souvenirs d'enfance et d'adolescence
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Merci à Jacques Varlot pour ce cliché du défilé de Spahis, le long des boulevards. Cette cavalcade superbe faisait sonner ses sabots sur le pavé. Avec la chéchia rouge, la gandoura immaculée flottant au vent, les cavaliers avaient fière allure et il y avait toujours un cheval qui se rebiffait et rendait encore plus impressionante leur apparition toujours trop brève à mon gré ! ![]() |
Monsieur Isaac Toubol, m'a fait parvenir ces souvenirs de juste après-guerre 39/45. ![]() La Légion défile le long des Boulevards Baudin et Carnot. Pour avoir une idée de la populaion en Algérie, voici un article extrait des Cahiers du Centenaire , écrit par E.F. Gautier sur l'évolution en un siécle des populations en Algérie. Un extrait: " Les juifs algériens ont une importance du même ordre, mais plus grande. Ils sont là à peu près ce qu'ils sont plus ou moins dans l'univers entier, un corps étranger enkysté. Nulle part ailleurs pourtant les juifs n'ont tourné le dos aussi complètement, immédiatement, aux indigènes du pays où ils sont pourtant fixés eux-mêmes depuis quinze cents ans, depuis toujours." Une remarque évidement fausse, et à relent fasciste, encore plus grave car venant d'un personnage éminent. Il n'était pas facile d'etre juif en Algérie. Les Drumont, les Max-Régis, les agitateurs d'avant guerre heureusement ne représentaient pas l'entière population. http://aj.garcia.free.fr/Livret3/L3p32-33.htm Un pionnier visionnaire et philantrope S'il fut un de ces Africains qui consacrèrent leur vie entiére à faire avancer l'état des populations locales, ce fut bien mon grand-père paternel. Il arriva en Algérie à l'êge de deux ans avec ses parents originaires de Soultz (Haut-Rhin). Après la défaite de Sedan, et pour ne pas devenir allemands, ils s'installérent dans le Territoire de Belfort et suivirent ensuite la vague d'émmigration pour s'établir sur les Hauts Plateaux sétifiens. Son oeuvre est très briévement résumée dans cet article de l'Echo d'Alger, paru le 4 Avril 1959. Disons qu'il ne réussit à réaliser qu'une faible partie de son programme de paysanat en faveur des populations locales, ayant à lutter contre l'inertie des Gouverneurs Généraux successifs, la vue basse du pouvoir central, et aussi le racisme de certains, bouffis dans leur arrogance et qui comprirent trop tard que ventre affamé n'a pas d'oreilles. Tout jeune, son père l'avait envoyé à Paris pour terminer de brillantes études. Grand admissible à Polytechnique, il osa contrarier son examinateur de mathématiques à l'oral sur une solution de son choix, et ainsi revint à Sétif sans l'uniforme brodé ! Il fut le premier à se servir de matériel moderne agricole et reçut des mains du Président Millerand en visite dans la ferme modèle de Fermatou la Médaille de l'Agriculture. Il fut fait Commandeur de la Légion d'Honneur pour "Services Exceptionnels Rendus à l'Algérie". Mon grand-pére était d'un optimisme sans pareil qui rayonnait sur ses proches et amis et jusqu'à sa mort en 1959 à sa table de travail faisait des projets pour améliorer l'avenir de tous. Je peux affirmer avec une quasi certitude, que s'il avait été entendu, la présence francaise ne se serait pas terminée dans un bain de sang. Avec l'âge, il souffrit d'insomnies et occupait ses nuits à la lecture des derniers livres parus. Chaque fin de semaine, j'accompagnais mon père aux Editions de l'Empire, rue Michelet et là nous choisissions les meilleurs écrivains de l'époque. Nous sortions de la librairie les bras chargés d'une pile de bouquins à l'encre odorante, de quoi pourvoir une semaine de lecture nocturne. Et ces livres une fois lus par mon grand-père, revenaient chez nous s'empiler sur les étagères de la bibliothéque. Et moi, je n'avais plus alors qu'un heureux embarras du choix pour occuper mes loisirs. ![]() Un autre Francais d'Afrique, né à Sétif, un des trois fils de Charles Lévy . C'est mon père, René Lévy ingénieur E.S.E engagé volontaire dans l'armée de Libération comme ses frères, il servit au B.C.R.A. et fit la Campagne de Tunisie après la chute de Vichy qui lui avait retiré, à lui et sa famille, la nationalité francaise. Il citait souvent De Monsabert et aussi les Colonels de la Résistance Pélabon, et Passy dans les services desquels il servit. ![]() Mon père, photographié en 1940 au "Sudio Gonzales, Rue de Constantine, Hussein-Dey". Sans doute à proximité de l'Ecole de Transmissions. ![]() Sa carte d'Identité militaire, Lieutenant en 1942 au B.C.R.A. Vive la croix de Lorraine !! Photo de