enfant  polonais qui plus tard devint le Grand Rabbin d'Israel et a reçu ces jours-ci avec tous les honneurs de l'Etat d'Israel le Pape Allemand Benedictus-XVI, né Josef Ratzinger.



Joseph Ratzinger .

Il commence ainsi sa propre biographie :
"
Mr. President, dear colleagues, I was born in 1927 in Marktl, in Upper Bavaria. I did my philosophical and theological studies immediately after the war, from 1946 to 1951."

Le Pape passe aisément sous silence sa vie militaire .

Il oublie pourtant dans son curriculum vitae qu'il a revêtu l'uniforme des jeunesses hitlériennes et a servi dans la Wehrmacht  jusqu'à 18 ans alors que ses contemporains israélites,bébés, femmes, et vieillards, étaient d'office gazés et que les hommes étaient réduits à des fantômes d'humains, pliants sous les coups des gardes chiourmes . Je lui reproche que ce qu'il ne put dire alors trop jeune en 1944, de ne pas avoir saisi l'occasion d'être en Israel pour demander le pardon de l'Eglise pour les persécutions commises à toutes les époques et en particulier celle de la Shoah, car le Vatican n'a rien fait auprès d'Hitler pour éviter le massacre de 6 millions de juifs . Sous le nez de PieXII partit même de Rome  et sans entrave pontificale un train de déportés juifs ...


Joseph Ratzinger en uniforme .


 

Le Pape est allé s'incliner et a ranimé la flamme du Souvenir dans le Mausolée de Yad-Vashem, en rappelant "les millions de juifs tués",certes, mais plus précisément massacrés, et sans en préciser ni le nombre, ni par qui !! Sans doute un trou de mémoire...Dommage qu'il ait refusé aussi de visiter le Musée même de Yad-Vashem, où sont exposées ces années sinistres de la Shoah, documents nazis à l'appui . Car Josef Rastinguer voulait éviter de passer devant une vitrine où sous le cliché du Pape Pie-XII (qu'il veut béatifier) une court texte rappelle les silences de ce Pontife. (Alors que  pendant ces cinq années montaient au Ciel les fumées des fours-crématoires) . 

J'avoue que toute cette journée du 12 Mai 2009 où je n'ai pas quitté l'écran de Télévision m'a laissé un goût amer, à cause des ses déclarations où chaque mot certainement avait été pesé
au carat près pour laisser planer un brouillard théologique où était absente la repentance de l'Eglise envers le peuple de Sion après deux mille ans de persécutions .

La réponse rapide de son Etat-Major fut que l'Église ne pouvait toujours pas se répéter. (Sic !) .(Allusion aux déclarations nettes et encourageantes du Pape Jean-23,  il y a 9 ans en Israel, sur la culpabilité de l'Église de ses persécutions à travers les âges envers le Judaïsme) .
Mais Joseph Ratzinger a recueilli dans le sein de l'Eglise quatre des princes excommuniés pour avoir (et encore maintenant) nier les cortèges d'horreur de la Shoah, Williamson allant même jusqu'à dire qu'il ne s'agit alors que de deux cent mille juifs passés à l'épouillage avant d'aller au travail...

Par son entêtement réactionnaire (un pas en avant dix en arrière), ce Pape n'a pas laissé lors de sa visite en Israel l'empreinte de son illustre prédécesseur . Par contre il s'est réveillé dans les territoires palestiniens,
et a enthousiasmé les fidèles qui l'ont entendu longuement condamner Israel et l'accuser d'élever un rempart . (Protection physique pour empêcher les terroristes de venir commettre leurs crimes au sein d'Israel) .
Dommage qu'il n'ait pas été visiter la communauté chrétienne de Gaza persécutée dans sa chair par le Hamas !



Le Concordat entre le Vatican et l'Allemagne nazie:

20 juillet 1933, le Vatican. Le représentant du Reich Von Papen et le cardinal Pacelli (au centre et futur Pie XII) signent le concordat entre l’Allemagne et l’Eglise catholique .
(A la fin de la guerre,le Vatican obtint du Tribunal de Nuremberg la libération et l'acquittement du sinistre Von Papen ! ) .





Mais revenons sur un passé autrement plus courageux : Les Souvenirs d'une enfance tragique , celle du
Grand Rabbin Meir Lau qui parle de son enfance qui n'en fut pas une , en dix images à jamais gravées dans sa mémoire.
 

