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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 17:30


         Le fils du Patron .

L'atelier de mon père aurait pu être celui d’un photographe,d’un homme de lettres ou d’un musicien , (il avait toutes ces qualités) ,mais c'était  un lieu bruyant où des constructions métalliques  et électriques compliquées  naissaient sous ses doigts d’Ingénieur..
Je le suivais des yeux tôt chaque matin,de notre fenêtre de la rue Sadi-Carnot,jusqu'au carrefour de l'Agha. Là, il rencontrait mon oncle qui venait du Bd Baudin,et je les imaginais cachés par le Maurétania, déambulants sur le pont qui enjambait les voies ferroviaires, passant devant le magasin de pêche de Curci,et les revoyaient enfin descendre la rampe menant au garage Veuve et Pérez. Et là papa commencait la journée par sa gymnastique matinale:enfiler la manivelle par le trou de la grille du radiateur et en quelques tours heureux faire toussoter et démarrer enfin ce moteur Citroen de 15 cv fiscaux. Rouler sur la route moutonnière presque vide et respirer l'air marin, toutes vitres baissées, c'était la récompense de l'effort. L'écume blanche qui ourlait chaque vague de cette mer bleue ou verte suivant le vent, c'était celle que  Deshayes a immortalisée dans ses tableaux, peints à la hauteur du Hamma et de la plage des Sablette. Attention, il ne fallait pas manquer le passage à niveau et tourner à droite, sans peine d'etre obligé de continuer tout droit vers le Caroubier ! La rue de Constantine, elle, était déjà animée par les ouvriers qui allaient au travail et les livreurs...
Arrivé à la hauteur de la rue Boensch, tournait au coin du Café de La Pergola, et juste en face de ce que fut longtemps le domaine du forgeron, mon père poussait le portail de la "S.I.A.T.E.M." , la  “Société Industrielle d'Applications Techniques Modernes". Celà aurait pu être aussi le siège de Bouvard et Pécuchet*, un mélange de génie, et d'imagination sans fin, sur un fonds d'échéances toujours menacantes!.

Mon instruction primaire dans mes jeunes années fut originale, elle était partagée entre  la classe laique obligatoire, et celle des leçons de choses que je vivais dans les moments d'école buissonière. Les buissons étaient alors les machines de l'atelier qui me fascinaient et les hommes qui les conduisaient.
* Héros du Roman de Gustave Flaubert.

  La Menuiserie

Attia était un menusier trappu, toujours en tricot, d'ou s'échappaient des poils gris, un crayon plat coincé sur son oreille, enveloppé de copeaux que la raboteuse jetait avec un grand bruit du madrier plein d'échardes qui lentement sortait lisse et blanc comme un marbre. C'était un ancien prisonnier de guerre  mais qui n'en parlait jamais. Dans un tonneau, des déchets de bois de toutes sortes, et là j'y trouvais des baguettes de frêne dures et souples à souhait pour m'en faire un arc. Après qu'il me mit à l'écart de la couroie de cuir qui sifflait en entrainant la lame du rabot, il me tailla aussi une flêche et mesurant  la baguette ,se mit à éclater de rire, exactement 69 s'écria-t-il, et comme je ne comprenais pas la raison de cette joie subite, et en lui demandais mais en vain  l'explication, il me rendit mon jouet, me tourna le dos et se remit  à son travail pour se débarasser de moi en s'écriant : quand tu seras grand, tu comprendras.
Il n'était pas payé pour compléter l'instruction si vile du fils du Patron.

   Le Magasinier

C'était un endroit sombre et inacessible, grillagé, dont seul Guedj avait la clef.
Un athlète que cet homme qui ne voyait pas souvent le soleil, et ne parlait qu'à travers son guichet. Mais moi, j'avais mes entrées.
C'était un paradis d'outils, un magasin du Far-West, mais qu'on ne pouvait obtenir qu'en échange d'un jeton numéroté  à rendre avec l'ustensile emprunté. J'en étais dispensé. Comme ma flêche en bois n'était pas assez pointue pour s'enfoncer dans une cible, je sortis d'un emballage métallique une électrode,

longue, lourde et couteuse, qui une fois affutée à la meule, me semblait idéale. Il ne savait comment la noter sur son livre de sorties, je sentais qu'il n'appréciait pas ce gaspillage. Je le remerciais en lui tendant ma main, et il me la brisa presque de sa battoire de boxeur.
Pourtant c'était un homme doux,qui se transformait en infirmier lorsque un ouvrier venait se faire panser une entaille, ou l'accompagnait au médecin du travail,                                  le proche Docteur  Chaouat dans les cas les plus graves.


    Le Contre-Maitre

Emile Hadaj, un maison-carréen, régnait sur l'atelier. C'était une sorte de "Maitre Jacques" de l'industrie. Il savait régler la plieuse à rouleaux pour faire d'une tôle plate, un tube au diamètre exact, en quelques passes. Mais ce n'était rien à côté de son savoir faire à construire une vis transporteuse à monter le grain. Il avait à la fois les qualités de projeteur, de chaudronnier et de soudeur à l'autogène ou à l'arc électrique, qui malgré le masque  mais avec les années lui avait blessé la vue. Quand il me vit à la hauteur de la meule et attaquer ma flêche d'un mauvais angle, j'étais forcement trop petit, il me la saisit des mains en me grondant doucement, m'expliquant que d'un faux mouvement je pouvais faire éclater la pierre tournante à grande vitesse  et la transformer en une bombe meutrière. C'est lui aussi qui m'enseigna comment affuter une mêche à percer, et lui redonner son angle d'attaque. Ce détail qui  a dû vous faire sourire est la base d'un bon ouvrier. Il était à la fois un conseiller et réalisateur précieux, l'âme de l'atelier. Une partie de la famille en somme.
Une année inoubliable, mon père acheta aux enchères un tracteur Catepillar "D8" tombé à la mer par une erreur de grutier. Cet engin monumental  que le séjour en eau salée avait réformé, fut démonté entièrement par Monsieur Emile, et après quelques changements de piéces et de mois de travail, il réussit à remettre le tracteur en route.


   Le Chat Grisou .

Ce chat d'usine, au pelage gris, venait rendre chaque matin une visite intéressée en empruntant les escaliers de bois pour grimper au 1er étage, se frotter au  pantalon de mon père, signe pour le patron qu'il lui fallait ouvrir le tiroir de son bureau et en sortir..le tube de lait condensé...Quand mon arc fut prêt, j'allais dans la cour, choisisant un endroit écarté. Je bandis le bois de toutes mes forces, en hauteur, comme dans Ivanohé et lachait le trait qui monta en une superbe parabole que je suivais de mes yeux orgueilleux. Arrivé à mi-hauteur, je vis juste dans sa trajectoire, mon chat Grisou, mon préféré, qui se léchait les pattes et baillait comme un Mexicain au soleil. La flêche pointue s'écrasa sur le sol en se tordant à deux pas du chat qui fit un bond olympique. Mon coeur battait très fort, j'étais presque devenu un assassin  (sans préméditation). J'avais frôlé les manchettes des journaux.

   L'Electricien.

Muniésa je crois, avait dû naitre avec sa pipe, tant elle lui allait bien sous moustache d'hidalgo républicain. Pour moi, c'était une légende vivante et j'écoutais bouche bée le récit de ses aventures. Je pilotais avec lui les avions russes de la guerre d'Espagne, ces  fragiles chasseurs russes biplans "Polikarpov" qui comme les "Stukas" allemands essayèrent leurs ailes avant la grande déflagration. Entre deux bouffées, il débobinait un moteur électrique qui avait brulé. Le fil de cuivre était rare et cher, et il fallait le récupérer. Quand du travail lui manquait, il n'hésitait pas à faire tourner la bétonnière, et en fin de journée, avant que le béton ne sèche trop, je le voyais s'accroupir dans la gueule de la machine, et à coups de marteau et de burin, décoller le mélange de ciment et de gravier. Mais son oeuvre d'art, fut sans doute le bobinage urgent d'un énorme moteur électrique, la commande était importante et il en allait du renom de l'atelier. Le stator, la partie fixe n'était pas bobinée que de fil de cuivre, mais faite aussi de lamelles qu'il fallait enfoncer de force, mais avec prudence, dans des encoches isolées. Il faut vous dire que lorsque ce moteur arriva grillé et sentant le vernis brûlé, la famille se mobilisa pour aider à sortir les lames de cuivre noircies par le feu, et à les nettoyer de leurs gaines de coton.
C'était le côté manuel de l'affaire.
Mais le dimanche, mon père dessina sur une longue rame de papier à genoux dans le couloir, et en 3 couleurs pour les 3 phases, le tracé du rebobinage, et le schéma des connexions pour Muniésa.. Un travail qui me rendait fier, et qui me faisait oublier l'excursion traditionnelle et dominicale en forêt de St Ferdinand. 

