ALGER
La mer qui se brise sur le môle de l'Amirauté,
Se retire d'entre les blocs par le ressac aspirée.
Le bleu foncé des vagues par l'horizon cerné,
Se transforme en vert opale et écume argentée,
Sur la mousse glissante aux creux des rochers,
Qui brillent au soleil, des gouttes d'eau salée.
Un lamparo double le phare et tire ses bordées,
Remorquant une barque aux rames repliées,
Qui danse sur les flots, comme un cabri sur le pré.
Les grosses boules de verres se balancent aux filets
Pour la pêche de nuit, c'est un appât enchanté.
Ce sont ces marins, qui comme les boulangers,
Travaillent la nuit, quand la ville éteint ses foyers.
Mais la lumière s'apaise soudain sur la mer calmée.
Une lueur rouge empourpre au loin les nuages cachés.
Le clapotis des vagues se fait discret,
Le silence règne sur ce havre de paix.
Alger s'entoure d'un voile fin comme une beauté,
Celle de l'odalisque sortant du bain, effarouchée.
Le cap Matifou modestement, s'est presque effacé,
Le port même ressemble à une oeuvre de Marquet.
Les grues sont penchées entre leurs jambes écartées,
Et les remorqueurs glissent dans l'ombre des quais.
Des silhouettes inquiétantes s'installent dans les coins délaissés,
Que le phare éclaire par à coups, de son feu puissant et saccadé.
Le ciel, qui pour la nuit a revêtu son habit constellé,
Veille sur les enfants dans leurs sommeils plongés.
Je suis enfin seul maintenant , pour la contempler,
Ma ville est plus belle encore , sur son lit allongée,
Je suis son amant jaloux tout au long des années,
A sa blancheur, à personne n'y permettrai d'y toucher,
Et moi, je ne demande au ciel, qu'un lendemain répété.
Georges.L.