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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:59

Srulik43021 1097

 

                                                                         Courage petit ! (1)

 

 

  En ces heures pénibles, toutes nos pensées patriotiques


 à nos chers habitants des Kibboutzim, villages

 

et Villes du Sud d'Israel, à la portée des tirs incessants


des barbares de Gaza qui abritent lâchement leurs


 fusées et mortiers dans les écoles et mosquées.

 

Toute notre admiration à ce peuple d'Ouvriers et Paysans

 

pour qui la Guerre d'Indépendance n'est pas encore 


terminée depuis 1948.

 

Honte aux propagandistes étrangers et islamistes qui

 

encouragent les assassins du Hamas et du Fatah en

 

parlant de rupture de leur trêve qui n'a jamais existé :

 

pièges mortels, enlèvements, tirs au bazooka sur les

 

véhicules civils et autobus-jaunes (transports d'écoliers),

 

et égorgements d'israéliens n'ont jamais cessé depuis


1948.


Que nos ennemis ne se leurrent pas, Israel avec

 

Jérusalem comme sa Capitale sont éternels .


 

(1) "Srulik" :Caricature de Gardosh : http://en.wikipedia.org/wiki/Srulik

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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 20:00



Il a, disait-on de moi, une " situation bien assise ". Mais cette phrase où pointait un grain de fierté (ou de  jalousie !), ignorait combien cela m'était devenu pénible pour mon dos, bien  que calé par un dossier confortable, avec des accoudoirs avenants. Après 50 ans et à raison de 9 heures par jour à siéger  devant l'écran de mon ordinateur, pour écrire des programmes dans un langage ésotérique dont la compilation pleine d'erreurs   me poursuivait quelquefois de son assiduité pendant la nuit, je rêvais de ne pas être né invertébré.
                                     

Il y a bien des années, pour ne pas me séparer le jour du repos sabbatique de ma baie de mesures, j'avais confectionné à la maison avec des tombées  de balsa, de la colle blanche et du  fil de cuivre la maquette de mon gagne-pain ! Ce testeur automatique qui était alors  très performant pour l'époque, consistait en une armoire où étaient disposés sur des glissières en pour facilite l'accès, une alimentation multiple, des appareils de mesures contrôlés par l'ordinateur et un tiroir électronique inter-face avec son câblage,  un chariot avec soufflerie pour refroidir éventuellement la boite-noire (1) à vérifier, et une imprimante bruyante qui déroulait alors de grandes feuilles perforées en accordéon. Ces rames de large  surface, rayées comme du papier à musique, une fois inutiles, firent de longues années la joie du Jardin d'enfants en permettant aux bambins de gribouiller des soleils sur la face vierge de cet excellent papier. Et puis l'apparition des imprimantes rapides au laser sur un support d'une blancheur éclatante, mit fin à cette gabegie qui dévorait voracement les forêts amazonienne, et les tout-petits durent se contenter de dessiner leurs rêves en format A4 !  

 

Mon gagne-pain en modèle-réduit...

 

jouets 0366

                                                     
Dès la fin des années 60, j'étais passé du métier de technicien qui faisait manuellement toutes sortes de mesures  grâce à des appareils perfectionnés mais qui ne faisaient plus rien quand j'avais le dos tourné , à celui  de la programmation automatique des vérifications du cahier de recettes de toutes sortes de boîtiers. Certes au début il me fallut du temps pour maîtriser le bizarre langage(2), hélas toujours en évolution !, auquel seul obéissaient ces appareils de mesure, qui presque immédiatement et avec une précision sans cesse grandissante, engrangeaient dans leurs mémoires infaillibles les caractéristiques de signaux les plus compliqués. Mais après des débuts difficiles, comme un moderne Monsieur Jourdain, j'écrivais tout naturellement de la prose-machine. Le plus passionnant évidement était de construire les adaptateurs nécessaires entre la baie de  mesures et l'unité à vérifier lorsque la mesure directe était impossible. Simulations de signaux à l'entrée, et mesures à la sortie en temps réel, permettaient la vérification de l'appareil comme s'il était branché dans son univers naturel.
Et sur l'imprimante défilaient les résultats des mesures et dans le cas où l'une d'elles sortait des limites imposées par le constructeur, une adresse renvoyait l'opérateur à son programme pour ensuite faciliter le dépannage.
Tout l'art du programmeur est de fournir en cas d'erreur le meilleur diagnostic pour situer la panne électronique dans l'unité testée.
Il existait des tests qui ne demandaient que peu de temps, mais d'autres plus complexes qui prenaient jusqu'à une heure pour accomplir toutes les vérifications. Celles-ci terminées avec succès, Monsieur le Contrôleur-qui-était-ma-terreur, signait en bas de page que la boite-noire satisfaisait aux exigences et plombait avec des étiquettes le boîtier avec son sceau "bon pour le service ". C'était pour moi une grande satisfaction. 
Un jour que j'avais écrit un programme pour tester un boîtier particulièrement délicat, le Contrôleur exigea de moi  d'effectuer trois fois sa vérification sans interruption entre les tests sans aucune faute et de laisser dans le panier de l'imprimante  jusqu'au lendemain, les trois reports sans les séparer !!... Ce Contrôleur avait le flair de "Muzo filateur" (3), mon héros de bande dessinées des années d'après guerre.
Je dois avouer que si il n'y a pas de meilleur moyen pour être sur de la fiabilité des tests, ce fut  pour moi un supplice que d'attendre le déroulement complet des opérations sans erreur aucune. Il faut savoir que des milliers et des milliers de mesures sont exécutées lors d'un cycle et que toutes devaient être concluantes. Le matin, le Contrôleur vint vérifier que tout s'était bien passé. Je n'avais pas même touché à un pli de l'accordéon en papier qui s'était déposé dans le panier de l'imprimante pour ne pas susciter le moindre soupçon. Je respirais enfin heureux d'avoir réussi ma tâche, lorsque soudain mon ami-le-contrôleur-des-travaux-finis se tourna vers moi et me dit avec un sourire glacial :
"Très bien, mais pour plus de sûreté renouvelle maintenant ce test encore trois fois à l'affilée et je reviendrai après le déjeuner " ! Et il alla d'un pas alerte à la cantine et moi me rassis sur ma chaise (ce sadique m'avait coupé l'appétit) et dus recommencer ces tests dont je croyais m'en être débarrassé. Il faut préciser qu'une panne de secteur, une surtension fugitive, un caprice électrique, le rebondissement d'un relais,  peuvent mettre à bas trois heures de patientes vérifications. Il ne me resta plus qu'à me confier à Zeus, qui outre d'autres Portefeuilles, cumule aussi la fonction de Dieu de l'Electricité et à lui demander sa clémence pour quelques heures seulement.
Je guettais penché sur l'écran la progression des vérifications et appréhendais l'apparition fatidique d'une mesure erronée et alors je me promis de céder mes jours de vacances patiemment économisés à la Caisse de Secours du Comité d'Entreprise, pour que se termine mon angoisse avec le succès.
Les tests se terminèrent pacifiquement à notre satisfaction commune. Quelques minutes après la signature victorieuse, j'avais déjà oublié mes paroles d'ivrogne en pensant qu'après tout, ces jours de vacances je les avais bien mérité. Mais on n'implore pas le secours des Dieux à la légère, car le lendemain vengeance ou mauvaise chance, le Contrôleur me téléphona que les imprimés du test par mégarde avait été déposés par la nouvelle secrétaire dans le panier des papiers destinés à être  hachés menus dans la machine à détruire les documents, et que donc, il me demandait en me présentant ses excuses (!), de bien vouloir refaire un autre cycle de mesures....

J'en attrapais une  "rabbia" carabinée mais je dus me plier à ses exigences, et me contenter dans mon for intérieur de le traiter de "pechcadore" et de le maudire ainsi que ses ancêtres dans le riche vocabulaire qui fut celui du pataouete (4).
En fait mon ami voulait être sûr que les vérifications étaient fiables, et que l'on pouvait s'y confier aveuglement. Il est vrai, que de certains de ces appareils dépendent des vies humaines et qu'on ne confie pas son enfant à n'importe qui.


Et puis un jour, en sortant de son étagère cette fragile maquette un peu poussiéreuse que le plumeau n'avait pas caressé de peur de la briser, je me suis mis à rire  et écrivis ces lignes qu'elle m'avait inspirées. Et comme tout a une fin, et que je ne peux pas décemment faire le Grand Voyage comme un Pharaon  avec ses objets coutumiers auprès de lui, je pris une rapide décision. Pour éviter au modèle de se retrouver un jour sur le trottoir avec des livres dépenaillés, et au risque de faire la joie d'un chien qui balise sa promenade quotidienne,  je pris un marteau et d'un coup brisais en éclats ce qui me causa tant de soucis mais aussi de grandes joies pendant des années et en pris le cliché ci-dessous :

 

jouets 0420
                 " Sic transit Gloria Mundi " !   

 

Ai-je été poussé par ce passage de l’Ancien Testament : « הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָֽבֶל », "vanité des vanités, tout est vanité" !, ou tout simplement par un  zeste de folie que je regrette déjà ?.


Notes:

 

(1) "Boite-noire" qui est la traduction fidèle de "Black-box" universellement employée, est souvent peinte aussi de couleurs voyantes ! Pour en savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%AEte_noire 

 

(2) Langage de la machine.

C'est le cauchemar du programmeur qui doit sans cesse se mettre à la page, vu les progrès continuels de ces langues très vivantes. Dans le transport du personnel, alors que les uns somnolent ou commentent les journaux , on reconnaît un programmeur à ses sourcils froncés sur des lignes dignes des hiéroglyphes,  pour me pas perdre de temps...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_machine


(3) Placid et Muzo étaient les héros animaliers d'une bande dessinée paraissant dans le journal "Vaillant". C'est dans ses feuilles que je vis pour la première fois  en 1946 les dessins de personnages sous la menace des soldats allemands entrant dans les Chambres à Gaz. Ce journal pour enfant était d'obédience...communiste pour sans doute faire concurrence à son pendant "Coeur-Vaillant" lui très en odeur de sainteté et lu par mes petits camarades de cours-moyen !. Évidemment je ne saisis ces nuances que plus tard. Et voici des images  de Placid, cet  Ours très gourmand et un peu nigaud et de Muzo, le rusé Renard  dont les aventures amusantes me passionnèrent. J'attendais fébrilement la parution hebdomadaire dans la vitrine de la vieille marchande de journaux et babioles de la rue Sadi-Carnot, à deux pas de la maison, près du carrefour de l'Agha à Alger.

Quelques images :

 http://www.google.com/search?q=placid+et+muzo&hl=en&client=gmail&rls=gm&prmd=ivns&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=d4w6Tqv6NIaxhAeUo-SdAg&ved=0CDQQsAQ&biw=922&bih=489 

 

(4) Extrait du Dico Pataouete du remarquable Hubert Zakine:
http://hubertzakine.blogspot.com/2011/07/le-dico-pataouete-de-hubert-zakine_25.html

 

  Rabbia :Colère.


"Pechcadore" de l'italien pescatore, pêcheur : sous entendu malicieux de fainéantise. : y fou rien çuila, un vrai pechcadore!

 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 17:23


Au Fil du Rasoir,

(Ou  mon an pire, pour un coiffeur !) ...


Il faisait ce matin  déjà chaud. Une chaleur humide qui vous donne envie de retourner sous la douche salvatrice après quelques pas dehors. Depuis quelques jours j'avais envisagé d'aller chez  mon  tondeur de chiens pour rafraîchir ma nuque d'une coupe devenue indispensable. Je suis allé donc d'un pas tranquille chez mon coiffeur, un excellent homme mais qui a souvent des heures d'ouvertures imprévisibles. Pour ne pas perdre un éventuel client, il y a toujours accroché dans sa vitrine, y compris les jours chôm
és, un "Je reviens tout de suite" rassurant ! Et en plus, une chaise un peu rouillée à l'abri de l'auvent trône  aussi à l'extérieur pour faire patienter le plus incrédule. Mais cette fois, le portail était bien fermé d'un gros cadenas, et la chaise avait disparu du paysage. Ce n'est que partie remise pensais-je en comptant sur mes doigts les jours de la semaine et vérifiant que Mardi, (même en hébreu), n'était pas son jour de congé. Et suis allé me promener dans mon quartier en me fixant pour but la bibliothèque municipale. J'aime y flâner, souvent sans avoir à y pénétrer car à l'entrée je trouve des cartons de vieux livres fatigués déposés par des citoyens  qui veulent se débarrasser des encyclopédies diverses qui en 15 volumes tiennent maintenant en une disquette de poche...Le tout va finir en bottes  compressées pour alimenter l'usine de pâte à papier. Mais il y a quelques fois des titres refusés par la Bibliothèque, comme ce manuel pour apprendre le Chinois que j'ai apporté à mon aîné qui voyage parfois chez les Fils du Ciel pour son travail. Ou ce livre  qui offre toutes les clefs de l'Italie touristique avec de nombreuses illustrations et cartes....en noir et blanc. Oui, je souffre d'une maladie incurable: celle de ne pas supporter de voir des bouquins destinés au pilon, et je les sauve comme on sauve un petit chat affamé. Mais comme mes étagères ne sont pas élastiques, je les remets après  quelques mois (!)  à l'entrée de la Bibliothèque, laissant lâchement à d'autres la tache de s'en débarrasser dans les poubelles réservées au recyclage.
En revenant ainsi chargé de mon butin presque quotidien, j'allais en passant revoir la boutique de mon coiffeur de têtes couronnées. Et  quelle chance! la porte vitrée  étant ouverte, je rentrais en souriant. Brusquement je m'aperçus que le grand miroir avait disparu et que seul un mur glabre me faisait face. A ma grande stupéfaction je surpris mon barbier avec des factures en main à la place de ses ciseaux agiles et de son peigne fin. Il m'expliqua tristement qu'il fermait son office qui n'était plus rentable. Et déménageait le peu de mobilier valable.
Il n'y avait même pas de chaise pour m'asseoir et me remettre de ce choc. J'avais déjà le mois précèdent perdu mon Docteur parti à la retraite et voila  maintenant que mon coiffeur à son tour disparaissait de mes habitudes. Dans mon émotion je lui balbutiais quelques souhaits de bonne chance, et sortis sur le trottoir chevelu et désemparé.
Ce coiffeur je l'aimais car il parlait pour deux et en l'écoutant je n'avais pas à lui répondre. Originaire d'Uzbekistan, j'avais eu cent fois l'occasion d'entendre sa vie là-bas dans  une famille traditionnelle. Il en avait gardé le souvenir en portant une calotte joliment brodée. Il fit son service militaire sous le régime soviétique en 1967, ce qui n'était pas une sinécure vu l'antisémitisme virulent dans l'armée rouge, surtout à l'époque de la Guerre des Six Jours en Israel quand les Migs et les Suhkois avaient été malmenés dans les combats aériens. Il devait  à chaque occasion subir les plaisanteries et quolibets de ses supérieurs. Mais étant aussi le coiffeur de l'unité, il en tirait aussi des avantages.
La sortie d'Union-Soviétique dans les années 70 avait été scabreuse: à chaque étape les contrôleurs policiers prélevaient quelques pièces d'or pour leur libre passage à tel point qu'arrivés au bord de la Mer Noire, le trésor familial accumulé pendant  un siècle et caché dans la terre du jardin à cause des voleurs, avait fondu dans les poignées de mains chaleureuses des fonctionnaires v
éreux.
Tout en me coiffant et racontant sa vie, il regardait aussi d'un oeil la télévision suspendue dans un coin, et de temps à autre allait régler le radio-transistor émettant de la musique ethnique dont la station dérivait toute seule ! C'est dire qu'il était fort occupé et que moi j'attendais avec impatience de sortir vivant de son rasoir effilé qu'il passait sur mes tempes...