Au milieu de la semaine, comme les invités qui attendent la mise en eau d'un barrage,  tous les ouvriers vinrent assister au démarrage à vide de ce monstre.
Avec un rugissement qui fit trembler le sol de ciment, le moteur démarra dans un nuage de couleur blanche et une odeur de choux brulé. Muniesa s'élanca vers  le tableau de l'interrupteur à couteaux du courant , et les larmes aux yeux, atterré, il regarda le moteur se calmer. La bête était morte d'un court-circuit. La traduction du francais à l'espagnol avait dû faire un contre-sens. Tout fut à refaire. Mais la semaine suivante, le moteur rebobiné et rutilant de sa peinture neuve, fut livré à temps. L'Espagne républicaine avait perdu la guerre, mais pas cette bataille.  

    Les Tourneurs .

La salle des tours était l'orgueil du Patron. Comme dans un conte, ils étaient 3, un petit très moderne, pour les piéces de précisions, un moyen pour les pièces lourdes, et le troisième, au bâti très long, avec un mandrin de grand diamètre pour mordre les jets de métal les plus larges. Derrière son tour ancien , mais toujours propre et bien huilé,le père Terrasse, un gros homme déjà fatigué et au visage couperosé, bloquait  l'outil tranchant avec une longue clef à molette. L'angle de coupe, il le réglait mentalement, si confiant dans son expérience d'artiste en objets circulaires. Il était peu loquace avec moi. J'avais un peu honte de le voir triste,  debout toute la journée à faire avancer le chariot mobile et à découper des volutes brulantes de métal comme si elles se tordaient de douleur en sortant à la pointe de l'outil. Avec son grand tour noir qu'il maneuvrait avec amour et dont il créait des merveilles, il me faisait penser à ces vieux soldats qui faisaient mouche avec des fusils au canon ovalisé et usé par les tirs.  Le jour où il mourut,mon oncle nous dit en épitaphe, que cet ouvrier était si habile de ses mains rugueuses, qu'il était capable de rectifier un piston à la lime fine.
Dans un coin bien propre une fraiseuse, une Van de Velde, de couleur vert tendre, presque neuve. J'admirais toujours avec curiosité la fraise tournante sous le jet de lait blanc de refroisissement, mordant la roue de fonte brute, pour en y creuser des chevrons et la transformer en engrenage. Une fois la course du plateau réglée, les manivelles tournaient d'elles-mêmes par enchantement et le travail se faisait presque automatiquement, sous les yeux attentifs du fraiseur. Ouadah avait alors du temps libre qu'il employait à faire des clownneries et à narguer le vieux père Terrasse. Une fois même,pour l'exaspérer, ne trouva pas mieux que de dégraffer  son pantalon et lui montrer son séant,qui était le négatif de son caleçon..!

Lorsque le petit tour à décolleter était libre, je calais une pièce de bois et je m'essayais à tourner un pied de chaise enchanté par la fausse facilité, mais lorsque j'arretais le moteur, je ne voyais qu'une pièce rugueuse et mal proportionnée.
Ouadah qui s'inquiétait pour sa machine de précision, n'oubliait pas de me demander de bien tout nettoyer, les glissières, comme le plateau, avec un pinceau. Une fois, je vis son savoir faire en action. Il tournait un espèce de cône bombé dans un gros bloc de fonte d'aluminium, une "aiguille" qui devait régler le débit d'un courant d'eau sous forte pression. Cette pièce brillante, parfaite et hydrodynamique aurait pu être exposée au Musée d'Art Moderne.Mais, Ouadah mon ami, avait d'autres talents cachés: pendant les heures supplémentaires, il  travaillait à son compte, ou plutôt pour celui des poseurs de bombes en  fabricant des engins mortels. C'était du moins ce qu'avait rapporté la police à mon père, après que Ouadah eut subitement disparu de son lieu de travail, fin 1960...

   Le Modeleur

Monsieur Gasco, en blouse grise, le cheveux lisse et déjà rare, avait une maison de fonction, un petit logement qui servait ainsi de conciergerie. Mais son métier était celui de maquettiste: il réalisait pour les envoyer à la fonderie, des moules en bois vernis, qui étaient la copie exacte d'une pièce brisée et introuvable. Séparé du bruit des machines, à l'étage supérieur, son bureau était encombré d'outils de dessinateur, mais aussi de mesure. Des palmers pour mesurer au micron près le diamètre des axes, ou des pieds à coulisse de toutes tailles pour vérifier les longueurs, et aussi des compas balustres, des équerres, tout un attirail de crayons, de gommes qui m'enchantait. Mais chez lui, pas question d'y pénétrer seul! Sur des étagères, des demi-coquilles de bois, des moitiés d'engrenages et de poulies attendaient l'expédition à la fonderie.
A temps perdu, il peignait de petits tableaux naifs , à l'huile.Ce devait être un homme heureux,il vivait dans son art.

  Le Maneuvre.

 Le vieux Madani est,
 Depuis que je le connais,
 Le meme homme agé,
 Qui ne change pas au fil des années.
 Sa chéchia un peu de coté,
 La moustache blanche et éffilée,
 Les petits yeux perdus dans sa figure ridée.
 Il se lève,lorsque mon grand-père parait,
 Lui tend une main tremblante.
 Les deux vieillards sont ensemble.
 L'un est ouvrier,l'autre Directeur,
 Mais tous deux ont vécu les memes heures.
 L'un est pauvre,l'autre propriétaire.
 Dirait-on maintenant,l'un est colon,l'autre prolétaire.
 Mais jusqu'à ces derniers temps,malgrès son age incertain,
 Le vieux Madani gagnait son pain quotidien,
 Et matin et soir,mangeait à sa faim.
 Quand un mois de juillet,au beau milieu de l'été,
 L'usine,par l'arret d'un préfet,fut fermée.
 Le vieux Madani recut une nouvelle citoyenneté,
 Mais il en est mort,affamé.

  .
(Epilogue à suivre).

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 09:28







Aveux à vous...


Il est temps que je vous fasse un aveu: je ne savais pas,
ne sais et ne saurai probablement jamais monter à bicyclette!!...
J'ai certes appris à nager sans bouée,
ai affronté les vagues, et même failli me noyer, tout  seul dans une mer méchante à Miramar en direction du Grand-Rocher,
me suis trouvé, plus d'une fois, vis-avis d'une murène peu avenante,
 ai fait des glissades imprudentes avec des patins à roulettes sans frein,
ai conduit des voitures, quand mes yeux dépassaient tout juste le volant,
ai rempli de bourre de coton, d'alcool et de bouts d'allumettes des pieds de chaises pour en faire des canons,
ai fondu, sur le feu de notre cuisinière à gaz, des ampoules électriques pour jouer avec la pâte de verre,
démonté des balles pour en brûler la poudre noire,
fais avec une batterie de l'électrolyse de l'eau simple pour en séparer l'hydrogène et l'enflammer dans un tube à essai,
ai tripoté, pieds-nus, des postes de T.S.F et me suis électrocuté maintes fois,(ce n'était à l'époque que du 110volt !),
ai aiguisé des pointes de flêches de mon arc sur une meule tournant à grande vitesse,
coupé du bois avec une scie circulaire,
manié la gouge tranchante du menuisier,
mais  le plaisir de la bicyclette à dix ans m'avait été interdit par mes parents comme trop dangereuse en ville, à cause de la circulation très dense de notre rue Sadi-Carnot et ainsi ne put en faire l'apprentissage !!.
Celà ne veut pas dire que je n'ai jamais employé ce moyen de locomotion, car, à l'âge de 3 ans et demi, j'étais confortablement assis dans un siège en osier fixé sur le porte-bagage de la bicyclette paternelle, quand nous allions, aux Sablettes, respirer l'air salé, à côté de la route moutonnière, et nous frotter au goudron des galets...
Je me souviens de cette bicyclette, une "routière" dont le haut des roues était protégé par un espèce de filet pour que les vêtements ne se prennent pas dans les rayons. Au retour, Papa poussait un peu la bicyclette de mon grand-frère fatigué, tandis que Maman devançait le peloton avec le cabas ficelé sur son vélo.
Cette route moutonnière doit son nom logiquement aux troupeaux de moutons qui devaient, dans le temps, converger de Maison-Carrée vers Alger jusqu'à leur triste sort au Hamma.

