Serge Choubine. Le Port d'Alger (1929).
Quand la Nuit tiède descend sur Alger,
Alors la terre et le ciel s'illuminent par palier,
De lueurs fragiles dans la voûte bleutée
Et des lumières tremblantes des foyers .
Le phare de l'Amirauté jette par saccade son rayon doré
Qui traverse les fenêtres voilées dans un silence feutré,
Caressant les enfants qui sourient à un rêve enchanté
Tandis que leurs parents s'enlacent, pour une nuit d'été .
Un remorqueur siffle au loin sa présence près des quais,
Et ses lumières vertes glissent sur l'eau noire mazoutée.
Sur la pente du Hamma, à la lumière jaune de la voie ferrée
Des cheminots audacieux freinent les wagons libérés
Qui ralentissent et se heurtent dans des crissements d'acier ,
Les hommes bottés déroulent un long serpent caoutchouté
Et le jet d'eau de la voirie se brise sur les trottoirs jonchés .
Les cageots se plaignent au choc des roues sur les pavés,
Et les sabots ferrés sonnent très tôt l'heure de la marée .
Mais n'importune personne, cette musique de chaque nuitée,
Qui à l'instant même nous aurait réveillé,
Si elle avait une seule funeste fois par malheur cessé,
Tant au fil des années heureuses elle nous avait bercé .
Maintenant qu'Alger n'est plus qu'un souvenir embrumé,
Je ne peux m'endormir dans l'ombre d'un silence étranger,
Alors je m'envole en Automne, avec les triangles ailés
Des Cigognes frissonnantes par dessus la Mer Egée,
Retrouver enfin la sérénité, avec les bruits du Passé .
La route des Cigognes :
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