Non,excusez-moi si j'ai commis ce mauvais jeu de mots avec ce titre,ce n'était pour vous éloigner du véritable sujet ,mais simplement parceque moi qui vit avec mes mes souvenirs d'Alger , je les vois comme des défunts: sans espoir un jour de jouer au touriste pélerin et revoir ma ville . De plus,les changements qui ont blessé la cité, que ce soit de la main de l'homme qui a sauvagement bati des constructions hideuses tout en livrant des merveilles bi-centenaires aux intempéries,m'obligent à me replier sur moi-meme et me réfugier dans les témoignages superbes que nous ont laissé les artistes qui eux ont immortalisé les paysages de mon enfance.Joachim du Bellay a exprimé dans ses "Regrets" l'essence de ce que ressent chacun qui a été arraché de sa terre :
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Dans les derniers mois avant l'exil,nous avions une frénésie de promenades sur les hauteurs d'Alger et leurs balcons sur la Ville. Et nous nous disions pour nous rassurer,et pour voiler notre angoisse de condamnés en sursis en admirant la rade et son alliance en forme d'amphitheatre que tout en bas venait lécher la méditerranée:
" Est-il pensable que la France abandonne cette perle de culture " ?. Serrés dans notre "4cv-affaires",170-GR9A, toute blanche,sans chrome et sans reproche,en redescendant d'El-Biar nous nous arretions au bord du Boulevard Galliéni pour boire peut-etre une derniere fois la vue qui a inspiré tant d'artistes..Assis derrière avec mon frère,je regardais le coeur serré dans le rétroviseur de la voiture les visages tristes de mes parents . Et de dos,leurs cheveux déjà blanchis par les soucis qui ne cessaient de les accompagner depuis le début de la deuxième guerre mondiale . Cette fois chacun savait bien dans son for intérieur que tout était perdu,et que ces paysages impassibles à notre détresse allaient bientot changer de spectateurs ..
Depuis je collectionne virtuellement les oeuvres d'art qui me rappellent mon enfance.
J'ai trouve par chance ce tableau à l'huile d'Eugénie Clarac .Il a du etre peint des hauteurs de ce qu'on nommait alors "Mustapha-Supérieur ".
A travers ce vase de délicates fleurs sur le rebord de pierre de la fenetre, le rouge des pétales a déteint sur Alger-la-Blanche qui a prit une couleur rose embuée. Je peux regarder ma ville dans le silence de la nature ,sans mesure.
Je n'ai pas trouvé hélas,aucune autre précision sur la biographie de l'artiste .
Clarac était un nom répandu en Algérie .
Charles Pichon,en 1930 a peint cette aquarelle d'Alger , Vue du Parc de Galland.
Les grands arbres apportaient une ombre fraiche l'été venu. Aujourd'hui ce panorama est masqué par des constructions qui détonnent sur le paysage tout en douceur de la ville.Bien que les marchands de tableaux citent les aquarelles
de ce peintre,aucun détail sur lui n'apparait . Le C.A.O.M. n'en a pas conservé de trace.
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Une fin de bel après-midi dominical,en "Quatre puces" nous descendions le large boulevard Gallieni qui entaillait la grande falaise de craie jaune,toujours sujette aux glissements de terrain,et arrivés au carrefour du Palais d'Eté,salués par des spahis en burnous rouges dans leurs guérites,nous empruntions le haut de la rue Michelet ,devenu plus tard Franklin-Roosevelt, pour retrouver les bruits de la ville et regagner le carrefour de l'Agha. Arrivés à la hauteur du magasin "A la Ville de Lyon " une forte détonation retentit et bientot nous dépassames un morceau de ferraille qui avait atterri sur le trottoir. Un obus piégé avait explosé dans la malle d'une voiture en stationnement à une centaine de mètres plus-bas. Un rappel brutal de la réalite. Un mauvais début de semaine. C'était la saison des attentats . Une interminable saison qui durait depuis des années .Mais pourquoi raviver ces souvenirs qui de toutes les façons ne font que faire souffrir les rescapés et réjouissent leurs auteurs criminels ?
D'où que l'on soit,le port d'Alger caractéristique par ses jetées en zig-zag est visible aux yeux du promeneur.Ce sont les bras qui protègent les navires ancrés dans ses eaux.C'est l'impression que donne ce tableau de Claude Coquerel .Cette gouache très colorée de 1930 nous offre une ville amoureuse qui enserre les navires dans ses bras.