Mais cette ancienne voie, qui longe naturellement la mer, est presque toujours balayée par le vent d'Est qui soulève des vagues courtes et moutonneuses tout le long de la baie.
Des vagues  d'un bleu foncé ourlé de blanc  que le promeneur ne se lasse jamais d'admirer en rêvant, les yeux vers la ligne d'horizon. Les peintres orientalistes ont souvent posé leurs chevalets à la hauteur du Jardin d'Essai  pour peindre la baie.

Ainsi Douglas Mac Leod, Henri Petit, Girardet, Courdouan,
Reynaud et bien d'autres .
Ma tante Suzanne Meyer avait fait un superbe tableau à l'huile de la méditerranée toujours un peu agitée à cet endroit, et dont les rouleaux venaient mourir sur les graviers. Cette toile, large comme un panorama maritime, ornait notre salon algérois.....
Dans les années 50, cette route fut choisie pour  une course  de bolides " Les 3 Heures d'Alger" . Ce fut un grand évenement sportif que mon frère et moi, passionnés de voitures, ne voulûmes pas manquer et nous fimes pedibus jambiscumque, un assez long trajet, pour, derrière les bottes de pailles, voir ces Ferrari et Maserati passer sous nos yeux comme un éclair ! Comme il n'y avait pas de tribunes et étions de plein-pieds avec la route rectiligne, sans recul, les voitures à peine en vue au bout de la route disparaissaient déjà dans un bruit de tonnerre !
Et flottait cette odeur caractéristique du mélange riche que ces moteurs brûlaient. La chaleur était insupportable sur le terrain sans ombre, mais nous étions de jeunes enthousiastes insensibles à ce manque de confort pour voir de près et caresser, en fin de course, les carosseries multicolores de ces voitures de rêve.
Mais ce souvenir n'est pas perdu: à cette occasion nous avions étrenné une caméra très simple, dont il fallait remonter le ressort entre chaque prise de vues ! Un film en couleur de format 8 m/m d'une durée de deux minutes  a fixé maladroitement, mais pour l'éternité,  le passage éclair de ces voitures. Il dort en lieu sur, avec le tableau-marine, et avec d'autres films et photos, et même un enregisrement d'une émission de radio pirate. Ils n'ont jamais revu vu le soleil depuis l'exode pour la raison que chaque jour prétendait être plus urgent que le  précédent et ainsi traine depuis presque 50 ans un trésor  dans une cave, que je ne suis pas pressé d'ouvrir !!
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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 08:30







Marinade..

Avec toutes ces belles photos de Jacqueline sur la Madrague,
il m'est revenu un souvenir de cette plage très fréquentée.
J'y allais souvent seul en autobus qui partait de la Place du Cheval.
Mon cousin avait acquis une toute petite barque, qui avait la particularité d'être construite en bordés d'acajou, au lieu d'être peinte de couleur vive, comme ses soeurs qui dansaient toute la journée dans l'eau transparente du port.
Elle était vraiment attirante avec ses boiseries vernies et son acastillage de laiton brillant. Voilà que je parle comme un spécialiste des choses de la marine !

L'équipait un moteur hors-bord de modeste cylindrée fixé sur l'étambot , et  dont la mise en marche dépendait vraiment de son humeur matinale. A défaut, il nous faisait les muscles des bras quand il fallait tirer énergiquement la ficelle qui entrainait sa poulie, mais le toussotement suivi par le ronronnement était une vraie récompense. Un autre petit inconvénient auquel nous n'avions pas fait trop attention au début, était le bain de pieds qui nous attendait chaque fois que nous nous asseyons dans la barque: après tout ce n'était que de l'eau de mer, chose naturelle même dans les cales des plus grands paquebots. Le vendeur l'avait averti: le calfatage a été refait récemment et le bois des lattes doit se gonfler au contact de l'eau et assurer ainsi son auto-étanchéité, comme les douves d'un tonneau. De toutes les façons, la barque, outre ses deux rames, était munie d'un seau, très utiles : les unes en cas de grêve de moteur, l'autre en cas d'inondation. L'avantage était qu'en cas de nécessité  de sabordage, il n'y avait pas à ouvrir  un bouchon de secours :il suffisait de s'arrêter d'écoper.
 Pourtant, sans trop m'éloigner du rivage, j'ai gouté à la liberté de la navigation dans les eaux libres, seul maitre à bord après Dieu . Assis à la poupe et serrant fort le gouvernail, virais contre le soleil, me laissais griser par l'écume qui giclait et me trempait, comme un marin aguerri, dans cette odeur de sel purifiante, la barque plongeant son nez dans les vagues pour mieux se cabrer ensuite. Passant en revue la ligne éloignée des baigneurs qui n'avaient pas la chance d'être comme moi à la fois dauphin et mouette !!.
De brefs instants de bonheur inoubliable que je respirais à pleins poumons..La mer changeait de couleur, du vert  clair au bleu outremer, suivant que je passais au dessus de fonds de sable ou de rochers moussus .
 La rentrée au port était solennelle. Je diminuais les tours du moteur, inquiet en vue du phare, pour ne pas rater la passe, et, lentement, j'accostais  le long du quai avec la feinte indifférence d'un vieux loup de mer.  La semaine suivante, nous étions revenus en groupe, et cette fois en auto. Nous étions déjà en maillots, prêts à appareiller, lunettes de soleil, boissons, les pieds nus sautillants sur le quai de ciment surchauffé en cette belle journée d'été.
En nous approchant et évitant de gêner les pêcheurs assis les pieds ballants, et leurs lancers d'hameçons au "broumitche", nous n'avions pas remarqué tout de suite l'absence de la barque, ancrée à sa bouée une semaine auparavant. Il n'y avait que des canots de couleurs pimpantes qui s'entrechoquaient dans des clapotis qui me faisaient venir l'eau à la bouche d'une promenade prochaine.

Nos yeux écarquillés ne voyaient dans la darse rien de semblable à de l'acajou, et accusions déjà un éventuel voleur, lorsque je vis près d'une bouée orpheline, mais sous quelques mètres d'eau limpide, notre barque penaude, dont la silhouette tremblait au grès des rides, attendant patiemment que son bois gonfle, comme l'avait expliqué ce filou de vendeur, mais qui n'avait pas précisé combien de temps....

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 16:45
   


    

        Un fin duvet....



