souvenirs d'enfance et d'adolescence

M. Ausone de Chancel, sous-préfet de Blida et notre correspondant dans cette partie de la province, témoigne un zèle très remarquable pour les antiquités locales. On lui doit la conservation de plusieurs objets précieux trouvés à Mouzaïaville, notamment la statue de Bacchus, exhumée à peu près intacte et qui est aujourd'hui un des principaux ornements de notre Musée.
Tout récemment, on a découvert, dans cette localité, une inscription qui paraît trancher une question importante de géographie comparée. M. de Chancel l'a aussitôt recueillie pour l'adresser au Musée de notre ville.
Elle est gavée sur une tablette de marbre, haute de 75 cent. et large de 50 cent. Le haut de cette tablette a été brisé; mais, d'après ce qui reste de l'inscription, on peut conjecturer que la lacune n'est pas considérable. Par malheur, elle porta précisément sur le nom du personnage auquel elle est dédiée.
Voici ce qui subsiste encore, d'après un estampage pris par M. Berbrugger:
Il n'y a d'entières dans la première ligne que les lettres .. ... ...IS EXI. ... ..., mais les amorces des autres caractères suffisent, avec le sens, pour suppléer ce qui manque.
Nous proposons cette traduction, sauf à prouver ensuite la partie qui peut être contestable:
"........ Donatus, éprouvé par plusieurs exils et reconnu pour un digne défenseur de la foi catholique, a rempli les fonctions épiscopales pendant dix-huit ans, deux mois et douze jours. Il a été tué dans la guerre des Maures et inhumé le 6 des ides de mai de l'année provinciale 456."
On a vu, dans un article précédent (l'Ere mauritanienne), que les dates provinciales de la Mauritanie ont pour point de départ la mort de Ptolémée, arrivée en 40 de J.-C. Le 6 des ides de mai 456 de notre inscription répond donc au 10 mai 496. Il y avait alors deux ans que Guntamund, roi vandale de l'Afrique, avait rendu aux catholiques leurs églises et leurs évêques. Il est vrai que, dans cette même année 496, où mourut le Donatus de notre inscription, Trasimund, successeur de Guntamund, voulut les supprimer de nouveau, mais le concile de la Byzacène s'y opposa.
On savait que tout le règne de Guntamund et celui de son successeur avaient été agités par les attaques des peuplades indigènes mais on ne citait parmi les révoltés que les Maures de la Tripolitaine; il parait, par notre inscription, que la Mauritanie Césarienne fournit aussi son contingent à la rébellion.
Pour décider si nous avons eu raison d'appeler Donatus l'évêque dont le nom manque sur notre document épigraphique, provenant des ruines d'El-Hadjeb, auprès de Mouzaïaville, il faut d'abord établir à quel établissement romain ces ruines peuvent correspondre. Nous croyons que c'est à Tanaramusa Castra, par plusieurs motifs dont, pour le moment, nous ne citerons qu'un seul(2).
Il est à remarquer que, de toutes les stations indiquées dans les anciens itinéraires entre Sufasar (Amoura) et Rusuccuru (Dellis), Tanaramusa est la seule qui soit un évêché. Or, précisément, nous trouvons dans les ruines d'El-Hadjeb, qui sont sur cette ligne, à la distance convenable et qui nous identifions à Tanaramusa, l'épitaphe d'un évêque qui certainement a été inhumé dans l'endroit même où il siégeait. Car autrement on aurait eu soin, après la formule implevit in episcopatu, d'indiquer le lieu où il avait exercé.
Marchant de déduction en déduction, nous arrivons à expliquer pourquoi nous avons appelé Donatus, dans notre traduction, cet évêque de Tanaramusa dont le nom manque sur son épitaphe; par suite de la brisure signalée plus haut.
Cet évêque, éprouvé par beaucoup d'exils, est mort en 496 de J.-C. après avoir exercé pendant 18 ans. Il était donc déjà revêtu de la dignité épiscopale en 482 et a pu, deux ans après, souffrir sa part des persécutions d'Huneric contre les prélats catholiques. Et, en effet, nous trouvons qu'à cette époque, un Donatus, évêque de Tanaramusa fut exilé par ce roi arien. (V. Morcelli, Africa christiana, T.I. p.311. )
Nous apprenons, par le même correspondant, qu'on a trouvé tout récemment dans les ruines de Tanaramusa une grande pierre ornée d'un bas-relief d'une nature très obscène. Nous ne pouvons entrer ici dans des détails pour lesquels le langage ne nous fournit pas d'expressions assez voilées. Nous nous bornerons donc à dire que le sujet est un oiseau placé entre deux phallus. D'après la mauvaise réputation que les auteurs anciens ont faite au corbeau, il est permis de croire que l'artiste a voulu représenter un de ces animaux, quoique son talent n'ait pas servi très fidèlement ses intentions.