Printemps.
Rien ne peut mieux illustrer le Printemps que cette image de Hansi (1)qui nous émerveille avec le retour en Alsace des Cigognes. Je me souviens de celles de Sétif, perchées sur le sommet d'un silo dont elles en avaient fait leur nid. Peut-être venaient-elles même du petit village de Soultz comme mes ancêtres, pour ne pas devenir allemands après la défaite de Sedan.
Prenez du temps pour admirer tous les détails de ce dessin. De l'abbé qui braque sa lorgnette jusqu'au petit enfant qui agite son chapeau, tous accueillent cette fière Cigogne, symbole du renouveau.
Il y a quelques jours j'ai appris le triste sort d'un acteur qui, il n'y a pas encore si longtemps brûlait les planches du célèbre Théâtre Habima de La Colline du Printemps*. Il est devenu alcoolique dans sa vie de tous les jours et a du abandonner son métier.
Il ne pouvait quand même pas toujours jouer sur la scène un rôle d'ivrogne ! De quoi vit-il ? Comme ses compagnons d'infortune: il fouille le matin les poubelles pour en retirer les flacons de verre ou de plastique consignés..Depuis cette nouvelle loi très verte qui oblige les industries de la boisson à reprendre les bouteilles ou canettes en aluminium, les clochards peuvent gagner quelques pièces pour se payer une bouteille pleine de rêve !
Le vénérable Théâtre est en réfection, avec l'adjonction de deux étages en sous-sol pour garer les autos. Les Tel-Aviviens toujours sur le qui-vive pensent qu'en fait ce sera aussi un bon abri pour les habitants du quartier en cas d'alerte . L'échelle du tracteur illustre l'ampleur des fondations.

Près des travaux, j'ai photographié, puisque son visage était masqué, ce sans domicile fixe dormant sous un carton sur un canapé jusqu'à ce que le camion de la voirie vienne le réveiller et le sortir de ses vapeurs vineuses. J'avoue que ces clochards qui couchent sous la voûte étoilée sont très rares en ville. D'ailleurs, avant que les conditionneurs d'air se popularisent, bien des habitants qui étouffaient dans l'été humide dormaient sur leurs balcons plus aérés. Sans parler de la jeunesse qui dort sur la plage sous les yeux bienveillants de la Grande Ourse.

Généralement ce sont des individualistes qui refusent le soir d'être collectés à l'hospice où ils bénéficient de l'hygiène et de la soupe populaire. J'en connais un, que je rencontre souvent sur la promenade Herbert Samuel qui longe la mer. Très grand, bronzé, avec une crinière rouge et un visage buriné comme celui d'un loup de mer, il bondit devant le passant en criant toujours la même phrase : "Who are you ?" et le laisse passer...sans attendre de réponse ! Dans mon enfance je n'étais pas aussi téméraire. Une fois en sortant de l'École Clauzel et dévalant les escaliers de la rue Tirman, je dus contourner sur le trottoir une misérable, assise à même le sol.
"La Mendiante" par Edgar Degas ressemble à mes souvenirs d'écolier !
Ce tableau qui représente une pauvresse romaine, fut peint en 1857.
Elle avait des yeux glauques qui lui dévoraient le visage. Comme j'allongeais mes pas, elle se redressa en brandissant une lanière et en la faisant claquer sur ma cape ! Je poussais avec terreur le portail de la maison et vite pris l'ascenseur pour le cinquième étage. J'ouvris avec ma clef la porte de chez nous et la refermai avec en plus le crochet en laiton de sécurité car j'étais seul. Quelque temps après, coup de sonnette. Comme ma mère me l'avait appris, j'entrebâillais la porte tant que me le permettait le crochet. Je reculais avec terreur. C'était cette mendiante qui venait sans doute quêter. Ses yeux sanguinolents me pétrifièrent et vite refermais le battant avec le verrou à double tour..Très longtemps, la nuit je me suis entortillé dans mes draps croyant voir devant-moi les yeux enfoncés et les paupières rougies de cette misérable...
De l'autre coté du trottoir, le jardin du théâtre va retrouver une jeunesse en préservant un des plus vieil arbre Sycomore de la ville. Sur la pancarte de l'entrepreneur, une photo prise il y a 65 ans. Avant les travaux j'allais me reposer sous son ombre. Et même cueillais ses minuscules figues rouges et sucrées. Je n'étais pas seul à ce dessert: les petites chauves-souris qui y habitent en sont aussi très friandes. Et je les ai vu voleter en plein jour .

C'est le printemps, les arbres se chargent de fleurs mauves.
Des oiseaux ténus et mordorés, au bec courbe et pointu y trouvent leur bonheur et font le notre. Ils sont si furtifs que je n'ai pu les saisir dans mon objectif.