C'est décidé. Ce Jeudi après-midi de printemps, j'irai au rayon des jouets des Galeries de France.
Sans un centime en poche, mais seulement pour y admirer le voilier en bois que je rêve de faire naviguer sur le grand bassin du Parc de Galland.
Je me sentais encore un enfant , malgré un fin duvet qui commencait à orner ma lèvre supérieure. Comme d'habitude,  je marche à pas rapides, je connais le trajet par coeur, mais ces sacrées chaussettes hautes dont ma mère s'obstine à me munir, glissent tout le temps, malgré les élastiques qui me coupent les jambes et comme un héron en équilibre sur une patte, je dois les remonter l'une après l'autre tous les cent pas .
La rue d'Isly ombragée est bruyante et sur les trottoirs se mêlent les landaus de mères précautionneuses, des flanneurs âgés, et des acheteurs en quête de bonnes affaires.J e voyais déjà se détacher au loin ce qui aurait pu sembler être le stuc d'un musée ou d'une Mosquée, lorsque vint à moi une apparition gracieuse, un visage fin aux yeux noirs soulignés de bleu pastel, un voile transparent brodé d'or cachant à  peine des joues maquillées. Au risque en me me retournant d'être transformé en statue de sel*, je voulus revoir cette apparition fugitive, et ne vis que le dos d'une silhouette altière, chaussée de talons hauts et d'un bracelet d'argent à une cheville fine, qui laissa dans son sillon une mystérieuse odeur de musc. Je restais sur place, surpris par cette image comme sortie d'une exposition orientaliste, et une bouffée de chaleur empourpra mes joues . Je poursuivis ma promenade comme un automate, mais le rayon de jouets brusquement ne m'interressait plus, occupé seulement à conserver vive cette vision merveilleuse qui allait meubler mes nuits...
C'était pour moi le mystère de l'Orient dans toute sa beauté, que je venais de croiser et après tout, bien au fond de la rue d'Isly, la Casbah n'était pas si loin, mais je n'osais m'y aventurer qu'en rêve...Après tant d'années, j'envie encore ces peintres qui ont
peut-être eu cette jeune femme comme modéle de leur odalisque..    


*Comme l'est écrit dans la Bible sur l'aventure arrivée à la femme de Loth, qui dans sa fuite, malgré l'interdiction, se retourna !. Sur les rives de  la Mer Morte, dans les collines riveraines de Sdom, on peut distinguer (avec beaucoup de bonne volonté !) une statue taillée dans la roche friable par l'érosion...


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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 12:18









     Si-mca 5 m'était contée...


Pour moi, dans juste l'après-guerre(la Deuxième), la Simca-5 était la voiture la plus petite que je connaissais. Avec ses deux portes, un beau radiateur chromé et sa roue de secours plantée à l'arrière, elle était une voiturette  toujours luisante puisque c'était celle d'un cousin qui la bichonnait amoureusement, essuyant les grains de poussière qui avaient eu l'audace de se coller à la peinture polie pendant le trajet entre le garage et son bureau. Dans les tournants, sortait de la carosserie comme un nez de Pinocchio pour indiquer les changements de direction.
Mais, j'en connus une autre, bien différente, quoique du même modèle. Et même je peux me vanter de l'avoir conduite à l'âge de dix ans, sans  défier la Loi.
Dans une rue de Sétif, je ne risquais pas d'excès de vitesse, je roulais au pas, serrant dans mes mains les rênes d'une bonne jument grise qui traînait  la carcasse de la Simca, allégée de son moteur et même de son pare-brise dont la visibilité était en partie masquée par la croupe ondulante et la queue fournie de  cette gentille pouliche. C'était une voiture devenue traction-avant et super-écologique avant son temps. Ni volant, ni freins, ni changement de vitesse et surtout pas de marche-arrière ! Impossible de se tromper, il fallait seulement savoir claquer de la langue et  connaître le language des guides en cuir pour faire un tour dans la rue du Dr Gautier, près du marché aux moutons, encadrés par les joyeux yaouleds enchantés
de s'agripper au pare-choc arrière. Et même, je vous vois venir, cette jument en promenade savait se retenir, car elle savait que le chauffeur était à l'air libre et même, gentillement de temps à autres,  lui chassait rapidement de ses longs crins les mouches du visage, un coup d'éventail bienvenu dans la chaleur de l'été.....




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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 14:56

  


 

                    Le Scorpion de la Femme Sauvage.

Scéne I
Un jour de classe, j'avais "tapé cao"*, mais officiellement puisque j'accompagnais mon père dans ses courses industrielles. Je ne sais à  quelle usine nous devions aller, mais je me souviens que nous avions emprunté la route large du Ravin de la Femme Sauvage, creusée dans le tuf jaune qui nous aveuglait en reverbérant le soleil généreux de l'été.

Pendant que mon père s'entretenait dans un bureau au frais, moi je préférais attendre dehors et explorer les lieux. Armé d'un roseau, je battais cette campagne, bottant la pierraille et brusquement vit un scorpion  (qui avait aussi les pieds noirs) que j'avais réveillé de sa sieste. Un scorpion est un animal qui se déplace trés vite, mais je réussis à  le faire entrer dans une boite de conserve qui trainait sur le sol et l'enfermais avec mon mouchoir.
J'oubliais seulement d'informer mon père de ma découverte et du nouveau passager, car je craignais sa désapprobation. Arrivé à  la maison, je choisis un bocal , y mis un lit de feuilles, ne sachant pas de quoi se nourrit un scorpion**, et fit d'un papier transparent un couvercle que je percais de trous pour  l'aération....Je l'installais sur la table de ma chambre, heureux de pouvoir l'observer de prés,  tout imbu de ma lecture du livre de  Fabre sur les insectes. A côté du verre de la grasse sauterelle verte et du papillon Roi, victime de sa beauté.
Le lendemain, je décidais de lui apporter quelques fourmis pour meubler son loisir forcé. Elles ne manquaient pas, se donnant la bonne adresse en montant le long du mur, pour emporter les miettes de mes tartines à la confiture. Pendant ce transbordement d
élicat , je renversais le bocal et mon prisonnier prit la fuite.


* Adaptation de l'italien "manca ora".(?)

**J'appris plus tard qu'ils sont carnivores !


Scène II
Comme j'étais pieds-nus, et seul à  la maison, je  pris la poudre d'escampette, fermais ma chambre à  clef (!) mis quand même une serpillère contre la porte, et attendis le retour de mes parents. Je dus leur annoncer la bonne nouvelle que nous avions un nouveau locataire. Ma mère pratique se saisit de l'annuaire pour chercher un spécialiste de la question, mais il fallait d'abord en trouver le nom, nous ne connaissions que celui de Bombonel...

Et elle s'apprêtait à  téléphoner aux pompiers, mais la peur du scandale la retint et mon père décida de régler ce problème en famille...

D'abord,  il sortit du placard des godasses à  clous de la dernière guerre, et s'arma d'un balais, et ouvrit la porte de la chambre bleue avec circonspection. Maman et moi nous étions le deuxième front de réserve et attendions au fond du couloir avec la tapette des tapis. Comment retrouver cette bestiole, dans le cartable, sous le lit, dans la bibliothèque, derrière les rideaux, autant de mille caches à  explorer, et le tout avant la tombée du jour. Mon père, ce héros qui avait fait la guerrre de Tunisie, avait  maintes fois couché à  même le sol, eut une idée géniale, comme l'inspecteur Pluvier: tiens,tiens ,tiens dit-il en avisant mes chaussettes sortant de mes chaussures dans un coin de ma chambre. Des chaussettes qui avaient fait une longue marche au soleil et odorantes à  souhait !...

Il renversa une chaussure sur le carrelage, c'était la bonne: s'y échappa un scorpion affolé qui finit sa carriére sous le soulier à  clous, en 3 coups comme au théatre, mais cette fois pour sonner la fin. Je n'ose imaginer le cas où cette bête aurait été introuvable chez nous , pensez 5 étages x 2 =10 locataires à  évacuer en fin de journée , c'eut été une autre manchette de journal pour Essmma ! Les scorpions, les campeurs le savent bien, adorent l'odeur suis-generis des pieds, et les scouts toujours secouent leurs chaussures avant de les enfiler. Une leçon que je n'ai jamais oubliée. En plus, le scorpion noir est trés méchant: quand on l'attaque, il se défend...

J'ai lu que les paysans en Algérie frottent d'ail les pieds des petits enfants, odeur qui fait fuir le scorpion.