Lorsque le Rabbin Yisrael Meir Lau ferme les yeux et se rappelle de son enfance, son esprit se remplit des images de trains, de martèlement de bottes sur la chaussée, de chiens qui aboient. Il entend les enfants hurler ", Mamme! Tatte!*" lorsque ils sont arrachés à leurs parents,et la Gestapo vociférer leurs "Schnell, schnell!" en maniant leurs matraques, et toujours accompagnes de leurs molosses.
*
Maman,  Papa !

«Mon premier souvenir», dit Rav Lau, en pesant ses mots, «est celui de mon père, debout avec le reste des Juifs dans la cour de la Shul* Piotrkow, avec les Allemands qui vont  sélectionner  "ceux qui seraient expulsés ce jour". C'est l'image qui m'accompagne, toujours, et partout où que je sois.
*
Synagogue en Yiddish.

"Je suis un enfant de cinq ans, qui se dresse bien droit sur la pointe des pieds aussi haut que je peux, pour voir mon père. Il est debout au centre, avec sa barbe impressionnante et son habit noir de Rabbin, au milieu de tous les juifs rassemblés. Soudain, un membre de la Gestapo và à lui et le frappe brutalement sur son dos.  Mon père reçoit le coup, plie les genoux mais se redresse immédiatement. Il a rassemblé toutes ses forces pour ne pas tomber aux pieds de l'allemand et de  faire perdre ainsi le moral de ses concitoyens juifs . Puis vient un autre coup, et un autre. Mon père  fait un énorme effort pour ne pas perdre son équilibre, afin d'aider les membres de sa kéhillah, (sa communauté), à garder leur courage.

"Le pire, a été d'être témoin de l'humiliation. Un enfant ne peut pas supporter de voir son père, le héros à qui il s'identifie et veut ressembler, être humilier.. Aujourd'hui, alors que je regarde en arrière  ces six années de guerre, il est clair pour moi que ce n'est pas la faim, ni le froid, ni la douleur physique, qui nous a fait le plus de mal, mais l'humiliation. Voir son père, battu avec une matraque,et frappé à coups de bottes cloutées, et menacé par un chien, et près de s'écrouler au sol , humilié en public - c'est une image qui reste incrustée chez un enfant.

"Mais je tiens à préciser la deuxième partie de ce souvenir : Je vois aussi mon père, avec beaucoup de courage,  se maintenir , debout bien droit, sans mendier la miséricorde, face au sbire de la Gestapo. Celà efface mes sentiments d'impuissance. "

Bien que Rav Meir Lau ait  souvent été invité à écrire son autobiographie, il ne l'a jamais fait. Son livre, Al Tishlach Yadcha el haNaar (Le titre est de la Genèse 22:12 - "Ne levez pas la main contre le jeune garçon" ne peut pas être appelé une autobiographie. Il ne fait aucune mention de ses presque cinq décennies du rabbinat et de la fonction publique, mais  évoque des souvenirs personnels de l'Holocauste, une histoire de survie et d'évasion, pour commencer une nouvelle vie en Eretz* Yisrael.
* En Terre d'Israel

UN ENFANT DANS UNE PILE DE CORPS

"Lulek", le futur Rav Lau comme on l'appelait alors dans sa toute enfance, avait deux ans quand la guerre a éclaté, et huit quand il a été libéré de Buchenwald.


Rav Meir Lau commence à parler de sa deuxième image de l'Holocauste quand les Américains sont arrivés et que Buchenwald a été libéré. "Je me souviens  de l'horreur sur les visages des soldats américains quand ils sont venus et ont regardé autour d'eux. J'ai eu peur quand je les ai vu. Je me suis glissé derrière un tas de cadavres et de là, les ai regardé avec inquiétude.

                          Je me suis glissé derrière un tas de cadavres....

"Le rabbin Herschel Schachter était l'aumônier juif de la Division. Je l'ai vu sortir d'une jeep et  rester là, à regarder les corps. Il a souvent raconté cette histoire : quand il se rendit compte qu'une paire d'yeux vivants le regardait de parmi les cadavres, ses cheveux se dressèrent sur la tète, mais lentement et avec prudence, il a fait son chemin autour de la pile, et ensuite, il se souvient d'être venu face à face avec moi, un gamin de huit ans, aux grands yeux dilatés par  la terreur. Dans un américain au fort accent Yiddish, il m'a demandé, «Quel est votre âge, mon enfant?" Il y avait des larmes dans ses yeux.

-"Quelle différence celà fait-il?" J'ai répondu, avec prudence. «Je suis plus vieux que vous, de toute façon."