 

                                                               "Fallait pas bouger !" (1)

 

Chez le Coiffeur !
Mon An pire, pour un coiffeur !

Je me suis soudain souvenu de mon premier  barbier d'un autre quartier. Fidèle depuis des années, je l'avais pourtant un jour abandonné (stupide que je fus), car il m'avait déplu avec ses discours  politiques  fondamentalement opposés 
à mes jeunes opinions ! Je crois qu'il était un communiste de la première heure. Il est vrai qu'à cette époque j'étais fougueux et imbu d'idées piochées dans des livres sur la naissance d'Israel et voyais tout en bleu et blanc ! Depuis j'ai appris qu'il fallait de tout pour faire un monde. Et bien, au diable la politique, je suis retourné sur mes pas pour chercher mon sauveur, sans doute plus très jeune ! La vitrine était masquée de l'intérieur par un rideau blanc,  et sur la porte un écriteau jauni aux lettres hésitantes: " Fermé pour quelques jours" . C'était pour moi comme la Fin des Ambassades....
Dans une rue avoisinante, j'avais alors trouvé un succédané en la personne d'un vieux chauve d'origine perse au nez model
é comme ceux des Pahlavi. Le magasin étroit et à fauteuil unique était presque toujours désert. Il n'était certes  pas une réclame pour ses produits pour soins capillaires alignés sur l'étagère !  Après la coupe, il avait coutume  d'ouvrir un tiroir  avec un demi-sourire qui me faisait pitié et me proposait des mignardises pour mettre dans les cheveux de mes petites filles, des rubans et des élastiques pour les couettes, et jamais n'ai osé refuser de les lui acheter. Un jour, pour terminer ma coiffure en beauté, il posa sur mes cheveux rébarbatifs un filet et me sécha la mise en pli avec son bruyant sécheur ! Me voyant ainsi déguisé dans le miroir, je ne pus m'empêcher d'éclater de rire..et lui aussi !
Les derniers temps ses mains tremblaient beaucoup et moi avec, quand venait la minute périlleuse du Solingen(2). Je n'avais pas osé l'abandonner pourtant. Il tenait péniblement debout, ayant été opéré d'un rein, mais sans se plaindre. C'est lui qui partit le premier, ce qui m'évita de lui causer de la peine...


Comme les poëtes, les coiffeurs uniquement  "pour homme" ont disparu de la rue. Je n'ai trouvé près de chez-moi que des "Hair stylist", où travaillent d'aguichantes coiffeuses qui en attendant la clientèle, fument et boivent un café sur le pas de leur porte. Ainsi ont poussé comme des champignons des salons de soins de beauté (manucure, pédicure, bronzage), souvent tenus par de jeunes femmes originaires de Russie qui ont apporté ici leur  coquetterie et l'amour des talons hauts en toutes saisons.

Alors je me suis souvenu du coiffeur de mon enfance heureuse à Alger. Son salon était à deux pas de chez-nous, et sur le même trottoir, ce qui me permettait d'y aller sans avoir à traverser notre rue à la très dense circulation .

J'aimais son enseigne "Forvil" qui ressemblait à un sucre d'orge avec ses spirales de couleurs. Mais chaque visite chez lui était pour moi un supplice, si mourir de rire en est un.

Le patron, Monsieur Signès, employait ce qu'on nommait, il n'y a pas si longtemps, un "garçon coiffeur". Rien de bien étrange dans tout cela… À part que, de son crâne dégarni, restait encore, au dessus de chaque oreille, une touffe de cheveux symétrique qui rappelait aux gamins que nous étions, des ailes d'hirondelles. Nous n'allions pas chez le coiffeur, mais chez Hirondelle ! Et notre douce terreur était, en attendant notre tour pour une coupe urgente, que l'un de nous tombât sur sa chaise vacante.

La séance désopilante chez Albert Signès et son garçon.

 ( L'illustration est  assez   exacte   sauf que j'y ai rajouté un chat et un avis "Défense de rire !" ! ).

 


Mon frère et moi assis côte à côte sur un fauteuil à piédestal, Signès et Hirondelle nous propulsaient à leur niveau à grands coups de pédale, et alors le drame commençait. Face au grand miroir, nous ne pouvions éviter de croiser nos regards mon grand-frère et moi. Pris d'un fou rire contagieux, je mordais mes lèvres, pour ne pas hoqueter. Après chaque coup de ciseaux, le coiffeur redressait ma tête, s'énervant dans son travail, et coupant l'air de ses deux branches d'acier menaçantes, prises elles aussi d'une danse de Saint-Guy, ne savait comment corriger toute cette coupe en escaliers, et tournait ses yeux réprobateurs vers Signès, mais en vain. J'étais rouge de confusion, essayait de retenir ma respiration et surtout ma vessie, secouée comme un bateau sur les flots.

Au dernier coup de brosse, sans attendre, je sautais de ma chaise pour gagner la porte, laissant à mon frère le soin de régler la note, pourboire non compris. Ce dont pourtant Hirondelle avait vraiment besoin, pour se rafraîchir de cette séance pour le moins desséchante.

Notre ami Gaby m'envoya en 2005 ce souvenir remarquable d'Albert Signès :

Salut Georges,
Tout d'abord merci pour ton poème en souvenir du 1º  novembre 1954, de bien  tristes souvenirs pour tous. Pour ce qui est de ton  copain Alain, je crains  que ce ne soit celui-ci malheureusement. Je me suis  souvenu que j'avais  recherché pour un cousin germain, engagé volontaire  dans les Comandos   et tué dans un accrochage à Souk Haras  dans le  Constantinois, son père justement avait été 5 ans  prisonnier avec Albert  Signès. Je n'ai pas voulu te répondre directement sur Es'mma de peur  peut-être de faire de la peine a tes condisciples, je  te laisse ce choix. Dis  moi,si tu as bien reçu. Amitiés depuis la Costa  Blanca, Gabriel Gomis.

En effet j'ai relevé sur le site "Mémoire des Hommes, Guerre d'Algérie ":

 

  Nom :                          Leblois

  Prénom :                     Alain Albert

  Date de naissance:    30-03-39

  Décès :                        04-04-61

  Pays décès :               Algérie

 

(Que sa mémoire soit bénie. Alain Leblois était le neveu de Madame Leblois, qui avait un magasin Place Hoche, bien connu des lycéens du Lycée Gautier) .

 

Et un autre message de Gabriel  :

. Je te fais parvenir une photo d’Albert Signès avec sa femme Katia et leur bébé. Hier matin après 30 ans passés, j’ai pu parler avec eux par téléphone. ils sont à Marseille, là où je les avais laissés en 78 à  mon départ pour l’Espagne, Albert a 89 ans. Il me semble que cette photo a été prise dans la rue à coté du salon de coiffure, celle qui va de la rue Sadi-Carnot à Clauzel (peut-être la rue Drouet d’Erlon si j’ai bonne mémoire) on distingue sur la photo un escalier et derrière eux un immeuble de la rue Sadi-Carnot je suppose. Amités Gabriel Gomis

                                                            Albert et Katia Signès à Alger

Signes Albert-Katia  

              Carte de visite d'Albert Signès, qui a ouvert son salon métropolitain à Marseille

Albert Signes

( Remerciements chaleureux à  Gaby et Sonia Gomis pour l'envoi de ces documents uniques. )

  Les frères Salessy , mes contemporains qui fréquentaient la même École Clauzel, étaient  clients du  salon de coiffure de notre quartier, tenu par Albert Signès. En voici le souvenir croustillant écrit par Georges Salessy que je remercie :

"Chez le kouaffeur".
"Paul et Jacques allaient chez un coiffeur rue Sadi-Carnot. Celui-ci crachait sur la tondeuse à gazon parce qu'à cette époque notre tignasse était drue comme du fil de fer. Mais il faut s'estimer heureux qu'il ne crachait pas sur les tètes pour faire tenir la mise en plis ou économiser la Gomina ! Ma terreur à moi était d'arriver au stage final où ce brave Signès polissait son rasoir sur le ruban de cuir: vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez (Boivin). Car j'étais un petit client bizarre qui attrapait facilement le fou-rire et le coiffeur s'énervait de me voir tressauter sur ma planche, bien que je me mordais les lèvres à en étouffer !! A cette époque ces instruments de torture étaient exposés aux rayons ultra-violets dans un but hygiénique à coté du vaporisateur à poire et du blaireau qui avait perdu ses poils ayant barbouillé tout le quartier Clauzel. La tradition ne se perd pas: mes poissons rouges qui subissent le même éclairage bleuté n'auront donc pas de poux "...

Mais revenons à mon souci de ne pas devenir aussi chevelu qu'un prisonnier dans son oubliette !  Pour finir la journée en rasant les murs à la recherche de l'ombre, je me suis hasardé à entrer dans un Salon vraiment moderne, tout brillant de ses nickels où siégeait déjà un jeune aux cheveux hérissés en forme de piquants collés à la brillantine comme Bart, le héros de la famille Simpson ! Une spécialité de la maison. J'eus le fou-rire en voyant en plus le tatouage du patron et j'aurais hésité entre me lever et partir, ou rester assis attendre mon tour dans la crainte de subir un pareil traitement capillaire, si je n'étais déjà las de toute cette cavalcade à tirer par les cheveux ! 

Je m'assis dans un fauteuil confortable ressemblant  au creux d'une  vague et me confiais aux ciseaux du "Hair-Stylist".

Bart Simpson

- "Comment voulez-vous votre coupe" ? (3), dit-il en me regardant dans le large miroir.

- La plus simple, et dégagée, dis-je avec une voix de baryton avec l'aplomb des peureux qui deviennent audacieux au dernier moment, en espérant ainsi le limiter dans ses envolées.  

Je n'eus pas le temps de lire les manchettes du journal où je faisais semblant de m'intéresser, pour surveiller en fait  ses gestes rapides, que déjà maniant le rasoir, le peigne et une puissante soufflerie,  dans un nuage de cheveux blancs transformés en confettis je me suis retrouvé, sain et sauf, débarrassé de ma chaude crinière en quelques minutes !

J'étais sauvé pour un mois.

 

Notes :

(1) Salomon Assus, par Hubert Zakine :

http://hubertzakine.blogspot.com/2009/12/salomon-assus.html

 

(2) Cette ville d'Allemagne, depuis le Moyen-Âgé a la spécialité de produire des outils tranchants.

A tel point qu'elle était nommée "La Vallée des Lames". Bombardée et détruite à juste titre pendant la Deuxième Guerre Mondiale, elle devint alors " La Vallée des Larmes". Évidemment je me suis permis ce jeu de mot en pensant que cette industrie pendant la période nazie a fourni  ses poignards à l'armée des Huns et les haches aux bourreaux..

 

(3) Je ne peux me retenir de rappeler une coutume de notre enfance: tout lycéen fraîchement dépourvu de sa tignasse, recevait de ses camarades de chaleureuses et amicales tapes du plat de la main sur sa nuque dénudée. On n'essayait bien à  la récréation de rentrer la tête dans les épaules, mais rien ni faisait. La sonnerie nous délivrait en nous remettant en rang. La virile tradition devait se perpétuer !

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 13:26

 

 

Au printemps 2003 sonna le clairon de la retraite et la fin d'un combat pacifique, car la Loi, "Dura Lex sed Lex", me libérait de mes obligations civiles envers le monde du travail juste avant la nouveau décret instaurant pour les hommes la retraite à 67 ans*.! .
Bon pied, bon oeil, bonne dent dans ce march
é des esclaves modernes je n'avais guère que le choix de me plier avec le sourire au nouveau règlement, à 65 ans je devais changer mon mode de vie et mes habitudes et descendre moteurs coupés   en vol plané aussi doucement que possible avant de toucher terre. Pour essayer de me faire franchir le Rubicon sans me noyer, car vous avez deviné que je suis un de ces personnages peu recommandable qui outre sa vie familiale (dévouée épouse et cinq enfants), était aussi  marié avec son travail, la Société magnanime organisa à ses frais une fin de semaine dans le beau cadre d'un hôtel dans la montagne ombrée de pins près de Jérusalem, où des experts se proposaient de nous préparer psychologiquement et économiquement à  notre nouvelle vie.
Mais lorsque je dus rendre mon badge et perdre mon identité dans la firme qui m'employa depuis 1967, je me sentis soudain tout nu.


"L'Adieu aux Arbres".
 

 

Je réussis ce tour de force, sans passer pour un vilain, d'éviter cette cérémonie d'adieu organisée autour de quelques pâtisseries et boissons non alcoolisées, pour faire passer un panégyrique patronal  accompagné d'une gerbe de fleurs artificielles (pour tenir jusqu'au retour à la maison! ) et pour écouter en quelques mots concis le résumé d'une "longue carrière de dévouement" et de "travail exemplaire dans la société", dont chaque collaborateur est gratifié automatiquement  en fin de carrière, s'il n'a  pas  mis le feu à l'usine... J'évitais ainsi  à la secrétaire de collecter dans le département, liste en main, les quelques pièces que chacun aurait  versé, pour m'offrir un beau cadeau-souvenir à mon goût !.( Je pense que les sous que j'ai donnés à mes camarades connus ou inconnus à toutes les occasions, mariages, naissances, décès, fin de carrière  au cours de ces 35 ans auraient pu bien arrondir ma pension actuelle !).

Mais la vérité, est autre: j'avais eu peur de ne pas pouvoir cacher mon émotion devant ce public et retenir mes larmes.

 
Au lieu d'aller serrer la main de  connaissances et afin d'éviter les éternels "Bonne santé", "Que vas-tu faire de tes loisirs", et autres banales phrases de circonstance , (avec mes vrais amis  je resterai en contact, internet est-là, la solitude s'en va! ), je décidais d'aller m'asseoir à l'ombre de l'un de ces sycomores géants judicieusement épargnés lors de la construction des bâtiments.

 

 

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Le fruit du Sycomore ressemble à une petite figue .