Pour ceux qui ne craignent pas les cauchemards, un site précis sur ces bestioles très communes :

http://www.messcorpions.com/anatomie.php


Certains Scorpions peuvent atteindre une taille respectable de 10cm. Un jour dans une auberge de jeunesse du Néguev, j'en ai vu un sortir de dessous d'une potiche fleurie, de couleur d'un vert magnifique, qui avait trouvé une fraicheur provisoire car je mis un terme à son escapade. Une autre fois, après avoir bouclé mon sac au dos dans une maisonnette de bois qui m'avait accueilli pour la nuit, et en le jetant sur mon épaule, je vis tomber un scorpion noir, une espèce mortelle qui se faufila dans les interstices du plancher. Contrairement à ce qu'il est souvent décrit, un  malheureux scorpion placé au centre d'un cercle de feu, ne se suicide pas avec son dard, car il est lui même immunisé contre son propre poison. Curieusement, il résiste aux irradiations radio-actives des champs de tirs. En participant à des fouilles archéologiques à Arad (Néguev), j'eu l'occasion de manier la pelle et la pioche dans l'entaille d'une colline. Un matin alors que j'étais en pleine action, je ressentis une brûlure...entre mes jambes et sortis de mon trou comme un  pantin de sa boite à ressort et sans aller plus loin, aux yeux de mes camarades hilarants, me déshabillais rapidement: je vis sortant des plis du pantalon, un scorpion de petite taille qui ne me causerait, me dit l'archéologue blasé,  qu'une douleur passagère. Le seul moyen d'atténuer la douleur est d'appliquer de la glace ! Allez trouver de la glace en plein désert, en été...J'aurai au moins réussi à faire sourire le lecteur ..
 


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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 09:02




                       Fait divers en été...

Autant l'hiver est humide et glacial, autant l'été d'Alger est étouffant, c'est une banalité.
Même au cinquième étage, l'air est immobile.
On ne sait plus s'il vaut mieux se réfugier du feu en fermant les fenêtres ou, au contraire, les ouvrir en grand pour profiter d'un souffle éventuel. En attendant il y a une solution simple qui consiste à arroser le carrelage. L'évaporation rapide des gouttes d'eau rafraichit un peu les pièces. Cet expédient extrème rappelle celui du  Capitaine d'un voilier en détresse qui jetterait ses tonneaux d'huile sur les vagues pour les calmer. Notre détresse à nous est ce brasier immobile et moi le moussaillon de cette mer brulante des Sargasses, je me suis porté volontaire avec joie et, pieds-nus, je répands avec trop d'enthousiasme l'eau du seau qui gicle aussi sur les murs.

Je patauge dans les flaques, je fais du ski nautique sur les carreaux et viens me  raccrocher à temps à la rambarde de la fenêtre de la salle à manger.
J'y m'accoude, toujours enchanté par ce paysage que je découvre un peu plus chaque jour. Là bas sur les quais, des ouvriers refont un toit de tuiles. La bâtisse de Cerutti, sans pudeur, montre sa charpente nue. Les fumées des grues à vapeur montent droit dans le ciel. La mer est plate et aveuglante. Pas un seul nuage pour délimiter ce ciel trop bleu. Le bois du chambranle de la fenêtre est chaud et me réchauffe agréablement la poitrine. Je suis né  lézard.
En bas dans la rue, les trottoirs sont déserts. Qui s'aventure à deux heures de l'après-midi dans cette rue sans ombre, si non pour  une affaire urgente!
Même le tram passe vide et ne s'arrête pas à l'arrêt des Deux-Moulins. Pourtant voici que s'avance, sortant de la rue Bourlon, un arabe en chéchia emmitouflé dans son burnous, marchant lentement . Il rajuste son peplum de coton sur les épaules. Il devait certainement sortir de la Gare de l'Agha, car ses pas  sont  hésitants. Mais il finit par s'y retrouver et allonge sa course. Du fond de la rue Sadi-Carnot, au coude du Champ de Maneuvres, arrive en silence une citroen toute noire, elle rase le trottoir alors que la rue est vide de trafic et m'intrigue.
Arrivée à la hauteur du passant isolé, j'entends un coup de feu et la voie s'échapper. Sur le trottoir l'arabe recroquevillé se tient la jambe , sans une plainte, ses babouches éparpillées, son baton de côté. Il est seul dans la rue, personne ne semble avoir rien vu et entendu, il s'étend maintenant au coin du mur. Après un moment de stupéfaction qui m'a un peu paralysé les sens, je me saisis du téléphone. Sur le cadran, en plus de notre numéro, le  348-68, celui des pompiers. Je les préviens de ce que je viens de voir et leur demande d'envoyer une ambulance, et vite retourne à mon poste. La caserne des soldats du feu de l'été est située sur le mole Billard, éloignée mais juste dans l'axe de ma fenêtre. Presque tout de suite j'entends, venant du fond du port, la corne des pompiers. Cette fois ils ne viennent pas éteindre un palmier en feu du Boulevard Victor-Hugo. L'ambulance rouge et crème monte déjà la rampe Poirel et tourne au carrefour de l'Agha. Elle est là sous ma fenêtre. Des hommes, casqués d'argent, sortent avec des gestes bien huilés une civière, la charge d'un pauvre paysan avec son baton et son ballot, referment la porte arrière, et filent vers l'Hôpital de Mustapha. Les babouches restent dans le caniveau.J e suis un peu déçu parceque  la scène n'a pas duré plus de temps que le coup de pistolet. Un fait divers en été , insignifiant sans doute car il qui n'a même pas paru dans les journaux du lendemain. Il est vrai que leurs manchettes étaient remplies de photos atroces, de voitures explosées en plein centre de la ville et de listes de Francais innocents.

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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 12:51



        Was ist das ? : Le Vasistas.

Notre salle de bains était un frigidaire en hiver, mais l'eau chaude coulait à volonté, après que nous ayons allumé un chauffe-eau à gaz, accroché au mur. Evidement, il n'était pas question, dans mon enfance, de l'allumer tout seul. C'était pourtant simple, il fallait ouvrir une  petite fenêtre et y introduire une allumette près de la veilleuse, et tourner le robinet de gaz miniature. La flamme bleue alors montait autour du serpentin  de cuivre, qui chauffait sur le champ l'eau courante. C'était un appareil imposant, tout en nickel, qui lui donnait un aspect net et médical. Il ronflait agréablement et la vapeur, qui montait de l'eau chaude de la baignoire, se condensait sur les murs brillants. Tout y était blanc, les sanitaires, l'armoire à pharmacie, la petite table en bois avec le pèse-bébé devenu inutile, mais une grande balance identique à  celle de notre pharmacien trônait dans le coin, avec ses réglages compliqués.
Dans cette salle de bains, parceque les murs laqués nus et lisses résonnaient bien, j'y chantais toujours à plein poumons" Au près de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon !" ou " En entrant dans la Lorraine avec mes sabots"...quand je n'avais pas sur ma figure mes nouvelles  lunettes sous-marine et chaussé mes palmes   que j'essayais en eau-douce !
Cette baignoire  avait un défaut chronique: son tuyau en plomb d'évacuation, caché dans le coffrage se fissurait quelques fois et pour moi c'était l'occasion de voir arriver le plombier, sa sacoche de côté. Un petit homme moustachu à casquette, qui sentait le pétrole de sa lampe à souder et le cuir de sa boite à outils. Dans sa bandoulière, étaient enfilés des joints de caoutchouc, comme un chasseur porte sa cartouchière. Il connaissait l'endroit par coeur, enlevait le coffrage de bois, qui masquait le dessous de la baignoire et, avant de se mettre au  au travail, il n'oubliait jamais de m'écarter gentillement, bien qu'heureux de voir en moi un admirateur. Il lui fallait  vaporiser le pétrole de sa lampe, en agitant rapidement sa petite manette, alors avec son briquet, il allumait une longue flamme jaune terrifiante qu'il racourcissait au bleu pointu en tournant la molette de son carburateur.
A genoux sur le carrelage, d'une main une baguette de plomb, de l'autre sa lampe ronflante, il caressait de la flamme le tuyau défectueux en y faisant couler la baguette, rapidement pour ne pas trop ramollir le tuyau. C'était un artiste car quelques secondes de trop et le conduit en plomb pouvait se percer. Avec un chiffon, il essuyait la soudure pour lui rendre cet aspect brillant du neuf.  Un petit métier d'une grande importance.