»Il sourit à travers ses larmes et dit:" Pourquoi pensez-vous que vous êtes plus âgé que moi? "

"Et j'ai répondu: "Parce que vous pleurer et riez comme un enfant. Moi je n'ai pas ri depuis longtemps, et je ne pleure même plus. Alors qui est le plus vieux d'entre nous?"

La terrible enfance, si on peut l'appeler  celà une enfance , sans doute a marqué la personnalité de Meir Lau . Pourtant, étonnement, elle n'a pas eu d'incidence sur lui comme celà est arrivé à  tant d'autres. À long terme, plutôt que de le transformer en traumatisé, et développer des terreurs, elle a augmenté son optimisme.

"Je suis un optimiste dans la vie, et j'aime les gens», dit-il. "Voilà comment je conte mon enfance. Enfant, j'ai appris à me méfier du premier venu. Ma règle est «être doublement vigilant." Même après la libération, j'ai été encore méfiants à l'égard des personnes. Par exemple, j'ai eu une peur mortelle des caméras. Pour moi voir quelqu'un pointant son objectif sur moi ,comme me visant -cela me terrifiait. Il m'a fallu du temps pour réaliser que personne ne tentait plus de me tuer. Mais une fois que je compris, j'ai fait une volte-face complète. Je ne peux pas expliquer comment cela s'est passé. Il peut-être lié au fait que je n'ai vraiment eu aucune enfance. Je n'ai jamais eu la chance de développer un ego à l'âge habituel de deux, trois, quatre, cinq ans. J'ai tout au plus été un petit animal, un animal chassé , et replié pour survivre et, par conséquent, l'humiliation n'a pas touché mon coeur. "

Un enfant laissé en arrière...

Suivant plus son coeur que la chronologie, Rav Lau passe au troisième volet de ses mémoire:

"Nous étions assis dans l'obscurité totale, des centaines de femmes et d'enfants étaient entassés dans la Shul (Synagogue), conscients de presque rien, sauf que nos vies étaient en suspend dans les plateaux de la balance .. Une fois, au milieu de la nuit, les portes se sont ouvertes. Un rayon de lumière montra  deux hommes de la Gestapo debout gardant l'embrasure de la porte, laissant un étroit passage entre eux. L'un d'eux a annoncé: «Je vais maintenant lire une liste de noms. Celui qui entend son nom est appelé à se lever immédiatement et a rentrer chez lui. Schnell !, schnell ! "


"Le premier nom a être appelé fut Chaya Lau, ma mère. Elle ne bouge pas, elle attend d'entendre les noms de ses deux fils, Shmuel et Yisrael, afin que nous puissions tous partir ensemble. L'officier allemand a terminé la lecture de la liste. Notre nom n'a pas été prononcé. Il est clair que le sort de ceux qui n'avaient pas été libérés a été scellé. Pendant ce temps, les Allemands ont  compté les personnes qui sont passés entre eux, et ils ont commencé à crier qu'une personne était absente. «Je viens, j'arrive!" ma mère a dit. Elle nous  prit tous deux serrés à ses côtés  et, en marchant  comme si elle était seule, nous sommes passés entre les soldats ".

"Il n'y a pas eu besoin à ma mère de nous dire de nous taire et de s'accrocher à elle, notre instinct de survie nous l'a dit. Elle avait fait son plan rapidement, en espérant que sous le couvert de l'obscurité, nous pourrions passer les trois . Mais l'un des soldats a senti qu'il y avait trop de mouvement dans l'embrasure de la porte pour une personne. Il a étendu ses bras et nous a découvert. Je sortis en premier, suivi par ma mère et Shmuel. Elle et moi avons été frappés par l'homme de la Gestapo. On est tombé dans une flaque d'eau de pluie  en face de l'entrée de la Shul . Schmuel fut frappé et repoussé en arrière et les portes se refermèrent sur lui. Nous sommes allés à notre maison vide au 21 de la rue Pilsudski. Ma mère essayait de me calmer pour m'endormir, mais en vain . Quelque temps plus tard, j'ai entendu un cri dans la rue. Je suis resté sur mon lit et ai regardé par la fenêtre. Une jeune femme avec un bébé dans ses bras est étendue dans une mare de sang, un homme de la Gestapo l'avait roué de coups et fouillait son corps de gauche à droite, à la recherche de bijoux. Je me tenais là, paralysé, jusqu'à ce que je sente ma mère me toucher l'épaule. En silence, elle m'a mis au lit ".