Remarquez le navire franchissant la jetée .C'est un transport de passagers. Peut-etre Le Ville d'Alger avec ses deux cheminées qui fut ensuite modernisé avec son changement de carburant pour n'en garder qu'une .



Connaissez-vous Micheline Cannaut-Utz ? J'ai découvert un magnifique tableau à l'huile du Port d'Alger (1943) vu à travers la fenetre de son salon.
Remarquez le nombre de bateaux de guerre qui attendent dans la baie.
L'intérieur a les magnificences d'un Renoir .
Mais ce tableau dès la première vue ne m'est pas étranger :c'est certainement d'un immeuble du Boulevard Carnot que l'artiste a posé son chevalet.
En effet j'allais souvent rendre visite à un Grand-Oncle de ma mère qui habita
un fabuleux appartement dont la hauteur des plafonds et la superficie des pièces m'étaient inhabituels . L'ameublement dans ce tableau ne diffère guère de celui que je connus, avec la différence que les jours de la semaine,les fauteuils étaient recouverts d'une housse blanche. Un mois de Mars 1949
le Président Vincent Auriol * vint en visite à Alger à bord du Georges Leygues.
Un feu d'artifice fut organisé en son honneur . Et nous fumes invités à le voir le soir,du balcon de pierre ,à un deuxieme étage qui se transforma en loge idéale pour admirer les prouesses de Rugieri . Les bouquets éclataient dans le ciel,au dessus du port avec des gerbes multicolores qui se croisaient et illuminaient le ciel d'Alger. Des étincelles argentées coulaient comme des fontaines installées sur la jetée, les détonations pacifiques se répercutaient en échos sur les hauteurs de la Bouzaréa,une somme folle partie en fumée,de quoi nourrir et habiller tous les yaouleds une année au moins.... Quelques douze ans plus tard, Grandeur et Décadence, j'attendais patiement mon tour dans la file qui débordait sur le trottoir de la rue Waisse. Histoire de retirer la somme d'argent qui faisait partie de mes économies et qui était accordée avec la parcimonie qui me rappellait notre marchand de lait en 1942 quand il nous versait l'or blanc avec sa petite mesure en zinc. Soudain je tressaillis au bruit d'une fusillade qui éclata dans les parages.Mais personne n'abandonna sa place pour un détail aussi futile... Dans ces memes mois qui précèderent notre exil,je passais à pieds derrière la Grande Poste,Boulevard Bugeaud lorsque une explosion sèche retentit et des passants qui venaient à ma rencontre eurent vite fait de commenter un attentat au plastic dans l'immeuble de l'Echo d'Alger,celui la-meme où mon grand-oncle habitait.Je hatais le pas vers la rue de la Liberté où l'imprimerie avait son entrée . Le portail principal était coté Boulevard Carnot .Les machines et les linotypistes étaient situés au sous-sol,mais la déflagration avait été si forte que les portes des locataires du deuxième étage avaient été soufflées:les lourdes portes de bois avaient été arrachées de leurs gonds et gisaient dans les couloirs d'entrée. Je marchais sur des débris de verre et échardes de chambranles en montant les escaliers. Ma tante n'eut pas à m'ouvrir la porte... Meme le bureau de mon oncle qui faisait face à l'entrée était bouleversé .Mais ma tante,qui heureusement était alors au fond de l'appartement, paraissait moins émue que moi par l'explosion que par la poussière des platras qui avaient envahi son salon...
Le port d'Alger a attiré comme Marquet des peintres les plus célèbres,comme Armand-Jacques Assus . (1892-1977).
Au contraire de l'aquarelle exhubérante de Coquerelle,la peinture à l'huile d'Assus marie les dégrades verts des palmiers et le rouge de leurs fruits avec une mer plate où ce navire-marchand est le sujet principal.