Un jour que je jouais dans la baignoire, et regardais le vasistas haut placé, je me mis à réaliser qu'en fait je n'étais séparé du vide  que par ce mur  qui justement à la jointure  de la baignoire s'écaillait toujours, malgré les peintures successives.
Ce fut les nuits une succession de cauchemards où je me voyais au bain suspendu dans le vide, comme dans un tableau de Chagall. Ce genre de vertige vient souvent meubler mes nuits, quand ma journée a été trop tendue avec des impressions de chutes  et glissade vers le néant, alors  que j'étais un bon marcheur et qu'en montagne les  sentiers abrupts des excursions ne m'ont jamais effrayés.
Cette piéce se transformait souvent en salle de l'Inquisition, lorsque bronchiteux,  je devais subir le supplice des ventouses, acquises chez notre pharmacien Monsieur Creange.
Un baton, entouré de coton trempé dans l'alcool, faisait office de brûloir, et plongé un instant dans ce verre épais, en absorbait l'air et vite posée sur mon dos la ventouse se collait et aspirait mon sang comme une pieuvre. Le but était de me décongestionner les poumons, mais comme si ce n'était pas suffisant, pendant le même temps, assis sur ma chaise de torture, mes pieds trempaient dans une bassine d'eau brûlante assaisonnée de moutarde forte. Attaqué par le feu de la médecine par le bas et par le haut, j'en sortais  rouge comme une écrevisse et soulagé  (de la fin heureuse), et aux dires de ma mère,,je respirais bien mieux. Il m'en reste pourtant un souvenir cuisant sous l'omoplate gauche, très utile pour le médecin légiste en cas de mon authentification difficile....

Ma chambre était située juste en face de cette salle de bains.Je dormais encore dans un lit cage, avec mes deux amis inséparables: Ric et Rac, deux roquets l'un noir,l 'autre blanc, brodés sur mon coussin...
Couché, la porte de ma chambre grande ouverte, je pouvais voir en face le lavabo à pied, et le grand miroir qui le surplombait. Une nuit, après avoir éteint la lumière, maman laissa la porte de la salle de bains  ouverte.
Inévitablement, je vis dans la semi-obscurité une ombre qui bougeait et qui n'était que la mienne, et me terrorisa car elle s'agitait avec moi ! Alertés par mes pleurs, je finissais souvent la nuit dans le lit de mes parents.
Un matin que je jouais avec mes soldats sur le tapis de la chambre, à la fois le  bruiteur, commentateur et metteur en scène de la bataille, une détonation violente me fit sursauter, la porte de la salle de bain s'ouvrit et vomit  un épais nuage blanc et dans ce brouillard s'esquiva dans sa chambre ma mère entourée seulement de vapeur... Ce chauffe-eau, une bombe à retardement, avait explosé, sans faire d'autre dégat, à cause  d'un thermostat défectueux. Il était tout cabossé, mais moi je gardais le souvenir d'une vision maternelle inconnue.

Lorsque mon grand frère emménagea dans une chambre avec une belle table d'études, à tiroirs multiples, j'héritais de son lit,  qui faisait face à la fenêtre à battants. De là, je voyais les immeubles voisins sur cour, mais aussi le dos d'immeubles donnant sur la rue Clauzel. Les murs étaient faits avec des moellons cimentés et ressemblaiemt à des alvéoles de ruches.Tout en haut, un tuyau de cheminée se terminait par une girouette de fer pour évacuer la fumée dans le sens du vent. La nuit venue, elle ressemblait à un personnage qui tournait a la bise d'hiver, elle grincait  et me remplissait d'effroi  comme un fantôme qui s'agitait derrière les rideaux de tulle.Les nuits de rafales de vent, j'étais hanté par cette vision nocturne et fantastique. Le matin, tout redevenait tranquille et amical avec les bruits du foyer. Mais il fallait abandonner le lit douillet pour me préparer pour l'école.

Je suis assis sur la planche en bois, ma culotte courte tombée sur mes sandalettes et je rêve, comme d'habitude, en regardant par la petite lucarne tout en haut , le tuyau d'évacuation du brûleur de ce chauffe-eau de la salle de bains voisine. Ce tuyau coudé, qui sort du mur, se termine par un petit chapeau en zinc. C'est un endroit parfait pour faire un nid se sont dit les hirondelles, et elles y ont tressé leur palais avec des brindilles. L'air chaud est idéal pour aider à couver les oeufs. Maintenant, c'est  un và et vient continuel pour nourrir les petits becs  toujours affamés , que je peux observer à ma guise, sans les déranger. Ces hirondelles toutes noires ont vraiment une queue.. d'aronde. Mais elles ne reposent jamais , se laissent  choir en piqué et remontent avec une  mouche, sans doute gobée au passage, un dessert pour les oisillons. Un matin silencieux, je ne vis plus le nid et mes petits amis, mais quelques duvets encore accrochés au rebord du tuyau. Papa me dit que, sans doute, la famille avait déménagé, mais moi je sentais  qu'un drame était arrivé et comme j'insistais, il m'expliqua que le nid avait dû s'effondrer sous le poids des oisillons mais qu'ils s'étaient envolés, déjà assez grands pour essayer leurs ailes. Mais moi, j'imaginais leur mort atroce dans le feu du chauffe-eau sans que leurs parents aient pu les sauver. Jamais les hirondelles ne revinrent y batir un nid . Le tuyau de zinc resta seul sur le fond de ciel bleu.
Il avait connu les joies, les caresses des battements d'ailes et les pépiements des jeunes, et maintenant  je l'imagine avec les années rongé par les intempéries, tout  percé par la rouille et  recroquevillé sur lui même, c'était mon enfance abandonnée.

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 20:39
     

                                              Les petits pieds nus.