 

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C'est là qu'à la pause du déjeuner j'avais coutume de compléter mon dessert avec ces petites figues miniatures que les gourmandes chauve-souris qui nous regardaient à l'envers  blotties dans le feuillage, avaient bien voulu me laisser. Je devais passer pour un original, car à part quelques jeunes ayant vécu au Kibboutz, la plus part des promeneurs qui passaient sous les branches noueuses ignoraient au dessus de leurs têtes ces délices qui poussaient presque collées au tronc. J'avais bien essayé de faire goûter ce fruit divin à mes camarades, mais comme en l'ouvrant il était difficile de distinguer un jeune ver rosé de la pulpe, ils abandonnèrent cette expérience gastronomique.

 
  Ainsi je pus rêver en silence mes dernières heures à l'ombre généreuse de ces arbres multi-centenaires qui jadis avaient du servir de halte aux caravanes de Bédouins qui remontaient du désert du Sina
ï   pour longer la cote méditerranéenne et échanger leurs marchandises jusqu'en Syrie.

A l'époque des pharaons, le bois à la texture dure et serrée de cet arbre était très prisé pour confectionner des urnes pour les rites funéraires. Maintenant ces Sycomores vénérables  ("Shikma" en hébreu) , leurs racines profondément enterrées dans le sable, ont leurs faits arrosés de rayonnements électromagnétiques, coté fâcheux de la Haute-Technologie, mais ne semblent pas en souffrir.
J'ai quand même détaché une belle et large feuille verte pour l'emporter et la mettre entre deux photos de notre groupe, quand nous nous étions un jour photographiés avec l'appareil destiné aux besoins des projets.

Ce Sycomore, Roi des sables méditerranéens, est aussi imposant que frustre. Il est difficile de distinguer le tronc de l'enchevêtrement des racines.

Au Jardin d'Essais d'Alger, ils formaient une allée somptueuses. C'est dans ce décor naturel que fut tourné un film avec Johnny Weissmuller,  le Tarzan de notre jeunesse !


L'Adieu à la cantine. (Mais oui !)

 

Cette cantine "libre-service" avec les année s'était très perfectionnée et offrait aux jeunes convives "morfalous" un grand choix de plats et d'entrées. Pour ceux qui préféraient ne pas se mettre à table, il y avait le choix d'emporter un succulent  "en-cas" pré-emballé, où fromage, fruit, pain complet côtoyaient la boite de thon ou de sardines. Ce même sachet   que nous rapportions chez-nous après les heures supplémentaires avait pris dans nos plaisanteries le surnom "d'alibi" ! Alibi qui prouvait au foyer que nous ne nous étions pas égaré du droit chemin après 16h30...Ces boites de sardines s'empilaient à la maison sur nos étagères de conserves à tel point que mon jeune fils crut à un moment que "papa  travaillait dans une épicerie" !!


Bien sûr nous voulions chaque fois nous réserver une table en copains, au grand dam du gérant qui nous demandait toujours de nous asseoir  à la première table venue ! Ce brave homme, une fois passant  à la Gare Centrale d'autobus de Tel-Aviv, avisa sous un porche un sac de basket suspect et hélas oublia la prudente consigne (qu'on enseigne aux enfants) de ne jamais toucher un objet abandonné. C'était un piège posé par un terroriste "humanitaire", qui explosa et coûta la vie à notre infortuné ami. 

Une fois ayant entamé notre déjeuner, je sentis mon siège se dérober sous-moi et la table glisser. Drôle d'impression que celle d'un tremblement de terre. Il fut pourtant de faible amplitude. Mon ami qui me faisait face changea de couleur et nous sommes comme tous les autres sortis dans la cour attendre un peu que la Terre et nous reprennent leurs esprits !

Israel est sur la faille syro-africaine qui est sujette à des frictions 

(outre politiques..) entre deux plateaux et qui causent les phénomènes sismiques. Les spécialistes nous ont prévenu d'une secousse désastreuse qui suivant les statistiques (tous les cent ans) pend sur nous comme une épée de Damoclès. La ville de Tibériade, au nord d'Israel, avait effectivement été alors détruite. Chaque année   la Défense   Passive rafraichit ses conseils en cas de catastrophes  en tous genre.

Moi j'avais déjà connu en Algérie la grosse secousse sismique qui fit tant de victimes à Orléansville en 1954 et ressentie à Alger à plus de cent km. Le lustre de ma chambre se transforma en balançoire ! Je me souviens de l'arrivée à la Gare de l'Agha du premier train qui transportait les nombreux blessés.


L'Adieu à mes amis à quatre pattes.


Les chats sont au rendez-vous sous l'arbre. Ils attendent des restes du déjeuner de la cantine pour faire un pique-nique sur l'herbe où il y a toujours une assiette d'eau fraîche à laper ! Il fut un temps où  trop nombreux ils se faufilaient à tous les étages. Alors un gardien vint poser des cages à pièges pour les emporter je ne voudrai pas savoir où ! Mais systématiquement quand j'entendais un prisonnier miauler, je le libérais discrètement à mes risques et péril  de contourner un ordre de la Direction....

Un jour, notre secrétaire vint me dire qu'elle avait entendu dans l'aire de stationnement des miaulements menus et plaintifs. Muni d'une boite je partis à la recherche des chatons que je repérais rapidement presque évanouis sous le soleil de plomb.

Je  déposais précautionneusement les petites boules soyeuses dans la boite pour les apporter à notre généreuse amie qui voulait les adopter. M'approchant de la porte principale, je vis soudain le Directeur, plus grand que jamais, et les pieds écartés bien plantés en terre, en attente d'une visite, et pas disposé à  bouger !.

Je ne pouvais reculer sans paraître bizarre. C'est à cet instant précis que les chatons se réveillèrent et appelèrent leur mère !

Je mis mes deux mains sur le couvercle pour essayer d'étouffer leurs miaulements et me mis à tousser fortement pour masquer leur concert tout en s'efforçant de ne pas exploser de rire et passais vite à coté du Grand Patron en le saluant de la tête...                          


L'Adieu aux Larmes
.

Bien qu'il me fut recommandé de tout oublier de mes activités, ce qui en soi n'était pas si difficile pour moi, ma mémoire me trahissant parfois, je ne pouvais oublier les visages de mes camarades de notre petit département tombés dans la Guerre de Yom Kippour en 1993 :

Michael aux yeux bleus et toujours souriant qui était passionné de philatélie et de chemins de fer miniatures, Avner qui me traduisait patiemment en français les mots techniques et qui fraîchement marié en voyage aux États-Unis, revint par le premier avion pour rejoindre son Unité de Blindés et y mourir, le frère d'Aliza notre secrétaire mort dans les dunes, le frère d'Uzi qui périt dans son auto-chenilles pres du Canal, et bien d'autres encore. Je revois après la Guerre,  ce héros qui fut auparavant notre dessinateur et vint après six mois de convalescence, avec un moignon et une pince chromée en place de main et qui  tenait à saisir lui-seul sa carte de pointage. Il fut décoré par son action courageuse lorsque l'équipage du Half-Track fut hors de combat et que lui seul survivant et  blessé
   à l'épaule repoussa l'attaque du commando ennemi en tirant à sa mitrailleuse. Quelques mois auparavant, nous étions allés avec une partie du personnel en délégation prier au Mur de l'Ouest à Jérusalem pour la libération d'une Russe juive enfermée dans les neiges du Goulag après avoir osé manifester  sur la Place Rouge en faveur de la libre sortie des Juifs  de l'URSS.. "Let's my poeple go" !
J'avoue que je jalousais  son maniement de l'hébreu (il était n
é en Israel de parents  marocains), alors que moi ne savais même pas lire les prières essentielles !
 Il en est un autre,  rouquin malicieux qui se moquait de mes chaussures hautes du type tsahalienne quand après le Shabat je revenais de mon excursion préférée à Massada, le dernier bastion surplombant la Mer Morte où les israélites assiégés par les Romains préfèrent se suicider plutôt que de tomber en captivité .

Mon jeune ami, surpris comme tant d'autres ce jour de Jeune de Kippour en première ligne sur le Canal de Suez par l'attaque des commandos égyptiens,  se retrouva isolé dans les lignes ennemies. Je ne connais pas son aventure, car jamais il ne voulut nous en parler. Le fait est qu'il revint de l'enfer traumatisé,  et sombra dans les sables mouvants de la dépression chronique. Au travail, ce n'était plus le même camarade plaisantin que nous avions connu. Enfermé dans ses pensées, il fumait nerveusement, ses doigts jaunis de nicotine.
Une fin de journée, alors que nous allions chacun retrouver notre transport du personnel, il resta seul comme pour terminer son travail en heures supplémentaires.

Dans la soirée, comme de coutume les vigiles firent leur ronde.
Ils trouvèrent alors notre camarade accoudé à sa table, tenant dans ses mains une mitraillette chargée qu'il avait décrochée d'un râtelier de sécurité en y brisant la vitre. Ils étaient arrivés  à temps pour lui éviter le pire. Notre Directeur, un homme d'une intelligence et bonté exceptionnelle ne le renvoya pas, mais au contraire lui trouva un autre poste dans une filiale. Il sont ici comme mon camarade, des milliers d'anciens combattants qui essayent de vivre avec leurs cauchemars des  guerres successives, et qui n'arrivent pas à chasser les heures atroces de passage à la torture systématique lorsque ils tombèrent prisonniers dans les mains des geôliers égyptiens ou syriens. Et puis il y a ceux qui échappèrent au feu de leurs tanks embrasés par les fusées russes, et durent voir brûler les cadavres de leurs frères de combats, et  errer à pieds dans les sables et sans eau..
Tous ces morts-vivants n'ont pas été traités à temps  à cause de l'ampleur des victimes et de la carence d'alors des autorités médicales. Car pour être efficace le traitement doit être aussi proche des évènements traumatisants. Leurs familles, est-ce nécessaire de le préciser, sont brisées. La Guerre de Kippour au Sina
ï fut  une grande bataille de blindés où le nombre de tanks engagés de part et d'autre  a été plus important sur un même front que pendant toute la Deuxième Guerre mondiale.
Je me souviens d'un documentaire français sur les traumatisés de la Guerre de 14-18: les malades, tous nus, marchaient en cercle, la tête
basse, arrosés par un jet d'eau froide, sous l'oeil attentif d'un Docteur barbichu, le monocle à l'oeil, en blouse blanche pour surveiller le traitement de choc infligé à ces débris humains pour en chasser soi-disant la folie. J'en tremble encore !.
Certes depuis, la médecine militaire a bien changé, mais les grands blessés de guerre ne sont pas toujours ceux meurtris dans leurs membres et dont une prothèse moderne adoucit l'invalidité.

Par exemple, les milliers d'enfants de la petite ville de Sderoth qui fut prise pendant cinq ans sous le feu quotidien des fusées tirées de Gaza, et qui ont subi le supplice des alertes plusieurs fois par jour, sont marqués pour toute leur vie. Les jeunes qui ont recommencé à mouiller leurs lits, refusent de rester seuls (même aux toilettes) mais ce n'est qu'un signe extérieur de la peur. Psychiatres et psychologues ne pourront réparer les dégâts causés au sub-conscient après tant d'années de terreur.


L'Adieu au luxe.


A 65 ans je perdais deux ans utiles pour compléter ma retraite à 70%. Presque le lendemain, je me séparais de ma fidèle voiture âgée de 15 printemps (!), une modeste cylindrée, pour me libérer du carcan que représentent l'entretien, l'assurance, la vignette, l'essence. D'ailleurs la marche à pieds est recommandée par le Corps Médical..De toutes les façons je ne paye que 50% dans les transports en commun, et presque chaque fois une bonne âme se lève pour me céder une place assise ! Au début j'en rougissais de honte, mais comme pour les bonnes choses on s'y habitue vite !

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les achats dans les grandes surfaces ne sont pas les plus économes. Le Caddie qui se remplit presque sans que vous vous en aperceviez en passant devant les étals alléchants, au son d'une musique envoûtante devient à la caisse très méchant. Il vaut mieux faire ses emplettes dans une épicerie où la tentation est réduite et n'existe pas "l'affaire du jour" !


Addendum, surprise !


Je dois vous avouer maintenant toute la vérité, ces adieux comme ceux au théâtre n'ont été que provisoires, car je ne voulais pas abandonner les planches et suis revenu (...depuis huit ans) à titre de "volontaire" poursuivre ma tâche une fraction de la semaine, d'abord parce que j'aime mon travail, secundo pour voir mes amis et tertio surtout pour faire fonctionner mes neurones...et ainsi je continue à collectionner des "alibis" et ajouter à notre pyramide  de boites de conserves, des sardines  à l'huile en cas de disette....Bientôt ce seront mes petits-enfants qui penseront que leur Grand-Père travaille dans une conserverie...

 

Notes :

Le Sycomorus ficus :

http://www.flowersinisrael.com/Ficussycomorus_page.htm

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 00:00

 

Pour de trop courtes journées dans la Ville des Lumières, j'ai retrouvé Paris après une très longue absence. Le ciel était un peu nuageux, quelques gouttes de pluie étanchèrent ma soif en parcourant la Capitale à pieds, Paris est encore plus belle quand le ciel est gris. Paris ravalée, propre où quand même les nouveaux Barons de l'Habitat doivent faire retourner Haussmann dans sa tombe. J'ai fermé les yeux sur les tours d'acier et de verre pour admirer les cossus immeubles de pierre décorés de balustres et de superbes balcons en fer forgé. J'ai même poussé quelques fois d'énormes portes cochères entre-baillées pour découvrir des cours pavées comme dans l'ancien temps. Je n'ai pas retrouvé après tant d'années les acteurs et actrices de ma jeunesse partis sans laisser d'adresse, mais j'ai déambulé dans l'espoir enfantin de me retrouver face à face avec un visage connu. Parfois j'ai cru reconnaître un déhanchement, une élégante silhouette familière, et me suis retourné empourpré après avoir oublié un instant d'y ajouter presque un demi-siècle...

 

Sur le site de vente d'une célèbre Galerie, j'ai trouvé cette feuille bien  protégée par une enveloppe transparente, l'original de cette chanson-poème,  "Les Feuilles Mortes"  que nous murmurerons aussi longtemps que nous serons en vie .

Combien est émouvant de suivre des yeux ces vers écrits de la main du poète, et même ses ratures pour arriver à la perfection, et d'imaginer qu'avec lui nous comptons les syllabes qui en font une musique naturelle .

 

Musique de Joseph Kosma, Paroles de Jacques Prévert:


122

 

 

Oh! je voudrais tant que tu te souviennes             (10)
Des jours heureux* où nous étions amis              (10)

En ce temps-là, la vie était plus belle,                    (10)
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui                   (10)
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle          (10)
Tu vois, je n'ai pas oublié...                                     (10)
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,         (10)
Les souvenirs et les regrets aussi                         (10)
Et le vent du nord les emporte                                 (8)
Dans la nuit froide de l'oubli.                                    (8)
Tu vois, je n'ai pas oublié                                         (8)
La chanson que tu me chantais....                          (8)

 

Dans le brouillon, il est écrit " De l'heureux temps"...mais le vers reste décasyllabe.