Ce port je le connaissais bien pour l'avoir exploré avec mon grand-frère .Nous étions attirés par les navires de guerre et le traffic du port de commerce,et le manège des grues. Nous trouvions toujours de petites pierres pour nous essayer aux ricochets ,et sautions d'une grande enjambée pour atterir sur le pont d'un chaland amarré au quai.
J.A.R. Durand *( 1914-2001) a traité le meme sujet de sa belle manière en 1940:

Charles Brouty (1897-1984) est célèbre pour ses croquis pris sur le vif de la vie populaire à Alger. Ce tableau à la gouache du port est plein de poésie .
Un chalutier trainant sa barque franchit la passe. Il va faire sa peche de nuit au lamparo*.Des voiliers sont posées comme des mouettes.Un marin et son amie du Dimanche trainent nonchalement leurs ombres .Un pecheur assis sur une bite d'amarrage a recouvert sa nuque d'une pièce de tissu ,il a disposé ses paniers à portée de la main . La mer reflète les bleus du ciel. L'eau clapote près du quai.
Charles Brouty nous offre une tranche de bonheur . Grace à lui cette journée ne finira jamais. Il a peint aussi de son meme style chaud et généreux la gouache ci-dessous.
Ce doit etre l'été ,une jeune femme s'est endormie sur une couverture jetée à meme le sol. C'est une fille du pays avec ses cheveux de jais. La chemisette bleue éclaire le bistre de la peau de son visage. Un corps plein de santé,une pose pleine de pudeur .Lecteur,ne fait pas de bruit,elle dort....
Au dessus des quais,la Mosquée de la Pecherie.

Ce dessin rapide et précis n'est pas de Brouty, mais d'Oscar Spielman (1901-1973). Né dans l'ancienne Tchécoslovaquie, il est devenu algérois par amour de la ville .
Il a campé fièrement le Duc d'Orléans sur son cheval . Une européenne élégante traverse à petits pas rapides la Place. Une mauresque couverte de son haik est escortée par une fillette qui porte avec souplesse une panier sur sa tete . Il ne faut pas plus de détails pour imaginer la vie de ce dessin. Dans le numéro 33 de 1986 de l'Algérianiste ,(digitalisé),J-P. Arnold a écrit un bel article sur ce peintre .
Ces escapades portuaires de jeunesse inspiraient mes dessins qui souvent étaient des navires à la proue pointue,pour mieux fendre des vagues imaginaires. Mes bateaux attaqués,coulaient aussi en pointant leurs proues vers le ciel .... J'ai essayé de reproduire le plus maladroitement possible ( je n'en ai eu aucune peine !!) mes gribouillis d'enfance. Il n'y manque que les bruits de la bataille que mes joues gonflées et mon imagination illustraient...

Ce dessin enfantin ci-dessus, montre combien était grande
mon ignorance de ce qui était masqué sous la rouge ligne de flottaison par l'eau noire .
Wikipédia nous explique dans quelques lignes hydrodynamiques l'avantage et la nécessité d'un bulbe pour offrir moins de résistance à l'eau. :
"Un bulbe d'étrave est une partie de lla coque d'un bateau : il s'agit d'un renflement à l'avant, au niveau du brion en-dessous de l'etrave.La principale fonction du bulbe d'étrave est de créer une vague à l'avant du système normal de vagues généré par le navire en route ; à une certaine vitesse, le creux de cette vague additionelle coincide avec le sommet de la vague d'étrave, qui se retrouve annulée : la résistance hydrodynamique est ainsi réduite et le navire peut aller plus vite pour une même puissance. De plus, la première crète de vague est déplacée à l'avant, ce qui augmente virtuellement la longueur a la flottaison du navire et donc sa vitesse maximale théorique ".
Compléments :
* Dans les Archives d'actualites de l'INA,vous pourrez voir quelques photos
d'Alger "en liesse" sur le site :
http://orbis.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=
Auriol%2C+Vincent&num_notice=4&total_notices=87
* Sur J.A.R. DURAND le superbe site :
http://www.bouzarea.org/durabd.htm
*La peche au Lamparo :
http://www.cataloonya.com/magazine/entreprises-artisanat/la-peche-au-lamparo/
Voila,refermons la boite aux souvenirs. Adieu notre port,ou peut-etre au revoir !
as pour vous eloigner d'un sujet pournti_bug_fck