    Teniet-el-Had* est un endroit magnifique dans les montagnes de Kabylie, qui est célèbre pour ses forêts de cèdres et chênes verts. Son lieu de naissance et l'histoire de sa piqure par un scorpion dans sa jeunesse nu-pieds, c'est ce qu'il me reste de la biographie de Suzanne Dali, avant qu'elle ne s'établisse à la Casbah et ne commence à travailler chez nous, pour vivre. Elle s'enorgueillissait dans ses très rares moments de confidences d'avoir un ami, son ami, journaliste à Alger-Républicain. ll faut dire qu'elle était fort belle avec sa chevelure fournie teintée au héné, qui s'échappait en grandes boucles lorsqu' elle enlevait son foulard. Grande et forte, ses lèvres larges s'écartaient , quand elle riait avec moi, sur des dents éclatantes. Quand elle arrivait le matin, elle se déshabillait de son voile et de son haik dans la cuisine en fermant la porte à clef, car j'avais déjà grandi et elle ne me permettait plus de jouer avec elle comme auparavant,  en me blottissant sous  ce voile de coton qui sentait bon son corps chaud.
"Par quoi commencer," questionnait-elle, s'adressant malicieusement à ma mère, "Monsieur se fait la gym!".
En effet à cette heure, papa faisait, dans le salon, ses exercices de gymnastique suédoise, torse nu, avec de lourdes haltères, avant de faire des tractions, en se pendant à une barre ancrée dans le chambranle de la salle de bain.
-Aujourd'hui, nous "faisons les tapis", s'écria ma mère, il fait déjà chaud !
Chaque année, c'était le même cérémonial. Le Dey d'Alger avait un Palais d'Hiver et, avec les premières chaleurs, emménageait au Palais d'Eté, ou dans une de  ses villas fraiches d'El-Biar, mais chez nous comme pour les autres algérois, avec la tiédeur printanière, commençait la nomadisation locale des tapis. Le sol des appartements était carrelé de belles mosaiques, comme dans les pays méditerranéens: durant l'hiver froid et humide, ce carrelage nu et glacé aurait été la source de refroidissements sans ces nécessaires tapis qui prenaient, hélas, de la place et de la poussière.
Le jour "J", c'était aussi le jour des... journaux accumulés pour servir à emballer, pour l'été, ces tapis à poils longs ou courts. Imaginez ce travail de forçat ! Maman et Suzanne étaient tout juste assez à deux pour, à la fois, soulever le piano à queue et tirer de côté le tapis persan, d'ailleurs un peu percé, (mais son côté abimé était caché par les gros pieds du Gaveau, et en sauvait la face), alors, je venais à l'aide en tirant par ses franges cette merveille récalcitrante qui découvrait un carrelage...terni.
Il fallait ensuite le retourner et lui administrer une sévère correction avec une tapette de jonc souple qui lui faisait rendre ses grains de sable accumulés tout l'hiver. Il était  trop lourd pour être suspendu à la balustrade du balcon, comme les petites carpettes des chambres. Quel tapage dans la maison, et quel remue-ménage avec les meubles déplacés de côté, l'appartement se transformait en chantier.
Ensuite venait le brossage à genoux, maman et Suzanne, côte à côte,  nettoyant  à l'eau légèrement vinaigrée pour raviver, sans les abîmer, les couleurs de ces dessins symétriques, mais tous différents car tissés à la main. Combien d'heures ai-je passées dans mon enfance à promener sur ces motifs enchevétrés mes voitures miniatures, ou simplement à lire allongé les Cent et un Contes Merveilleux de la collection Nathan, certainement plus qu'à faire mes devoirs de maison !..
Il était temps de terminer ce travail d'Hercule, avant de préparer le déjeuner de midi. A la force succédait maintenant l'habileté. Il s'agissait à la fois de rouler le tapis rajeuni de la manière la plus serrée, tout en déployant les journaux  de la république avec des boules de naphtaline qui me chassaient du salon. Le problème étant d'effectuer cette opération sans que le tapis, en glissant de côté, ne devienne un cône déformé au lieu d'un solide cylindre. Le rouler en sychronisation demande aussi un apprentissage, et ensuite, avant qu'il ne se défasse, la ficelle, passée sous son ventre, le liait comme un gigot avant la cuisson. Le tapis prisonnier soulevé à deux, lourd comme un billot de bois, devait être monté deux étages plus haut, dans une remise sous la terrasse pour passer six mois d'été au frais et à l'abri des mites !
Maintenant, l'appartement pouvait résonner du bruit des petits pieds nus des enfants, le bruit le plus joyeux de mon enfance.
J'aimais me réfugier dans cette cuisine minuscule qui, en plus, était triangulaire: l'architecte avait dû transformer ses erreurs de calcul en parent pauvre de l'appartement. Souvent, je demandais à Suzanne de m'apprendre quelques mots en arabe, mais je n'arrivais pas à les prononcer correctement, avec l'accent guttural et ces séances déclenchaient nos rires. Une fois, ,je voulus expérimenter mes connaissances sur le vif. En me tenant dans le tram des T.A. au plus près du watman, pour admirer la circulation automobile et pédestre que le conducteur écartait à grands coups de sonnette qu'il actionnait de son pied, je lui jetais un "mchi !!" vigoureux que je croyais être le mot encourageant "plus vite". Mais le conducteur se retourna et me dévora cru de ses yeux noirs , je lui avais dit "va t'en !" .....
Suzanne Dali ne travaillait jamais seule. Avec maman, elle s'occupait du linge qui bouillait dans la grande lessiveuse posée sur le réchaud de la cuisine, mais elle  savonnait les grandes pièces de draps sur la planche de bois calée en travers de la baignoire. Le savon de Marseille embaumait la maison, l'activité ces jours-là était telle que je n'avais pas intérêt à fouiner dans les jambes et me réfugiais dans ma chambre bleue. En ravivant ces souvenirs domestiques, je ne peux qu'admirer une fois de plus la vie difficile du train-train d'une maisonnée, sans les appareils ménagers de maintenant, ces robots qui libèrent la femme, et qui l'obligent à aller dans des salles de culture physique pour veiller à sa musculature...
Le jour de gloire de Suzanne était celui des veilles de fêtes, où elle était la spécialiste de la cuisson du Couscous à la vapeur , dans la double vaste jatte d'argile vernissée. Elle même pétrissait  cette graine qui devenait, une fois cuite, la base de tous les mélanges de légumes, de viande, de pois chiches, de sauces piquantes, mais moi, je préferais le couscous au sucre, qui gardait ainsi sa blancheur originale. Quand je pense à ces jours simples et heureux, je vois, avec le recul des années, une situation qui nous semblait si naturelle et maintenant à mes yeux injuste et invraisemblable, du moins chez nous.
Quoi! Suzanne apportait les plats du fourneau, au coup de sonnette de maman, et retournait déjeuner à sa place dans la cuisine, assise sur la chaise de  paille, tout en surveillant une autre marmite sur le feu..? Gling,Gling !!
-Suzanne vous pouvez débarasser et apporter la coupe de fruits ?
-Merci, s'il vous-plait, la carafe d'eau est vide !....
Je dois dire que je me dévouais, histoire de pouvoir me lever de table et de m'esquiver faire un tour à la cuisine. Suzanne Dali ne se servait pas des couverts argentés qui ornaient notre table, un héritage de grands-parents. Non, elle avait sa fourchette simple qu'elle rangeait dans le tiroir de la table de la cuisine, avec le couteau à manche d'os. Les couverts précieux, les couteaux surtout, c'est  elle qui les astiquait avec de la poudre à récurer et un bouchon de liège pour ne pas trop faire de rayures, après que la vaiselle nettoyée et posée dans l'égouttoir de zinc incliné évacuait un filet d'eau dans l'évier de faience. Non, elle n'était pas déguisée en soubrette à dentelle blanche et même faisait un peu parti de la famille, puisqu' elle en connaissait tous les secrets !
 Mes enfants, à qui je raconterai celà, en seraient ébahis. D'abord parcequ' une servante n'a jamais existé chez nous et que cette quotidienne différence de classes les aurait immédiatement pousser à manifester dans la rue !!!(là, j'extrapole un peu trop loin !)
 Peu importe que j'explique à ces jeunes que leur Grand-Mère, en dehors de ses "Mardis" où elle recevait du "Grand Monde" ait, elle aussi, travaillé toute la semaine avec notre servante, ils ne le comprendraient pas.
Alors, je préfère ne rien leur dire !!
Il ne faut pas croire que l'idylle régnait toujours dans ces jours de la semaine. Il était des fois où j'étais l'amorce qui mettait le feu aux poudres. Un jour,  j'avais réalisé mon rêve guerrier de posséder, moi aussi, un fusil, car sans lui , et sans  un cheval rapide et fidèle, un homme n'est rien.
Avec une silhouette  en bois, et un clou planté à l'extrémité du canon qui retenait un élastique, ,j'avais réalisé un fusil à un coup qui tirait des carrés de papier pliés en deux , à la manière d'un tire-boulette. Caché sous la table de la salle à manger, un poste de tir idéal, je voyais passer les jambes nues et le chiffon de par-terre qui se déplaçaient ensemble à bonne portée. Clac sur  une cheville  ancillaire m'aurait valu une claque autre part si je ne m'esquivais à temps, et une fois que j'avais trop abusé de sa patience, Suzanne déclara qu'elle en avait assez!  Que chez sa patronne précédente, Madame Sadoun, ses gages étaient meilleurs et le travail moins difficile !! En général, le conflit éclatait les jours de chaleur où  l'électricité statique  dans  l'air sec  agit négativement sur les nerfs  ..
Mais la brouille ne durait pas longtemps, chacune étant devenue dépendante de l'autre.!!
Une fois, Suzanne Dali nous invita chez elle, dans la Casbah, une occasion aussi pour fêter la fin du Ramadan . Je ne sais pas encore comment ma mère réussit à en trouver l'adresse. Je ne me souviens que d'escaliers qui commencèrent rue Bab-Azoun et qu'après un dédale nous avons débouché dans une pièce très fraiche, récemment chaulée. Elle avait une percée qui dominait les terrasses et au fond, la vue sur la mer frisée d'écume . Sur un côté de la pièce, un lit bâti sur une surélévation en ciment, couvert d'une belle couverture aux dessins Kabyles et pour nous asseoir un banc de pierre avec de petits coussins adossés au mur. Un robinet sortait de la muraille blanche. Sur un plateau, des friandises au miel, des zlabias et mekrouds, des gâteaux couverts de sucre glacé et de perles d'anis argentées firent mon délice poli. Je restais interdit devant la sobrieté et l'étroitesse de ce logis, mais c'était tout le royaume de Suzanne Dali, la fille d'un paysan de la haute Kabylie, qui était venue chercher fortune à Alger. Maman entretenait la conversation et c'est elle qui par sa bonté et son intelligence denués de paternalisme dut mettre  Suzanne Dali à l'aise, j'en suis sûr, car je ne me souviens de rien d'autre que de cette découverte d'un autre monde.
Pour finir, peut-être à cause d'une histoire d'amour avec ce journaliste, ainsi que je veux le croire, Suzanne nous abandonna, je pense juste avant novembre 54.
Bien des années après, (entre temps le quotidien "Alger-Républicain" avait été interdit), une visite surprit maman un après-midi. C'est moi qui ouvrit la porte à Suzanne , bien changée, hélas, timide et qui n'osa pas m'embrasser.
Sous son voile, le maquillage un peu fort voulait cacher le ravage des années. Maman l'accueillit au salon, chacune s'assit dans l'un des deux fauteuils de cuir vert, craquelés eux aussi par le soleil, et moi après avoir écouté les banalités d'usage sur mon allure de jeune homme, je les laissais seules. Peu après, maman vint dans sa chambre chercher de l'argent dans un petit tiroir de son armoire à glaces, et revint avec un secours que Suzanne Dali, dans sa dignité, n'avait pas demandé mais que sa visite expliquait. Ce souvenir de la pauvreté est restée une de mes angoisses.
J'espère que Suzanne Dali repose en paix au cimetière d' El-Kettar, à moins qu'elle ne soit retournée voir, une dernière fois, sa forêt de cèdres où elle jouait pieds-nus.