 

Juliette Gréco et Yves Montand ont gravé dans notre coeur avec un talent incomparable  cette chanson qui ne vieillira jamais .

 

http://www.youtube.com/watch?v=cOsVVeojMZs&feature=related

 

Mais moi, je ne me lasse pas d'écouter toutes ces diverses et étincelantes  interprétations dans :

 

http://songbook1.wordpress.com/pp/fx/0-new-features/1947-standards/autumn-leaves/

 

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 17:51

 

Un été de 1965, de passage à Tel-Aviv après mon séjour de trois mois au Kibboutz Maanit,  je déambulais rue Allenby. La rue la plus longue de la "Colline du Printemps", bordée de très nombreux magasins qui firent jadis son lustre  et de maisons où se mélangent le style arrondi du Bauhaus et des constructions bizarres à tourelles ottomanes et même une maison pourvue d'un toit en forme de pagode.  Dans cette rue très passante, il est dommage de ne pas prendre le risque de se promener le nez en l'air pour ne pas rater ces architectures originales. Ces habitations qui connurent un temps meilleur présentent quelques fois hélas des façades écaillées et des volets en bois désossés. Certaines ne sont plus habitées et attendent la pelle des tracteurs pour faire place à des constructions de béton et de verre futuristes mais choquantes dans ce paysage. D'autres au contraire, sont vidées de leur intérieur comme des momies pour êtres reconstruites en gardant  la même façade typique . Au coin de cette  voie principale  et la petite rue Brenner, j'avais remarqué cet étage célèbre qui depuis toujours, (encore que ce mot en Israel soit bien jeune !) habite l'atelier de Drapeaux où étaient cousus-mains les étendards d'Israel, aux bandes d'un bleu outre-mer sur fond blanc frappé de deux étoiles de David entrelacées. Je franchis le seuil de la boutique, non sans avoir auparavant rassembler mes premiers mots en hébreu pour adresser convenablement ma demande.  J'acquis donc  directement de la petite fabrique ce précieux drapeau en toile de coton un peu rugueux que je pliais soigneusement dans mon sac à dos. Pour terminer ma transformation rapide en futur israélien de pacotille je décidais de chercher ensuite un bon pantalon de travail résistant aux ronces, (le romantisme de mes lectures m'a toujours perdu!). J'étais décidé sur sa couleur olive, du genre des uniformes, peu salissante. J'entrais donc en me dirigeant vers le comptoir du magasin d'habillement où m'accueillit une gracieuse vendeuse. A bout portant, fier de m'exprimer dans la langue des pionniers, demandais à voir un pantalon de couleur...kaki. Je vis immédiatement s'épanouir un sourire qui se transforma en éclat de rire du à mon ignorance en hébreu, car "kaki" est  en hébreu   un mot scatologique pour les bébés qui signifie "caca" ! La prononciation exacte de cette même couleur est  "Haki", avec un H aspiré... Bref, ce n'était que le début de mes déboires linguistiques, car longtemps je confondis aussi les mots "michkafaïm", lunettes, avec la prononciation "michnassaïm", pantalon ! Ce qui fait que quelques fois en public je perdis mon pantalon ! ...

Ainsi muni de l'essentiel, je n'avais plus qu'à chercher du travail et commencer une vie nouvelle.

 

Chaque année à la date hébraïque qui correspond au 14 Mai 1948, Jour de l'Indépendance d'Israel, j'ouvre l'armoire où sont rangés tout en haut  les Livrets de la Haggadah de Pessah, les Kippotes blanches du Shabat et des Fêtes (et les noires pour le Kaddish), et ce drapeau qui a presque la cinquantaine. Il est un peu piqué de rouille et le blanc du lin  a  jauni, mais il n'est pas question de m'en séparer et bon an mal an il se gonfle et ondule à la brise printanière qui souffle de la mer. Mais s'il est accroché  à la place d'honneur au balcon, il est aussi entouré d'une guirlande de petits frères en tissu synthétique  fabriqués en....Chine populaire! Comme les sous-vêtements, les chaussettes et les jouets des super-marchés, il faut s'y habituer .

  A Alger, avant que cette ville blanche soit teintée de rouge par les terroristes du F.L.N, c'était moi dès les classes primaires, qui était responsable  de  pavoiser. Le teint blafard de notre drapeau enroulé sur sa hampe dans le placard du couloir, était sans doute du à sa claustration avec les fioles de révélateurs de ce recoin transformé  par mon père en un minuscule laboratoire de photo.  Et puis quand je le déroulais, il laissait presque  voir le paysage à travers sa trame transparente !. Mais le bleu du ciel et le rouge vif du bougainvillier du balcon l'enhardissaient à flotter fièrement face au port. Je suis fier de pouvoir dire aujourd'hui que la France est ma Patrie et qu'Israel est devenu ma Matrie(1). Ces Père et Mère j'ai la chance de les avoir comme parents. 

 

Maintenant, ces Fêtes Nationales de ma jeunesse ne sont plus que de précieux souvenirs. J'aurai bien envie de mettre à ma fenêtre et côte à côte les drapeaux de mes deux Patries, et le ferai bien s'il y  avait réciprocité en métropole sans soulever les masses.... Comme en France le port de la Kippa (que mécréant que je suis n'ai d'ailleurs jamais portée hors des obligations !) est désormais interdit en public par la loi de la R-F je me contenterai de rêver de temps meilleurs. Adieu les Blindés qui portaient sur leur tourelle les noms des grandes épopées, Bir-Hakeim, Alsace, Koufra, Strasbourg ...Adieu les tambours des Tabors marocains, les fifres de l'Armée de l'Air, les pas-lents de la Légion, et ceux rapides des Chasseurs-Alpins, adieu les Cols-Bleus et les pompons rouges, adieu les Spahis caracolants sabres au clair ! Car ici en Israel, depuis des dizaines d'années il n'y a plus de parade, les vrais soldats sont aux frontières, anonymes et vigilants, font un anneau de sécurité pour que leurs familles puissent se réjouir sans crainte d'une attaque impromptue, de terre, de mer ou des airs.

Mais les Vétérans de la deuxième guerre mondiale, nombreux de l'ex Union Soviétique, sont honorés en cet anniversaire du 8 Mai à Jérusalem. Ils ont emportés dans leurs valises les décorations qui les récompensèrent de leurs vaillance sur le front russe contre les nazis, et les arborent fièrement sur leurs poitrines.

Dès notre jeune âge, nous apprenons par étapes qu'il est doux de mourir pour la Patrie, pour ce bout de tissu , certains insolents disent même de chiffon. A première vue cela semble stupide, mais quand nous nous regardons devant un miroir, le tain de la glace nous renvoie le dessin d'un sabre sur fond vert tourbillonnant dans une Danse de Mort. Nos ennemis ne nous laissent pas le choix. Ils nous poussent chaque année un peu plus dans l'ornière de la guerre. A défaut de réussir à nous bousculer à la mer, ils nous rendent la vie infernale et amère. Et au lieu de consacrer nos énergies à lutter contre le cancer, nos savants s'ingénient à construire un "Bouclier d'Acier"(2) pour abriter la population de la pluie de fer.

  Les matins qui éclairent nos journées de travail, ce sont toujours des exclamations joyeuses à la vue des mêmes figures de la veille, reposées et souriantes. Hélas il y a quelques jours, notre couloir s'emplit d'une mauvaise nouvelle: un de nos camarades venait d'être hospitalisé pour de graves problèmes cardiaques. La fois précédente, il s'en était sorti, avec une jambe un peu raide certes, mais avait repris ses responsabilités dans le Département. Des compagnons de la première heure se rassemblèrent dans notre petit bureau, avides d'informations médicales sur son état. Je dus entendre contre ma volonté des descriptions techniques de l'opération qu'il avait subie et de celles qui devaient suivre. A la description du mélange de tuyaux et de raccords dans le corps anesthésié, je me suis levé de mon siège et mis tous mes camarades à la porte pour ne pas les entendre. Car ainsi je suis, ultra sensible à distance à l'odeur même d'un hôpital, ou à la vue de blouses blanches. Chacun pour se rassurer argumentait que notre ami était un "homme robuste et qu'il s'en tirerait une nouvelle fois" suivant la formule consacrée. Les chirurgiens l'opérèrent avec le succès que nous connaissons en électronique, avec la différence que quand un transistor vient à mourir, on peut le remplacer rapidement  incognito sans causer de chagrin....

Quelques jours après, une affichette bordée de noir, collée au portail, nous apprit l'inévitable. Séfi, c'est ainsi que nous appelions affectueusement  Joseph ( Yosef en hébreu ), était de notre génération. Personnellement je l'avais rencontré pour la première fois, dans une base où il faisait son service militaire en tant que technicien. Né avec un strabisme très prononçé, il ne pouvait être combattant. Je le revois à sa pause, prenant l'air hors de son labo éclairé au néon, jouant contre un mur avec une balle de caoutchouc, comme un enfant , en la renvoyant de toutes ses forces avec la paume de sa main. Démobilisé il trouva un emploi dans notre usine où il gravit rapidement les échelons. Ses qualités s'épanouirent remarquablement dans la réalisation de divers projets où il était à la fois électronicien, programmeur, logisticien et même mécanicien. Toujours prêt à aider et guider les nouveaux-venus,  je ne lui connaissait pas de jaloux, chose pourtant naturelle dans les équipes.

Je montais comme un robot dans le car affrété par la société pour nous conduire au Cimetière de Gédéra. Là-bas une foule d'amis était déjà rassemblée à l'entrée.  Les enterrements sont toujours pour certains l'occasion de se rencontrer et d'échanger des souvenirs. Près de la famille les visages sont  tordus par la douleur mais se dérident au fur et à mesure que les accompagnants s'éloignent en cercles concentriques de l'épicentre du malheur,  et s'autorisent même à bavarder à voix basse. De la petite maison à pièce unique où les Rabbins chargés du Dernier Devoir étaient seuls autorisés à entrer pour laver le corps et le revêtir de son linceul, jusqu'à un autre endroit où le corps fut déposé sur une table en pierre pour recevoir les éloges funèbres, il n'y avait que quelques pas. Pas moins de cinq discours émurent les assistants rassemblés autour de la famille. Celui de Noam, qui comme Séfi fit un chemin semblable dans les étapes de la vie moderne  israélienne où les enfants des villages collectifs que la terre ne suffisait pas à nourrir, avaient choisi la haute technologie, me glaça particulièrement de par ses mots si fraternels. Car nous venions tous de perdre un frère. Se succèdent les éloges du Chef de Service, du délégué du Comité d'Entreprise, d'amis de la famille, et même d'anciens camarades de classe.  Ensuite le cortège gravit la petite colline du nouveau Cimetière. Je restais un peu en retrait, n'ayant pas le courage de voir les fossoyeurs faire glisser Séfi de la civière dans la fosse et entendre le choc mou de la terre qui allait accueillir notre camarade, au milieu des pleurs étouffés de ses proches..  Adossé à un arbre vénérable, je regardais avec étonnement les tombes du vieux cimetière mitoyen, celles des pionniers agriculteurs qui fondèrent le village. Les modestes tombeaux faits de pierres et de ciment, et non de marbre, avaient leurs inscriptions émoussées par les années. Certaines tombes mêmes étaient penchées s'étant enfoncées dans la terre meuble.

La famille de Séfi a ses origines dans le mouvement des "Bilouim" :

"Des jeunes gens et des étudiants fondent en janvier 1882 le groupe « Bilou » (Beith Israël Lekhou Vena'ale) sous l'impulsion d'Israel Belkind, Bilou fut un mouvement de jeunesse juif nationaliste, fondé en janvier 1882 en Russie tsariste par des jeunes gens et des étudiants, sous l'impulsion d'Israel Belkind , après les pogroms visant les Juifs en 1881. Le mouvement prônait le retour en Terre d'Israel dans le but de s'y installer et d'y créer un état juif "'. (Wikipedia).

  Chacun retourna chez-soi, le coeur lourd. Moi je fus invité à me  joindre à une nouvelle recrue qui voyageait dans la direction de mon quartier. Cet homme calme et réservé au travail, se révéla au  volant de sa voiture neuve un chauffeur impatient qui ne souffrait  pas d'obstacle devant lui.  Encore un qui croit que les accidents ne peuvent arriver qu'aux autres. 

Le lendemain, nous regagnons nos places en passant devant le bureau de Séfi tel qu'il l'avait laissé. Le fauteuil qui tend inutilement ses bras, les documents éparpillés devant l'ordinateur, la tasse de café, les lunettes, les photos au mur, tout son petit univers restait figé. J'imagine que dans quelques jours, un inconnu viendra prendre sa place en y mettant de l'ordre avec les photos de ses propres  enfants. De Séfi nous ne parlerons plus qu'au passé.  Moi, je m'attends chaque instant à le voir sortir de son labo, souriant, le visage un peu rosé encadré  de son fin collier de barbe poivre, lançant une plaisanterie pour calmer quelques propos véhéments entre techniciens au sujet de difficultés  rencontrées dans leur projet. 

Je ne pus m'empêcher en serrant les mains de mes amis, de me demander "A qui le tour maintenant" ? Il est peut-être temps pour moi de prendre ma seconde retraite ! Car cette usine sent le sapin...Je pensais même en souriant d'écrire d'avance  sur moi quelques  mots de séparation, brefs mais sincères, pour éviter les formules banales prononcées lors de l'adieu final.

La même nuit, j'eus un cauchemar peu ordinaire. Soudain m'apparut Séfi, couché sur le dos au fond de son trou rectangulaire. Il manifestait sa surprise avec sa logique à laquelle il nous avait habitué, non pas du manque d'air, mais  de ne  pouvoir s'habituer à l'obscurité...


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p.s: Ce mois de Juin, je vais après un long exil volontaire me retremper chez les amateurs de cuisses de grenouilles, encore que d'après la sécheresse qui règne en France, elles ont du émigré vers des rives plus hospitalières et moins dangereuses pour elles. J'espère rafraîchir dans la métropolis mes bons souvenirs de jeunesse et reconnaître les doux paysages que j'ai connus il y a quelques dizaines d'années . Si les hommes changent, la pierre reste éternelle et je l'espère mais sans trop d'illusions, vierge de graffitis.

Ainsi je  me sens pousser des écailles et comme les vieux saumons je retourne à la source en remontant le courant.

Je viens d'entendre le résultat du 13ème concours de piano au nom du génial Arthur Rubinstein*(3). Les 16  finalistes   étrangers et israéliens concurrents   étaient évidemment tous remarquables. Après de longues semaines d'audition, le Premier Prix a été décerné par un Jury composé de nombreuses personnalités musicales de différentes nationalités réunies au Palais de la Culture à Tel-Aviv, à un jeune pianiste russe  qui porta la musique à ses sommets. Des heures divines d'audition retransmises en direct .

