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souvenirs d'enfance et d'adolescence

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Est-ce vrai ?





Est-ce vrai ?
Alger est-il devenu laid ?
Sur son nez du béton a poussé :
Une balafre de ciment sur un côté,
Un poulpe de pierre sur une hauteur de la cité.
La Méditerranée frisonne et cherche du sable à caresser.
Mais de loin, à cinquante ans de distance, la baie reste enchantée.
Les collines sont là, le port s'étire à ses pieds, le Djurdjura veille enneigé.
J'entends encore le sifflet des remorqueurs, le rugissement de l'usine à gaz près du Jardin d'Essai, qui ramone ses cheminées, et la sirène des Ateliers qui sonne la fin de journée. Maintenant, le soleil rouge va se cacher, chaque mois derrière un autre quartier. Les Martinets s'emparent du ciel, en tenue de soirée, tracent des cercles, se laissent choir et se relèvent comme des jongleurs ailés. Les premières étoiles s'allument dans le ciel et les foyers. Les derniers passants se hatent dans les rues calmées. Les saltimbanques malgré eux, cherchent un recoin, une épave pour s'abriter. Les chiens perdus, pour une nuit, sont les maitres des lieux. La tête en l'air, ils cherchent à la trace des fumées bleues qui montent des maisons des plus heureux. Dans la brume légère, les contours s'arrondissent. La ville ressemble à une odalisque sur son oreiller accoudée. Sa tête touche la Casbah, les arbres du Hamma cachent sa nudité, ses pieds caressent la mer à Hussein-Dey. Lorsque, au petit matin, la gaze se déchire, et que le brouillard s'étiole, le charme est rompu et renaissent les perpectives et les maisons aux arrêtes aigues. Alger s'étire, respire à grands coups, les poussiéres montent, les rues s'ébruitent et moi, le coeur battant, sors de mon rêve, amoureux d'une nuit de ma ville endormie.
 
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