"Mon père est venu,  quelques minutes plus tard. Je me souviens de son apparence étrange, sans sa barbe. Il avait tenté d'obtenir la libération de Shmuel . Un officier allemand avait  promis de le faire, en échange de la montre en or de mon père. Dès qu'il eut la montre en main, les nazis  tournèrent le dos à mon père en riant " ..

"Nous ne verrons plus Shmuel, dit mon père, avec des larmes coulant de ses yeux. Shmuel a été envoyé à Treblinka cette nuit-là. "

Sur les genoux de papa...


"Ce fut aussi la dernière fois que j'ai vu mon père", rappelle Rav Meir Lau. "J'ai très peu de souvenirs de lui. Dans mes premiers souvenirs, ceux de l'innocence avant que la guerre n'entrat dans mon monde, je me vois assis sur ses genoux et  jouant avec ses ses péotes (boucles)." Mais cette image est embuée et s'efface rapidement ".

 Le 
quatrième volet pour Meir Lau de cet holocauste apparaît ici:

"Les hommes ont été rassemblés autour de la table dans notre maison, pour écouter  mon père  parler de la situation actuelle. Les rides de l'inquiétude étaient profondément gravées sur son visage. Cette image, avec  la lourde atmosphère de crainte qui l'entoure, est restée mienne- jusqu'à ce à ce jour".

"Aujourd'hui, je regarde les photos de mon père encadrées dans ma maison, et je pense à lui souvent. A chaque occasion, joyeuse ou triste, il me manque . Il était un orateur très doué parait-il, et chaque fois que j'ai à faire un discours, je me demande, comment mon père en aurait tourné les phrases ? .Il est avec moi partout où je vais. "

Le vol de la Pomme .Cinquième image.

«Auparavant, nous étions allés nous cacher dans l'endroit que mon père avait prévu pour nous .
Ma mère avait acquis des produits pour confectionner avec du miel des petits gâteaux. Elle  savait qu'ils étaient un moyen sûr de me distraire et, surtout, d'occuper ma bouche, lorsque nous aurions eu besoin d' être silencieux . Je me souviens de vouloir lui dire avec ma bouche pleine de biscuits,  "Ce n'est vraiment pas nécessaire, Mamma. Je sais que je ne dois pas faire de bruit. je suis  seulement un petit garçon, mais j'en sais assez pour savoir ce qu'est cette guerre. Mais je me souviens encore exactement du goût de ces petits gâteaux, et le souvenir de leur douceur me réconforte dans les moments d'amertume ".

"Les Allemands sont venus un autre jour, à la recherche de Juifs. L'entrée de notre lieu , la cachette au grenier était ouverte, mais par miracle, leur attention a été attirée par un gros tas de débris de bois sur le sol. Ils ont enfoncé leurs baïonnettes dans la pyramide, ils pensaient  peut-être que des Juifs se cachaient là, et puis ils s'en allèrent".

"Des années plus tard, lorsque j'étais au service de mon premier mandat comme grand rabbin de Tel-Aviv, un vieux Juif de Londres, est venu à mon bureau sans rendez-vous, en expliquant "qu'il voulait demander pardon au Rabbin" . J'ai demandé à ma secrétaire de l'introduire et il prononça ces mots : "Bonjour, Lulek. Je suis Mottel Kaminetzki. J'ai été dans la clandestinité avec vous et votre mère, à Piotrkow, et je vous ai volé une pomme . Je suis sûr que vous n'avez jamais su qu'elle avait disparu, mais ce larcin a pesé sur ma conscience pendant toutes ces années. "

"C'était alors un enfant , de quelques années plus âgé que moi. Ma mère avait mis de coté un sac de pommes quand on est entré dans la clandestinité, et le sac  était ouvert à portée de main. À un certain moment, ne pouvant pas résister à la tentation Mottel  a attrapé une pomme et en a pris une grosse bouchée.
C'est juste à ce moment-là que les Allemands sont venus perquisitionner , et le pauvre Mottel est reste bloqué avec le morceau de pomme dans sa bouche. Il était  trop gros à avaler, et il n'a pas osé le mâcher, de crainte de faire du bruit...."


Adieu Lulek, Adieu Lulek !

Le sixième image  est celle de la mère du futur Grand Rabbin Lau .

«J'ai été séparé de ma mère en Novembre, 1944», explique le Grand Rabbin Lau. "Je peux encore entendre les hurlements des Allemands" Schnell, schnell ! " quand ils nous ont poussé dans le convoi.  Les wagons, les bottes, et les chiens tout ce décor est là . Mon frère Naphtali, qui a dix-huit ans, avait été mis avec le groupe des hommes, et moi j'étais avec ma mère. Les femmes et les enfants ont été poussés dans un wagon de marchandises, les hommes dans un autre.