Un baume qui me fit oublier un instant que nous vivons encerclés à nos frontières  par des sauvages analphabètes  et fondamentalistes  qui ne connaissent que la musique des explosifs et les invectives de mise à mort. S'il venait à y naître un génie musical, il est fort probable que son talent jamais ne verra le jour, étouffé dans l'oeuf par ces régimes obscurs qui n'enseignent à l'école que la haine et le racisme.

  Notes:

(1)

* Et moi, pauvre prétentieux qui croyait avoir inventé  ce mot ! voir : http://fr.wiktionary.org/wiki/matrie

(2)

* Nom dans les revues spécialisées  d'un projet local pour essayer d'intercepter en vol les fusées balistiques.

Depuis des années nombreuses l'ennemi au Nord et au Sud s'est pourvu de  milliers d'engins à longue portée qui ont hélas fait leurs preuves mortelles et menacent tout le pays, en tenant en otage la population civile israélienne.

(3)  

* La Polonaise Héroïque de Frédéric Chopin, interprétée par l'incomparable  Arhur Rubinstein :

  http://www.classissima.com/en/video/Rubinstein-plays-Chopin-Heroic-Polonaise/

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 15:18

Ce n'est pas dans ces lignes que je voudrai parler précisément de l'homme et son oeuvre ,mais simplement j'ai voulu coucher sur le papier les images qu'en ont gardées mes jeunes années .

Autant que je m'en souvienne, au fin fond de ma mémoire mon  Grand-Père paternel avait toujours la même silhouette d'un homme  âgé mais qui ne changea pas sensiblement tout au long de mes jeunes années, comme s'il voulait  me laisser vingt ans d'avance avant que sa haute stature se courbât un peu, comme dans mes jeux où mes cousins me laissaient partir en avant pour me rattraper à la course. Je ne ne me souviens pas de ma grand-mère disparue lorsque j'avais quelques mois.

Georgicot-pot-de-fleurs et sa Grand-Mère en 1938

Grand-M-re-maternelle-et-Georgicot-1938.jpg
 Depuis longtemps, après le décès de ma Grand-Mère Blanche son salon avait été transformé en salle de travail. Dans une bibliothèque de style berbère en bois noir  incrusté de nacres étaient alignées les reliures des Comptes Rendus des Délégations Financières(1). Dans un coin une rouet alsacien et sa quenouille. Sur une tablette un tour miniature, tout brillant de ses cuivres, un souvenir du village de Soultz(2) quand bloqués par l'hiver les habitants s'adonnaient à l'horlogerie. Ces objets disparates avaient traversé la mer en 1870 après la défaite de Sedan avec mes ancêtres et mon Grand-Père paternel qui arriva à Sétif, à l'âge de deux ans . Là-bas, sur les rudes Hauts-Plateaux , après les années ardues de ses parents agriculteurs, il créa dans la "Haute Vallée" une ferme modèle(3) en son genre  qui comme dans les textes bibliques,  apporta  à la région le blé et le lait nourriciers .
Je le retrouvais les après-midi assis à son bureau de simple bois verni, toujours occupé dans ses papiers à vérifier des dossiers et signer des lettres que le fidèle secrétaire Monsieur Zermati lui apportait .
"Monsieur Charles, demain vous avez-rendez vous avec l'architecte Zerhfuss(4) au sujet de votre projet d'Habitations à Bon Marché de Kouba "... Car c'était un homme important mais si modeste  que mon Grand-Père, qui consacra sa vie au bien-être des algériens. Mais en me voyant entrer, il relevait bien vite sa t
ête blanchie et toujours bien peignée qui  dégageait une bonne  odeur d'eau de Cologne, poussait de coté la paperasse et reculant son fauteuil, me prenait sur ses genoux, m'embrassait sur la tête et c'était toujours la même question que j'attendais: que veux-tu que je te dessines ?
- Un mouton !
Alors il prenait un des crayons bien pointus, une feuille vierge, avec un geste large et rapide il croquait un mouton frisé comme celui de Saint-Exupéry.
- Un lapin !
En souriant de son succès en me voyant si heureux ,en quelques secondes il faisait bondir un lapin bien dodu .
Alors ainsi se remplissait la feuille des animaux de la ferme que j'aurai aimé caresser , un cheval au pâturage, un amour de petit âne, un chien de garde, et une poule et ses poussins et même un chat dans le coin...
Quand la feuille était pleine, je la serrais à deux mains sur ma poitrine, mais pour ne pas me laisser partir trop vite, il me faisait sauter sur ces genoux en  me chantant :

"Roudoudou n'a pas de femme
Il en fait une avec sa canne
Et l'habille d'une feuille de chou
Voilà la femme à Roudoudou ! "

ou bien, pour me faire rire à coup sur:

"A dada sur mon Bidet
      Quand il trotte il fait des pets ! "..


Une fois dans la semaine, il venait à pied du Boulevard Baudin à notre Rue Sadi-Carnot  pour le déjeuner immuable du Jeudi où j'étais libre de mes études à la communale(5).
J'avais à la maison un coin où je bricolais avec des morceaux de bois pour en faire n'importe quoi. Je chantais en tapant du marteau cette chanson enfantine que j'avais retenue d'un disque que l'aiguille d'acier de notre gramophone à ressort avait labouré :

"Pour faire un bateau,
Qu'est qu'il faut  ?
Il faut du boué,du boué,
     Pour faire n'importe quoué !! "

Mon Grand-Père, cet homme au large savoir(6), était heureux de me voir travailler de mes mains. Souvent je plantais mes clous de travers et ils se couchaient méchamment sur le coté pour me narguer. Une fois que Grand-Père me saisit  en pleine action, il prit la planche d'une main et de l'autre avec son pouce redressa sans effort apparent un gros clou tordu à ma grande stupéfaction qui le fit sourire. J'eus l'impression d'être à coté de Gulliver.

Aux midis des années sombres, nous écoutions le bulletin d'informations de la mi-journée sur les progrès de la Guerre avant de passer à table. Maman déplaçait des petits drapeaux sur la carte de l'Europe. Un été d'août 1944, je vis mes chers visages se transformer. Alger, la Capitale de la France en Guerre venait d'annoncer la Libération de Paris. Maman ne put cacher ses larmes. Grand-Père se redressa, plus droit que jamais. En silence pensait au destin des proches restés en métropole.
A table en famille, j'étais toujours assis à sa droite.  Maman, les jours frais lui apportait un plaid, en insistant, car c'était toujours le même manège: il  le refusait au début avant d'accepter enfin d'en couvrir ses genoux. Les guêtres grises en feutre  qui recouvraient ses souliers ne suffisaient pas.  En hiver l'appartement était froid et humide et Maman allumait une assiette d'alcool à brûler dans la salle à manger qui faisait face au vent marin.
Traditionnellement, lorsque la soupe brûlante était déposée sur la table, c'est lui avec un geste patriarcal qui nous remplissait les assiettes creuses que nous lui tendions. Une assiette à fond de fleurs jaunes et feuilles vertes  que masquait une soupe de légumes,  même en été ! Une bouteille de vin trônait sur la nappe, mais il préférait la carafe d'eau fraîche.
C'était un homme sobre que je n'ai jamais vu fumer. Je ne faisais presque jamais attention à la conversation des Grands, toujours occupé à observer les gestes de mon Grand-Père pour l'imiter. Ainsi lorsque Maman en fin de déjeuner se tournait vers le buffet pour saisir à deux mains la lourde coupe de fruits et la déposer au centre de la table, je savais d'avance que Grand-Père, des raisins gonflés de soleil, ou des mandarines odorantes, choisirait une orange  à la peau épaisse. Il en coupait soigneusement l'écorce en fentes régulières, pour la séparer de la chaire pulpeuse dont il m'en tendait la moitié. Mais  cette orange ne se terminait pas avec les délicieuses tranches : Grand-Père ensuite coupait dans l'écorce interne odorante des lanières blanches un peu cotonneuses qu'il portait à sa bouche avec délice . Une manière que je ne connaissais que de lui de déguster le fruit en entier. Évidement j'eus tôt fait de l'imiter et aujourd'hui encore j'aime ce goût un peu amer après la douceur sucrée de la pulpe .
Le repas terminé, Grand-Père ne s'éternisait pas, ayant toujours fort à faire: et mon père avec un respect filial l'aidait à endosser son lourd manteau noir et Maman lui croisait son écharpe.
-Père, Georges va vous accompagner , disait Maman.
C'était un accord tacite, car Grand-Père ne voulait pas être accompagné par Papa. J'ai compris plus tard qu'il ne voulait pas de témoin de sa fatigue grandissante pour n'inquiéter personne. Nous
allions ensemble à petits pas, en  traversant prudement le Carrefour de l'Agha et passant devant le Commissariat Central bien calmes en cette demi-journée , en cheminant sans presque dire un mot, mais arrivés au bas du huit du Boulevard Baudin il se baissait pour m'embrasser et à chaque fois je  trouvais un prétexte pour monter avec lui en ascenseur. Devant la porte du palier, il sortait son lourd trousseau, et je l'aidais à tourner la grosse clef  dans la serrure rébarbative, et alors seulement ma mission accomplie, j'acceptais de repartir en courant .
 Une fois à la maison que je lui montrais une gouache d'une personne assise dans le fauteuil du salon, dans un rayon de soleil, il s'exclama d'admiration et me promit un bel avenir .
En fait c'est à lui que j'avais pensé en exécutant cette silhouette un peu tassée, les mains à plats sur le cuir vert craquelé par les rayons violents de l'été. Je fus mal à l'aise de ce compliment, car je savais que ma peinture était un échec que la bonté d'un Grand-Père avait transformé en chef d'oeuvre. Et de ce jour n'eus plus confiance dans le jugement partial des grandes personnes....
Alors que nous étions à table un midi, mes parents mon frère et moi , Papa dans la conversation fit l'éloge de son Père, comme il en avait coutume à je ne sais plus quel sujet. Alors j'y ajoutais précipitamment mon appréciation :" C'est un génie ! " .
Mais mon grand-frère qui aimait le sens précis des mots répliqua alors en se tournant vers moi  " Non, un génie c'est autre chose, comme Einstein " :
Ce qui lui attira une remontrance de notre père qui n'acceptait que l'on touche à l'auréole de l'aïeul. Mon frère à cause de moi fut ainsi injustement  mortifié,  car son amour pour la famille n'avait pas de bornes .
Son appartement où il vivait seul depuis la fin des années 30 était en hiver chauffé à blanc par une chaudière centrale intérieure alimentée au charbon. Dans un recoin étaient empilés des sacs de boulets. J'aimais en alimenter le foyer en ouvrant la petite fenêtre de fonte ,et m'imaginais ainsi être le chauffeur d'une locomotive à vapeur, comme j'en voyais passer  toujours de chez moi.
Un soir où j'attendais mes parents chez mon Grand-Père, un peu désoeuvré et las d'avoir gribouillé mes dessins  des heures entières avec les crayons empruntés dans le tiroir du Secrétaire,  je fus le spectacle  d'une scène inhabituelle: mon oncle agenouillé aux pieds de Grand-Père l'aidait  à dégrafer ses guêtres  et à le déchausser et lui passer des pantoufles.  Pour moi  ce fut  un choc de voir ce  Grand-Père immortel  qui nécessitait de l'aide pour des gestes si simples.. Et vite je me suis retiré tout triste avant d'avoir été découvert .
La Fête de Pâques, c'était lui le Patriarche qui lisait en français dans le livre de la Haggadah(4) le récit la Sortie d'Egypte. Nous le suivions attentivement en tournant nos pages imprimées sur deux  colonnes en français et en hébreu (que presque personne ne comprenait !), et c'est lui qui rompait le Pain Azyme, cette galette qui n'avait pas eu le temps de lever lors de la fuite précipitée d'Egypte pour nous en distribuer de petits morceaux que nous trempions dans un mélange épais de dattes et de noix, un délice censé nous rappeler le mortier que remuaient nos ancêtres esclaves au pays de Pharaon. Et nous  répondions en choeur  aux versets avec  des "alléluia" espiègles pour rompre le sérieux des Grands, en nous donnant des coups de pieds sous la table, tout  en goûtant aux herbes amères, persil ou cerfeuil en faisant des grimaces "pour nous souvenir des temps durs" que nos ancêtres passèrent en Egypte .
Quand j'accompagnais mon Grand-Père à l'Atelier, c'était toujours le même scénario: le vieil  arabe Madani nous ouvrait en grand le portail pour laisser entrer la Citroen . Grand-Père allait alors serrer la main de ce manoeuvre, de la même génération, qui ne faisait déjà plus grand-chose à l'usine mais que l'aïeul protégeait dans ses dernières années. Et à chaque fois je ne pouvais m'empêcher de remarquer la similitude des visages, avec le nez busqué et la moustache blanche de ce Kabyle et de cet Alsacien octogénaires .
C'est encore très actif qu'il fut nommé "Commandeur de la Légion d'Honneur pour services exceptionnels rendus à l'Algérie". La remise de cette distinction suprême  eut lieu en toute simplicité dans le petit salon de son fils ainé, André. Suivant la tradition, c'est un personnage de haut-rang qui procède à la remise de la décoration. Au nom du Président de la République Française, ce fut le Général de Réserve Lévy(5) (non, pas un parent !) qui fut le maitre de cérémonie, en grand uniforme et bicorne, et qui dégaina son épée de parade, pour ordonner mon Grand-Père. Bien-sur toute la famille assistait debout dans un silence ému. Mais moi je faillis attraper le fou-rire quand le Général pas très jeune aussi, voulu rengainer son épée sans trouver l'orifice du fourreau. Heureusement mon oncle André qui avait tout prévu l'aida  discrètement et ainsi se termina la Reconnaissance du Gouvernement à une vie de dévouement.
Un soir, alors que mon cher père René et ses deux frères André et Edgar devisaient dans le bureau avec Grand-Père au sujet de l'avenir de la situation politique et économique qui empiraient, j'entendis soudain  mon aïeul dire à ses enfants une phrase inhabituelle de sa part  qui me glaça : " Un père n'est pas immortel ". Dans les semaines suivantes, Grand-Père profitant que tous ses petits enfants étaient chez-lui pour les fêtes, distribua à chacun de nous une enveloppe, des étrennes  inattendues puisque jamais il ne nous avait habitué à des relations gâtées par l'argent. Mais pour moi qui devinais son geste comme un prélude à la séparation, j'eus le coeur brisé. Il se remettait mal d'une pleurésie qui l'avait fragilisé les années précédentes en visitant l'hiver le chantier de son projet philanthropique d'Hussein-Dey.  Je le  revois, après un trajet en auto sur le Chemin Vauban vers le haut de la colline, sa silhouette de bâtisseur emmitouflée de son lourd pardessus noir, avec sa tête chapeautée tournée vers le lotissement qui sortait de terre ,avec les premières fondations. Il caressait de ses yeux les tiges de fer qui formaient les armatures du béton et qui  sortaient des coffrages  comme des fleurs au printemps. Nous revenions les souliers crottés par la boue et le ciment de ces visites, dans le sursaut d'une Algérie en perdition que frappaient les attentats sanglants. Mon Grand-Père, imperturbable, cet idéaliste presque centenaire continuait à concevoir des plans, des projets, sans prendre en considération les lourds nuages noirs qui barraient l'horizon et jamais ne se résolut au pire .
Bien que notre famille suivait les efforts d'Israel depuis sa création en 1947, nous n'étions pas à proprement parler des Sionistes. Nous étions attachés par la terre, la culture et le sang à la France notre mère, (qui ne sut pas toujours nous protéger ).
Les envoyés de l'Agence Juive qui venaient chez mon Grand-Père quêter des fonds pour aider à envoyer en Israel  les nouveaux immigrants du Maroc fuyant les pogroms(6), repartaient déçus. Mon Grand-Père avait de la peine à leur expliquer qu'avant d'envoyer ces juifs dans ce pays où tout  manquait il était nécessaire de leur apprendre à Alger un nouveau  métier pour qu'ils s'intègrent plus heureusement dans  un Israel qui faisait face à tant de problèmes plus urgents les uns que les autres. (Sur place en Israel de 1967, je constatais combien il avait eu raison de penser que les émigrants marocains  auraient du bénéficier d'abord d'un bagage solide avant de s'établir en Israel dans des localit
és de développement et même tout au début sous les tentes dans les régions les moins hospitalières).