Ce couple de jeunes Corbeaux prélève de fines brindilles du tronc de cet arbre pour
tapisser leur nid comme de bons parents attentionnés. Leur comportement conjugal et familial est remarquable. (2)

L'entrée accueillante d'un Café-Librairie-Galerie:
A l'abri du soleil, la clientèle sirote un café frais-moulu en lisant un livre, ou en écrivant un au clavier de leur Lap-top ! Fini le temps où les écrivains traduisaient leur inspiration sur la nappe en papier d'un guéridon !

Silence on tourne !
Au centre de Tel-Aviv, un acteur joue au touriste ou l'inverse...
Au fond, un immeuble typique du style Bauhaus qui a fait de Tel-Aviv la Ville Blanche.

Le Grand Magasin est décoré de ballons pour les enfants en vacances de Pâques.'
Au sous-sol, des livres en solde: achetez-en deux et le troisième est gratuit ! En Israel la quantité de livres édités chaque année est impressionnante (3).

Moi je suis le sélecteur, n'entre pas qui veut !

Faut montrer patte blanche !

Une vitrine de T-Shirts, et un mannequin inattendu: Ahmadinejad !
Son destin sera-t-il celui de Sadam Hussein ?

J'ai retrouvé un ami d'enfance qui lui n'a pas vieilli.. Pinnochio et Gémini son bon petit lumignon étaient mes meilleurs amis. Je suivais ses aventures toujours émouvantes avec une tartine de pain beurrée qui semait ses miettes entre les pages..
Moi aussi je n'ai pas toujours écouté les bons conseils de mes parents chéris !
Mais si mon nez s'est allongé, c'est parce qu'avec les oreilles, ce sont les deux parties du corps qui grandissent toujours après l'adolescence.

Ce chat trop bien nourri privilège cet accoudoir pour s'y étaler. Visiteur, attention aux griffes. Avec sa moustache et son poil noirs et sa raie centrale il ressemble à Hitler (Que sa mémoire soit maudite) . Pourtant ce chat a remporté un record éblouissant : il est tombé en chute libre du balcon d'un immeuble de cinq étages, et s'est retrouvé sur ses pattes, absolument indemne.