famille prise en 1939. Papa, Maman, Michel et Georges. (Ce siècle en barboteuse avait deux ans..) ![]() Jacques Ventre, mon voisin du 20 de la rue Sadi-Carnot, a conservé cette photo de sa famille au balcon du 3ième, et m'a envoyé des photos d'un défilé commémorant le 8 Nov, le 11Nov, le 8 Mai ou... le 14 Juillet, peu importe, l'essentiel pour nous est que les troupes défilaient sous nos fenêtres jusqu'au Champ de Maneuvres. ![]() Les canons tractés passent devant la gare de marchandises de l'Agha. De ma fenêtre, face au quai de cette gare, j'ai joui du spectacle inoubliable dans les années d'après le Débarquement de l'armada vers le front tunisien des troupes alliées et francaises avec tout leur matériel, canons tanks, armes et munitions. De ma fenetre j'agitais ma petite main,et les soldats me répondaient en riant par des doigts en "V'. ![]() Les chars aux noms historiques, Arcole, Austerlitz, Bir-Hakeim,...passaient à grand fracas et laissaient des traces blanches sur les pavés de granit. ![]() Dans cette courbe des rails de la gare de triage, les locomotives Garattes à vapeur prenaient lentement de la vitesse, trainant les longs wagons de voyageurs vers leur lointaine destination, Maroc,Tunisie,ou le Sud... ![]() La grande batisse de gauche est la "nouvelle" Maison des Chemins de Fer qui nous boucha la superbe vue du port et de la rade que nous avions alors ! ![]() Pourtant cet immeuble nous sauva la vie en 1962. Une nuit, accompagnés par un intense concert de casseroles , des camions blindés des C.R.S.passèrent lentement sous nos fenêtres, à l'heure du couvre-feu. Par le pur des hasards (?), un pot de géranium suivit la loi de Newton et se brisa avec un bruit terrible dans la rue. Les C.R.S.,peu habitués à recevoir des fleurs ouvrirent le feu de par leurs fenêtres grillagées, heureusement vers la facade d'en face qui fut criblée d'impactes que tous les curieux allèrent contempler le matin... Jusqu'en 1962, l'oeuvre de Paul Landowski ,"Le Pavois" :le Monuments aux Morts, se dressait, dominant Alger, face à la mer, témoin du sacrifice des francais d'Algérie pour libérer la Mère Patrie par deux fois, en 14-18 et 39-45.( Et même en 1870). A ses enfants la Patrie reconnaissante avait gravé dans le marbre les noms des héros algérois,sans distinction d'origine ou de religion, tombés au Champ d'Honneur. ![]() Après 1962, la France préoccupée par ses champs de pétrole au Sahara (elle paya le F.L.N. pour éviter les sabotages), ne se soucia pas de rapatrier cette oeuvre émouvante qui vit depuis 1920 les générations rallumer la flamme du Souvenir, sans doute pour en effacer définitivement le témoignage gênant. Le F.L.N. se fit une joie de couler une chappe de béton sur ce monument. Mais il sera impossible de noyer notre mémoire. ![]() Cette photo, unique, montre quelques plaques de marbres qui n'avaient pas été encore systématiquement fracassées au marteau et détachées.(comme celle de gauche). Ma mère, chaque fois que nous montions à cette esplanade pour m'y emmener jouer, me faisait caresser avec sa main le nom de Salomon Schebat, mon Grand-Père, tombé à Verdun , côte 304, en 1916.,4ième régiment de Zouave . (Elle fut tôt orpheline , sa mère étant morte de chagrin). Au cimetière de Saint-Eugène, un monument à la Gloire des régiments de Zouaves, déjà dressé en 1906 !. ![]() Tout proche, au cimetière israélite, la Communauté Juive a apposé une plaque commémorative avec le nom de tous ses enfants d'Alger Morts pour la France. Chacun de ces noms de famille évoque le passé historique du Judaisme algérois, dont il ne reste que des noms gravés dans la pierre.. Merci pour cette photo magnifique et précieuse, oeuvre de Jacqueline Simon lors d'un voyage à Alger en 2006. Mon Grand-père n'ayant eu de sépulture que la boue, c'est là devant son nom que je peux me recueillir : ![]() Nos cimetières n'ont pas tous eu cette chance de conservation. Des sauvages les ont profanés, éventrés et même à l'intérieur de l'Algérie, passés au bulldozer, et aussi ont interdit aux visiteurs de pouvoir photographier leur triste état. Le temps hélas ne panse pas les plaies, car le fondamentalisme et le fanatisme ne font que s'amplifier. Ce Chant des Africains lui-même est bien trop simpliste pour résumer notre drame. Il fait partie du folklore, de la légende, et même sonne un peu creux. Et avec les années, on apprend que dans la vie tout n'est pas noir et blanc, mais plein de nuances. Il faut se méfier des marches militaires entrainantes vers on ne sait où, mai ![]() s celle-ci est un joli brin de musique qui vivra bien apres nous. |