Pourtant Grand-Père ne se désintéressait pas de ce pays récemment né. J'ai retrouvé une feuille de cahier où il avait consigné quelques statistiques économiques et des détails géologiques, avec ses notes pour la réalisation possible d'un Canal  reliant la Mer Rouge à la  Mer Morte dont l'actualité en reparle.

Ces dernières années de ma vie en Israel, il me vient quelquefois à l'idée que mon arrière-Grand-Père aurait mieux fait d'émigrer d'Alsace en Palestine en 1870 avec sa famille. Ici il aurait pu faire profiter ce pays de son labeur et de son génie et permettre à ses fils de réaliser des projets bénéfiques pour le pays entier, au lieu d'avoir du en 1962 abandonner l'oeuvre de trois générations. Mais le miracle d'être sorti vivant de l'enfer algérien me fait songer que le sort de la famille eut peut-être été tout autre à travers toutes ces guerres qui ont précédé et suivi jusqu'à aujourd'hui l'Indépendance de l'Etat d'Israel .
En parcourant le Néguev j'ai souvent imaginé qu'au lieu de faire jaillir l'eau potable à Djelfana(7) ou semer le blé dur sur les Hauts-Plateaux, et améliorer les races bovines,  il aurait pu lui et ses fils, en faire autant en  créant leur ferme modèle en pleine zone aride pour transformer ces étendues de pierrailles en sol productif, et maîtriser les oueds violents pour remplir des barrages, et bâtir pour les Bédouins des villages sédentaires . 
  Un printemps de 1959, un coup de téléphone de Papa qui était à son chevet  nous avertit avec douceur que Grand-Père était au plus mal. Je fis avec ma mère à pas rapides ce trajet dont je connaissais les moindres détails, la tête baissée et les yeux mouillés .
Grand-Père était étendu dans son grand lit, bien droit  les yeux clos, le visage détendu, des mèches de coton dans les narines, déjà préparé pour le Grand Voyage. Le miroir de la chambre à coucher était voilé et les grands rideaux de la porte-fenêtre tirés. Avec mon frère nous eûmes l'idée saugrenue de vouloir le photographier ainsi. avant la séparation. Pour m'agripper à cette dernière vision. Mais je n'ai heureusement pas osé.
Mes parents ne voulurent pas que j'assiste à l'enterrement  connaissant ma sensibilité extrême bien que je fus déjà adulte. Chez les juifs religieux, le cercueil n'est pas de mise(8) .Le corps lavé,  les ongles coupés suivant les canons de la religion par les personnages du Dernier Devoir dans la chambre mortuaire au cimetière-même, est enveloppé d'un suaire, généralement le tallit à franges de la Bar-Mitsva(9)  qui a servi à toutes les cérémonies de la vie. Alors en présence d'au moins dix personnes suivant la Loi Mosaïque(10),le défunt est glissé dans la fosse :

"Car nous sommes sortis de la Poussière pour retourner à la Poussière."

levy-charles-_-echo-d--alger-4-avril-1959_.jpg

Le cimetière(11) de Sétif, comme beaucoup en Algérie nouvelle, fut la proie des forcenés pour lesquels rien n'est sacré . Ainsi les dépouilles rapatriées de mes aieux reposent maintenant en France métropolitaine au cimetière de Fontainbleau .


  Le Cimetière Israélite de Sétif vandalisé



Notes :


*(1)
Dans ce rapport historique, sont  cités en détail les moyens élaborés par mes ancêtres colons au long des années de labeur pour donner au mot pionnier son plein sens  en agriculture .
 http://lait.dairy-journal.org/index.php?
option=article&access=standard&Itemid=
129&url=/articles/lait/pdf/1923/
09/lait_3_1923_9_29.pdf

 
*(2) Bernard Zerhfuss , Architecte célèbre en Algérie.


Charles Lévy fit bâtir à Sétif et à Hussein-Dey, des lotissements-villas dans son désir de reloger à bon-marché les plus déshérités . Au contraire des immeubles du type Kremlin, les constructions étaient familiales et adaptées au mode de vie et au soleil d'Algérie . Dans le hall d'entrée de son appartement, une petite maquette de la "Cité Lévy". J'aimais jouer avec les maisons  cubiques au toit rouge disséminées sur la colline en plâtre  .


*(3) Un des mots les plus beaux de la langue française et le meilleur départ dans la vie civique .

Dans les Cahiers du Centenaire de l'Algerie :
http://aj.garcia.free.fr/Livret11/L11p36-37.htm


*(4) A Djelfana (Sahara) avec des instincts de géologue il fit creuser à l'endroit de son choix des puits artésiens d'où jaillirent l'eau fraiche et douce d'une nappe phréatique pour le bonheur des habitants .

 
*(5) Exception faite pour les soldats .


*(6) Un moyen pour respecter les liens familiaux .


*(7) De Moise .


*(8) Extrait du Journal électronique Sétif-info :
...
"Un mur le sépare du cimetière juif abandonné au pillage et à la destruction depuis l'indépendance"..

                                     La "Cité Bel-Air" cré
é par Charles Lévy

Extrait de "Sétif-Info" dont je remercie les auteurs algériens :


"L’édification d’une cité de recasement destinée aux musulmans était la première expérience coloniale du genre dans la ville de Sétif. L’origine de ce projet ne peut être comprise qu’en remontant l’histoire de l’établissement humain "déplacé", où les conditions élémentaires d’hygiène n’existaient pas. La première initiative revenait à Charles Lévy qui a pris acte de la décision de la ville pour créer cette cité en marge de la communauté européenne.

A travers la lecture de l’extrait de la session du Conseil Municipal du 26 Janvier 1922, il ressort que :

"Suite à la décision du 25 Juin 1921 de déplacer définitivement le village nègre pour des raisons d’hygiène et de sécurité, proposition faite par Mr. Charles Lévy, délégué financier et président du comité de la société Coopérative des habitations à bon marché, de céder à la commune un terrain lui appartenant à l’ouest de la route de Bougie et au-dessus du champ de manœuvres, à condition que l’emplacement occupé par le village nègre soit affecté à l’édification d’une cité ouvrière d’H.B.M., situé sur un large plateau dominant la ville au nord et à une distance approximative de 1 kilomètre. Il permet l’établissement d’un plan de lotissement comportant des tracés de rues très larges avec place publique et chemins d’accès.

Le nouveau village, construit suivant un alignement régulier, renfermerait, outre de nombreuses maisons d’habitations, une école de Talebs et des locaux destinés aux industries indigènes telles que fabrication de tapis, Burnous, etc.

Il serait alimenté en eau potable non seulement par de bonnes fontaines, mais encore par une fontaine abreuvoir."

De 1922 à 1933, s’ouvre une phase de recasement marquée par la création d’un office "le patrimoine Sétifien" dont le but est de faire place nette au centre. Le délégué financier qui patronne cet organisme officieux Charles Lévy, grand colon privé et minotier, offre un sien terrain inculte et rocailleux, au nord de la ville. Il destine la future cité Bel Air à recaser les 876 habitants du village nègre, à raison d’une famille par pièce ; revenant à 1397 francs et contre 100 francs de loyer annuel, en échange du communal du village nègre ou entre la gare et le marché, s’édifieront les maisons familiales de la cité Lévy, revenant alors à 10000 Francs l’une, où vivent aujourd’hui 1500 habitants, surtout européens : employés, fonctionnaires, retraités. En 30 ans, 2000 nouveaux venus s’entasseront dans la cité Bel Air. (Prenant, 1953)

Le site de Sétif-Info :

http://www.setif.info/article1021.html

 

Notes:

      Personnalités présentes à l'inauguration du Monument aux Morts israélites de la Grande Guerre, inauguré en 1927 au Cimetière de St-Eugène (Alger):

L'Intendant Général Lévy, et Charles Lévy Délégué Financier .

(5) http://www.cimetiere-steugene.judaismealgerois.fr/monument_aux_morts_new.php#debut

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 16:39

 

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux.

(Victor Hugo, Feuilles d'Automne-Mai 1830).


14.4.11 070

 

 

Aujourd'hui j'ai laissé de coté mes nostalgies et les fantômes du passé. J'ai calé mes souvenirs coupants sous un lourd presse-papiers. J'ai éteint la radio, plié le Journal aux larges manchettes car je viens de recevoir la photo de ma petite-fille âgée juste de neuf mois. C'est à dire exactement, neuf en obscurité et sécurité , et neuf mois à l'air libre sous l'aile protectrice maternelle. Neuf mois et un Printemps tout neuf. Zohorie est son prénom: il a pour source "Le Zohar", le "Livre de la Splendeur" de la religion hébraïque. Une oeuvre très savante et un peu compliquée, que je n'ai aucune chance de ne jamais comprendre. Je parle en français avec Zohorie et déjà, (mais oui!) elle tourne ses petites menottes quand je lui chante:


Ainsi font font font

Les petites marionnettes,

Ainsi font font font

Trois petits tours
Et puis s'en vont.
Les petites marionnettes
Elles reviendront
Quand les autres partiront !

 

J'avoue être retourné à l'école virtuelle pour réviser les comptines ... Quant à sa mère je l'ai surprise la tenant attentive sur ses genoux et lui faisant déjà la lecture avec un livre d'images. Il faut la voir , cette petite merveille, assise sur sa chaise haute à l'heure du déjeuner : elle n'a de cesse que de vouloir saisir l'assiette et plonger les doigts dans la purée de fruits riche en vitamines et d'amour maternel. La bavette ne protège pas tout et le gros chat est là, léchant les éclaboussures qui retombent à sa portée. Tout le monde en rit et elle est heureuse du plaisir que nous avons à observer ses gestes vifs encore peu précis. 
Cette semaine elle a découvert que ramper rapidement est très utile pour essayer d'agripper la queue du chat qui passe nonchalant à sa portée. Des fois elle attrape la toison à pleines mains comme s'il s'agissait d'un mouton, mais Monsieur le Chat lui permet tout du moment qu'elle ne touche (pas encore!) à ses croquettes !.

Soudain je deviens muet, je ne sais plus que dire, plongé dans mes réflexions, pensant tristement à mes parents qui n'ont pas eu la chance de la connaître.. Mais les enfants n'aiment pas les visages sérieux des grands et j'ai tôt fait de retourner l'égayer pour revoir briller ses deux petites dents ! Je lui lance une balle et elle me la rend, fière de son exploit ! J'en profite pour lui apprendre le mot "merci" et je suis sur que rapidement elle saisira ce mot précieux qui ouvre les coeurs.
Cette semaine, nous les descendants des Hébreux, célébrons la Fête de Pâque de l'année 5771. Cette lecture de la Haggadah est entre autre, le récit du "passage" (qui vient du mot hébreu "Pessah"), de la Mer Rouge en fuyant l'esclavage en Égypte. J'explique aux enfants que la traversée a du avoir lieu à la hauteur des Lacs Amers, à un endroit alors très peu profond et envahi par les roseaux. 

A cause du départ précipité, le peuple ne fit cuire que du pain sans levain et en souvenir nous mangeons à sa place et toute la semaine de la galette de farine et d'eau...pour les uns une vraie punition, pour d'autres comme moi, un délice de jeunesse quand je mouillais la galette beurrée dans la tasse de lait. 

Notre petite fille nous a accompagné de son babillage et passait de bras en bras, couverte de baisers.

Remontent alors les souvenirs des tablées de Pâque à Alger, lorsque nous les enfants chahutions un peu pendant la lecture patriarcale, quand nous reprenions  en choeur  à  chaque bénédiction les "Amen" et "Alléluia", sous le regard attendri de nos parents.


Je regarde ce visage innocent et bien que je ne sois pas pratiquant je prie pour que jamais elle n'ait  à entendre les sirènes d'alertes, et connaître les descentes précipitées à l'abri, les masques à gaz...où on étouffe et les explosions que nous avons connues ici il y a si peu de temps et que les villes au Sud de Tel-Aviv vivent ces jours-ci. Après tout, c'est moi qui en porte la responsabilité. J'aurai pu choisir de vivre en Suisse, changer de nom et de religion, et vivre égoïstement loin du bruit des canons, mais jamais cette lâcheté ne m'a effleuré  et je bâtis mon optimisme sur les ruines du passé quand les juifs étaient  sans défense et dispersés de Babylone à  Berlin et durent subir les persécutions des tyrans, mais désormais lèvent la tête avec fierté.

Comme chaque année, à la table du "Séder(1), une place reste vide en attente du retour du soldat  franco-israélien Gilad Shalit enlevé à la frontière d'Israel et qui depuis cinq ans gît dans une cache à Gaza sans aucune visite de la Croix-Rouge ou d'organisations "humanitaires" qui exercent  à sens unique et inique.

 

Éternel, notre Dieu, Roi de l'Univers, accorde paix et santé à tous les hommes de bonne volonté !


(1) "Seder" : L'office de Pâque.


Pour terminer sur une note humoristique mais qui en dit long sur la modernité de ce peuple vieux de 5771 années, voici la cérémonie de Pessah telle que des plaisantins  la présente  à l'heure des ordinateurs !


http://www.youtube.com/watch?v=_bgeX_8tBCY&feature=player_embedded

 

La sublime poésie de Victor-Hugo:

http://www.poesie-francaise.fr/victor-hugo/poeme-lorsque-l-enfant-parait.php

 

Le Livre de la Splendeur:

http://soued.chez.com/zohar.htm

 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 17:20

 

La Santa-Maria

     Maquette du Musée de la Marine à Madrid.