Rien ne vaut la marche à pieds. Le prouve cette image ci-dessous. Ce camion-grue a déposé sur son dos cette voiture en stationnement interdit, en moins de 30 secondes !.
Le temps passe, la plaie reste ouverte.
Les responsables restent impunis.
In Memoriam:
Le 26 Mars 1962, la France a commis un crime de sang dans le but de clore définitivement le cercueil de l'Algérie Française. Non seulement le 19 Mars nos dirigeants livrèrent les civils aux mains du F.L.N., en donnant l'ordre à l'armée de rester casernée, mais le 26 Mars organisèrent un guet-apens pour briser tout l'élan patriotique
d'un peuple armé de drapeaux tricolores. En voici les témoignages sur le site :
http://www.babelouedstory.com/thema_les/26_mars/00_accueil/00_accueil.html
Passant, respectons ensemble une minute de silence en la mémoire de ces Français, qui crurent dans un ultime sursaut en l'honneur de la France.
Je me permets de recopier ces lignes que j'avais écrites alors d'un trait:
Le Dernier Printemps d'Alger
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J'ai encore des cauchemars de ce 26 Mars 1962, et pourtant j'en ai vu des attentats en Algérie et en Israel !.
Comme d'habitude, en cette période de changement de saison, (encore une bonne excuse de Docteur pour expliquer mon allergie), j'étais souffrant des bronches.
Une maladie qui m'a peut-être sauvé la vie. Les jours précédents, raccompagnant ma mère d'un ouvroir, "Les Dames Visiteuses", organisation de charité, j'avais pu voir tourner dans le ciel , comme des mouches, des avions de chasse T6 cocardés de tricolore au dessus de Bab-El-Oued. Pour les jeunes lecteurs, disons que ce quartier prolétaire était l'équivalent d'un Faubourg St-Antoine de Paris, adossé à la Casbah. La Chasse française mitraillait les terrasses ouvrières. De loin, je n'entendais rien, et ne connut des détails du siège que plus tard.
Les affiches collées en hâte aux murs pendant le couvre-feu, les attentats, la rumeur publique, les nouvelles vraies ou fausses, les émissions pirates, les concerts de casseroles accompagnaient les jours et les nuits d'un peuple en colère qui voyait sa patrie se dérober sous ses pieds.
Toujours est-il que 5 jours (un chiffre porte-bonheur comme une main de Fatma), après le début officiel du Printemps, fut organisée une manifestation de solidarité pour la population de Bab-El-oued, assiégée par les forces de l'ordre.
A Alger, chaque manifestation converge d'abord vers son coeur, qui est le quartier du Square Laferrière, au bas du Monument aux Morts. Ici, les cris de "A la Bastille !!" sont remplacés par "Tous au G.G*" ainsi du moins le fut le 13 Mai 1958.
Le 26 Mars 1962, le rendez-vous était devant la Grande Poste, une esplanade vaste où convergeaient des rues aux noms glorieux, Baudin, Michelet, Isly, Bugeaud et autres... De la fenêtre du cinquième étage de la rue Sadi-Carnot, mon poste de guet habituel, où accoudé je passais des heures à mon observatoire pour me distraire et oublier ma poitrine sifflante, je vis ce matin de Printemps, s'organiser le cortège joyeux de passants pacifiques et d'étudiants et écoliers en goguette, nombreux brandissants le drapeau tricolore, en culotte courte et sandales, s'interpellants, reconnaissants des amis et camarades et tous marchants au milieu de la rue car Alger était en grève. Les rideaux de fer des magasins étaient baissés, et en face de chez moi, l'immeuble des Chemins de Fer était vide de ses employés, et même du port ne me parvenaient plus les sifflements des remorqueurs.
Sous le soleil algérois, les choses les plus graves ne sont jamais sérieuses :J'avais d'en haut, l'impression d'une kermesse. Je vis même de la rue Drouet-d'Erlon déboucher des voyageurs débarqués d'un train à la Gare de l'Agha, se joindre à la foule. Je pouvais suivre des yeux les passants qui montaient la rue Charas et enfilaient le Boulevard Baudin, tout en entendant le reportage à Radio Monte-Carlo, qui était alors la source de nos informations non censurées. Le bruit de la mitraille à la Grande Poste, je l'entendis à ma radio portative, et plus proche de moi, sursautais aux chocs des ricochets de balles qui martelaient les devantures closes du début de la rue Sadi-Carnot. J'entendis alors les cris de "Halte au feu", enregistrés par Julien Besançon :
http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/audio/isly.wav
Les criminels avaient agi en plein jour. Quelques minutes après, je vis des passants affolés revenant en sens inverse et je devins un témoin impuissant et terrorisé de ce que je vis: un camion à ridelles chargé de corps ensanglantés qui filait à toute allure et à grand renfort d'avertisseur vers l'Hôpital Mustapha en bout de la longue rue Sadi-Carnot.
Suivirent des camionnettes et autos particulières, leurs chauffeurs agitant éperdument des mouchoirs blancs en dehors des portières. Je ne vis même pas une seule vraie ambulance. Le silence était tombé comme une chape sur le quartier.
A la radio, un appel à tous les étudiants en médecine pour se rendre aux hopitaux, un appel pour les transfusions de sang, un appel au secours censuré qui mettra plusieurs jours pour arriver en France.
Du bleu, du blanc et du rouge de la France n'en restait que le rouge du sang et de la honte sur les pavés d'Alger.
Délaissant la fenêtre, mon coeur battant trop fort, je vis sur les murs de la chambre de mes parents, une orgie d'arc en ciel qu'un face à main biseauté réfractait d'un rayon de soleil.
Je ne pus soutenir ce phénomène merveilleux et incongru et retournai le miroir, en signe de deuil.
Mon père avait essayé le soir de parler en anglais avec la direction du "New-York Times" pour qu'il diffuse la vérité sur le massacre. Il fallait pourtant que la vérité soit connue et traverse la mer.
"Il y a, épinglées aux arbres, des listes de Héros", ainsi, j'avais commencé à rédiger ce que je vis en allant le lendemain sur les lieux du Crime. Les troncs des ficus étaient devenus des poteaux de fusillés. Des listes de disparus y étaient piquées. Leurs cadavres furent jetés pèle-mêle à la morgue.
Le Plan avait réussi, et fut cloué ce jour- là le cercueil de l'Algérie Française. Tout a été filmé, photographié, enregistré, mais nous resterons pour combien de temps des "profiteurs esclavagistes et des colonisateurs cruels", pendant que les porteurs de valises et de bombes écrivent leurs mémoires de "résistants" ?.
Plus tard, la vérité que nous crions sur les toits depuis cinquante ans se fera entendre, mais nous ne serons plus là. L'Histoire s'écrit lentement, comme le vin qui dépose sa lie.
Le "Massacre de la Rue Transnonain" a été immortalisé par Daumier.
Celui de la Grande Poste d'Alger attend encore à la grande porte de l'Histoire.
*"GG" :L'immeuble du Gouvernement Général.(pour les jeunes)
N.B.Merci au Cercle Algérianiste à qui j'ai emprunté cet enregistrement
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