«À la dernière seconde avant de monter à bord du train, ma mère m'a poussé vers le groupe des hommes qu'elle pensait être utilisés au travail et non pas  etre assassinés".
"Tulek! elle a demandé à mon frère. "Prends soin de Lulek!  Adieu Tulek ! Adieu Lulek "!


"Je ne l'ai jamais revue de nouveau.
Il m'a fallu beaucoup de temps pour  réaliser qu'en me repoussant d'elle comme çà, ma mère m'avait  sauvé la vie."

«Il y avait pas eu le temps de discuter de l'idée que de s'éloigner de  Mamma était la meilleure: Tout ce que je savais que j'avais été séparé de ma mère, par la force, et j'ai pris mon frère en rage, le martelant  de coups sur la poitrine avec mes petits poings . Il a essayé de me retenir et de me calmer dans ses bras, mais sans succès . Je me rappelle combien je souffris terriblement du froid dans tout ce Novembre, 1944.

«Les hommes me donnait à boire du café chaud, mais je le crachais . Jamais dans ma courte vie  je n'ai autant pleuré si longtemps. Il a fallu beaucoup de temps jusqu'à ce que je réalise que, en me repoussant loin d'elle ainsi, ma mère m'avait sauvé la vie. "

Le Discours de sa Vie.

Après celà, Lulek dû se débrouiller par tout seul. Il se trouve en cette septième image de l'Holocauste debout dans la neige et la boue de Czenstochova dans le camp de travail.

"Nous les garçons sont debout, rangés devant le commandant allemand, chacun d'entre nous avec son père derrière lui. Dans mon cas, puisque j'étais déjà orphelin, mon frère Naphtali était derrière moi. Le commandant a crié :« Que faire ,je n'ai pas besoin de ces enfants maudits !.Ils sont inutiles, et ils me coûtent de l'argent. Nous devons nous débarrasser d'eux! "

"Alors que les autres garçons tremblaient de peur, j'amassais de mon pied une petite pile de neige et de gravier.
Il  n'était environ que de deux pouces de haut, mais j'ai pensé que si je me tenais sur cette élévation, je pourrais être vu et mes  mots auraient plus de poids, et peut-être alors le commandant  ne nous  tuerait pas tous.


"Je posais un pas en avant, et me trouvais sur ma plate-forme», et dit: "Monsieur ! Pourquoi dites-vous que nous ne sommes pas productifs? A Piotrkow dans le ghetto, j'ai travaillé dans l'usine de verre  huit heures par jour, sans arrêt, à porter d'énormes bouteilles d'eau potable pour les travailleurs de l'usine, dans une température glaciale. Pendant toute une année, j'ai fait tout celà, dans la neige, les tempêtes, dans la chaleur,  transportant de lourdes bouteilles dans cet atelier brûlant. Et puis, je n'avais que cinq ans et demi. Maintenant que je suis beaucoup plus âgé, je peux en faire plus. Si je pouvais travailler dans l'usine de verre Hortenzia, pourquoi je ne peux pas travailler ici? "

"Si les témoins ne m'avaient pas confirmé que cela  s'est réellement passé, je ne me croirais pas moi-même, et je penserais que ma mémoire m'aurait joué des tours. Mais le fait est que l'officier nazi a été convaincu. Dieu m'a donné sa confiance en me mettant ces mots dans ma bouche.

«En raison de mon petit discours, le commandant fit savoir qu'il allait racheter un enfant dans le camp pour un prix de 1000 marks. Notre mère avait prévu des circonstances comme celles-ci et nous avait fourni deux diamants et une montre en or." Ce qui vous aidera à garder votre promesse de Tatte, que vous allez prendre soin de Lulek », a-elle l'a expliqué à mon frère Naphtali. Un dentiste avait incrusté dans sa dent un  diamant de 1/2 carat, et elle avait cousu deux pierres de deux carats  dans la doublure de son manteau. Ces diamants m'a sauvé la vie deux fois. "

Seul dans un wagon.

"En Janvier 1945, nous avons marché vers une gare ferroviaire, une fois de plus. Comme nous étions à bord du train, l'agent de la Gestapo de service m'a remarqué me cramponnant à mon frère. Il m'a attrapé par le col et me jeta dans un groupe d'une cinquantaine de femmes et quelques enfants, qui furent envoyés dans une autre voiture. Cette voiture devait être détachée de la formation à un certain point, et redirigée vers un autre camp".