4859 Santa-Maria

 

A la conquête du Nouveau Monde .

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

 

Jose-Maria de Heredia (1) (1842-1905)

 

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A la conquête du Bac .

 

Ce bijou poétique, je peux encore le réciter après des dizaines d'années lumières, car au temps du bachot j'avais eu l'idée un peu rusée d'apprendre par coeur ces vers dans l'espoir de m'en servir utilement dans l'épreuve de français comme exemple dans ma  dissertation si le sujet me le permettrait, et enrichir ainsi mes citations...J'avais même consigné la controverse scientifique de la " levée des étoiles nouvelles dans un ciel ignoré". J'avoue avoir depuis oublié le sujet que j'avais choisi parmi les trois proposés, mais je suis sûr de ne pas avoir du me servir de cet artifice. Depuis cette musique littéraire m'accompagne souvent dans mes promenades, et je la scande à voix haute, (aussi con qu'errant),  tout en en veillant pour mon salut à ne pas inquiéter  des promeneurs trop rapprochés ! L'épreuve de version latine que je redoutais tant se serait passer facilement (grâce à une phrase-clef entière trouvée traduite dans mon fidèle dictionnaire Gaffiot), si ce ne fut mon voisin inconnu qui me tirait dans le dos ma chemise, comme une sonnette d'alarme !. Pour m'en débarrasser, je dus capituler et lui glisser mon brouillon en entier, au risque de me faire remarquer par l'examinateur qui patrouillait dans les rangs, avec les conséquences fâcheuses d'avoir ma copie confisquée. A ce souvenir, mon coeur bat encore de peur. A propos, si je fus admissible ensuite à la seconde partie du bac, celui de  Math-Élem, je réussis ce tour de force d'être collé à ..l'oral en m'emberlificotant dans les réactions chimiques. Ce qui est un comble pour le citoyen que je fus entouré de tant  d'expériences pyrotechniques si tristement réussies :

 

         Alger, rue Michelet, à la hauteur de la bijouterie Agostini, face au cinéma ABC,

le jour des élections municipales, le 20 Avril 1959.

Alger-Attentat

 

 

A la Conquête de la gourmandise.


J'ai grandi à une époque où je revenais du laitier avec un pot en aluminium contenant son or blanc. Ce lait ne cachait pas alors une longue formule de produits chimiques pour le rendre plus doux au goût, plus sucré ou durable. C'était un lait non traité, ni pasteurisé, ni enveloppé dans du nylon, ni blanchi à la mélanine ! Du pis de la vache à la casserole il fallait faire vite pour le faire bouillir, surtout dans nos chaudes journées. Sur le réchaud à gaz émaillé, le litre de lait versé dans toujours la même casserole à poignée de laiton, attendait de bouillir sous ma surveillance. Une mission de confiance pour une opération traître qui ne supporte pas un instant d'inattention. Mine de rien, le lait qui commence à frémir, ne cherche qu'à déborder si on ne ferme pas à temps la clef du gaz, juste avant qu'il ne prenne son élan pour choisir la liberté.

Tout travail mérite salaire. Et le mien, que je m'attribuais d'autorité, souvent malgré les avertissements de ma mère, était d'attendre que la crème épaisse se refroidisse pour la déguster à la cuillère. C'était mon péché mignon. Maman qui comptait sur ce produit velouté pour son gâteau, souvent devait se rabattre sur du bon beurre. Et moi j'attendais le lendemain...    

 


A la Conquête du Ciel.

                               

Un jour brillant de 1960, la première Caravelle aux couleurs d'Air Algérie, aux liserés rouges, atterrit à l'aérodrome d'Alger-Maison-Blanche. Cette Compagnie crée par le Commandant Alias groupait des anciens du célèbre 2/33.

air-algerie-f-obng-1961

 

  Certains des As de la Chasse du Groupe Savoie qui avaient piloté en 1940 les célèbres  Bloch , Dewoitine 520,  Potez, et en fin de Guerre  les rapides Lightnings, se reconvertirent dans l'aviation civile sur des Dakotas, des DC4, des SO-30 Bretagne, des Bréguets deux Ponts et Constellations, tous de fameux avions à hélices .

 

Citation du Groupe à l'Armée Aérienne


Accordée par Ordre "6" N° 41 du 31/05/1940


"Sous  l'impulsion  de  son Chef,  le   Commandant  ALIAS  et  de  ses   Chefs d'Escadrille,  le Capitaine  GELEE  et  le  Lieutenant  ISRAEL,  le Groupe de  Reconnaissance 2/33  constitue  un  superbe  instrument  de  combat qui   donne   chaque  fois la  preuve  d'un allant  remarquable   et  d'une   haute conscience.  Dans   une période  particulièrement  difficile,  a  obtenu au  prix de  lourdes  pertes  des  renseignements   précieux  qui ont permis   d'orienter  le commandement  d'une   façon précise  sur  la   manoeuvre  ennemie.

Le Chef-Pilote était Jean Israel (3), un ami de la famille. Il nous invitât alors à visiter cet avion aux contours parfaits pour glisser dans les cieux. Je me souviens d'être monté par l'arrière de l'avion grâce à  une rampe articulée au fuselage, comme le dard d'une guêpe et parcouru le long couloir jusqu'au poste de pilotage. Dans cet appareil, tout était magnifiquement profilé, à tel point qu'il battit un record de distance en planant tout moteur coupé, dans un vol expérimental.  L'oeil n'était accroché par aucune aspérité, et ce premier avion civil à réaction français semblait avoir été sculpté par la Déesse des vents. Hélas ces conquérants du ciel ne devaient chevaucher ce pur-sang  que deux courtes années avant que ne disparaissent l'Algérie francaise.

J'avais déjà lu avec intérêt " La Lettre à  un Ami " de St-Exupéry, un texte courageux de solidarité avec Léon Werth, et avec lui  ses coreligionnaires israélites en perdition, mais dans son célèbre livre "Pilote de Guerre" , St-Exupéry honore particulièrement un de ses camarades de l'escadrille de Reconnaissance du Groupe 2/33 .Il s'agit du Lieutenant Colonel Jean Israel. Je cite un passage de Pilote de Guerre, édité d'abord à New-York sous le titre "Flight to Arras", en 1942 :
"Lorsque, en 1940, je revenais de mission, à bord d'un avion troué de balles, je buvais avec jubilation un excellent Pernod au bar de mon escadrille. Et je gagnais mon Pernod au poker d'as soit à un camarade royaliste, soit à un camarade socialiste, soit au lieutenant Israël, qui était le plus courageux d'entre nous et qui était juif. Et nous trinquions avec une tendresse profonde." (N-Y TIMES 29nOV 1942). Fin de citation.

  Jean Israel fut abattu lors d'une mission de reconnaissance et St-Exupéry écrivit son panégyrique dans un passage de son livre, croyant que son camarade, un de plus, après une attente prolongée,  avait péri . En fait Jean avait sauté en parachute, fut capturé et enfermé avec d'autres pilotes et navigateurs dans un stalag près de Lubeck. Le livre de St-Ex ,"Pilote de Guerre", interdit par Vichy,fut imprimé en secret à Lyon. Caché dans un colis, avec une fausse autorisation, sa famille réussit à le lui faire parvenir: ce petit livre toilé de noir passa de mains en mains chez les captifs, leur remontant ainsi le moral. Vers la fin de la guerre, les nazis entreprirent de déporter les prisonniers juifs du stalag, mais par chance les alliés délivrent le Camps à temps. Jean Israel libéré avec ses camarades, prit à pieds la route et dans la cohue perdit son sac avec le précieux livre. Deux miracles alors se produisent, d'abord il le retrouva et aussi remarqua dans la foule un jeune garçon isolé qui allait avec le courant. Questionné, il répondit en polonais qu'il était le seul survivant de sa famille. Jean Israel n'hésita pas, et le prit sous sa protection, l'embarquant avec lui dans un camion de rapatriement de pilotes, malgré le refus de plusieurs des passagers ne voulant pas s'encombrer d'un enfant, et juif et polonais !. Mais cet enfant remarquable sous l'aile de Jean Israel apprit le français et étudia avec succès à Paris et devint un Ingénieur Électronicien que j'ai eu l'honneur de connaître.
Il avait été avec son frère jumeau l'objet d'expériences "médicales" de bouchers nazis qui opéraient les jumeaux sans anesthésie pour de fausses recherches  sadiques. (En particulier ponction à vif du foie pour essayer de découvrir un remède contre l'hépatite B qui faisait des ravages dans l'armée allemande).
Ces années effroyables ont été décrites sans haine et avec précision par cet orphelin Saul-Oren Hornfeld dans son livre inoubliable, dont vous pourrez lire des extraits (4).
Saul Hornfeld est maintenant entouré de sa grande famille en Israel, c'est sa plus grande vengeance contre le Minotaure.

 

A la conquête du langage .

   

Ce matin aux informations, bien avant le bulletin de santé tragico-comique et quotidien de Khadafi  une mauvaise nouvelle pour les auditeurs: Netiva Ben-Yehuda vient de mourir à 82 ans. Son émission nostalgique meublait mes heures nocturnes d'insomnies et elle savait en ces heures tardives et en direct faire revivre en musique les à la fois tristes et belles heures de la Guerre d'indépendance de l'Etat d'Israel à qui elle consacra sa jeunesse pionnière, en conquérant avec ses compagnons  dans d'audacieuses opérations militaires les collines de Judée pour libérer Jérusalem, assiégée et affamée. A l'aurore de sa vie, elle répondait sur l'antenne aux questions des auditeurs et auditrices souvent de son âge en posant un disque piqueté d'un bruit de fond que couvrait l'accompagnement d'un accordéon de l'époque héroïque. Et elle précisait aux auditeurs comme une rengaine, "Ce soir, comme tous les soirs, vous êtes invités à n'évoquer sur les ondes que des souvenirs heureux."

J'ai appris bien des détails de cette époque à travers sa vie courageuse.


                                                                   Eliezer Ben-Yehuda ( 1858-1922 )

Eliezer Ben-Yehuda

 

Elle était la fille du Professeur Eliezer Ben-Yehuda (5), un éminent philologue, qui conquit ses lettres de noblesse dans sa lutte acharnée pour adapter la langue hébraïque à ses exigences modernes et l'imposer à un peuple d'exilés parlant en famille toutes les langues de Babel et récitant des prières dans un hébreu biblique archaïque proche de l'araméen. 



A la Conquête de la Liberté..

Suzanne Dali, (c'était notre esclave), nouait son voile brodé et s'entourait dans son haïk blanc à filets d'argent,  pour son long trajet de la Casbah à la rue Sadi-Carnot. Légèrement opulente et à la force de l'âge, elle ne laissait plus déjà au gamin que j'étais, la regarder comme avant s'habiller de ses vêtements de maison et fermait à clef la porte de la cuisine que je tambourinais non sans malice.
-" Halina tranquille" ! me disait-elle à travers la porte.
Seulement une fois prête, en fichu et tablier elle consentait à me laisser entrer dans son univers.
Je m'asseyait sur la chaise de paille, et je la savais heureuse de ma présence qui la distrayait de sa tache fastidieuse. Je la regardais nettoyer avec un bouchon enduit de lpoudre à récurer les couverts de la veille, qui laissaient voir leur laiton là où le placage en argent s'effaçait à force d'être lustré. Alors j'aimais l'écouter me raconter son enfance en Kabylie, dans son lointain village de Teniet-el-Had qui l'avait vu naître.
Cent fois je lui demandais de me raconter comment elle avait été piquée par un scorpion en marchant nu-pieds dans la Foret des Cèdres.  J'essayais d'apprendre d'elle quelques mots courants en arabe. Un beau jour d'été, comme d'habitude lorsque je prenais déjà seul le tram pour aller à la plage, je m'installais au plus près du Wattman pour avoir une vue panoramique de la rue qui venait à moi. Dans un moment d'enthousiasme de la course , je m'écriais " mchi", (plus vite), imitant les gestes du conducteur qui poussait son variateur de vitesse et frappait de son pied le timbre avertisseur pour chasser les passants. La motrice  crissait et dansait sur ses rails. Hélas, j'avais sans doute mal prononcé  ce mot, et le préposé moustachu qui avait du comprendre "va-t'en", se retourna et me foudroya d'un regard paralysant.....
Un jour qu'elles étaient occupées à retourner un lourd matelas, Suzanne se confia à ma mère, et je l'entendis dire avec fierté que son ami était journaliste à "Alger-Républicain". Un quotidien militant communiste dans lequel Camus écrivit à ses débuts.

 

ALBERT CAMUS - misere de kabylie

 

Très vite virant au rouge sang, cette feuille quelquefois censurée se mit vite au service de l'opposition combattant la présence française. Ce qui ne l'a pas empêché d'être à son tour et définitivement mise au ban du nouveau régime dès l'indépendance de l'Algérie à  la pensée unique ..
La redistribution des terres et le rêve d'imitation des Kolkhozes échouèrent et les paysans  "libérés" laissant les tracteurs soviétiques rouiller dans les champs  vinrent agrandir les bidonvilles des grandes agglomérations pour y tenter leur chance.
A la fin de l'après-midi, l'appartement en ordre pour que je puisse jusqu'au lendemain mettre tout sans dessus-dessous, elle libérait ses longs cheveux  rougis passés au henné pour les remonter sur sa nuque avec une grosse épingle qu'elle serrait  entre ses dents blanches pour avoir les mains libres. En se cachant derrière son voile, elle redevenait l'Orientale du matin . Ajustant son sarouel de couleur avec un foulard vert, tout en riant de me voir étonné de cet accoutrement, elle s'enveloppait dans le flou de son haïk, et chaussait ses pieds nus de socques à talons bas.
-Redouah ! A demain Madame !, disait-elle sur le pas de la porte  tout en me caressant la tête quand je l'accompagnais pour respirer une dernière fois de la journée son chaud parfum de musc et refermer  sur elle, et la porte et la Révolution en marche, avec le gros crochet de laiton.

 

                                                Léon Cauvy (1874-1933)  Marché dans la Casbah.