     Grâce au site de Jean Tosti, j'ai eu la joie de trouver la signification de ce patronyme musulman qui figure aussi en nombre au C.A.O.M. (IREL)..
"Mais, la plupart des Dali présents en France viennent d'Afrique du Nord, notamment d'Algérie. C'est, au départ, un nom turc avec le sens de téméraire, courageux."
Comme le disait mon prof de calcul: C.Q.F.D.

*Sur la forêt de Teniet-el-Had:
http://aj.garcia.free.fr/Livret7/L7p42-43.htm



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19 avril 2007 4 19 /04 /avril /2007 20:08



                    Le Vase d'Alger.

Tout à gauche, après le petit hall d'entrée, un recoin bizarre, création de l'architecte dans l'agencement de l'appartement, qui aurait bien pu recevoir une belle commode avec sa vitrine pour des chinoiseries  fragiles. Mais notre appartement était comme une Symphonie Inachevée, ce qui ne fut pas installé dans les années 30 ne le fut évidement pas non plus dans les années 40. La famille avait d'autres soucis, et lorsqu' elle commenca à relever la tête d'autres arrivèrent dans les années 50 et ainsi en 62, nous laissâmes un appartement incomplet et je m'en excuse rétrospectivement  auprès des nouveaux occupants....Mais pourtant ne pensez pas que cette encoignure fut négligée.
Comme la Nature a horreur du vide,mon père, un humaniste cultivé, qui adorait aussi les travaux manuels, avait  incrusté dans cet espace un coffre de menuisier qui s'y logea à merveille. Gràce à ce coffre rempli d'outils, pour moi et mon frère un vrai trésor, j'appris, avant la preuve par neuf, les noms de tous ces instruments à travailler le bois, de la gouge à la varlope, du vilbrequin à la rape, en passant par la pierre à aiguiser.
Maman, qui ne pouvait souffrir cette caisse de couleur grise comme un camouflage de la Marine de Guerre, l'avait recouverte d'une jolie dentelle pour le masquer. Et au milieu, trônait un haut vase à la base bombée  en pête de verre de couleur verte où s'enroulaient à plat des feuilles jaunes, que je trouvais très laid , jusqu'à ce que j'apprenne, plus tard, de ma mère que "c'était un Gallé, de l'époque Art Déco". Un vase hérité de la rue Jules Ferry. Comme il restait un peu de place libre à la base de ce renfoncement, papa, un dimanche, sacrifiant sa sieste (et celle des voisins) y construisit sur les côtés des étagères très peu profondes, exactement à la mesure des centaines  de livrets des collections  Larousse et Hatier, qui étaient empilés autre part. Voilà, le décor est bati et je peux commencer ce court souvenir !

      D'abord, après l'arrivée des Américains en 1942, leur armada devint le point de mire jaloux des allemands, qui commencèrent à bombarder la ville. Maman décréta qu'en cas d'alerte, et de difficultés pour descendre à l'abri, nous devions nous asseoir sur le coffre, protégés par ce mur plus épais qui nous séparait des voisins. Une assurance toute morale. Du centre de documentation que les Alliés avaient ouvert rue Michelet, nous ramenions des revues superbes en papier glacé, (alors que nous coupions encore en quatre et huit les journaux pour...), avec des photos de guerre en couleurs de la marine et de l'aviation alliés. A la seule vue de ces images, nous étions sûrs de l'issue victorieuse  de la guerre . D'ailleurs une des revues se nommait comme par hasard.."Victory".
Mais un petit carnet, avec des photos en noir et blanc de format carte postale, nous passionnait spécialement. C'était une série sous-titrée de clichés de la vie des sous-mariniers, les uns aux manettes de plongée, d'autres chargeant les torpilles dans leurs tubes, ou contrôlant les multiples robinets et manomètres qui tapissaient la coque, tandis qu'attendant leur quart, quelques marins se blotissaient dans des lits suspendus à la paroi. Mais la photo la plus excitante était celle du commandant qui regardait dans son périscope coulissant, ses deux mains serrant les poignées qu'il repliait pour rentrer le schnorkel, avant la plongée pour l'attaque. Immédiatement imbibés de cette vie sous-marinière, nous l'avions traduite au cinquième étage de la rue Sadi-Carnot, en nous asseyant à califourchon sur le coffre gris-marine, le vase de Gallé devenant le cylindre d'un périscope idéal et les Essais de Montaigne des manettes que nous sortions et poussions au fur à mesure des maneuvres de plongée. Remplir les ballasts ! C'étaient 3 tomes de la Guerre des Gaules qui sortaient. Aux torpilles ! c'était Guerre et  Paix qui était enfoncée d'un coup sec ! Ainsi, nous naviguions en profondeur...sans oublier de refaire surface pour le goûter. Et , notre bonheur étant de jouer à la guerre,  jamais  nous ne nous ennuyions, dans notre bataille navale imaginaire en tournicotant ce vase assez lourd que nous avions réussi à ne pas  briser..., seules les couvertures fragiles des petits livrets souffrirent de cette frénésie , écorchés  par nos  mains rapides à exécuter les ordres. Avec la mer calmée, le ciel vidé de ses ronronnements angoissants, la paix descendit sur la ville, et vint un temps où je cherchais fébrilement sur ces étagères les livrets de Caesar, dans l'espoir d'y trouver une aide efficace pour  ma version latine. Puisque Monsieur Dumontet, notre prof de latin, nous traitait maintes fois de "Trou du c.."je n'avais plus d'hésitation à copier cette traduction. J'avoue que maintenant je suis prisonnier de la fin de ce texte. J'aurai voulu raconter au lecteur comment ce vase a été brisé, peut-être à cause  d'une explosion, mais bien qu'elles furent nombreuses, la plus forte due au bateau qui explosa dans le port en 1943 et souffla les vitres  du quartier , mais ce ne fut pas le cas. Le verre. épais comme un hublot. résista à tous les évenements, y compris l'énorme boum qui secoua le Maurétania très proche. Le vase ne devint pas prise de guerre, il traversa la mer,jusqu'au coeur de la nouvelle France. Il est revenu sur la terre de Clovis. Mais je l'ai laissé là-bas, ici c'est vraiment trop dangereux pour lui.J e l'avais trouvé laid, mais c'est maintenant un de mes plus beaux souvenirs d'enfance. Si vous voulez voir ses frères et soeurs, plus souriants à l'oeil les uns que les autres, allez sur le site illustré consacré à  Emile Gallé :    
http://servat.rene.free.fr/galle.htm

n.b.:Un submersible est un engin naviguant très résistant, mais compressible. Une amusante expérience a été faite dans un sous-marin moderne qui peut atteindre une grande profondeur: un fil tendu à l'intérieur de la coque, à sa section circulaire maximale, prend soudain du ventre lorsque le sous-marin plonge et que sa coque se déforme sous la pression de l'eau.( Bien que théoriquement la pression soit également répartie en chaque point).


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Published by georges - dans souvenirs
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