"Pendant ce temps, Naphtali a été entassé dans une voiture à l'autre bout du train, avec les hommes. Il a rappelé la promesse qu'il avait faite à notre père, il fera tout ce qu'il pourra pour me protéger et de veiller à ce que la lignée de la famille se poursuivre. La première fois que le train s'est arrêté, il est furtivement sortit,et  glissé sous le train, et le long des voies a exploré la chaine des wagons. "Lulek! Lulek! il a appelé. Il m'a cherché dans chaque voiture, essayant de nouveau à chaque arrêt, jusqu'à ce qu'il ait atteint  la voiture des femmes à l'avant du train, où j'étais, toujours collé à mon oreiller de plumes que ma mère m'avait donné avec du pain rassis que Tulek avait poussé dans mes mains à la gare. Une des femmes avait saupoudré de quelques grains de sucre le pain et alors que j'étais occupé à la chasse de tous les derniers grains, j'entendis mon nom".

"En enjambant et contournant des corps , j'ai suivi la voix de Tulek jusqu'à ce que je me sois retrouvé dans ses bras. Il m'a tiré en bas du train avec lui, et nous avons cherché dans l'obscurité le septième wagon, où Tulek était .  Avant de monter, il  prit un instant pour remplir son chapeau de neige, de sorte que nous aurions une eau propre à boire".

«Les femmes qui occupaient le wagon qui a été détaché ont été envoyé à leur sort, alors que nous avons été emmenés dans un camp. La première chose que nous avons vu fut un groupe d'hommes en uniformes rayés, pelleter de la neige. Nous leur avons demandé où nous étions, en réponse , ils ont mis leur index sur leur gorge. "

Il s'agit de Buchenwald, le site de la neuvième  mémoire de l'Holocauste du futur Rabbin Meir Lau .
Cette photo a été prise par un soldat américain à son arrivée à Buchenwald :



BLOC 52

«À Buchenwald, la montre en or  que Mama a donné Tulek a été utilisée pour persuader l'un des gardes allemands d'ignorer ma présence. Un médecin tchèque m'a sauvé la vie en m'injectant  seulement une demi-dose de  vaccin*, qu'il a donné entière à tous les hommes. Grâce à une série de miracles, et avec l'aide de beaucoup de courageuses personnes, je suis passé au travers de toutes les sélections .
"Souvent, quand je pense à la guerre, je suis étonné de cette chaîne de miracles qui m'a accompagné .
* Expériences nazies sur les prisonniers.

"Après les injections, nous avons été conduit dans un tunnel équipé d'une rangée de pommes de douche. En 1945, tout le monde savait à quoi s'attendre de la douche dans un camp nazi, et nous étions prêts à mourir d'une manière misérable . L'un des hommes de notre groupe tout à coup tomba mort. Depuis que nous avons quitté le ghetto Piotrkow, il avait conserve une capsule de cyanure caché sous une dent
postiche
  , et il avait décidé que c'était le moment de l'utiliser. Mais les douches ont été mis en marche et n'en jaillit qu'une eau gelée. Je ne sais pas comment décrire la chaleur de la vie  que nous rendit cette eau glaciale ".

«Ensuite, on nous a donné nos uniformes de prisonniers et reçûmes nos numéros tatoués sur les bras. Naphtali était le numéro 117029, moi j'étais le numéro 117030. Puis nous sommes entrés dans Block 52.

"Il était choquant à voir, même pour moi. Les occupants au nombre de 2000, la plupart d'entre eux "musulmans"(1) qui avaient perdu tout espoir. Ils avaient pris l'habitude de se soulager  dans la baraque, et l'odeur était insupportable.
(1) sur la signification de ce mot dans les camps, voir en fin d'article.

"J'ai attendu mon frère dans le bloc 52  pendant deux jours" .Il avait été attelé avec trois autres prisonniers à une charrette (agalah en hébreu) de transport des corps au crématorium. Pendant des années après, j'ai pensé que les mots que nous lisons dans le Kaddish(3), «b'agalah uv'zman kariv», faisait référence à ces wagons !".
*Kaddish : la prière en souvenir des morts.

"Le troisième jour, j'ai été transféré au bloc Huit, où les conditions sont relativement bonnes. Mon frère m'a mis en garde de ne pas dire que j'étais juif. L'un des prisonniers russes, Fyodor, a volé quelques pommes de terre cuites et de la soupe pour moi , et il a cousu un insigne* sur ma veste. En attendant, mon frère était dans état empirant à chaque fois que je le voyais, mais maintenant, j'ai été en mesure de faire quelque chose pour lui, parfois, comme  de lui donner  une tranche de pain avec
de la margarine.