 

Alger Leon Cauvy Marche dans la Casbah


Les années passèrent. Suzanne et décida de nous quitter. Incompatibilité d'humeur, coup de tête ? où peut-être je n'étais pas étranger ? Je ne sais, mais toujours est-il qu'elle nous échangea pour une autre famille juive où  elle put à son aise comparer nos modes de vie ! A Suzanne succéda une vieille Consuelo qui faisait encore quelques économies avant de retourner à son village natal en Espagne. Elle roulait les "r", et nous les  enfants en roulions de rire sous la table à chaque déjeuner. Puis vint Marietta, une jeune et piquante brunette qu'un hidalgo en scooter eut tôt fait de l'arracher à sa tache. Un après-midi, coup de sonnette,  une visite inattendue de Suzanne Dali. Sans haik et sans voile, elle avait perdu de sa fraîcheur avec sa figure empâtée, et ses cheveux en filasses. Ma mère la conduisit au salon, et la fit asseoir dans le grand fauteuil en cuir vert où j'aimais dans ma tendre enfance m'y blottir dans le rayon de soleil qui avait fini  par  tout le craqueler . En me voyant entrer, elle se leva pour m'embrasser, et je restais tout gauche et rouge de confusion tandis qu'elle me complimentait sur ma maturité. Pendant ce temps maman s'était éclipsée, et j'entendis le chuintement des battants de l'armoire de la chambre de mes parents. Cette armoire à glaces où s'empilaient les beaux draps blancs qui sentaient bon la lavende en sachets. Elle revint vers Suzanne en lui glissant un secours dans la main. Car le but de cette visite était manifestement l'état de sa détresse. Ce fut la dernière fois que je la revis. Le premier Juillet 1962 me sépara pour toujours de celle qui me pardonnait tout et aidait ma mère à me soigner lorsque j'étouffais dans mes crises d'emphysème.

 


A la Conquête de l'horreur..

 

Itamar(6) est un petit village de pionniers israéliens situé proche de la ville arabe de Shehem, un site biblique du temps des hébreux. Ces hébreux modernes idéalistes vivant d'agriculture-bio refusent de s'entourer de barbelés et de vivre  ainsi comme dans un ghetto. Seule une maigre clôture électronique devait déclencher l'alerte. Une nuit de Shabat, le Samedi alors que les familles dormaient, un assassin venu de la ville voisine, un résistant-maquisard comme les nomment les humanistes français, s'est introduit par la fenêtre non grillagée d'une des habitations modestes. En silence, au couteau il a égorgé le père et la mère dans leur lit, et leur bébé âgé de  quatre mois. Ensuite est allé dans la chambre voisine continuer sa tache de résistant en coupant la gorge de deux autres  enfants de respectivement  onze et quatre ans. Il n'avait pas vu dans l'obscurité une autre chambre fermée où dormaient deux autres petits de quatre et deux ans. C'est la grande fille de 12 ans revenant d'une réunion de  jeunes de fin de Shabat à 22h qui se heurta à  la porte verrouillée et demanda  alors l'aide d'un voisin . Elle découvrit sa famille ensanglantée et les secours étaient  déjà inutiles.

La communauté francophone d’Israël est en état de choc depuis la publication des noms des victimes de l’attentat commis à Itamar: il s’agit de cinq membres de la famille Fogel : le père Oudi  (36 ans), la mère Ruthy (35 ans) et trois de leurs enfants Yoav (11 ans), Elad (4 ans) et Hadass, la petite dernière (4 mois). Que leurs mémoires soient bénies. La Grand-Mère maternelle est une Française qui avait choisi de s'établir en Israel.

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Notes:

C'est justement grâce à sa forme ballonnée de coquille de noix que ce navire de l'expédition de Christophe Colomb, se soulevait avec les énormes vagues et surmontait les tempêtes.

(1) Le Poète:  José-Maria de HEREDIA   

  http://cristobal-colon.net/aCh06.htm

 

(2) Sur le bi-réacteurs Caravelle:

http://aviatechno.free.fr/bib/images.php?image=116

http://www.astrosurf.com/luxorion/esclavage4.htm

 

(3) Un site avec les numéros de la célèbre revue Icare (depuis longtemps épuisés) ci-dessous :
Dans les N0 78,30, 62 Jean Israel avait écrit son t
émoignage sur St-Exupéry dans: 

http://www.trussel.com/saint-ex/stexbib.htm#47

http://imansolas.freeservers.com/ASExupery/Antoine%20de%20Saint%20Exupery.html#A%20Pilot%20in%20War

Sur le Groupe  2/33 Savoie :

http://latapy.charles.free.fr/les%20avions%20du%202%2033.htm

 

(4) http://judaisme.sdv.fr/histoire/shh/oren/feu1.htm

 

(5) Le pionnier de l'hébreu moderne:

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Eli%C3%A9zer_Ben_Yehoudah

 

(6) L'agglomération de Itamar:

 http://en.wikipedia.org/wiki/Itamar

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:00

 

  Naissance et mort d'un monument


Un monument aux Morts est une création  éternelle (...tant que le permettent les circonstances politiques), pour rendre hommage aux Héros tombés pour défendre la Patrie et rappeler aux générations leurs sacrifices.

 

 

L'Armée d'Afrique

Dès la fin de la Première Guerre Mondiale, partout jusque dans les plus petits villages de France et des provinces d'Outre-Mer s'élevèrent des sculptures à la gloire des défenseurs de la République avec leurs noms gravés dans la pierre. Mais il en eut bien avant, comme cet obélisque* dressé sur une hauteur d'Alger :

( Tiens! j'étais persuadé ce nom était du genre féminin !)

 

 

Colonne Bailloud à l'Armée d'Afrique

 

Monument élevé à la Gloire des Morts de l'Armée d'Afrique

 inauguré le 21 Octobre 1912.

Président du Comité:

Général Bailloud.


 

Voici un extrait de "l'Algérie Révélée" (1) de Gilbert Meynier, avec sa version du patriotisme :
"Minoritaires en Algérie, les européens contrôlent politiquement le pays.
Ils s'attaquent, au contraire, à exalter sa force et ses oripeaux symboliques, ses drapeaux, fanfares virilisantes, statues, monuments commémoratifs, font parti de l'environnement quotidien des Français d'Algérie. La perspective d'une guerre franco-allemande* renforce la solidarité: si la guerre est perdue pour la France, les Français ne devront-ils pas repasser la mer ?.

* (Celle de14-18. Une occasion pour reprendre l'Alsace-Lorraine perdues après le désastre de Napoléon III à Sedan ).
"La prospérité de l'avant-guerre permet d'ériger partout des monuments à la gloire des généraux de la Conquête.

En Octobre 1912 est inaugurée par Lutaud* une colonne de 50m de haut en ciment armé qui coûta 135000f réunis grâce à une souscription lancée par le Général du XIXème Corps, le Général Bailloud."

*(Charles Lutaud (1855-1921) fut  Gouverneur Géneral de l'Algérie de 1911 à 1918).

 

Au pied de ce monument, étaient inscrits ces mots dans une plaque de bronze ornée du médaillon de Bailloud,

d'après le site (2) de Francis Rambert :  

 

DIEU ET PATRIE
A LA MÉMOIRE
DES SOLDATS ET MARINS
QUI ONT VERSÉ LEUR SANG
SUR CETTE TERRE D'AFRIQUE
POUR Y IMPLANTER
LA JUSTICE ET LA CIVILISATION

 

 

Mais cette haute colonne de béton eut une vie raccourcie par la guerre elle-même.

Situé sur les hauteurs du Fort l'Empereur ce monument était visible de loin et dominait  la baie d'Alger et ses installations portuaires. En Novembre 1942, après l'Opération Torch, l'armada américaine déchargeait troupes et matériel sur les quais d'Alger, où attendaient en rade de nombreux navires de guerre et de ravitaillement

 pour se préparer à la Bataille de Tunisie, le premier verrou de l'Axe à  faire sauter avant la campagne de Libye tenue par Rommel.    

Le dessin ci-dessous du "Port d'Alger en 1943", est l'oeuvre de Madame Alice Julienne Verdy, la grand-mère de Françoise Leroy Vendevelle. Sur ce support de fortune fragile du aux restrictions, apparaissent les bateaux de l'armada alliée, avec les ballons protecteurs. Vous reconnaîtrez la jetée en zig-zag avec son mat tripode.

C'est un des nombreux croquis pris sur le vif que Françoise* a eu la patience et la gentillesse de scanner.

* Monsieur Vendevelle (3) son père fut notre excellent Professeur de Physique et Chimie au Lycée Gautier d'Alger.

 

 

george_port3.jpg

 

 

  Cette superbe photo de la rade d'Alger a été prise par un militaire américain.

Le bâtiment en U  est le Lycée de Filles Delacroix. 


alger-le-port-en-guerre..jpg

 

Les bombardiers allemands,  dès le lendemain du 8 Novembre commencèrent à attaquer le port  et les navires se  protégaient des tirs en rase-motte par des filins que tendaient au dessus-d'eux des ballons, des "saucisses" comme nous les appelions. Lorsque au cours d'un raid  de nuit certaines étaient atteintes par les tirs et  retombaient sur la ville, elles devenaient une aubaine pour tous les artisans qui découpaient leur enveloppe caoutchoutée pour en faire... des sandales ! Je me souviens d'un ballon qui était retombé entraîné par le vent  au dessus du Monument aux Morts et qui fut sans doute  rapidement dépecée comme une baleine car quelques jours après je n'en vis pas les traces ! .

 

 Les serveurs de D.C.A. veillent avec leurs canons Bofors sur le Boulevard Carnot.

En fonds la Grande Mairie et l'Hotel Aletti.

 

Alger Canons DCA Bofors

 

                                     Alger attaques de nuit. Les batteries anti-aériennes balafrent le ciel 

 

Images

Cet obélisque qui dominait la "Capitale de la France en Guerre" était un point stratégique qui vu du ciel désignait Alger comme une cible facile aux pilotes et navigateurs des bombardiers ennemis. La colonne   indémontable, ironie du sort, destinée au souvenir des Morts  fut donc abattue à l'explosif pour sauver les vivants en 1943 et il n'en reste qu'une carte postale. 

(D'ailleurs la tour de La Vigie(4 ) au port de Djijelli subit le même sort la même année pour la semblable raison ).

Entre-nous, ce mémorial n'était pas très beau. L'Armée d'Afrique méritait mieux,  et dans un espace plus grandiose dans la plus belle perspective de la ville fut érigé en 1920 le superbe "Pavois" de Paul Landowski . Monument aux Morts de la Ville d'Alger, qui à lui seul mérite une autre évocation non moins tragique.

 

Le très décoré Général Maurice Bailloud décida donc  dès 1910 de  lancer une souscription  (7) :

 

General Bailloud

 

 

 

Souscription Bailloud


 

 

Alger, le 20 Janvier 1910.
Souscription Nationale
             pour
Élever un Monument
              aux
Morts de l'Armée d'Afrique
       -----ooooo-----

 

Président :
Le Général Bailloud
Commandant le XIXème Corps d'Armée
      ------ooooo-----


Monsieur le Maire,

Élever sur notre terre algérienne un monument aux Morts de notre armée d'Afrique qui n'a cessé de répandre son sang sur les champs de bataille du monde entier, est une pensée de précieuse reconnaissance à laquelle votre ville voudra certainement s'associer.

Depuis 1830 , il n'est pas une famille pas une commune de France, qui n'ait donné un ou plusieurs de ses enfants à cette vaillante armée.
Ce sont les fils glorieux dont votre conseil et vos administrés consacreront la mémoire en coopérant par leur souscription en témoignage grandiose qu'il importe de léguer aux siècles à venir et qui restera comme l'empreinte ineffaçable de notre constante admiration.
Dans l'espoir que vous voudriez bien accorder votre appui, Monsieur le Maire, de vouloir bien agréer, avec les sentiments de la France qui est en Algérie, l'assurance de notre gratitude.

P.e. le Comité,
Général Bailloud
Commandant le 19ème Corps d'Armée .

Inclus, une liste de souscription que vous voudrez bien retourner à M. Millet, Trésorier Général de l'Algérie, à Alger, avec les souscriptions réunies en un mandat poste. Les journaux publieront les noms des souscripteurs.

Cachet : "Aux Morts de l'Armée Française"
Général Bailloud.


Alger, Typo: AD Jourdan.

 

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Extrait de "l'Algérie Révélée"   de Gilbert Meynier:

 

Mais qui était le Général-politicien Bailloud ?

Charles-Robert Ageron*  le décrit ainsi : (5)  

 

"En 1912 le Général Bailloud se présenta aux élections législatives d'Alger, comme défenseur de la cause "franco-musulmane". Il fut battu par le député Broussais, défenseur des intérêts des colons.
L'Echo d'Alger  présenta le Général Bailloud comme " le candidat des indigènes contre les colons" dans un numéro qui est un véritable appel à la haine."

* Charles-Robert Ageron qui ne cachait pas ses idées dites "libérales" fut un  brillant Professeur d'Histoire et Géographie qui captivait dans ses cours les élèves du Lycée Émile-Fé lix Gautier à Alger,  à  une époque où la ville était déjà en ébullition. Il n'avait pas besoin de sa carure imposante pour se faire respecter. Il avait toujours une anecdote pour tenir sa classe en haleine.

 

Maurice Bailloud, un grand Général petit de taille. Comme quoi la stature ne fait pas l'homme de guerre !( sans allusion..)

Lors de sa campagne au Moyen-Orient, ses subordonnés l'avaient familièrement surnommé : "Cacaouët" (6).

"Enfin, un petit vieillard maigre et sautillant grimpait l'échelle de bord, avec l'agilité d'un jeune homme, et venait présenter ses hommages au chef de l'Armée d'Orient qui l'attendait à la coupée, c'était le général Bailloud".

De taille inférieure à la moyenne de ses compagnons d'arme, il les surpassait cependant par le nombre de ses décorations obtenues sur tous les fronts jusqu'à sa retraite en 1911.           

 

Crédit des citations :

 

(1) Gilbert Meynier: " L'Algérie révélée"

  http://books.google.com/books?id=Us_7F_9JfhcC&pg=PA168&lpg=PA168&dq=obelisque+bailloud&source=bl&ots=HroIu6zhMt&sig=v0HL4EjK8kaC5Ow6BsNxuo9_w0E&hl=en&ei=wBk_TcqDGcqLhQejvbnICg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4&ved=0CDEQ6AEwAw#v=onepage&q=obelisque%20bailloud&f=false

 

(2) Le médaillon de la Colonne Bailloud:

  http://rambert.francis.free.fr/environs/elbiar/elbiar_pages/bailloud.htm 

 

(3) Sur nos Prof du Lycée Gautier:

http://esmma.free.fr/mde4/ptisac.htm

 

(4) Pages Tambour sur Djijelli :

http://suzanne.granger.free.fr/Histbomb.html

 

(5) Ageron voir page 13 de :
  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0035-1474_1966_num_2_1_929?_Prescripts_Search_tabs1=standard&

 

(6) Les Glorieuses Campagnes de Maurice Bailloud:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Bailloud

 

(7)  L'Appel à la Souscription :

Je remercie fraternellement Pierre-Emile Bisbal, un "payse" qui m'a offert  ce document authentique .

Pierre écrit merveilleusement bien dans http://www.sbeo.blogspot.com/ ses Souvenirs du Quartier de Bab-El-oued. Dans un style pur et poétique il exprime ce que nous ressentons, nous les déracinés, et ce que ne savons pas coucher sur le papier pour l'immortaliser, il le fait pour  que nos enfants n'oublient pas la vie de leurs parents à Alger.

 

Cet article a été écrit

         En Souvenir de l'Algérie Francaise      

 

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