*( Ce courageux prisonnier russe qui avait pris Lulek sous son aile avait cousu sur le vêtement de Lulek la lettre "P" , de prisonnier de guerre à la différence de l'étoile jaune . Avec des cheveux il confectionna pour Lulek un bonnet pour protéger du froid les oreilles de l'enfant ) .

TULEK est séparé .

Au début d'avril 1945, des rumeurs s'étaient répandues chez les prisonniers que l'Allemagne était en train de perdre la guerre. Mais avant que l'espoir de la libération soit arrivé, les frères, Tulek et  Lulek, ont été séparés.

Rav Meir Lau conte son dixième souvenir:

"Tulek est venu vers moi et m'a dit:" Je ne vois pas de moyen de sortir de cet enfer. C'est la fin du monde.  Il a parlé pendant seulement une minute ou deux, mais chaque mot qu'il a dit est gravé dans mon coeur. "Vous allez maintenant être laissé seuls», a-t'il dit. "Mais vous avez toujours des amis. Peut-être qu'un miracle se produira pour vous faire survivre" l. Je voulais juste vous dire: Il y a un endroit appelé Eretz Yisrael. Répéte après moi: Eretz Yisrael ».

"Je répète les mots, qui ne voulait rien dire pour moi." Eretz Yisrael est la patrie des Juifs ", Naphtali m'a expliqué.« C'est le seul endroit au monde où les gens ne sont pas là pour nous tuer. Si tu survivras, il y aura des personnes qui prendront soin de toi, parce que tu est un petit enfant. Tu n'iras pas n'importe où. Uniquement en Eretz Yisrael. Nous avons un oncle là-bas. Dites que tu est le fils du Rabbin Lau, pour qu'ils le  trouvent. Adieu, Lulek. Rappelle-toi: Eretz Yisrael ».

"Ce jour-là, Naphtali avait  été embarqué dans un convoi. Il avait réussi à sauter par la fenêtre , mais au bout de cinq jours, il a été capturé et mis sur un autre train. Cette fois, il a sauté du train en marche, et revint à Buchenwald. Avec une force surnaturelle, il a rampé dans le camp, puis il s'est effondré. Il n'avait pas oublié notre père et la promesse qu'il avait faite de lui, et le son de la voix de notre mère qui criait, 'Prenez soin de Lulek ! Le 11 avril, il a été mis en quarantaine. Le même jour, des avions américains ont survolé le Camp et il a survécu à Buchenwald ".

"Il n'est pas un jour dans ma vie qui se passe sans que je pense à Naphtali. Il a recu une mission: sauver ma vie. Et il l'a rempli."

LA VALISE

Il y a une image finale. Cette image n'est pas dans la collection de scènes déchirantes de l'Holocauste engrangées dans la mémoire du Rav Lau. Cette image est encadrée et accrochée au mur pour que chacun  puisse la voir en entrant dans sa maison. Il s'agit de la célèbre photo d'un  Lulek de huit an et souriant, un manteau drapé sur un bras, l'autre tenant une valise.

"Un soldat américain m'avait fait don d'une vieille valise  du magasin de surplus de l'armée. Elle est allée avec moi en Eretz Yisrael, et elle a contenu tout ce que j'ai possédé, pendant que  j'errais d'un établissement d'enseignement à un autre. Au moment où je me suis marié, elle était en si piteux état que mon épouse voulut la jeter, mais j'ai refusé de m'en séparer .. "C'était ma maison, je lui ai dit." Si nos enfants venaient jamais à se plaindre, je la leur montrerais et dirais : «C'est ce que votre père possédait quand il était  garçonnet."
Je l'ai mise en place dans le grenier de notre immeuble, et quand nous avons déménagé dans un autre appartement, je suis revenu la chercher. J'ai monté les soixante-cinq marches pour la récupérer, mais je n'ai trouvé que  la poignée... La valise était tombée en poussières !".


"Mais j'en ai la photo. Elie Wiesel*, qui était avec moi à Buchenwald,  me l'a présentée à un événement Bundist* . Il l'avait repéré dans un musée, à Vancouver. Ce fut une surprise totale pour moi. Dès que les enfants l'ont vu, ils ont tous dit, "Il y a la valise!

* Prix Nobel de Littérature il consacre toute son énergie à lutter contre l'oubli et le négationisme de la Shoah, tout en se consacrant à des oeuvre philantropiques .
* Bund :
est un mouvement socialiste juif créé à la fin du 19ième siècle dans l'Empire de Russie.Nombre de ses militants ont fini par s'installer en Palestine. Le Bund s'est battu pour l'émancipation des travailleurs juifs dans le cadre d'un combat plus général pour le socialisme.


"Quand je sors chaque jour de ma ,m'attendent  sur un côté de l'embrasure  la mezuzah(2); de l'autre côté cette photo. Chaque fois que je la vois, elle me dit la même chose :« Yisrael, regarde Lulek.
Maintenant ton but est de justifier que tu n'as pas été sauvé en vain .Tu dois continuer la mission de tes parents, tu dois garder ininterrompue la chaîne de vie ".

"Et en face de la photo, la mezuzah me dit : C'est devant moi que tu en es responsable ".

(2)La Mezuzah : étui placé au chambranle de la porte, où sont renfermés les passages sacrés rappelant les règles morales de la vie, écrites en minuscules lettres à la main et sans rature.

(3) Le Kaddish :

Le but du Kaddish,  écrit et lu en araméen comme les autres rites de circonstance d’ailleurs, est d'aider les enfants à faire le deuil de l’être aimé et à réintégrer le chemin de la vie en acceptant le décret du ciel, comme dit le Talmud : “l'homme est tenu de bénir Dieu aussi bien pour le bonheur que pour le malheur”. Si malgré tout ce Kaddish fut associé aux morts, c’est en raison des terribles massacres des Croisés au XIIIè siècle. Cette prière en glorifiant le Très Haut, est une manière aussi de rendre hommage au défunt qui ainsi s'entoure de cette admiration . Une sorte de consolation pour les endeuillés .
Cette prière nécessite un nombre minimum ("minian") de dix personnes pour être dite .

En voici la prononciation phonétique, et la traduction du début, en français. Bien-sur ces phrases ne seront lues par les juifs que la tête couverte (d'une Kippa), couvre-chef qui nous rappelle la présence de Dieu où que nous soyons :

Yisgadal v'yiskadash sh'mei rabbaw .
B'allmaw dee v'raw chir'usei .Amein.

Que le nom du Très Haut soit exhalté et sanctifié dans le monde qu'il a créé suivant sa volonté.
(Les fidèles répondent :Amen )

v'yamlich malchusei,b'chayeichon, uv'yomeichon,
uv'chayei d'chol beis yisroel ,
ba'agawlaw u'vizman kawriv, v'imru: Amein.
Que son règne soit proclamé dans nos jours et du vivant de la maison d'Israel dans un temps prochain...
(En choeur :Amen !)...........

Meir enfant avait confondu le mot araméen "ba'agala" de la prière avec  celui en hébreu "agala", une charette !



Cet article a paru dans "Mishpacha Magazine", 2006,sous le titre :

Lulek, Child of Buchenwald A. Netanel :

"Rav Yisrael Meir Lau, chief rabbi of Tel Aviv, shares ten images of his years as “Lulek,” an orphan boy in Buchenwald."


Je me suis efforcé de le traduire aussi fidèlement que possible pour les lecteurs francophones, et m'excuse d'avance de mes maladresses involontaires dans mes commentaires.
Je dois ajouter qu'une émotion intense m'a accompagné dans ce travail et elle n'est pas proche de disparaître .

Sur le District de Piotrkow, un lien important :
http://www.deathcamps.org/occupation/piotrkow%20ghetto.html

(1) Sur l'origine de ce mot cité aussi par Primo Levi et répandu dans les Camps :

http://www.memoire-net.org/article.php3?id_article=101

(2) Depuis le début du nazisme, le Vatican par ses milliers de Pretres qui vivaient en Autriche et Allemagne avait été informé avec précision
sur le sort réservé aux juifs :
http://atheisme.free.fr/Contributions/Catholique_nazisme.htm

Sur le nazizme et le Vatican un lien important :
http://www.geocities.com/tlthe5th/nazi.html

Sur les barraques de Buchenwald 66 et 8 où furent cachés les enfants:
http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Holocaust/block66.html

Qui fut Pilsudski :
http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%B3zef_Pi%C5%82sudski

Note importante :
Je dois préciser au lecteur(trice) que j'espère n'avoir froissé en aucun cas sa croyance religieuse, ne m'étant servi que de vérités historiques, qui, quand elles sont reconnues et acceptées mènent à la compréhension mutuelle, et au respect de tous, par tous et à la Paix. 
 

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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